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[Traduction - HoMe X] Mythes transformés

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Dior

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MessagePosté le: 14 Nov 2005 19:28     Sujet du message: [Traduction - HoMe X] Mythes transformĂ©s Répondre en citant

Durant la derniÚre partie de sa vie, Tolkien entreprit de révolutionner quelques-unes des principales bases du Légendaire. Les textes expliquant ces changements ont été rassemblés par Christopher Tolkien dans la derniÚre partie du dixiÚme volume de la série HoMe, Morgoth's Ring (pp. 369 et suivantes, Ed. HarperCollins, 2002), sous le titre Myths Transfomed (Mythes transformés).

Ce qui suit est donc la traduction intégrale officieuse des Mythes transformés par Nowhere Man et Dior. Pour plus de facilités, le texte a été divisé, sur la base des essais le composant :



N.B. :
  • Le texte en taille normale est le texte de Tolkien, celui en taille petite est de Christopher Tolkien (sauf pour l'introduction qui suit). Les notes sont de Christopher Tolkien sauf si autrement prĂ©cisĂ©.
  • Les numĂ©ros de pages donnĂ©s sont ceux donnĂ©s par Christopher Tolkien et renvoient aux Ă©ditions en sa possession (donc la plupart du temps aux Ă©ditions originales anglaises).
  • Une diffĂ©rence de choix de traduction explique que l'anglais Orcs est traduit par "Orques" dans les textes traduits par Nowhere Man et par "Orcs" dans les textes traduits par votre serviteur.
  • Les pages indiquĂ©es sans rĂ©fĂ©rence Ă  un livre renvoient aux pages de HoMe X, le volume contenant ce texte.
  • Les autres volumes des HoMes sont rĂ©fĂ©rencĂ©s par de simples chiffres romains, les pages l'Ă©tant par des chiffres arabes (ex. : XI.226 renvoie Ă  HoMe XI, p. 226).


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MessagePosté le: 14 Nov 2005 19:55     Sujet du message: Répondre en citant

MYTHES TRANSFORMÉS




Introduction


Je prĂ©sente dans cette derniĂšre partie de ce livre une sĂ©rie d'Ă©crits tardifs de mon pĂšre, de nature variĂ©e mais concernant en gros la rĂ©interprĂ©tation d'Ă©lĂ©ments centraux de la "mythologie" (ou LĂ©gendaire, comme mon pĂšre l'appelait) en fonction des impĂ©ratifs d'une conception sous-jacente grandement modifiĂ©e. Certains d'entre eux (il y a des exceptions notables) prĂ©sentent une difficultĂ© exceptionnelle : fluiditĂ© des idĂ©es, expressions ambiguĂ«s et allusives, passages illisibles. Mais le plus grand problĂšme est qu'il n'y a que trĂšs peu d'indications fermes de dates externes ou relatives : les ordonner dans un ordre mĂȘme approximatif de composition semble impossible (bien que je pense que pratiquement tous viennent des annĂ©es qui virent la rĂ©daction de Lois et Coutumes parmi les Eldar, de l'Athrabeth, et les derniĂšres rĂ©visions de parties du Quenta Silmarillion - la fin des annĂ©es cinquante, au lendemain de la publication du Seigneur des Anneaux).

On peut lire dans ces Ă©crits le rĂ©cit d'un dĂ©bat intĂ©rieur prolongĂ©. Des annĂ©es avant sont apparus les premiers signes d'idĂ©es Ă©mergentes qui, si poursuivies, causeraient des dĂ©rangements massifs dans Le Silmarillion : j'ai montrĂ© que lorsque mon pĂšre commença pour la premiĂšre fois Ă  rĂ©viser et Ă  rĂ©Ă©crire les rĂ©cits des Jours anciens existants, avant que Le Seigneur des Anneaux ne fĂ»t achevĂ©, il Ă©crivit une version de l'AinulindalĂ« qui introduisait une transformation radicale du mythe astronomique, mais qu'Ă  cette Ă©poque, il retint sa main (pp. 3-6, 43). Mais Ă  prĂ©sent, comme on le verra dans beaucoup des essais et notes qui suivent, il en Ă©tait venu Ă  croire qu'un bouleversement aussi vaste Ă©tait une nĂ©cessitĂ©, que le cosmos du vieux mythe n'Ă©tait plus valide; et en mĂȘme temps, il Ă©tait poussĂ© Ă  essayer de construire une base plus "thĂ©orique" ou "systĂ©matique" pour les Ă©lĂ©ments du LĂ©gendaire qui ne devaient pas disparaĂźtre. De par leurs questionnements, leurs certitudes qui laissent place au doute, leurs solutions contradictoires, ces Ă©crits doivent ĂȘtre lus avec un sens de l'effort intellectuel et imaginatif au regard d'un tel dĂ©mantĂšlement et d'une telle reconstitution, perçus comme Ă©tant une nĂ©cessitĂ© inĂ©luctable, mais jamais achevĂ©s.

Les textes, présentés dans un ordre "thématique" assez large, sont numérotés à l'aide de chiffres romains. Presque tous ont reçu de mineurs changements d'édition (en terme de ponctuation, d'insertion de mots omis, etc.). Des notes numérotées (non présentes dans tous les cas) suivent chaque texte.
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Dior

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MessagePosté le: 15 Nov 2005 15:09     Sujet du message: Répondre en citant

I


Je présente en premier un texte court écrit sur deux feuillets agrafés à l'un des tapuscrits des Annales d'Aman, ce qui le ferait dater de 1958 ou plus tard (si mes conclusions générales sur la datation sont correctes, p. 300).

Ceci dĂ©coule des formes les plus anciennes de la mythologie - alors qu'elle n'Ă©tait voulue que comme une autre mythologie primaire, bien que plus cohĂ©rente et moins "sauvage". C'Ă©tait par consĂ©quent une cosmogonie "Terre plate" (bien plus simple Ă  traiter) : le cas de NĂșmenor n'avait pas encore Ă©tĂ© conçu.

Il est maintenant clair pour moi que, dans tous les cas, la Mythologie doive en fait ĂȘtre une chose "humaine". (Les Hommes ne sont rĂ©ellement intĂ©ressĂ©s que par les Hommes et par leurs idĂ©es et visions.) Les Hauts Eldar vivants et recevant l'instruction des ĂȘtres dĂ©miurgiques devaient savoir, ou Ă  tout le moins leurs Ă©crivains et leurs savants, la "vĂ©ritĂ©" (Ă  la mesure de leur degrĂ© de comprĂ©hension). Ce que nous avons dans le Silmarillion etc. sont des traditions (spĂ©cialement personnalisĂ©es, et centrĂ©es sur des acteurs, tel FĂ«anor) transmises par des Hommes Ă  NĂșmenor et par aprĂšs en Terre du Milieu (Arnor et Gondor); mais dĂ©jĂ  depuis longtemps - depuis la premiĂšre association des DĂșnedain et des amis des Elfes avec les Eldar en Beleriand - mĂ©langĂ©es et embrouillĂ©es avec leurs propres mythes et idĂ©es cosmiques humains.

À ce moment (en repensant aux premiĂšres parties cosmogoniques), j'avais tendance Ă  maintenir la Terre plate et l'histoire absurde sur le plan astronomique de la crĂ©ation du Soleil et de la Lune. Mais vous pouvez Ă©crire des histoires de ce genre quand vous vivez parmi des gens qui ont le mĂȘme substrat gĂ©nĂ©ral d'imagination, quand le Soleil se lĂšve "rĂ©ellement" Ă  l'Est et se couche Ă  l'Ouest , etc. Quand, cependant (peu importe le peu que la plupart des gens savent ou pensent de l'astronomie), il est une croyance gĂ©nĂ©rale que nous vivons sur une Ăźle "sphĂ©rique" dans l'"espace", vous ne pouvez plus faire de mĂȘme.

On perd, évidemment, l'impact dramatique de choses telles que l'éveil des premiers "incarnés" dans un monde éclairé par les étoiles - ou l'arrivée des Hauts Elfes en Terre du Milieu et le déploiement de leurs banniÚres au premier lever de la Lune.


J'ai prĂ©sentĂ© ce texte en premier car - bien que griffonnĂ© rapidement - il s'agit d'une expression explicite des vues de mon pĂšre Ă  cette Ă©poque, Ă  trois Ă©gards majeurs. Les mythes astronomiques des Jours anciens ne peuvent pas ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme la trace Ă©crite des croyances traditionnelles des Eldar sous quelque forme que ce soit, car les Hauts Elfes d'Aman ne pouvaient pas avoir Ă©tĂ© si ignorants, et les Ă©lĂ©ments cosmologiques dans le Silmarillion sont essentiellement la trace Ă©crite d'idĂ©es mythologiques, d'origine complexe, prĂ©valant parmi les Hommes.1 Dans ce texte, cependant, mon pĂšre semble avoir acceptĂ© que ces idĂ©es ne conduisent pas nĂ©cessairement en soi Ă  un grand bouleversement de la "structure du monde" fondamentale du Silmarillion, mais qu'au contraire, elles fournissent une base pour sa prĂ©servation ("À ce moment 
, j'avais tendance Ă  maintenir la Terre plate"). La conclusion de ce bref Ă©crit semble alors ĂȘtre un pas sans connexion de plus : le mythe cosmologique du Silmarillion Ă©tait une "erreur crĂ©ative" de la part de son auteur, vu qu'il ne pourrait avoir aucune vĂ©ritĂ© imaginative pour des gens qui savent trĂšs bien qu'une telle "astronomie" est illusoire.

Comme il le dĂ©clare, cela peut sembler ĂȘtre un argument de la nature la plus douteuse, soulevant en effet la question, pourquoi le mythe des deux Arbres (que, d'aprĂšs tous ses Ă©crits, il ne montra jamais d'intention d'abandonner) est plus acceptable que celui de la crĂ©ation du Soleil et de la Lune Ă  partir du dernier fruit et de la derniĂšre fleur produits par les Arbres alors qu'ils mouraient ? Ou en fait, si c'est vrai, comment peut-il ĂȘtre acceptable que l'Étoile du soir soit le Silmaril pris par Beren de la couronne de Morgoth ?

Il est en tout cas clair, car il le dĂ©clare de maniĂšre suffisamment non ambiguĂ«, qu'il en Ă©tait arrivĂ© Ă  croire que l'art du "Sub-crĂ©ateur" ne peut pas, ou ne devrait pas essayer de, s'Ă©tendre Ă  la rĂ©vĂ©lation "mythique" d'une conception de la forme de la Terre et de l'origine des lumiĂšres du ciel qui va Ă  l'encontre des vĂ©ritĂ©s physiques connues de son propre temps : "Vous ne pouvez plus faire de mĂȘme". Et cette opinion est rendue plus complexe et difficile Ă  discuter par la montĂ©e en puissance des "savants" eldarins d'Aman, dont les rĂ©alisations intellectuelles et les connaissances doivent exclure l'idĂ©e mĂȘme qu'une astronomie "fausse" puisse avoir prĂ©valu chez eux. Il me semble qu'il Ă©tait en train de crĂ©er - de l'intĂ©rieur - une arme effroyable contre sa propre crĂ©ation.

Dans ce court texte, il écrivit avec dédain sur " l'histoire absurde sur le plan astronomique de la création du Soleil et de la Lune". Je pense qu'il est possible que ce soit la nature réelle de ce mythe qui le conduisit finalement à l'abandonner. Il est, en conception, beau et pas absurde; mais il est excessivement "primaire". Au sujet de l'originel "Conte du Soleil et de la Lune" dans Le Livre des contes perdus, j'ai écrit (I.201) :
    "Le caractĂšre complet et l’intensitĂ© de cette description rĂ©sultent en ceci que le Soleil et la Lune qui trouvent leur origine dans le dernier fruit et la derniĂšre fleur des Arbres prĂ©sentent moins de mystĂšre que dans le langage succinct et trĂšs beau du Silmarillion. Mais aussi, beaucoup de choses sont dites ici qui accentuent la grande taille du "Fruit de Midi" et l’accroissement de la chaleur et de la luminositĂ© du Navire-Soleil aprĂšs son lancement ; ainsi la rĂ©flexion vient moins aisĂ©ment Ă  l’esprit que, si le Soleil qui illumina si brillamment la Terre entiĂšre ne fut qu’un fruit de Laurelin, alors Valinor dut ĂȘtre douloureusement brillant et brĂ»lant durant les jours des Arbres. Lors de la premiĂšre histoire, les derniers Ă©panchements de vie des Arbres agonisants sont totalement Ă©tranges et "Ă©normes", ceux de Laurelin sont prodigieux, voire mĂȘme de mauvaise augure ; le Soleil est incroyablement brillant et chaud, mĂȘme pour les Valar, qui sont stupĂ©faits et troublĂ©s par ce qui a Ă©tĂ© fait (les Dieux se rendent compte "qu’ils avaient fait une plus grande chose qu’ils ne le surent au premier abord") ; enfin la colĂšre et la dĂ©tresse de certains parmi les Valar devant la lumiĂšre brĂ»lante du Soleil vient renforcer l’impression qu’avec le dernier fruit de Laurelin un pouvoir terrible et imprĂ©vu a Ă©tĂ© libĂ©rĂ©. "

Avec l'évolution et le changement du Quenta Silmarillion, le mythe fut diminué dans l'échelle et la puissance de sa présentation; en effet, dans la forme finale du chapitre, et dans les Annales d'Aman, la description de l'origine réelle du Soleil et de la Lune est réduite à quelques lignes.
    "Et alors mĂȘme que l'espoir faiblissait et que son chant hĂ©sitait, voyez ! Telperion produisit enfin sur une branche sans feuille une grande fleur d'argent, et Laurelin un unique fruit d'or.
    Yavanna les cueillit, et ensuite les Arbres moururent, et leurs racines sans vie se trouvent toujours en Valinor, un mémorial de joie disparue. Mais la fleur et le fruit, Yavanna les donna à Aulë, et Manwë les consacra; et Aulë et son peuple firent des vaisseaux pour les maintenir et préserver leur éclat, comme il est dit dans le Narsilion, le Chant du Soleil et de la Lune. Ces vaisseaux, les dieux les donnÚrent à Varda, afin qu'ils puissent devenir des lampes célestes, surpassant les anciennes étoiles ..."

Ces mots graves et sereins ne peuvent entiĂšrement supprimer un sentiment qu'il Ă©merge lĂ  comme un affleurement non Ă©rodĂ© d'une phase plus ancienne, plus fantastique, plus bizarre. Comme c'est en effet le cas: telle Ă©tait la nature de l'Ɠuvre, ayant Ă©voluĂ© durant tant d'annĂ©es. Mais cela ne figurait pas dans l'Ɠuvre comme un mythe isolĂ©, un Ă©lĂ©ment Ă  prĂ©sent gratuit qui pourrait ĂȘtre excisĂ©; car liĂ© Ă  lui Ă©tait le mythe des deux Arbres ("les anciens Soleil et Lune"), dispensant la lumiĂšre Ă  travers de longs Ăąges aux terres de Valinor, alors que la Terre du Milieu Ă©tait dans les tĂ©nĂšbres, illuminĂ©e seulement par les Ă©toiles du firmament d'Arda. Dans ces tĂ©nĂšbres les Elfes, le Peuple des Etoiles, s'Ă©veillĂšrent; et aprĂšs la mort des Arbres, la LumiĂšre ancienne ne fut prĂ©servĂ©e que dans les Silmarils. En 1951, mon pĂšre Ă©crivait (Lettres n° 131, p. 148) :
    "Il y avait la LumiÚre de Valinor rendue visible dans les deux Arbres d'Argent et d'Or. Ceux-ci ont été abattus par l'Ennemi par pure malveillance, plongeant Valinor dans les ténÚbres, bien qu'on en ait tiré les lumiÚres du Soleil et de la Lune, avant qu'ils ne meurent complÚtement. (Une différence marquée ici, entre ces légendes et la plupart des autres, est que le Soleil n'est pas un symbole divin, mais un substitut, et que la "lumiÚre du Soleil" - le monde sous le soleil - désigne alors un monde déchu et une vision imparfaite et sans unité.)"

Mais : "Vous ne pouvez plus faire de mĂȘme". On verra dans les pages suivantes comment, conduit par cette conviction, il essaya de dĂ©faire ce qu'il avait fait, mais en conservant ce qu'il pouvait. Il est remarquable qu'il ne paraĂźt jamais, Ă  ce moment, avoir ressenti que ce qu'il disait dans le prĂ©sent texte fournissait une solution au problĂšme qu'il croyait exister :
    "Ce que nous avons dans le Silmarillion etc. sont des traditions 
 transmises par des Hommes Ă  NĂșmenor et par aprĂšs en Terre du Milieu (Arnor et Gondor); mais dĂ©jĂ  depuis longtemps - depuis la premiĂšre association des DĂșnedain et des amis des Elfes avec les Eldar en Beleriand - mĂ©langĂ©es et embrouillĂ©es avec leurs propres mythes et idĂ©es cosmiques humains."

Il est tentant de supposer que, quand mon pĂšre Ă©crivit que, "en repensant aux premiĂšres parties cosmogoniques", il avait "tendance Ă  maintenir la Terre plate et l'histoire absurde sur le plan astronomique de la crĂ©ation du Soleil et de la Lune", il se rĂ©fĂ©rait Ă  l'AinulindalĂ« C et aux Annales d'Aman. S'il en Ă©tait ainsi, cela pourrait justifier les dĂ©veloppements dans l'AinulindalĂ« C discutĂ©s en pp. 27-9, oĂč Arda devient un petit monde dans l'immensitĂ© d'EĂ€ - mais garde les caractĂ©ristiques "Terre plate" d'Ilu de l'Ambarkanta et d'avant.

En lien avec l'affirmation de mon pĂšre que les lĂ©gendes du Silmarillion Ă©taient des traditions transmises par les Hommes Ă  NĂșmenor et par aprĂšs dans les royaumes nĂșmenĂłrĂ©ens de la Terre du Milieu, voici l'endroit appropriĂ© pour reproduire une note complĂštement isolĂ©e et soigneusement tapĂ©e (mais pas sur sa derniĂšre machine Ă  Ă©crire) sur une petite fiche et intitulĂ©e "Memorandum".


Les trois grands Contes doivent ĂȘtre nĂșmenĂłrĂ©ens, et dĂ©river de choses prĂ©servĂ©es en Gondor. Ils faisaient partie de l'AtanatĂĄrion (ou le LĂ©gendaire des PĂšres des Hommes). ?Sindarin Nern in Edenedair (ou In Adanath).

Il s'agit (1) du Narn Beren ion Barahir, aussi appelĂ© Narn e‱DinĂșviel (Conte du Rossignol), (2) du Narn e‱mbar Hador, contenant (a) le Narn i‱ChĂźn HĂșrin (ou Narn e‱'Rach Morgoth, Conte de la MalĂ©diction de Morgoth); et (b) Narn en‱Êl (ou Narn e‱Dant Gondolin ar Orthad en‱Êl).

Ne devraient-ils pas ĂȘtre donnĂ©s en Appendices au Silmarillion ?

Dans la question finale, mon pĂšre faisait probablement la distinction entre des formes longues et courtes de ces contes. Deux notes supplĂ©mentaires sur cette fiche, tapĂ©es Ă  la mĂȘme Ă©poque, se rĂ©fĂšrent au "Conte de TĂșrin" et suggĂšrent qu'il y travaillait Ă  ce moment.2 Je n'ai connaissance d'aucun signe de datation du grand dĂ©veloppement de la "Saga de TĂșrin", mais il appartient certainement Ă  une pĂ©riode antĂ©rieure Ă  celle des Ă©crits prĂ©sentĂ©s dans la derniĂšre partie de ce livre.

L'idĂ©e que les lĂ©gendes des Jours anciens sont issues d'une tradition nĂșmenĂłrĂ©enne apparaĂźt aussi dans le tapuscrit abandonnĂ© (AAm*) des Annales d'Aman rĂ©alisĂ© par [Tolkien] lui-mĂȘme (p. 64).3 Dans ce texte, le prĂ©ambule dĂ©clare :
    "Ici commencent les 'Annales d'Aman'. RĂșmil les rĂ©digea dans les Jours anciens, et elle furent conservĂ©es par les ExilĂ©s. Ces parties que nous avons apprises et retenues furent donc consignĂ©es en NĂșmenor avant que l'Ombre ne la recouvre."


Notes :

1 Des remarques trĂšs similaires sont faites dans la Note 2 du Commentaire de l'Athrabeth (p. 337) :
    Physiquement, Arda était ce que nous appellerions le SystÚme solaire. On peut présumer que les Eldar pouvaient avoir eu autant d'informations aussi précises le concernant, sa structure, son origine, et sa relation au reste d'EÀ, qu'ils pouvaient le comprendre.
Un peu plus loin dans cette mĂȘme Note, il est dit :
    Les traditions auxquelles on se rĂ©fĂšre ici sont venues des Eldar du Premier Âge, via les Elfes qui ne furent jamais directement en compagnie des Valar, et via les Hommes qui reçurent ce "savoir" des Elfes, mais qui avaient des mythes et des lĂ©gendes cosmogoniques, et hypothĂšses astronomiques propres. Il n'y a cependant rien en elles qui contredise sĂ©rieusement les prĂ©sentes notions humaines de SystĂšme solaire, de sa taille et de sa position dans l'Univers.
La phrase que j'ai italicisĂ©e suggĂšre un engagement garanti, au moins, d'une re-formation de la vieille cosmologie. - Pour des rĂ©fĂ©rences dans le Commentaire de l'Athrabeth Ă  la part nĂșmenĂłrĂ©enne dans la transmission des lĂ©gendes des Jours anciens, voir pp. 342, 344, 360.

2 Il s'agit d'une proposition selon laquelle NĂ­niel (Nienor) devrait "dans son allure et ses maniĂšres" rappeler Lalaeth Ă  TĂșrin, sa sƓur qui mourut dans l'enfance (Voir Contes et LĂ©gendes inachevĂ©s, p. 147 note 7), et d'une autre, marquĂ©e d'un point d'interrogation, selon laquelle TĂșrin devrait penser aux paroles de Saeros, l'Elfe de Doriath, quand il trouve NĂ­niel nue Ă  la lisiĂšre de la ForĂȘt de Brethil (Contes et LĂ©gendes inachevĂ©s, pp. 80, 122).
Au dos de cette fiche, mon pÚre écrivit (dans un gribouillis frénétique au stylo à bille) :
    "Les mythes cosmogoniques sont nĂșmenĂłrĂ©ens, mĂ©langeant le savoir elfe au mythe humain et Ă  l'imagination. Il devrait y avoir une note disant que les Sages de NĂșmenor mentionnaient qu'il n'en allait pas ainsi de la crĂ©ation des Ă©toiles, ni de celle du Soleil et de la Lune. Car le Soleil et les Ă©toiles Ă©taient tous plus anciens qu'Arda. Mais le placement d'Arda parmi les Ă©toiles et sous la [?garde] du Soleil Ă©tait dĂ» Ă  ManwĂ« et Ă  Varda, avant l'assaut de Melkor."
Je comprends les mots " les Sages de NĂșmenor mentionnaient qu'il n'en allait pas ainsi de la crĂ©ation des Ă©toiles, ni de celle du Soleil et de la Lune" comme signifiant que la crĂ©ation du Soleil, de la Lune et des Ă©toiles ne venait pas du "savoir elfe". Il est Ă  noter que Arda ici signifie "la Terre", et non "le SystĂšme solaire".

3 J'ai dit (p. 64) qu'il était enclin à situer AAm* avec l'écriture du manuscrit original des Annales plutÎt qu'à une période ultérieure, mais il ne s'agit que d'une estimation.
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MessagePosté le: 15 Nov 2005 15:13     Sujet du message: Répondre en citant

II


Il s'agit d'un texte de nature trĂšs problĂ©matique, un manuscrit Ă  l'encre divisĂ© en deux parties qui sont pleinement et Ă©troitement associĂ©es : une discussion, avec des propositions pour la "rĂ©gĂ©nĂ©ration" de la mythologie; et une narration abandonnĂ©e. Aucune n'a de titre ou d'entĂȘte.


La CrĂ©ation du Soleil et de la Lune doit avoir lieu longtemps avant l'arrivĂ©e des Elfes, et ne peut pas avoir lieu aprĂšs la mort des Deux Arbres - si elle survient de quelque maniĂšre que ce soit en connexion avec le sĂ©jour des Noldor en Valinor. La pĂ©riode permise est trop courte. De mĂȘme, il ne pourrait y avoir de forĂȘts et fleurs etc. sur terre, s'il n'y avait pas eu de lumiĂšre depuis le renversement des Lampes !1

Mais comment les Eldar peuvent-ils alors ĂȘtre appelĂ©s le "Peuple des Étoiles" ?

Vu que les Eldar sont supposĂ©s ĂȘtre plus sages et avoir des connaissances plus exactes de l'histoire et de la nature de la Terre que les Hommes (ou que les Elfes sauvages), leurs lĂ©gendes devraient avoir une relation plus proche avec les connaissances que nous possĂ©dons maintenant d'au moins la forme du SystĂšme solaire (= Royaume d'Arda);2 bien qu'il ne soit pas nĂ©cessaire, Ă©videmment, qu'elles suivent aucune thĂ©orie "scientifique" de sa crĂ©ation ou de son dĂ©veloppement.

Il semble par consĂ©quent clair que la mythologie cosmogonique devrait reprĂ©senter Arda comme elle est, plus ou moins : une Ăźle dans le vide "parmi les Ă©toiles innombrables". Le Soleil devrait ĂȘtre contemporain de la Terre, bien que sa taille relative n'a pas besoin d'ĂȘtre considĂ©rĂ©e, tandis que la rĂ©volution apparente du Soleil autour de la Terre serait acceptĂ©e.*

Les Étoiles, par consĂ©quent, seront en gĂ©nĂ©ral d'autres parties plus Ă©loignĂ©es du Grand conte d'EĂ€, qui ne concernent pas les Valar d'Arda. Pourtant, mĂȘme si de maniĂšre non explicite, il sera une assomption sous-jacente que le Royaume d'Arda est d'une importance centrale, choisi parmi toute l'immensitĂ© immesurable d'EĂ€ comme la scĂšne du drame principal du conflit de Melkor avec IlĂșvatar, et les Enfants d'Eru. Melkor est l'esprit suprĂȘme de l'Orgueil et de la RĂ©volte, pas seulement le premier Vala de la Terre, qui s'est tournĂ© vers le mal.3

Par consĂ©quent, Varda, en tant qu'une des Grands Valar d'Arda, ne peut pas ĂȘtre dite avoir "enflammĂ©" les Ă©toiles , en tant qu'acte subcrĂ©atif original - en tout cas pas les Ă©toiles en gĂ©nĂ©ral.4

L'histoire, semble-t-il, devrait suivre la ligne suivante. L'entrĂ©e des Valar en EĂ€ au dĂ©but du Temps. Le choix du Royaume d'Arda en tant que leur principal lieu de rĂ©sidence (? par les plus hauts et les plus nobles des Ainur,5 Ă  qui IlĂșvatar avait eu l'intention de confier le soin des EruhĂ­ni). ManwĂ« et ses compagnons Ă©chappent Ă  Melkor et commencent l'agencement d'Arda, mais Melkor les cherche et finit par trouver Arda,6 et en conteste la royautĂ© Ă  ManwĂ«.

Cette pĂ©riode correspondra, Ă  peu prĂšs, aux Ă©poques primitives supposĂ©es avant que la Terre ne devienne habitable. Une Ă©poque de feu et de cataclysme. Melkor semait la confusion avec le Soleil de telle sorte que, par moments, il Ă©tait trop chaud, et, Ă  d'autres, trop froid. Que ce soit dĂ» Ă  l'Ă©tat du Soleil, ou Ă  des altĂ©rations de l'orbite de la Terre, cela ne doit pas ĂȘtre prĂ©cisĂ© : les deux sont possibles.

Mais aprĂšs une bataille, Melkor est chassĂ© de la Terre mĂȘme. (La PremiĂšre Bataille?) Il dĂ©couvre qu'il ne peut s'y rendre qu'en grand secret. À ce moment, il commence pour la premiĂšre fois Ă  se tourner le plus vers le froid et l'obscuritĂ©. Son premier dĂ©sir (et arme) Ă©tait le feu et la chaleur. Ce fut par le maniement des flammes que Tulkas (? originellement Vala du Soleil) le dĂ©fit lors de la PremiĂšre Bataille. Par consĂ©quent, Melkor vient principalement pendant la nuit et spĂ©cialement au Nord en hiver. (Ce fut aprĂšs la PremiĂšre Bataille que Varda posa certaines Ă©toiles en tant que signes de prĂ©sage Ă  ĂȘtre vus par les habitants d'Arda.)

Les Valar, en réaction, créent la Lune. Avec de la substance terrestre ou solaire ? Il doit s'agir d'une lumiÚre subsidiaire pour atténuer la nuit** (telle que Melkor l'avait faite), et aussi d'un "vaisseau de surveillance et d'alerte" tournant autour du monde.7 Mais Melkor a rassemblé dans le Vide des esprits du froid, etc... et l'a soudainement assaillie, chassant le Vala Tilion.8 La Lune fut par aprÚs longtemps sans gouvernail et vagabonde et appelée Rana (neutre).9

[Si Tulkas vint du Soleil, alors Tulkas fut la forme que ce Vala adopta sur Terre, Ă©tant Ă  l'origine Auron (masculin). Mais le Soleil est fĂ©minin; et il est mieux que le Vala soit Áren, une demoiselle dont Melkor s'efforça de faire sa compagne (ou viola);10 elle s'Ă©leva en une flamme de colĂšre et d'angoisse et son esprit fut libĂ©rĂ© d'EĂ€, mais Melkor en fut noirci et brĂ»lĂ©, et sa forme fut par aprĂšs sombre, et il se mit Ă  l'obscuritĂ©. (Le Soleil lui-mĂȘme Ă©tait Anar neutre ou Úr, cf. Rana, Ithil.)]

Le Soleil resta un Feu solitaire, profané par Melkor, mais aprÚs la mort des Deux Arbres, Tilion retourna sur la Lune, qui resta dÚs lors une ennemie de Melkor et de ses serviteurs et créatures de la nuit - et donc aimée des Elfes plus tard etc.

AprĂšs la prise de la Lune, Melkor commence Ă  ĂȘtre Ă  nouveau plus hardi. Il Ă©tablit des bases permanentes dans le Nord, loin sous terre. De lĂ  vient la corruption secrĂšte qui pervertit les travaux des Valar (spĂ©cialement ceux d'AulĂ« et de Yavanna).

Les Valar se lassent. Enfin, découvrant Melkor et sa résidence, ils cherchent à nouveau à le chasser, mais Utumno se révÚle trop forte.

Varda a préservé un peu de la LumiÚre primordiale (sa préoccupation principale dans le Grand Conte). Les Deux Arbres sont créés. Les Valar créent leur lieu de repos et leurs résidences en Valinor dans l'Ouest.

Maintenant, l'un des objets des Arbres (tout comme, plus tard, des Joyaux) Ă©tait la guĂ©rison des blessures de Melkor, mais cela pouvait aisĂ©ment avoir un aspect Ă©goĂŻste : l'arrĂȘt de l'histoire - ne pas continuer avec le Conte. Il eut cet effet sur les Valar. Ils devinrent de plus en plus Ă©pris de Valinor, et y allĂšrent plus souvent, et y restĂšrent plus longtemps. La Terre du Milieu Ă©tait laissĂ©e trop peu surveillĂ©e, et trop peu protĂ©gĂ©e contre Melkor.

Vers la fin des Jours de FĂ©licitĂ©, les Valar voient que la situation s'est renversĂ©e. Ils sont chassĂ©s de la Terre du Milieu par Melkor et ses esprits malĂ©fiques et ses monstres; et ils peuvent seulement eux-mĂȘmes s'y rendre secrĂštement et briĂšvement (OromĂ« et Yavanna principalement).

Cette pĂ©riode doit ĂȘtre brĂšve. Les deux cĂŽtĂ©s savent que l'arrivĂ©e des Enfants de Dieu est imminente. Melkor dĂ©sire les dominer dĂšs le dĂ©part par la crainte et l'obscuritĂ©, et les asservir. Il obscurcit le monde [ajoutĂ© dans la marge : pendant sept ans ?] en coupant toute vision du ciel aussi loin qu'il le peut, et bien que dans l'extrĂȘme-Sud (est-il dit) cela ne fĂ»t pas effectif. De l'extrĂȘme-Nord (oĂč [ils sont] denses) au milieu (Endor),11 de grands nuages couvent. La Lune et les Ă©toiles sont invisibles. Le jour est seulement un faible crĂ©puscule au mieux. Seule la lumiĂšre [est] en Valinor.

Varda s'Ă©lĂšve dans sa puissance, et ManwĂ« des Vents, et ils combattent contre le Nuage d'InvisibilitĂ©. Mais aussi vite qu'il est dĂ©chirĂ©, Melkor referme le voile Ă  nouveau - au moins sur la Terre du Milieu. Alors vint le Grand Vent de ManwĂ«, et le voile fut dĂ©chirĂ©. Les Ă©toiles brillent clairement mĂȘme dans le Nord (Valakirka), et, aprĂšs la longue obscuritĂ©, paraissent terriblement vives.

C'est dans l'obscuritĂ© juste avant que les Elfes s'Ă©veillent. Les premiĂšres choses qu'ils voient dans le noir sont les Ă©toiles. Mais Melkor amĂšne des tĂ©nĂšbres de l'Est, et les Ă©toiles disparaissent Ă  l'Ouest. D'oĂč ils pensent depuis le dĂ©but Ă  la lumiĂšre et Ă  la beautĂ© de l'Ouest.

La Venue d'Oromë.

La TroisiÚme Bataille et la captivité de Melkor. Les Eldar vont en Valinor. Les nuages se dispersent lentement aprÚs la capture de Melkor bien qu'Utumno en crache toujours. Il fait le plus sombre à l'Est, au plus loin du souffle de Manwë.

La Marche des Eldar sous de grandes Pluies ?

Les Hommes s'Ă©veillent sur une Île au milieu des flots et par consĂ©quent accueillent le Soleil qui semble venir de l'Est. Seulement quand le monde est plus sec quittent-ils l'Île et se rĂ©pandent-ils ailleurs.

C'est seulement les Hommes qui ont rencontré des Elfes et entendu les rumeurs de l'Ouest qui y vont. Car les Elfes ont dit : "si vous trouvez de la joie dans le Soleil, vous marcherez sur le chemin qu'il prend."

La venue des Hommes doit donc avoir lieu bien plus tÎt.12 Ce sera mieux; car environ 400 ans est assez inadéquat pour produire la variété, et l'avancement (e.g. des Edain) à l'époque de Felagund.13

Les Hommes doivent s’éveiller tandis que Melkor est encore en Arda ? - Ă  cause de leur Chute.14 Donc Ă  un moment donnĂ© au cours de la Grande Marche .


Ce texte s'arrĂȘte lĂ . Suit Ă  prĂ©sent la narration associĂ©e, identique en apparence Ă  la discussion prĂ©cĂ©dente (les deux Ă©lĂ©ments sont Ă©crits de la mĂȘme Ă©criture assez inhabituelle).


AprĂšs que les Valar, qui avant Ă©taient les Ainur de la Grande Chanson, furent entrĂ©s en EĂ€, ceux qui Ă©taient les plus nobles parmi eux et qui comprirent le mieux l'esprit d'IlĂșvatar cherchĂšrent parmi les rĂ©gions incommensurables du Commencement cet endroit oĂč ils devraient Ă©tablir le Royaume d'Arda dans les temps Ă  venir. Et quand ils eurent choisi oĂč devraient ĂȘtre ce point et cette rĂ©gion, ils commencĂšrent les travaux qui Ă©taient nĂ©cessaires. Il y en eut d'autres, innombrables Ă  notre pensĂ©e mais connus chacun et numĂ©rotĂ©s dans l'esprit d'IlĂșvatar, dont les travaux se dĂ©roulĂšrent ailleurs et dans d'autres rĂ©gions et histoires du Grand Conte, parmi les Ă©toiles lointaines et les mondes en dehors de la portĂ©e de la pensĂ©e la plus Ă©loignĂ©e. Mais de ces autres nous ne savons rien et ne pouvons pas savoir, bien que les Valar d'Arda, peut-ĂȘtre, se souviennent d'eux tous.

Le Principal des Valar d'Arda Ă©tait celui que les Elfes nommĂšrent par aprĂšs ManwĂ«, le BĂ©ni : l'Ancien Roi, vu qu'il Ă©tait le premier de tous les rois en [Arda >] EĂ€. Son frĂšre Ă©tait Melkor, le Puissant, et il Ă©tait, comme il a Ă©tĂ© dit, tombĂ© dans l'orgueil et le dĂ©sir de sa propre domination. Par consĂ©quent, les Valar l'Ă©vitĂšrent, et commencĂšrent la construction et l'ordonnancement d'Arda sans lui. Raison pour laquelle il est dit que, bien qu'il existe Ă  prĂ©sent un grand mal en Arda et que beaucoup de choses y sont en discorde, de telle sorte que le bien de l'un semble ĂȘtre le mal de l'autre, nĂ©anmoins les fondations de ce monde sont bonnes, et il se tourne par nature vers le bien, se guĂ©rissant lui-mĂȘme de l'intĂ©rieur par le pouvoir qui fut mis en lui Ă  sa crĂ©ation; et le mal en Arda Ă©chouerait et disparaĂźtrait s'il n'Ă©tait pas renouvelĂ© de l'extĂ©rieur : c'est-Ă -dire : qui vient de volontĂ©s et d'ĂȘtres [sic] qui sont autres qu'Arda elle-mĂȘme.

Et, comme il est bien connu, le premier parmi eux est Melkor. Sans mesure comme l'Ă©taient les rĂ©gions d'EĂ€, dĂ©jĂ  au Commencement, alors qu'il aurait pu ĂȘtre MaĂźtre de tout ce qui Ă©tait fait - car il y avait beaucoup d'Ainur de la Chanson dĂ©sirant le suivre et le servir, s'il appelait -, il n'Ă©tait toujours pas satisfait. Et il chercha sans cesse Arda et ManwĂ«, son frĂšre, lui reprochant le royaume, aussi petit qu'il puisse sembler Ă  son dĂ©sir et sa puissance; car il savait qu'Ă  ce royaume IlĂșvatar entendait donner la plus haute royautĂ© en EĂ€, et sous le gouvernement de ce trĂŽne placer les Enfants de Dieu. Et en cette pensĂ©e qui le trompait, car le menteur se mentira Ă  lui-mĂȘme, il croyait que sur les Enfants, il pourrait exercer une emprise absolue et ĂȘtre pour eux le seul seigneur et maĂźtre, comme il ne pouvait l'ĂȘtre pour les esprits de son espĂšce, mĂȘme ceux qui Ă©taient serviles envers lui. Car ils savaient que l'Unique est, et devaient consentir Ă  la rĂ©bellion de Melkor de leur propre choix; alors qu'il projetait de retenir cette connaissance des Enfants et ĂȘtre Ă  jamais une ombre entre eux et la lumiĂšre.

Melkor ne se concevait pas lui-mĂȘme comme une ombre alors. Car Ă  ses dĂ©buts, il aimait et dĂ©sirait la lumiĂšre, et la forme qu'il prit Ă©tait excessivement brillante; et il disait en son cƓur : "Sur une brillance telle que la mienne, les Enfants supporteront difficilement de porter le regard; par consĂ©quent, connaĂźtre n'importe quoi d'autre ou allant au-delĂ , ou mĂȘme fatiguer leurs petits esprits Ă  le concevoir ne serait pas pour leur bien." Mais la brillance moindre qui se tient devant une plus grande devient une obscuritĂ©. Et Melkor Ă©tait donc jaloux de toutes les autres brillances, et souhaitait prendre toute la lumiĂšre pour lui-mĂȘme. Par consĂ©quent, IlĂșvatar, lors de l'entrĂ©e des Valar en EĂ€, ajouta un thĂšme Ă  la Grande Chanson qui n'y Ă©tait pas lorsqu'elle fut entonnĂ©e la premiĂšre fois, et il appela un des Ainur Ă  lui. Maintenant, il s'agissait de cet Esprit qui devint plus tard Varda (et, prenant une forme fĂ©minine, devint la compagne de ManwĂ«). À Varda IlĂșvatar dit : "Je te donnerai un cadeau d'au revoir. Tu emporteras en EĂ€ une lumiĂšre qui est sacrĂ©e, venant nouvelle de Moi, non souillĂ©e par les pensĂ©es et la convoitise de Melkor, et avec toi elle entrera en EĂ€, et sera en EĂ€, mais pas d'EĂ€." C'est pourquoi Varda est le plus sacrĂ©e et rĂ©vĂ©rĂ©e de tous les Valar, et ceux qui nomment la lumiĂšre de Varda nomment l'amour d'Eru pour EĂ€, et ils en sont effrayĂ©s, seulement moins que de nommer l'Unique. NĂ©anmoins, ce don d'IlĂșvatar aux Valar emporte son propre pĂ©ril, comme pour tous ses dons gratuits : qui n'est Ă  la fin rien d'autre que de dire qu'ils jouent un rĂŽle dans le Grand Conte afin qu'il soit complet; car sans pĂ©ril, ils seraient sans pouvoir, et l'acte de donner serait nul.

Quand donc enfin Melkor découvrit le lieu de résidence de Manwë et de ses amis, il y vint en grande hùte, comme un feu étincelant. Et découvrant que de grands travaux avaient déjà été achevés sans son avis, il devint furieux, et désira défaire ce qui était fait ou l'altérer selon sa propre idée.

Mais cela, ManwĂ« ne le souffrirait pas, et il y eut par consĂ©quent la guerre en Arda. Mais, comme il est Ă©crit ailleurs, Melkor fut en ces temps dĂ©fait avec l'aide de Tulkas (qui n'Ă©tait pas l'un de ceux qui commencĂšrent la crĂ©ation d'EĂ€) et chassĂ© Ă  nouveau dans le Vide entourant Arda. Cela est appelĂ© la PremiĂšre Bataille; et bien que ManwĂ« eĂ»t la victoire, de grands dommages furent causĂ©s Ă  l'Ɠuvre des Valar; et le pire des faits de la colĂšre de Melkor fut vu dans le Soleil. Et maintenant, le Soleil Ă©tait sensĂ© ĂȘtre le cƓur d'Arda, et les Valar avaient pour intention qu'il donnĂąt la lumiĂšre Ă  tout ce Royaume, sans cesse et sans lassitude ou diminution, et que de sa lumiĂšre le monde reçût la santĂ© et la vie et la croissance. Par consĂ©quent, Varda y mit le plus ardent et le plus beau de tous ces esprits qui entrĂšrent avec elle en EĂ€, et elle s'appelait Ār(i),15 et Varda remit en sa garde une portion du don d'IlĂșvatar afin que le Soleil puisse endurer et ĂȘtre bĂ©ni et bĂ©nir. Le Soleil, nous disent les savants, Ă©tait en ce commencement appelĂ© Âs (qui est, d'aussi prĂšs qu'on le puisse, interprĂ©tĂ© comme Chaleur, Ă  laquelle sont joints LumiĂšre et RĂ©confort), et l'esprit fut par consĂ©quent appelĂ© ĀziĂ« (ou plus tard ĀriĂ«).

Mais Melkor, comme il a Ă©tĂ© dit, convoitait toute lumiĂšre, la dĂ©sirant jalousement pour lui-mĂȘme. De plus, il perçut tĂŽt qu'en Âs Ă©tait une lumiĂšre qui lui avait Ă©tĂ© dissimulĂ©e, et qui avait un pouvoir auquel il n'avait pas pensĂ©. Par consĂ©quent, enflammĂ© d'un coup de dĂ©sir et de colĂšre, il vint Ă  Âs [Ă©crit par dessus : Asa], et il parla Ă  ÁriĂ«, lui disant : "Je t'ai choisie, et tu seras ma compagne, tout comme Varda l'est pour ManwĂ«, et ensemble nous exercerons toute splendeur et toute maĂźtrise. Alors le royaume d'Arda sera mien en fait comme en droit, et tu seras la partenaire de ma gloire."

Mais ÁriĂ« rejeta Melkor et lui fit des reproches, disant : "Ne parle pas de droit, que tu as oubliĂ© depuis longtemps. Ni pour toi ni par toi seul ne fut faite EĂ€; et tu ne seras pas Roi d'Arda. Prends garde dĂšs lors; car il y a au cƓur d'Ás une lumiĂšre dans laquelle tu n'as aucune part, et un feu qui ne te servira pas. N'y porte pas la main. Car bien que ta puissance puisse le dĂ©truire, il te brĂ»lera et ta brillance deviendra obscuritĂ©."

Melkor n'accorda pas d'attention Ă  son avertissement, mais cria dans sa colĂšre : "Le don qui est retenu, je le prends !" et il viola ÁriĂ«, dĂ©sirant Ă  la fois l'avilir et lui prendre ses pouvoirs. Alors l'esprit d'ÁriĂ« s'Ă©leva telle une flamme d'angoisse et de colĂšre, et quitta Arda*** Ă  jamais; et le Soleil fut dĂ©possĂ©dĂ© de la LumiĂšre de Varda, et fut souillĂ© par l'assaut de Melkor. Et Ă©tant pour un long moment sans gouvernement, il brĂ»la d'une chaleur excessive ou devint trop froid, de telle sorte que de graves dommages furent causĂ©s en Arda et l'agencement du monde fut marri et retardĂ©, avant que les Valar n'instaurassent laborieusement un nouvel ordre.§ Mais mĂȘme comme ÁriĂ« l'avait prĂ©dit, Melkor fut brĂ»lĂ© et sa brillance s'assombrit, et il n'Ă©mit plus de lumiĂšre, mais la lumiĂšre le blessait excessivement et il la haĂŻt.

NĂ©anmoins, Melkor ne laisserait pas Arda en paix; et par dessus tout, il reprochait aux Valar leur rĂ©sidence sur Terre, et dĂ©sirait y endommager leurs travaux, ou les anĂ©antir, s'il le pouvait. Par consĂ©quent, il retourna sur Terre, mais par crainte de la puissance des Valar et de Tulkas plus que tout, il y vint alors en secret. Et dans sa haine du Soleil, il vint au Nord la nuit en hiver. Au dĂ©but, il partait quand le long jour de l'Ă©tĂ© arrivait; mais aprĂšs un temps, devenant Ă  nouveau plus hardi, et dĂ©sirant une rĂ©sidence Ă  lui, il commença le creusement souterrain de sa grande forteresse dans l'extrĂȘme-Nord, qui fut appelĂ©e par aprĂšs Utumno (ou UdĂ»n).

Les Valar, donc, quand ils devinrent conscients, de par les signes du mal qui Ă©taient vus sur Terre, que Melkor Ă©tait revenu secrĂštement, le recherchĂšrent en vain, bien que Tulcas et OromĂ« parcoururent en long et en large la Terre du Milieu mĂȘme jusqu'Ă  l'extrĂȘme-Est. Quand ils perçurent que Melkor tournait Ă  prĂ©sent l'obscuritĂ© et la nuit Ă  son avantage, comme il avait auparavant cherchĂ© Ă  manier la flamme, ils furent peinĂ©s; car c'Ă©tait une partie de leur intention qu'il dĂ»t y avoir du changement et de l'altĂ©ration sur Terre, et ni jour perpĂ©tuel ni nuit sans fin.§§ Car par la Nuit les Enfants d'Arda devraient connaĂźtre le Jour, et percevoir et aimer la LumiĂšre; et la Nuit aussi devrait ĂȘtre dans son genre bonne et bĂ©nie, Ă©tant un temps de repos, et de rĂ©flexion intĂ©rieure; et une vision aussi de choses hautes et belles qui sont au delĂ  d'Arda, mais sont voilĂ©es par la splendeur d'Anar. Mais Melkor en ferait un temps de pĂ©ril invisible, de crainte sans forme, une veille non aisĂ©e; ou un rĂȘve hantĂ©, menant via le dĂ©sespoir Ă  l'ombre de la Mort.

Par conséquent, Manwë consulta Varda, et ils appelÚrent Aulë à l'aide. Et ils se résolurent à modifier l'agencement d'Arda et de la Terre, et dans leur réflexion ils imaginÚrent Ithil, la Lune. De quelle maniÚre et par quels travaux créÚrent-ils en fait ce grand produit de leur réflexion, qui le dira : car qui des Enfants a vu les Valar dans le soulÚvement de leur force ou écouté leurs conseils dans la fleur de leur jeunesse ? Qui a observé leur travail lorsqu'ils travaillaient, qui a vu la nouveauté du nouveau ?

Certains disent que c'est de la Terre16 elle-mĂȘme qu'Ithil fut faite, et donc qu'Ambar17 fut diminuĂ©e; d'autres disent que la Lune fut faite de choses semblables Ă  la Terre et de ce qui est EĂ€ mĂȘme, comme il fut fait dans le Conte.18

À prĂ©sent, quand la Lune fut terminĂ©e, elle fut posĂ©e au-dessus d'Ambar, et dirigĂ©e pour tourner Ă  jamais autour, amenant la lumiĂšre aux lieux sombres d'oĂč le Soleil Ă©tait parti. Mais c'Ă©tait une lumiĂšre moindre, de telle sorte que la lumiĂšre lunaire n'Ă©tait pas la mĂȘme que la lumiĂšre solaire, et qu'il y avait toujours un changement de lumiĂšre sur la Terre; de plus, il y avait toujours aussi la lumiĂšre des Ă©toiles, car la Lune et le Soleil Ă©taient Ă  certaines pĂ©riodes et saisons absents.

Ceci enfin est ce qu'il advint aprĂšs par cette sentence prononcĂ©e par IlĂșvatar ..... le mal de Melkor devrait en son propre dĂ©pit produire des choses encore plus belles que la production de son ..... Car certains ont considĂ©rĂ©s que la Lune fut au dĂ©part embrasĂ©e, mais fut plus tard faite [?forte] et la vie ..... : plus tard mais alors qu'Arda Ă©tait inagencĂ©e et toujours dans les troubles de Melkor.

Tant est connu par les Sages, que Tilion - [sic] et que Melkor fut rempli d'une nouvelle colÚre au lever de la Lune. Par conséquent, pendant un temps, il quitta à nouveau Ambar et s'en alla dans la Nuit Extérieure, et appela à lui certains de ces esprits qui répondraient à son appel.


Une page de notes rudimentaires et non connectĂ©es prĂ©cĂ©dait apparemment ce texte, mais doit appartenir Ă  la mĂȘme pĂ©riode : des idĂ©es trouvĂ©es dans la discussion et le synopsis prĂ©cĂ©dant la narration se retrouvent aussi ici, telle que la "grande obscuritĂ© d'ombre" crĂ©Ă©e par Melkor et qui masqua le Soleil. Dans ces notes, mon pĂšre se demandait toujours s'il devait "garder la vieille histoire mythologique de la crĂ©ation du Soleil et de la Lune, ou modifier l'arriĂšre-plan vers une version 'terre ronde'", et observant que dans ce dernier cas la Lune serait une Ɠuvre de Melkor lui fournissant "une retraite sĂ»re" - donc retournant Ă  l'idĂ©e de l'origine de la Lune trouvĂ©e des annĂ©es auparavant dans le texte C* de l'AinulindalĂ« (p. 41, §31). Le doute et un manque de direction certaine en ressortent trĂšs fortement, alors qu'il Ă©tait en prise avec les problĂšmes insolubles posĂ©s par la prĂ©sence du Soleil dans le ciel sous lequel les Elfes s'Ă©veillĂšrent, qui n'Ă©tait illuminĂ© que par les Ă©toiles.19

Il y a des particularitĂ©s dans le prĂ©sent texte qui l'associent clairement au Commentaire sur l'Athrabeth (voir les notes 2 et 3 ici), parmi elles l'emploi du nom Arda pour le SystĂšme solaire; mais alors que la Terre elle-mĂȘme est dans le Commentaire appelĂ©e Imbar, elle a ici le nom plus vieux Ambar (voir note 17). Il ne peut y avoir de doute, je pense, sur le fait que le prĂ©sent texte est le plus ancien des deux. D'un autre cĂŽtĂ©, on ne trouve plus de prĂ©sentation finie ou complĂšte des nouvelles conceptions en gros, la "nouvelle mythologie"; et il semble en tout cas possible d'avancer qu'alors qu'engagĂ© en esprit Ă  abandonner le vieux mythe de l'origine du Soleil et de la Lune, mon pĂšre laissa en suspens la formulation et l'expression du nouveau. Il se peut, bien que je n'aie pas de preuve dans un sens ou dans l'autre, qu'il vint Ă  percevoir par des Ă©crits expĂ©rimentaux tels que ce texte que la vieille structure Ă©tait trop globale, trop imbriquĂ©e dans toute ses parties, en fait ses racines trop profondes, pour rĂ©sister Ă  une telle chirurgie dĂ©vastatrice.


Notes

1 Dans AAm §15 (p. 52) "les arbres et les herbes crurent, et les bĂȘtes et les oiseaux apparurent "dans la lumiĂšre des Lampes : c'Ă©tait le Printemps d'Arda. Mais aprĂšs la destruction des Lampes, Yavanna "plongea dans le sommeil beaucoup des belles choses qui s'Ă©taient Ă©veillĂ©es en ce Printemps, Ă  la fois arbre et herbe et bĂȘte et oiseau, afin qu'ils ne vieillissent pas mais qu'ils attendissent le moment du rĂ©veil qui devait pourtant arriver." (§30, p. 70).

2 Sur les connaissances astronomiques prĂ©sumĂ©es chez les Hauts Elfes, cf. la Note 2 du Commentaire sur l'Athrabeth ([HoMe X,] p. 337) - oĂč, comme ici, Arda Ă©quivaut au SystĂšme solaire - et le texte I (p. 370).

* [Note de Tolkien, en marge] C'est ou ce serait en tout cas un "fait de la vie" pour toute intelligence choisissant la Terre en tant que lieu de vie et de travail. [Il n'y a pas d'indication quant Ă  oĂč ceci doit aller, mais nulle autre place sur la page ne semble convenir.]

3 L'idĂ©e de ce paragraphe trouve un Ă©quivalent proche dans la Note 2 du Commentaire sur l'Athrabeth (p. 337), et la phrase finale est trĂšs semblable Ă  ce qui est dit dans le Commentaire mĂȘme, p. 334 ("Melkor n'Ă©tait pas juste un Mal local sur Terre...").

4 Dans AAm §24 ([p. 54), il est dit qu'aprĂšs la Chute des Lampes, "la Terre du Milieu restait dans la pĂ©nombre sous les Ă©toiles que Varda avait crĂ©Ă©es au cours des Ăąges oubliĂ©s de ses travaux en Ëa", et en §34 ([p. 71), que Varda regardait depuis le Taniquetil "et considĂ©ra l'obscuritĂ© de la Terre sous les Ă©toiles innombrables, pĂąles et lointaines", avant qu'elle ne commençùt la crĂ©ation de nouvelles Ă©toiles plus brillantes; de mĂȘme ainsi dans le Quenta Silmarillion rĂ©visĂ© ([p. 159, §19) : "Alors Varda ... fit de nouvelles Ă©toiles, plus brillantes, pour la venue des Premiers-NĂ©s. Depuis lors, celle qui s'appelait TintallĂ« depuis les temps reculĂ©s oĂč EĂ€ avait Ă©tĂ© crĂ©Ă©e, l'Enflammeuse, fut appelĂ©e par les Elfes ElentĂĄri, Reine des Étoiles." Mais si elle peut toujours peut-ĂȘtre ĂȘtre appelĂ©e ElentĂĄri, elle ne peut plus ĂȘtre appelĂ©e TintallĂ« (voir cependant p. 388 et note 3 [NdTr : texte IV]).
Dans une altĂ©ration tardive du texte final D de l'AinulindalĂ« (p. 34, §36), les mots concernant Varda "ce fut elle qui ouvra les Étoiles" furent changĂ©s en " ce fut elle qui ouvra les Grandes Étoiles"; et il semble possible que ce fut fait Ă  la lumiĂšre des idĂ©es prĂ©sentĂ©es ici.

5 Cf. la Note 2 du Commentaire sur l'Athrabeth (p. 337), avec la note 13 de ce passage.

6 Ceci est évidemment complÚtement différent de la forme de la légende dans l'Ainulindalë (p. 14, §23) : "Mais Melkor était également là depuis le début, et il interféra dans tout ce qui était fait", alors que dans le texte C* (p. 40) Melkor entre en Arda avant les autres Ainur.

** [Note de Tolkien, en marge] Mais pas pour la chasser. Il était nécessaire d'avoir une alternance, "parce qu'en EÀ, en accord avec le Conte, rien ne peut durer sans fin sans fatigue ni corruption."

7 La LĂ©gende dans l'AinulindalĂ« C* selon laquelle Melkor lui-mĂȘme fit la Lune pour qu'il "[puisse] observer tout ce qui se passait en dessous" (p. 41, §31) avait Ă©tĂ© abandonnĂ©e (mais voir p. 383).

8 Dans AAm (p. 131, §172) et dans QS (§75), Tilion n'était pas un Vala, mais "un jeune chasseur de la compagnie d'Oromë". Dans AAm §179 apparaßt l'histoire selon laquelle Morgoth assaillit Tilion, "lui envoyant des esprits de l'ombre", mais en vain.

9 Sur les noms du Soleil et de la Lune, voir QS §75 et commentaire (V.241, 243) et la derniÚre révision du passage (p. 198); ainsi que AAm §171 et commentaire (pp. 130, 136).

10 Dans AAm (p. 133, §179), il est dit que "Arien, Morgoth la redoutait grandement, et n'osait pas s'en approcher".

11 Sur le nom Endor, voir AAm §38 (pp. 72, 76).

12 Voir p. 327 note 16 [de l'Athrabeth].

13 "à l'époque de Felagund" : i.e. à l'époque à laquelle Finrod Felagund rencontre les Hommes, le premier des Hauts Elfes à les avoir rencontrés (p. 307 [- Athrabeth]).

14 "Les Hommes doivent s'Ă©veiller alors que Melkor est toujours en Arda ?" : "Arda" doit ĂȘtre une erreur pour "Terre du Milieu" (i.e. avant sa captivitĂ© en Aman).

15 Un s est Ă©crit sur le r de Ār(i).

*** [Note de Tolkien, en marge] En fait certains disent qu'elle fut libérée d'EÀ.

§ [Note de Tolkien, en marge] Certains des Sages ont aussi dit que l'ordonnancement d'Arda, pour le placement et les cours de ses parties, fut troublé par Melkor, de telle sorte que la Terre était par moment attirée trop prÚs du Soleil, et à d'autres s'en éloignait trop.

§§ [Note de Tolkien, en bas de page] Car il est en effet dans la nature d'EÀ et de la Grande Histoire que rien ne puisse rester inchangé dans le temps, et les choses qui le font, ou paraissent le faire, ou tentent de le faire, deviennent une lassitude, et ne sont plus aimées (ou, au mieux, ne sont plus prises en compte).

16 Par dessus Terre, mon pĂšre Ă©crivit Ambar, puis le barra, et Ă©crivit "Mar = Maison". Voir note suivante.

17 Dans la Note 2 du Commentaire sur l'Athrabeth (p. 337, et voir note 12 de ce passage) apparaĂźt Imbar, traduit "l'Habitation", = la Terre, "la partie principale d'Arda" (= le SystĂšme solaire).

18 A partir de lĂ , le manuscrit devient trĂšs rudimentaire, par endroits illisible, et s'arrĂȘte bientĂŽt.

19 Dans d'autres notes gribouillĂ©es (Ă©crites Ă  la mĂȘme Ă©poque que le texte II et constituant une part de ce manuscrit), mon pĂ©re Ă©crivit que Varda donna la lumiĂšre sacrĂ©e reçue en don d'IlĂșvatar (voir p. 380) non seulement au Soleil et aux Deux Arbres mais aussi aux "Étoiles significatives". Le sens de ceci n'est expliquĂ© nulle part. Sur le cĂŽtĂ©, il Ă©crivit Signifer, et plusieurs noms elfes expĂ©rimentaux, tels que Taengyl, Tengyl, Tannacoli ou Tankol, Tainacolli; ainsi qu'une racine verbale tana "montrer, indiquer"; tanna "signe"; et kolla "vĂ©hiculĂ©, portĂ©, spĂ©cialement un habit ou manteau", avec la note "Sindikoll-o est masculinisĂ©".
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MessagePosté le: 15 Nov 2005 17:14     Sujet du message: Répondre en citant

III


Ce passage trĂšs bref et rapide a Ă©tĂ© trouvĂ© dans une petite collection de notes du mĂȘme genre emballĂ©es dans un journal d'avril 1959. Il est Ă©crit sur un morceau de papier dĂ©chirĂ© d'une note de Merton College datĂ©e de juin 1955; une note similaire d'octobre 1955 a Ă©tĂ© utilisĂ©e pour un passage de brouillon pour l'Athrabeth (p. 352). [J'ai notĂ© (p. 304) que l'emploi de tels documents de l'annĂ©e 1955 peut suggĂ©rer que l'Athrabeth n'Ă©tait pas le travail d'une seule pĂ©riode concentrĂ©e, bien que, si mon pĂšre avait prĂ©parĂ© une rĂ©serve de telles feuilles pour des notes brĂšves ou des passages de brouillon ou autres, la date serait trompeuse.

Que se passa-t-il en Valinor aprĂšs la Mort des Arbres ? Aman Ă©tait "dĂ©voilĂ©" - il avait Ă©tĂ© couvert d'un dĂŽme (fait par Varda) de brume ou de nuages qu'aucune vision ni lumiĂšre ne pouvait percer. Ce dĂŽme Ă©tait Ă©clairĂ© par des Ă©toiles - en imitation du grand Firmament d'EĂ€. Ceci rendait Ă  prĂ©sent Valinor obscur, exceptĂ© pour la lumiĂšre des Ă©toiles [i.e. aprĂšs la mort des Arbres]. Il fut ĂŽtĂ© et Aman fut Ă©clairĂ© par le Soleil - sa bĂ©nĂ©diction fut donc ĂŽtĂ©e. (La profanation du Soleil par Melkor doit donc prĂ©cĂ©der les Deux Arbres qui contenaient la lumiĂšre du Soleil et des Étoiles avant que Melkor ne les [?souillĂąt] - ou les Arbres [?pourraient ĂȘtre ?seraient] allumĂ©s d'une lumiĂšre d'avant l'[?agitation] de Melkor.)

[Je ne me sens pas trĂšs certain de la signification de l'extrĂȘmement elliptique phrase de conclusion entre parenthĂšse, mais elle devrait peut-ĂȘtre ĂȘtre interprĂ©tĂ©e ainsi - en tant que mise par Ă©crit d'un problĂšme dĂ©coulant de ce qui avait Ă©tĂ© dit. Le DĂŽme de Varda devait avoir Ă©tĂ© inventĂ© aprĂšs le viol d'ÁriĂ« par Melkor, de façon Ă  rejeter la lumiĂšre polluĂ©e du Soleil;1 et Aman Ă©tait Ă©clairĂ© sous le DĂŽme par les Deux Arbres. Mais de l'autre cĂŽtĂ©, il Ă©tait une idĂ©e essentielle que la lumiĂšre des Arbres fut dĂ©rivĂ©e du Soleil avant qu'il ne fĂ»t "souillĂ©". Une solution Ă  ce conflit peut ĂȘtre trouvĂ©e (en lisant "pourrait ĂȘtre", pas "serait", dans la derniĂšre phrase) dans l'idĂ©e que la lumiĂšre des Arbres Ă©tait une lumiĂšre non profanĂ©e prĂ©servĂ©e par Varda de l'Ă©poque d'avant les assauts de Melkor.

Dans la discussion initiale du texte II, il est clair que le Soleil avait Ă©tĂ© profanĂ© avant la venue au monde des Deux Arbres : "Maintenant, l'un des objets des Arbres ... Ă©tait la guĂ©rison des blessures de Melkor" (p. 377); mais il est aussi dit que " Varda a prĂ©servĂ© un peu de la LumiĂšre primordiale ... Les Deux Arbres sont crĂ©Ă©s." Cela paraĂźt ĂȘtre la solution Ă  laquelle mon pĂšre arriva dans le prĂ©sent texte, suggĂ©rant ainsi qu'il prĂ©cĂ©dait le texte II. D'un autre cĂŽtĂ©, il n'y a pas de suggestion du DĂŽme de Varda dans le texte II, et ce texte donne l'impression que mon pĂšre Ă©tait en train de commencer une nouvelle histoire, l'Ă©laborant au fur et Ă  mesure. Il est probablement vain de tenter d'Ă©tablir un ordre de composition clair Ă  partir de ces papiers, vu qu'il aurait pu revenir au mĂȘme problĂšme et trouver ce qui semble ĂȘtre la mĂȘme solution Ă  des moments diffĂ©rents.

Il est un fait notable que le DĂŽme de Varda apparaisse dans le travail final de mon pĂšre sur le texte narratif du Quenta Silmarillion, chapitre 6 (p. 286, §57). LĂ  oĂč, dans AAm (p. 98, §108), il est dit que Melkor, avec UngoliantĂ« Ă  ses cĂŽtĂ©s, regarda depuis le sommet du Mont Hyarantar et "vit au loin ... les dĂŽmes argentĂ©s de Valmar brillant sous le mĂ©lange des lumiĂšres de Telperion et de Laurelin", dans le Quenta Silmarillion, UngoliantĂ« (Ă  prĂ©sent, dans l'histoire modifiĂ©e, reposant seule sur le sommet) "vit les Ă©toiles Ă©tincelantes du dĂŽme de Varda et la radiance de Valmar dans le lointain". Donc, quand plus tard au cours de la rĂ©Ă©criture finale ("Le Vol des Silmarils", p. 293, §1) il est dit qu'au-dessus des Valar assis dans le Cercle de Justice "les Ă©toiles de Varda brillaient maintenant", cela doit ĂȘtre les Ă©toiles du DĂŽme qui brillaient.2


Notes :

1 Mais dans le texte IV (p. 388), il est dit que le DÎme de Varda fut fait "pour maintenir à l'extérieur tout esprit ou espion de Melkor".

2 Dans le passage correspondant des Annales d'Aman (p. 106, §117), il est dit : "les dieux siégeaient dans l'ombre, car c'était la nuit. Mais à présent une nuit comme celle qui peut régner seulement dans certaines contrées du monde, quand les étoiles percent de maniÚre intermittente à travers l'amas de grands nuages, et que des brumes froides dérivent d'un rivage menaçant de la mer." Dans le Silmarillion publié, le texte final ("les étoiles de Varda brillaient à présent") a été utilisé; il n'introduit en effet aucune difficulté dans la narration, mais je n'avais pas perçu à ce moment la signification des mots.
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MessagePosté le: 16 Nov 2005 11:15     Sujet du message: Répondre en citant

IV



Il y a un autre passage au sujet du DĂŽme de Varda dans un manuscrit auquel je me suis plusieurs fois rĂ©fĂ©rĂ© (VI.466, VIII.20, IX.73), une analyse (du moins Ă©tait-ce l'intention) de tous les fragments des autres langues trouvĂ©s dans Le Seigneur des Anneaux. Le passage que je cite cite ici provient d'une longue note sur la chanson Ă  Elbereth Ă  la fin du chapitre "Nombreuses rencontres". On peut mentionner incidemment que mon pĂšre nota Ă  propos du mot menel : "les cieux, le dĂŽme apparent du ciel. (Probablement un mot quenya introduit en sindarin. Il Ă©tait opposĂ© Ă  kemen 'la Terre' en tant que sol plat apparent sous menel. Mais il s'agissait de mots 'picturaux', vu que la science des Eldar et des NĂșmenĂłrĂ©ens Ă©tait fort Ă©tendue en astronomie.)"

Le passage concernant le DÎme découle de l'affirmation selon laquelle Elbereth contient le préfixe el- "étoile" (avec la note "mais vu que b n'est pas muté, le nom est probablement à rapporter à *elen-barathi > elmbereth").


L'association mythologique de Varda avec les Ă©toiles a une double origine. Au cours de la "pĂ©riode dĂ©miurgique", avant l'Ă©tablissement d'Arda "le Royaume", alors que les Valar en gĂ©nĂ©ral (incluant une foule non nommĂ©e d'autres qui ne vinrent jamais en Arda)1 Ɠuvraient Ă  la construction globale d'EĂ€ (le Monde ou Univers), Varda Ă©tait dite, dans les lĂ©gendes eldarines et nĂșmenĂłrĂ©ennes, avoir conçu et fixĂ© Ă  leur place la plupart des principales Ă©toiles; mais Ă©tant (par destinĂ©e et dĂ©sir) la future Reine d'Arda, oĂč sa fonction ultime rĂ©side, en particulier en tant qu'admiratrice et protectrice des Quendi, elle se souciait non seulement des grandes Étoiles en tant que telles, mais aussi de leurs relations Ă  Arda, et de leur apparence depuis lĂ  (et de leur effet sur les Enfants Ă  venir). De telles formes et de tels agencements, par consĂ©quent, que nous appelons (par exemple) la Grande Ourse ou Orion, Ă©taient dits relever de sa conception. Ainsi la Valacirca ou "Faucille des Dieux", qui Ă©tait un des noms eldarins de la Grande Ourse, Ă©tait, disait-on, sensĂ©e ĂȘtre plus tard un signe d'avertissement et de menace de vengeance au-dessus du Nord oĂč Melkor Ă©tablit ses quartiers (Varda Ă©tait la plus presciente de tous les Valar, possĂ©dant le souvenir le plus clair de la Musique et de la Vision dans lesquelles elle avait jouĂ© un petit rĂŽle en tant qu'actrice ou exĂ©cutrice, mais qu'elle avait Ă©coutĂ©es trĂšs attentivement).2

Plus tard, lorsque les Valar se réfugiÚrent à l'abri de Melkor, et de la ruine imminente d'Arda, et fortifiÚrent Valinor en Aman, ce fut Varda qui créa le grand dÎme au-dessus de Valinor, pour maintenir à l'extérieur tout esprit ou espion de Melkor. Il fut créé comme un simulacre du vrai firmament (Tar-menel), et les dispositions y furent répétées, mais avec des étoiles apparentes (ou "étincelles" : tinwi) d'une taille relative plus grande par rapport au total de l'espace visible. De telle sorte que le firmament inférieur de Valinor (Nur-menel) était trÚs brillant.

En raison de cette Ɠuvre (principalement : mais ces travaux dĂ©miurgiques originels Ă©taient aussi inclus), elle fut appelĂ©e "Enflammeuse d'Ă©toile". Il faut noter que √elen se rĂ©fĂšre probablement aux vraies Ă©toiles d'EĂ€ (mais pourrait naturellement aussi ĂȘtre transfĂ©rĂ© vers leurs imagines [NdTr : de imago "reprĂ©sentation"]). Les mots tinwĂ«, ñillĂ« (√tin "Ă©tincelle", √ngil "reflet argentĂ©") et en sindarin tim, gil se rĂ©fĂ©raient Ă  proprement parler aux imagines valinoriennes. D'oĂč le quenya TintallĂ« de tinta "cause d'Ă©tincelle", mais aussi ElentĂĄri "Reine des Étoiles"; en sindarin Elbereth, mais aussi Gilthoniel.3

Cette note sur Elbereth se termine sur une affirmation lĂ©gĂšrement embrouillĂ©e et obscure sur le fait que Gilthoniel est dĂ©rivĂ© des racines √ngil et √thăn / thān "enflammer, allumer"; iel Ă©tant un suffixe fĂ©minin correspondant au masculin -we.

Ces remarques sur Varda semblent susciter de nouvelles questions. Dans le texte II (pp. 375-6), mon pĂšre dĂ©clarait que "la mythologie cosmogonique devrait reprĂ©sentĂ© Arda comme elle est, plus ou moins : une Ăźle dans le vide 'parmi les Ă©toiles innombrables'"; que "Les Étoiles, par consĂ©quent, seront en gĂ©nĂ©ral d'autres parties plus Ă©loignĂ©es du Grand conte d'EĂ€, qui ne concernent pas les Valar d'Arda"; et que "par consĂ©quent, Varda, en tant qu'une des Grands Valar d'Arda, ne peut pas ĂȘtre dite avoir 'enflammĂ©' les Ă©toiles , en tant qu'acte subcrĂ©atif original - en tout cas pas les Ă©toiles en gĂ©nĂ©ral". J'ai considĂ©rĂ© que cela signifiait (p. 384, note 4) que la "crĂ©ation des Ă©toiles" par Varda devait ĂȘtre limitĂ©e Ă  (au maximum) la crĂ©ation des "Grandes Étoiles" avant l'Éveil des Elfes. Dans le prĂ©sent texte, d'un autre cĂŽtĂ©, apparaĂźt la remarquable conception que l'Ɠuvre "dĂ©miurgique" de Varda fut la crĂ©ation et la disposition de certaines Ă©toiles "principales", qui devaient, dans les Ăąges Ă  venir, aprĂšs l'Ă©tablissement de la Terre, ĂȘtre visibles en son ciel en tant que figures signifiantes de son histoire - le "centre dramatique" d'EĂ€.

Tandis que je pense qu'il est certain que ce texte date de la fin des années cinquante, il semble qu'il n'y ait pas moyen de le dater plus précisément, de maniÚre externe ou en relation avec d'autres textes.


Notes :

1 Cf. le texte II (p. 378) : " Il y en eut d'autres, innombrables à notre pensée ..., dont les travaux se déroulÚrent ailleurs et dans d'autres régions et histoires du Grand Conte, parmi les étoiles lointaines et les mondes en dehors de la portée de la pensée la plus éloignée."

2 Il est un point curieux que ce qui est dit ici du rÎle de Varda dans la Musique des Ainur corresponde largement à ce qui est dit de Nienna dans le manuscrit "perdu" du début des Annales d'Aman (AAm*, p. 68, §26). Là, il est dit qu'elle "ne prit qu'une petite part" à la Musique, mais qu'elle "écouta attentivement tout ce qu'elle entendit. Par conséquent, elle était riche en souvenirs, et prévoyante, percevant comment les thÚmes devraient se déployer dans le Conte d'Arda."

3 Il est intĂ©ressant de comparer ce qui est dit ici Ă  propos des noms de Varda avec ce que mon pĂšre disait sur le sujet dans une note datĂ©e du 3 fĂ©vrier 1938 (V.200) : "TintallĂ« Enflammeuse peut rester - mais tinwĂ« en quenya = seulement Ă©tincelle (tinta- enflammer). D'oĂč TinwerĂ­na > ElerĂ­na, Tinwerontar > ElentĂĄri.
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MessagePosté le: 01 Mar 2006 14:21     Sujet du message: Répondre en citant

V


Ce bref commentaire, intitulé "Soleil Les Arbres Silmarils", figure sur une seule feuille, avec d'autres écrits plus substantiels mais similaires en apparence, préservée dans un journal plié datant de novembre 1958.

La crĂ©ation du Soleil aprĂšs la Mort des Arbres n'est pas seulement une "mythologie" impossible Ă  prĂ©sent - spĂ©cialement parce que les Valar doivent ĂȘtre supposĂ©s connaĂźtre la vĂ©ritĂ© au sujet de la structure d'EĂ€ (et ne pas faire de suppositions mythiques comme les Hommes) et l'avoir communiquĂ©e aux Eldar (et donc aux NĂșmenĂłrĂ©ens !) -, elle est aussi chronologiquement impossible dans la Narration.

Le Soleil existait en tant que partie du Royaume d'Arda. Dans la mesure oĂč il y eut des tĂ©nĂšbres (et consĂ©quemment diminution de la croissance en Arda) quand les Valar se retirĂšrent en Aman, ce fut dĂ» aux obscurcissements crĂ©Ă©s par Melkor : nuages et fumĂ©es (une Ăšre volcanique !).

Le Soleil Ă©tait la source immĂ©diate de la lumiĂšre d'Arda. La BĂ©nĂ©diction des Arbres (en comparaison avec d'autres choses ayant crĂ» ultĂ©rieurement) Ă©tait qu'ils furent allumĂ©s et illuminĂ©s par la lumiĂšre du Soleil et de la Lune avant que ceux-ci ne fussent souillĂ©s. L'attaque de Melkor sur le Soleil (et la Lune) doit dĂšs lors ĂȘtre subsĂ©quente Ă  l'Ă©tablissement de Valinor, et ĂȘtre une tentative de Melkor pour produire de l'obscuritĂ©.

Vu que les Silmarils furent allumés à partir des Arbres aprÚs leur mort, cette "lumiÚre du Soleil immarri" résidait seulement en eux.

Dans le texte III, dans la note de mon pĂšre sur le retrait du DĂŽme de Varda aprĂšs la mort des Arbres, il Ă©tait confrontĂ© au problĂšme (si mon analyse de son intention est correcte, p. 386) que "la profanation du Soleil par Melkor doit prĂ©cĂ©der les Deux Arbres", alors que la lumiĂšre des Arbres provenait de la lumiĂšre non souillĂ©e du Soleil et de la Lune. Ici, il a conclu que "l'attaque de Melkor sur le Soleil (et la Lune) doit dĂšs lors ĂȘtre subsĂ©quente Ă  l'Ă©tablissement de Valinor".

Le mot aprĂšs, dans la phrase de conclusion, n'est rien d'autre qu'une glissade en une Ă©criture extrĂȘmement rapide.
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MessagePosté le: 18 Avr 2006 13:59     Sujet du message: Répondre en citant

VI


Ce texte, intitulĂ© Melkor avec Morgoth Ă©crit en dessous, fait partie du mĂȘme groupe que le texte III (trouvĂ© dans un journal d'avril 1959), et a Ă©tĂ© Ă©crit sur quatre feuilles des mĂȘmes documents de Merton College datĂ©s de juin 1955, comme le brouillon A de l'Athrabeth (pp. 350-2). La feuille sur laquelle le texte III est Ă©crit contient aussi un brouillon prĂ©liminaire du prĂ©sent essai sur Melkor.

Il est à noter que le texte VI commence avec une référence à "Finrod et Andreth", qui existait donc alors, en tout cas sous une certaine forme.


Melkor Morgoth


Melkor doit ĂȘtre rendu beaucoup plus puissant dans sa nature originelle (cf. "Finrod et Andreth"). La plus grande puissance sous Eru (c'est-Ă -dire la plus grande puissance crĂ©Ă©e).1 (Il devait faire / crĂ©er / commencer; ManwĂ« (un petit peu moins puissant) devait amĂ©liorer, mettre en Ɠuvre, achever.)

Plus tard, il ne doit pas ĂȘtre capable d'ĂȘtre contrĂŽlĂ© ou "enchaĂźnĂ©" par tous les Valar combinĂ©s. À noter que dans le premier Ăąge d'Arda, il fut capable Ă  lui seul de chasser les Valar de la Terre du Milieu.

La guerre contre Utumno fut uniquement entreprise par les Valar avec rĂ©ticence, et sans espoir de vraie victoire, mais plutĂŽt comme une action de protection ou une diversion, afin de leur permettre de placer les Quendi hors de sa sphĂšre d'influence. Mais Melkor avait dĂ©jĂ  progressĂ© dans sa transformation en "le Morgoth, un tyran (ou tyrannie et volontĂ© centrales), + ses agents".2 Seule la somme contenait l'ancienne puissance de Melkor entier; de telle sorte que si "le Morgoth" pouvait ĂȘtre atteint ou sĂ©parĂ© de ses agents, il Ă©tait bien plus contrĂŽlable et sur le mĂȘme niveau de puissance que les Valar. Les Valar rĂ©alisent qu'ils peuvent s'occuper de ses agents (c'est-Ă -dire armĂ©es, Balrogs, etc.) en plusieurs Ă©tapes. De telle sorte qu'ils arrivent enfin Ă  Utumno mĂȘme et dĂ©couvrent que "le Morgoth" n'a Ă  ce moment plus la "force" (dans tous les sens) suffisante pour se protĂ©ger d'un contact personnel direct. ManwĂ« fait enfin Ă  nouveau face Ă  Melkor, comme il ne l'a plus fait depuis qu'il est entrĂ© en Arda. Tous deux sont stupĂ©faits : ManwĂ« de percevoir l'affaiblissement en Melkor en tant que personne; Melkor de percevoir cela Ă©galement de son propre point de vue : il a maintenant moins de force personnelle que ManwĂ«, et ne peut plus le dĂ©courager du regard.

Soit ManwĂ« doit le lui dire, soit il doit rĂ©aliser soudainement lui-mĂȘme (ou les deux) que cela est arrivĂ© : il est "dispersĂ©". Mais le dĂ©sir d'avoir des crĂ©atures sous lui, dominĂ©es, est devenu habituel et nĂ©cessaire Ă  Melkor, de telle sorte que mĂȘme si le processus Ă©tait rĂ©versible (il l'Ă©tait probablement uniquement par auto-mortification et repentance absolues et non feintes), il ne pourrait pas l'accepter.* Comme avec tous les autres personnages, il doit y avoir un moment de basculement quand il est dans la balance : il se repent presque - et ne se repent pas, et devient beaucoup plus mauvais, et plus stupide.

Probablement (et il pense que ça l'est), il pourrait Ă  ce moment ĂȘtre humiliĂ© contre sa propre volontĂ© et ĂȘtre "enchaĂźnĂ©" - si et avant que ses forces dispersĂ©es ne se rassemblent. Ainsi - aussitĂŽt qu'il a rejetĂ© mentalement la repentance - il (tout comme Sauron par aprĂšs sur ce modĂšle) tourne en moquerie l'auto-mortification et la repentance. D'oĂč il tire un genre de plaisir perverti, comme en profanant quelque chose de sacrĂ© - [car la simple considĂ©ration de la possibilitĂ© de repentance vĂ©ritable, si elle ne venait pas spĂ©cialement en tant que grĂące directe d'Eru, Ă©tait au moins une derniĂšre lueur de sa vraie nature primordiale.]3 Il simule le remord et la repentance. Il s'agenouille en fait devant ManwĂ« et capitule - en premier lieu pour Ă©viter d'ĂȘtre enchaĂźnĂ© avec la ChaĂźne Angainor, dont il craint, une fois sur lui, de ne pas pouvoir se dĂ©barrasser. Mais aussi soudainement, il a l'idĂ©e de pĂ©nĂ©trer la place forte vantĂ©e de Valinor, et de la ruiner. Ainsi offre-t-il de devenir "le moindre des Valar" et serviteur de chacun et de tous, d'aider (en conseil et savoir-faire) Ă  rĂ©parer tous les maux et blessures qu'il a causĂ©s. C'est cette offre qui sĂ©duit ou trompe ManwĂ« - ManwĂ« doit ĂȘtre montrĂ© comme ayant sa propre faute inhĂ©rente (bien que pas un pĂ©chĂ©)** : il s'est retrouvĂ© absorbĂ© (en partie par pure crainte de Melkor, en partie par dĂ©sir de le contrĂŽler) en amendement, guĂ©rison, rĂ©arrangement - mĂȘme par le fait de "prĂ©server le status quo" - au dĂ©triment de tout pouvoir crĂ©atif et ce jusqu'Ă  la faiblesse dans la gestion des situations difficiles et pĂ©rilleuses. Contre l'avis de certains des Valar (tel que Tulkas), il accĂšde Ă  la priĂšre de Melkor.

Melkor est ramené en Valinor en derniÚre position (excepté Tulkas*** qui suit, portant Angainor et la faisant tinter pour la rappeler à Melkor).

Mais au conseil, Melkor ne reçoit pas de liberté immédiate. Les Valar en assemblée ne le tolÚreront pas. Melkor est envoyé en Mandos (pour y rester en "réclusion" et méditer, et achever sa repentance - et aussi ses plans de redressement).4

Alors il commence Ă  douter de la sagesse de sa propre politique, et l'aurait rejetĂ©e et aurait Ă©clatĂ© en une rĂ©bellion ardente - mais il est Ă  prĂ©sent absolument isolĂ© de ses agents et en territoire ennemi. Il ne peut pas. Par consĂ©quent, il avale l'amĂšre pilule (mais cela accroĂźt grandement sa haine, et par aprĂšs, il a toujours accusĂ© ManwĂ« d'ĂȘtre perfide).

Le reste de l'histoire, avec la libération de Melkor, et la permission d'assister au Conseil assis aux pieds de Manwë (d'aprÚs la maniÚre des conseillers maléfiques dans des contes postérieurs, dont on pourrait dire qu'elle dérive de ce modÚle primordial ?), peut alors se dérouler plus ou moins comme il est déjà prévu.

Dans ce court essai, on peut voir que dans ses rĂ©flexions sur la nature de Melkor, l'Ă©tendue de sa puissance originelle et sa dispersion, mon pĂšre en Ă©tait arrivĂ© Ă  proposer certaines altĂ©rations importantes dans la narration des lĂ©gendes exposĂ©es dans le Quenta Silmarillion (pp. 161, 186) et dans les Annales d'Aman ([HoMe X,] pp. 75, 80, 93). Dans la narration telle qu'elle existait, et telle qu'elle resta,5 il n'Ă©tait pas suggĂ©rĂ© que Melkor feignit la repentance quand (n'Ă©tant plus capable de "le dĂ©courager du regard") il fit face Ă  ManwĂ« en Utumno - Ă©laborant dĂ©jĂ  "l'idĂ©e de pĂ©nĂ©trer la place forte vantĂ©e de Valinor, et de la ruiner". Au contraire, "Tulkas s'avança en tant que champion des Valar et lutta contre lui et le renversa sur son visage, et le lia avec la chaĂźne Angainor"6 (un ancien Ă©lĂ©ment, remontant au rĂ©cit richement picturial et "primitif" de l'histoire de "L'enchaĂźnement de Melko" dans Le Livre des contes perdus, I.100-104). De plus, dans le prĂ©sent texte, ce fut Ă  ce moment, dĂ©fait en Utumno, que Melkor offrit de devenir "le moindre des Valar", et de les aider dans le redressement de tous les maux qu'il avait causĂ©s, alors que dans les narrations il le fit quand il se prĂ©senta devant les Valar aprĂšs avoir endurĂ© les Ăąges de son incarcĂ©ration en Mandos et implorĂ© leur pardon. De ManwĂ« il Ă©tait dit, quand Melkor fut autorisĂ© d'aller Ă  sa guise en Valinor, qu'il croyait que son cĂŽtĂ© mauvais avait Ă©tĂ© guĂ©ri : "car il Ă©tait lui-mĂȘme libre du mal et ne pouvait le comprendre". Nulle faille ou "faute inhĂ©rente" de ManwĂ« tel qu'il est dĂ©crit dans cet essai n'Ă©tait suggĂ©rĂ©e;7 bien qu'il fĂ»t dit qu'Ulmo, et Tulkas, doutaient de la sagesse d'une telle clĂ©mence (et ceci aussi est un Ă©lĂ©ment qui remonte au Livre des contes perdus : "telle fut la dĂ©cision de ManwĂ« ... bien que Tulkas et PalĂșrien l'estimassent dangereusement misĂ©ricordieuse" (I.105)).


Notes :

1 Cf. les mots de Finrod dans l'Athrabeth (p. 322) : "il n'est pas de pouvoir concevable plus grand que Melkor excepté Eru".

2 La premiÚre référence à l'idée de la "dispersion" de la puissance originale de Melkor se trouve dans les Annales d'Aman § 179 (p. 133) :
    Car comme il croissait en malveillance, et rĂ©pandait Ă  partir de lui-mĂȘme le mal qu'il concevait en mensonges et en crĂ©atures de vilenie, son pouvoir passait en eux et se dispersait, et lui-mĂȘme devint toujours plus liĂ© Ă  la terre, ne voulant plus sortir de ses sombres forteresses.
Cf. aussi les Annales §128 (p. 110). - L'expression "le Morgoth" est utilisée plusieurs fois par Finrod dans l'Athrabeth.

* [Note de J.R.R. Tolkien] Une des raisons de son auto-affaiblissement était qu'il avait donné à ses créatures, Orcs, Balrogs, etc. le pouvoir de récupération et de multiplication. De telle sorte qu'elles se rassembleront à nouveau sans ordres spécifiques ultérieurs. Une partie de son pouvoir créatif inné était partie dans la création d'une croissance maléfique indépendante et hors de son contrÎle.

3 Les crochets furent ajoutés aprÚs la rédaction du passage.

** [Note de J.R.R. Tolkien] Chaque crĂ©ature finie doit avoir une faiblesse : il s'agit d'une incapacitĂ© Ă  gĂ©rer certaines situations. Ce n'est pas un pĂ©chĂ© quand ce n'est pas volontaire, et quand la crĂ©ature fait de son mieux (mĂȘme si ce n'est pas ce qui devrait ĂȘtre fait) comme elle le perçoit - avec l'intention consciente de servir Eru.

*** [Note de J.R.R. Tolkien] Tulkas reprĂ©sente le bon cĂŽtĂ© de la "violence" dans la guerre contre le mal. Il s'agit d'une absence de tout compromis qui ferait mĂȘme face au mal apparent (tel que la guerre) plutĂŽt que de parlementer; et qui ne pense pas (par n'importe quel genre de fiertĂ©) que quelqu'un d'autre qu'Eru pourrait le redresser, ou rĂ©Ă©crire le conte d'Arda.

4 "ses plans de redressement" : i.e. redressement des maux qu'il avait causés.

5 Le second passage de QS, dans lequel le pardon de Melkor est raconté (p. 186, § 48), fut changé lors la réécriture finale du chapitre 6 : voir p. 273, § 48. Mais bien que le texte modifié introduisßt les idées selon lesquelles tout renversement complet des maux causés par Melkor était impossible, et qu'il était "à son commencement, le plus grand des Pouvoirs", la narration ne fut pas modifiée au regard des changements envisagés dans cet essai (voir note 7).

6 Les modifications à la vieille histoire du face-à-face en Utumno auraient pu voir le jour si QS chapitre 3 (dans lequel ceci est raconté) avait formé une partie de la réécriture tardive qui transforma le vieux chapitre 6; mais voir note 7.

7 Lors de la rĂ©Ă©criture finale de QS chapitre 6 (p. 273, § 48), ceci resta le cas (note 5); et l'histoire originelle fut conservĂ©e, selon laquelle ce fut en Valinor aprĂšs son emprisonnement, et non en Utumno, que Melkor fit ses promesses de service et de rĂ©paration. Ceci pourrait suggĂ©rer que le prĂ©sent essai fut rĂ©digĂ© aprĂšs le nouveau travail sur QS (datant presque certainement de la fin des annĂ©es cinquante, p. 300), en support de l'idĂ©e selon laquelle la date des documents sur lesquels l'essai fut Ă©crit (1955) prĂȘte Ă  confusion (voir p. 385).
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Nowhere Man

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MessagePosté le: 10 Sep 2006 22:13     Sujet du message: Répondre en citant

VII



Cet essai existe sous deux formes. La premiĂšre (« A ») est un texte manuscrit assez court de quatre pages, intitulĂ© « Quelques notes sur la "philosophie" du Silmarillion », son expression est rapide et sa fin n'est pas claire. La deuxiĂšme (« B ») est une version largement Ă©tendue de douze pages, Ă©galement manuscrite, Ă  l'expression beaucoup plus soutenue et commençant dans une belle Ă©criture, mais elle est inachevĂ©e, s'arrĂȘtant au milieu d'une phrase. Elle s'intitule "Notes sur la trame du Silmarillion".

La relation entre les deux formes est telle qu'il est inutile de donner la majeure partie de A, car tout son contenu se retrouve dans B. Cependant, Ă  partir du moment oĂč les Valar sont condamnĂ©s pour l'Ă©lĂ©vation des PelĂłri (p. 401), les textes divergent. Dans B, mon pĂšre introduisit une longue explication visant Ă  attĂ©nuer la conduite des Valar, et l'essai s'achĂšve avant d'avoir atteint la conclusion de la version A (cf. note 6) ; celle-ci est donc donnĂ©e Ă  la fin de B.

Le texte de B fut par la suite divisé en trois sections distinctes, numérotées ici (i), (ii) et (iii).



Notes sur la trame du Silmarillion

(i)


Sauron Ă©tait effectivement « plus grand » au Second Âge que Morgoth Ă  la fin du Premier. Pourquoi ? Parce que, en dĂ©pit de sa stature naturelle de loin infĂ©rieure, il n'Ă©tait pas tombĂ© aussi bas. Il finit lui aussi par gaspiller son pouvoir (d'ĂȘtre) en tentant de prendre le contrĂŽle d'autrui. Mais il n'Ă©tait pas obligĂ© de s'Ă©tendre autant. Pour dominer Arda, Morgoth avait laissĂ© passer la majeure partie de son ĂȘtre dans les composantes physiques de la Terre – ainsi toute chose nĂ©e sur la Terre et vivant sur et par elle, bĂȘte, plante ou esprit incarnĂ©, risquait d'ĂȘtre « entachĂ©e ». À l'Ă©poque de la Guerre des Joyaux, Morgoth Ă©tait devenu perpĂ©tuellement « incarnĂ© » ; c'est pourquoi il connaissait la peur, et ne faisait la guerre que par des moyens dĂ©tournĂ©s, ou Ă  travers des subordonnĂ©s et des crĂ©atures dominĂ©es.

Cependant, Sauron hĂ©rita de la « corruption » d'Arda, et il ne dĂ©pensa son pouvoir (beaucoup plus limitĂ©) que dans les Anneaux ; car c'Ă©taient les crĂ©atures de la terre, dans leurs esprits et volontĂ©s, qu'il dĂ©sirait dominer. En cela, Sauron Ă©tait Ă©galement plus sage que Melkor-Morgoth. Sauron n'Ă©tait pas un crĂ©ateur de discorde ; et il en savait probablement plus sur la « Musique » que Melkor lui-mĂȘme, dont l'esprit avait toujours Ă©tĂ© empli de ses propres plans et desseins, et qui prĂȘtait peu attention aux choses autres. Ainsi, l'Ă©poque oĂč la puissance de Melkor Ă©tait la plus grande Ă©tait celle des commencements physiques du Monde ; une envie dĂ©miurgique et dĂ©mesurĂ©e de pouvoir et de l'accomplissement de sa propre volontĂ© et de ses propres plans, Ă  grande Ă©chelle. Et plus tard, lorsque les choses se furent stabilisĂ©es, Melkor Ă©tait bien plus intĂ©ressĂ© et capable d'interagir avec une Ă©ruption volcanique, par exemple, qu'avec, disons, un arbre. Il est mĂȘme probable qu'il ignorait simplement les productions moindres ou plus dĂ©licates de Yavanna, comme les petites fleurs.*

Ainsi, lorsque Melkor en tant que « Morgoth » Ă©tait confrontĂ© Ă  l'existence d'autres habitants d'Arda, avec des volontĂ©s et intelligences autres, leur seule existance le faisait enrager, et son seul moyen de traiter avec eux Ă©tait la force physique, ou la peur de cette force. Son seul objectif Ă©tait leur destruction finale. Il mĂ©prisait les Elfes, et encore plus les Hommes, Ă  cause de leur « faiblesse », c'est-Ă -dire leur manque de force physique, ou de pouvoir sur la « matiĂšre » ; mais il les craignait aussi. Il savait, du moins Ă  l'Ă©poque oĂč il Ă©tait encore capable de penser de façon rationnelle, qu'il ne pouvait pas les « annihiler »,** c'est-Ă -dire dĂ©truire leur ĂȘtre ; mais leur « vie » physique, et leur forme incarnĂ©e, devint de plus en plus la seule chose qui valait la peine d'ĂȘtre considĂ©rĂ©e dans son esprit.*** Ou il s'enfonça si fort dans le Mensonge qu'il se mentait Ă  lui-mĂȘme, et prĂ©tendait qu'il pouvait les dĂ©truire et dĂ©barrasser totalement Arda d'eux. D'oĂč ses tentatives systĂ©matiques de briser les volontĂ©s et de les subordonner ou de les absorber dans ses propres volontĂ© et ĂȘtre, avant de dĂ©truire leurs corps. C'Ă©tait du nihilisme pur, et la nĂ©gation son seul but : s'il avait Ă©tĂ© victorieux, Morgoth aurait sans aucun doute fini par dĂ©truire mĂȘme ses propres « crĂ©atures », comme les Orques, lorsqu'ils auraient rempli le seul usage qu'il leur destinait : la destruction des Elfes et des Hommes. L'impuissance et le dĂ©sespoir finaux de Melkor tenaient en ceci : tandis que les Valar (et, Ă  leur niveau, les Elfes et les Hommes) pouvaient toujours aimer « Arda Marrie », c'est-Ă -dire Arda avec un ingrĂ©dient-Melkor, et pouvaient toujours guĂ©rir telle ou telle blessure, ou produire de son marrissement mĂȘme, dans l'Ă©tat oĂč elle Ă©tait, des choses belles et dignes d'amour, Melkor ne pouvait rien faire d'Arda, qui n'Ă©tait pas issue de son propre esprit et Ă©tait entremĂȘlĂ©e avec les travaux et les pensĂ©es d'autrui : mĂȘme laissĂ© seul, il n'aurait pu que laisser libre cours Ă  sa rage jusqu'Ă  ce que tout soit de nouveau retournĂ© Ă  un chaos sans forme. Et mĂȘme alors, il aurait Ă©tĂ© vaincu, parce que cela aurait toujours « existĂ© » indĂ©pendamment de son esprit, et un monde en puissance.

Sauron n'atteignit jamais ce niveau de folie nihiliste. Il n'avait rien contre l'existence du monde, du moment qu'il pouvait en faire ce qu'il voulait. Il avait toujours des restes de buts positifs, issus de la nature bonne qu'il avait Ă  ses dĂ©buts : sa vertu (et donc aussi la raison de sa chute, et de son relaps) avait Ă©tĂ© l'amour de l'ordre et de la coordination, et la haine de toute confusion et friction inutile. (Ce furent l'apparente volontĂ© et pouvoir de Melkor de rĂ©aliser ses plans rapidement et magistralement qui attirĂšrent Sauron Ă  lui au dĂ©but.) Sauron ressemblait en fait beaucoup Ă  Saruman, ce pourquoi il le comprenait rapidement et pouvait deviner ce qu'il Ă©tait probable qu'il penserait ou ferait, mĂȘme sans l'aide des palantĂ­ri ou d'espions ; tandis que Gandalf lui Ă©chappait et le laissait perplexe. Mais comme tous les esprits de cette caste, l'amour (Ă  l'origine) ou (par la suite) la simple comprĂ©hension d'autres intelligences individuelles Ă©tait proportionnellement plus faible, et bien que le seul bien, ou le seul motif rationnel, de tout cet ordonnancement et planification et organisation Ă©tait le bien de tous les habitants d'Arda (mĂȘme en admettant le droit de Sauron Ă  ĂȘtre leur souverain suprĂȘme), ses « plans », l'idĂ©e venant de son seul esprit propre, devint le seul objet de sa volontĂ©, et une fin, la Fin en soi.+

Morgoth n'avait pas de « plan », Ă  moins d'appeler « plan » la destruction et la rĂ©duction au nil d'un monde dans lequel il n'avait qu'une part. Mais il s'agit lĂ  bien Ă©videmment d'une simplification de la situation. Sauron n'avait pas servi Morgoth, mĂȘme en sa derniĂšre phase, sans devenir infectĂ© par son envie de destruction, et sa haine de Dieu (qui doit nĂ©cessairement dĂ©boucher sur le nihilisme). Sauron ne pouvait bien sĂ»r pas ĂȘtre un athĂ©e « sincĂšre ». Bien qu'il fĂ»t l'un des esprits mineurs crĂ©Ă©s avant le monde, il connaissait Eru, Ă  sa mesure. Il est probable qu'il se soit lui-mĂȘme induit en erreur en se disant que les Valar, Melkor inclus, ayant failli, Eru avait simplement abandonnĂ© EĂ€, ou tout du moins Arda, et qu'elle ne le concernerait dĂ©sormais plus. Il apparaĂźtrait qu'il interprĂ©ta le « changement du monde » lors de la Submersion de NĂșmenor, lorsque Aman fut retirĂ© du monde physique, de la façon suivante : les Valar (et les Elfes) Ă©taient retirĂ©s du contrĂŽle effectif, et les Hommes soumis Ă  la malĂ©diction et la fureur de Dieu. S'il pensa aux Istari, en particulier Saruman et Gandalf, il les imagina comme des Ă©missaires des Valar, cherchant Ă  rĂ©tablir leur ancienne puissance et Ă  « coloniser » la Terre du Milieu, simple tentative d'impĂ©rialistes vaincus (en dehors de la connaissance ou sanction d'Eru). Son cynisme, qui lui faisait (sincĂšrement) voir les motivations de ManwĂ« comme identiques aux siennes, semblait totalement justifiĂ© par Saruman. Il ne comprenait pas Gandalf. Mais il Ă©tait certainement dĂ©jĂ  devenu assez malĂ©fique, et donc stupide, pour croire que son comportement diffĂ©rent Ă©tait simplement dĂ» Ă  une intelligence moindre et Ă  un manque de rĂ©solution. Il n'Ă©tait qu'une version un peu plus intelligente de Radagast – plus intelligente, car il est plus profitable (produit plus de pouvoir) de s'absorber dans l'Ă©tude de gens que dans celle des animaux.

Sauron n'Ă©tait pas un « athĂ©e » sincĂšre, mais il prĂȘchait l'athĂ©isme, parce qu'il diminuait la rĂ©sistance qu'on lui opposait (et il avait cessĂ© de craindre l'action de Dieu en Arda). Comme on peut le voir dans le cas d'Ar-PharazĂŽn. Mais on put y voir alors l'effet que Melkor eut sur Sauron : il parla de Melkor dans les propres termes de Melkor : comme d'un dieu, ou mĂȘme de Dieu. Il s'agit peut-ĂȘtre lĂ  du reste d'un Ă©tat qui Ă©tait, dans un sens, une ombre de bien : la capacitĂ© qu'avait jadis Sauron d'au moins admirer ou admettre la supĂ©rioritĂ© d'autrui. Melkor, et Sauron lui-mĂȘme encore plus aprĂšs lui, profitĂšrent tous deux de cette ombre entĂ©nĂ©brĂ©e de bien et des services de « fidĂšles ». Mais on peut douter que mĂȘme une telle ombre de bien soit toujours opĂ©rationnelle de façon sincĂšre chez Sauron Ă  cette Ă©poque. Sa fourbe motivation s'exprime probablement mieux ainsi. Pour sevrer quelqu'un qui craint Dieu de son allĂ©geance, il vaut mieux lui proposer un autre objet d'allĂ©geance, invisible, et un autre espoir de profit ; lui proposer un Seigneur qui sanctionnera ses dĂ©sirs et ne lui interdira pas. Sauron, apparemment un rival vaincu pour la domination du monde, et dĂ©sormais un simple otage, ne peut que difficilement se proposer lui-mĂȘme ; mais en tant qu'ancien serviteur et disciple de Melkor, le culte de Melkor l'Ă©lĂšvera du statut d'otage Ă  celui de grand prĂȘtre. Mais bien que la vĂ©ritable motivation profonde de Sauron ait Ă©tĂ© la destruction des NĂșmenĂłrĂ©ens, il s'agissait lĂ  d'une revanche particuliĂšre sur Ar-PharazĂŽn et l'humiliation infligĂ©e. À la diffĂ©rence de Morgoth, Sauron se serait satisfait de l'existence des NĂșmenĂłrĂ©ens en tant que ses sujets, et il utilisa de fait un grand nombre d'entre eux qu'il soumit Ă  son allĂ©geance.

(ii)


Nul, pas mĂȘme l'un des Valar, ne peut lire dans l'esprit d'autres « ĂȘtres Ă©gaux++ » : c'est-Ă -dire que nul ne peut les « voir » ou les comprendre de façon complĂšte directement, par une simple inspection. On peut dĂ©duire une grande partie de leurs pensĂ©es, Ă  partir de comparaisons gĂ©nĂ©rales menant Ă  des conclusions concernant la nature et les tendances des esprits et des pensĂ©es, et de la connaissance particuliĂšre des individus, et de circonstances particuliĂšres. Mais cela n'est pas plus de la lecture ou de l'inspection d'un autre esprit que ne l'est la dĂ©duction du contenu d'une piĂšce fermĂ©e, ou d'Ă©vĂ©nements ayant lieu hors du champ visuel. Non plus qu'un processus de lecture d'esprit ne se prĂ©tend ĂȘtre « transfert de pensĂ©e » : ce n'est lĂ  que la rĂ©ception et l'interprĂ©tation, par l'esprit rĂ©cepteur, de l'impact d'une pensĂ©e, ou d'un modĂšle de pensĂ©e, Ă©manant d'un autre esprit, qui n'est pas plus l'esprit en lui-mĂȘme ou dans sa totalitĂ© que ne l'est la vision lointaine d'un homme par rapport Ă  l'homme lui-mĂȘme. Les esprits peuvent s'exhiber ou se rĂ©vĂ©ler Ă  d'autres esprits par l'action de leur propre volontĂ© (bien qu'il paraisse douteux que, mĂȘme s'il le souhaite ou le dĂ©sire, un esprit puisse rĂ©ellement se rĂ©vĂ©ler entiĂšrement Ă  un autre esprit). Les esprits de plus grand pouvoir peuvent donc ĂȘtre tentĂ©s de gouverner ou restreindre la volontĂ© d'autres esprits plus faibles, afin de les amener ou de les forcer Ă  se rĂ©vĂ©ler eux-mĂȘmes. Mais forcer une telle rĂ©vĂ©lation, ou l'amener par mensonge ou duperie, mĂȘme pour des raisons supposĂ©ment « bonnes » (y compris le « bien » de la personne ainsi persuadĂ©e ou dominĂ©e), est absolument interdit. Agir ainsi est criminel, et la « bontĂ© » des raisons de ceux qui commettent ce crime ne tarde pas Ă  devenir corrompue.

Ainsi, beaucoup de choses pouvaient avoir lieu « dans le dos de Manwë » : en effet, la partie la plus intérieure de tous les autres esprits, grands et petits, lui était cachée. Et en ce qui concerne l'Ennemi, Melkor, en particulier, il ne pouvait pénétrer par une perception spirituelle distante sa pensée et ses buts, étant donné que Melkor avait une volonté fixée et puissante de garder son esprit secret : cela s'exprima physiquement par les ténÚbres et les ombres qui l'entouraient. Mais Manwë pouvait bien sûr utiliser, et il utilisa, sa propre grande connaissance et sa vaste expérience des choses et des personnes, ses souvenirs de la « Musique », et sa propre vision longue, et les rapports de ses messagers.

Tout comme Melkor, on ne le voit ou ne l'entend pratiquement jamais hors ou loin de ses propres halls et rĂ©sidence permanente. Pourquoi cela ? Sans vĂ©ritable raison profonde. Le gouvernement est toujours Ă  Whitehall [NdT : cette rue de Londres comprend les bureaux d'une grande partie du gouvernement anglais]. Le roi Arthur est gĂ©nĂ©ralement Ă  Camelot ou Caerleon et les nouvelles et les aventures y arrivent et y dĂ©butent. « L'Ancien Roi » ne sera de toute Ă©vidence pas vaincu dĂ©finitivement ou dĂ©truit avant une espĂšce d'ultime « Ragnarök1 » - qui mĂȘme pour nous est encore Ă  venir, donc il ne peut pas vivre de vraies « aventures ». Mais si vous le gardez Ă  la maison, la fin de tout Ă©vĂ©nement particulier peut rester en suspens littĂ©raire, puisqu'il ne peut alors s'agir d'un « Ă©chec et mat » final. MĂȘme lors de la guerre finale contre Morgoth, c'est FionwĂ« fils de ManwĂ« qui mĂšne la puissance des Valar. Lorsqu'on bougera ManwĂ«, ce sera la derniĂšre bataille, et la fin du Monde (ou d'« Arda Marrie »), comme diraient les Eldar.

[Que Morgoth reste « Ă  la maison » est dĂ», comme dit plus haut, Ă  une raison tout Ă  fait diffĂ©rente : sa peur d'ĂȘtre tuĂ© ou mĂȘme blessĂ© (la raison littĂ©raire est absente, car puisqu'il est opposĂ© Ă  l'Ancien Roi, l'issue de chacune de ses entreprises est toujours douteuse).]

Melkor « s'incarna » lui-mĂȘme (en tant que Morgoth) de façon permanente. Il agit ainsi pour contrĂŽler la hroa,2 la « chair » ou matiĂšre physique d'Arda. Il tenta de s'identifier Ă  elle. Une procĂ©dure plus large et plus pĂ©rilleuse, mais de nature similaire aux opĂ©rations de Sauron avec les Anneaux. Ainsi, en dehors du Royaume BĂ©ni, toute « matiĂšre » Ă©tait susceptible de contenir un « ingrĂ©dient Melkor3 », et ceux qui avaient des corps, nourris par la hroa d'Arda, tendaient comme elle, plus ou moins, vers Melkor : aucun d'entre eux n'Ă©tait totalement dĂ©nuĂ© de lui en leur forme incarnĂ©e, et leurs corps avaient des effets sur leurs esprits.

Mais en agissant ainsi, Morgoth perdit (ou Ă©changea, ou transmuta) la majeure partie de ses pouvoirs « angĂ©liques » originels, d'esprit et d'Ăąme, tout en gagnant une emprise terrible sur le monde physique. C'est pourquoi il fallait le combattre, principalement par la force physique, et une ruine matĂ©rielle considĂ©rable Ă©tait une consĂ©quence probable de tout combat direct contre lui, qu'il soit victorieux ou non. Il s'agit de la raison principale de la rĂ©ticence constante des Valar Ă  entrer en conflit ouvert contre Morgoth. La tĂąche et le problĂšme de ManwĂ« Ă©taient bien plus difficiles que ceux de Gandalf. Le pouvoir de Sauron, relativement faible, Ă©tait concentrĂ© ; le vaste pouvoir de Morgoth Ă©tait dissĂ©minĂ©. La totalitĂ© de la « Terre du Milieu » Ă©tait l'Anneau de Morgoth, bien que son attention fĂ»t temporairement concentrĂ©e sur le nord-ouest. À moins d'un succĂšs rapide, la Guerre contre lui aurait trĂšs bien pu s'achever par la rĂ©duction de toute la Terre du Milieu au chaos, et peut-ĂȘtre mĂȘme d'Arda entiĂšre. Il est facile de dire : « C'Ă©tait la tĂąche et le rĂŽle de l'Ancien Roi de gouverner Arda et de faire en sorte que les Enfants d'Eru y vivent en paix. » Mais le dilemme des Valar Ă©tait le suivant : seule une bataille physique pouvait libĂ©rer Arda ; mais le rĂ©sultat probable d'une telle bataille aurait Ă©tĂ© la ruine irrĂ©cupĂ©rable d'Arda. Qui plus est, l'Ă©radication finale de Sauron (en tant que puissance malĂ©fique directrice) Ă©tait possible par la destruction de l'Anneau. Nulle Ă©radication de ce genre n'Ă©tait possible pour Morgoth, car elle aurait requis la dĂ©sintĂ©gration complĂšte de la « matiĂšre » d'Arda. Le pouvoir de Sauron n'Ă©tait pas (par exemple) dans l'or en tant que tel, mais dans une forme particuliĂšre faite Ă  partir d'une portion particuliĂšre de la totalitĂ© de l'or. Le pouvoir de Morgoth Ă©tait dissĂ©minĂ© dans l'Or, et s'il n'Ă©tait nulle part absolu (car il ne crĂ©a pas l'Or), il n'Ă©tait nulle part absent. (En fait, c'Ă©tait cet Ă©lĂ©ment-Morgoth dans la matiĂšre qui Ă©tait un prĂ©requis pour la « magie » et autres malĂ©fices que Sauron pratiqua avec et sur elle.)

Bien sĂ»r, il est possible que certains « Ă©lĂ©ments » ou conditions de la matiĂšre aient attirĂ© une attention spĂ©ciale de la part de Morgoth (majoritairement pour ses propres plans, exceptĂ© dans un passĂ© trĂšs lointain). Par exemple, tout l'or (de la Terre du Milieu) semble avoir eu une « tendance » malĂ©fique particuliĂšre – mais pas l'argent. L'eau est reprĂ©sentĂ©e comme presque entiĂšrement vierge de Morgoth. (Ceci ne veut bien sĂ»r pas dire qu'une mer, un ruisseau, une riviĂšre, une source, ou mĂȘme un verre d'eau particulier ne pouvait pas ĂȘtre empoisonnĂ© ou corrompu – comme toutes choses pouvaient l'ĂȘtre.)

(iii)


Les Valar « dĂ©clinĂšrent » et devinrent plus impotents, prĂ©cisĂ©ment au fur et Ă  mesure que la forme et la constitution des choses devenaient mieux dĂ©finies et Ă©tablies en proportion. Plus le PassĂ© dure, plus le Futur est clairement dĂ©fini, et moins il y a de place pour des changements importants (une action sans entraves, sur le plan physique, qui n'a pas de but destructif). Une fois « achevĂ© », le PassĂ© est devenu part de la « Musique qui est ». Seul Eru pourrait ou peut modifier la « Musique ». Le dernier effort majeur de cette nature dĂ©miurgique qu'accomplirent les Valar fut l'Ă©lĂ©vation de la chaĂźne des PelĂłri Ă  une grande altitude. Si ce n'est pas vĂ©ritablement une mauvaise action, on peut nĂ©anmoins voir cela comme une erreur. Ulmo la dĂ©sapprouvait.4 Elle avait un objectif bon, et lĂ©gitime : la prĂ©servation d'au moins une partie d'Arda non corrompue. Mais elle semblait avoir aussi un motif Ă©goĂŻste ou nĂ©gligent (ou dĂ©sespĂ©rĂ©) ; car l'effort fourni pour y garder les Elfes non corrompus s'Ă©tait rĂ©vĂ©lĂ© ĂȘtre un Ă©chec si on les laissait libres : beaucoup avaient refusĂ© de venir au Royaume BĂ©ni, beaucoup s'Ă©taient rĂ©voltĂ©s et l'avaient quittĂ©. Tandis que, en ce qui concernait les Hommes, ManwĂ« et tous les Valar savaient trĂšs bien qu'ils ne pouvaient pas du tout venir en Aman ; et la longĂ©vitĂ© (aussi Ă©tendue que la vie d'Arda) des Valar et Eldar n'Ă©tait exprĂ©ssemment pas permise aux Hommes. Ainsi la « Dissimulation de Valinor » ne fut pas loin d'ĂȘtre un moyen de contrer la possessivitĂ© de Morgoth par une possessivitĂ© rivale, en Ă©tablissant un domaine privĂ© de lumiĂšre et de fĂ©licitĂ© contre un autre de tĂ©nĂšbres et de domination : un palais et une villĂ©giature5 (puissamment fortifiĂ©) contre une forteresse et un donjon.6

L'apparence de fainĂ©ance Ă©goĂŻste des Valar dans la mythologie telle qu'elle est racontĂ©e (bien que je ne l'aie ni expliquĂ©e ni commentĂ©e) n'est, je pense, qu'une « apparence », et que nous pouvons prendre pour la vĂ©ritĂ©, puisque nous sommes tous Ă  des degrĂ©s divers affectĂ©s par l'ombre et les mensonges de leur Ennemi, le Calomniateur. Il faut se souvenir que la « mythologie » est reprĂ©sentĂ©e comme sĂ©parĂ©e par deux Ă©tapes d'un rĂ©cit vĂ©ritable : elle se base tout d'abord sur les rĂ©cits et connaissances des Elfes sur les Valar, et sur leurs propres relations avec eux ; et ceux-ci ne nous ont atteints (de façon fragmentaire) qu'Ă  travers les reliques de la tradition nĂșmenĂłrĂ©enne (humaine), issue des Eldar dans les premiers temps, mais plus tard complĂ©tĂ©e par des histoires et contes anthropocentrĂ©s.7 Il est vrai qu'elle fut transmise par les « FidĂšles » et leurs descendants en Terre du Milieu, mais elle ne peut Ă©viter totalement le noircissement du tableau dĂ» Ă  l'hostilitĂ© des NĂșmenĂłrĂ©ens rebelles envers les Valar.

MĂȘme ainsi, et sur la base des histoires telles qu'elles nous sont parvenues, il est possible de voir les choses autrement. La fermeture de Valinor aux Noldor rebelles (qui le quittĂšrent volontairement, et aprĂšs avoir Ă©tĂ© avertis) Ă©tait en elle-mĂȘme juste. Mais si nous osons tenter d'entrer dans l'esprit de l'Ancien Roi, de lui assigner des raisons et de trouver des fautes, nous devons nous souvenir de certaines choses avant de rendre notre jugement. ManwĂ« Ă©tait l'esprit le plus sage et le plus prudent en Arda. Il est prĂ©sentĂ© comme ayant eu la plus grande connaissance de la Musique, en tant que tout, qu'ait eu un esprit fini ; et il est le seul, de toutes les personnes ou esprits de l'Ă©poque, qu'on prĂ©sente comme ayant le pouvoir de recourir et communiquer directement avec Eru. Il doit avoir compris de façon trĂšs claire ce que nous ne percevons qu'indistinctement : que le mode essentiel de progression de « l'histoire » en Arda Ă©tait la montĂ©e constante du mal, et que de lui un nouveau bien vienne constamment. Un aspect particulier de ceci est la façon Ă©trange dont les malĂ©fices du Marrisseur ou de ses hĂ©ritiers se transforment en armes contre le mal. Si l'on considĂšre la situation aprĂšs la fuite de Morgoth et le rĂ©tablissement de sa demeure en Terre du Milieu, on voit que les hĂ©roĂŻques Noldor Ă©taient la meilleure arme possible pour tenir Morgoth Ă  distance / en Ă©chec , virtuellement assiĂ©gĂ©, et tout du moins occupĂ© en permanence, dans les confins septentrionaux de la Terre du Milieu, sans provoquer chez lui une crise de destruction nihiliste. Et dans le mĂȘme temps les Hommes, ou les meilleurs Ă©lĂ©ments de l'HumanitĂ©, rejetant son ombre, entrĂšrent en contact avec un peuple qui avait vraiment vu et vĂ©cu l'expĂ©rience du Royaume BĂ©ni.

Par leur association avec les Eldar en guerre, les Hommes s'Ă©levĂšrent Ă  leur stature maximale, et par les deux mariages s'accomplit le transfert ou l'infusion du plus noble des sangs elfiques Ă  l'HumanitĂ©, en prĂ©paration pour les jours encore lointains, mais approchant inexorablement, oĂč les Elfes « dĂ©clineraient ».

La derniĂšre intervention par la force physique des Valar, qui s'acheva par la destruction du Thangorodrim, peut donc ĂȘtre vue non pas comme rĂ©ticente ou mĂȘme trop longtemps repoussĂ©e, mais minutĂ©e avec prĂ©cision. L'intervention eut lieu avant l'annihilation des Eldar et des Edain. Bien que triomphant localement, Morgoth avait nĂ©gligĂ© la majeure partie de la Terre du Milieu pendant la guerre ; et elle l'avait en fait affaibli : en pouvoir et en prestige (il avait perdu et n'avait pu rĂ©cupĂ©rer l'un des Silmarils), et par-dessus tout mentalement. Il s'Ă©tait absorbĂ© dans la « royautĂ© », et bien qu'Ă©tant un tyran d'une taille d'ogre et au pouvoir monstrueux, il s'agissait d'une chute immense par rapport Ă  son ancienne malignitĂ© haineuse, et son terrible nihilisme. Il Ă©tait tombĂ© au point oĂč il aimait ĂȘtre un roi tyrannique avec des esclaves conquis et de vastes armĂ©es obĂ©issantes.8

La guerre fut couronnĂ©e de succĂšs, et la ruine fut limitĂ©e Ă  la petite (quoique belle) rĂ©gion du Beleriand. Morgoth fut ainsi rĂ©ellement fait captif sous sa forme physique,9 et sous cette forme fut emmenĂ© comme un vulgaire criminel en Aman et confiĂ© Ă  NĂĄmo Mandos comme juge – et bourreau. Il fut jugĂ©, et finalement amenĂ© hors du Royaume BĂ©ni et exĂ©cutĂ© : c'est-Ă -dire tuĂ©, comme un des IncarnĂ©s. Il devint ainsi clair (bien que ManwĂ« et NĂĄmo aient dĂ» le comprendre bien plus tĂŽt) que, bien qu'il eĂ»t « dissĂ©minĂ© » son pouvoir (sa volontĂ© malĂ©fique et possessive et rebelle) de tous cĂŽtĂ©s dans la matiĂšre d'Arda, il en avait perdu le contrĂŽle direct, et tout ce qu'« il », reste survivant de son ĂȘtre complet, avait conservĂ© comme « lui-mĂȘme » et sous contrĂŽle Ă©tait l'esprit terriblement rĂ©trĂ©ci et rĂ©duit qui habitait le corps qu'il s'Ă©tait Ă  lui-mĂȘme imposĂ© (mais qu'il aimait dĂ©sormais). Lorsque ce corps fut dĂ©truit, il Ă©tait faible et entiĂšrement « sans logis », et pour un temps dĂ©sorientĂ© et « sans ancrage ». Nous lisons qu'il fut alors jetĂ© au-dehors, dans le Vide.10 Cela devrait signifier qu'il fut jetĂ© hors du Temps et de l'Espace, hors d'EĂ€ elle-mĂȘme, mais si tel Ă©tait le cas, cela impliquerait une intervention directe d'Eru (avec ou sans supplique des Valar). Il est cependant possible que cela se rĂ©fĂšre de façon inexacte+++ Ă  l'extraction ou Ă  la fuite de son esprit hors d'Arda.

Dans tous les cas, en cherchant Ă  absorber, ou plutĂŽt Ă  s'infiltrer lui-mĂȘme dans la « matiĂšre », ce qui restait de lui n'Ă©tait dĂšs lors plus assez puissant pour revĂȘtir Ă  nouveau un corps. (Il se fixerait dĂšs lors sur le dĂ©sir de le faire : il n'y avait pas de « repentance », ni de possibilitĂ© pour cela : Melkor avait Ă  jamais abandonnĂ© toute ambition « spirituelle », et il n'existait quasiment plus que comme un dĂ©sir de possĂ©der et dominer la matiĂšre, et Arda en particulier.) Tout du moins, il ne pouvait pas encore revĂȘtir Ă  nouveau un corps. Nous n'avons pas besoin de supposer que ManwĂ« se trompa en supposant qu'il s'Ă©tait agi lĂ  d'une guerre pour mettre fin Ă  la guerre, ou mĂȘme Ă  Melkor. Melkor n'Ă©tait pas Sauron. Nous parlons de lui comme Ă©tant « affaibli, rĂ©trĂ©ci, rĂ©duit » ; mais il faut comparer cela aux grands Valar. Il avait Ă©tĂ© un ĂȘtre d'une force et d'une vie immenses. Les Elfes croyaient et enseignaient certainement que les fĂ«ar ou « esprits » pouvaient grandir de leur propre vie (indĂ©pendamment du corps), tout comme ils pouvaient ĂȘtre blessĂ©s et guĂ©ris, ĂȘtre diminuĂ©s et renouvellĂ©s.11 On peut donc s'attendre Ă  ce que le sombre esprit du « reste » de Melkor finisse, aprĂšs de longs Ăąges, par grandir de nouveau, et mĂȘme (comme le croient certains) Ă  rassembler en lui-mĂȘme une partie du pouvoir qu'il avait autrefois dissipĂ©. Il pourrait faire cela (mĂȘme Sauron en Ă©tait incapable) Ă  cause de sa relative grandeur. Il ne se repentit pas, non plus qu'il finit par abandonner son obsession, mais il conservait quelques restes de sagesse, et il pouvait donc toujours chercher Ă  atteindre son objectif de façon indirecte, et pas simplement Ă  l'aveuglette. Il se reposerait, chercherait Ă  se soigner, se distrairait lui-mĂȘme par d'autres pensĂ©es et dĂ©sirs et plans – mais tout cela uniquement pour recouvrir assez de forces pour attaquer les Valar, et revenir Ă  son ancienne obsession. En grandissant de nouveau il deviendrait, comme il l'Ă©tait, une ombre noire, s'Ă©tendant dans les confins d'Arda, et la dĂ©sirant ardemment.

Néanmoins, la destruction du Thangorodrim et l'extraction de Melkor furent la fin de « Morgoth » en tant que tel, et pour cet ùge (et de nombreux par la suite). Ce fut ainsi, dans un sens, aussi la fin de la premiÚre fonction et tùche de Manwë en tant qu'Ancien Roi, jusqu'à la Fin. Il avait été l'Adversaire de l'Ennemi.

Il est trĂšs raisonnable de supposer que ManwĂ« savait qu'avant longtemps (de la façon dont il voyait le « temps ») la Domination des Hommes devait commencer, et le dĂ©roulement de l'histoire devrait leur ĂȘtre commis : pour leur lutte contre le Mal, des arrangements particuliers avaient Ă©tĂ© pris ! ManwĂ« connaissait Sauron, bien sĂ»r. Il avait ordonnĂ© Ă  Sauron de se prĂ©senter devant lui pour ĂȘtre jugĂ©, mais avait laissĂ© le champ libre pour le repentir et l'ultime rĂ©habilitation. Sauron avait refusĂ© et avait fui se cacher. Sauron Ă©tait cependant un problĂšme dont les Hommes devraient finalement s'occuper : ils devraient combattre la premiĂšre des nombreuses concentrations du Mal dans des points de pouvoir dĂ©finis, tout comme il s'agissait aussi de la derniĂšre de ces concentrations dans une forme « mythologique » personnifiĂ©e (mais non-humaine).

On peut noter que la premiĂšre dĂ©faite de Sauron fut accomplie par les NĂșmenĂłrĂ©ens seuls (bien que Sauron ne fĂ»t pas en fait vaincu personnellement : sa « captivitĂ© » Ă©tait volontaire, et un piĂšge). Dans la premiĂšre chute et dĂ©sincarnation de Sauron en Terre du Milieu (en mettant de cĂŽtĂ© l'affaire avec LĂșthien).12

Ici s'interrompt la longue version B, au bas d'une page. Je donne maintenant la conclusion de la version A Ă  partir du point oĂč les textes divergent (cf. p. 394 et note 6), commençant par la phrase correspondante dans B (p. 401) : « Le dernier effort majeur de cette nature dĂ©miurgique qu'accomplirent les Valar ... »

Le dernier effort de cette nature qu'accomplirent les Valar fut l'Ă©lĂ©vation des PelĂłri – mais ce n'Ă©tait pas une bonne action : il s'agissait presque de contrer Morgoth de sa propre façon – exceptĂ© l'Ă©lĂ©ment d'Ă©goĂŻsme dans sa motivation qu'Ă©tait la prĂ©servation d'Aman comme une rĂ©gion bĂ©nie oĂč vivre.

Les Valar Ă©taient comme des architectes travaillant sur un plan « livrĂ© » par le Gouvernement. Ils devinrent de moins en moins importants (structurellement !) au fur et Ă  mesure que le plan approchait de sa complĂ©tion. MĂȘme au Premier Âge, nous les voyons aprĂšs des Ăąges innombrables de travail, prĂšs de la fin de leur temps de travail – pas de sagesse ni de conseil. (Plus ils devenaient sages, moins ils avaient le pouvoir de faire quoi que ce soit – exceptĂ© en conseil.)

Les Elfes dĂ©clinĂšrent similairement, ayant introduit « l'art et la science13 ». Les Hommes « dĂ©clineront » eux aussi, si il s'avĂšre que c'est ainsi que les choses doivent se dĂ©rouler selon le plan, lorsqu'ils auront rempli leur fonction. Mais mĂȘme les Elfes savaient qu'il n'en serait pas ainsi : que la fin des Hommes serait d'une façon ou d'une autre liĂ©e Ă  la fin de l'histoire, ou comme ils l'appelaient « Arda Marrie » (Arda Sahta), et l'achĂšvement d'« Arda GuĂ©rie » (Arda Envinyanta14). (Ils ne semblent pas avoir Ă©tĂ© sĂ»rs – comment le seraient-ils ! – de savoir si Arda Envinyanta serait une Ă©tat achevĂ© permanent, qui ne pourrait donc ĂȘtre apprĂ©ciable que « hors du Temps », tel qu'il Ă©tait : surveillant le Conte comme un tout entier ; ou un Ă©tat de joie immarrie Ă  l'intĂ©rieur du Temps et dans un « lieu » qui serait en quelque sorte une continuation linĂ©aire et historique de notre monde, ou « Arda Marrie ». Ils semblent souvent avoir laissĂ© entendre les deux. « Arda Immarrie » n'exista pas rĂ©ellement, mais resta [Ă  l'Ă©tat de] en pensĂ©e – Arda sans Melkor, ou plutĂŽt sans les effets de son tournant vers le mal ; mais elle est la source dont dĂ©rivent toutes les idĂ©es d'ordre et de perfection. « Arda GuĂ©rie » est donc ainsi Ă  la fois la complĂ©tion du « Conte d'Arda » qui a pris en compte tous les faits de Melkor, mais qui doit ĂȘtre vue comme bonne, selon la parole d'IlĂșvatar ; et aussi un Ă©tat de redressement et de bĂ©nĂ©diction au-delĂ  des « cercles du monde ».)15

Le mal est fissipare. Mais lui-mĂȘme stĂ©rile. Melkor ne pouvait pas « engendrer », ni avoir d'Ă©pouse (bien qu'il ait tentĂ© de violer Arien, c'Ă©tait pour la dĂ©truire et la « souiller16 », pas pour engendrer une descendance flamboyante). À partir des discordances de la Musique – cĂ d non directement issues d'aucun des thĂšmes,17 qu'il soient d'Eru ou de Melkor, mais de la dissonnance de l'un envers l'autre – des choses malĂ©fiques apparurent en Arda, qui ne sortaient d'aucun plan direct, ni d'aucune vision de Melkor : ils n'Ă©taient pas « ses enfants » ; et donc, puisque tout mal hait, ils le haĂŻssaient aussi. La progĂ©niture des choses Ă©tait corrompue. D'oĂč les Orques ? Une partie de l'idĂ©e elfique-humaine est tombĂ©e Ă  l'eau. Bien qu'en ce qui concerne les Orques, les Eldar croyaient que Morgoth les avait vraiment « Ă©levĂ©s » en capturant des Hommes (et des Elfes) trĂšs tĂŽt et en augmentant au plus haut point les tendances corrompues qu'ils possĂ©daient.

En dépit de son cÎté inachevé (dû soit à la perte de la conclusion de la forme développée de l'essai, soit à son abandon, cf. note 6), il s'agit là du texte le plus détaillé qu'écrivit mon pÚre sur la façon dont il était venu à « interpréter », dans ses derniÚres années, la nature du Mal dans sa mythologie ; on ne retrouve nulle part ailleurs un autre exposé comparable sur la nature de Morgoth, son déclin, et sa corruption d'Arda, et la distinction entre Morgoth et Sauron : « la totalité de la Terre du Milieu était l'Anneau de Morgoth ».

Placer avec quelque certitude cet essai dans la sĂ©quence des autres Ă©crits « philosophiques » ou « thĂ©ologiques » donnĂ©s dans ce livre paraĂźt difficilement possible, bien que « FionwĂ« fils de ManwĂ« », p. 399 (au lieu de « ËonwĂ« hĂ©raut de ManwĂ« ») suggĂšre peut-ĂȘtre qu'il se place parmi les premiers Ă©crits (voir pp. 151-2). On y retrouve une ressemblance marquĂ©e avec le ton que mon pĂšre employait dans les nombreuses lettres qu'il Ă©crivit Ă  la fin des annĂ©es 1950, et de fait, il me semble trĂšs possible que la correspondance qui suivit la publication du Seigneur des Anneaux ait jouĂ© un rĂŽle significatif dans le dĂ©veloppement de son examen des « images et Ă©vĂ©nements » de la mythologie.18


Notes :

* [note de bas de page de Tolkien] Si on imposait de telles choses à son attention, cela l'énervait et il les détestait, venant d'autres esprits que le sien.

** [note de Tolkien insérée entre crochets dans le texte] Melkor ne pouvait évidemment pas « annihiler » quoi que ce soit de matériel, il ne pouvait que ruiner ou détruire ou corrompre les formes données à la matiÚre par d'autres esprits dans leurs activités subcréatrices.

*** [note de bas de page de Tolkien, sans indication ou rĂ©fĂ©rence dans le texte] Pour cela il en vint lui-mĂȘme Ă  craindre la « mort » - la destruction de la forme corporelle qu'il assumait – par-dessus tout, et Ă  chercher Ă  Ă©viter toute sorte de blessure de sa propre forme.

+ [note de bas de page de Tolkien] Mais sa capacitĂ© Ă  corrompre d'autres esprits, et mĂȘme les engager Ă  son service, Ă©tait un reste du fait que son dĂ©sir originel pour « l'ordre » envisageait rĂ©ellement le bien-ĂȘtre, en particulier physique, de ses « sujets ».

++ [note de Tolkien dans la marge] Tous les esprits rationnels directement dĂ©rivĂ©s d'Eru sont « Ă©gaux » – en ordre et en statut –, bien que pas nĂ©cessairement « contemporains » ou de pouvoir originel semblable.

1 Ragnarök : « le Destin des Dieux » (vieux norrois) : cf. IX.286.

2 Hroa : ainsi Ă©crit ici et Ă  sa seconde occurrence (ainsi que dans le texte A), pas hröa comme partout ailleurs, oĂč il dĂ©signe le corps d'un ĂȘtre incarnĂ©. Le terme utilisĂ© pour « matiĂšre physique » dans Lois et Coutumes Ă©tait hrĂłn, plus tard changĂ© en orma (p. 218 et note 26) ; dans le Commentaire sur l'Athrabeth et dans le « Glossaire » de noms le terme est erma (pp. 338, 349).

3 Au sujet de cette expression, voir p. 271.

4 Une condamnation ouverte des Valar, exprimĂ©e avec force, pour la Dissimulation de Valinor, se trouve dans l'histoire qui porte ce nom dans Le Livre des Contes Perdus (I.208-209), mais disparaĂźt dans les versions ultĂ©rieures. À ce sujet, je notais (I.223) qu'il « ne reste aucun vestige dans Le Silmarillion du conseil tumultueux, aucune suggestion d'un dĂ©saccord entre les Valar, avec ManwĂ«, Varda, et Ulmo dĂ©sapprouvant activement l'Ɠuvre engagĂ©e et s'en tenant Ă  distance », et je commentais :
    Il est trĂšs curieux d'observer qu'ici l'action des Valar prit sa source essentiellement d'une indolence mĂȘlĂ©e de crainte. La conception ancienne que se fit mon pĂšre des Dieux fainĂ©ants n'apparaĂźt nulle part plus clairement. Il maintint de surcroĂźt, et tout Ă  fait explicitement, que leur refus de mener immĂ©diatement une guerre contre Melko fut une grave erreur, qui les diminua et qui fut (il semblerait) irrĂ©parable. Dans ses Ă©crits ultĂ©rieurs la Dissimulation de Valinor demeura, il est vrai, mais uniquement comme un fait de l'AntiquitĂ© mythologique : il n'y a pas un murmure quant Ă  sa condamnation.
Les derniers mots font référence au texte narratif du véritable Silmarillion. La désapprobation d'Ulmo réapparaßt ici, et est une preuve supplémentaire de son isolation dans les conseils des Valar (voir p. 253 et note 11) ; cf. ses mots à Tuor à Vinyamar (aprÚs lui avoir parlé, entre autres, de « la disparition du Royaume Bienheureux », bien que ce qu'il ait dit n'est pas mentionné) : « C'est pourquoi, bien qu'en ces temps obscurs je paraisse agir contre la volonté de mes frÚres, les Seigneurs de l'Ouest, c'est là mon rÎle parmi eux, lequel me fut assigné avant la création du Monde. » (Contes et Légendes inachevés, p. 29)

5 pleasaunce (= pleasance) : un « jardin des plaisirs » [NdTr : traduit ici par « villégiature »). Mon pÚre utilisa le mot à plusieurs reprises dans Le Livre des Contes Perdus (cf. I.275, pleasance), par exemple pour parler des jardins de Lórien.

6 Ici, mon pÚre écrivit par la suite sur le manuscrit : « Voir la version courte originale sur le Déclin des Elfes (et des Hommes) ». Voir p. 394. Cela semble une indication claire du fait que B ne fut jamais achevé, ou que s'il le fut, sa conclusion fut rapidement perdue.

7 Voir la déclaration à ce sujet dans le court texte I, p. 370.

8 Puisque ce passage est introduit pour justifier la Dissimulation de Valinor, le sens de l'argument semble ĂȘtre que l'histoire de la Terre du Milieu dans les derniers siĂšcles du Premier Âge n'aurait pas pu avoir lieu si Valinor Ă©tait restĂ© ouvert au retour des Noldor.

9 Ce qui était bien sûr déjà arrivé à Melkor longtemps auparavant, aprÚs le sac d'Utumno.

10 Cf. la conclusion du QS (V.332, §29) : « Mais Morgoth lui-mĂȘme les Dieux poussĂšrent Ă  travers la Porte de la Nuit dans le Vide Intemporel, au-delĂ  des Murs du Monde ».

+++ [note de bas de page de Tolkien] Car les esprits des Hommes (et mĂȘme des Elfes) tendaient Ă  confondre le « Vide », en tant que conception de l'Ă©tat de Non-existence, hors de la CrĂ©ation ou d'EĂ€, avec la conception de vastes espaces Ă  l'intĂ©rieur d'EĂ€, en particulier ceux supposĂ©s entourer l'insulaire « Royaume d'Arda » (que nous appellerions probablement SystĂšme solaire).

11 AprÚs que la page eut été écrite, ce qui suit fut ajouté en marge :
    S'ils ne plongent pas en dessous d'un certain niveau. Puisqu'aucun fĂ«a ne peut ĂȘtre annihilĂ©, rĂ©duit Ă  zĂ©ro ou Ă  la non-existence, ce qui est entendu n'est pas clair. Ainsi on disait de Sauron qu'il Ă©tait tombĂ© en-dessous du point de rĂ©cupĂ©ration, bien qu'il ait rĂ©cupĂ©rĂ© auparavant. Ce qu'il faut entendre est probablement qu'un esprit « corrompu » devient concentrĂ© sur un dĂ©sir ou une ambition donnĂ©s, et s'il est incapable de se repentir, ce dĂ©sir devient virtuellement tout ce qu'il est. Mais le dĂ©sir peut entiĂšrement dĂ©passer l'Ă©tat de faiblesse dans lequel il est tombĂ©, et il sera donc incapable de dĂ©tacher son attention de ce dĂ©sir inaccessible, mĂȘme pour s'occuper de lui-mĂȘme. Il restera donc Ă  jamais dans le dĂ©sir ou le souvenir d'un dĂ©sir impuissant.

12 Une rĂ©fĂ©rence Ă  la lĂ©gende de la dĂ©faite de Sauron face Ă  LĂșthien et Huan sur l'Ăźle de Tol-in-Gaurhoth, oĂč Beren Ă©tait emprisonnĂ© (Le Silmarillion, pp. 174-5).

13 Cf. Lettres n°181 (1956) : « Dans ce monde mythologique, les Elfes et les Hommes sont, dans leurs formes incarnĂ©es, de la mĂȘme famille, mais reprĂ©sentent, dans la relation de leurs « esprits » avec le monde temporel, des « expĂ©riences » diffĂ©rentes, chacune possĂ©dant sa propre orientation naturelle, et sa faiblesse. Les Elfes reprĂ©sentent, pour ainsi dire, les aspects artistiques, esthĂ©tiques et purement scientifiques de la nature humaine Ă©levĂ©s Ă  un plus haut degrĂ© qu'on ne les trouve chez l'Homme. »

14 Dans le texte FM 2 de « FinwĂ« et MĂ­riel » (p. 254, note de bas de page), « Arda Marrie » est Arda Hastaina. À chacune de ses deux occurrences, Arda Envinyanta fut d'abord Ă©crit Arda Vincarna.

15 À propos de ce passage entre parenthùses, voir en particulier la note (iii) à la fin de Lois et Coutumes (p. 251) ; aussi pp. 245, 254 (note de bas de page), 318.

16 distain [NdTr : traduit ici par « souiller » : verbe archaïque signifiant « tacher », « décolorer », « salir ».

17 Les Trois ThĂšmes d'IlĂșvatar dans la Musique des Ainur sont ici traitĂ©s comme un seul thĂšme, par opposition au « thĂšme » discordant de Melkor.

18 Dans une lettre de juin 1957 (Lettres n°200), il écrivait : « Je suis désolé si tout ceci semble ennuyeux et « pompeux ». Mais c'est le cas de toutes les tentatives d'« explication » des images et des événements mythologiques. Les histoires viennent en premier, naturellement. Mais j'imagine que c'est une sorte de test de la cohérence d'une mythologie en tant que telle, si une forme d'explication rationnelle ou rationnalisée est possible. »
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MessagePosté le: 10 Sep 2006 22:22     Sujet du message: Répondre en citant

VIII


Dans la derniÚre phrase de la version originelle et courte du Texte VII (p. 406), mon pÚre écrivit que les Eldar croyaient que Morgoth avait produit les Orcs "en capturant des Hommes (et des Elfes) trÚs tÎt" (i.e. dans les premiers jours de leur existence). Ceci indique que ses vues sur le sujet avaient changé depuis les Annales d'Aman. Pour la théorie de l'origine des Orcs telle qu'elle existait, au regard des écrits dans les narrations,1 à cette époque, voir AAm § 42-5 (pp. 72-74, et commentaire p. 78), et § 127 (pp. 109-10, et commentaire pp. 123-4). Dans la forme finale de AAm (p. 74), "ceci est tenu pour vrai par les sages d'Eressëa" :
    tous ceux des Quendi qui tombĂšrent dans les mains de Melkor, avant qu'Utumno ne fĂ»t dĂ©truit, furent jetĂ©s en prison, et par de lents artifices de cruautĂ© et de mĂ©chancetĂ©, furent corrompus et asservis. Ainsi Melkor produisit-il l'hideuse race des Orkor par envie et moquerie des Eldar, dont ils devinrent par aprĂšs les ennemis les plus acharnĂ©s. Car les Orkor avaient la vie et se multipliaient Ă  la maniĂšre des Enfants d'IlĂșvatar; et nulle chose ayant une vie propre, ni une semblance de vie propre, ne pouvait ĂȘtre crĂ©Ă©e par Melkor depuis sa rĂ©bellion lors de l'AinulindalĂ« avant le Commencement : ainsi disent les sages.
Sur le tapuscrit d'AAm, mon pĂšre Ă©crivit Ă  cĂŽtĂ© du rĂ©cit de l'origine des Orcs : "À modifier. Les Orcs ne sont pas elfes" (p. 80).

Le prĂ©sent texte, intitulĂ© "Orcs", est un court essai (plus une trace Ă©crite de la "rĂ©flexion avec le crayon") trouvĂ© dans la mĂȘme petite collection rassemblĂ©e dans un journal de 1959 que les textes III et VI. Comme eux, il fut Ă©crit sur des papiers de Merton College de 1955; et comme le texte VI, il se rĂ©fĂšre Ă  "Finrod et Andreth" (voir pp. 385 [III], 390 [VI]).



Orcs


Leur nature et leur origine requiÚrent plus de réflexion. Ils ne sont pas aisés à intégrer dans la théorie et dans le systÚme.

(1) Comme le montre le cas d'Aulë et des Nains, seul Eru peut produire des créatures dotées de volontés indépendantes, et de pouvoirs de raisonnement. Mais les Orcs semblent avoir les deux : ils peuvent essayer de tromper Morgoth / Sauron, se rebeller contre lui, ou le critiquer.

(2) ? Par consĂ©quent, ils doivent ĂȘtre des corruptions de quelque chose de prĂ©existant.

(3) Mais les Hommes n'Ă©taient pas encore apparus, alors que les Orcs existaient dĂ©jĂ . AulĂ« fabriqua les Nains Ă  partir de son souvenir de la Musique; mais Eru n'autoriserait pas l'Ɠuvre de Melkor de telle sorte que l'indĂ©pendance des Orcs serait permise. (À moins que les Orcs ne soient guĂ©rissables Ă  la fin, ou ne puissent ĂȘtre amendĂ©s et "sauvĂ©s" ?)

Il paraĂźt Ă©galement clair (voir "Finrod et Andreth") que, bien que Melkor puisse en fin de compte corrompre et conduire des individus Ă  leur perte, il ne soit pas possible de considĂ©rer la perversion absolue par son fait de tout un peuple, ou groupe de peuple, et le fait qu'il puisse rendre cet Ă©tat hĂ©rĂ©ditaire.2 [AjoutĂ© plus tard : ce dernier cas doit (si c'est un fait) ĂȘtre un acte d'Eru.]

Dans ce cas, les Elfes, en tant que source, sont assez improbables. Et les Orcs sont-ils "immortels", dans le sens elfe ? Ou les Trolls ? Il semble clairement sous-entendu dans Le Seigneur des Anneaux que les Trolls existaient de leur propre droit, mais furent "remaniés" par Melkor.3

(4) Qu'en est-il des animaux et des oiseaux parlant dotĂ©s de la facultĂ© de raisonner et du langage ? Ils ont Ă©tĂ© plutĂŽt lĂ©gĂšrement adoptĂ©s de mythologies moins "sĂ©rieuses", mais jouent un rĂŽle qui ne peut plus ĂȘtre excisĂ© maintenant. Ils sont certainement des "exceptions" et sont peu utilisĂ©s, mais suffisamment pour montrer qu'ils sont un aspect reconnu du monde. Toutes les autres crĂ©atures les acceptent comme naturelles si pas communes.

Mais les vraies crĂ©atures "rationnelles", "des gens parlant", sont toutes de forme humaine / "humanoĂŻde". Seuls les Valar et les Maiar sont des intelligences qui peuvent prendre les formes d'Arda Ă  volontĂ©. Huan et Sorontar* peuvent ĂȘtre Maiar - Ă©missaires de ManwĂ«.4 Mais malheureusement, dans Le Seigneur des Anneaux, Gwaehir et Landroval sont dits ĂȘtre des descendants de Sorontar.5

En tout cas, serait-il faisable ou possible que mĂȘme les moindres des Maiar deviennent des Orcs ? Oui : Ă  la fois hors et en Arda, avant la chute d'Utumno. Melkor avait corrompu de nombreux esprits - certains grands, comme Sauron, d'autres moins, comme les Balrogs. Les moindres pourraient avoir Ă©tĂ© les premiers (et beaucoup plus puissants et dangereux) Orcs; mais en pratiquant la procrĂ©ation en Ă©tant incarnĂ©s, ils seraient devenus (cf. Melian) de plus en plus liĂ©s Ă  la Terre, incapables de retourner Ă  l'Ă©tat spirituel (mĂȘme sous la forme d'un dĂ©mon), avant d'ĂȘtre libĂ©rĂ©s par la mort (en Ă©tant tuĂ©s), et ils auraient diminuĂ© en force. Quand ils seraient libĂ©rĂ©s, ils seraient Ă©videmment, comme Sauron, "damnĂ©s" : c'est-Ă -dire rĂ©duits Ă  l'impuissance, infiniment rĂ©trogrades : haĂŻssant toujours mais incapables de plus en plus de rendre cette haine physiquement effective (ou l'Ă©tat d'un Orc trĂšs diminuĂ© et mort ne serait-il pas un poltergeist ?).

Mais Ă  nouveau - Eru fournirait-il des fĂ«ar Ă  de telles crĂ©atures ? Pour les Aigles etc. peut-ĂȘtre. Mais pas pour les Orcs.6

Il semble cependant mieux de voir le pouvoir corrupteur de Melkor comme commençant toujours, au moins, au niveau moral ou thĂ©ologique. Toute crĂ©ature qui le prenait pour seigneur (et spĂ©cialement celles qui l'appelaient de maniĂšre blasphĂ©matoire PĂšre ou CrĂ©ateur) devenait vite corrompue en chaque part de son ĂȘtre, la fĂ«a entraĂźnant la hröa dans sa descente au Morgothisme : haine et destruction. En ce qui concerne les Elfes Ă©tant "immortels" : ils avaient en fait uniquement des vies Ă©normĂ©ment longues, et se lassaient physiquement, et souffraient un lent et progressif affaiblissement de leurs corps.

En rĂ©sumĂ© : je pense qu'il doit ĂȘtre prĂ©sumĂ© que "parler" n'est pas nĂ©cessairement le signe de la possession d'une "Ăąme rationnelle" ou fĂ«a.7 Les Orcs Ă©taient des animaux de forme humanisĂ©e (pour moquer les Hommes et les Elfes) dĂ©libĂ©rĂ©ment pervertie / convertie en une ressemblance plus proche des Hommes. Leur "parler" n'Ă©taient rien d'autre que du "dĂ©bitage" d'"enregistrements" installĂ©s en eux par Melkor. MĂȘme leurs mots critiques de rĂ©bellion - il les connaissait. Melkor leur enseigna la parole et comme ils se multipliaient, ils en hĂ©ritĂšrent; et ils avaient juste autant d'indĂ©pendance qu'en ont, disons, les chiens ou les chevaux par rapport Ă  leurs maĂźtres humains. Ce parler Ă©tait largement un Ă©cho (cf. perroquets). Dans Le Seigneur des Anneaux, Sauron est dit avoir crĂ©Ă© une langue pour eux.8

Le mĂȘme genre de chose peut ĂȘtre dit de HĂșan et des Aigles : ils apprirent le langage des Valar, et furent Ă©levĂ©s Ă  un niveau supĂ©rieur - mais ils n'avaient toujours pas de fĂ«a.

Mais Finrod est probablement allĂ© trop loin avec son assertion que Melkor ne pouvait pas complĂštement corrompre une Ɠuvre d'Eru, ou qu'Eru interfĂšrerait (nĂ©cessairement) pour Ă©liminer la corruption, ou arrĂȘter l'existence de Ses propres crĂ©atures parce qu'elles auraient Ă©tĂ© corrompues et seraient tombĂ©es dans le mal.9

Il reste dĂšs lors terriblement possible qu'il y ait eu du sang elfe dans les Orcs.10 Ces derniers pourraient mĂȘme avoir Ă©tĂ© accouplĂ©s avec des animaux (stĂ©rile !) - et plus tard avec des Hommes. Leur espĂ©rance de vie aurait Ă©tĂ© diminuĂ©e. Et en mourant, ils seraient allĂ©s en Mandos et y seraient restĂ©s emprisonnĂ©s jusqu'Ă  la Fin.

Le texte se termine ici, mais mon pÚre ajouta plus tard le passage suivant. Les mots par lesquels il commence font référence au texte VI, Melkor Morgoth (p. 390).

Voir "Melkor". Il y sera vu que les volontĂ©s des Orcs et des Balrogs etc. sont une partie du pouvoir "dispersĂ©" de Melkor. Leurs esprits sont de haine. Mais la haine est non coopĂ©rative (sauf sous peur directe). D'oĂč les rĂ©bellions, mutineries, etc. quand Morgoth semble lointain. Les Orcs sont des animaux et les Balrogs des Maiar corrompus. Aussi (n.b.), Morgoth, et non Sauron, est la source des volontĂ©s des Orcs. Sauron est simplement un autre (peut-ĂȘtre plus grand) agent. Les Orcs peuvent se rebeller contre lui sans perdre leur propre allĂ©geance irrĂ©mĂ©diable au mal (Morgoth). AulĂ« voulait de l'amour. Mais bien sĂ»r il ne pensait pas Ă  disperser son pouvoir. Seul Eru peut donner l'amour et l'indĂ©pendance. Si un subcrĂ©ateur fini le tente, il veut rĂ©ellement une obĂ©dience absolue et aimante, mais cela tourne en servitude de robot et devient mauvais.

Notes :

1 Dans une longue lettre à Peter Hastings de septembre 1954, qui ne fut pas envoyée (Lettres n° 153), mon pÚre écrivit ce qui suit sur la question de savoir si les Orcs "pouvaient avoir des 'ùmes' ou des 'esprits'" :
    ... dans la mesure oĂč dans mon mythe, en tout cas, je n'envisage pas la fabrication des Ăąmes ou des esprits, qui sont du mĂȘme ordre (sinon du mĂȘme pouvoir) que les Valar, comme une "dĂ©lĂ©gation" possible, j'ai du moins prĂ©sentĂ© les Orcs comme des ĂȘtres rĂ©els qui existaient dĂ©jĂ  et sur lesquels le Seigneur TĂ©nĂ©breux a exercĂ© tout son pouvoir afin de les remodeler et de les corrompre, mais qu'il n'a pas fabriquĂ©s ... Il pourrait tout aussi bien y avoir d'autres "choses fabriquĂ©es" qui seraient plus des sortes de marionnettes remplies (seulement Ă  distance) par l'esprit et la volontĂ© de celui qui les a fabriquĂ©es, ou agissant Ă  la maniĂšre de fourmis sous la direction d'une reine.
Auparavant dans cette lettre, il avait cité les mots de Frodo à Sam dans le chapitre "La Tour de Cirith Ungol" : "L'Ombre qui les a produits peut seulement imiter, elle ne peut fabriquer de choses vraiment nouvelles, qui lui soient propres. Je ne crois pas qu'elle ait donné naissance aux Orcs; elle n'a fait que les abßmer et les dénaturer"; et il continuait : "Les légendes des Jours Anciens suggÚrent que le Diabolus a subjugué et corrompu certains des premiers Elfes ...". Il disait aussi que les Orcs "sont par essence un peuple de créatures 'rationnelles incarnées'".

2 Dans l'Athrabeth (p. 312), Finrod déclarait :
    Mais jamais mĂȘme dans la nuit n'avons-nous cru qu'il pouvait s'imposer aux Enfants d'Eru. Celui-ci, il pourrait l'induire en erreur, ou celui-lĂ  le corrompre; mais changer le destin de tout un peuple des Enfants, les dĂ©pouiller de leur hĂ©ritage : s'il peut faire ça malgrĂ© Eru, alors de loin plus grand et plus terrible est-il que nous ne l'avions devinĂ©...
3 Dans Le Seigneur des Anneaux, Appendice F (I), il est dit des Trolls :
    Lorsqu'ils Ă©mergĂšrent, dans le lointain crĂ©puscule des Jours Anciens, c'Ă©taient des crĂ©atures obtuses et lourdaudes, qui n'avaient guĂšre plus de capacitĂ© Ă  s'exprimer que des bĂȘtes brutes. Mais Sauron les eut bientĂŽt asservis Ă  ses desseins, et il leur apprit le peu qu'ils Ă©taient aptes Ă  apprendre, affĂ»tant leur esprit par la pratique du Mal.
Dans la longue lettre de septembre 1954 citée dans la note 1, il écrivit à leur sujet :
    J'en suis moins sĂ»r, en ce qui concerne les Trolls. Je pense qu'il s'agit de simples "contrefaçons", d'oĂč le fait (mĂȘme si je n'utilise ici, bien sĂ»r, que des Ă©lĂ©ments de vieux mythes barbares, qui n'avaient pas de mĂ©taphysique "consciente") qu'ils redeviennent de simples figures de pierre Ă  la lumiĂšre. Mais Ă  cĂŽtĂ© de ces Trolls de pierre plutĂŽt ridicules, bien que brutaux, il existe d'autres sortes de Trolls, pour lesquels d'autres origines sont suggĂ©rĂ©es. Bien sĂ»r ... lorsque vous faites parler des Trolls, vous leur donnez un pouvoir, qui dans notre monde (probablement) connote le fait de possĂ©der une "Ăąme".
* [NdTr : Thorondor.]

4 Voir p. 138 [NdTr : Annales d'Aman, commentaire final sur le §169]. - Au bas de la page comprenant le court texte V (p. 389), mon pĂšre nota ce qui suit, et qui n'a aucune connexion avec le texte [NdTr : V] : "Les choses vivantes en Aman. Tout comme les Valar se vĂȘtaient comme les Enfants, beaucoup de Maiar revĂȘtaient la forme de choses vivantes moindres, comme les arbres, les fleurs, les animaux. (Huan.)"

5 "Vinrent Gwaihir le Seigneur des Vents et son frere Landroval, les plus grands des Aigles du Nord, les plus puissants des descendants du vieux Thorondor" ("Le Champ de Cormallen", dans Le Retour du Roi).

6 À cet endroit commence une note "Critique de (1) (2) (3) ci-dessus" (i.e. les points introductifs de ce texte, p. 409), qui se rĂ©fĂšre obscurĂ©ment Ă  la "derniĂšre bataille et chute de Barad-dĂ»r etc." dans Le Seigneur des Anneaux. Au vu de ce qui suit, mon pĂšre pensait probablement Ă  ce passage dans le chapitre "La Montagne du Destin" :
    "Son esprit se libĂ©ra de toute sa politique et de ses trames de peur et de perfidie, de tous ses stratagĂšmes et de ses guerres, un frĂ©missement parcourut tout son royaume, ses esclaves flĂ©chirent, ses armĂ©es s'arrĂȘtĂšrent, et ses capitaines, soudain sans direction, hĂ©sitĂšrent et dĂ©sespĂ©rĂšrent. Car ils Ă©taient oubliĂ©s."
La note continue :
    "Ils avaient peu ou pas de volontĂ© s'ils n'Ă©taient pas rĂ©ellement 'sujets de l'attention' de l'esprit de Sauron. Leurs tromperies et rĂ©bellions sont-elles du mĂȘme niveau que celles possibles chez des animaux comme les chiens etc. ?"
7 Cf. la fin du passage cité de la lettre de 1954 en note 3.

8 Appendice F (I) : "on dit que le Noir Parler fut élaboré par Sauron durant les Temps obscurs".

9 Voir la citation de l'Athrabeth en note 2. Finrod n'affirmait pas en fait la derniÚre partie de l'opinion qui lui fut ici attribuée.

10 L'assertion que "il reste dÚs lors terriblement possible qu'il y ait eu du sang elfe dans les Orcs" semble simplement contredire ce qui a été dit à propos d'eux, n'étant rien de plus que des "animaux parlants", sans avancer de nouvelles considérations. Dans le passage ajouté à la fin du texte, l'affirmation que "les Orcs sont des animaux" est répétée.
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Dior

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MessagePosté le: 11 Sep 2006 9:31     Sujet du message: Répondre en citant

IX


Ceci est une autre note assez séparée sur l'origine des Orcs, écrite rapidement au crayon, sans aucune indication de date.

Ceci suggÚre - bien que ce ne soit pas explicite - que les "Orcs" étaient d'origine elfe. Leur origine est plus clairement traitée ailleurs. Un point seulement est certain : Melkor ne pouvait pas "créer" de "créatures" vivantes ayant des volontés indépendantes.

Il (et tous les "esprits" des "Premiers CrĂ©Ă©s", chacun Ă  leur mesure) pouvait revĂȘtir une forme corporelle; et il (et eux) pouvait dominer les esprits d'autres crĂ©atures, y compris les Elfes et les Hommes, par force, crainte, ou tromperie, ou par pure magnificence.

Les Elfes, dĂšs leurs premiers instants, inventĂšrent et utilisĂšrent un mot ou des mots avec une base (o)rok pour signifier tout ce qui causait de la crainte et / ou de l'horreur. Cela aurait Ă©tĂ© originellement appliquĂ© Ă  des "fantĂŽmes" (des esprits revĂȘtant des formes visibles) comme Ă  toute crĂ©ature existant indĂ©pendamment. Son application (dans toutes les langues elfes) spĂ©cifique aux crĂ©atures appelĂ©es Orks - ainsi devrai-je l’écrire dans le Silmarillion - fut plus tardive.

Comme Melkor ne pouvait "crĂ©er" une espĂšce indĂ©pendante, mais avait d'immenses pouvoirs de corruption et d'altĂ©ration de ceux qui tombaient sous sa coupe, il est probable que ces Orks avaient une origine mixte. La plupart d'entre eux Ă©taient clairement (et biologiquement) des corruptions d'Elfes (et probablement aussi d'Hommes plus tard). Mais parmi eux, il avait toujours dĂ» y avoir (en tant que serviteurs et espions spĂ©ciaux de Melkor, et en tant que meneurs) de nombreux esprits mineurs corrompus qui revĂȘtaient des formes corporelles similaires. (Ceux-lĂ  montreraient des caractĂšres terrifiants et dĂ©moniaques.)

Les Elfes auraient classés les créatures appelées "trolls" (dans The Hobbit et The Lord of the Rings) comme des Orcs - en caractÚre et en origine - mais ils étaient plus grands et plus lents. Il semblerait évident qu'ils étaient des corruptions de types humains primitifs.

Au bas de la page, [Tolkien] Ă©crivit : "Voir Le Seigneur des Anneaux Appendice p. 410"; il s'agit du passage dans l'Appendice F au sujet des Trolls.

Il semble possible que ses mots d'ouverture, dans cette note, "Ceci suggĂšre - bien que ce ne soit pas explicite - que les 'Orcs' Ă©taient d'origine elfe" se rĂ©fĂšre en fait au texte prĂ©cĂ©dent, VIII, oĂč il Ă©crivit d'abord que "les Elfes, en tant que source, sont assez improbables", mais conclut par aprĂšs que "il reste dĂšs lors terriblement possible qu'il y ait eu du sang elfe dans les Orcs". Mais si c'est le cas, les mots "leur origine est plus clairement traitĂ©e ailleurs" doivent se rĂ©fĂ©rer Ă  quelque chose d'autre.

Il affirme Ă  prĂ©sent expressĂ©ment sa vision prĂ©cĂ©dente (voir p. 408 et note 1) selon laquelle les Orcs Ă©taient Ă  l'origine des Elfes corrompus, mais observe que "par aprĂšs", certains Ă©taient probablement issus d'Hommes. En disant cela (comme le suggĂšrent le dernier paragraphe et la rĂ©fĂ©rence au Seigneur des Anneaux Appendice F), il semble avoir pensĂ© aux Trolls, et spĂ©cialement aux Olog-hai, les grands Trolls qui apparaissent Ă  la fin du TroisiĂšme Âge (comme mentionnĂ© dans l'Appendice F) : "Que ce fĂ»t Sauron qui en eĂ»t dĂ©veloppĂ© l'immonde race, nul n'en doutait, mais Ă  partir de quelle souche, on l'ignorait. Selon certains, ce n'Ă©taient pas des Trolls, mais des Orcs gĂ©ants ; pourtant les Olog-hai Ă©taient, de corps et d'esprit, d'espĂšce tout autre que les plus grands individus de race orque - que d'ailleurs ils surpassaient et par la taille et par la force brute."

La conception selon laquelle, parmi les Orcs, "il avait toujours dĂ» y avoir de nombreux esprits mineurs corrompus qui revĂȘtaient des formes corporelles similaires" apparaĂźt aussi dans le texte VIII (p. 410) : "Melkor avait corrompu de nombreux esprits - certains grands, comme Sauron, d'autres moins, comme les Balrogs. Les moindres pourraient avoir Ă©tĂ© les premiers (et beaucoup plus puissants et dangereux) Orcs".
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Nowhere Man

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MessagePosté le: 11 Sep 2006 14:57     Sujet du message: Répondre en citant

X



Voici un texte d'une nature tout à fait différente : un essai trÚs abouti sur l'origine des Orques. Il est nécessaire de développer quelque peu l'historique de ce texte.

Il existe une Ɠuvre essentielle, que j'espĂšre pouvoir publier dans l'Histoire de la Terre du Milieu, qui s'intitule Essekenta Eldarinwa ou Quendi et Eldar. Elle se prĂ©sente sous la forme d'un tapuscrit clair issu de la derniĂšre machine Ă  Ă©crire de mon pĂšre, Ă  la fois en copie originale et en carbone. Les deux copies sont prĂ©cĂ©dĂ©es d'une page manuscrite dĂ©crivant le contenu du texte :
    Investigation sur les origines des noms elfes pour les Elfes et leurs variétés de clans et de divisions : avec des appendices sur leurs noms pour les autres Incarnés : Hommes, Nains et Orcs, et sur leur analyse de leur propre langue, le quenya : avec une note sur la 'Langue des Valar'.
Avec les appendices, Quendi et Eldar atteint presque cinquante pages tapuscrites ; ce travail, hautement finalisĂ© et trĂšs lucide, est du plus grand intĂ©rĂȘt.

À l'une des pages de titre, mon pùre ajouta ceci :
    À laquelle est jointe un rĂ©sumĂ© de l'Ósanwe-kenta ou "Communication de la PensĂ©e" que Pengolodh plaça Ă  la fin de son Lammas ou "ExposĂ© des Langues".
Il s'agit là d'un texte séparé de huit pages tapuscrites, paginées séparément, mais placées avec les deux copies de Quendi et Eldar. De plus, il s'y trouve un tapuscrit supplémentaire de quatre pages, auquel il n'est pas fait référence dans les pages de titre, et qui était lui aussi joint aux deux copies de Quendi et Eldar. Il s'intitule Orques, et c'est le texte qui est reproduit ici.

Les trois éléments sont d'apparence semblable, mais Orques se distingue des deux autres en ce qu'il n'a aucune portée linguistique : en me basant sur ce point, j'ai trouvé légitime de l'extraire et de le publier dans ce livre, au cÎté des autres textes sur l'origine des Orques que sont les textes VIII et IX.

En ce qui concerne la date de l'ensemble, l'une des copies est conservĂ©e dans un journal pliĂ©, datĂ© de mars 1960, sur lequel mon pĂšre Ă©crivit : "'Quendi et Eldar' avec Appendices". En-dessous se trouve une brĂšve liste des Appendices, Ă©crite d'un seul jet, qui comprend et l'Ósanwe et l'Origine des Orques (de mĂȘme sur la couverture de l'autre copie de l'ensemble Quendi et Eldar). Tout le matĂ©riel existait donc dĂ©jĂ  lorsque mon pĂšre utilisa le journal pour cet usage ; et bien que, comme dans d'autres cas semblables, cela ne puisse fournir un terminus ad quem certain, il semble n'y avoir aucune raison de douter que ce travail date de 1959-1960 (voir p. 304 [- Athrabeth]).

L'Appendice C à Quendi et Eldar, "Noms elfes des Orques", traite principalement d'étymologie, mais il débute par ce passage :


Ici n'est pas l'endroit pour dĂ©battre de l'origine des Orques. Ils furent Ă©levĂ©s par Melkor, et leur Ă©levage fut la plus affreuse et la plus lamentable de ses Ɠuvres en Arda, mais non la plus terrible. Selon sa malveillance, ils Ă©taient de toute Ă©vidence censĂ©s ĂȘtre une moquerie des Enfants d'IlĂșvatar, totalement soumis Ă  sa volontĂ© et nourris d'une haine inextinguible pour les Elfes et les Hommes.

Les Orques des guerres qui s'ensuivirent, aprÚs l'évasion de Melkor-Morgoth et son retour en Terre du Milieu, n'étaient ni des esprits ni des fantÎmes, mais des créatures vivantes, capables de parler et, dans une moindre mesure, dotées de talents et capables de s'organiser, ou du moins aptes à apprendre de telles choses de créatures supérieures ou de leur Maßtre. Ils se multipliaient rapidement lorsqu'on les laissait en paix. Il est improbable, comme le montrerait une étude de leur origine premiÚre, que les Quendi aient rencontré des Orques de cette sorte avant qu'Oromë ne les découvre et que les Eldar et les Avari ne se séparent.

Mais on sait que Melkor avait dĂ©couvert les Quendi avant que les Valar ne lui dĂ©clarent la guerre, et la joie des Elfes en Terre du Milieu avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© entachĂ©e par l'ombre de la peur. Des formes terrifiantes avaient commencĂ© Ă  hanter les abords de leurs demeures, et certains d'entre eux s'Ă©vanouissaient dans les tĂ©nĂšbres, et d'eux on n'entendait plus parler. Certaines de ces choses Ă©taient peut-ĂȘtre des fantĂŽmes et des illusions ; mais d'autres Ă©taient sans aucun doute des formes prises par les serviteurs de Melkor, moquant et dĂ©gradant les formes mĂȘmes des Enfants. Car Melkor avait Ă  son service de nombreux Maiar, qui avaient le pouvoir, tout comme leur maĂźtre, de prendre des formes visibles et tangibles en Arda.

Mon pÚre fut sans doute amené, à partir des mots "Il est improbable, comme le montrerait une étude de leur origine premiÚre, que les Quendi aient rencontré des Orques de cette sorte avant qu'Oromë ne les découvre", à écrire cette "considération" qui suit. Nous verrons qu'un passage de cette déclaration initiale fut réemployé.


Orques


L'origine des Orques est sujette Ă  dĂ©bat. Certains les ont appelĂ©s MelkorohĂ­ni, les Enfants de Melkor ; mais les plus sages disent : non, les esclaves de Melkor, mais pas ses enfants ; car Melkor n'eut pas d'enfant.1 NĂ©anmoins, c'est par sa mĂ©chancetĂ© que les Orques naquirent, et pour lui, ils Ă©taient clairement censĂ©s ĂȘtre une moquerie des Enfants d'Eru, Ă©levĂ©s pour ĂȘtre totalement soumis Ă  sa volontĂ© et pleins d'une haine inextinguible pour les Elfes et les Hommes.

Maintenant, les Orques des guerres qui s'ensuivirent, aprÚs l'évasion de Melkor-Morgoth et son retour en Terre du Milieu, n'étaient pas des "esprits" ni des fantÎmes, mais des créatures vivantes, capables de parler et, dans une moindre mesure, dotées de talents et capables de s'organiser ; ou du moins aptes à apprendre de telles choses de créatures supérieures et de leur Maßtre. Ils se multipliaient rapidement lorsqu'on les laissait en paix. D'aprÚs tout ce qu'on peut glaner des légendes qui nous viennent de nos premiers jours,2 il semblerait que les Quendi n'aient encore jamais rencontré d'Orques de telle sorte avant la venue d'Oromë à Cuiviénen.

Ceux qui croient que les Orques furent conçus Ă  partir d'une race d'Hommes capturĂ©s et pervertis par Melkor affirment qu'il est impossible que les Quendi aient pu connaĂźtre les Orques avant la SĂ©paration et le dĂ©part des Eldar. En effet, bien que la date de l'Ă©veil des Hommes ne soit pas connue, mĂȘme les calculs des savants qui le placent le plus tĂŽt ne le datent pas de longtemps avant le dĂ©but de la Grande Marche,3 et il y eut probablement trop peu de temps entre ces deux Ă©vĂ©nements pour permettre la corruption d'Hommes en Orques. D'un autre cĂŽtĂ©, il est clair que, peu aprĂšs son retour, Morgoth avait Ă  sa disposition un grand nombre de ces crĂ©atures, avec lesquelles il commença bientĂŽt Ă  attaquer les Elfes. Le temps qui s'Ă©coula entre son retour et ces premiers assauts Ă©tait encore plus insuffisant pour permettre l'Ă©levage des Orques et leur transfert vers l'ouest.

Cette vision de l'origine des Orques rencontre donc des problĂšmes de chronologie. Mais bien que les Hommes puissent trouver quelque rĂ©confort en cela, cette thĂ©orie reste nĂ©anmoins la plus probable. Elle s'accorde Ă  tout ce qui est su de Melkor, et de la nature et du comportement des Orques - et des Hommes. Melkor Ă©tait incapable de produire une seule chose vivante, mais il Ă©tait passĂ© maĂźtre dans l'art de corrompre les choses qui n'Ă©taient pas issues de lui, s'il pouvait les dominer. Mais s'il avait effectivement tentĂ© de crĂ©er des crĂ©atures par lui-mĂȘme, pour imiter ou moquer les IncarnĂ©s, il n'aurait rĂ©ussi qu'Ă  crĂ©er des marionnettes, tout comme AulĂ« : ses crĂ©atures n'auraient agi que lorsque sa volontĂ© aurait Ă©tĂ© tournĂ©e vers elles, et elles n'auraient refusĂ© aucun ordre venant de lui, mĂȘme s'il leur avait demandĂ© de s'autodĂ©truire.

Mais les Orques n'Ă©taient pas de cette sorte. Ils Ă©taient assurĂ©ment dominĂ©s par leur MaĂźtre, mais cette domination Ă©tait celle de la peur, et ils Ă©taient conscients de cette peur et le dĂ©testaient. Ils Ă©taient si corrompus qu'ils Ă©taient sans pitiĂ©, et il n'y avait aucun acte cruel ou mauvais qu'ils n'eussent pas commis ; mais il s'agissait de la corruption d'esprits indĂ©pendants, et ils prenaient plaisir Ă  agir ainsi. Ils Ă©taient capables d'agir par eux-mĂȘmes, commettant des actes mauvais qui ne leur avaient pas Ă©tĂ© commandĂ©s, pour leur propre plaisir ; de mĂȘme, si Morgoth et ses agents se trouvaient loin, ils pouvaient nĂ©gliger ses ordres. Ils se battaient parfois [> Ils se dĂ©testaient mutuellement et se battaient souvent] entre eux, au dĂ©triment des plans de Morgoth.

De plus, les Orques continuĂšrent Ă  vivre, Ă  se reproduire et Ă  mener leurs entreprises de destruction et de pillage aprĂšs la chute de Morgoth. Ils possĂ©daient aussi d'autres caractĂ©ristiques des IncarnĂ©s. Ils avaient des langues qui leur Ă©taient propres, et parlaient diverses langues entre eux selon les diffĂ©rences d'Ă©levage discernables entre eux. Ils avaient besoin de manger et de boire, et de se reposer, bien qu'ils fussent nombreux, grĂące Ă  leur entraĂźnement, Ă  ĂȘtre aussi endurants que les Nains. Ils pouvaient ĂȘtre tuĂ©s et Ă©taient sujets aux maladies ; mais sans compter ces maux, ils mouraient et n'Ă©taient pas immortels, mĂȘme Ă  la façon des Quendi ; ils semblent mĂȘme avoir eu une espĂ©rance de vie plus brĂšve que celle des Hommes de haute race, tels les Edain.

Ce dernier point n'était pas bien compris dans les Jours Anciens. Car Morgoth avait de nombreux serviteurs, desquels les plus anciens et les plus puissants étaient immortels, car ils étaient originellement des Maiar ; et ces esprits maléfiques pouvaient, comme leur Maßtre, endosser des formes visibles. Ceux dont le rÎle était de diriger les Orques prenaient souvent des formes orquines, bien qu'ils fussent plus grands et plus terribles.4 Ainsi les histoires parlent-elles de Grands Orques ou de capitaines-Orques qui n'étaient pas tués, et qui reparaissaient au combat aprÚs un nombre d'années excédant de loin la durée de vies humaines.*5

Pour finir, un dernier point d'importance, bien qu'horrible Ă  relater. Avec le temps, il devint clair que des Hommes pouvaient, sous la domination de Morgoth ou de ses agents, ĂȘtre rĂ©duits en quelques gĂ©nĂ©rations Ă  un niveau Ă  peine supĂ©rieur Ă  celui des Orques, tant dans l'esprit que dans les actes. Il aurait alors Ă©tĂ© possible de les faire se croiser avec des Orques, donnant naissance Ă  de nouvelles espĂšces, souvent plus grandes et plus rusĂ©es. Il ne fait aucun doute que bien plus tard, au TroisiĂšme Âge, Saruman ait redĂ©couvert cela, ou l’ait appris de la tradition, et que sa convoitise du pouvoir l'ait poussĂ© Ă  commettre son acte le plus abjetct : le croisement d’Orques et d'Hommes, qui donna des Orques-hommes puissants et rusĂ©s, et des Hommes-orques traĂźtres et vils.

Mais avant mĂȘme que ce malĂ©fice de Morgoth ne fut suspectĂ©, les Sages des Jours Anciens professĂšrent toujours que les Orques n'avaient pas Ă©tĂ© "fabriquĂ©s" par Melkor, et n'Ă©taient donc pas mauvais Ă  l’origine. Ils pouvaient ĂȘtre devenus irrĂ©cupĂ©rables (du moins pour les Elfes et les Hommes), mais ils restaient dans le cadre de la Loi. Autrement dit, Ă©tant les doigts de la main de Morgoth, ils doivent ĂȘtre combattus avec la plus grande rigueur, mais ils ne doivent pas ĂȘtre traitĂ©s selon leurs propres façons cruelles et traĂźtresses. Les prisonniers ne doivent pas ĂȘtre torturĂ©s, pas mĂȘme pour leur arracher des informations pour dĂ©fendre les demeures des Elfes et des Hommes. Si un Orque se rendait et demandait la clĂ©mence, elle devait lui ĂȘtre accordĂ©e, mĂȘme Ă  n'importe quel prix.** Tel Ă©tait l'enseignement des Sages, bien que dans l'horreur de la Guerre il ne fut pas toujours respectĂ©.

Il est bien entendu vrai que Morgoth maintenait les Orques dans un terrible asservissement ; car leur corruption leur avait ĂŽtĂ© presque toute possibilitĂ© de rĂ©sister Ă  la domination de sa volontĂ©. Sa pression sur eux finit par devenir telle avant la chute d’Angband que s'il tournait sa pensĂ©e vers eux, ils avaient conscience de son "Ɠil", oĂč qu'ils se trouvent ; et lorsque Morgoth fut finalement chassĂ© hors d'Arda, les Orques qui survĂ©curent dans l’Ouest se dispersĂšrent, sans chef et presque sans intelligence, et ils furent longtemps sans contrĂŽle ni but.

Cette servitude Ă  une volontĂ© centrale, qui rĂ©duisait les Orques Ă  une vie proche de celle d'une fourmi, fut visible de façon encore plus Ă©vidente durant les Second et TroisiĂšme Âges, sous la tyrannie de Sauron, premier lieutenant de Morgoth. Sauron rĂ©ussit Ă  possĂ©der un contrĂŽle encore plus absolu sur ses Orques que Morgoth ne l'avait pu. Il opĂ©rait bien sĂ»r Ă  une Ă©chelle rĂ©duite, et n'avait aucun ennemi de l’envergure des puissants Noldor des Jours Anciens. Mais il avait aussi hĂ©ritĂ© de cette Ă©poque des difficultĂ©s, telle la diversitĂ© des Orques dans l'Ă©levage et la langue, et les querelles entre eux ; tandis que dans de nombreux lieux en Terre du Milieu, aprĂšs la chute du Thangorodrim et la dissimulation de Sauron, les Orques au sortir de leur impuissance avaient Ă©tabli de minables royaumes, reprenant goĂ»t Ă  l'indĂ©pendance.

Néanmoins, Sauron arriva à tous les unir dans une haine irraisonnée des Elfes et des Hommes qui s'associaient à eux ; tandis que les Orques de ses propres armées étaient tellement soumis à sa volonté qu'ils se seraient sacrifiés sans hésitation s'il le leur avait ordonné.*** Et il se montra également encore plus habile que son Maßtre dans la corruption des Hommes qui se trouvaient loin de l'influence des Sages, les réduisant à un état de vassalité dans lequel ils marchaient avec les Orques, rivalisant avec eux dans les domaines de la cruauté et de la destruction.

Il est donc probable qu'il nous faille regarder vers Sauron pour rĂ©soudre le problĂšme de la chronologie. Bien que son pouvoir natif ait Ă©tĂ© immensĂ©ment moindre que celui de son MaĂźtre, il resta moins corrompu, plus calme et plus calculateur. Du moins dans les Jours Anciens, et avant qu'il soit privĂ© de son maĂźtre et ne tombe dans la folie en voulant l'imiter, tentant de devenir lui-mĂȘme le Seigneur suprĂȘme de la Terre du Milieu. Tant que Morgoth fut lĂ , Sauron ne chercha pas Ă  dominer par lui-mĂȘme, mais travailla pour un autre, dĂ©sirant le triomphe de Melkor, qu'il avait adorĂ© Ă  l’origine. Il Ă©tait donc capable, et souvent, d'achever des actes conçus Ă  l’origine par Melkor, que son maĂźtre n'acheva pas (ou ne put achever) dans la hĂąte furieuse de sa mĂ©chancetĂ©.

Nous devons donc supposer que l'idĂ©e d'Ă©lever les Orques vint de Melkor, pas tellement - du moins au dĂ©but - pour possĂ©der un grand nombre de serviteurs ou de soldats pour l'infanterie de ses guerres destructives, mais bien pour souiller les Enfants et moquer de façon blasphĂ©matoire les plans d'Eru. Les dĂ©tails de cet acte abject furent cependant laissĂ©s majoritairement Ă  la subtilitĂ© de Sauron. Dans ce cas, la conception en esprit des Orques date peut-ĂȘtre de loin dans la nuit des pensĂ©es de Melkor, bien que leur Ă©levage de fait ait dĂ» attendre l'Ă©veil des Hommes.

Lorsque Melkor fut capturĂ©, Sauron s'Ă©chappa et se cacha sur la Terre du Milieu ; et on peut donc aisĂ©ment comprendre comment l'Ă©levage des Orques, qui avait sans doute dĂ©jĂ  commencĂ©, s'accĂ©lĂ©ra durant l’ñge durant lequel les Noldor vĂ©curent en Aman ; pour que lorsqu'ils reviennent en Terre du Milieu, ils la trouvent dĂ©jĂ  infestĂ©e par ce flĂ©au, pour tourmenter tous ceux qui y vivaient, Elfes ou Hommes ou Nains. Ce fut Ă©galement Sauron qui rĂ©para secrĂštement Angband pour l’utilitĂ© de son MaĂźtre lorsqu'il revint ;6 et lĂ  les sombres endroits souterrains Ă©taient dĂ©jĂ  peuplĂ©s par des hordes d'Orques avant que Melkor ne revienne finalement, en tant que Morgoth, le Noir Ennemi, et ne les envoie dĂ©truire tout ce qui Ă©tait beau. Et bien qu'Angband soit tombĂ©e et Morgoth retirĂ© du monde, ils viennent toujours des endroits obscurs dans la noirceur de leurs cƓurs, et la terre se flĂ©trit sous leurs pieds impitoyables.

Il peut donc sembler que tel Ă©tait donc le dernier point de vue de mon pĂšre Ă  ce sujet : les Orques Ă©taient issus d'Hommes, et si "la conception en esprit des Orques date peut-ĂȘtre de loin dans la nuit des pensĂ©es de Melkor", ce fut Sauron qui, durant les Ăąges de la captivitĂ© de Melkor en Aman, crĂ©a les noires armĂ©es qui Ă©taient Ă  la disposition de son MaĂźtre lorsqu'il revint.

Mais, comme toujours, ce n'est pas si simple. Une copie du tapuscrit est accompagnĂ©e de quelques pages manuscrites pour lesquelles mon pĂšre utilisa le verso blanc de feuilles fournies par les Ă©diteurs, datĂ©es du 10 novembre 1969. Ces feuilles comportent deux notes sur l’essai "Orques" : l'une, traitant de l'orthographe du mot orque, est donnĂ©e p. 422. L'autre est une note qui part d'un point abordĂ© dans l'essai qui n'est pas indiquĂ©, mais qui est de toute Ă©vidence le passage de la p. 417 qui traite de la nature de marionnette inĂ©vitable de crĂ©atures crĂ©Ă©es par l'une des grandes Puissances : la note Ă©tait censĂ©e se trouver en relation avec les mots "Mais les Orques n'Ă©taient pas de cette sorte".


Les orks, il est vrai, semblent parfois avoir Ă©tĂ© rĂ©duits Ă  une condition trĂšs similaire, bien qu'il reste une diffĂ©rence profonde et concrĂšte. Ces orks qui vĂ©curent longtemps sous l'attention immĂ©diate de sa volontĂ© - garnisons de ses forteresses ou Ă©lĂ©ments de ses armĂ©es entraĂźnĂ©s dans des buts particuliers - agiraient comme des troupeaux, obĂ©issant instantanĂ©ment comme s'ils n'avaient qu'un seul esprit Ă  ses ordres, mĂȘme s’il leur avait ordonnĂ© de sacrifier leurs vies Ă  son service. Et on put observer, lorsque Morgoth fut finalement vaincu et expulsĂ©, ces orks qui avaient Ă©tĂ© si absorbĂ©s s'Ă©gailler impuissamment, sans dĂ©sir de fuir ni de combattre, et bientĂŽt mourir ou s’entretuer.

D'autres crĂ©atures originellement indĂ©pendantes, comme les Hommes (mais pas les Elfes, ni les Nains), pouvaient ĂȘtre Ă©galement rĂ©duites Ă  une telle condition. Mais ces "marionnettes", sans vie ni volontĂ© indĂ©pendante, auraient simplement cessĂ© de bouger ou de faire quoi que ce soit lorsque la volontĂ© de leur crĂ©ateur Ă©tait ramenĂ©e Ă  zĂ©ro. Dans tous les cas, le nombre d’orks ainsi "absorbĂ©s" ne forma jamais qu’une petite partie d'entre eux. Les tenir dans une servitude absolue demandait une grande dĂ©pense de volontĂ©. Bien que trĂšs important Ă  l’origine, le pouvoir de Morgoth Ă©tait fini ; et ce fut sa dĂ©pense sur les orks, et encore plus sur les autres crĂ©atures bien plus puissantes Ă  son service, qui finit par dissiper suffisamment ses pouvoirs spirituels pour rendre le renversement de Morgoth possible. Ainsi la plus grande partie des orks, bien que sous les ordres et sous l'ombre de leur peur de lui, n’étaient que les objets intermittents de ses pensĂ©es, et lorsque cela leur Ă©tait ĂŽtĂ©, ils redevenaient indĂ©pendants et devenaient conscience de leur haine de lui et de sa tyrannie. Alors ils pouvaient nĂ©gliger ses ordres, ou s'engager dans

Le texte s’achĂšve alors brutalement. Mais ce qui est curieux est qu'une Ă©bauche rapide du second paragraphe de cette note (Ă©crite sur le mĂȘme papier, portant la mĂȘme date) dĂ©bute ainsi :

Mais les Hommes pouvaient, et peuvent encore, ĂȘtre rĂ©duits Ă  une telle condition. Des "marionnettes" auraient simplement cessĂ© de se mouvoir ou de "vivre" lorsqu'elles n'Ă©taient pas mises en mouvement par la volontĂ© directe de leur crĂ©ateur. Dans tous les cas, bien que le nombre d'orks soumis au pouvoir de Morgoth semble avoir Ă©tĂ© trĂšs important, et ce mĂȘme aprĂšs son retour de captivitĂ©, ceux qui Ă©taient "absorbĂ©s" ne formĂšrent jamais qu'une petite partie du total.

Les mots que j'ai placés en italique démentent une conception essentielle de l'essai.

Le texte de l'autre note est le suivant :



Orcs


Cette orthographe est issue du vieil anglais. Le mot semblait en lui-mĂȘme trĂšs adaptĂ© aux crĂ©atures que j’avais en tĂȘte. Mais le sens de l'orc vieil anglais, pour autant qu'il soit connu, n'est pas adaptĂ©.7 L'orthographe de ce qui a dĂ» ĂȘtre, dans la situation linguistique plus organisĂ©e qui s'ensuivit, la forme en langue commune d'un mot ou d'un groupe de mots similaires devrait ĂȘtre ork. Ne serait-ce que pour les difficultĂ©s de l'orthographe en anglais moderne : un adjectif orc+ish devient nĂ©cessaire, et orcish n'ira pas.8 Dans les publications futures, j'utiliserai ork.

Dans le texte IX (la brÚve note dans laquelle mon pÚre déclarait que la théorie d'une origine elfique était certaine), il écrivit le mot Orks, et dit "ainsi devrai-je l'écrire dans le Silmarillion". Dans cet essai, de toute évidence plus tardif que le texte IX, il est écrit Orcs, mais à cette époque, en 1969 ou plus tard, il déclara à nouveau qu'il fallait que ce soit orks.

Notes :

1 Voir le texte VII, p. 406. Sur une copie du texte, mon pĂšre Ă©crivit Ă  cĂŽtĂ© de cette phrase les noms Erusēni, Melkorsēni.

2 "lĂ©gendes qui nous viennent de nos premiers jours" : ceci prĂ©tend donc ĂȘtre un texte elfique. On parle par la suite de Sauron comme un ĂȘtre du passĂ© ("Cette servitude Ă  une volontĂ© centrale [...] fut visible de façon encore plus Ă©vidente durant les Second et TroisiĂšme Âges, sous la tyrannie de Sauron", p. 419) ; mais selon la derniĂšre phrase de l'essai, les Orques sont une peste qui afflige toujours le monde.

3 La date de l'Éveil des Hommes est ici placĂ©e loin en arriĂšre dans le temps ; cf. le texte II (p. 378), "La Marche des Eldar sous de grandes Pluies ? Les Hommes s'Ă©veillent sur une Île au milieu des flots" ; "La venue des Hommes doit donc avoir lieu bien plus tĂŽt" ; "Les Hommes doivent s'Ă©veiller tandis que Melkor est encore en [Terre du Milieu] - Ă  cause de leur Chute. Donc Ă  un moment donnĂ© au cours de la Grande Marche" (voir p. 385 note 14). Dans la chronologie des Annales d'Aman et des Annales Grises, la Grande Marche dĂ©buta en l'AnnĂ©e des Arbres 1105 (p. 82), et les principales compagnies des Eldar atteignirent les rives de la Grande Mer en 1125 ; les Hommes s'Ă©veillĂšrent en HildĂłrien en l'annĂ©e du premier lever du Soleil, qui Ă©tait l'AnnĂ©e des Arbres 1500. Ainsi, si l’Éveil des Hommes est placĂ©, mĂȘme trĂšs tard, Ă  l'Ă©poque de la Grande Marche des Eldar, cela le ramĂšne plus de 3500 AnnĂ©es du Soleil en arriĂšre. Voir p. 430 note 5.

4 Cf. texte IX, p. 414 : "Mais parmi eux [les Orques], il avait toujours dĂ» y avoir (en tant que serviteurs et espions spĂ©ciaux de Melkor, et en tant que meneurs) de nombreux esprits mineurs corrompus qui revĂȘtaient des formes corporelles similaires." ; voir Ă©galement le texte VIII, p. 410.

* [Note de Tolkien] Boldog, par exemple, est un nom qui apparaĂźt Ă  plusieurs reprises dans les rĂ©cits de la Guerre. Mais il est possible que Boldog n'ait pas Ă©tĂ© un nom de personne, mais soit un titre, soit le nom d’une sorte de crĂ©atures : les Maiar Ă  forme d’Orques, qui ne cĂ©daient en puissance qu’aux Balrogs seuls.

5 La note de bas de page qui nous dit que "Boldog, par exemple, est un nom qui apparaĂźt Ă  plusieurs reprises dans les rĂ©cits de la Guerre", et n'Ă©tait peut-ĂȘtre pas un nom de personne, est curieuse. Boldog apparaĂźt Ă  plusieurs reprises dans le Lai de Leithian comme Ă©tant le nom du capitaine-Orque qui mena une attaque sur Doriath (rĂ©fĂ©rences dans l'Index aux Lais de Beleriand) ; il rĂ©apparaĂźt dans le Quenta (IV.113), mais n'est plus mentionnĂ© par la suite. Je ne connais aucune autre rĂ©fĂ©rence Ă  un Orque nommĂ© Boldog.

** [Note de Tolkien] Peu d'Orques agirent jamais ainsi durant les Jours Anciens, et jamais un Orque n'aurait traitĂ© avec un Elfe. Car Morgoth avait au moins rĂ©ussi Ă  convaincre les Orques, et ce de façon irrĂ©futable, que les Elfes Ă©taient encore plus cruels qu'eux-mĂȘmes, ne faisant des prisonniers que pour "s'amuser", ou pour les dĂ©vorer (ce que les Orques faisaient en cas de besoin).

*** [Note de Tolkien] Mais il restait un dĂ©faut inĂ©vitable dans son contrĂŽle. Au royaume de la haine et de la peur, la plus puissante est la haine. Tous ses Orques se dĂ©testaient entre eux, et devaient ĂȘtre maintenus en guerre contre un quelconque "ennemi" pour ne pas s'entretuer.

6 Sur l'histoire ultĂ©rieure selon laquelle Angband fut bĂątie par Melkor durant les temps anciens et fut commandĂ©e par Sauron, voir p. 156, §12. Il n'y a aucune rĂ©fĂ©rence Ă  la rĂ©paration d'Angband en prĂ©vision du retour de Morgoth, et cf. le dernier dĂ©veloppement narratif du Quenta Silmarillion sur l'histoire de son retour (p. 295, §14) : Morgoth et Ungoliant "s'approchaient des ruines d'Angband oĂč se trouvait autrefois sa forteresse occidentale."

7 Voir p. 124 [NdTr : Annales d'Aman, commentaire sur le § 127].

8 "orcish n'ira pas" : parce qu'il se prononcerait "orsish". La langue orque était orthographiée Orkish dans la premiÚre édition du Seigneur des Anneaux.
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MessagePosté le: 11 Sep 2006 15:20     Sujet du message: Répondre en citant

XI


Ce dernier texte, intitulĂ© Aman, est un manuscrit net Ă©crit avec peu d'hĂ©sitation ou de corrections. Je le considĂ©rais comme un essai indĂ©pendant, et, doutant de l'endroit oĂč le placer, l'avais laissĂ© pour la fin; mais une fois ce livre achevĂ© et prĂ©parĂ© pour la publication, je rĂ©alisai qu'il prĂ©sentait une proche parentĂ© avec le manuscrit de l'Athrabeth Finrod ah Andreth.

Ce manuscrit commence par une section introductive (donnĂ©e dans la version tapuscrite que mon pĂšre rĂ©digea par aprĂšs, pp. 304-5) dĂ©butant par l'affirmation selon laquelle certains Hommes croyaient que leurs hröar n'avaient pas par nature une courte durĂ©e de vie, mais en avaient obtenu une par la malice de Melkor. Je n'avais pas remarquĂ© le sens des quelques lignes en tĂȘte de cette premiĂšre page de l'Athrabeth, que mon pĂšre biffa : ces lignes dĂ©butent avec les mots "la hröa, qui continuerait Ă  vivre, corps sans intelligence, non seulement comme une bĂȘte sauvage mais comme un monstre", et se terminent par "la mort elle-mĂȘme, en agonie ou en horreur, entrerait avec les Hommes en Aman mĂȘme." Maintenant, ce passage est virtuellement identique Ă  la conclusion du prĂ©sent texte, dont la derniĂšre page commence prĂ©cisĂ©ment au mĂȘme point.

Il est par consĂ©quent clair qu'Aman introduisait Ă  l'origine l'Athrabeth, mais que mon pĂšre l'en sĂ©para et en recopia le passage conclusif sur une feuille sĂ©parĂ©e. En mĂȘme temps, il semble, il donna au reste (l'Athrabeth et son introduction) les titres De la Mort et des Enfants d'Eru, et du Marrissement des Hommes et La Conversation de Finrod et Andreth.1

Il aurait pu ĂȘtre prĂ©fĂ©rable de placer Aman aux cĂŽtĂ©s de l'Athrabeth dans la partie IV; mais j'ai pensĂ© qu'il n'Ă©tait pas nĂ©cessaire Ă  un stade aussi tardif de s'embarquer dans un bouleversement majeur de la structure du livre, et l'ai ainsi laissĂ© sĂ©parĂ© ici.



Aman


En Aman, tout était fort différent d'en Terre du Milieu. Tout ressemblait au mode de vie elfe, tout comme les Elfes semblaient plus proches des Valar et des Maiar que les Hommes.

En Aman, la durĂ©e de l'unitĂ© "annĂ©e" Ă©tait la mĂȘme que celle des Quendi. Mais pour une raison diffĂ©rente. En Aman, cette durĂ©e avait Ă©tĂ© assignĂ©e par les Valar pour leurs propres desseins, et Ă©tait reliĂ©e Ă  ce processus qui pourrait ĂȘtre appelĂ© le "Vieillissement d'Arda". Car Aman Ă©tait en Arda et, par consĂ©quent, Ă  l'intĂ©rieur du Temps d'Arda (qui n'Ă©tait pas Ă©ternelle, qu'elle fut Immarrie ou Marrie). DĂšs lors, Arda et toutes les choses qu'elle contient doivent vieillir, mĂȘme si lentement, de leur dĂ©but Ă  leur fin. Ce vieillissement pouvait ĂȘtre perçu par les Valar sur cette portion de temps (proportionnelle Ă  l'ensemble de la durĂ©e convenue de l'existence d'Arda) qu'ils appelaient une AnnĂ©e, mais pas sur une portion moindre.2

Mais en ce qui concerne les Valar eux-mĂȘmes, et les Maiar aussi, Ă  leur niveau, ils pouvaient vivre Ă  la vitesse de pensĂ©e ou de mouvement qu'ils choisissaient ou dĂ©siraient.*

*Ils pouvaient reculer ou avancer dans le temps en pensĂ©e, et revenir si rapidement qu'ils ne semblaient pas avoir bougĂ© pour ceux qui Ă©taient en leur prĂ©sence. Tout le passĂ©, ils pouvaient le percevoir; mais Ă©tant Ă  prĂ©sent dans le Temps, ils ne pouvaient percevoir ou explorer le futur que dans la mesure oĂč son cours leur avait Ă©tĂ© rendu clair durant la Musique, ou de par le fait que chacun d'entre eux Ă©tait spĂ©cialement concernĂ© par telle ou telle part des desseins d'Eru, Ă©tant Son agent ou subcrĂ©ateur. Par cette mĂ©thode de perception, ils ne pouvaient prĂ©voir aucun des actes des Enfants, Elfes et Hommes, dans la conception et l'introduction en EĂ€ desquels absolument aucun des Valar ne joua un rĂŽle; au sujet des Enfants, ils ne pouvaient dĂ©duire que des vraisemblances, de la mĂȘme maniĂšre que les Enfants eux-mĂȘmes, bien qu'au moyen d'une connaissance bien plus grande des faits et des Ă©vĂ©nements contributifs du passĂ©, et au moyen d'une intelligence et d'une sagesse bien plus grandes. Il restait pourtant toujours une incertitude au sujet des paroles et des actes des Elfes et des Hommes dans les Temps non encore dĂ©voilĂ©s.3

L'unité, ou Année valienne, n'était donc pas, en Aman, liée aux rythmes de "croissance" des personnes ou des choses qui y vivaient. Le Temps en Aman était le temps réel, et pas seulement un mode de perception. Tout comme, disons, cent ans passaient en Terre du Milieu en tant que partie d'Arda, cent ans passaient en Aman, qui était aussi une partie d'Arda. Cependant, c'était le fait que le rythme de "croissance" elfe s'accordait à l'unité de temps valien**

** Ceci n'Ă©tait pas du fait des Valar, mĂȘme si ce n'Ă©tait sans doute pas par hasard. C'est-Ă -dire qu'il se pourrait qu'Eru, en caractĂ©risant la nature des Elfes et des Hommes et de leurs relations les uns aux autres et aux Valar, dĂ©cida que la "croissance" des Elfes devrait s'accorder Ă  la perception valienne du progrĂšs ou du vieillissement d'Arda, de maniĂšre telle que les Elfes seraient capables de cohabiter avec les Valar et les Maiar. Étant donnĂ© que les Enfants apparurent dans la Musique, et aussi dans la Vision, les Valar connaissaient une partie ou mĂȘme plus de la nature voulue des Elfes et des Hommes avant leur existence. Ils savaient certainement que les Elfes devraient ĂȘtre "immortels" ou d'une trĂšs grande longĂ©vitĂ©, et que les Hommes auraient une courte durĂ©e de vie. Mais ce fut probablement seulement durant le sĂ©jour d'OromĂ« parmi les pĂšres des Quendi que les Valar dĂ©couvrirent prĂ©cisĂ©ment quel Ă©tait leur mode de vie au regard de l'Ă©coulement du Temps.

qui rendit possible aux Valar d'emmener les Eldar rĂ©sider en Aman. En une annĂ©e valienne, les Eldar y rĂ©sidant croissaient et se dĂ©veloppaient de maniĂšre plus ou moins identique aux Hommes en une annĂ©e en Terre du Milieu. En notant les Ă©vĂ©nements en Aman, donc, nous pouvons, comme le faisaient les Eldar eux-mĂȘmes, utiliser l'unitĂ© valienne,4 tout en n'oubliant pas qu'en une telle annĂ©e, les Eldar vivaient une immense sĂ©rie de joies et d'accomplissements, que mĂȘme les plus douĂ©s des Hommes ne pourraient accomplir en douze fois douze annĂ©es mortelles.5 Toutefois, les Eldar "vieillissaient" Ă  la mĂȘme vitesse en Aman qu'ils l'avaient fait Ă  leurs dĂ©buts en Terre du Milieu.

Mais les Eldar n'étaient pas natifs d'Aman, qui ne fut pas créé pour eux par les Valar. En Aman, avant leur venue, seuls résidaient les Valar et leur parenté moindre, les Maiar. Mais pour leurs plaisirs et usages, il y avait aussi en Aman une multitude de créatures, sans fëar, d'espÚces différentes : animaux ou créatures mobiles, et plantes inébranlables. Là, croit-on, étaient les équivalents de toutes les créatures qui existent ou ont existé sur Terre,6 et d'autres aussi qui furent créées pour Aman seulement. Et chaque espÚce a, comme sur Terre, sa propre nature et son propre rythme naturel de croissance.

Mais comme Aman fut crĂ©Ă© pour les Valar, afin qu'ils puissent y trouver paix et joie, toutes ces crĂ©atures qui y furent transplantĂ©es ou Ă©levĂ©es ou conçues afin d’y vivre reçurent un rythme de croissance tel qu’un an de la vie naturelle Ă  leurs espĂšces sur Terre corresponde en Aman Ă  une annĂ©e valienne.

Pour les Eldar, c'Ă©tait une source de joie. Car en Aman, le monde leur apparaissait comme il apparaĂźt aux Hommes sur Terre, mais sans l'ombre de la mort bientĂŽt Ă  venir. Alors que pour eux, sur Terre, toutes les choses, en comparaison avec eux-mĂȘmes, Ă©taient fugaces, rapides Ă  changer et Ă  mourir ou Ă  disparaĂźtre, en Aman, elles perduraient et ne dĂ©cevaient pas si promptement l'amour par leur mortalitĂ©. Sur Terre, pendant qu'un enfant elfe ne faisait que grandir en un homme ou une femme, en quelques 3000 annĂ©es, les forĂȘts s'Ă©lĂšveraient et tomberaient, et tout le paysage d'une contrĂ©e changerait, tandis que les oiseaux et les fleurs innombrables naĂźtraient et mourraient annĂ©es aprĂšs annĂ©es sous le soleil tournant.

Mais en dehors de tout ceci, Aman est aussi appelĂ© le Royaume bĂ©ni, et en ceci rĂ©sidait la bĂ©nĂ©diction : la santĂ© et la joie. Car en Aman nulle crĂ©ature ne souffrait de maladie ou de dĂ©rangement de sa nature; tout comme il n'y avait ni dĂ©cadence ni vieillissement plus rapide que le lent vieillissement d'Arda elle-mĂȘme. De telle sorte que toutes les choses arrivant enfin Ă  maturitĂ© de forme et de vertu restaient en cet Ă©tat, bĂ©atement, ne vieillissant et ne se lassant de leur vie et de leur existence pas plus vite que les Valar eux-mĂȘmes. Et cette fĂ©licitĂ© Ă©tait aussi accordĂ©e aux Eldar.

Sur Terre, les Quendi ne souffraient pas de maladie, et la santé de leurs corps était supportée par la puissance de leurs fëar à la grande longévité. Mais leurs corps, provenant de la matiÚre d'Arda, n'étaient toutefois pas si endurants que leurs esprits; car la longévité des Quendi dérivait en premier lieu de leurs fëar, dont la nature ou "destinée" était de résider en Arda jusqu'à sa fin. DÚs lors, aprÚs que la vitalité de la hröa était dépensée par l'achÚvement d'une croissance complÚte, elle commençait à faiblir ou à s'épuiser. Pendant un moment, elle serait fortifiée et maintenue par sa fëa résidente, mais aprÚs, sa vitalité commencerait à refluer, et son désir de la vie physique et de la joie à en retirer disparaßtrait encore plus vite. Alors un Elfe commencerait (comme ils disent maintenant, car ces choses n'apparurent pas complÚtement dans les Jours anciens) à "disparaßtre", jusqu'à ce que sa fëa consume la hröa, au point qu'elle ne subsiste que dans l'amour et la mémoire de l'esprit qui l'habitait.

Mais en Aman, vu que sa bĂ©nĂ©diction descendait sur les hröar des Eldar, comme sur tout autre corps, les hröar ne vieillissaient qu'au mĂȘme rythme que les fĂ«ar, et les Eldar qui restĂšrent au Royaume bĂ©ni perdurĂšrent en pleine maturitĂ© et en pleine puissance de corps et d'esprit joints pendant des Âges qui dĂ©passent notre comprĂ©hension mortelle.


Aman et les Hommes mortels7


S'il en est ainsi en Aman, ou s'il en Ă©tait ainsi avant le Changement du Monde, et que lĂ  les Eldar jouissaient de la santĂ© et d’un bonheur perpĂ©tuel, que dirons-nous des Hommes? Aucun Homme n'a jamais posĂ© le pied en Aman, ou du moins, aucun n'en est jamais revenu; car les Valar l'interdirent. Pourquoi ? Aux NĂșmenĂłrĂ©ens, ils dirent qu'ils agirent ainsi parce qu'Eru leur avait interdit d'admettre des Hommes au Royaume BĂ©ni; et ils dĂ©clarĂšrent aussi que les Hommes n'y seraient pas bĂ©nis (comme ils l'imaginaient) mais maudits, et qu'ils "s'y dĂ©truiraient comme des phalĂšnes prises dans une lumiĂšre trop vive".

Au-delĂ  de ces mots, nous ne pouvons que deviner. Et pourtant, nous pouvons considĂ©rer la question de la sorte. Les Valar ne se virent pas seulement interdire par Eru la tentative, ils ne pouvaient pas altĂ©rer la nature, ou la "destinĂ©e" fixĂ©e par Eru, d'aucun des Enfants, dans laquelle Ă©tait incluse le rythme de leur croissance (par rapport Ă  la durĂ©e totale d'Arda) et le degrĂ© de leur longĂ©vitĂ©. MĂȘme les Eldar, Ă  cet Ă©gard, demeurĂšrent inchangĂ©s.

Supposons alors que les Valar aient aussi admis en Aman quelques Atani, et (de maniĂšre Ă  ce que nous puissions considĂ©rer une vie entiĂšre d'Homme dans un tel Ă©tat), que des enfants "mortels" y soient nĂ©s, tout comme les enfants des Eldar. Alors, mĂȘme en Aman, un enfant mortel parviendrait Ă  maturitĂ© en quelques vingt annĂ©es du soleil, et sa longĂ©vitĂ©, la pĂ©riode de cohĂ©sion de la hröa et de la fĂ«a, ne serait de pas plus que, disons, cent ans. Pas bien plus, mĂȘme si son corps ne souffrait d'aucune maladie ou dĂ©sordre en Aman, oĂč de tels maux n'existent pas. (À moins que les Hommes n'aient apportĂ© ces maux avec eux - et pourquoi ne le devraient-ils pas ? MĂȘme les Eldar ont emmenĂ© au Royaume BĂ©ni certaines souillures de l'Ombre sur Arda, sous laquelle ils s'Ă©veillĂšrent.)

Mais en Aman, une telle crĂ©ature serait une chose fugace, la plus rapide des bĂȘtes Ă  disparaĂźtre. Car sa vie entiĂšre ne durerait qu'un peu plus d'une demi-annĂ©e, et tandis que les autres crĂ©atures vivantes ne lui paraĂźtraient que difficilement changer, et sembleraient inĂ©branlables dans la vie et la joie avec l'espoir d'annĂ©es brillantes sans fin, elle grandirait et disparaĂźtrait - tout comme sur Terre, l'herbe peut pousser au printemps et disparaĂźtre avant l'hiver. Alors elle s'emplirait d'envie, s'estimant victime d'une injustice, les grĂąces donnĂ©es aux autres choses lui Ă©tant dĂ©niĂ©es. Elle ne porterait pas d'estime Ă  ce qu'elle aurait, mais, ressentant qu'elle serait l'une des moindres et des plus mĂ©prisĂ©es de toutes les crĂ©atures, elle en viendrait bientĂŽt Ă  mĂ©priser son humanitĂ© et Ă  haĂŻr ceux qui seraient plus richement dotĂ©s. Elle n'Ă©chapperait pas Ă  la peur et au chagrin de sa rapide mortalitĂ©, qui est son lot sur Terre, en Arda Marrie, mais en serait consumĂ©e insupportablement, jusqu'Ă  la perte de toute joie.

Mais si d'aucuns devaient demander : pourquoi, en Aman, la bĂ©nĂ©diction de la longĂ©vitĂ© ne lui serait-elle pas accordĂ©e, comme elle le fut aux Eldar ? On doit y rĂ©pondre. Parce que cela a apportĂ© de la joie aux Eldar, leur nature Ă©tant diffĂ©rente de celle des Hommes. La nature d'une fĂ«a elfe Ă©tait de perdurer jusqu'Ă  la fin du monde, et une hröa elfe avait aussi une longue durĂ©e de vie par nature; de telle maniĂšre qu'une fĂ«a elfe, dĂ©couvrant que sa hröa perdurait avec elle, supportant sa rĂ©sidence et persistant sans lassitude dans le bonheur corporel, voyait sa joie augmenter durablement. Certains des Eldar, en fait, doutent que nulle grĂące spĂ©ciale ou bĂ©nĂ©diction leur ait Ă©tĂ© accordĂ©e, exceptĂ© l'admission en Aman. Car ils considĂšrent que l'Ă©chec de leurs hröar de perdurer sans lassitude en vitalitĂ© aussi longtemps que leurs fĂ«ar - un processus qui ne fut pas observĂ© avant les Âges ultĂ©rieurs - est causĂ© par le Marrissement d'Arda, et vient de l'Ombre, et de la souillure de Melkor qui touche toute la substance (ou hröa)8 d'Arda, si pas celle de l'entiĂšretĂ© d'EĂ€. De telle sorte que tout ce qui s'Ă©tait passĂ© en Aman, c'Ă©tait que cette faiblesse des hröar elfes ne se dĂ©veloppait pas dans la santĂ© d'Aman et la LumiĂšre des Arbres.

Mais supposons que la "bĂ©nĂ©diction d'Aman" soit aussi accordĂ©e aux Hommes.*** Qu’en serait-il ? Un grand bien leur serait-il fait ? Leurs corps atteindraient toujours rapidement leur taille adulte. En un septiĂšme d’une annĂ©e [NdTr : valienne], un Homme pourrait naĂźtre et devenir mature, aussi rapidement qu’en Aman un oiseau Ă©clorait et s’envolerait de son nid. Mais alors il ne disparaĂźtrait pas ni ne vieillirait, mais perdurerait en vigueur et dans la joie de la vie corporelle. Mais qu’en serait-il de la fĂ«a d’un tel Homme ? Sa nature et sa “destinĂ©e” ne pourraient ĂȘtre changĂ©es, ni par la santĂ© d’Aman ni par la volontĂ© de ManwĂ« lui-mĂȘme. Car il en est (comme le considĂšrent les Eldar) de sa nature et de sa destinĂ©e sous la volontĂ© d’Eru qu’elle ne puisse pas perdurer en Arda longtemps, mais qu’elle doive partir et s’en aller ailleurs, retournant peut-ĂȘtre directement Ă  Eru pour un autre destin ou dessein qui rĂ©side au-delĂ  de la connaissance ou des prĂ©suppositions des Eldar.

BientĂŽt alors la fĂ«a et la hröa d’un Homme en Aman ne seraient plus unies ni en paix, mais seraient opposĂ©es, se causant une peine rĂ©ciproque. La hröa Ă©tant toujours en pleine vigueur et joie de vivre, s’accrocherait Ă  la fĂ«a, dont le dĂ©part amĂšnerait la mort; et contre la mort, elle se rĂ©volterait comme une grande bĂȘte en pleine vie fuirait le chasseur ou se retournerait sauvagement contre lui. Mais la fĂ«a serait comme en prison, devenant mĂȘme plus lasse de toutes les joies de la hröa, jusqu’à ce qu’elles lui rĂ©pugnent, dĂ©sirant de plus en plus ĂȘtre partie, jusqu’à ce que mĂȘme ces choses Ă  penser qu’elle reçoit via la hröa et ses sens perdent toute signification. L’Homme ne serait pas bĂ©ni, mais maudit; et il maudirait les Valar et Aman et tout en Arda. Et il ne quitterait pas volontairement Aman, car cela signifierait une mort rapide, et il devrait en ĂȘtre Ă©jectĂ© avec violence. Mais s’il restait en Aman,9 Ă  quoi arriverait-il, avant qu’Arda soit enfin complĂšte et qu’il ne soit dĂ©livrĂ© ? Soit sa fĂ«a serait complĂštement dominĂ©e par sa hröa, et il deviendrait plus un animal, bien que tourmentĂ© de l’intĂ©rieur. Soit, si sa fĂ«a est forte, elle quitterait la hröa. Alors l’une de ces deux choses adviendrait : soit cela s’accomplirait uniquement dans la haine, par la violence, et la hröa, en pleine vie, serait dĂ©chirĂ©e et mourrait en une agonie soudaine; soit la fĂ«a, rĂ©pugnĂ©e et sans pitiĂ©, dĂ©serterait la hröa, qui continuerait Ă  vivre, corps sans intelligence, non seulement comme une bĂȘte sauvage mais comme un monstre, vĂ©ritable Ɠuvre de Melkor au milieu d’Aman, que les Valar eux-mĂȘmes seraient contraints de dĂ©truire.

Maintenant ces choses ne sont que des vues de l’esprit, et des potentialitĂ©s; car Eru et les Valar sous Lui n’ont pas autorisĂ© les Hommes tels qu’ils sont10 Ă  rĂ©sider en Aman. Mais au moins peut-il ĂȘtre vu que les Hommes en Aman n’échapperaient pas Ă  la peur de la mort, mais la connaĂźtraient Ă  un plus grand degrĂ© et pour de longs Ăąges. Et de plus, il semble probable que la mort elle-mĂȘme, en agonie ou en horreur, entrerait avec les Hommes en Aman mĂȘme.

À cet endroit, Aman, tel qu’originellement Ă©crit (voir p. 424), continue avec les mots "À prĂ©sent, certains Hommes croient que leurs hröar n’ont en effet pas, par nature, une courte espĂ©rance de vie ...", qui devint le dĂ©but du passage introductif de l’Athrabeth (voir p. 304).

Notes :

1 Le numéro III et un nouveau titre Le Marrissement des Hommes (les autres titres subsistant) furent donnés à la seconde partie, tandis qu'Aman était numéroté II. Un écrit numéroté I est introuvable.

2 Il sera vu que, en conséquence de la transformation du "mythe cosmogonique", une conception totalement nouvelle de l'"Année valienne" fit son apparition. Le comput du Temps élaboré dans les Annales d'Aman (voir pp. 49-51, 59-60) était basé sur le "cycle" des Deux Arbres qui avait cesser d'exister en relation avec le mouvement diurne du Soleil, qui en était venu à apparaßtre - il y avait un "nouveau comput". Mais l'"Année valienne" est à présent, comme il semble, une "unité de perception" du passage du Temps d'Arda, dérivée de la capacité des Valar à percevoir en de tels intervalles le processus du vieillissement d'Arda, de son commencement à sa fin. Voir note 5.

3 Mon pĂšre Ă©crivit ce passage ("Ils pouvaient reculer ou avancer dans le temps en pensĂ©e...") dans le corps du manuscrit en cet endroit, mais en petits caractĂšres italiques, et j'ai conservĂ© cette forme dans le texte imprimĂ©; il en est de mĂȘme avec le passage suivant qui interrompt le texte principal aux mots "l'unitĂ© de temps valien".

4 "nous pouvons ... utiliser l'unitĂ© valienne" : en d'autres mots, apparemment, la vieille structure des dates dans les chroniques d'Aman peut ĂȘtre conservĂ©e, bien que la signification de ces dates en des termes de la Terre du Milieu sera radicalement diffĂ©rente. Voir note 5.

5 Il y a maintenant un vaste dĂ©calage entre annĂ©es valiennes et "annĂ©es mortelles". Cf. aussi "sa vie entiĂšre ne durerait qu'un peu plus d'une demi-annĂ©e" (p. 428), "En un septiĂšme d’une annĂ©e, un Homme pourrait naĂźtre et devenir mature" (p. 429). Dans des notes non reproduites dans ce livre, dans lesquelles mon pĂšre calculait sur cette base le moment de l'Éveil des Hommes, il mentionna expressĂ©ment que 144 AnnĂ©es du soleil = 1 AnnĂ©e valienne (en connexion avec ceci, voir l'Appendice D du Seigneur des Anneaux : "Il paraĂźt clair que les Eldar en Terre du Milieu ... calculaient selon une pĂ©riodicitĂ© plus longue, et que le mot quenya yĂ©n ... reprĂ©sentait en rĂ©alitĂ© 144 de nos annĂ©es"). Plaçant l'Ă©vĂ©nement "aprĂšs ou Ă  l'Ă©poque du sac d'Utumno, AnnĂ©e valienne 1100" (voir Annales d'Aman,] pp. 75, 80), un gigantesque laps de temps pouvait Ă  prĂ©sent ĂȘtre conçu entre l'"Ă©veil" des Hommes et leur premiĂšre apparition en Beleriand.

6 Pour cet usage de "Terre" en opposition à "Aman", trÚs fréquent dans cet essai, voir p.282. [NdTr : Earth ("Terre") se comprend comme Middle-earth ("Terre du Milieu") et non comme Arda.]

7 Le sous-titre Aman et les Hommes mortels est un ajout ultérieur.

8 Sur cette utilisation du mot hröa, cf. le texte VII, p. 399 : "la hroa, la 'chair' ou matiÚre physique d'Arda".

*** [Note de J.R.R. Tolkien] Ou (comme certains Hommes le pensent) que leurs hröar ne sont pas par nature de courte durĂ©e, mais qu'elles sont devenues telles de par la malice de Melkor en plus et par delĂ  le Marrissement gĂ©nĂ©ral d'Arda, et que cette blessure pourrait ĂȘtre guĂ©rie et dĂ©faite en Aman.

9 Ce passage, depuis "Et il ne quitterait pas volontairement Aman ..." est un ajout ultérieur. Tel que le texte fut écrit, il continuait à partir de "et tout en Arda" à "et à quoi arriverait-il ...".

10 Les mots "tels qu’ils sont" sont un ajout ultĂ©rieur de la mĂȘme pĂ©riode que ceux relevĂ©s en notes 7 et 9.
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Dior

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MessagePosté le: 06 Jan 2007 21:12     Sujet du message: Répondre en citant

Ceci termine HoMe X.

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