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[Traduction - HoMe X] Athrabeth Finrod ah Andreth

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Dior

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MessagePosté le: 12 Avr 2005 18:42     Sujet du message: [Traduction - HoMe X] Athrabeth Finrod ah Andreth Répondre en citant

ATHRABETH FINROD AH ANDRETH


HoMe X, L'Anneau de Morgoth, contient, aux côtés de Lois et Coutumes parmi les Eldar, un autre texte important du Légendaire, l’Athrabeth Finrod ah Andreth, ou "Le débat de Finrod et d’Andreth" (pp. 303 et suivantes, HarperCollins, 1993). Une traduction intégrale officieuse de ce texte vous est ici présentée.

Le texte peut être divisé de la manière suivante :


Ce texte est un des textes fondamentaux du Légendaire. En effet, les grands thèmes, que l'on retrouve en filigrane dans tous les écrits du Professeur, sont ici abordés : la mortalité, don d'Eru aux Hommes; la dialectique mortalité-immortalité; la dialectique amdir-estel; la triade Arda Immarrie-Arda Marrie-Arda guérie; le Marrissement; ... pour n'en citer que les principaux. Apparaît ici également, et probablement plus qu'ailleurs, la base chrétienne du Légendaire, avec certaines allusions à peine voilées.

N.B. :
  • Les textes de Tolkien apparaissent en caractères de taille normale, tandis que les commentaires et introduction de Christopher Tolkien sont reproduits en caractères de taille rĂ©duite. Les notes sont de Christopher Tolkien, sauf mention contraire.
  • Les pages indiquĂ©es sans rĂ©fĂ©rence Ă  un livre renvoient aux pages de HoMe X, le volume contenant ce texte.
  • Les autres volumes des HoMes sont rĂ©fĂ©rencĂ©s par de simples chiffres romains, les pages l'Ă©tant par des chiffres arabes (ex. : XI.226 renvoie Ă  HoMe XI, p. 226).



Enfin, pour toute question ou commentaire, je vous suggère d'aller là.
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Dior

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MessagePosté le: 12 Avr 2005 19:49     Sujet du message: Répondre en citant

Introduction


Alors que ce texte très remarquable et jusqu'à présent inconnu, "Le débat de Finrod et d'Andreth", s'inscrit à une époque ultérieure de l'histoire des Jours Anciens à celle qui est traitée dans ce livre, il devrait clairement être rendu compte ici de son association, à la fois en date et en contenu, avec les écrits et révisions de la "Seconde Phase" de l'histoire post-Seigneur des Anneaux du Silmarillion. J'ai pensé qu'il était mieux de le faire figurer comme une partie séparée de ce livre plutôt que de l'inclure avec les écrits variés de la partie V, étant donné que, à la différence de ceux-ci, il s'agit d'un texte majeur et terminé, et il y est fait référence en d'autres endroits, comme s'il avait pour mon père une certaine "autorité".

La situation du texte, en ce qui concerne la narration exacte du "Débat", est simple. Il y a un manuscrit ("A"), très similaire en style et en apparence à celui de Lois et Coutumes parmi les Eldar, et comme lui clair et fluide - bien qu'en ce cas il existe encore quelques pages de brouillon, avec des indications claires que d'autres existaient (voir pp. 350 et suivantes). Il y a aussi deux copies tapuscrites, prises indépendamment du manuscrit après que toutes les modifications y furent faites. L'une d'elles ("B"), probablement la première à avoir été faite, est de peu de valeur : elle contient de nombreuses erreurs, et fut très rapidement examinée par mon père, sans pratiquement aucune correction. L'autre ("C"), existant aussi en copie carbone, est un meilleur texte bien que pas sans erreurs; il le lut plus attentivement et introduisit un nombre de changements mineurs, mais ne vit pas quelques erreurs en ne la comparant pas avec le manuscrit. Le texte imprimé ici est dès lors établi à partir du manuscrit, en reprenant les corrections faites aux tapuscrits.

Aucun des tapuscrits de l'Athrabeth ne porte de titre; les deux commencent par les mots "Il arriva alors par chance qu'au cours du printemps ..." (p. 307). Le manuscrit, d'un autre côté, porte le titre De la Mort et des Enfants d'Eru, et du Marrissement des Hommes (avec un autre titre ou sous-titre ajouté ultérieurement, La Conversation de Finrod et d'Andreth), et deux pages de texte introductif précèdent la phrase par laquelle s'ouvrent les tapuscrits. Cette introduction à la "Conversation" était en fait la continuation d'un essai que mon père retira et rendit indépendant : voir pp. 424 et suivantes [Mythes transformés, texte XI], où ce texte, intitulé Aman, est reproduit.

Cette section introductive fut subséquemment tapée par mon père, avec une copie carbone, sur la nouvelle machine à écrire (voir p. 300), et attachée au début des copies du tapuscrit C. Elle n'a ni titre ni en-tête. En la tapant, il la remania de manière substantielle; mais l'objet exact de la version manuscrite fut largement préservé, de telle sorte que seules quelques différences doivent être notées (voir pp. 305-6).

Quant à la date du texte : qu'il fut écrit après l'achèvement du manuscrit de Lois et Coutumes parmi les Eldar se voit d'après les commentaires de mon père sur ce dernier, "Mais voir traitement complet de ceci dans Athrabeth Finrod ah Andreth" et "Mais voir l'Athrabeth" (pp. 251-2). Il est aussi évident qu'il suivit le tapuscrit B de Lois et Coutumes, étant donné que le mot hröa(r) est utilisé, un terme qui ne remplaça hrondo(r) dans ce tapuscrit que lors d'une rapide correction ultérieure (p. 209). Le texte et le très élaboré Commentaire (tapé sur la nouvelle machine à écrire) y annexé sont préservés dans des journaux pliés de janvier 1960; et il est clair d'après ce qui est écrit sur les journaux (voir p. 329) que ce matériau était achevé quand ils furent utilisés à cette fin. Il est vrai bien sûr que janvier 1960 n'est pas par là prouvé être un terminus ad quem, parce que les journaux auraient pu être utilisés ainsi indéfiniment plus tard; mais cela, je le pense, est très improbable, et [il] placerait dès lors le texte en 1959. La seule preuve qui peut être opposée à ceci est le fait que la petite quantité du matériau originel de brouillon est entièrement écrite sur des fiches faites à partir de documents de l'année 1955; mais si mon père avait une réserve de ce genre de papier, comme c'est assez semblable, ceci ne démontrerait rien de plus que le travail initial sur l'Athrabeth appartient à cette année ou après. En même temps, il doit être admis qu'il est parfaitement possible qu'il travaillait dessus par intervalles pendant une période substantielle de temps.

Suit à présent le texte introductif dans la version tapuscrite.



Les Eldar apprirent que, selon les traditions des Edain, les Hommes croyaient que leurs hröar n’avaient pas, par nature, une courte espérance de vie, mais qu’il en était ainsi à cause de la malice de Melkor. Il n’était pas clair aux Eldar si les Hommes voulaient dire : à cause du marrissement général d’Arda (qu’ils tenaient eux-mêmes pour la cause de la disparition de leurs propres hröar); ou à cause d’une quelconque malice spéciale à l’encontre des Hommes en tant qu’Hommes, qui fut accomplie dans les âges ténébreux précédant la rencontre des Edain et des Eldar en Beleriand; ou à cause des deux. Mais il semblait aux Eldar que, si la mortalité des Hommes était advenue à cause d’une malice spéciale, la nature des Hommes avait été douloureusement déviée par rapport au premier dessein d’Eru; et cela leur était une chose surprenante et menaçante, car, s’il en était réellement ainsi, la puissance de Melkor devait être (et était au commencement) bien plus grande que ce que même les Eldar avaient compris; tandis que la nature originelle des Hommes devait être bien étrange et différente de celle de tout autre habitant d’Arda.

En ce qui concerne ces choses, on rapporte dans l’ancien savoir des Eldar qu’un jour Finrod Felagund et Andreth la Sage débattirent en Beleriand il y a bien longtemps. Ce récit, que les Eldar nomment Athrabeth Finrod ah Andreth, est reproduit ici sous l’une des formes préservées.

Finrod (fils de Finarfin, fils de Finwë) était le plus sage des Noldor exilés, étant plus concerné que tous les autres par les choses de la pensée (plus que par la fabrication ou l’adresse manuelle); et de plus, il était avide de découvrir tout ce qu’il pouvait au sujet de l’Humanité. C’est lui qui rencontra en premier les Hommes en Beleriand et qui se lia d’amitié avec eux; et pour cette raison était-il souvent appelé par les Eldar Edennil, “l’Ami des Hommes”. La plus grande part de son amour allait au peuple de Bëor l’Ancien, car c’est eux qu’il avait d’abord trouvés dans les bois du Beleriand oriental.

Andreth était une femme de la Maison de Bëor, la sœur de Bregor père de Barahir (dont le fils était le renommé Beren le Manchot). Elle était sage en pensée, et instruite dans le savoir des Hommes et de leurs histoires; raison pour laquelle les Eldar l’appelaient Saelind, “Cœur sage”.

Parmi les Sages certains étaient des femmes, et elles étaient tenues en haute estime parmi les Hommes, spécialement en raison de leur connaissance des légendes des jours anciens. Adanel était une autre Sage, sœur de Hador Lorindol Seigneur du Peuple de Marach, dont le savoir et les traditions, tout comme la langue, étaient différents de ceux du Peuple de Bëor. Mais Adanel avait épousé un parent d’Andreth, Belemir de la Maison de Bëor : il était le grand-père d’Emeldir, mère de Beren. Dans sa jeunesse. Andreth avait longtemps résidé dans la demeure de Belemir, et apprit ainsi d’Adanel le savoir du Peuple de Marach, en plus du savoir des siens.

Durant les jours de paix précédant la fin du Siège d’Angband, Finrod rendait souvent visite à Andreth, qu’il aimait de grande amitié, car il la trouvait plus disposée à partager ses connaissances avec lui que ne l’était la plupart des Sages parmi les Hommes. Une ombre semblait reposer sur eux, et il y avait des ténèbres derrière eux, dont ils ne parlaient pas même entre eux. Et ils avaient une crainte respectueuse des Eldar et ne leur auraient pas facilement révélé leurs pensées ou leurs légendes. En effet, les Sages parmi les Hommes (et ils étaient peu) dans la plupart des cas gardaient leur sagesse secrète et ne la transmettaient qu’à ceux de leur choix.


La principale différence entre le manuscrit et la version dactylographiée de cette introduction concerne la généalogie élargie de la Maison de Bëor, car ici le manuscrit donne des informations supplémentaires concernant Adanel :
    Une autre Sage, bien que d'une Maison et d'une tradition différentes, se nommait Adanel sœur de Hador. Elle épousa Belemir de la Maison de Bëor, petit-fils de Belen deuxième fils de Bëor l'Ancien, à qui la sagesse de Bëor fut principalement transmise. Et il y avait beaucoup d'amour entre Belemir et Andreth sa jeune parente (la fille de Boromir, son cousin au second degré), et elle résida longtemps en sa maison, et apprit ainsi aussi beaucoup du savoir du "peuple de Marach" et de la Maison de Hador par Adanel.
Si l'on ajoute aux références généalogiques du Silmarillion publié (pp. 142, 148, et Index sous Emeldir), ces informations de l'introduction de l'Athrabeth, on peut obtenir l'arbre suivant (les nouveaux noms figurant en italique) :



La plupart des informations généalogiques sur la Maison de Bëor dans le Silmarillion publié dérive évidemment du travail post-Seigneur des Anneaux du texte : en QS et dans les Annales de Beleriand, Barahir, le père de Beren, était le fils de Bëor l'Ancien, et le Peuple de Marach n'était pas encore apparu.

D'autres différences dans la version manuscrite de l'introduction sont les affirmations selon lesquelles Andreth "apprit aussi tout ce qu'elle pouvait entendre des Eldar", et que Finrod était souvent appelé par les Eldar "Atandil (ou Edennil)" (voir le "Glossaire" à l'Athrabeth, p. 349).

Dans la première note de bas de page de l'ouverture de la narration elle-même , la date de l'Athrabeth est donnée comme se situant "environ en 409 durant la Longue Paix (260-455)". En l'an 260, Glaurung sortit pour la première fois par les portes d'Angband, et en 455 survint Dagor Bragollach ou Bataille de la Flamme Subite, lorsque le Siège d'Angband fut rompu. Selon l'ancienne chronologie (voir V.130, 274; encore intacte dans les Annales Grises aux alentours de 1951), Finrod Felagund avait rencontré Bëor dans les contreforts des Montagnes Bleues en l'an 400, mais la date de cette rencontre était à présent avancée de quatre-vingt-dix ans, en 310 (troisième note de bas de page du texte).

Suit à présent "Le Débat de Finrod et d'Andreth", qui, comme déjà noté, n'a pas de titre dans les tapuscrits (B et C), et qui dans le manuscrit originel A continue sans interruption et sans nouvel en-tête à partir de l'introduction.
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Dior

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MessagePosté le: 13 Avr 2005 23:03     Sujet du message: Répondre en citant

Le DĂ©bat


Il arriva alors par chance qu'au cours du printemps*, Finrod fut pour un temps invité dans la maison de Belemir; et il en vint à parler avec Andreth la Sage au sujet des Hommes et de leur destinée. Car en ce temps, Boron, Seigneur du peuple de Bëor, venait juste de mourir peu après Yule, et Finrod était en peine.

"Cela m'est triste, Andreth," dit-il, "que cette rapide disparition de ceux de ton peuple. Car maintenant Boron, le père de ton père, est parti; et bien qu'il était vieux, dis-tu, comme l'âge vient aux Hommes**, je ne l'ai pourtant connu que trop brièvement. Peu de temps en effet cela me semble-t-il depuis que je vis pour la première fois*** Bëor à l'est de ce pays, et pourtant maintenant est-il parti, ainsi que ses fils, tout comme le fils de son fils."


Felagund among BĂ«or's Men.

Avec l'aimable autorisation de Ted Nasmith.
http://www.tednasmith.com


"Cela fait maintenant plus de cent ans," dit Andreth, "que nous avons passé les Montagnes; et Bëor, Baran et Boron ont chacun dépassé leur quatre-vingt-dixième année. Notre disparition était plus rapide avant que nous ne trouvions ce pays."

"ĂŠtes-vous alors heureux ici ?" dit Finrod.

"Heureux ?" dit Andreth. "Aucun cœur d'Homme ne l'est. Chaque disparition et mort lui est souffrance; mais la disparition est moins proche, ce qui est déjà un redressement, un petit affranchissement par rapport à l'Ombre."

"Qu'entends-tu par lĂ  ?" dit Finrod.

"Tu le sais certainement !" dit Andreth. "Les ténèbres qui sont maintenant confinées au Nord, mais qui jadis"; et ici elle s'interrompit et ses yeux s'assombrirent, comme si son esprit était revenu à l'époque de ces années noires depuis longtemps oubliées. "Mais qui jadis s'étendaient à toute la Terre du Milieu, quand vous baigniez dans votre félicité."

"Ce n'est pas au sujet de l'Ombre que j'ai posé ma question," dit Finrod. Qu'entendais-tu, je dirais, par un affranchissement par rapport à l'Ombre ? Ou en quoi cela concerne-t-il la destinée rapide des Hommes ? Nous le considérons (étant instruits par les Grands qui le savent), vous êtes aussi des Enfants d'Eru, et votre destin et votre nature proviennent de Lui."

"Je vois," dit Andreth, "qu'en cela vous les Hauts Elfes ne différez pas de vos parents moindres que nous avons rencontrés de par le monde, bien qu'ils n'aient jamais vécu dans la Lumière. Vous tous les Elfes pensez que nous mourons rapidement de par notre propre espèce. Que nous sommes fragiles et brefs, et que vous êtes forts et durables. Nous pouvons être des 'Enfants d'Eru', comme vous dites dans votre savoir, mais nous sommes aussi des enfants pour vous : à aimer un peu peut-être, mais des créatures de valeur moindre, sur lesquelles vous pouvez poser votre regard du haut de votre puissance et de votre science, avec un sourire, ou avec pitié, ou avec un remuement de tête."

"Hélas, tu n'es pas loin de la vérité," dit Finrod. "Du moins à propos de beaucoup des miens; mais pas de tous, et certainement pas de moi. Mais réfléchis bien à cela, Andreth, lorsque nous vous appelons 'Enfants d'Eru', nous ne parlons pas à la légère; car ce nom, nous ne le prononçons pas par raillerie ni sans réelle signification. Quand nous parlons ainsi, nous ne parlons pas de science ni de savoir elfe; et nous proclamons que vous nous êtes apparentés, d'une manière beaucoup plus proche (à la fois de hröa et de fëa) que ce qui rassemble toutes les autres créatures d'Arda, et nous-mêmes à elles.

"Nous aimons aussi à leur mesure et genre les autres créatures de la Terre du Milieu : les animaux et les oiseaux qui sont nos amis, les arbres, et même les belles fleurs qui trépassent plus vite que les Hommes. Nous regrettons leur trépas; mais nous pensons que c'est une partie de leur nature, tout autant que leur forme ou leurs couleurs.

"Mais en ce qui vous concerne, vous qui êtes nos parents les plus proches, notre regret est bien plus grand. Pourtant, si nous considérons la brièveté de la vie en Arda, ne devons-nous pas croire que la vôtre fait également partie de votre nature ? Vos propres gens ne croient-ils pas en cela aussi ? Et pourtant, de tes mots et de leur amertume, je devine que tu penses que nous faisons erreur."

"Je pense que tu fais erreur, comme tous ceux qui pensent la même chose," dit Andreth; "et que cette erreur même vient de l'Ombre. Mais parlons des Hommes. Certains diront ceci, d'autres cela; mais la plupart, réfléchissant peu, considèreront toujours que ce qui est leur bref moment dans le monde a toujours été ainsi, et ainsi restera toujours, qu'ils l'aiment ou non. Mais il y en a qui pensent différemment; les hommes les appellent les 'Sages', mais leur accordent peu d'importance. Car ils ne parlent pas avec assurance ou d'une seule voix, n'ayant pas une connaissance aussi sûre que celle dont vous vous glorifiez, mais dépendant forcément du 'savoir', duquel la vérité (si elle peut être trouvée) doit être vannée. Et dans chaque vannage, il y a de la balle avec le grain qui est choisi, et sans aucun doute du grain avec la balle qui est rejetée.

"Pourtant parmi mon peuple, de Sage en Sage depuis les ténèbres, vient la voix disant que les Hommes ne sont plus maintenant comme ils étaient, ni comme leur vraie nature était à leur commencement. Et plus clairement encore cela est-il dit par les Sages du Peuple de Marach, qui ont gardé en mémoire un nom pour Celui que vous appelez Eru, alors que parmi mon peuple, il fut presque oublié. Ainsi ai-je appris d'Adanel. Ils disent clairement que les Hommes n'ont pas par nature une courte vie, mais en sont arrivés là en raison de la malice du Seigneur des Ténèbres qu'ils ne nomment pas."

"Cela je veux bien le croire," dit Finrod : "que vos corps souffrent dans une certaine mesure de la malice de Melkor. Car vous vivez en Arda Marrie, comme nous, et toute la substance d'Arda a été souillée par lui, avant que vous ou nous ne soyons apparus et que nous n'en ayons tiré nos hröar et leurs moyens de subsistance : tout sauf peut-être Aman avant qu'il n'y vint.1 Car maintenant, il n'en va pas différemment des Quendi2 eux-mêmes : leur santé et leur stature sont diminuées. Déjà ceux d'entre nous qui habitent en Terre du Milieu, et même nous qui y sommes revenus, trouvent que le changement3 dans leurs corps est plus rapide qu'au commencement. Et cela, j'estime, doit présager de ce qu'ils se montreront moins aptes à durer qu'ils n'étaient destinés à le faire, bien que cela puisse ne pas être clairement révélé avant de nombreuses années.

"Et il en va de même des hröar des Hommes, elles sont plus faibles qu'elles ne devraient l'être. C'est ainsi qu'ici à l'Ouest, où son pouvoir auparavant ne s'étendait que craintivement, elles sont en meilleure santé, comme tu dis."

"Non, non !" dit Andreth. "Tu ne comprends pas mes mots. Car tu restes toujours dans le même schéma de pensée, mon seigneur : les Elfes sont les Elfes, et les Hommes sont les Hommes, et bien qu'ils aient un Ennemi commun, par lequel ils sont tous deux blessés, la distance prescrite reste toujours entre les seigneurs et les humbles, les Premiers Nés nobles et endurants, les Suivants humbles et à l'utilité brève.

"Ce n'est pas la voix que les Sages entendent depuis les ténèbres et venant d'au-delà. Non, seigneur, les Sages parmi les Hommes disent : 'Nous n'étions pas faits pour la mort, ni nés pour mourir. La mort nous a été imposée.' Et vois ! la crainte de la mort partout nous accompagne, et nous la fuyons sans cesse comme le cerf fuit le chasseur. Mais en ce qui me concerne, j'estime que nous ne pouvons lui échapper en ce monde, non, même si nous pouvions accéder à la Lumière au-delà de la Mer, ou à cet Aman dont vous parlez. En cet espoir nous nous sommes mis en route et avons voyagé au long de nombreuses vies d'Hommes; mais l'espoir était vain. C'est ce que disaient les Sages, mais cela n'a pas arrêté la marche, car comme je l'ai dit, ils sont peu écoutés. Nous avons fuit l'Ombre jusqu'aux dernières rives de la Terre du Milieu, pour enfin découvrir qu'elle est ici devant nous !"

Alors Finrod se tint silencieux; mais après un moment il dit : "Ces mots sont étranges et terribles. Et tu parles avec l'amertume de celle dont la fierté a été humiliée, et qui cherche alors à blesser ceux à qui elle s'adresse. Si tous les Sages parmi les Hommes parlent de la sorte, alors oui je puis croire que vous avez grandement souffert. Mais pas par mon peuple, Andreth, ni par aucun des Quendi. Si nous sommes ce que nous sommes, et si vous êtes comme nous vous trouvons, ce n'est dû à aucun de nos actes ni à notre désir; et votre peine ne nous réjouit ni ne nourrit notre fierté. Un seul parlerait différemment : cet Ennemi que tu ne nommes pas.

"Prends garde à la balle dans ton grain, Andreth ! Car cela peut être mortel : les mensonges de l'Ennemi qui par envie nourriront la haine. Toutes les voix venant des ténèbres ne disent pas la vérité aux esprits qui écoutent d'étranges nouvelles.

"Mais qui vous a ainsi blessés ? Qui vous a imposé la mort ? Melkor, c'est clair que ce serait ta réponse, quel que soit le nom que tu lui donnes en secret. Car tu parles de la mort et de son ombre à lui, comme si ces choses en étaient une seule et même; comme si échapper à l'Ombre était aussi échapper à la Mort.

"Mais ce n'est pas la même chose, Andreth. C'est ce que je pense, sinon la mort n'existerait pas du tout dans ce monde qui a été conçu non par lui, mais par Un Autre. Non, la mort n'est que le nom que nous donnons à quelque chose qu'il a souillé, et qui résonne par conséquent de manière maléfique; mais non souillé, son nom serait bon."4

"Que savez-vous de la mort ? Vous ne la craignez pas, car vous5 ne la connaissez pas," dit Andreth.

"Nous l'avons vue et la craignons," répondit Finrod. "Nous aussi pouvons mourir, Andreth; et nous sommes morts. Le père de mon père fut cruellement tué, et beaucoup l'ont suivi, exilés dans la nuit, dans la glace cruelle, dans la mer insatiable. Et en Terre du Milieu sommes-nous tombés, par le feu et la fumée, par le venin et les lames cruelles de la bataille. Fëanor est mort, et Fingolphin fut écrasé sous les pieds du Morgoth6.

"À quelle fin ? Afin de renverser l'Ombre, ou si cela ne se peut, de l'empêcher de s'étendre à nouveau à toute la Terre du Milieu - afin de défendre les Enfants d'Eru, Andreth, tous les Enfants et non les fiers Eldar seulement !"

"J'ai entendu dire," dit Andreth, "que c'était afin de reprendre votre trésor que votre Ennemi avait volé; mais peut-être la Maison de Finarphin ne suit-elle pas les Fils de Fëanor. Toutefois, malgré toute votre valeur, je dis à nouveau : 'que savez-vous de la mort ?' Elle peut vous être une douleur, amère, et une perte - mais uniquement pour un temps, une petite prise sur l'abondance, à moins que l'on m'ait menti. Car vous savez qu'en mourant vous ne quittez pas le monde, et que vous pouvez revenir à la vie.

"Il en va autrement en ce qui nous concerne : en mourant nous mourons, et nous partons sans possibilité de retour. La mort est une fin ultime, une perte irrémédiable. Et c'est abominable; car c'est aussi un tort qui nous est causé."

"Cette différence, je la perçois," dit Finrod. "Tu dirais qu'il y a deux morts : celle qui est une peine et une perte mais pas une fin, et l'autre qui est une fin sans possibilité de redressement; et les Quendi souffrent seulement de la première ?"

"Oui, mais il y a aussi une autre différence," dit Andreth. "L'une n'est qu'un accroc parmi les fortunes de ce monde, que le courageux, ou le fort, ou celui qui a de la chance, peut espérer éviter. L'autre est la mort inéluctable; la mort chasseresse à laquelle à la fin nul ne peut échapper. Qu'un Homme soit fort, ou rapide, ou intrépide; qu'il soit sage ou idiot; qu'il soit mauvais, ou qu'il soit tous les jours et dans tous ses actes juste et miséricordieux, qu'il aime le monde ou qu'il l'ait en horreur, il devra mourir et le quitter - et devenir une charogne que les hommes cacheront ou brûleront volontiers."

"Et étant ainsi pourchassés, les Hommes n'ont-ils aucun espoir ?" dit Finrod.

"Ils n'ont ni certitude ni connaissance, seulement des craintes, ou des rêves dans l'obscurité," répondit Andreth. "Mais de l'espoir ? L'espoir, c'est une autre question, dont même les Sages parlent rarement." Alors sa voix se fit plus douce. "Pourtant, Seigneur Finrod de la Maison de Finarphin, des nobles et puissants Elfes, peut-être pourrons-nous en parler sous peu, toi et moi."

"Sous peu nous pourrions," dit Finrod, "mais pourtant nous marchons sous les ombres de la peur. Pourtant à présent je perçois que la grande différence entre les Elfes et les Hommes réside dans la vitesse de la fin. Dans cela seulement. Car si tu penses qu'il n'y a pour les Quendi pas de mort inéluctable, tu te trompes.

"À l'heure actuelle aucun de nous ne sait, bien qu'il se peut que les Valar le connaissent, ce que sera l'avenir d'Arda, ou quel est le terme qui lui est assigné. Mais Arda ne durera pas éternellement. Elle fut faite par Eru, mais Il n'est pas en elle. Seul l'Unique n'a pas de limite. Arda, et Eä elle-même, doivent par conséquent être limitées. Tu nous vois, nous les Quendi, encore dans les premiers âges de notre existence, et la fin est lointaine. Peut-être telle que parmi vous la mort peut sembler à un homme jeune au sommet de sa force; excepté que nous avons déjà de longues années de vie et de réflexion derrière nous. Mais la fin viendra. Cela, nous le savons tous. Et alors nous devrons mourir; nous devrons périr en fin de compte, apparemment, car nous appartenons à Arda (en hröa et en fëa).7 Et quoi après ça ? 'Le départ sans retour,' comme tu dis; 'la fin ultime, la perte irrémédiable' ?

"Notre chasseur avance lentement, mais il ne perd jamais la trace. Au-delĂ  du jour oĂą il sonnera l'hallali,8 nous n'avons ni certitude ni connaissance. Et personne ne nous parle d'espoir."

"Je ne le savais pas," dit Andreth; "et pourtant …"

"Et pourtant le nôtre avance lentement, dirais-tu ?" dit Finrod. "C'est vrai. Mais il n'est pas clair qu'une sentence prévue et longuement retardée soit dans tous les cas un poids plus léger que celle qui vient rapidement. Mais si j'ai bien compris tes mots jusqu'à présent, tu ne crois pas que cette différence était prévue au commencement. Vous n'étiez pas destinés à une mort rapide.

"On pourrait dire beaucoup au sujet de cette croyance (que cela soit vrai ou non). Mais je demanderais d'abord : comment dites-vous que cela est arrivé ? Par la malice de Melkor, je l'ai deviné, et tu ne l'as pas nié. Mais je vois à présent que tu ne parles pas de la diminution soufferte par tout en Arda Marrie; mais de quelque coup spécial d'hostilité contre ton peuple, contre les Hommes en tant qu'Hommes. Est-ce cela ?"

"Oui, en effet," dit Andreth.

"Alors c'est une question effrayante," dit Finrod. "Nous connaissons Melkor, le Morgoth, et le savons puissant. Oui, je l'ai vu, et j'ai entendu sa voix; et je me suis tenu en aveugle dans la nuit qui est au cœur de son ombre, alors que toi, Andreth, ne sait rien si ce n'est par ouï-dire ou par la mémoire de ton peuple. Mais jamais même dans la nuit n'avons-nous cru qu'il pouvait s'imposer aux Enfants d'Eru. Celui-ci, il pourrait l'induire en erreur, ou celui-là le corrompre; mais changer le destin de tout un peuple des Enfants, les dépouiller de leur héritage : s'il peut faire ça malgré Eru, alors de loin plus grand et plus terrible est-il que nous ne l'avions deviné; alors toute la valeur des Noldor n'est qu'audace et folie - non, Valinor et les Montagnes des Pelóri sont construits sur du sable."

"Vois !" dit Andreth. "N'ai-je pas dit que vous ne connaissiez pas la mort ? Vois ! Quand tu dois lui faire face en pensée seulement, comme nous le savons de par notre expérience et à travers toutes nos vies, d'un seul coup tu sombres dans le désespoir. Nous savons, si vous ne le savez pas,9 que le Sans nom est Seigneur de ce Monde, et que votre valeur, et la nôtre aussi, est une folie; ou au moins est-elle stérile."

"Prends garde !" dit Finrod. "Prends garde de ne pas dire ce qui ne peut être dit, volontairement ou par ignorance, en confondant Eru avec l'Ennemi qui adorerait que tu le fasses. Le Seigneur de ce Monde, ce n'est pas lui, mais c'est l'Unique qui l'a fait lui, et Son Vice-Roi est Manwë, le Haut-Roi d'Arda, qui est béni.

"Non Andreth, esprit assombri et affolé; s'incliner et pourtant haïr; fuir et pourtant ne pas rejeter; aimer le corps et pourtant le mépriser, le dégoût de la charogne : ces choses peuvent venir du Morgoth, en effet. Mais condamner les non-morts à la mort, de père en fils, et pourtant leur laisser le souvenir d'un héritage détourné, et le désir de ce qui est perdu : le Morgoth pourrait-il le faire ? Non, je dis. Et pour cette raison ai-je dit que si ton conte est vrai, alors tout en Arda est vain, de la cime de l'Oiolossë jusqu'aux abysses les plus profonds. Car je ne crois pas ton conte. Personne n'aurait pu faire cela excepté l'Unique.

"C'est pourquoi je te demande, Andreth, qu'avez-vous fait, vous les Hommes, il y a bien longtemps dans les ténèbres ? Comment avez-vous mis Eru en colère ? Car autrement tous vos contes ne sont que des rêves sombres conçus par un Esprit ténébreux. Diras-tu ce que tu sais ou ce que tu as entendu ?"

"Je ne le dirai pas," dit Andreth. "Nous ne parlons pas de ça à ceux des autres races. Mais en effet les Sages ne sont pas certains et ne disent pas la même chose; car quoi qu'il se soit passé il y a longtemps, nous l'avons fui; nous avons essayé de l'oublier, et nous avons essayé tellement longtemps que maintenant nous ne pouvons nous souvenir d'aucun moment où nous n'étions pas tels que nous sommes aujourd'hui - excepté dans les légendes des jours où la mort venait moins rapidement et où notre longévité était encore bien longue, mais où la mort était déjà présente."

"Vous ne pouvez vous souvenir ?" dit Finrod. "N'y a-t-il aucun conte de vos jours d'avant la mort, mĂŞme si vous ne les raconterez pas Ă  des Ă©trangers ?"

"Peut-ĂŞtre," dit Andreth. "Si pas parmi mon peuple, alors parmi le peuple d'Adanel, peut-ĂŞtre." Elle devint silencieuse, et fixa le feu.

"Penses-tu que personne ne sache, excepté vous-mêmes ?" dit Finrod enfin. "Les Valar ne savent-ils pas ?"

Andreth releva la tête et ses yeux s'assombrirent. "Les Valar ?" dit-elle. "Comment le saurais-je, moi ou tout autre Homme ? Vos Valar ne se sont pas souciés de nous avec leurs soins ou leur instruction. Ils ne nous ont envoyé aucun appel."

"Que sais-tu d'eux ?" dit Finrod. "Je les ai vus et ai vécu parmi eux, et en la présence de Manwë et de Varda, je me suis tenu dans la Lumière. Ne parle pas ainsi d'eux, ni de quoi que ce soit qui soit bien plus haut que toi. De tels mots vinrent d'abord de la Bouche menteuse.

"Ne t'a-t-il jamais traversé l'esprit, Andreth, que là en ces temps depuis longtemps révolus vous vous soyez placés hors de leur attention et hors d'atteinte de leur aide ? Ou même que vous, les Enfants des Hommes, n'étiez pas des sujets qu'ils pouvaient gouverner ? Car vous étiez trop grands. Oui, c'est ce que je veux dire, et pas seulement pour flatter ta fierté : trop grands. Vous propres maîtres en Arda, sous la main de l'Unique. Prends garde alors à tes mots ! Si vous ne parlez pas à d'autres de votre blessure ou de comment vous en êtes arrivés là, faites attention, de crainte (comme des importuns inexpérimentés) de mal juger le tort, ou par fierté, de mal attribuer le blâme.

"Mais tournons-nous à présent vers d'autres questions, puisque tu ne diras plus rien à ce sujet. Je vais considérer votre premier état avant la blessure. Car ce que tu en dis est aussi une surprise pour moi, difficile à comprendre. Tu dis : 'nous n'étions pas faits pour la mort, ni nés pour mourir.' Que veux-tu dire : que vous étiez comme nous, ou autrement ?"

"Ce savoir ne vous prend pas en compte," dit Andreth, "car nous ne savions rien des Eldar. Nous envisagions seulement mourant et non mourant. D'une vie aussi longue que le monde mais pas plus longue, nous n'avions pas entendu parler; en fait, jusqu'à maintenant, cela ne m'avait pas traversé l'esprit."

"Pour parler honnêtement," dit Finrod, "je pensais que votre croyance, que vous n'étiez pas faits pour la mort, n'était qu'une chimère de votre fierté, née de votre envie par rapport aux Quendi, de les égaler ou de les surpasser. Ce n'est pas le cas, diras-tu. Pourtant, longtemps avant d'arriver dans ce pays vous avez rencontrés d'autres peuples des Quendi, et certains se sont liés d'amitié avec vous. N'étiez-vous pas alors déjà mortels ? Et n'avez-vous jamais parlé avec eux de la vie et de la mort ? Même sans mot ils ont rapidement découvert votre mortalité, tout comme vous avez réalisé qu'ils ne mouraient pas."

"'Ce n'est pas le cas', en effet je le dis," répondit Andreth. "Nous étions probablement mortels quand nous avons rencontré pour la première fois des Elfes loin là-bas, ou peut-être pas : notre savoir ne le dit pas, ou au moins je ne l'ai jamais entendu. Mais nous avions déjà notre savoir, et n'en avions pas besoin d'un des Elfes : nous savions qu'à notre commencement nous sommes nés pour ne jamais mourir. Et par cela, mon seigneur, nous entendons : né pour vivre à jamais, sans nulle ombre d'aucune fin."

"Les Sages parmi vous ont-ils alors envisagé combien étrange est la vraie nature qu'ils attribuent aux Atani ?" dit Finrod.

"Est-elle si étrange?" dit Andreth. "De nombreux Sages considèrent que selon sa vraie nature, aucune chose vivante ne meurt."

"En cela les Eldar diraient qu'ils se trompent," dit Finrod. "Votre prétention au sujet des Hommes nous est étrange, et en fait difficile à accepter, pour deux raisons. Tu prétends, si tu comprends entièrement tes propres mots, que vous aviez des corps impérissables, non liés aux limites d'Arda, et pourtant dérivés de sa substance et nourris par elle. Et tu prétends aussi (bien que tu ne l'aies peut-être pas perçu) que vous aviez des hröar et des fëar qui dès le début n'étaient pas en harmonie. Pourtant l'harmonie de la hröa et de la fëa est, nous le croyons, essentielle à la vraie nature immarrie de tous les Incarnés : les Mirröanwi,10 comme nous nommons les Enfants d'Eru."

"La première difficulté, je la perçois," dit Andreth, " et nos Sages ont leur propre réponse. La seconde, tu l'as deviné, je ne la perçois pas."

"Vraiment ?" dit Finrod. "Alors vous ne vous voyez pas clairement. Mais il peut souvent arriver que des amis ou des parents voient pleinement des choses qui sont cachées à leur ami même.

"Maintenant, nous les Eldar sommes vos parents, et vos amis aussi (si tu le crois), et nous vous avons observés pendant déjà trois vies d'Hommes avec amour et tracas, et beaucoup de réflexion. De ceci nous sommes absolument certains, ou alors toute notre sagesse serait vaine : les fëar des Hommes, bien qu'apparentées de près aux fëar des Quendi, ne leur sont pourtant pas identiques. Car aussi étrange que cela nous paraisse, nous voyons clairement que les fëar des Hommes ne sont pas, comme les nôtres, confinées en Arda, ni qu'Arda est leur maison.

"Peux-tu le nier ? Maintenant nous Eldar ne nions pas que vous aimez Arda et tout ce qu'elle contient (dans la mesure où vous êtes libres de l'Ombre), peut-être autant que nous. Et pourtant. Chacun de nos peuples perçoit Arda différemment, et apprécie ses beautés selon un mode et à un degré différents. Comment le dirai-je ? La différence me paraît comme celle entre celui qui visite un pays étrange, et y séjourne pendant un temps (sans que cela soit nécessaire), et celui qui a toujours vécu dans ce pays (et qui le doit). Au premier toutes les choses qu'il voit sont neuves et étranges, et à ce niveau aimables. Au dernier toutes les choses sont familières, les seules choses existantes, les siennes, et en ce sens précieuses."

"Si tu veux dire que les Hommes sont les invités," dit Andreth.

"Tu as dit le mot," dit Finrod : " ce nom, nous vous l'avons donné."

"Nobles comme toujours," dit Andreth. "Mais même si nous ne sommes que des invités dans un pays où tout est vôtre, mes seigneurs, comme tu dis, dis-moi quel autre pays et quelles autres choses connaissons-nous ?"

"Non, dis-moi !" dit Finrod. "Car si vous ne le savez pas, comment le pourrions-nous ? Mais sais-tu que les Eldar disent des Hommes qu'ils ne regardent aucune chose pour elle-même; que s'ils l'étudient, c'est afin de découvrir autre chose; que s'ils l'aiment, c'est seulement (ou ça semble être) parce qu'elle leur rappelle d'autres choses plus chères ? Mais par rapport à quoi s'effectue cette comparaison ? Où sont ces autres choses ?

" Nous sommes tous, Elfes et Hommes, en Arda et d'Arda; et la connaissance qu'ont les Hommes vient d'Arda (ou ainsi cela apparaît-il). D'où vient alors cette mémoire que vous avez, avant même d'être éduqués ?

"Cela ne vient pas d'autres régions d'Arda d'où vous seriez parti. Nous sommes aussi partis de bien loin. Mais si toi et moi nous nous rendions en nos lieux d'origine loin à l'est, je reconnaîtrais les choses là-bas en tant que parts de ma maison, mais je verrais dans tes yeux le même émerveillement et la même comparaison que je vois dans les yeux des Hommes en Beleriand et y étant nés."

"Tu dis des choses étranges, Finrod," dit Andreth, "que je n'ai jamais entendues auparavant. Et pourtant mon cœur est remué, comme par un peu de vérité qu'il reconnaît sans la comprendre. Mais fugitive est cette mémoire, et elle s'en va avant qu'elle puisse être saisie; et ainsi grandissons-nous aveugles. Et ceux qui parmi nous ont connu les Eldar, et qui les ont peut-être aimés, disent : 'Il n'y a pas de lassitude dans les yeux des Elfes'. Et nous pensons qu'ils ne comprennent pas ce proverbe des Hommes : ce qui est trop vu n'est plus vu. Et ils s'étonnent beaucoup de ce que dans les langues des Hommes, le même mot signifie à la fois 'connu depuis longtemps' et 'rassis'.

"Nous avons pensé que la cause était le fait que les Elfes ont la vie perdurante et une vigueur non diminuée. 'Les enfants à la taille d'adulte', nous, les invités, vous appelons parfois, mon seigneur. Et pourtant - et pourtant, si rien en Arda à nos yeux ne conserve longtemps sa saveur, et si toutes les belles choses s'affaiblissent, qu'en est-il ? Cela ne vient-il pas de l'Ombre qui pèse sur nos cœurs ? Ou dis-tu que ce n'est pas le cas, mais que ce fut de tout temps notre nature, même avant la blessure ?"

"C'est ce que je dis, en effet," répondit Finrod. "L'ombre peut avoir obscurci votre trouble, apportant une lassitude plus rapide et la transformant en dédain, mais le trouble était là depuis toujours, je pense. Et s'il en est ainsi, ne peux-tu alors percevoir maintenant la disharmonie dont je parlais ? En effet, si votre sagesse était semblable à la nôtre, enseignant que les Mirröanwi sont constitués d'une union de corps et d'esprit, de hröa et de fëa, ou comme nous le disons de manière imagée, de la Maison et de son Occupant.

"Car qu'est-ce que la 'mort' que tu déplores si ce n'est la séparation de ces deux éléments ? Et quelle est la 'non mortalité' que vous avez perdue si ce n'est le fait que ces deux éléments restent unis à jamais ?

"Mais que devrions-nous alors penser de l'union en l'Homme : union d'un Occupant, qui n'est qu'un invité ici en Arda et n'est donc pas chez lui, à une Maison qui est faite de la substance d'Arda et doit donc (pourrait-on supposer) y rester ?

"Au moins on n'espèrerait pas pour cette Maison une vie plus longue que celle d'Arda dont elle est une partie. Et pourtant tu prétends que la Maison aussi était immortelle, n'est-ce pas ? Je croirais plutôt qu'une telle fëa de par sa propre nature aurait, à un certain moment et de son gré, abandonné la maison de son séjour ici, encore bien même ce séjour aurait-il pu être plus long que ce qui est maintenant permis. Alors la 'mort' vous aurait (comme je l'ai dit) paru toute autre : comme une libération, un retour, non ! comme rentrer à la maison ! Mais tu ne crois pas en cela, semble-t-il ?"

"Non, je ne crois pas en cela," dit Andreth. "Car cela serait au mépris du corps, et c'est une pensée des Ténèbres non naturelle en chaque Incarné dont la vie incorrompue est une union d'amour mutuel. Mais le corps n'est pas une auberge gardant le voyageur au chaud pour une nuit, avant qu'il reprenne sa route, et recevant alors un autre. C'est une maison faite pour un seul habitant, en fait pas seulement une maison mais aussi un habit; et il n'est pas clair pour moi que nous ne devions dans ce cas seulement parler du vêtement adapté au porteur plutôt que du porteur adapté au vêtement.

"Je considère alors qu'on ne peut penser que la séparation de ces deux éléments puisse être en accord avec la vraie nature des Hommes. Car si c'était 'naturel' pour le corps d'être abandonné et de mourir, et 'naturel' pour la fëa de continuer à vivre, alors il y aurait en effet là une disharmonie en l'Homme, et ses composantes ne seraient pas unies par amour. Son corps serait une gêne au mieux, ou une chaîne. Une chose imposée en effet, et pas un don. Mais il y en a un qui impose, et qui crée des chaînes, et si telle était notre nature au commencement, alors nous devrions la tenir de lui - mais tu as dit que cela ne pouvait être dit.

"Hélas ! Dans les ténèbres des hommes le disent toutefois, mais pas les Atani comme tu le sais, plus maintenant. Je considère que dans ce domaine, nous sommes comme vous, de véritables Incarnés, et que nous ne vivons pas selon notre vraie existence et dans son ampleur, excepté ce qui concerne l'union d'amour et de paix entre la Maison et l'Occupant. C'est pourquoi la mort, qui les divise, est un désastre pour les deux."

"Tu m'étonnes encore plus, Andreth," dit Finrod. "Car si ce que tu dis est vrai, alors vois ! une fëa qui n'est ici qu'un voyageur est unie indissolublement à une hröa d'Arda; les séparer est une blessure douloureuse, et pourtant chacune doit suivre sa nature sans tyrannie de l'autre. Alors ceci doit sûrement s'ensuivre : la fëa quand elle s'en va doit prendre avec elle la hröa, son éternelle épouse et compagne, pour une éternité au-delà d'Eä, et au-delà du Temps ? Ainsi Arda, ou une part d'elle, serait-elle non seulement guérie de la souillure de Melkor, mais aussi libérée des limites qui lui furent imposées dans la 'Vision d'Eru' dont parlent les Valar.

"C'est pourquoi j'affirme que si l'on peut croire en cela, alors puissants en effet sous Eru les Hommes furent-ils faits à leur commencement; et abominable au-delà de toute calamité fut le changement de leur état.

"Est-ce alors à une vision de ce qui était destiné à exister en Arda complétée - des choses vivantes et même les terres et mers d'Arda faites éternelles et indestructibles, à jamais belles et nouvelles - que les fëar des Hommes comparent ce qu'elles voient ici ? Ou y a-t-il quelque part ailleurs un monde dont toutes les choses que nous voyons, toutes les choses que les Elfes ou les Hommes connaissent, ne sont que des souvenirs ou des rappels ?"

"Si oui, la réponse réside en l'esprit d'Eru, je pense," dit Andreth. "À de telles questions, comment pouvons-nous trouver les réponses, ici dans les brumes d'Arda Marrie ? Il aurait pu en aller différemment, si nous n'avions pas été changés; mais étant ce que nous sommes, même les Sages parmi nous ont peu réfléchi à Arda même, ou à d'autres choses vivant ici. Nous avons surtout réfléchi à nous-mêmes : à comment nos hröar et fëar auraient dû vivre ensemble pour toujours dans la joie, et impénétrables aux ténèbres qui maintenant nous sont réservées."

"Alors les Hauts Eldar ne sont pas les seuls à oublier leurs parents !" dit Finrod. "Mais cela m'est étrange, et à l'instar même de ton cœur lorsque j'ai parlé de votre trouble, le mien maintenant fait des bons en entendant de bonnes nouvelles.

"Ceci alors, je propose, était la mission des Hommes, non pas les suivants, mais les héritiers et réalisateurs de tout : remédier au Marrissement d'Arda, déjà annoncé avant leur conception; et faire plus, en tant qu'agents de la magnificence d'Eru : élargir la Musique et surpasser la Vision du Monde !11

"Car Arda Guérie ne sera pas Arda Immarrie, mais une troisième chose encore plus belle, et pourtant la même.12 J'ai parlé avec les Valar qui étaient présents lors de la conception de la Musique avant que l'existence du Monde ne commence. Et maintenant je me demande : entendirent-ils la fin de la Musique ? N'y eut-il pas quelque chose dans ou au-delà des accords finaux d'Eru que, étant bouleversés, ils ne perçurent point ?13

"Ou encore, puisque Eru est à jamais libre, peut-être ne fit-Il aucune Musique et ne montra-t-Il aucune Vision au-delà d'un certain point. Au-delà de ce point, nous ne pouvons voir ni connaître, jusqu'à ce que par nos propres routes nous y arrivions, Valar ou Eldar ou Hommes.

"Tout comme un maître peut, dans le récit de contes, tenir secret le meilleur moment jusqu'à ce qu'il arrive en temps dû. Il peut être deviné en effet, dans une certaine mesure, par ceux d'entre nous qui ont écouté pleinement de cœur et d'esprit; mais cela le conteur le souhaiterait. D'aucune manière la surprise et l'émerveillement causés par son art ne sont diminués, car ainsi nous prenons part, comme il se doit, à sa paternité. Cela serait différent si tout nous était dit dans la préface avant que nous n'entrions dans le conte !"

"Alors quel serait selon toi le moment suprême qu'Eru a réservé ?" demanda Andreth.

"Ah, sage dame !" dit Finrod. "Je suis un Elda, et à nouveau je pensais à mon propre peuple. Mais non à tous les Enfants d'Eru. Je pensais que par les Seconds Nés nous pourrions être délivrés de la mort. Car à chaque fois que nous parlions de la mort en tant que division des éléments unis, je pensais en mon cœur à une mort différente : la fin à la fois des deux éléments. Car c'est ce qui nous attend, aussi loin que notre raison puisse voir : l'achèvement d'Arda et sa fin, et par conséquent la nôtre, enfants d'Arda, la fin lorsque les longues vies des Elfes appartiendront entièrement au passé.14

"Et alors soudainement j'ai eu une vision d'Arda Refaite; et là les Eldar achevés mais non arrivés à leur terme pourraient résider à jamais dans le présent,15 et là pourraient-ils marcher, peut-être, avec les Enfants de la Félicité d'au-delà la félicité, et feraient sonner les vertes vallées et vibrer comme des harpes les sommets des montagnes éternelles."

Alors Andreth regarda Finrod par dessous ses sourcils : "Et, quand vous ne seriez pas en train de chanter, que nous diriez-vous ?" demanda-t-elle.

Finrod rit. "Je peux seulement deviner," dit-il. "Sage dame, je pense que nous devrions vous réciter les contes du Passé et d'Arda qui fut Avant … Nous étions les nobles alors ! Mais vous, vous seriez alors chez vous, regardant toute chose intensément, comme il se doit. Vous seriez les nobles. 'Les yeux des Elfes pensent toujours à quelque chose d'autre', diriez-vous. Mais vous sauriez alors ce dont nous nous souviendrions : des jours où nous nous rencontrèrent en premier, et où nos mains se touchèrent dans les ténèbres. Au-delà de la fin du Monde nous ne changerons pas; car dans la mémoire réside notre grand talent, comme il sera constaté encore plus clairement avec le passage des âges en cette Arda : une lourde charge, je le crains; mais dans les jours dont nous parlons maintenant, une grande richesse." Et alors il fit une pause, car il vit qu'Andreth pleurait en silence.

"Hélas, seigneur !" dit-elle. "Que faire maintenant ? Car nous parlons comme si ces choses étaient, ou comme si assurément elles seront. Mais les Hommes ont été diminués et leur pouvoir leur a été ravi. Nous ne cherchons pas une Arda Refaite : les ténèbres sont devant nous, et nous les regardons fixement en vain. Si par notre aide vos demeures éternelles devaient être préparées, elles ne seront pas construites maintenant."

"N'avez-vous donc point d'espoir ?" dit Finrod.

"Qu'est-ce que l'espoir ?" dit-elle. "Une attente du bien, qui, bien qu'incertaine, se fonde sur ce qui est connu ? Alors nous n'en avons pas."

"C'est là une chose que les Hommes appellent 'espoir'," dit Finrod. "Amdir l'appelons-nous, 'expectation'. Mais il y a autre chose de plus profond. Estel l'appelons-nous, c'est-à-dire "confiance". Il n'est pas défait par les manières du monde, car il ne vient pas de l'expérience, mais de notre nature et de notre être premier. Si nous sommes en effet les Eruhin, les Enfants de l'Unique, alors Il ne souffrira pas Lui-même d'être privé de Son bien, par quelque Ennemi que ce soit, même pas par nous-mêmes. Là est l'ultime fondation de l'Estel, que nous gardons même quand nous contemplons la Fin : de tous Ses desseins l'issue doit être au bénéfice la joie de Ses Enfants. L'Amdir tu n'as pas, dis-tu. N'y a-t-il absolument pas d'Estel ?"

"Peut-être," dit-elle. "Mais non ! Ne perçois-tu pas que c'est une part de notre blessure que l'Estel doive vaciller et ses fondations être secouées ? Sommes-nous les Enfants de l'Unique ? Ne sommes-nous pas rejetés finalement ? Ou l'avons-nous jamais été ? Le Sans nom n'est-il pas le Seigneur du Monde ?"

"Ne le dis mĂŞme pas en question !" dit Finrod.

"Cela ne peut être un non-dit," répondit Andreth, "si tu veux comprendre notre désespoir. Ou celui de la plupart des Hommes. Parmi les Atani, comme tu nous appelles, ou les Chercheurs comme nous disons : ceux qui quittèrent les contrées de désespoir et les Hommes des ténèbres et voyagèrent vers l'ouest dans un vain espoir : il est cru que la guérison peut pourtant être trouvée, ou qu'il y a quelque issue. Mais est-ce bien là l'Estel ? N'est-ce pas plutôt l'Amdir; mais sans raison : plutôt une fuite dans un rêve que ce qu'ils connaissent en se réveillant, à savoir qu'il n'y a pas d'issue aux ténèbres et à la mort ?"

"Plutôt une fuite dans un rêve dis-tu," répondit Finrod. "En rêve de nombreux désirs sont révélés; et le désir peut être un battement de l'Estel. Mais tu ne veux pas dire rêve, Andreth. Tu confonds le rêve et l'éveil avec l'espoir et la croyance, pour rendre l'un plus douteux et l'autre plus sûre. Dorment-ils quand ils parlent d'issue et de guérison ?"

"Endormis ou éveillés, ils ne disent rien clairement," répondit Andreth. "Comment et quand viendra la guérison ? En quelle sorte d'êtres seront re-faits ceux qui verront ce temps ? Et qu'en sera-t-il de nous qui avant cela nous en allons dans les ténèbres non guéries ? À de telles questions, seuls ceux de l''Espoir ancien' (comme ils se désignent) ont un début de réponse."

"Ceux de l'Espoir ancien ?" dit Finrod. "Qui sont-ils ?"

"Ils sont peu," dit-elle; "mais leur nombre s'est accru depuis que nous sommes arrivés en ce pays et qu'ils voient que le Sans nom peut (comme ils le pensent) être défié. Ce n'est pourtant pas une bonne raison. Le défier ne défait pas ce qu'il fit jadis. Et si la valeur des Eldar échoue ici, alors leur désespoir sera encore plus profond. Car ce n'était pas sur la puissance des Hommes ou de tout autre peuple d'Arda, que l'ancien espoir se fondait."

"Quel Ă©tait donc cet espoir, si tu le sais ?" demanda Finrod.

"Ils disent," répondit Andreth : "ils disent que l'Unique lui-même entrera en Arda, et guérira les Hommes et tout le Marrissement du début à la fin. Ils disent également, ou ils s'imaginent, que c'est là une rumeur qui est venue des années innombrables, du jour même de notre blessure16."

"Ils disent, ils s'imaginent ?" dit Finrod. "N'es-tu alors pas l'une d'entre eux ?"

"Comment le pourrais-je, seigneur ? Toute sagesse va à leur encontre. Qui est l'Unique, que vous appelez Eru ? Si nous mettons de côté les Hommes qui servent le Sans nom, comme le font beaucoup en Terre du Milieu, il y a encore de nombreux Hommes qui ne perçoivent le monde que comme une guerre entre la Lumière et les Ténèbres équipotents. Mais tu diras : non, il s'agit là de Manwë et de Melkor; Eru est au-dessus d'eux. Eru est-il alors le plus grand des Valar, un grand dieu parmi les dieux, comme la plupart des Hommes diront, même parmi les Atani; un roi qui réside loin de son royaume et qui laisse de moindres princes faire ici presque tout ce qu'ils veulent ? À nouveau tu diras : non, Eru est l'Unique, seul et sans pair, et Il a créé Eä, et il est au-delà d'elle; et les Valar sont plus grands que nous, et pourtant pas plus près de Sa majesté. N'est-ce pas cela ?"

"Oui," dit Finrod. "Nous disons cela, et les Valar, nous les connaissons, et ils disent la même chose, tous excepté un. Mais lequel, d'après toi, est le plus susceptible de mentir : ceux qui se font eux-mêmes humbles, ou celui qui se loue lui-même ?"

"Je ne doute pas," dit Andreth. "Et c'est pour cette raison que ce qui est dit de l'Espoir dépasse mon entendement. Comment Eru pourrait-il entrer dans la chose qu'Il a faite, et par rapport à laquelle Il est sans mesure plus grand ? Le chanteur peut-il entrer dans son conte ou le dessinateur dans son dessin ?"

"Il est déjà dedans, tout comme en dehors," dit Finrod. "Mais en effet le 'résidant dedans' et le 'vivant en dehors' ne sont pas sur le même mode."

"Vraiment," dit Andreth. "Ainsi Eru en ce mode pourrait-Il être présent en Eä qui procède de Lui. Mais ils parlent d'Eru Lui-même entrant en Arda, et c'est une chose complètement différente. Comment pourrait-Il, Lui le plus grand, faire cela ? Cela ne briserait-il pas Arda, ou en fait toute Eä ?"

"Ne me demande pas," dit Finrod. "Ces choses sont au-delà du spectre de la sagesse des Eldar, ou des Valar peut-être. Mais je doute que nos mots ne puissent nous égarer, et que quand tu dis 'plus grand', tu ne penses aux dimensions d'Arda, où le plus grand récipient ne pourrait être contenu par le plus petit.

"Mais de tels mots pourraient ne pas être utilisés à propos du Sans mesure. Si Eru souhaitait le faire, je ne doute pas qu'Il trouverait un moyen, bien que je ne puisse l'imaginer. Car, à ce qu'il me semble, même si Lui en Lui-même devait entrer, Il devrait certainement rester tel qu'Il est : l'Auteur du dehors. Et pourtant, Andreth, pour parler avec humilité, je ne puis concevoir comment cette guérison pourrait être accomplie autrement. Comme Eru ne souffrira certainement pas que Melkor détourne le monde à son propre gré et triomphe à la fin. Pourtant, il n'est pas de pouvoir concevable plus grand que Melkor excepté Eru. Par conséquent, Eru, s'Il ne veut pas laisser Son œuvre aux mains de Melkor, qui alors en aurait la maîtrise, devra alors entrer pour le défaire.

"Bien plus : même si Melkor (ou le Morgoth qu'il est devenu) pouvait de quelque manière que cela soit être jeté à bas ou rejeté d'Arda, son Ombre resterait encore, et le mal qu'il a façonné et planté comme une graine croîtrait et se multiplierait. Et si nul remède ne peut être trouvé, avant que tout ne soit terminé, ni nulle lumière pour s'opposer à l'ombre, ni nulle médecine pour les blessures : alors la solution devra, je pense, venir d'au dehors."

"Alors, seigneur," dit Andreth, et elle releva la tĂŞte avec Ă©merveillement, "tu crois en cet Espoir ?"

"Ne me le demande pas déjà," répondit-il. "Car cela ne m'est toujours que d'étranges nouvelles qui viennent de loin. Nul espoir de la sorte ne fut jamais communiqué aux Quendi. À toi seulement il fut envoyé. Et pourtant à travers toi pouvons-nous l'entendre et soulever nos cœurs." Il s'arrêta un instant, et alors, regardant gravement Andreth, il dit : "Oui, Sage femme, peut-être était-il prévu que nous, Quendi, et vous, Atani, avant que le monde ne vieillisse, nous devions nous rencontrer et partager ensemble des nouvelles, et qu'ainsi nous entendions parler de l'Espoir par vous : prévu, en effet, que vous et moi, Andreth, devions nous asseoir ici et parler ensemble, à travers le fossé qui divise nos peuples, pour qu'ainsi, alors que l'Ombre se multiplie dans le nord, nous ne soyons pas complètement effrayés."

"A travers le fossé qui divise nos peuples !" dit Andreth. "N'y a-t-il d'autres passerelles que les mots ?" Et alors elle se remit à pleurer.

"Il pourrait y en avoir. Pour quelques uns. Je ne sais pas," dit-il. "Le fossé, peut-être. est plutôt entre nos destinées, car autrement nous sommes de proches parents, plus proches que toute autre créature de ce monde. Pourtant il est périlleux de traverser un fossé créé par le destin; et si certains devaient le faire, ils ne trouveraient pas de joie sur l'autre bord, mais les peines des deux. C'est ce que je pense.

"Mais pourquoi dites-vous 'que les mots' ? Les mots ne traversent-ils pas le fossé entre l'une et l'autre vie ? Entre vous et moi, il est certainement passé plus que du son vide ? Ne nous sommes-nous pas rapprochés ? Mais ce n'est, je pense, que bien peu de réconfort pour toi."

"Je n'ai pas demandé de réconfort," dit Andreth. "Pour quelle raison en aurais-je besoin ?"

"Pour la destinée des Hommes qui vous a atteinte en tant que femme," dit Finrod. "Pensez-vous que je ne le sais pas ? N'est-il pas mon frère bien-aimé ? Aegnor17 : Aikanár, la Flamme vive, rapide et ardente. Et les années ne sont guère longues depuis que vous vous êtes rencontrés pour la première fois, depuis que vos mains se sont touchées dans les ténèbres. Pourtant vous étiez alors une jeune fille, courageuse et ardente, dans le matin sur les hautes collines de Dorthonion."18

"Continue !" dit Andreth. "Dis-le : qui n'êtes maintenant plus qu'une Sage, esseulée, et l'âge qui ne le touchera pas a déjà teinté vos cheveux du gris de l'hiver ! Mais ne me dis pas vous, car il l'a fait une fois !"19

"Hélas !" dit Finrod. "C'est là de l'amertume, adaneth bien-aimée, femme des Hommes, n'est-ce pas ? qui se cachait derrière tous tes mots. Si je pouvais te dire des paroles de réconfort, tu les jugerais hautaines de la part de quelqu'un qui est de mon côté de la destinée. Mais que puis-je dire, excepté te remémorer l'Espoir que tu viens de te révéler ?"

"Je n'ai jamais dit qu'il s'agissait de mon espoir", répondit Andreth. "Et même si c'était le cas, je pleurerais toujours : pourquoi cette douleur revient-elle sans cesse ? Pourquoi devrions-nous vous aimer, et vous nous aimer (si c'est le cas), et pourtant mettre ce fossé entre nous ?"

"Parce qu'ainsi avons-nous été faits, proches parents," dit Finrod. "Mais nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes, et donc nous, les Eldar, n'avons pas mis le fossé entre nous. Non, adaneth, nous ne sommes pas arrogants en cela, mais compatissants.20 Ce mot vous déplaira. Pourtant la pitié est de deux sortes, l'une de parenté reconnue est proche de l'amour; l'autre découle d'une différence de chance perçue, et est proche de la fierté. Je parle de la première."

"Ne me parle d'aucune des deux !" dit Andreth. "Je n'en désire aucune. J'étais jeune, et j'ai regardé sa flamme, et maintenant je suis vieille et perdue. Il était jeune et sa flamme s'avançait vers moi, mais il s'est détourné, et il est toujours jeune. Les bougies s'apitoient-elles sur les papillons de nuit ?"

"Ou les papillons de nuit s'apitoient-ils sur les bougies, lorsque le vent les éteint ?" dit Finrod. "Adaneth, je vous le dis, Aikanár la Flamme vive vous aimait. Pour vous à présent il ne prendra jamais la main d'aucune fiancée de son propre peuple, mais vivra seul jusqu'à la fin, se souvenant du matin dans les collines de Dorthonion. Mais trop tôt dans le vent du nord sa flamme s'éteindra-t-elle ! La prévue est accordée aux Eldar en ce qui concerne de nombreuses choses non éloignées, bien que rarement joyeuses, et je vous dis que vous vivrez longtemps pour votre peuple, et il disparaîtra avant vous, et il ne désirera pas revenir."

Alors Andreth se leva et étendit ses mains vers le feu. "Alors pourquoi s'est-il détourné ? Pourquoi m'avoir quittée alors que je disposais encore de plusieurs bonnes années à vivre ?"

"Hélas !" dit Finrod. "Je crains que la vérité ne vous satisfera pas. Les Eldar sont d'une espèce, et vous d'une autre; et chacun juge les autres d'après la sienne - jusqu'à ce qu'ils apprennent, pour peu d'entre eux. Nous sommes en temps de guerre, Andreth, et durant de tels jours les Eldar ne se marient ni ne conçoivent d'enfant;21 mais ils se préparent à la mort - ou à la fuite. Aegnor n'a aucune confiance (tout comme moi) dans le siège d'Angband qui ne durera pas longtemps; et alors qu'adviendra-t-il de ce pays ? S'il écoutait son cœur, il souhaiterait vous prendre et fuir au loin, à l'est ou au sud, abandonnant son peuple, et le vôtre. L'amour et la loyauté le lient à son peuple. Qu'en est-il, quant à vous, pour le vôtre ? Vous avez dit vous-même qu'il n'y a pas d'issue par la fuite dans les limites du monde."

"Pour un an, un jour de la flamme j'aurais tout donné : peuple, jeunesse, et espoir même : adaneth suis-je," dit Andreth.

"Cela, il le savait," dit Finrod; "et il s'est retiré sans prendre ce qui était à portée de sa main : elda est-il. Car de tels échanges se paient d'une angoisse qui ne peut être devinée, jusqu'à ce qu'elle survienne, et d'ignorance plus que de courage les Eldar jugent-ils qu'ils sont faits.

"Non, adaneth, si un mariage peut survenir entre notre peuple et le vĂ´tre, alors il surviendra pour une importante raison de Destin. Bref sera-t-il et cruel Ă  la fin. Oui, le sort le moins cruel qui pourrait lui arriver serait que la mort y mette fin rapidement."

"Mais la fin est toujours cruelle - pour les Hommes," dit Andreth. "Je ne l'aurais guère encombré, une fois ma courte jeunesse achevée. Je n'aurais pas clopiné comme une vieille sorcière après ses pieds vifs, quand je n'aurais plus pu courir à ses côtés !"

"Peut-être pas," dit Finrod. "C'est ce que tu ressens maintenant. Mais que penses-tu de lui ? Il n'aurait pas couru devant vous. Il serait resté à vos côté et vous aurait soutenue. Alors de la pitié auriez-vous eu en chaque heure, de la pitié inévitable. Il ne vous aurait pas supportée si honteuse.

"Andreth adaneth, la vie et l'amour des Eldar résident pour beaucoup dans la mémoire; et nous (sinon vous) préfèrerions un souvenir beau mais inaccompli que l'un menant à une triste fin. Maintenant il se souviendra à jamais de vous dans le soleil du matin, et ce dernier soir près des eaux d'Aeluin dans lesquelles il vit miroiter votre visage avec une étoile prise dans vos cheveux - à jamais, jusqu'à ce que le vent du Nord apporte la fin de sa flamme. Oui, et après cela, dans la Demeure de Mandos dans les Halls de l'Attente jusqu'à la fin d'Arda."

"Et de quoi me souviendrai-je ? dit-elle. "Et quand je m'en irai, dans quels halls irai-je ? Dans les ténèbres dans lesquelles même le souvenir de la Flamme vive sera éteint ? Même le souvenir du rejet. Celui-là, au moins."

Finrod soupira et se leva. "Les Eldar n'ont pas de mot de consolation pour de telles pensées, adaneth," dit-il. "Mais aurais-tu souhaité que jamais les Elfes et les Hommes ne se soient rencontrés ? La lumière de la Flamme, que tu n'aurais jamais vue, n'a-t-elle plus de valeur même maintenant ? Tu te crois méprisée ? Abandonne au moins cette pensée, qui vient des Ténèbres, et alors notre discussion n'aura pas été totalement vaine. Adieu !"



L'obscurité tomba dans la pièce. Il prit sa main à la lumière du feu. "Où vas-tu ?"dit-elle.

"Au nord," dit-il : "aux épées, et au siège, et aux murs de défense - afin que pour un temps en Beleriand les rivières coulent limpides, que les feuilles s'ouvrent, et que les oiseaux bâtissent leurs nids avant que ne vienne la Nuit."

"Sera-t-il là, brillant et grand, avec le vent dans ses cheveux ? Dis-lui. Dis-lui de ne pas être imprudent. De ne pas chercher le danger sans nécessité."

"Je lui dirai," dit Finrod. "Mais je pourrais aussi bien vous dire de ne pas verser de larmes. C'est un guerrier, Andreth, et un esprit de colère. En chaque coup qu'il assène, il voit l'ennemi qui vous a causé cette douleur.

"Mais tu n'es pas pour Arda. Où que tu ailles, puisses-tu trouver la lumière. Attends-nous là, mon frère - et moi."
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MessagePosté le: 21 Avr 2005 17:55     Sujet du message: Répondre en citant

Notes :

* [Note de Tolkien] Cela serait environ en 409 durant la Longue Paix (260-455). À cette époque, Belemir et Adanel étaient vieux pour des Hommes, étant dans leur soixante-dizaine; mais Andreth était dans la vigueur de l'âge, n'ayant pas encore 50 ans (48 ans). Elle était célibataire, ce qui n'était pas inhabituel pour les Sages des Hommes.

** [Note de Tolkien] Il avait 93 ans.

*** [Note de Tolkien] En 310, environ 100 ans avant cela.

1 Il y a peut-être une comparaison à faire avec un passage du Débat des Valar dans Lois et Coutumes (p. 247), où Niënna dit à Manwë : "Bien que la mort de séparation puisse trouver les Eldar dans ton royaume, il y a pourtant une chose qui n'y entre pas : la déformation et la pourriture"; auquel est ajoutée une note de bas de page : " Pourtant, après la perte des Arbres, cela arriva tant que Melkor fût présent; et le corps de Finwë, tué par Melkor, se dessécha et devint poussière, tout comme les Arbres même le firent."

2 Ici et en d'autres, mais en aucun cas toutes, occurrences subséquentes, Quendi fut corrigé en Elfes dans le tapuscrit C.

3 changement fut une correction dans le tapuscrit b (uniquement); le manuscrit a croissance.

4 Cf. les mots de Pengoloð à Ælfwine à la fin de l'Ainulindalë (p. 37), sur la mortalité des Hommes : "La mort est leur destin, le don d'Ilúvatar, que les Pouvoirs eux-mêmes envieront, avec l'usure du Temps. Mais Melkor avait jeté son ombre sur elle, et l'avait pervertie avec l'obscurité, et du bien il avait fait sortir le mal, et de l'espoir la peur."

5 Le manuscrit a ici : "Que savez-vous [NdTr : ye forme plurielle] de la mort ? Vous [NdTr : ye forme plurielle] ne la craignez pas, car vous [NdTr : you forme singulière polie] ne la connaissez pas" [NdTr : dans le texte, les trois "vous" représentent des formes singulières polies]. Le dactylographe de C remplaça le premier ye par un you; mon p§re le laissa tel quel, mais corrigea l'occurrence originelle de you en ye. Sur la page d'ouverture du tapuscrit, il nota que ye est utilisé uniquement pour le pluriel, et que you "représente le pronom elfe pour la forme polie", alors que thou, thee "représente le pronom familier (ou affectueux)" [NdTr : "tu"]. Cette distinction n'est pas toujours maintenue dans le manuscrit; mais dans un certain nombre de cas, you, où l'on attendrait ye, peut être voulu, et je n'ai corrigé que les formes pour lesquelles l'erreur semble certaine.

6 C'est une étrange erreur. Fingolfin mourut en 456, l'année suivant Dagor Bragollach (V.132, répété dans les Annales Grises); voir p. 306.

7 Cf. Lois et Coutumes, p. 220 : "Ils [Les Eldar] croient que la nouvelle fëa, et donc en leur début toutes les fëar, vient directement d'Eru et d'au-delà d'Eä. En conséquence de quoi beaucoup pensent qu'il ne peut être soutenu que la destinée des Elfes est confinée à Arda pour toujours et connaîtra sa fin avec elle."

8 hallali : l'air sonné sur un cor pour la mort du gibier.

9 La distinction entre ye (pluriel) et you (singulier) est apparemment voulue (voir note 5).

10 Le manuscrit a Mirruyainar, suivi dans les deux tapuscrits. En B, mon père corrigea le nom en Mirroyainar ici mais pas à la seconde occurrence (p. 316); en C, il le changea en Mirröanwi aux deux occurrences. Voir le "Glossaire" de l'Athrabeth, p. 350.

11 Dans la marge sur le manuscrit, répété sur le tapuscrit C, il est écrit à côté de ce paragraphe : "Dans la Musique d'Eru, les Hommes n'entrèrent qu'après les dissonances de Melkor." Bien sûr ceci était vrai des Elfes aussi. Voir note de l'auteur 1 au Commentaire de l'Athrabeth et la note 10 (p. 358).

12 Cf. les mots de Manwë à la fin du Débat des Valar dans Lois et Coutumes (p. 245) : "Car Arda Immarrie a deux aspects ou sens. Le premier est l'Immarri qu'ils discernent dans le Marri, si leurs yeux ne sont pas voilés, et auquel ils aspirent, comme nous aspirons à la Volonté d'Eru : là est le terrain sur lequel se bâtit l'Espoir. Le second est l'Immarri qui sera : c'est-à-dire, pour parler en fonction du Temps dans lequel ils ont leur existence, Arda Guérie, qui sera plus grande et plus belle que la première, en raison du Marrissement : là est l'Espoir qui soutient."

13 Il est dit dans l'Ainulindalë (p. 13, §19) que "l'histoire était incomplète, et la construction des cercles non encore achevée quand la vision avait disparu", à quoi dans le texte final D (p. 31) fut ajouté une note en bas de page, attribuée à Pengoloð :
    certains ont dit que la Vision s'Ă©tait interrompue avant l'accomplissement de la Domination des Hommes et l'affaiblissement des Premiers NĂ©s ; c'est pourquoi, bien que la Musique soit au-dessus de tout, les Valar n'ont pas vu de leurs yeux les Ă‚ges Tardifs, ou la fin du Monde.
Dans le tapuscrit "perdu" AAm * de l'ouverture des Annales d'Aman (p. 64), il est dit que Nienna ne put résister jusqu'à la fin de la Musique, et que "dès lors, elle n'a pas l'espoir de Manwë" (p. 68).

14 Voir p. 312 et note 7.

15 Sur la conception d'Arda Achevée, voir note (iii) à la fin de Lois et Coutumes (p. 251).

16 Il était évidemment fondamental pour toute la conception des Jours anciens que les Hommes se soient éveillés à l'Est au premier lever du soleil, et qu'ils n'aient existé que depuis maximum quelques siècles lorsque Finrod Felagund vint à la rencontre de Bëor et de son peuple au pied des Montagnes bleues. On a vu des suggestions plus hauts dans l'Athrabeth qu'Andreth se référait à une période beaucoup plus ancienne pour l'Eveil des Hommes (ainsi parle-t-elle de "légendes des jours où la mort venait moins rapidement et où notre longévité était encore bien longue", p. 313); dans ses mots ici, "une rumeur qui est venue des années innombrables", un profond changement de la conception semble clair. La chronologie des Années du Soleil est cependant maintenue dans l'Athrabeth, avec la datation de la rencontre entre Finrod et Andreth en environ 409 durant la Longue Paix (260-455). (voir p. 306). Voir aussi p. 378 [Mythes transformés, texte II].

17 À la fois ici et p. 324, le nom était écrit Egnor dans le manuscrit, subséquemment changé en Aegnor; cf. p. 177 (§42) et p. 197.

18 Cf. QS §117 (V.264) : "Angrod et Egnor surveillait Bladorion depuis les versants nord du Dorthonion" (durant le Siège d'Angband), et §129 (V.276) : "Barahir [fils de Bëor l'Ancien] vivait principalement dans les marches septentrionales avec Angrod et Egnor."

19 La phrase " Mais ne me dis pas vous [NdTr : thou], car il l'a fait une fois" fut un ajout au manuscrit; Finrod a commencé par s'adresser à Andreth par thou peu avant ce point. Mais à partir d'ici jusqu'à la fin du texte, l'usage est très confus, inconsistant dans le manuscrit et avec des corrections inconsistantes sur le tapuscrit (à la fois de thou vers you et de you vers thou); il semble que mon père était indécis quant aux formes que Finrod devrait employer, et j'ai laissé le texte tel quel.

20 pitiful : i.e. plein de pitié, compatissant.

21 Cf. Lois et Coutumes, p. 213 : "Encore que les Eldar considèreraient comme préjudiciable la séparation d'un couple marié durant la grossesse ou les premières années d'un enfant. C'est pourquoi les Eldar ne conçoivent d'enfants qu'en période de bonheur et de paix, s'ils le peuvent."
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MessagePosté le: 23 Avr 2005 23:47     Sujet du message: Répondre en citant

Le Commentaire




L'Athrabeth Finrod ah Andreth marque peut-être le point culminant de la pensée de mon père sur la relation entre les Elfes et les Hommes, dans la vision exaltée de Finrod du dessein originel d'Eru pour l'Humanité; mais son but central était d'explorer pleinement pour la première fois la nature du "Marrissement des Hommes". Dans le long récit de son œuvre qu'il écrivit pour Milton Waldman en 1951 (Lettres n° 131, pp. 147-8), il avait dit :
    La chute originelle de l'Homme ... n'apparaît nulle part : les Hommes n'entrent en scène que bien après tout cela, et il y a seulement une rumeur selon laquelle ils seraient tombés pendant un moment sous la domination de l'Ennemi et que certains s'en seraient repentis.


Dans l'Athrabeth, Finrod aborde cette "rumeur" directement : "'C'est pourquoi je te demande, Andreth, qu'avez-vous fait, vous les Hommes, il y a bien longtemps dans les ténèbres ? Comment avez-vous mis Eru en colère ? ... Diras-tu ce que tu sais ou ce que tu as entendu ?'" Il reçoit un refus absolu : "'Je ne le dirai pas,' dit Andreth. 'Nous ne parlons pas de ça à ceux des autres races'"; mais à la question suivante de Finrod "'N'y a-t-il aucun conte de vos jours d'avant la mort, même si vous ne les raconterez pas à des étrangers ?'", Andreth répond : "'Peut-être. Si pas parmi mon peuple, alors parmi le peuple d'Adanel, peut-être.'" La légende de la Chute de l'Homme préservée parmi certains des Edain était (comme on le verra bientôt) sur le point d'apparaître.

Présentant les différences fondamentales de destinée de nature, et d'expérience entre les Elfes et les Hommes sous la forme d'un débat philosophique entre Finrod, Seigneur de Nargothrond, et Andreth, descendante de Bëor l'Ancien, la discussion est néanmoins conduite avec une intensité croissante, et une amertume de la part d'Andreth, dont le lien (bien que connu par les deux interlocuteurs de manière indépendante) n'est révélé qu'à la fin. Mais à ce texte passionné, mon père attacha un long commentaire discursif et critique d'une veine très différente, qui suit ici.

Les journaux dans lesquels l'Athrabeth et le commentaire étaient préservés (voir p. 304) portent cette inscription :


Suppl. Silmarillion

_____

Athrabeth Finrod ah Andreth

_____

Commentaire


Sur l'un de ces emballages, mon père ajouta : "Devrait être le dernier élément d'un appendice" (i.e. au Silmarillion).

Il tapa ce commentaire lui-même, en original et en carbone, avec quelques corrections subséquentes presque identiques dans les deux. A la suite du commentaire figurent des notes numérotées qui occupent une place bien plus large que le commentaire lui-même, étant donné que certaines d'entre elles constituent de courts essais. Je les ai distinguées de mes propres notes numérotées sur le texte (pp. 357 et suivantes) par les mots "Note de l'auteur".

Il subsiste un brouillon très rudimentaire du commentaire, et qu'il suivait la réalisation des copies tapuscrites de l'Athrabeth elle-même se voit par l'occurrence du mot Mirröanwi (voir note 10 ci-dessus).



ATHRABETH FINROD AH ANDRETH

Le DĂ©bat de Finrod et Andreth


Ce texte n'est pas présenté en tant qu'argument de force pour les Hommes dans leur présente situation (ou celle dans laquelle ils croient être), bien qu'il pourrait présenter quelque intérêt pour les Hommes qui débutent avec des croyances ou des présomptions semblables à celles du roi elfe Finrod.

C'est en fait simplement un élément de la description du monde imaginaire du Silmarillion, et un exemple du genre de choses que des esprits curieux des deux côtés, l'elfe et l'humain, devaient se dire l'un à l'autre après qu'ils étaient devenus familiers. Nous voyons ici la tentative d'un esprit elfe généreux de sonder les relations des Elfes et des Hommes, et le rôle qu'ils étaient destinés à jouer dans ce qu'il aurait appelé l'Oienkarmë Eruo (la production perpétuelle de l'Unique), qui pourrait être rendu par "La gestion du Drame par Dieu".

Il y a certaines choses dans ce monde qui doivent être acceptées comme des "faits". L'existence des Elfes : c'est-à-dire d'une race d'êtres apparentés de près aux Hommes, de si près en fait qu'ils doivent être considérés physiquement (ou biologiquement) comme étant de simples branches de la même race.1 Les Elfes apparurent sur Terre plus tôt, mais pas (mythologiquement ou géologiquement) beaucoup plus tôt;2 ils étaient "immortels", et ne "mouraient" pas sauf par accident. Les Hommes, quand ils apparurent sur la scène (c'est-à dire quand ils rencontrèrent les Elfes), étaient cependant quasiment comme ils sont maintenant : ils "mouraient", même en échappant à tout accident, à l'âge de 70-80 ans. L'existence des Valar : c'est-à-dire des sortes d'Etres angéliques (créés, mais au moins aussi puissants que les "dieux" des mythologies humaines), dont les principaux résidaient toujours dans une partie physique actuelle de la Terre. Ils étaient les agents et les représentants d'Eru (Dieu). Ils furent pendant des âges sans nom engagés dans des travaux démiurgiques3 complétant selon les desseins d'Eru la structure de l'Univers (Eä); mais ils étaient maintenant concentrés sur Terre pour le Drame principal de la Création : la guerre des Eruhín (les Enfants de Dieu), Elfes et Hommes, contre Melkor. Melkor, originellement le plus puissant des Valar4, était devenu un rebelle, contre ses frères et contre Eru, et était l'Esprit du Mal originel.

En ce qui concerne le Roi Finrod, il faut comprendre qu'il commence avec quelques croyances basiques, qu'il aurait dit dérivées de l'une ou de plusieurs de ces sources : sa nature créée; l'instruction angélique; la réflexion; et l'expérience.

1. Eru (l'Unique) existe; Il est le Dieu Créateur Unique, qui fit le Monde (ou plus précisément en dressa les grandes lignes), mais qui n'est pas Lui-même le Monde. Ce Monde, ou Univers, il [NdTr : Finrod] l'appelle Eä, un mot elfe signifiant "Cela est", ou "Que cela soit".

2. Il y a sur Terre des créatures "incarnées", Elfes et Hommes : ils sont constitués de l'union d'une hröa et d'une fëa (grossièrement mais pas exactement équivalentes à "corps" et "âme"). Cela, dirait-il, était un fait connu pour la nature elfe, et pouvait par conséquent être déduit pour la nature humaine en raison de la proche parenté des Elfes et des Hommes.

3. La hröa et la fëa, dirait-il, sont complètement distinctes en genre, et ne se situent pas sur le "même niveau de dérivation d'Eru" (Note de l'Auteur 1), mais ont été conçues l'une pour l'autre, pour coexister en harmonie perpétuelle. La fëa est indestructible, une identité unique qui ne peut être désintégrée ou absorbée par aucune autre identité. La hröa, cependant, peut être détruite et dissoute : cela découle de l'expérience. (Dans un tel cas, il décrirait la fëa comme étant "exilée" ou "sans logis".)

4. La séparation de la fëa et de la hröa n'est "pas naturelle", et ne découle pas de la conception originelle mais du "Marrissement d'Arda", qui est dû aux agissements de Melkor.

5. L'"immortalité" elfe est limitée à une partie du Temps (qu'il appellerait l'Histoire d'Arda) et doit donc être strictement appelée "longévité sérielle", dont la limite extrême est la durée de l'existence d'Arda (Note de l'Auteur 2). Un corollaire de ceci est que la fëa elfe est aussi limitée au Temps d'Arda, ou au moins y est confinée et ne peut la quitter, tant qu'elle dure.

6. De cela suivrait en pensée, si ce n'était un fait de l'expérience elfe, qu'une fëa elfe "sans logis" doit avoir le pouvoir ou l'opportunité de revenir à la vie incarnée, si elle en a le désir ou la volonté. (En fait, les Elfes découvrirent que leurs fëar n'avaient pas ce pouvoir en elles, mais que l'opportunité et les moyens étaient fournis par les Valar, avec la permission spéciale d'Eru pour redresser cet état non naturel de divorce. Il n'était pas légal pour les Valar de forcer une fëa à revenir; mais ils pouvaient imposer des conditions, et juger si le retour devait être permis, et, le cas échéant, comment et après combien de temps.) (Note de l'Auteur 3)

7. Vu que les Hommes meurent, sans accident et qu'ils le veuillent ou non, leurs fëar doivent avoir une relation différente au Temps. Les Elfes croyaient, bien qu'ils n'eussent aucune information certaine, que les fëar des Hommes, si désincarnées, sortaient du Temps (tôt ou tard), et ne revenaient jamais (Note de l'Auteur 4).

Les Elfes observèrent que tous les Hommes mouraient (un fait confirmé par les Hommes). Ils déduisirent donc que c'était "naturel" pour les Hommes (c'est-à-dire que c'était le plan d'Eru), et supposèrent que la brièveté de la vie humaine était due à cette caractéristique de la fëa humaine : qu'elle n'était pas destinée à rester longtemps en Arda. Alors que leurs propres fëar, étant destinées à rester en Arda jusqu'à sa fin, imposaient une longue endurance à leurs corps; car elles exerçaient (et c'est un fait d'expérience) un bien plus grand contrôle sur eux (Note de l'Auteur 5).


Au-delà de la "Fin d'Arda", la pensée elfe ne pouvait pénétrer, et ils n'avaient aucune instruction spécifique (Note de l'Auteur 6). Il leur semblait évident que leurs hröar devaient alors disparaître, et que, par conséquent, toute forme de réincarnation serait impossible (Note de l'Auteur 7). Tous les Elfes "mourraient" alors à la Fin d'Arda. Ce que cela signifierait, ils ne le savaient pas. Ils disaient par conséquent que les Hommes avaient une ombre derrière eux, mais que les Elfes en avaient une devant eux.

Leur dilemme était le suivant : la pensée de l'existence en tant que fëar seules leur était révoltante, et il leur semblait difficile de croire que cela était naturel et leur était destiné, vu qu'ils étaient essentiellement des "résidents d'Arda", et par nature complètement amoureux d'elle. L'alternative : que leurs fëar cesseraient aussi d'exister à "la Fin", semblait encore plus intolérable. À la fois l'annihilation absolue et la cessation de l'identité continue étaient complètement répugnantes à leurs pensées et désirs (Note de l'Auteur 8).

Certains disaient que, bien qu'intégrale et unique (comme Eru dont elles découlaient directement), chaque fëa, étant créée, était finie, et devait donc avoir une durée finie. Elle n'était pas destructible avant son terme appointé, mais quand il était atteint, elle cessait d'exister; ou elle cessait d'acquérir de l'expérience, et "résidait seulement dans le Passé".

Mais ils virent que cela n'apportait aucune solution. Car, même si une fëa elfe était capable "consciemment"de résider dans ou de contempler le Passé, cela serait une condition tout à fait insatisfaisante pour son désir (voir Note de l'Auteur 8). Les Elfes avaient (comme ils le disaient eux-mêmes) un grand talent de mémoire, mais qui se tournait plus vers le regret que vers la joie. Et aussi, aussi longue que pourrait devenir l'Histoire des Elfes avant qu'elle ne se termine, elle serait un objet d'une étendue trop limitée. Être perpétuellement "emprisonné dans un conte" (comme ils disaient), même si c'était dans un très beau conte se terminant triomphalement, deviendrait un tourment.5 Car plus grand que le talent de mémoire était le talent elfe pour la fabrication, et pour la découverte. La fëa elfe était avant tout destinée à fabriquer des choses en coopération avec sa hröa.

Par conséquent, en fin de compte, les Elfes furent obligés de s'appuyer sur un "estel nu" (comme ils disaient) : la confiance en Eru, dans le fait que, quoi qu'Il ait imaginé au-delà de la Fin, ce serait reconnu par chaque fëa comme entièrement satisfaisant (au moins). Probablement y aurait-il de la joie imprévisible. Mais ils continuèrent à croire que cela resterait en relation intelligible avec leur nature présente et leurs désirs, découlerait d'eux et les inclurait.

Pour ces raisons, on s'attendait à ce que les Elfes soient moins bien disposés que les Hommes envers le manque d'espérance (ou estel) des Hommes confrontés à la mort. Les Hommes, bien sûr, ignoraient entièrement en général "l'Ombre qui est devant" qui conditionnait la pensée et les sentiments elfes, et enviaient simplement l'"immortalité" elfe. Mais de leur côté, les Elfes ignoraient en général la tradition persistant chez les Hommes selon laquelle les Hommes aussi étaient par nature immortels.

Comme on le voit dans l'Athrabeth, Finrod est profondément ému et étonné de découvrir cette tradition. Il met à jour une tradition concomitante selon laquelle ce changement dans la condition des Hommes par rapport à leur conception originelle était dû à un désastre primordial, au sujet duquel le savoir des Hommes n'est pas clair, ou dont Andreth au moins est réticente à parler (Note de l'Auteur 9). Il conserve toutefois l'opinion selon laquelle la condition des Hommes avant le désastre (ou, comme nous pourrions dire, la condition des Hommes non déchus), ne peut avoir été la même que celle des Elfes. C'est-à-dire que leur "immortalité" ne peut avoir été la longévité des Elfes en Arda; sinon ils auraient simplement été des Elfes, et leur introduction séparée plus tard dans le Drame par Eru n'aurait pas de fonction. Il pense que l'idée des Hommes selon laquelle, inchangés, ils ne mourraient pas (dans le sens de quitter Arda), est due à une déformation humaine de leur propre tradition, et peut-être à une comparaison envieuse avec les Elfes. Il ne pense pas que cela sonne juste, pourrions-nous dire, pour une raison, "les spécificités observables de la psychologie humaine", comparées aux sentiments elfes à l'égard du monde visible.

Il déduit donc que c'est la peur de la mort qui est le résultat du désastre. Elle est crainte car combinée à présent à la séparation de la hröa et de la fëa. Mais les fëar des Hommes doivent avoir été conçues pour quitter Arda volontairement ou en fait par désir - peut-être après un temps plus long que l'actuelle vie humaine moyenne, mais toujours un temps très court par rapport à la vie elfe. Alors, basant son argument sur l'axiome que la séparation de la hröa et de la fëa est non naturelle et contraire au dessein [NdTr : d'Eru], il en arrive (ou si vous préférez, il saute) à la conclusion que la fëa des Hommes non déchus aurait emmené avec elle sa hröa dans son nouveau mode d'existence (libre du Temps). En d'autres mots, cette "supposition" était la fin naturelle de chaque vie humaine, bien que, pour ce que nous en savons, cela a été la fin du seul membre non déchu de l'Humanité.6 Il a alors une vision des Hommes en tant qu'agents de l'"immarrissement" d'Arda, non seulement défaisant le marrissement ou le mal accomplis par Melkor, mais produisant une troisième chose, "Arda Refaite" - car Eru ne défait jamais simplement le passé, mais crée quelque chose de nouveau, de plus riche que la "première conception". En Arda Refaite, les Elfes et les Hommes chacun séparément trouveront de la joie et de la satisfaction, et une réciprocité d'amitié, dont le lien sera le Passé.

Andreth dit que dans ce cas le désastre des Hommes fut effroyable; car cette refondation (si en effet c'était la fonction propre des Hommes) ne peut à présent être accomplie. Finrod évidemment conserve l'espoir que ce sera accompli, bien qu'il ne puisse dire comment. Il voit à présent cependant que le pouvoir de Melkor était plus grand que ce qui avait été supposé (même par les Elfes, qui l'avaient effectivement vu sous sa forme incarnée) : s'il avait été capable de changer les Hommes, et de détruire ainsi le plan.7

Plus strictement parlant, il dirait que Melkor n'avait pas "changé" les Hommes, mais les avait "subjugués" (en allégeance à lui-même) très tôt dans leur histoire, de telle sorte qu'Eru avait changé leur "sort". Car Melkor pouvait subjuguer des esprits et des volontés individuels, mais il ne pouvait le faire de manière héréditaire, ou altérer (à l'encontre de la volonté et du plan d'Eru) la relation d'un peuple entier au Temps et à Arda. Mais le pouvoir de Melkor sur les choses matérielles était clairement vaste. L'entièreté d'Arda (et en fait probablement beaucoup d'autres parties d'Eä) fut marrie par lui. Melkor n'était pas juste un Mal local sur Terre, ni un Ange gardien sur Terre qui aurait mal tourné : il était l'Esprit du Mal, s'éveillant avant même la réalisation d'Eä. Sa tentative de dominer la structure d'Eä, et d'Arda en particulier, et d'altérer les desseins d'Eru (qui gouvernèrent toutes les opérations des Valar fidèles), introduisit le mal, ou une tendance à l'aberration par rapport aux desseins, de toute la matière physique d'Arda. C'était pour cette raison, sans aucun doute, qu'il eut un succès total avec les Hommes, mais seulement partiel avec les Elfes (qui restèrent, en tant que peuple, "non déchus"). Son pouvoir prospérait sur la matière, et à travers elle (Note de l'Auteur 10). Mais par nature, les fëar des Hommes exerçaient un contrôle bien moins fort sur leurs hröar que ce n'était le cas chez les Elfes. Des Elfes individuels pouvaient être amenés à une forme mineure de "Melkorisme" : désirer être leurs propres maîtres en Arda, et vivre selon leurs désirs, conduisant dans des cas extrêmes à la rébellion contre la tutelle des Valar; mais aucun jamais n'entra au service ou ne fit allégeance à Melkor lui-même, ni ne nia l'existence et la suprématie d'Eru. Des choses effrayantes de la sorte, devine Finrod, ont dû être commises par les Hommes, en entier; mais Andreth ne révèle pas ce qu'étaient les traditions des Hommes sur ce point (voir Note de l'Auteur 9).

Finrod cependant voit à présent que, telles que les choses étaient, aucune chose ou aucun être créé sur Arda, ou dans toute Eä, n'était assez puissant pour contrer ou guérir le Mal : c'est-à-dire soumettre Melkor (dans sa présente personne, bien que réduite) et le Mal qu'il avait dilué et envoyé à partir de lui-même dans la structure même du monde.

Seul Eru Lui-même pourrait faire cela. Par conséquent, puisqu'il est impensable qu'Eru abandonne le monde au triomphe ultime et à la domination de Melkor (ce qui pourrait signifier sa ruine et sa réduction au chaos), Eru Lui-même doit à un moment donné venir affronter Melkor. Mais Eru ne pourrait pas entrer complètement dans le monde et son histoire, qui n'est, bien que grande, qu'un Drame fini. Il doit en tant qu'Auteur toujours rester "hors" du Drame, quand bien même ce Drame dépend de Ses desseins et de Sa volonté pour son commencement et sa continuation, en chaque détail et à chaque instant. Finrod, par conséquent, pense qu'Il devra, quand Il viendra, être à la fois "dehors" et dedans; et ainsi il entrevoit la possibilité de la complexité ou de distinctions dans la nature d'Eru, qui toutefois Le laisse "Unique" (Note de l'Auteur 11).

Vu que Finrod avait déjà deviné que la fonction rédemptrice était originellement spécialement assignée aux Hommes, il en est probablement arrivé à l'attente que "la venue d'Eru", si elle avait lieu, concernerait spécialement et de prime abord les Hommes : ce qui est une conjecture ou une vision imaginative du fait qu'Eru viendrait incarné sous forme humaine. Ceci, cependant, n'apparaît pas dans l'Athrabeth.

L'argument n'est pas, bien sûr, présenté dans l'Athrabeth en ces termes, ni dans cet ordre, ni ainsi précisément. L'Athrabeth est une conversation, dans laquelle de nombreuses suppositions et étapes de la pensée doivent être fournies par le lecteur. En fait, bien que cela parle de choses comme la mort et les relations des Elfes et des Hommes au Temps et à Arda, et des uns aux autres, son but réel est dramatique : montrer la générosité de l'esprit de Finrod, son amour et sa pitié pour Andreth, et les situations tragiques qui doivent surgir de la rencontre des Elfes et des Hommes (durant les âges de la jeunesse des Elfes). Car comme cela devient finalement clair, Andreth était dans sa jeunesse tombée amoureuse d'Aegnor, le frère de Finrod; et bien qu'elle sût qu'il répondait à son amour (ou pourrait l'avoir fait s'il avait daigné le faire), il ne le déclara pas, mais la quitta - et elle crut qu'elle fut rejetée comme étant trop basse pour un Elfe. Finrod (bien qu'elle n'en fût pas consciente) connaissait cette situation. Pour cette raison, il comprit et ne prit pas ombrage de l'amertume avec laquelle elle parla des Elfes, et même des Valar. Il parvint à la fin à lui faire comprendre qu'elle n'était pas "rejetée" par mépris ou par morgue elfe; mais que le départ d'Aegnor avait pour motif la "sagesse", et qu'il valut à Aegnor une grande douleur : il était tout autant victime de la tragédie.

Entre-temps, Aegnor périt peu après cette conversation,8, lorsque Melkor brisa le Siège d'Angband lors de la ruineuse Bataille de la Flamme Subite, et la destruction des royaumes elfes en Beleriand débuta. Finrod se réfugia dans la grande forteresse méridionale de Nargothrond; mais il sacrifia peu après sa vie pour sauver Beren le Manchot. (il est probable, bien que mentionné nulle part, qu'Andreth elle-même périt à cette époque, car tout le royaume du nord, où Finrod et ses frères, et le Peuple de Bëor, s'étaient établis fut dévasté et conquis par Melkor. Mais elle aurait alors été une très vieille femme.)9

Finrod fut donc tué avant que les deux mariages des Elfes et des Hommes n'aient lieu, bien que sans son aide, le mariage de Beren et Lúthien n'aurait probablement pas pu être. Le mariage de Beren rencontra pleinement sa prédiction que de tels mariages n'auraient lieu que pour des raisons importantes de Destinée, et que le sort le moins cruel serait que la mort y mette rapidement fin.
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MessagePosté le: 23 Avr 2005 23:49     Sujet du message: Répondre en citant

Note de l'auteur 1




Parce que les fëar étaient considérées comme étant directement créées par Eru, et "envoyées en" Eä; alors que Eä fut achevée médiatement par les Valar.

Selon l'Ainulindalë, il y eut cinq étapes dans la Création. a) La création des Ainur. b) La communication par Eru de son dessein aux Ainur. c) La Grande Musique, qui était comme une répétition, et demeura au niveau de la pensée ou de l'imagination. d) La "Vision" d'Eru, qui était à nouveau une avant-première des possibilités, et qui était incomplète. e) L'Accomplissement, qui continue toujours actuellement.

Les Eldar considéraient qu'Eru était et est libre à toutes les étapes. Cette liberté fut montrée durant la Musique par Son introduction, après la naissance des discordes de Melkor, des deux nouveaux thèmes, représentant la venue des Elfes et des Hommes, qui ne figuraient pas dans Sa première communication10. Il peut dès lors introduire des choses directement à l'étape 5, qui n'étaient pas dans la Musique et ne sont donc pas accomplies par les Valar. Il reste toutefois vrai en général de considérer Eä comme étant accomplie via leur médiation.

Les additions d'Eru, cependant, ne seront pas "étrangères"; elles s'accommoderont à la nature et au caractère d'Eä et de ceux qui y vivent; elles pourraient mettre le passé en valeur et enrichir son objet et sa signification, mais elles le contiendront et ne le détruiront pas.

Donc la "nouveauté" des thèmes des Enfants d'Eru, Elfes et Hommes, consista en l'association de fëar avec, ou les "habitant", des hröar appartenant à Eä, d'une manière telle que les unes étaient incomplètes sans les autres. Mais les fëar n'étaient pas des esprits d'une espèce entièrement différente de celle des Ainur; alors que les corps étaient d'un genre très apparenté aux corps des choses vivantes appartenant au dessein primaire (même si adaptés à leurs nouvelles fonctions, ou modifiés par les fëar les habitant).


Note de l'auteur 2


Arda, ou "le Royaume d'Arda" (en tant que directement placé sous la royauté du représentant d'Eru, Manwë) n'est pas aisée à traduire, vu que ni "terre" ni "monde" ne conviennent. Physiquement, Arda était ce que nous appellerions le Système solaire.11 On peut présumer que les Eldar pouvaient avoir eu autant d'informations aussi précises le concernant, sa structure, son origine, et sa relation au reste d'Eä, qu'ils pouvaient le comprendre. Probablement que ceux que cela intéressait acquirent cette connaissance. Tous n'étaient pas intéressés en tout; la plupart concentrait leur attention sur (ou, comme ils disaient, "étaient amoureux de") la Terre.

Les traditions auxquelles on se réfère ici sont venues des Eldar du Premier Âge, via les Elfes qui ne furent jamais directement en compagnie des Valar, et via les Hommes qui reçurent ce "savoir" des Elfes, mais qui avaient des mythes et des légendes cosmogoniques, et hypothèses astronomiques propres. Il n'y a cependant rien en elles qui contredise sérieusement les présentes notions humaines de Système solaire, de sa taille et de sa position dans l'Univers. On doit se souvenir cependant qu'il ne s'ensuit pas nécessairement que la "véritable information" au sujet d'Arda (telle que les anciens Eldar auraient pu la recevoir des Valar) doive s'accorder aux actuelles théories des Hommes. Aussi, les Eldar (et les Valar) n'étaient pas perturbés ni principalement impressionnés par les notions de taille et de distance. Leur intérêt, certainement celui du Silmarillion et de tout ce qui l'accompagne, pourrait être qualifié de "dramatique". Les endroits et les mondes étaient intéressants ou importants en raison de ce qui se passa en eux.

Le cas est certain en ce qui concerne les traditions elfes que la principale partie d'Arda était la Terre (Imbar, "l'Habitation")12 en tant que scène du Drame de la guerre des Valar et des Enfants d'Eru contre Melkor : de telle sorte que, utilisée approximativement, Arda semble souvent signifier la Terre : et que de ce point de vue, la fonction du Système solaire soit de rendre possible l'existence d'Imbar. En ce qui concerne la relation d'Arda à Eä, l'assertion que les principaux Ainur démiurgiques, incluant l'originellement plus grand de tous, Melkor, avaient élu "résidence" en Arda,13 depuis son établissement, implique aussi que, bien que petite, Arda était dramatiquement le point focal d'Eä.

Ces opinions ne sont ni mathématiques ni astronomiques, ni même biologiques, et ne peuvent donc être considérées comme contredisant les théories de nos sciences physiques. Nous ne pouvons dire qu'il "doit" y avoir quelque part en Eä d'autres systèmes solaires "comme" Arda, encore moins que, s'ils existent, ils ou aucun d'entre eux doivent contenir un parallèle à Imbar. Nous ne pouvons même pas dire que ces choses sont mathématiquement très "probables". Mais même si la présence ailleurs en Eä de "vie" biologique était démontrable, cela n'invaliderait pas l'opinion elfe qu'Arda (au moins tant qu'elle perdure) est le centre dramatique. La démonstration qu'il existait ailleurs des Incarnés, parallèles aux Enfants d'Eru, modifierait bien sûr la représentation, mais ne l'invaliderait pas entièrement. La réponse elfe serait probablement : "Bien, c'est un autre Conte. Ce n'est pas le nôtre. Eru peut sans aucun doute en créer plus d'un. Tout n'est pas esquissé dans l'Ainulindalë; ou bien l'Ainulindalë peut avoir une référence plus large que ce que nous savions : d'autres drames, de genre semblable et peut-être différent en processus et en résultat, peuvent avoir eu lieu en Eä ou pourront avoir lieu." Mais ils ajouteraient certainement : "Mais ils ne sont pas en cours maintenant. Le Drame d'Arda est la préoccupation actuelle d'Eä." En fait, c'est clairement l'idée de la tradition elfe que le Drame d'Arda est unique. Nous ne pouvons à l'heure actuelle affirmer que ce n'est pas vrai.

Les Elfes étaient bien sûr primairement et profondément (plus que les Hommes) concernés par Arda, et par Imbar en particulier. Ils semblent avoir considéré que l'univers physique, Eä, eut un commencement et aura une fin : qu'il était limité et fini dans toute ses dimensions. Ils considéraient certainement que toute chose ou "réalisation", qui est construite (même simplement et ébauchée) à partir de la "matière" de base, qu'ils appelaient erma,14 était impermanente, en Eä. Ils étaient par conséquent principalement préoccupés par "la fin d'Arda". Ils se savaient être limités par Arda; mais la durée de son existence, ils ne semblent pas l'avoir connue. Plus probablement, ils n'étaient pas informés de la volonté ou du dessein d'Eru, Qui paraît dans la tradition elfe demander deux choses de Ses Enfants (ou des deux Peuples) : foi en Lui, et en découlant, espérance ou confiance en Lui (appelée par les Eldar estel).

Mais en tout cas, esquissée ou non dans la Musique, la Fin pouvait être apportée par Eru à tout instant par intervention, de telle sorte qu'elle ne pouvait être prévue avec certitude. (Une telle intervention mineure et présumée telle fut la catastrophe au cours de laquelle Númenor disparut, et qui mit fin à la résidence physique des Valar en Imbar.) La conception elfe de la Fin était en fait catastrophique. Ils ne pensaient pas qu'Arda (et encore moins Imbar) retournerait juste à l'inanition sans vie. Mais cette conception ne fut incorporée par eux dans aucun mythe ou légende. (Voir Note de l'Auteur 7).


Note de l'auteur 3


Selon la tradition elfe, leur réincarnation était une permission spéciale accordée par Eru à Manwë, quand Manwë Le consulta directement, au moment du débat au sujet de Finwë et Míriel.15 (Míriel "mourut" en Aman en refusant de vivre plus longtemps dans son corps, et suscita ainsi toute la question du divorce non naturel de la fëa elfe et de sa hröa, et du deuil des Elfes survivants : Finwë, son mari, était laissé seul.) Les Valar, ou Mandos en tant que bouche de toutes leurs décisions et dans beaucoup de cas leur exécuteur, reçurent le pouvoir d'appeler, de pleine autorité, toutes les fëar sans logis des Elfes en Aman. Là le choix leur étaient donné de rester sans logis, ou (si elles le souhaitaient) d'être relogées dans les mêmes forme et apparence que celles qu'elles avaient eues.16 Normalement, elles devaient toutefois rester en Aman.17 Par conséquent, si elles résidaient en Terre du Milieu, leur deuil de leurs amis et parents, et le deuil de ceux-ci, n'étaient pas redressés. Il n'était pas complètement remédié à la mort. Mais comme Andreth l'a vu, cette certitude au sujet de leur futur immédiat après la mort, et la connaissance qu'au moins ils seraient à nouveau, s'ils le souhaitaient, capables en tant qu'incarnés de faire et de fabriquer des choses et de continuer leur expérience en Arda, rendait la mort totalement différente aux Elfes de ce qu'elle semblait aux Hommes.

Un choix leur était accordé, car Eru ne permettait pas que leur libre-arbitre leur soit enlevé. De la même manière, les fëar sans logis étaient appelées et non amenées en Mandos. Elles pouvaient refuser les appels, mais cela aurait impliqué qu'elles étaient d'une certaine manière souillées, sinon elles n'auraient pas souhaité refuser l'autorité de Mandos : le refus entraînait de graves conséquences, découlant inévitablement de la rébellion face à l'autorité.

Elles "restaient normalement en Aman". Simplement parce que, quand relogées, elles étaient à nouveau dans des corps physiques, et le retour en Terre du Milieu était difficile et périlleux. Aussi, durant la période de l'Exil des Noldor, les Valar avaient fermé toutes les voies de communication (par des moyens physiques) entre Aman et la Terre du Milieu. Les Valar auraient bien sûr pu arranger le transfert, s'il y avait eu une raison suffisamment grave. Le deuil des amis et des parents n'était apparemment pas considéré comme une raison suffisante. Probablement sur instruction d'Eru. Dans tous les cas, tant que les Noldor étaient concernés, ceux-ci, en tant que peuple, s'étaient retranchés de la clémence; ils avaient quitté Aman en revendiquant la liberté absolue d'être leurs propres maîtres, afin de continuer leur guerre contre Melkor de par leur propre valeur et sans aide, et de faire face à la mort et à ses conséquences. Le seul cas d'un arrangement spécial rapporté dans les récits est celui de Beren et Lúthien. Beren fut tué peu après leur mariage, et Lúthien en mourut de chagrin. Ils furent tous deux relogés et renvoyés en Beleriand; mais les deux devinrent "mortels" et moururent plus tard selon la longévité humaine normale. Les raisons de ceci, qui dut être fait par permission expresse d'Eru, ne furent pas tout de suite apparentes, mais étaient certainement d'une importance unique. Le chagrin de Lúthien était si grand que, selon les Eldar, il remua la pitié de Mandos l'Insensible même. Beren et Lúthien avaient accompli ensemble le plus grand de tous les actes à l'encontre de Melkor : la récupération d'un des Silmarils. Lúthien n'était pas des Noldor mais fille de Thingol (des Teleri), et sa mère Melian était "divine", une maia (un des membres mineurs de la race spirituelle des Valar). Et de l'union de Lúthien et Beren, rendue possible par leur retour, la diffusion d'une note "divine" et elfe dans l'Humanité devait découler, établissant un lien entre l'Humanité et le Monde ancien, après l'établissement de la Domination des Hommes.


Note de l'auteur 4



Tôt ou tard : parce que les Elfes croyaient que les fëar des Hommes morts allaient aussi en Mandos (sans possibilité de choix : leur libre-arbitre au regard de la mort leur avait été retiré). Là, elles attendaient jusqu'à leur remise à Eru. La vérité de ceci n'est pas affirmée. Aucun Homme vivant n'était autorisé à aller en Aman. Aucune fëa d'un Homme mort ne revint jamais à la vie en Terre du Milieu. À toutes ces affirmations et décrets, il y a toujours quelques exceptions (en raison de la "liberté d'Eru"). Eärendil atteignit Aman, même au temps du Bannissement; mais il portait le Silmaril récupéré par son ancêtre Lúthien18, et il était un "Semi-Elfe" : il ne fut pas autorisé à retourner en Terre du Milieu. Beren revint à la vie pour une courte période; mais en fait, il ne fut plus vu à nouveau par des Hommes vivants.

Le passage "outre-mer" vers Eressëa (une île en vue d'Aman) était autorisé pour, et en effet requis de, tous les Elfes restant en Terre du Milieu après la chute de Morgoth à Angband. Ceci marqua réellement le commencement de la Domination des Hommes, bien qu'il y eût (pour nous) une longue période crépusculaire entre la chute de Morgoth et le renversement final de Sauron : durant, en fait, le Second et le Troisième Âges. Mais à la fin du Second Âge survint la grande catastrophe (par une intervention d'Eru qui préfigura, en fait, la Fin d'Arda) : la destruction de Númenor, et le "retrait" d'Aman du monde physique. Par conséquent, le passage "outre-mer" de Mortels après la Catastrophe - qui est rapporté dans Le Seigneur des Anneaux - n'est pas exactement la même chose. Il s'agissait dans tous les cas d'une grâce spéciale. Une opportunité de mourir selon le plan original pour les non déchus : ils arrivaient à un stade auquel ils avaient pu acquérir une connaissance et une paix d'esprit plus grandes, et auquel, étant guéris de toute blessure de l'esprit et du corps à la fois, ils auraient pu se démettre eux-mêmes : mourir de leur plein gré, et même par désir, dans l'estel. Une chose qu'Aragorn accomplit sans même cette aide.


Note de l'auteur 5


Ils étaient donc capables d'une condition physique bien plus grande et longue (en poursuivant certains désirs dominants de leurs esprits) sans fatigue; ils ne connaissaient pas la maladie; ils guérissaient rapidement et complètement de blessures qui auraient été fatales aux Hommes; et ils pouvaient endurer une grande douleur physique pendant de longues périodes. Leurs corps ne pouvaient cependant survivre à des blessures vitales, ou à de violents assauts contre leur structure; ni remplacer des membres manquants (comme une main tranchée). D'un autre côté : les Elfes pouvaient mourir, et moururent, à leur gré; comme par exemple en raison d'une grande peine ou deuil, ou en raison d'une frustration de leurs désirs et objectifs dominants. La mort volontaire n'était pas considérée comme une anomalie, mais elle était une faute impliquant quelque défaut ou souillure de la fëa, et ceux qui arrivaient de la sorte en Mandos pouvaient se voir refuser le retour à la vie incarnée.


Note de l'auteur 6


Parce que les Valar n'avaient pas d'information à ce sujet; ou qu'elle était retenue. Voir Note de l'Auteur 2 [cinquième paragraphe].


Note de l'auteur 7



Voir Note de l'Auteur 2. Les Elfes s'attendaient à ce que la fin d'Arda soit catastrophique. Ils pensaient qu'elle serait causée par la dissolution d'Imbar à tout le moins, sinon de tout le système. La Fin d'Arda n'est bien sûr pas la même chose que la fin d'Eä. À ce sujet, ils considéraient que rien ne pouvait être su, sauf qu'Eä était en fin de compte finie. Il est bon de noter que les Elfes n'avaient ni mythe ni légende traitant de la fin du monde. Le mythe qui apparaît à la fin du Silmarillion est d'origine númenóréenne;19 il est clairement élaboré par des Hommes, bien que des Hommes familiers de la tradition elfe. Toutes les traditions elfes sont présentées comme des "histoires", ou comme des récits de ce qui fut jadis.

Nous traitons ici de la pensée elfe à une période ancienne, quand les Eldar était encore pleinement "physiques" sous forme corporelle. Bien après, quand le processus (déjà entraperçu par Finrod) appelé "déclin" ou "effacement" devint plus effectif, leurs idées sur la Fin d'Arda, pour autant qu'elle les affecte, ont dû être modifiées. Mais il n'y a que peu de traces de contacts des pensées elfe et humaine en ces jours tardifs. Ils devinrent éventuellement logés, si on peut appeler cela comme ça, non dans des hröar visibles et tangibles, mais seulement dans le souvenir de la fëa de sa forme corporelle, et dans son désir d'elle; et par conséquent ne dépendant plus, en terme d'existence, de la matière d'Arda.20 Mais ils paraissent avoir considéré, et en fait, considérer encore, que ce désir d'une hröa montre que leur tardive (et actuelle) condition ne leur est pas naturelle, et ils restent dans l'estel qu'Eru y remédiera. "Pas naturelle", que ce soit dû entièrement, comme ils le pensaient avant, à l'affaiblissement de la hröa (dérivé de la débilité introduite par Melkor dans la substance d'Arda dont elle doit se nourrir), ou partiellement à l'inévitable action d'une fëa dominante sur une hröa matérielle à travers les âges. (Dans ce dernier cas, "naturelle" ne peut se référer qu'à un état idéal, dans lequel la matière immarrie pourrait endurer à jamais le logement d'une fëa parfaitement adaptée. Cela ne peut se référer au dessein actuel d'Eru, vu que les Thèmes des Enfants furent introduits après la montée des discordes de Melkor. L'"effacement" des hröar elfes doit donc être un élément de l'Histoire d'Arda telle qu'envisagée par Eru, et le mode par lequel les Elfes devaient ouvrir le chemin à la Domination des Hommes. Les Elfes trouvent que cette supplantation par les Hommes est un mystère, et une cause de chagrin; car ils disent que les Hommes, ou au moins si gouvernés qu'ils le sont par le mal de Melkor, ont de moins en moins d'amour pour Arda elle-même, et s'emploient largement à la détruire par leur tentative de la dominer. Ils pensent toujours que le redressement par Eru de toutes les peines d'Arda viendra par ou via les Hommes; mais la part des Elfes dans ce redressement ou rédemption consistera principalement en la restauration de l'amour d'Arda, ce à quoi leur mémoire du Passé et leur compréhension de ce qui aurait pu être contribuera. Arda, disent-ils, sera détruite par des Hommes mauvais (ou par la méchanceté en les Hommes); mais sera guérie via la bonté en les Hommes. La méchanceté, le non-amour dominateur, les Elfes les compenseront. Par la sainteté des hommes de bien - par leur attachement direct à Eru, avant et au-dessus de toute œuvre d'Eru21 -, les Elfes pourront être délivrés de la dernière de leurs peines : la tristesse; la tristesse qui doit même venir de l'amour désintéressé de toute chose moindre qu'Eru.)


Note de l'auteur 8



Le désir. Les Elfes insistaient sur le fait que les "désirs", spécialement ces désirs fondamentaux traités ici, devaient être pris comme des indications des natures véritables des Incarnés, et de la direction dans laquelle leur accomplissement immarri doit se situer. Ils faisaient la distinction entre désir de la fëa (perception que quelque chose de juste ou de nécessaire n'est pas présent, conduisant à le désirer ou à l'espérer); souhait ou souhait personnel (le sentiment du manque de quelque chose, dont la force concerne primairement une seule personne, et qui peut n'avoir qu'une petite ou pas de référence à l'ordre général des choses); illusion, le refus de reconnaître que les choses ne sont pas telles qu'elles devraient être, conduisant à l'illusion qu'elles sont telles que quelqu'un désirerait qu'elles soient, quand elles ne le sont pas. (Cette dernière pourrait être appelée de nos jours "prendre ses désirs pour des réalités", légitimement; mais ce terme, diraient les Elfes, est assez illégitime si appliqué au premier. La dernière peut être réfutée par référence aux faits. Pas le premier. Sauf si la désirabilité est considérée comme étant toujours illusoire, et la seule base pour l'espoir de redressement. Mais les désirs de la fëa se révèlent souvent être raisonnables en fonction d'arguments assez déconnectés du souhait personnel. Le fait qu'ils s'accordent au "désir", ou même au souhait personnel, ne les invalident pas. En fait, les Elfes croyaient que l'"embrasement du cœur" ou l'"éveil de la joie" (auquel ils se réfèrent souvent) qui peut accompagner l'audition d'une proposition ou d'un argument, n'est pas une indication de sa fausseté mais de la reconnaissance par la fëa d'une chose qui est sur le chemin de la vérité.)


Note de l'auteur 9



Il est probable qu'Andreth ne voulait en fait pas en dire plus. En partie par une espèce de loyauté qui empêchaient les Hommes de révéler aux Elfes tout ce qu'ils savaient des ténèbres de leur passé; en partie parce qu'elle se sentait incapable de se faire sa propre opinion au sujet des traditions humaines contradictoires. De plus longues recensions de l'Athrabeth, apparemment éditées sous influence númenóréenne, lui font donner, sous la pression, une réponse plus précise. Certaines sont très brèves, d'autres plus longues. Toutes convergent cependant en faisant de l'acceptation par les Hommes de Melkor comme Roi (ou Roi et Dieu) la cause du désastre. Dans une version, une légende complète (comprimée en terme de temps) est explicitement donnée pour une tradition númenóréenne, car elle fait dire à Andreth : Ceci est le Conte qu'Adanel de la Maison de Hador m'a raconté. Les Númenóréens descendaient largement, et leurs traditions non elfes principalement, du Peuple de Marach, gouverné par la Maison de Hador.22 La légende présente certaines ressemblances avec les traditions númenóréennes concernant la part jouée par Sauron dans la chute de Númenor. Mais ceci ne prouve pas qu'il s'agisse d'une fiction des jours d'après la chute. Elle dérive sans aucun doute principalement du savoir du Peuple de Marach, assez indépendamment de l'Athrabeth. [Ajout : Rien n'est ici affirmé au sujet de sa "vérité", historique ou autre.] Les actes de Sauron ressemblaient ou répétaient naturellement et inévitablement ceux de son maître. Il est triste qu'un peuple en possession d'une telle légende ou tradition ait plus tard été trompé par Sauron, mais, eu égard à l'histoire humaine en général, ce n'est pas incroyable. En effet, si les poissons avaient un savoir-de-poissons et des Sages-poissons, il est probable que les affaires des pêcheurs ne s'en ressentiraient guère.23

Le Conte d'Adanel est joint.


Note de l'auteur 10



La "Matière" n'est pas considérée comme mauvaise ni opposée à l'"Esprit". La matière était entièrement bonne à l'origine. Elle resta une "créature d'Eru" et encore largement bonne, et en fait auto-guérissante, quand il n'y avait pas d'interférence : c'est-à-dire, quand le mal latent introduit par Melkor n'était pas délibérément réveillé et utilisé par des esprits maléfiques. Melkor concentra son attention sur la matière, parce que les esprits ne pouvaient être complètement dominés que par la peur; et la peur se répandait le plus facilement via la matière (spécialement dans le cas des Incarnés, qu'il désirait subjuguer le plus). Par exemple par la peur que des choses matérielles qui étaient aimées pouvaient être détruites, ou la peur (chez les Incarnés) que leurs corps pouvaient être blessés. (Melkor utilisa et pervertit aussi pour ses desseins la "crainte d'Eru", pleinement ou vaguement comprise. Mais ceci était plus difficile et périlleux, et requérait plus de fourberie. Des esprits moindres pouvaient être leurrés par amour et admiration de lui et de ses pouvoirs, et ainsi être menés en fin de compte à une position de rébellion contre Eru. Leur crainte de Lui pouvait alors être obscurcie, de telle sorte qu'ils adhéraient alors à Melkor, en tant que capitaine et protecteur, devenant enfin trop terrifiés pour revenir sous l'allégeance à Eru, même après avoir découvert Melkor et avoir commencé à le haïr.)


Note de l'auteur 11



Cela est en fait déjà entrevu dans l'Ainulindalë, où il est fait référence à la "Flamme Eternelle". Cela semble signifier l'activité créative d'Eru (dans un sens, distincte de ou en Lui), par laquelle les choses pouvaient recevoir une existence "réelle" et indépendante (bien que dérivée et créée). La Flamme Eternelle est envoyée par Eru résider au cœur du monde, et le monde alors Est, au même niveau que les Ainur, et ils peuvent y entrer, Mais ce n'est pas, bien sûr, la même chose que la ré-entrée d'Eru pour défaire Melkor. Ceci se réfère plutôt au mystère de la "qualité d'auteur", par lequel l'auteur, tandis qu'il reste "en dehors" et indépendant de son œuvre, y réside aussi, à son niveau dérivé, inférieur à celui de son vrai être, en tant que source et garantie de son existence.
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MessagePosté le: 26 Avr 2005 19:59     Sujet du message: Répondre en citant

Le Conte d'Adanel



Alors Andreth, étant pressée par Finrod, dit enfin : "Voici le Conte qu'Adanel de la Maison de Hador m'a raconté :"

Certains disent que le Désastre eut lieu au commencement de l'histoire de notre peuple, avant que nul ne soit déjà mort. La Voix nous avait parlé, et nous avions écouté. La Voix disait : "Vous êtes mes enfants. Je vous ai envoyés pour vivre ici. En temps voulu, vous hériterez de toute cette Terre, mais d'abord, vous devez être des enfants et apprendre. Appelez-moi et j'entendrai; car je veille sur vous."

Nous comprîmes la Voix dans nos cœurs, bien que nous n'avions pas encore de mots. Alors, le désir des mots s'éveilla en nous, et nous commençâmes à en former. Mais nous étions peu nombreux, et le monde était vaste et étrange. Bien que nous désirions grandement comprendre, apprendre était difficile, et la formation des mots était lente.

En ces temps, nous appelions souvent et la Voix répondait. Mais elle répondait rarement à nos questions, disant seulement : "Cherchez d'abord à trouver les réponses vous-mêmes. Car vous aurez de la joie à les trouver, et ainsi grandirez à partir de votre enfance et deviendrez sages. Ne cherchez pas à quitter l'enfance avant votre heure."

Mais nous étions pressés, et désirions utiliser les choses à notre gré; et les formes des nombreuses choses que nous souhaitions faire s'éveillaient en nos esprits. Nous parlions donc de moins en moins à la Voix.

Alors l'un apparut parmi nous, sous notre propre forme visible, mais plus grand et plus beau; et il dit qu'il était venu par pitié. "Vous n'auriez pas dû être laissés seuls et sans instruction," dit-il. "Le monde est plein de richesses merveilleuses que la connaissance peut vous livrer. Vous pourriez avoir de la nourriture plus abondante et plus délicieuse que les pauvres choses que vous mangez maintenant. Vous pourriez avoir des habitations de bien-être, dans lesquelles vous pourriez garder la lumière et bannir la nuit. Vous pourriez même être vêtus comme je le suis."

Alors nous regardèrent et oh ! il était vêtu d'un habit qui brillait comme l'argent et l'or, et il avait une couronne sur sa tête, et des gemmes dans ses cheveux. "Si vous voulez être comme moi," dit-il, "je vous enseignerai". Alors nous le prîmes comme enseignant.

Il était moins rapide que nous ne l'avions souhaité à nous enseigner comment trouver, ou comment faire, les choses que nous désirions, bien qu'il eût éveillé de nombreux désirs en nos cœurs. Mais si d'aucun doutait ou s'impatientait, il apportait et mettait à notre disposition tout ce que nous souhaitions. "Je suis le Dispensateur de Dons," dit-il; "et les dons ne manqueront jamais tant que vous me ferez confiance."

Par conséquent, nous le révérions, et nous étions enchantés par lui; et nous dépendions de ses dons, craignant de retourner à une vie sans eux, qui nous semblait alors pauvre et difficile. Et nous croyions tout ce qu'il nous enseignait. Car nous étions avides de connaître le monde et ses créatures : les animaux et les oiseaux, et les plantes qui poussent sur la Terre; notre propre création; et les lumières du ciel, et les étoiles sans nombre, et les Ténèbres les environnant.

Tout ce qu'il nous enseignait semblait bon, car il avait de grandes connaissances. Mais de plus en plus, il nous parlait des Ténèbres. "Plus grandes que tout sont les Ténèbres," dit-il, "car elles n'ont pas de limites. Je suis venu des Ténèbres, mais j'en suis Le maître. Car j'ai créé la Lumière. J'ai fait le soleil et la lune, et les étoiles sans nombre. Je vous protégerai des Ténèbres, qui autrement vous dévoreraient."

Nous parlâmes alors de la Voix. Mais son visage se fit terrible; car il était en colère. "Idiots !" dit-il. "C'était la Voix des Ténèbres. Elles souhaitent vous garder de moi; car elles ont faim de vous."

Alors il s'en alla, et nous ne le vîmes plus pendant un long moment, et sans ses dons nous étions pauvres. Et il vint un jour où soudainement la lumière du soleil commença à diminuer, jusqu'à ce qu'elle fût masquée et qu'une grande ombre recouvrât le monde; et tous les animaux et les oiseaux étaient effrayés. Alors il revint, marchant dans l'ombre comme un feu scintillant.

Nous nous aplatîmes devant lui. "Il y en a parmi vous qui écoutent encore la Voix des Ténèbres," dit-il, "et par conséquent, elles se rapprochent. Choisissez maintenant ! Vous pouvez prendre les Ténèbres comme Seigneur, ou vous pouvez m'avoir Moi. Mais à moins que vous ne me preniez comme Seigneur et juriez de Me servir, Je partirai et vous quitterai; car J'ai d'autres royaumes et résidences, et Je n'ai pas besoin de la Terre, ni de vous."

Alors, par crainte, nous dîmes ce qu'il demandait, en disant : " Vous êtes le Seigneur; Vous seulement nous servirons; nous abjurons la Voix et ne l'écouterons plus."

"Qu'il en soit ainsi !" dit-il. "À présent, construisez-Moi une maison dans un endroit élevé, et appelez-la la Maison du Seigneur. Là Je viendrai quand Je le voudrai. Là vous vous présenterez à Moi et M'adresserez vos demandes."

Et quand nous eûmes construit une grande maison, il vint et se tint devant le haut siège, et la maison fut éclairée comme par le feu. "À présent," dit-il, "qu'avance quiconque écoute encore la Voix !"

Il y en avait quelques uns, mais par crainte, ils ne bougèrent pas et se turent. "Alors agenouillez-vous devant Moi et inclinez-vous devant Moi !" dit-il. Et tous s'inclinèrent jusqu'au sol devant lui, en disant : "Vous êtes Le Grand, et nous sommes Vôtre."

Après cela, il s'éleva comme dans une grande flamme et fumée, et nous fûmes brûlés par la chaleur. Mais soudainement il était parti, et il faisait plus noir que la nuit; et nous fuîmes la Maison.

Après cela, nous craignions toujours et grandement les Ténèbres; mais il apparaissait rarement parmi nous à nouveau sous une belle forme, et il n'apportait plus que quelques dons. Si, en cas de grande nécessité, nous osions aller à la Maison et le prier de nous aider, nous entendions sa voix, et recevions ses ordres. Mais à présent, il nous ordonnait toujours de faire des choses, ou de lui offrir quelque chose, avant d'écouter nos prières; et à chaque fois les choses devenaient pire, et les dons plus difficiles à obtenir.

La première Voix, nous ne l'entendîmes plus jamais, sauf une fois. Dans le silence de la nuit, Elle parla, disant : "Vous M'avez abjuré, mais vous restez Miens. Je vous ai donné la vie. Elle sera à présent raccourcie, et chacun d'entre vous sous peu viendra à Moi, pour apprendre qui est votre Seigneur : celui que vous louez, ou Moi qui l'ai créé."

Alors, notre terreur des Ténèbres augmenta; car nous croyions que la Voix était celle des Ténèbres derrière les étoiles. Et certains d'entre nous commencèrent à mourir dans l'horreur et l'angoisse, en craignant d'aller dans les Ténèbres. Nous appelâmes alors notre Maître pour nous sauver de la mort, et il ne répondit pas. Mais quand nous vînmes à la Maison et que chacun s'y inclina, enfin il vint, grand et majestueux, mais son visage était cruel et fier.

"À présent vous êtes Miens et devez agir selon Mon gré," dit-il. "Je me moque que certains d'entre vous meurent et aillent apaiser la faim des Ténèbres; car sinon, vous seriez bientôt trop nombreux, grouillant comme des poux sur la Terre. Mais si vous ne faites pas Ma volonté, vous sentirez Ma colère, et vous mourrez plus tôt, car je vous tuerai."

Par après, nous fûmes douloureusement affligés, par la lassitude, la faim et la maladie; et la Terre et toutes ses choses se retournèrent contre nous. Le Feu et l'Eau se rebellèrent contre nous. Les oiseaux et les animaux nous fuirent, ou s'il étaient forts, nous attaquèrent. Les plantes nous donnèrent du poison; et nous craignîmes les ombres sous les arbres.

Nous regrettâmes notre vie telle qu'elle était avant que notre Maître ne vint, et nous le haïmes, mais nous ne le craignions pas moins que les Ténèbres. Et nous fîmes ce qu'il demandait, et même plus; car tout ce que nous pensions qui lui plairait, nous le fîmes, dans l'espoir qu'il soulagerait nos afflictions, et qu'au moins il ne nous tuerait pas.

Pour la plupart d'entre nous, cela fut vain. Mais à certains, il commença à montrer ses faveurs : aux plus forts et aux plus cruels, et à ceux qui se rendaient le plus souvent à la Maison. Il leur fit des dons, et leur donna des connaissances qu'ils tinrent secrètes; et ils devinrent puissants et fiers, et nous asservirent, de telle sorte que nous n'eûmes plus de repos en dehors du travail et de nos afflictions.

Alors certains s'élevèrent parmi nous qui dirent ouvertement leur désespoir : "À présent nous savons enfin qui mentait, et qui désirait nous dévorer. Pas la première Voix. C'est le Maître que nous avons pris qui est les Ténèbres; et il n'en vint pas, comme il le dit, mais y réside. Nous ne le servirons pas plus longtemps ! Il est notre Ennemi."

Alors, de crainte qu'il ne les entendît et ne nous punît tous, nous les tuâmes, quand nous le pûmes; et ceux qui fuirent, nous les chassâmes; et si certains étaient attrapés, nos maîtres, ses amis, ordonnaient qu'ils soient emmenés dans la Maison et mis à mort par le feu. Cela lui plaisait beaucoup, dirent ses amis; et en effet, pendant un temps, il nous sembla que nos afflictions s'étaient allégées.

Mais il est dit que quelques uns nous échappèrent, et allèrent dans des pays lointains, fuyant l'ombre. Pourtant, ils n'échappèrent point à la colère de la Voix; car ils avaient bâti la Maison et s'y étaient inclinés. Et ils arrivèrent enfin à la fin des terres et aux rivages de l'eau infranchissable; et là ! l'Ennemi était devant eux.
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MessagePosté le: 19 Juil 2006 14:06     Sujet du message: Répondre en citant

Glossaire et autres


Avec les documents de l'Athrabeth figure un Glossaire (comme mon père l'appelait), un bref index de noms et de termes avec des définitions et quelques informations étymologiques. Il est limité à l'Athrabeth même, et donc de par la nature du texte n'est pas grand, mais il y a quelques omissions (comme Athrabeth, Andreth, et les noms du Peuple de Bëor). Rédigé manuscritement, il fut fait après que les copies tapuscrites de l'Athrabeth aient été faites à partir du manuscrit et corrigées, comme le montre l'entrée Mirröanwi (voir p. 326, note 10). Il semble curieux que mon père ait dû fournir ceci, étant donné que la plupart des définitions et explications ne seraient pas nécessaires à celui qui a lu le Silmarillion, et pris avec les explications de conceptions fondamentales qui apparaissent dans le Commentaire, cela pourrait suggérer qu'il le concevait comme un travail indépendant - bien que sur l'un des emballages en papier journal des documents de l'Athrabeth (p. 329), il notât qu'il devrait être le dernier élément d'un Appendice (au Silmarillion).

La plupart des informations données se trouve facilement ailleurs, et je ne donne qu'une sélection d'entrées, entières ou non, avec une très légère édition pour des raisons de clarté.
  • Adaneth sindarin "femme, femme mortelle"
  • Arda "royaume", sc. le "royaume de ManwĂ«". Le "Système Solaire", ou la Terre en tant que centre dramatique de celui-ci, comme la scène de la guerre des "Enfants d'Eru" contre Melkor.
  • Edennil (quenya Atandil) "dĂ©vouĂ© aux Atani, aux Hommes"; nom donnĂ© Ă  Finrod.
  • [Extrait de l'entrĂ©e Eldar :] Mais seulement une partie des Eldar atteignit Aman. Une grande partie de la Troisième Troupe (Lindar "Chanteurs", aussi appelĂ©s Teleri "Ceux derrière") resta Ă  l'ouest de la Terre du Milieu. Ceux-ci sont les Sindar "Elfes Gris" ... Les Elfes qui Ă©taient ou avaient rĂ©sidĂ© en Aman Ă©taient appelĂ©s des Hauts Elfes (Tareldar).24
  • fĂ«a "esprit" : l'"esprit" particulier appartenant Ă  et "logĂ©" dans n'importe quelle hröa des IncarnĂ©s. Cela correspond, plus ou moins, Ă  l'"âme"; et Ă  l'"esprit", quand il s'agit de distinguer entre la mentalitĂ© et les processus mentaux des IncarnĂ©s, conditionnĂ©s et limitĂ©s par la coopĂ©ration des organes physiques de la hröa. Il Ă©tait donc dans son essence (sĂ©parĂ©ment de son expĂ©rience) l'impulsion et le pouvoir de penser : s'informer et rĂ©flĂ©chir, en tant que distincts des moyens d'acquĂ©rir des donnĂ©es. Il Ă©tait conscient et conscient de lui-mĂŞme : "lui-mĂŞme" incluait toutefois, chez les IncarnĂ©s, la hröa. La fĂ«a Ă©tait dite par les Eldar retenir l'impression ou la mĂ©moire de la hröa et de toutes les expĂ©riences combinĂ©es d'elle-mĂŞme et de son corps. (Le quenya fĂ«a (dissyllabique) vient de l'ancien *phăya. Le sindarin faer, de mĂŞme signification, correspond au quenya fairĂ« "esprit (en gĂ©nĂ©ral)", par opposĂ© Ă  la matière (erma) ou la "chair" (hrávĂ«).)
  • Finarphin / Finarfin [le nom est donc donnĂ© avec des orthographes alternatives]
  • hröa Voir fĂ«a. (La forme quenya est dĂ©rivĂ©e de l'ancien *srawā. La forme sindarine de hröa et de hrávĂ« (srāwē) Ă©tait rhaw : cf. Mirröanwi.)
  • Mandos [extrait] (Le nom Mandos (racine mandost-) signifie approximativement "fort de dĂ©tention" : de mbandō "dĂ©tention, garde", et osto "une construction ou un endroit puissant et fortifiĂ©". La forme sindarine de mbandō, quenya mando, Ă©tait band, prĂ©sent dans Angband "Fer-prison", le nom donnĂ© Ă  la rĂ©sidence de Morgoth, quenya Angamando.)
  • Melkor (aussi Melko) [extrait] (Melkor, sous sa forme ancienne MelkĂłrĂ«, signifie probablement "Puissant-s'Ă©levant", sc. "soulèvement de puissance"; Melko simplement "le Puissant".)25
  • Mirröanwi IncarnĂ©s; ceux (esprits) "mis en chair"; cf. hröa. (De *mi-srawanwe.)
  • Ă‘oldor Le nom signifie "savoir-maĂ®tres" ou ceux spĂ©cialement dĂ©vouĂ©s Ă  la connaissance. (La plus ancienne forme Ă©tait ngolodō, quenya noldo, sindarin golodh : en transcription, ñ = la lettre fĂ«anorienne pour l'occlusive nasale vĂ©laire voisĂ©e, le ng de king.)26 Le mot quenya ñólĂ« signifiait "savoir, connaissance", mais son Ă©quivalent sindarin gĂ»l, en raison de son usage frĂ©quent dans des combinaisons telles que Morgul (cf. Minas Morgul dans Le Seigneur des Anneaux), Ă©tait uniquement utilisĂ© pour le mal ou la connaissance pervertie, la nĂ©cromancie, la sorcellerie. Ce mot gĂ»l Ă©tait aussi utilisĂ© dans la langue du Mordor.
  • Valar [extrait] (Le nom) signifie "ceux avec du pouvoir, les Puissants". Mais il devrait ĂŞtre plus strictement traduit "les AutoritĂ©s". Le "pouvoir" des Valar rĂ©sidait dans l'"autoritĂ©" qu'ils dĂ©tenaient d'Eru. Ils avaient le "pouvoir" suffisant pour leurs fonctions - c'est-Ă -dire un pouvoir vaste ou quasi divin sur, et la connaissance de, la structure physique de l'Univers, et la comprĂ©hension des desseins d'Eru. Mais il leur Ă©tait interdit d'user de la force envers les Enfants d'Eru. La racine melk-27 (vue dans Melkor), d'un autre cĂ´tĂ©, signifie "pouvoir" au sens de force et puissance.


J'ai fait référence (p. 303) à l'existence de matériau originel de brouillon pour l'Athrabeth. Le principal élément en est une petite liasse de fiches faites de documents de Merton College de 1955 et écrites très rapidement au stylo à bille; mais il est clair que mon père suivait un ancien texte, n'existant plus, qu'il ne pouvait plus lire en certains endroits : des mots sont marqués de points d'interrogation, des points figurent des phrases manquantes (dont certaines furent remplies sans certitude par après), et certaines phrases ne semblent pas être correctes. Ce brouillon, que j'appellerai "A", correspond à la section du texte final commençant par les mots de Finrod "Mais que devrions-nous alors penser de l'union en l'Homme" à la p. 317, jusqu'à "devra alors entrer pour le défaire" à la p. 322; mais l'un est en certains aspects extraordinairement différent de l'autre. Je donne ici deux extraits pour l'illustrer. Le premier commence à la question de Finrod (p. 318) "Ou y a-t-il quelque part ailleurs un monde dont toutes les choses que nous voyons, toutes les choses que les Elfes ou les Hommes connaissent, ne sont que des souvenirs ou des rappels ?" :
    "Si oui, la réponse réside uniquement dans l'esprit d'Eru," dit Andreth. "Mais à de telles questions, je ne connais pas de réponse. Ceci seulement puis-je dire : que parmi nous, certains considèrent que notre mission ici était de remédier au Marrissement d'Arda, et en faisant prendre part la hröa à la vie de la fëa, de la mettre hors de portée de tout marrissement de Melkor ou de tout autre esprit ou malveillance pour toujours. Mais que 'Arda Guérie' (ou Refaite) ne sera pas Arda Immarrie, mais une troisième chose encore plus grande. Et cette troisième chose est peut-être dans l'esprit d'Eru, et dans sa réponse. Tu m'as parlé de la Musique et tu as parlé avec les Valar qui étaient présents lors de sa création avant que le monde ne commence. Entendirent-ils la fin de la Musique ? Ou n'y eut-il pas quelque chose au-delà des accords finaux d'Eru que, étant bouleversés, les Valar ne perçurent point ? Ou encore, puisque Eru est à jamais libre, peut-être ne fit-Il aucune Musique et ne montra aucune Vision au-delà d'un certain point. Au-delà de ce point (que ni les Valar ni les Eldar ...), nous ne pouvons voir ni connaître, jusqu'à ce que, chacun par nos propres routes, nous y arrivions."
    "En quoi la malveillance de Melkor s'est-elle révélée ?"
    Les Ténèbres recouvrent cela. Saelon (sc. Andreth)28 a peu à répondre. "Certains Hommes disent qu'il blasphéma Eru, et nia Son existence, ou Sa puissance, et que nos pères y consentirent, et prirent Melkor pour Seigneur et Dieu; et qu'ainsi nos fëar nièrent leur propre nature véritable, et s'enténébrèrent et faiblirent presque jusqu'à la mort (si c'est possible pour des fëar). Et à travers la faiblesse des fëar, nos hröar perdirent la santé et furent ouvertes à tous les maux et désordres du monde. Et d'autres disent qu'Eru lui-même parla avec colère, disant : "Si les Ténèbres sont votre Seigneur, bien peu de la Lumière aurez-vous ici, mais vous partirez tôt et viendrez devant Moi, pour apprendre qui ment : Melkor ou Moi qui l'ai créé."29


Le second passage correspond par son emplacement à celui commençant avec les mots d'Andreth dans le texte final (p. 321) "Endormis ou éveillés, ils ne disent rien clairement" :
    "... Certains disent que ... Eru trouvera un moyen de guérison qui guérira à la fois nos pères et nous-mêmes et ceux qui nous suivront. Mais comment cela adviendra-t-il, ou vers quel mode d'existence cette guérison nous mènera-t-elle, seuls ceux de l'Espoir (comme nous disons) peuvent le deviner; nul ne peut clairement l'affirmer.
    "Mais il y en a quelques uns parmi nous (dont je suis) qui ont le Grand Espoir, comme nous l'appelons, et qui croient que Son secret a été transmis depuis les jours d'avant notre blessure. Voici le Grand Espoir : qu'Eru lui-même entrera en Arda et guérira les Hommes et tout le Marrissement."
    "Mais c'est une chose Ă©trange !"Affirmez-vous avoir connu Eru avant mĂŞme notre rencontre ? Quel est son nom ?"
    "Le même que pour vous, mais différent seulement en forme de son : L'Unique."
    "Mais cela dépasse toujours mon entendement," dit Finrod. "Car comment Eru pourrait-Il entrer dans la chose qu'Il a créée, et par rapport à laquelle Il est infiniment plus grand ? Le poète peut-il entrer dans son histoire ou le peintre dans sa peinture ?"
    "Il est déjà dedans, et dehors," dit Saelon, "bien que pas selon le même mode."
    "Oui, en vérité," dit Finrod, "et ainsi Eru est-il selon ce mode / en ce sens en Arda. Mais tu parle d'Eru entrant en Arda, ce qui est sûrement autre chose. Comment pourrait-il le faire, lui qui est infiniment plus grand : cela ne briserait-il pas Arda, voire même Eä ?"
    "Il pourra trouver un moyen, je n'en doute pas," dit Saelon, "bien qu'en effet je ne puisse concevoir ce moyen. Mais quoi que tu en penses, là est le Grand Espoir des Hommes. Et je ne vois pas - pour parler avec humilité - ce qui pourrait être fait d'autre; étant donné qu'Eru ne souffrira sûrement pas que Melkor triomphe, ni de lui abandonner Sa propre création. Mais il n'y a rien de perceptiblement plus puissant que Melkor, excepté Eru seul. Par conséquent, Eru, s'il ne veut pas abandonner sa création à Melkor, qui est ..., Eru devra venir et triompher de lui."


À cet endroit, le brouillon A se termine. On verra dans le premier de ces passages que la grande vision de Finrod dans la forme finale de l'Athrabeth au sujet d'"Arda Refaite", qui naît dans son esprit des mots d'Andreth, était à l'origine une croyance de certains des Atani, et c'est Andreth qui propose l'idée que cette vision était absente de la fin de la Musique des Ainur, ou qu'elle ne fut pas perçue par eux; tandis que dans le second passage, Andreth se désigne comme une de ceux qui conservent "le Grand Espoir", et face à l'incrédulité de Finrod quant au fait qu'Eru puisse entrer en Arda, elle apporte ces mêmes réponses spéculatives qui sont attribuées à Finrod dans le texte final. Il est donc apparent que les idées de mon père concernant non seulement la structure et la teneur de la "Conversation de Finrod et d'Andreth", mais aussi la réelle nature des croyances des premiers Hommes en Beleriand, subirent un développement majeur alors qu'il travaillait sur l'Athrabeth.

Une page isolée ("B") rédigée, comme A, sur un document de Merton College de 1955, contient un passage intéressant qui ne fut pas utilisé dans la version finale.
    "Que dit la sagesse des Hommes au sujet de la nature des Mirryaina ?" dit Finrod. "Ou qu'en penses-tu, Andreth, toi qui connaît aussi beaucoup de l'enseignement des Eldar ?"
    "Les Hommes disent diverses choses, qu'ils soient Sages ou non," dit Andreth. "Beaucoup considèrent qu'il n'y a qu'une seule chose : le corps, et que nous sommes l'un des animaux, bien que le dernier arrivé et le plus savant. Mais d'autres considèrent que le corps n'est pas tout, mais contient une autre chose. Car souvent nous parlons du corps comme d'une 'maison', ou d'un 'habit', et cela implique une habitation, bien que nous en parlions sans certitude.30
    "Parmi mon peuple, les Hommes parlent principalement du 'souffle' (ou du 'souffle de la vie'), et ils disent que s'il quitte la maison, il peut ĂŞtre vu par des yeux attentifs, tel un spectre, une image ombreuse de la chose vivante qu'il Ă©tait."
    "Ce n'est qu'une supposition," dit Finrod, "et jadis nous avons dit de telles choses, mais nous savons à présent que l'Habitant n'est pas un 'souffle'31 (dont la hröa fait usage), et que des yeux attentifs ne peuvent voir celui qui est sans logis, mais que des yeux vivants peuvent tirés de l'intérieure de la fëa une image que le sans logis transmet au logé : la mémoire de lui-même."
    "Peut-être," dit Andreth. "Mais parmi le peuple de Marach, les Hommes parlent plutôt du 'feu', ou du 'feu dans l'âtre', par la consomption duquel la maison est chauffée, et duquel proviennent les chaleurs du cœur, ou les fumées de la colère."
    "'C'est une autre supposition," dit Finrod, "et elle contient aussi quelque vérité, je crois."
    "Sans doute," dit Andreth. "Mais ceux qui parlent ainsi, du 'souffle' ou du 'feu', ne le pensent pas comme Ă©tant le propre des seuls Hommes, mais comme la vie de toutes les choses vivantes. Comme les Hommes ont leurs maisons, les animaux aussi habitent dans des trous ou des nids, donc les deux ont en eux une vie qui peut se refroidir ou s'en aller."
    "Alors en quoi les Hommes diffèrent-ils des animaux dans un tel savoir ?" dit Finrod. "Comment peuvent-ils même affirmer avoir eu une vie indestructible ?"
    "Les Sages y ont pensés," dit Andreth. "Et parmi eux il en est qui parlent plus de la manière des Eldar. Mais ils parlent plutôt de trois choses : la terre et le feu et l'Habitant. Par quoi ils entendent la matière dont est fait le corps, qui en lui-même est inerte et ne croît ni ne se meut; et la vie qui croît et s'accroît d'elle-même; et l'Habitant qui réside là, et est maître à la fois de la maison et de l'âtre - ou qui l'était."
    "Et qui ne souhaite jamais les quitter - et qui jadis n'avait pas besoin de le faire ? Ce fut alors l'Habitant qui souffrit la blessure ?" dit Finrod.
    "Non," dit Andreth, "Clairement non; mais l'Homme, en entier : maison, vie et maître."
    "Mais le Maître a dû être celui à qui il fut fait du tort (comme tu dis), ou qui agit mal (comme je le devine); car la maison peut souffrir de la folie du Maître, mais difficilement le Maître des méfaits de la maison ! Mais laissons cela, car tu ne désires pas en parler. Partages-tu cette croyance ?"
    "Ce n'est pas une croyance," dit Andreth. "Car nous n'en savons certainement pas assez au sujet de la terre ou de la croissance ou de la pensée, et peut-être n'en saurons-nous jamais assez; car si elles ont été conçues par l'Unique, alors sans doute conserveront-elles toujours pour nous quelque mystère impénétrable, quoi que nous puissions apprendre. Mais c'est une supposition proche, je pense."


Ici se termine ce texte. Enfin, il y a une autre fiche isolée ("C"), à nouveau d'un document daté de 1955, portant :
    Question : N'est-il pas juste qu'Andreth refuse de discuter de toute tradition ou légende sur la "Chute" ? C'est déjà (si ce n'est inévitablement) trop comme une parodie du Christianisme. Toute légende de la Chute en ferait complètement une ?
    À l'origine, à la place de refuser d'en parler, Andreth était poussée (sous la pression) à dire quelque chose de la sorte :
    Il est dit que Melkor était beau dans les jours anciens, et que quand il eut gagné l'amour des Hommes, il blasphéma Eru, niant son existence et affirmant qu'il était le Seigneur, et les Hommes y consentirent et le prirent pour Seigneur et pour Dieu. Sur ce (disent certains), nos esprits ayant nié leur propre nature devinrent d'un coup enténébrés et affaiblis; et à travers cette faiblesse, ils perdirent la maîtrise de leurs corps, qui perdirent la santé. D'autres disent qu'Eru lui-même parla avec colère, disant : "Si les Ténèbres sont votre Seigneur, bien peu de la Lumière aurez-vous ici [par après > sur terre vous aurez peu de Lumière], et vous partirez tôt et viendrez devant Moi pour apprendre qui ment : votre dieu ou Moi qui l'ai créé." Et ceux-ci sont les plus effrayés par la mort.

Ceci est très difficile à interpréter. La question initiale de mon père doit signifier (au vu des phrases suivantes) : "Il est sûrement juste qu'Andreth refuse ...", impliquant "comme c'est le cas à présent, tel le texte existe". Mais il se mit à écrire un passage dans lequel Andreth ne refuse pas de dire quelque chose au sujet de ces traditions, mais y consent "sous la pression" (je ne sais pas comment interpréter les mots "À l'origine" dans "À l'origine, à la place de refuser d'en parler"); et c'est évidemment là que les germes de ce qui deviendrait le "Conte d'Adanel", la légende de la Chute, apparurent en premier. Mais cette ébauche de ce qu'Andreth dit à Finrod au sujet de la Chute de l'Homme est très proche de, en effet largement la même que, ce qu'elle disait dans le texte brouillon A (p. 351); et ce brouillon dérivait lui-même d'un écrit précédent à présent perdu (p. 350). Il semble alors que cet écrit perdu ne contenait aucun récit de la Chute, et c'était probablement à lui que la question de mon père se référait : "N'est-il pas juste qu'Andreth refuse de discuter de toute tradition ou légende sur la 'Chute' ?"

Les remarques par lesquelles commencent le texte C sont des signes qu'il était quelque peu préoccupé par ces nouveaux développements, ces nouvelles directions, dans la "théologie" sous-jacente d'Arda, ou en tout cas par leur expression si explicite. Sûrement, si l'on se tourne vers ses écrits antérieurs, on doit être conscient d'un tournant significatif. Dans le récit écrit pour Milton Waldman en 1951 (Lettres n° 131, p. 147), il avait dit :
    Le Destin (ou Don) des Hommes est d'être mortels, affranchis des cercles du monde. Puisque le point de vue du cycle dans son ensemble est celui des Elfes, la mortalité n'est pas expliquée par le mythe : c'est un mystère de Dieu dont on ne sait rien de plus que le fait que "le dessein de Dieu pour les Hommes est caché" : c'est un motif de chagrin et d'envie pour les Elfes immortels. ...
    La cosmogonie comporte une chute : une chute des Anges, devrions-nous dire. Bien qu'elle soit très différente dans sa forme, bien entendu, de celle du mythe chrétien. Ces récits sont "nouveaux", ils ne sont pas directement tirés d'autres mythes et légendes, mais ils ne peuvent que contenir une large dose de thèmes ou d'éléments anciens largement répandus. Après tout, je pense que les légendes et les mythes sont faits en grande partie de "vérité", et en présentent en effet des aspects qui ne peuvent être appréhendés que sur ce mode. Certaines vérités et certains modes de ce type ont été découverts il y a bien longtemps, et doivent nécessairement réapparaître. Il ne peut y avoir d’histoire sans chute - toutes les histoires traitent en définitive de la chute -, du moins pas pour des esprits humains tels que nous les connaissons et les possédons.
    Ainsi, poursuivons, les Elfes connaissent une chute avant que leur "Histoire" puisse être racontée. (La chute originelle de l'Homme, pour les raisons indiquées, n'apparaît nulle part : les Hommes n'entrent en scène que bien après tout cela, et il y a seulement une rumeur selon laquelle ils seraient tombés pendant un moment sous la domination de l'Ennemi et que certains s'en seraient repentis.)


"La chute originelle de l'Homme, pour les raisons indiquées, n'apparaît nulle part " Quelles étaient ces raisons ? Mon père devait se référer au commencement de sa lettre, où il écrivit au sujet de la légende arthurienne que "il fait partie intégrante de la religion chrétienne et la contient explicitement", et continua :
    Pour des raisons que je ne développerai pas, cela me semble être rédhibitoire. Le mythe et le conte de fées doivent, comme tout art, refléter et contenir en solution des éléments de vérité (ou d'erreur) d'ordre moral ou religieux, mais pas explicitement, pas sous la forme connue du monde "réel", primaire.


Quelques années avant cette lettre, cependant, dans l'une des curieuses "Esquisses" associées à La Submersion d'Anadûnê, il avait brièvement fait référence à la Chute originelle des Hommes, et c'était là accompagné d'une spéculation très étrange au sujet de l'intention originelle de Dieu pour l'humanité (IX.401) :
    Les Hommes (les Suivants ou la Seconde Race) vinrent en second, mais il est supposĂ© que dans les desseins premiers de Dieu, ils Ă©taient destinĂ©s (après une tutelle) Ă  prendre les rĂŞnes de toute la Terre, et Ă  terme, Ă  devenir des Valar, pour "enrichir les Cieux", IlĂşve. Mais le Mal (incarnĂ© en Melekō) les sĂ©duisit, et ils churent.

Un peu plus loin dans le mĂŞme texte, il Ă©crivit (IX.402) :
    Bien que tous les Hommes eussent chu, tous ne restèrent pas en esclavage. Certains se repentirent, se rebellèrent contre Meleko, et devinrent les amis des Eldar, et essayèrent d'être loyaux à Dieu.


Il y a certainement une croyance exprimée ici (quel que soit le poids qu'on lui attache - car par qui cela est-il "supposé" ?) que la Chute introduisit un changement incroyablement vaste dans la nature et la destinée des Hommes, un changement causé par "l'Esprit du Mal", Melkor.

Mais en 1954, il disait, dans le brouillon de la longue lettre à Peter Hastings qui ne fut pas envoyée (Lettres n° 153) :
    ... mon legendarium, en particulier la Chute de Númenor qui se trouve à l'arrière-plan immédiat du Seigneur des Anneaux, est fondé sur ma conception : que les Hommes sont par essence mortels et ne doivent pas tenter de devenir "immortels" dans leur chair.

Ce Ă  quoi il ajouta en note de bas de page :
    Dans la mesure où la "mortalité" est ainsi présentée comme un don spécial de Dieu au Second Peuple des Enfants (les Eruhíni, les Enfants du Dieu Unique) et non comme une punition pour la Chute, vous pouvez appeler cela de la "mauvaise théologie". C’est peut-être le cas dans le monde primaire, mais c'est une invention susceptible de mettre en lumière une vérité, et une base recevable pour des légendes.


Et à nouveau, dans une autre lettre de 1954, au Père Robert Murray (Lettres n° 156, note en bas de page 205), il écrivit :
    Mais le point de vue de ce mythe est que la Mort - la simple brièveté de la durée de vie humaine - n’est pas une punition suite à la Chute, mais une partie inhérente de la nature biologique (et donc également spirituelle, le corps et l'esprit étant combinés) de l'Homme.


Par conséquent, il me semble qu'il y a des problèmes dans l'Athrabeth Finrod ah Andreth quant à l'interprétation des pensées de mon père sur ces questions; mais je suis incapable de les résoudre. Il est malheureux que les interrogations par lesquelles commence cette fiche de papier soient exprimées de manière aussi elliptique, en particulier les mots "C'est déjà (si ce n'est inévitablement) trop comme une parodie du Christianisme." Apparemment, il ne se référait pas à la légende de la Chute : il disait clairement que l'introduction d'une telle légende "en" - probablement, l'Athrabeth - ferait "une parodie du Christianisme".

Se référait-il alors à la conception étonnante dans l'Athrabeth du "Grand Espoir des Hommes", comme il est nommé dans le brouillon A (p. 352), "l'Espoir ancien" comme il est nommé dans le texte final (p. 321), selon lequel Eru lui-même entrera en Arda pour contrer le mal de Melkor ? Dans le Commentaire (p. 335), il fut davantage défini : "Finrod ... en est probablement arrivé à l'attente que 'la venue d'Eru', si elle avait lieu, concernerait spécialement et de prime abord les Hommes : ce qui est une conjecture ou une vision imaginative du fait qu'Eru viendrait incarné sous forme humaine" - bien que mon père nota que "Ceci, cependant, n'apparaît pas dans l'Athrabeth". Mais ceci n'est certainement pas une parodie, ni même un parallèle, mais l'extension - si seulement représentée comme une vision, un espoir, ou une prophétie - de la "théologie" d'Arda dans, en particulier, et bien sûr de manière centrale, la foi chrétienne; et un défi manifeste selon les vues de mon père dans sa lettre de 1951 sur les limitations nécessaires de l'expression de "vérité d'ordre moral ou religieux" dans un "Monde secondaire".


Notes :

1 Cf. le brouillon de lettre de mon père de septembre 1954 (Lettres n° 153, p. 189) : "les Elfes et les Hommes forment, en termes biologiques, un seul peuple, sans quoi ils ne pourraient engendrer et donner naissance à des descendants fertiles – même si c'est événement est rare" et le passage suivant.

2 Selon la chronologie des Annales d'Aman, les Elfes s'éveillèrent en l'An 1050 des Arbres (p. 71, §37), 450 de ces Années avant le levé du soleil, ou quelque chose comme 4300 de nos années (pour le comput, voir p. 59); voir p. 327, note 16.

3 Travaux démiurgiques : le travail créatif des "démiurges", dans le sens d'êtres puissants mais limités subordonnés à Dieu.

4 Au sujet de Melkor en tant que "originellement le plus puissant des Valar", voir p. 65, §2. Il y a un certain nombre de références dans les derniers écrits à la suprématie de la puissance de Melkor au commencement, mais voir spécialement l'essai Melkor Morgoth reproduit pp. 390 et suivantes. Il est curieux que dans sa lettre à Rhona Beare d'octobre 1958 (Lettres n° 211), mon père écrivit : "Dans le mythe cosmogonique, il est dit que Manwë est le 'frère' de Melkor, ce qui veut dire que dans l'esprit du Créateur ils étaient de même rang et de même puissance."

5 Cf. les mots de Finrod dans l'Athrabeth, p. 319 : "Au-delà de la fin du Monde nous ne changerons pas; car dans la mémoire réside notre grand talent, comme il sera constaté encore plus clairement avec le passage des âges en cette Arda : une lourde charge, je le crains; mais dans les jours dont nous parlons maintenant, une grande richesse."

6 C'est une référence à la Vierge Marie. Voir la note de bas de page (Lettres, p. 286) du brouillon de suite de la lettre mentionnée en note 4.

7 Cette analyse n'adhère pas strictement au cours réel de l'Athrabeth, et (comme il est expressément mentionné, p. 335) c'était volontaire. C'était donc en fait Finrod qui disait que "le désastre des Hommes était effroyable" ("abominable au-delà de toute calamité fut le changement de leur état", p. 318); et sa reconnaissance de ce que "le pouvoir de Melkor était plus grand que ce qui avait été supposé" vient bien plus tôt dans le débat ("mais changer le destin de tout un peuple des Enfants, les dépouiller de leur héritage : s'il peut faire ça malgré Eru, alors de loin plus grand et plus terrible est-il que nous ne l'avions deviné", p. 312).

8 "Aegnor périt peu après cette conversation" : en fait, 46 ans plus tard (voir note 9).

9 Dans les Annales grises (et dans le Silmarillion publié), Finrod est clairement présenté comme gouvernant son grand royaume depuis la forteresse de Nargothrond (fondée des siècles auparavant) pendant le Siège d'Angband, et à la Bataille de la Flamme Subite, il est dit qu'il était "venu du sud en toute hâte" (p. 152). À la fin de l'Athrabeth, d'autre part, il dit à Andreth qu'il part pour le nord, "aux épées, et au siège, et aux murs de défense" (p. 325, et dans le présent passage, il est dit que lui, ses frères et le Peuple de Bëor s'étaient établis dans "le royaume du nord" et que quand le Siège fut rompu, il "se réfugia" à Nargothrond.
La dernière phrase du paragraphe "Mais elle aurait alors été une très vieille femme" est un ajout tardif. À côté, mon père écrivit "environ 94"; cf. la note de bas de page de la phrase d'ouverture de l'Athrabeth, p. 307 : Andreth avait 48 ans au moment de la conversation avec Finrod, qui eut lieu en 409, et donc "environ 94" en 455, l'année de la Bataille de la Flamme Subite.

10 Dans l'Ainulindalë (p. 11, §13), il est expressément dit que les Enfants d'Ilúvatar "étaient arrivés avec le Troisième Thème, et ne figuraient pas dans le thème qu'Ilúvatar proposa au début". Du Second Thème, il est dit dans l'Ainulindalë (p. 14, §24) que "Manwë ... était l'instrument principal du second Thème qu'avait fait naître Ilúvatar, contre la dissonance de Melkor."
Il est peut-être possible que par "les deux nouveaux thèmes" du présent passage, mon père pensait à l'introduction des Elfes et des Hommes dans la Musique en tant que "thèmes" alliés qui, dans l'Ainulindalë, étaient décrits comme "le Troisième Thème", mais il me semble plus probable qu'une conception différente de la Musique avait vu le jour. À cet égard, dans un passage de la réécriture et de l'élaboration finales du Quenta Silmarillion, chapitre 6 (p. 275, §50), il est dit que Melkor parla en secret aux Eldar en Aman au sujet des Hommes, bien qu'il en sût peu à leur sujet, "car, absorbé par sa propre pensée dans la Musique, il avait prêté peu d'attention au Deuxième Thème d'Ilúvatar". S'il ne s'agissait que d'une simple inadvertance, cela pourrait supporter l'idée que le Second et le Troisième Thèmes étaient devenus ceux qui introduisirent les Elfes et les Hommes - bien qu'il eût été sûr que les Elfes apparurent dans le Second Thème, et les Hommes dans le Troisième. On peut noter aussi que dans le brouillon de suite à la lettre à Rhona Beare d'octobre 1958 (Lettres n° 212), auquel je me suis référé plusieurs fois, mon père écrivit : "Leurs 'thèmes' furent introduits dans la Musique par l'Unique, quand les discordes de Melkor s'élevèrent"; et il y a encore une référence aux "Thèmes des Enfants" dans la note de l'auteur 7.

11 En marge des phrases d'ouverture de la Note 2, il est écrit : "Arda signifie Royaume". Avec l'affirmation ici que "Physiquement, Arda était ce que nous appellerions le Système solaire", et dans le troisième paragraphe de cette Note que "la principale partie d'Arda était la Terre (Imbar, 'l'Habitation')", bien que "utilisée approximativement, Arda semble souvent signifier la Terre", cf. la liste des noms associée à la révision du Quenta Silmarillion en 1951 (p. 7) : "Arda nom elfe de la Terre = notre monde. Également Royaume d'Arda = région ceinte". Les affirmations dans cette note supposent bien sûr une transformation radicale du mythe cosmologique, une recrudescence des idées abandonnées dans l'Ainulindalë texte C* de la fin des années quarante (pp. 3-6, 43). Bien d'autres écrits ultérieurs sur ce sujet seront trouvés dans les textes donnés dans la Partie V ([Mythes transformés], voir en particulier les textes I et II, pp. 370, 375 et suivantes).

12 Le terme Imbar n'est jamais apparu avant; mais cf. Ambar "la Terre" (IV.235 et suivantes, et les Étymologies, V.372, "Quenya a-mbar 'oikoumenē', Terre"; aussi Ambar-metta "la fin du monde" dans les paroles d'Aragorn Ă  son couronnement, Le Retour du Roi, p. 245).

13 "les principaux Ainur démiurgiques, incluant l'originellement plus grand de tous, Melkor, avaient élu 'résidence' en Arda" : cf. l'Ainulindalë (p. 14, §21) : "Ainsi advint-il que parmi les Saints, certains demeurent encore auprès d'Ilúvatar au-delà des confins du Monde; mais d'autres, et parmi eux beaucoup des plus grands et des plus beaux, prirent congé d'Ilúvatar et y descendirent." - sur le mot "démiurgiques", voir note 3 ci-dessus.

14 erma : dans le tapuscrit B de Lois et Coutumes apparaît le mot orma, une modification ultérieure au crayon du mot hrón ("la hrón [> orma] générale d'Arda"), p. 218.

15 C'est une référence à une conception non encore rencontrée : voir l'appendice.

16 La possibilité du retour à la vie incarnée via la re-naissance n'est plus admise : voir note 15 ci-dessus.

17 "Normalement, elles devaient toutefois rester en Aman" : les raisons en sont expliquées plus loin dans cette Note. Voir de plus pp. 364-5.

18 Lúthien n'était pas l'ancêtre d'Eärendil, fils de Tuor et d'Idril Celebrindal de Gondolin; elle était la grand-mère d'Elwing, femme d'Eärendil.

19 "Le mythe qui apparaît à la fin du Silmarillion" : étant donné que cette référence ne se réfère à aucun texte écrit, il doit s'agir de la conclusion du Quenta Silmarillion (V.333, §§31-32), la Prophétie de Mandos.

20 Cf. Lois et Coutumes (texte tapuscrit B, p. 219) :
    Les Âges passant, la maîtrise de leurs fëar s'est sans cesse accrue, "consumant" leurs corps (comme noté par ailleurs). La fin de ce processus est leur "dissipation", comme l'appelèrent les Hommes; car le corps devient finalement un simple souvenir gardé par la fëa; et ce processus s'est déjà accompli dans de nombreuses régions de la Terre du Milieu, montrant en effet que les Elfes ne connaissent pas la mort et ne peuvent être détruits ou altérés.

21 "avant et au-dessus de toute Ĺ“uvre d'Eru"; i.e. "avant et au-dessus de toute Ĺ“uvre d'Eru, de quelque sorte que ce soit".

22 Pour des références antérieures au Peuple de Marach, voir pp. 305-6, 309, 344.

23 Il subsiste une autre version de la Note 9, dont l'ouverture se lit ainsi :
    Il est probable qu'Andreth ne voulait pas en dire plus. Elle pouvait aussi se sentir incapable de se faire une opinion sur les traditions humaines en conflit sur ce point. De plus longues recensions de l'Athrabeth, qui paraissent avoir été "éditées" sous influence númenóréenne (les Númenóréens descendaient majoritairement du Peuple de Marach, qui avait des traditions plus spécifiques au sujet de ce que nous devrions appeler la Chute), lui font donner, sous la pression, une réponse plus précise. En bref, ceci :
    Certains disent que le désastre survint très tôt dans l'histoire de notre peuple; d'autres disent durant la première génération. La Voix de l'Unique s'était adressée à nous, certains disent via un Messager, d'autres via une Voix seulement, d'autres encore que c'était via une connaissance dans nos cœurs, que nous avions dès le début. Mais nous étions peu et le monde semblait très vaste; et nous nous émerveillions beaucoup de tout ce que nous voyions, mais nous étions ignorants, et pourtant désirions grandement savoir, et nous étions pressés de faire des choses, dont les formes grandissaient dans nos têtes.
    Alors vint l'un parmi nous, sous notre propre forme, mais plus grand et plus beau ...
À partir de ce point, le texte ne diffère du "Conte d'Adanel" (p. 346) qu'en de mineurs détails de formulation; mais il s'arrête (pas au pied d'une page) aux mots "nous entendions sa voix, et recevions ses ordres" (p. 347).
Cette première version fut rejetée et mise de côté, et à un moment ultérieur, mon père nota sur le tapuscrit : "Le reste des notes et la conclusion de la légende de la Tentation de Melkor semblent perdus. La copie complète a été envoyée à Mme E.J. Neave (ma tante) au Pays de Galles peu avant sa mort. Elle semble n'avoir jamais été retournée. Perdue - ou détruite par ses exécuteurs pressés ?" Ensuite, ultérieurement, il nota à côté de cela que le texte complet et les Notes et la légende (le "Conte d'Adanel") avaient été trouvés. La conservation de ses documents dans des endroits séparés par peur de perte le mena à une détresse telle dans ses dernières années. - Jane Neave décéda en 1963; voir la Note sur la datation, p. 300.

24 Avec les noms Lindar "Chanteurs" des Teleri et Tareldar "Hauts Elfes", cf. l'Index au Silmarillion, entrées Teleri, Eldar.

25 Il est remarquable que l'ancienne forme Melko soit donnée ici en tant que forme alternative.

26 Voir p. 101 [Annales d’Aman, Section 4], note 2.

27 melk- : cette racine fut d'abord écrite avec deux voyelles, peut-être melek-, mais la seconde voyelle semble avoir été effacée.

28 Saelon : remplacé par Saelind ("Cœur sage"), p. 305.

29 Cf. les mots de la Voix d'Eru dans le "Conte d'Adanel", p. 347.

30 La signification est : "bien que nous parlions sans certitude de ce qu'est ce qui l'habite'".

31 Cf. la note de bas de page Ă  la fin de Lois et Coutumes, p. 251.
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MessagePosté le: 19 Juil 2006 14:06     Sujet du message: Répondre en citant

Appendice

La Conversation de Manwë et Eru

et conceptions tardives de la réincarnation elfe



L'affirmation dans la Note de l'Auteur 3 que "Selon la tradition elfe, leur réincarnation était une permission spéciale accordée par Eru à Manwë, quand Manwë Le consulta directement, au moment du débat au sujet de Finwë et Míriel" paraît très étrange à la lumière de Lois et Coutumes parmi les Eldar, où il est dit très explicitement (p. 221) que "Une fëa sans logis qui choisit ou à qui il fut permis de retourner à la vie ré-entrait dans le monde incarné via la naissance d'un enfant. Cela ne pouvait se passer que de la sorte" (par rapport à quoi "un cas rare et étrange" comme celui de Míriel, qui fut "relogée dans son propre corps", est décrit comme la seule exception). Dans Lois et Coutumes, c'est une présupposition de toute la question que Míriel pourrait dans la nature des choses revenir de la mort si elle le voulait; ainsi Ulmo dit-il au cours du Débat des Valar que "la fëa de Míriel aurait pu partir par nécessité, mais elle partit avec la volonté de ne pas revenir", et que "En cela était sa faute". On ne peut pas penser que Lois et Coutumes a été écrit sur la base du fait que la renaissance était seulement "une permission spéciale" accordée par Eru à Manwë "au moment du débat au sujet de Finwë et Míriel", une idée dont il n'y pas de trace ni de suggestion dans ce texte.

L'explication de ceci est que, après la rédaction de Lois et Coutumes, les idées de mon père au sujet du destin des Elfes morts subirent un changement radical, et que le passage cité de la note de l'auteur 3 au Commentaire de l'Athrabeth ne se réfère en fait pas du tout à la re-naissance.

Il existe un texte intitulé La Conversation de Manwë et Eru, qui suit Lois et Coutumes mais précède le Commentaire de l'Athrabeth. Ce texte (dactylographié) était conçu comme un diptyque, la première partie étant les questions de Manwë et les réponses d'Eru, et la seconde une discussion philosophique élaborée de leur signification et de leurs implications; mais cela fut abandonné avant la fin, et une seconde version plus généreuse de la Conversation fut abandonnée après à peine deux ou trois pages. Je donne donc la première partie, la "Conversation", seulement dans la version originelle et plus courte.



Manwë s'adressa à Eru, Lui disant : "Vois ! un mal que nous n'attendions pas est apparu en Arda : les Premiers Nés, que Tu as fait immortels, souffrent à présent de la séparation de l'esprit et du corps. De nombreuses fëar des Elfes de la Terre du Milieu sont à présent sans logis; et même en Aman, il y en a une. Les fëar sans logis, nous les appelons en Aman, pour les protéger des Ténèbres, et toutes celles qui entendent notre voix restent ici en attente. Que pouvons-nous faire de plus ? N'y a-t-il aucun moyen de renouveler leurs vies, afin qu'elles suivent le cours que Tu leur avais destiné ? Et qu'advient-il des endeuillés qui pleurent ceux qui sont partis ?"

Eru répondit : "Que les Sans logis soit relogées !"

Manwë demanda : "Comment cela se fera-t-il ?"

Eru répondit : "Que le corps qui fut détruit soit refait. Ou que la fëa nue renaisse comme un enfant."

Manwë dit : "Est-ce Ta volonté que nous tentions ces choses ? Car nous craignons d'interférer avec Tes Enfants."

Eru répondit : "N'ai-Je point donné aux Valar les rênes d'Arda, et le pouvoir sur sa substance, afin de la modeler à leur gré sous Ma volonté ? Vous ne vous êtes pas faits prier en la matière; quant à mes Premiers Nés, n'en avez-vous pas emmené un grand nombre en Aman depuis la Terre du Milieu où Je les avais installés ?"

Manwë répondit : "Nous avons fait cela par crainte de Melkor, de bonne intention, bien que non sans hésitation. Mais utiliser notre pouvoir sur la chair que Tu as conçue, pour loger les esprits de Tes Enfants, cela semble être une chose dépassant notre autorité, même si ce n'était au-delà de nos talents."

Eru dit : "Je te donne autorité. Les talents, vous les avez déjà, si vous y réfléchissez. Regardez et vous verrez que chaque esprit de Mes Enfants conserve en lui la pleine empreinte et le souvenir de son ancienne maison; et en sa nudité il vous est ouvert, de telle sorte que vous pouvez clairement percevoir tout ce qu'il contient. D'après cette empreinte vous pouvez lui refaire une maison à tout point semblable à ce qu'elle était avant que le mal ne la trouve. Ainsi vous pouvez le renvoyer aux pays des Vivants."

Alors Manwë demanda encore : "Ô Ilúvatar, n'as-Tu pas aussi parlé de renaissance ? Est-ce là aussi en notre pouvoir et en notre autorité ?"

Eru répondit : "Ce sera en votre autorité, mais pas en votre pouvoir. Ceux que vous jugerez aptes à renaître, s'ils le désirent et comprennent clairement ce qui leur arrivera, vous Me les laisserez; et Je Me pencherai sur eux."



L'on verra que des dimensions complètements nouvelles de la question du retour des Morts parmi les Vivants étaient apparues. Mon père en était venu à penser qu'avant la mort de Míriel, il n'y avait jamais eu de "relogement" des fëar des Morts, et que c'était seulement en réponse à l'appel de Manwë qu'Eru décréta une telle possibilité et les modes par lesquels cela serait réalisé. L'un d'eux est la renaissance de la fëa comme un enfant, mais ceux des Morts qui le désirent doivent être remis à Eru et attendre Son jugement sur leur cas. L'autre est la fabrication, par les Valar, d'"une maison à tout point semblable à ce qu'elle était avant que le mal ne la trouve" : la réincarnation des Morts dans une hröa identique à celle que la mort avait prise. La longue discussion qui suit "la Conversation" concerne très largement les idées d'"identité" et d'"équivalence" par rapport à cette forme de réincarnation, et est présentée comme un commentaire par des savants eldarins.

Un manuscrit rapidement écrit sur de petites feuilles de papier, intitulé "Réincarnation des Elfes", semble montrer les réflexions de mon père sur le sujet entre l'abandon de La Conversation de Manwë et Eru et le Commentaire de l'Athrabeth. Dans cette discussion, il se référait rapidement et elliptiquement aux difficultés à chaque niveau (notamment pratique et psychologique) causées par l'idée de la réincarnation de la fëa comme un enfant nouveau-né de seconds parents, qui, comme il grandit, retrouve la mémoire de sa vie précédente : "l'objection la plus fatale" étant que "cela contredit la notion fondamentale que fëa et hröa étaient assorties l'une à l'autre : vu que les hröar ont une ascendance physique, le corps de la renaissance, ayant des parents différents, doit être différent", et cela doit être une cause de douleur pour la fëa re-née.

Il abandonnait là, et pour de bon, la conception depuis longtemps enracinée (voir pp. 265-267) de la renaissance en tant que mode par lequel les Elfes pouvaient revenir à la vie incarnée : par son analyse de l'idée mythique, questionnant sa validité dans les termes qu'il avait adoptés, elle lui apparut comme un sérieux défaut dans la métaphysique de l'existence elfe. Mais, disait-il, c'était un "dilemme", car la réincarnation des Elfes "semblait être un élément essentiel des récits". "La seule solution," décida-t-il dans cette discussion, était l'idée de la refabrication sous la même forme de la hröa des Morts de la manière déclarée par Eru dans La Conversation de Manwë et Eru : la fëa retient un souvenir, une empreinte de sa hröa, son "ancienne maison", si puissante et si précise que la reconstruction d'un corps identique peut en découler.

L'idée d'une "Conversation" entre Manwë et Eru ne fut pas abandonnée, et est en effet mentionnée dans "Réincarnation des Elfes" (mais la "Conversation" ici reproduite devait déjà exister, vu qu'Eru déclare expressément que la renaissance est un mode de réincarnation ouvert à la fëa sans logis, alors que dans la présente discussion, une telle idée est fermement rejetée et ne trouve plus place dans "la seule solution" au "dilemme"). La nouvelle conception découle dans les grandes lignes de ce qui suit. La Musique des Ainur ne contenait aucune prévision de la mort des Elfes et de l'existence de leur fëar sans logis, vu que, selon leur nature, ils devaient être immortels en Arda. Il y avait de nombreuses fëar d'Elfes morts en Terre du Milieu qui étaient réunies dans les Halls de Mandos, mais ce n'était pas avant la mort de Míriel en Aman que Manwë demanda directement conseil à Eru. Eru "accepta et ratifia la position" - tout en faisant clairement apparaître à Manwë que les Valar auraient dû contester la domination de Melkor en Terre du milieu bien plus tôt, et qu'ils avaient manqué d'estel : ils auraient dû avoir confiance en le fait que, dans une guerre légitime, Eru n'aurait pas permis à Melkor d'endommager Arda si fort que les Enfants n'auraient pas pu venir, ou n'auraient pas pu y habiter (cf. [url=]Le Quenta Silmarillion tardif[/url], §20, p. 161 : "Et Manwë dit aux Valar : "Voici l'avis que m'a inspiré Ilúvatar : il nous faut reprendre à tout prix la maîtrise d'Arda et délivrer les Quendi de l'ombre de Melkor." Tulkas en fut content; mais Aulë s'attrista, et on dit qu'il (et d'autres des Valar) avait été auparavant réticent à affronter Melkor, pressentant les souffrances du monde dans cette bataille").

Il est dit alors que "les fëar des Morts vont toutes en Mandos en Aman : ou plutôt qu'elles y sont appelées par l'autorité donnée par Eru. Une place leur est faite." Ceci semble signifier que c'est seulement à ce moment que Mandos se vit confier le pouvoir d'appeler les esprits des Morts en Aman; mais les mots suivants "Une place leur est faite" sont difficilement compréhensibles, vu qu'ils semblent nier que les Halls de l'Attente existaient avant que Manwë ne parlât à Eru (en dépit de l'affirmation plus tôt dans "Réincarnation des Elfes" qu'il y avait de nombreuses fëar sans logis réunies en Mandos avant que la "Conversation" n'eût lieu).

Les Valar reçoivent à présent l'autorité de réincarner les fëar des Elfes morts dans des hröar identiques à celles qu'elles avaient perdues; et le texte continue : "La fëa relogée restera normalement en Aman. Seulement dans des cas très exceptionnels, comme Beren et Lúthien, seront-elles transportées en Terre du Milieu ... Ainsi la mort en Terre du Milieu causait la même sorte de chagrin et de séparation pour les Elfes et pour les Hommes. Mais, comme Andreth le vit, la certitude de vivre à nouveau et de faire des choses sous forme incarnée était une différence vitale par rapport à la mort en tant que terreur personnelle".

Dans ce qui semble être une seconde réflexion, mon père se demanda alors s'il ne pouvait pas être possible que la fëa sans logis fût elle-même autorisée (en ayant reçu l'instruction) à reconstruire sa hröa d'après son souvenir (et cela, comme il ressort de textes très tardifs au sujet de la réincarnation de Glorfindel de Gondolin, devint son opinion ferme et stable en la matière [NdTr : Christopher Tolkien reconnaît qu'il se trompe à ce sujet en HoMe XII]). Il écrivit ici : "Le souvenir par la fëa de l'expérience est évidemment puissant, vif, et complet. Donc la conception sous-jacente est que la "matière" sera assimilée dans l'"esprit", en devenant une part de sa connaissance - et ainsi rendue intemporelle et aux ordres de l'esprit. Comme les Elfes restant en Terre du Milieu "consumaient" lentement leurs corps - ou en faisaient des habits de souvenir ? La résurrection du corps (à tout le moins tant que les Elfes étaient concernés) était en un sens incorporelle. Mais alors qu'il pouvait passer les barrières physique à volonté, il pouvait à volonté opposer une barrière à la matière. Si vous touchiez un corps ressuscité, vous le sentiriez. Ou s'il le voulait, il pourrait simplement vous éviter - disparaître. Sa position dans l'espace dépendait de sa volonté."


Ni dans le passage sur la réincarnation dans le Commentaire de l'Athrabeth, ni dans la note de l'auteur 3 qui s'y réfère, il n'y a de mention de la renaissance; tandis que la dernière se fait très clairement l'écho des mots de "Réincarnation des Elfes". Il est donc fortement sous-entendu dans la note de l'auteur 3, si pas explicitement affirmé, que c'était seulement au moment de la conversation entre Manwë et Eru que Mandos reçut le pouvoir d'appeler les fëar des Morts; et le passage qui suit cela dans la note est clairement similaire à ce qui est dit dans "Réincarnation des Elfes" :
    Le choix leur étaient donné de rester sans logis, ou (si elles le souhaitaient) d'être relogées dans les mêmes forme et apparence que celles qu'elles avaient eues. Normalement, elles devaient toutefois rester en Aman. Par conséquent, si elles résidaient en Terre du Milieu, leur deuil de leurs amis et parents, et le deuil de ceux-ci, n'étaient pas redressés. Il n'était pas complètement remédié à la mort. Mais comme Andreth l'a vu, cette certitude au sujet de leur futur immédiat après la mort, et la connaissance qu'au moins ils seraient à nouveau, s'ils le souhaitaient, capables en tant qu'incarnés de faire et de fabriquer des choses et de continuer leur expérience en Arda, rendait la mort totalement différente aux Elfes de ce qu'elle semblait aux Hommes.
Un point intéressant au niveau de la chronologie de la composition surgit de la remarque que l'on trouve à la fois dans "Réincarnation des Elfes" et dans la note de l'auteur 3 du Commentaire selon laquelle la mort chez les Elfes et la mort chez les Hommes étaient des choses très différentes "comme Andreth l'a vu". L'Athrabeth existait donc déjà quand "Réincarnation des Elfes" fut écrit; mais le Commentaire suivit "Réincarnation". Il semble clairement prouvé qu'il y eut un intervalle entre la rédaction du présent Débat de Finrod et Andreth et la rédaction de son Commentaire.


Un autre passage de "Réincarnation des Elfes" devrait être mentionné. Comme à l'écart du fil de ses pensées, se mouvant plus rapidement (même) que son stylo, mon père remarqua que "la nature exacte de l'existence en Aman ou en Eressëa après leur 'retrait' doit être sujette au doute et inexpliquée", comme doit l'être la question de savoir "comment des 'mortels' pourraient jamais y arriver". Sur ceci il observa qu'Eru avait "longtemps auparavant" confié les Morts des mortels aussi à Mandos; cf. Quenta Silmarillion, §86 (V.247) : "Ce qu'il advient à leurs esprits après la mort, les Elfes ne le savent pas. Certains disent qu'ils vont aussi aux Halls de Mandos; mais que leur endroit d'attente là n'est pas celui des Elfes; et que Mandos sous Ilúvatar seul excepté Manwë sait où ils vont après le temps de mémoire dans ces hall silencieux près de la Mer occidentale." "Le séjour de Frodon" (continua-t-il) "en Eressëa - et alors en Mandos ? - n'était qu'une version étendue de cela. Frodon aura alors quitté le monde (le désirant). De telle sorte que le voyage en bateau fut équivalent à la mort."

Avec ceci peut être contrasté ce qu'il écrivit à la fin de son résumé du Seigneur des Anneaux dans sa lettre à Milton Waldman de 1951 (àun passage omis dans les Lettres mais reproduit en IX.132) :
    Bilbon et à Frodon est offerte la grâce spéciale de s'en aller avec les Elfes qu'ils aimaient - une fin arthurienne, dans laquelle, évidemment, il n'est pas dit explicitement s'il s'agit d'une "allégorie" de la mort, ou un mode de guérison et de restauration conduisant à un retour.
Dans sa lettre à Naomi Mitchison de septembre 1954 (Lettres n° 154), cependant, il dit :
    ... l'idée mythique qui sous-tend tout cela est que pour les mortels, puisque que leur "espèce" ne peut être changée définitivement, il ne peut s'agir que d'une récompense temporaire - pour guérir et réparer les souffrances. Ils ne peuvent y demeurer pour toujours, et bien qu'ils ne puissent retourner en terre mortelle, ils peuvent, et c'est ce qui adviendra, "mourir" - de leur libre-arbitre, et quitter ce monde. (Dans ce cadre, le retour d'Arthur serait totalement impossible, une chimère.)
Et bien plus tard, dans un projet de lettre de 1963 (Lettres n°246), il écrivit :
    Frodon fut envoyé, ou autorisé à passer la Mer pour être soigné - si cela pouvait être fait, avant sa mort. Il devait finalement "partir" : aucun mortel ne pouvait, ou ne peut, résider sur terre pour toujours, ou dans le Temps. Sa traversée était donc à la fois un purgatoire et une récompense, pour un temps : une période de réflexion et de paix, et pour acquérir une compréhension plus exacte de sa situation dans le mesquin et dans le grandiose, période toujours passée dans le Temps au milieu de la beauté naturelle d'"Arda Immarrie", la Terre qui n'a pas été souillée par le Mal.
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Dior

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MessagePosté le: 19 Juil 2006 15:45     Sujet du message: Répondre en citant

HoMe X se poursuit avec Mythes transformés.


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