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[Traduction - HoMe X] Les Annales d'Aman

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Dior

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MessagePosté le: 15 Mar 2006 10:41     Sujet du message: [Traduction - HoMe X] Les Annales d'Aman Répondre en citant

À côté du développement du Quenta Silmarillion, Tolkien s'est très tôt attelé à la présentation du Conte d'Arda sous la forme d'Annales, c'est-à-dire un récit structuré par année. Dans les années 50, la forme de ces Annales était globalement stabilisée (à l'inverse du fond) en deux grandes séries :


Ce qui suit est donc la traduction intégrale officieuse des Annales d'Aman, contenues dans le 10ème volume de la série HoMe, Morgoth's Ring (pp. 47-138, Ed. HarperCollins, 2002). Pour plus de facilités, le texte a été divisé :


N.B. :
  • Le texte en taille normale est le texte de Tolkien, celui en taille petite est de Christopher Tolkien (sauf pour l'introduction qui suit). Les notes sont de Christopher Tolkien sauf si autrement précisé.
  • Les pages indiquées sans référence à un livre renvoient aux pages de HoMe X, le volume contenant ce texte.
  • Les autres volumes des HoMes sont référencés par de simples chiffres romains, les pages l'étant par des chiffres arabes (ex. : XI.226 renvoie à HoMe XI, p. 226).
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MessagePosté le: 15 Mar 2006 10:51     Sujet du message: Répondre en citant

LES ANNALES D'AMAN




Introduction



La seconde version (pré-Seigneur des Anneaux) des Annales de Valinor (AV 2) a été publiée en V.109 et suivantes. J'y mentionnais que la première partie d'AV 2 était - des années plus tard - recouverte de modifications et d'ajouts, et que ce nouveau travail était le brouillon original des Annales d'Aman. Dans ce cas, je ne perdrai pas de temps avec le brouillon original, excepté pour quelques points y étant soulevés qui sont mentionnés dans les notes. Il ne s'étend pas bien loin - même pas aussi loin que la création des Deux Arbres, et aussi loin qu'il aille, il reste extrêmement proche des Annales d'Aman; mais mon père décida clairement très tôt de commencer un texte complètement nouveau.

Des Annales d'Aman, auxquelles je me référerai tout du long par l'abréviation "AAm", il existe un manuscrit bien clair, avec un nombre honnête de corrections en plusieurs "couches". Des modifications appartenant à la période de composition, ou peu après, furent apportées; et le manuscrit donne l'impression d'être une "copie au propre", un second texte. Mais, alors que des passages de brouillon puissent avoir été perdus, je doute fort qu'un "premier texte" complet des Annales ait existé (voir plus loin p. 121, note 17). Le travail appartient sans aucun doute au large développement et à la refonte des Récits des Jours anciens que mon père entreprit lorsque Le Seigneur des Anneaux fut achevé (voir p. 3), et il est en relation étroite avec la révision à cette époque des parties correspondantes du Quenta Silmarillion (V.204-43, référé tout du long par QS), le texte qui avait été abandonné fin 1937. De manière tout aussi claire, il suit le dernier texte de l'Ainulindalë (D).

Il existe un tapuscrit amanuensis d'AAm contenant des modifications tardives et des notes, avec sa copie carbone portant des modifications très peu nombreuses, mais différentes; je suis enclin à dater ce texte de 1958, bien que la preuve de ceci soit une question de déductions et de suggestions (voir pp. 141-2, 300). Il existe aussi un tapuscrit intéressant, divergent, de la première partie du travail, fait par mon père (pp. 64-8, pp. 79-80).

Je livre le texte entier de la narration des Annales, en incorporant les modifications qui lui ont été apportées; quand des lectures précédentes présentent un intérêt, elles figurent dans les notes. J'ai numeroté les paragraphes pour pouvoir m'y référer subséquemment, et vu que le texte est long, je l'ai divisé en six sections pour plus de confort. Les sections sont suivies par des notes de texte numérotées (pas dans le cas de la section 2), et puis par un commentaire se référençant au paragraphes numérotés.

Les dates des annales des Années des Arbres furent changées très fréquemment - dans certains cas, il y a jusqu'à six substitutions - et je ne donne que la forme finale. Comme le changement continu des dates ne semble en aucun cas lié à des changements de la narration propre, et comme l'articulation finale des dates semble avoir été accomplie avant l'achèvement du manuscrit, je pense qu'il est suffisant de noter que mon père au départ permit un plus grand intervalle d'années entre la création des Arbres et leur destruction. Ainsi au départ, les Silmarils furent achevés par Fëanor en l'An des Arbres 1600 (plus tard, 1450), et Tulkas fut envoyé affronter Melkor en 1700 (plus tard, 1490) - bien que d'autres dates fussent proposées et rejetées comme celles-ci. À partir de ce point, l'audace de révision (1490-1500) est la seule, mais ici aussi les dates furent beaucoup modifiées dans le détail, et le résultat final n'est pas en tout point parfaitement clair.
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MessagePosté le: 21 Mar 2006 20:47     Sujet du message: Répondre en citant

Première section des Annales d'Aman



La première page des AAm est conservée sous deux formes, deux beaux manuscrits, identiques en tout au niveau du texte mais différant au niveau du titre et du bref préambule. Le premier porte le titre Les Annales de Valinor, et commence ainsi : "Ici commencent les Annales de Valinor, qui traitent de la venue des Valar en Arda"; sous le titre fut ajouté : "Celles-ci furent écrites par Quennar i Onótimo qui apprit beaucoup, et emprunta beaucoup aussi, de Rúmil; mais elle furent élargies par Pengoloð." Cette dernière partie fut biffée, et le titre et le préambule furent modifiés en la forme qu'ils ont sur la seconde copie, comme publié ci-dessous, avec Valinor > Aman et l'addition des mots "que Rúmil écrivit (fit)". J'imagine que mon père recopia la page parce qu'il la voulait au propre, et qu'il l'avait salie avec ces changements. Le titre Annales d'Aman apparut à ce moment, par conséquent, tout comme très probablement la signification finale du nom Aman : il apparaît une fois dans l'Ainulindalë D, mais en tant qu'ajout au texte (p. 33, §32).


LES ANNALES D'AMAN



Ici commencent les Annales d'Aman, que Rúmil rédigea, qui traitent de la venue des Valar en Arda:

§1 Au Commencement, Eru créa Ëa, le Monde qui est,1 et les Valar y entrèrent, et ils sont les Puissants d'Ëa. Ceux-ci sont les neuf chefs des Valar qui résidèrent en Arda : Manwë, Ulmo, Aulë, Oromë, Tulkas, Ossë, Mandos, Lorien,2 et Melkor.

§2 D'entre eux, Manwë et Melkor étaient les plus puissants, et ils étaient frères. Manwë est le seigneur des Valar, et sacré; mais Melkor inclina vers la soif du pouvoir et l'orgueil, et devint mauvais et violent, et son nom est maudit, et n'est pas prononcé; il est nommé Morgoth. Oromë et Tulkas étaient plus jeunes dans la pensée d'Eru avant la conception du Monde, et Tulkas arriva en dernier au royaume d'Arda. Les reines des Valar sont sept : Varda, Yavanna, Niënna, Vairë, Vana, Nessa, et Uinen. Elles ne sont pas moindre en puissance et en majesté que les chefs, et elles siègent toujours aux conseils des Valar.

§3 Varda était la compagne de Manwë depuis le début, mais Aulë prit pour compagne Yavanna, sa sœur, en Ëa.3 Vana la belle, sa sœur cadette, est la femme d'Oromë; et Nessa, la sœur d'Oromë, est la femme de Tulkas; et Uinen, la dame des mers, est la compagne d'Ossë. Vairë la Tisseuse habite avec Mandos. Ulmo n'a pas de compagne, tout comme Melkor. Niënna la triste, reine d'ombre, la sœur de Manwë et de Melkor, n'a pas d'époux. La femme de Lorien est Estë la Pâle, mais elle ne se rend pas aux conseils des Valar et n'est pas comptée parmi les dirigeants d'Arda, mais est la principale des Maiar.

§4 Avec ces grands puissants vinrent beaucoup d'autres esprits de la même espèce mais de puissance et d'autorité moindres; ce sont les Maiar, les Beaux4, le peuple des Valar. Et avec eux sont aussi comptés les Valarindi, la descendance des Valar, leurs enfants engendrés en Arda, et pourtant de la race des Ainur qui furent avant le Monde; ils sont nombreux et beaux.

En cet endroit, mon père écrivit : Ceci est tiré de l'œuvre de Quennar Onótimo. Ces mots se réfèrent non pas à ce qui précède mais au passage suivant, intitulé Du Commencement du Temps et de son Comput (bien que dans le préambule - biffé - de la première page rejetée d'AAm Quennar i Onótimo est dit avoir été l'auteur des Annales en entier, ci-dessus).

La section complète traitant du Comput du Temps fut par après commentée au crayon : "Transférer vers le Récit des Ans". Le Récit des Ans, une liste chronologique du même genre que celle de l'Appendice B du Seigneur des Anneaux, existe sous différentes formes, associées aux premières et dernières Annales; la dernière forme, étroitement associée à AAm et à son compagnon les Annales Grises (Annales de Beleriand), est peut-être le texte le plus complexe et le plus difficile de tout ce que mon père laissa derrière lui. Ceci ne doit pas nous concerner ici; mais lui sont liés deux très beaux manuscrits (l'un d'entre eux, le plus tardif des deux, un des plus beaux qu'il ait réalisés : voir le frontispice) reproduisant sous une forme presque identique le même texte Du Commencement du Temps et de son Comput que celui trouvé ici en AAm, mais le plaçant en ouverture du Récit des Ans et en prélude à la liste chronologique des événements. Ces deux manuscrits sont bien sûr plus tardifs que le texte en AAm, et les lectures dans lesquelles ils divergent sont données dans les notes. AAm se poursuit :


Ceci est tiré de l'œuvre de Quennar Onótimo.5

Du Commencement du Temps et de son Comput


§5 Le Temps commença en effet avec le commencement d'Ëa, et en ce commencement, les Valar vinrent dans le Monde. Mais la mesure que les Valar firent des âges de leurs labeurs n'est connue d'aucun des Enfants d'Ilúvatar, jusqu'à la première floraison de Telperion en Valinor. Par après, les Valar mesurèrent le temps par les âges de Valinor, dont chaque âge contenait cent des Années des Valar; mais chacune de ces années était plus longue que ne le sont neuf années sous le Soleil.6

§6 À présent, mesurées par la floraison des Arbres, il y avait douze heures dans chaque Jour des Valar, et un millier de tels jours les Valar prenaient-ils pour faire une année dans leur royaume. Il est en effet supposés par les Savants que les Valar conçurent ainsi les heures des Arbres afin que cent de telles années ainsi mesurées devaient être en durée égales à un âge des Valar7 (tels que ces âges étaient à l'époque de leurs labeurs avant la fondation de Valinor).8 Néanmoins ceci n'est pas connu de manière certaine.

§7 Mais en ce qui concerne les Années des Arbres et celles qui vinrent après,9 une telle Année était plus longue que neuf de ces années qui sont à présent. Car il y avait dans chacune de ces Années douze mille heures. Déjà, les heures des Arbres étaient chacune sept fois aussi longue que l'est une heure d'un jour entier en Terre du Milieu de lever de soleil à lever de soleil, quand jour et nuit sont également divisés.10 Par conséquent, chaque Jour des Valar durait quatre-vingt-quatre de nos heures, et chaque Année quatre-vingt-quatre mille : ce qui est autant que trois mille cinq cents de nos jours, et qui est un peu plus que neuf et demi de nos années (neuf et demi et huit centièmes et un peu plus).11

§8 Il est raconté chez les Savants que ce n'est pas exactement ainsi que les Valar l'avaient prévu à la création et à l'ordonnancement12 de la Lune et du Soleil. Car il était leur intention que dix années du Soleil, ni plus ni moins, soient aussi longues qu'une Année des Arbres l'était; et il était leur intention que chacune des années du Soleil doive contenir sept cents périodes de soleil et de clair de lune, et que chacune de ces périodes doive contenir douze heures, chacune de la durée d'un septième d'une heure des Arbres. De par ce comput, chaque année du Soleil contiendrait trois cent cinquante journées entières de mi-clair de lune et de mi-soleil, c'est-à-dire huit mille quatre cents heures, équivalant à douze cents heures des Arbres, ou un dixième d'une Année valienne. Mais la Lune et le Soleil se montrèrent plus indisciplinés et plus lents dans leur passage que ce que les Valar avaient voulu, comme il est dit par après,13 et une année du Soleil est un peu plus longue que ne l'était un dixième d'une Année dans les Jours des Arbres.

§9 L'année du Soleil plus courte fut ainsi faite14 en raison de la plus grande vitesse de toute croissance, et de même de tout changement et de tout dépérissement, que les Valar savaient devoir arriver après la mort des Arbres. Et après que ce mal fut accompli, les Valar computèrent le temps en Arda par les années du Soleil, et le font encore, même après le Changement du Monde et la dissimulation d'Aman; mais dix années du Soleil, ils les comptent à présent comme une année,15 et mille comme un siècle. Ceci est tiré du Yénonótië de Quennar : dixit Pengoloð.16

§10 Il est calculé par les savants que les Valar arrivèrent au royaume d'Arda, qui est la Terre, cinq mille Années valiennes avant le premier lever de la Lune, ce qui est autant que de dire quarante-sept mille neuf cent une de nos années. De celles-là, trois mille cinq cents (ou trente-trois mille cinq cent trente de notre comput) passèrent avant que la première mesure du temps connue par les Eldar ne commençât avec la floraison des Arbres. Ceux-là étaient les Jours d'avant les jours. Par après, mille quatre cent quatre-vingt-cinq Années valiennes (ou quatorze mille trois cent vingt-deux de nos années) suivirent durant lesquelles la Lumière des Arbres brilla en Valinor. Ceux-là furent les Jours de Félicité. En ces jours, en l'Année mille cinquante des Valar, les Elfes s'éveillèrent à Kuiviénen et le Premier Âge des Enfants d'Ilúvatar commença.17

1 La Première Année des Valar en Arda


§11 Après des âges de labeurs dépassant la connaissance ou le comput dans les grands espaces d'Ëa, les Valar descendirent en Arda au commencement de son existence, et ils y commencèrent leurs travaux assignés à la mise en forme de ses terres et de ses eaux, des fondations aux plus hautes tours de l'Air.

§12 Mais leurs travaux furent contrariés et déviés de leur plan, car Melkor convoitait la domination d'Arda, et il revendiquait la royauté et était en conflit avec Manwë. Et Melkor causait de grandes ruines par le feu et le froid mortel et marrissait tout ce que les autres Valar faisaient.

1500


§13 Il en vint à arriver que, ayant eu vent de loin de la guerre en Arda, Tulkas le Fort s'y rendît hors des régions lointaines d'Ëa à l'aide de Manwë. Alors Arda fut remplie du son de son rire, mais il tourna une face de colère vers Melkor; et Melkor fuit devant sa colère et son hilarité, et quitta Arda, et il y eut une longue paix.

§14 À présent les Valar recommencèrent leurs travaux; et quand les terres et les eaux furent ordonnées, les Valar eurent besoin de lumière, afin que les graines conçues par Yavanna puissent grandir et vivre. Aulë fabriqua donc deux grandes lampes, comme si elles étaient d'argent et d'or et pourtant translucides, et Varda les remplit de feu consacré, afin de donner la lumière à la Terre. Illuin et Ormal furent-elles appelées. 1900 Et elles furent installées sur des piliers puissants comme des montagnes au milieu d'Arda, au nord et au sud.

§15 Alors les Valar continuèrent leurs travaux jusqu'à ce que tout le royaume d'Arda fût ordonné et achevé, et les arbres et les herbes crurent, et les bêtes et les oiseaux apparurent et s'installèrent dans les plaines et dans les eaux, et les montagnes étaient vertes et belles à contempler. Et les Valar installèrent leur résidence sur une île verte au milieu d'un lac; et ce lac se situait entre Illuin et Ormal au point le plus proche du milieu d'Arda; et là, sur l'île d'Almaren, en raison du mélange des lumières, toutes les choses étaient plus riches en croissance et plus belles en couleurs. Mais les Valar s'y assemblaient rarement en compagnie, car toujours ils voyageaient au loin en Arda, chacun pour ses propres affaires.

§16 Et il en vint à arriver qu'enfin les Valar fussent satisfaits, et ils avaient l'intention de se reposer un temps de leurs travaux et de regarder la croissance et le déploiement des choses qu'ils avaient conçues et commencées. Par conséquent, Manwë ordonna une grande fête, et convoqua tous les Valar et les reines des Valar en Almaren, avec tous leurs suivants. Et ils répondirent à son invitation; mais Aulë, est-il dit, et Tulkas étaient fatigués; car l'art d'Aulë et la force de Tulkas avaient été au service de tous sans interruption dans les jours de leurs travaux.

§17 À présent Melkor savait tout ce qui avait été fait; car même alors il avait des amis secrets et des espions parmi les Maiar qu'il avait convertis à sa cause, et de ceux-ci le principal, comme il fut connu plus tard, était Sauron, un grand artisan de la maison d'Aulë. Et au loin dans les endroits obscurs, Melkor était plein de haine, étant jaloux de l'œuvre de ses pairs, qu'il désirait assujettir à lui-même. Dès lors il rassembla autour de lui des esprits des vides d'Ëa qu'il avait pervertis à son service, et il s'estima fort. Et voyant à présent son heure, il se rapprocha à nouveau d'Arda, et la regarda, et la beauté de la Terre en son Printemps l'emplit encore plus de haine.

3400


§18 À présent donc, les Valar étaient réunis sur Almaren et festoyaient et se réjouissaient, ne craignant aucun mal, et en raison de la lumière d'Illuin ils ne perçurent pas l'ombre au nord projetée de loin par Melkor, car il était devenu sombre comme la Nuit du Vide.18 Et il est chanté que lors de cette fête du Printemps d'Arda, Tulkas prit pour compagne Nessa, la sœur d'Oromë, et Vana [l']habilla de ses fleurs, et elle dansa devant les Valar sur l'herbe verte d'Almaren.

§19 Alors Tulkas s'endormit, fatigué et satisfait, et Melkor jugea que son heure était venue. Et il passa dès lors au-dessus des Murs de la Nuit19 avec son armée, et il arriva en Terre du Milieu au nord; et les Valar n'en furent pas conscients.

§20 À présent Melkor commença le creusement et la construction d'une vaste forteresse loin sous la Terre, sous de sombres montagnes où la lumière d'Illuin était faible.20 Cette forteresse fut nommée Utumno. Et bien que les Valar n'en sussent encore rien, le mal de Melkor et le fléau de sa haine se propagèrent toutefois, et le Printemps d'Arda fut marri, et les choses vivantes devinrent malades et pourrirent, ou furent corrompues en formes monstrueuses.

3450


§21 Alors les Valar surent en effet que Melkor était à nouveau à l'œuvre, et ils se mirent à la recherche de sa cachette. Mais Melkor, confiant en la force d'Utumno et en la puissance de ses serviteurs, partit soudainement en guerre, et frappa le premier coup, avant que les Valar ne fussent préparés. Et il assaillit les lumières d'Illuin et d'Ormal, et abattit leurs piliers, et brisa leurs lampes. Alors dans le renversement des puissants piliers, les terres furent brisées et les mers se levèrent en tumulte; et quand les lampes furent jetées à terre, une flamme destructrice fut versée sur la Terre. Et la forme d'Arda et la symétrie de ses eaux et de ses terres furent marries en cet instant, de telle sorte que les premières conceptions des Valar ne furent jamais restaurées par après.

§22 Dans la confusion et l'obscurité, Melkor s'échappa, bien que la peur lui fût tombée dessus; car par dessus le grondement des mers il entendit la voix de Manwë comme un vent puissant, et la terre trembla sous les pieds de Tulkas. Mais il arriva à Utumno avant que Tulkas ne pût le rattraper; et là il se tint caché. Et les Valar ne purent à ce moment-là le vaincre, car la plus grande part de leur force était nécessaire pour contenir les tumultes de la Terre, et pour sauver de la ruine tout ce qui pouvait être sauvé de leurs travaux; et par après, ils redoutèrent de dévaster la Terre à nouveau, jusqu'à ce qu'ils sussent où les Enfants d'Ilúvatar se trouvaient, eux qui devaient encore arriver en un moment qui était caché aux Valar.

§23 Ainsi se termina le Printemps d'Arda. Et la résidence des Valar sur Almaren fut finalement détruite, et les dieux n'avaient plus de demeure sur la surface de la terre. Par conséquent, ils se retirèrent de la Terre du Milieu et se rendirent au Pays d'Aman, qui était la plus occidentales de toutes les terres sur les frontières du monde; car ses rives occidentales donnaient sur la Mer extérieure qui encerclait le royaume d'Arda, et au-delà de laquelle étaient les Murs de la Nuit.21 Mais les rives orientales d'Aman sont la limite extrême de la Grande Mer de l'Ouest; et comme Melkor était revenu en Terre du Milieu, et qu'ils ne pouvaient pas encore le vaincre, les Valar fortifièrent leur habitation, et sur les rives de la Mer ils dressèrent les Pelóri, les Montagnes d'Aman, les plus hautes sur terre. Et plus haute que toutes les montagnes des Pelóri était cette hauteur qui fut appelée Taniquetil, sur le sommet de laquelle Manwë installa son trône. Mais derrière les murs des Pelóri, les Valar établirent leurs demeures et leurs domaines dans cette région qui est appelée Valinor. Là, dans le Royaume gardé, ils rassemblèrent de grandes quantités de lumière et toutes les plus belles choses qui furent sauvées de la ruine, et bien d'autres encore plus belles refirent-ils, et Valinor devint encore plus beau que la Terre du Milieu dans le Printemps d'Arda; et il était béni et sacré, car les dieux y habitaient, et là rien ne disparaissait ni ne se flétrissait, tout comme il n'y avait aucune tâche sur les fleurs ou sur les feuilles en ce pays, ni aucune corruption ou maladie en rien qui y vivait; car les pierres et les eaux même étaient consacrées.

§24 Dès lors, les Valar et leur beau peuple étaient à nouveau joyeux, et pendant longtemps furent-ils bien satisfaits, et ils venaient rarement au-delà des montagnes des Terres extérieures; et la Terre du Milieu restait dans la pénombre sous les étoiles que Varda avait créées au cours des âges oubliés de ses travaux en Ëa.

3500


§25 Et il en vint à arriver que, après que Valinor fut achevé et les demeures des Valar établies et leurs jardins et bois arrangés, les Valar construisirent leur ville au milieu de la plaine au-delà des Pelóri. Cette ville ils nommèrent Valmar la Bénie. Et devant sa porte occidentale, il y avait un monticule vert, et il était nu excepté une pelouse d'herbe éternelle.

§26 Alors Yavanna et Niënna vinrent à ce Monticule vert; et Yavanna le consacra, et s'y assit longtemps sur l'herbe verte et chanta un chant d'un grand pouvoir, dans lequel furent placées toutes ses pensées des choses qui grandissent dans la terre. Mais Niënna pensa en silence, et arrosa le monticule de larmes. Alors tous les Valar se réunirent pour prêter oreille au chant de Yavanna; et le monticule était au milieu du Cercle de Justice devant les portes de Valmar, et les Valar s'assirent en rond en silence sur leurs trônes de conseil, et leur peuple se plaça à leurs pieds. Et comme les dieux regardaient, ô ! sur le monticule jaillirent deux arbrisseaux verts, et ils grandirent et devinrent beaux et grands, et ils vinrent à fleurir.

§27 Ainsi là s'éveillèrent au monde les Deux Arbres de Valinor, des choses croissantes les plus belles et les plus célèbres, dont le sort est lié à celui d'Arda. Le plus vieux des Arbres fut nommé Telperion, et ses fleurs étaient d'un blanc brillant, et une rosée de lumière argentée se répandait d'elles. Laurelin le plus jeune Arbre fut-il appelé; ses feuilles vertes étaient bordées d'or, et ses fleurs étaient semblables à des grappes de flammes jaunes, et une pluie d'or s'égouttait d'elles sur le sol. De ces Arbres venait une grande lumière, et tout Valinor en était empli. Alors la félicité des Valar augmenta; car la lumière des Arbres était sacrée et d'un grand pouvoir, de telle sorte que, si quelque chose était bon ou aimable ou de valeur, en cette lumière son amabilité et sa valeur étaient pleinement révélées; et tout ce qui marchait dans cette lumière avait le cœur heureux.

§28 Mais la lumière qui s'égouttait des Arbres subsistait longtemps, avant d'être prise dans les airs ou absorbée par la terre pour leur fertilisation. Dès lors, de cette abondance Varda désira faire de grandes provisions, et elle était amassée dans de puissantes cuves près du Monticule vert. De là les Maiar en prélèveraient et en apporteraient dans les bois et dans les prairies, même à ceux loin de Valmar, afin que toutes les régions de Valinor fussent nourries et crûssent encore plus belles.

§29 Ainsi commencèrent les Jours de la Félicité de Valinor, et ainsi commença aussi le compte du Temps. Car les Arbres croissaient jusqu'à une floraison et une lumière maximale, et décroissaient à nouveau, sans cesse, sans changement de vitesse ou d'intensité. Telperion fleurissait le premier, et un peu avant qu'il ne cesse de briller, Laurelin commençait à bourgeonner; et à nouveau, avant que Laurelin ne se fût affaibli, Telperion s'éveillait une fois de plus. Par conséquent, les Valar prirent le temps d'une floraison, d'abord de Telperion et puis de Laurelin, pour être pour eux un Jour en Valinor; et le temps pendant lequel chaque Arbre fleurissait seul, ils le divisèrent en cinq heures, chacune égale au temps du mélange de leurs lumières, deux fois par Jour. Il y avait donc douze de ces heures en chaque Jour des Valar; et un millier de ces Jours fut considéré comme une Année, car alors les Arbres produiraient une nouvelle branche et leur stature augmenterait.

La section d'ouverture des Annales d'Aman se termine ici; elle est suivie d'un titre Ici commence un nouveau Comput dans la Lumière des Arbres, avec des dates commençant à YT 1, la Première Année des Arbres.


Notes :

1 La définition de Ëa en tant que "le Monde qui est" se retrouve également à l'occurrence du nom dans un ajout au texte de l'Ainulindalë D, p. 31, §20. Je le donne tout du long sous la forme qu'il a dans les textes, Ea, Ëa, Eä.

2 La forme originelle du nom était Lórien, mais elle fut changée en Lorien dans le manuscrit QS.

3 AV 2 avait ici (V.110) "Yavanna, qu'Aulë prit plus tard pour compagne dans le monde, en Valinor"; lors de la réécriture tardive du manuscrit AV 2 qui déboucha directement sur AAm (Introduction), cela devint " Yavanna, qu'Aulë pris pour compagne en Arda", alors que AAm a "en Ëa".

4 AV 2 avait ici (V.110) "ce sont les Vanimor, les Beaux", changé lors de la réécriture tardive (voir note 3) en "ce sont les Mairi...", et ensuite en "ce sont les Maiar...". C'était probablement où le mot Maiar apparut pour la première fois.

5 Dans le premier (seul) des deux manuscrits de l'ouverture du Récit des Années, le titre Du Commencement du Temps et de son Comput fut subséquemment allongé par l'ajout de D'après l'œuvre de Quennar Onótimo; voir note 6.

6 Cette phrase, telle qu'originellement écrite dans le texte brouillon du début de AAm (la réécriture de AV 2), se lisait : "chacune de ces années est égale en longueur à dix années du Soleil qui existe à présent"; i.e. mon père conservait encore le vieux comput beaucoup plus simple qui remontait via AV 2 (V.110) à AV 1 (IV.263). Ceci fut changé dans le texte brouillon en "chacune de ces années est plus longue que ne le sont neuf années du Soleil qui existe à présent". Dans la plus ancienne version du Récit des Années, les mots "tel qu'il existe à présent" furent recouverts au crayon par "neuf années sous le Soleil", tandis que la seconde se lit "que ne le sont à présent neuf années sous le Soleil".
La seconde version du Récit des Années, qui ne se réfère pas à Quennar Onótimo dans le titre Du Commencement du Temps et de son Comput (note 5), a ici : "Ainsi parlait Quennar Onótimo au sujet de cette question". Ce qui suit à partir de ce point est dans les trois textes écrit en plus petit, de telle sorte que la référence à Quennar semble la plus appropriée ici.

7 La dernière (seulement) des versions du Récit des Années a "un cinquième d'un âge des Valar" à la place de "un âge des Valar".

8 La première des versions du Récit des Années ajoute ici : "alors que chaque âge des Valar est une partie exacte (grande ou petite, eux seuls le savent) de l'histoire entière d'Ëa. Mais ces choses ne sont pas connues de manière certaine même des Eldar"; la dernière débute le passage additionnel de la même manière, mais se termine : "... de l'histoire entière d'Ëa de son commencement à la Fin qui sera. Mais ces choses ne sont pas connues de manière certaine même des Vanyar."

9 Les versions du Récit des Années ont ici : "En ce qui concerne les Années des Arbres en comparaison de celles qui vinrent après", ce qui rend le sens clair.

10 Dans la première version du Récit des Années, "de lever de soleil à lever de soleil" fut changé au crayon en "de coucher de soleil à coucher de soleil" et la phrase suivante "quand jour et nuit sont également divisés" fut mise entre crochets. La seconde version se lit différemment "de coucher de soleil à coucher de soleil sur les Rives de la Grande Mer".

11 Dans les versions du Récit des Années, les mots "(neuf et demi et huit centièmes et un peu plus)" sont omis.

12 Dans les versions du Récit des Années, les mots "et à l'ordonnancement" sont omis.

13 Pour "comme il est dit par après" (ce qui se réfère au texte sur le Soleil et la Lune plus loin en AAm), les versions du Récit des Années ont "comme il est dit ailleurs".

14 Pour "fut ainsi faite", les versions du Récit des Années ont "fut fixée par les Valar".

15 "comme une année" devient dans les versions du Récit des Années "comme un an pour eux-mêmes".

16 Les versions du Récit des Années ont ici "Ainsi parle le Yénonótië de Quennar". Pour Yénonótië, cf. Yénië Valinóren "Annales de Valinor" sur les pages de titre de QS (V.202), et le nom Onótimo lui-même; voir les Étymologies, racine NOT "compte", YEN "année" (V.378, 400).

17 Le paragraphe 10 avait cette forme dans le texte brouillon du commencement d'AAm :
    Il a été calculé par les Maîtres du Savoir que les Valar arrivèrent au Royaume d'Arda, qui est la Terre, quarante-cinq mille années de notre temps avant le premier lever de la Lune. De celles-ci, trente mille passèrent avant que la mesure du Temps ne commençât avec la floraison des Arbres. Ceux-là étaient les Jours d'avant les Jours. Et quinze mille années suivirent durant lesquelles la Lumière des Arbres vivait encore, et près de six cents en plus de celles des Nouveaux Soleil et Lune après la mort des Arbres. Et ceux-là sont appelés les Jours anciens, et à leur fin finit le Premier Âge du Temps, et Melkor fut expulsé du monde.
Donc, alors qu'en AV 1 et AV 2, le comput était (VY = Année(s) Valienne(s), SY = Année(s) du Soleil) :
    VY 1000 = SY 10.000 Première floraison des Arbres
    VY 3000 = SY 30.000 Lever de la Lune
la première révision donne :
      SY 30.000 Première floraison des Arbres
      SY 45.000 Lever de la Lune
Ce comput fut remplacé à nouveau :
    VY 3500 = SY 33.530 Première floraison des Arbres
    VY 5300 = SY 50.775 Lever de la Lune
Ces données montrent un ration de 1 VY = 9,58 SY (voir le commentaire sur les §§ 5-10, pp. 59-60). Ce dernier comput est la forme écrite en premier en AAm, qui changea de nombreuses fois pour donner le texte imprimé.

18 Le texte écrit avait "sombre comme la nuit d'avant Ea", changé plus tard en "sombre comme la Nuit du Vide".

19 Le texte écrit en premier avait "au-dessus des frontières d'Ëa"; ce fut changé plus tard en "au-dessus des Murs de la Nuit sur les frontières d'Arda", et puis "sur les frontières d'Arda" fut rayé.

20 Le texte écrit en premier avait "loin de la lumière d'Illuin".

21 Le texte écrit avait "qui est la plus occidentale de toutes les terres" et "donne sur la Mer extérieure qui encercle le royaume d'Arda"; les changements vers le passé furent peut-être effectués à l'époque de la rédaction, vu que la phrase suivante, "et au-delà de laquelle étaient les Murs de la Nuit" était déjà au passé. D'un autre côté, la phrase suivante est au présent ("Mais les rives orientales d'Aman sont la limite extrême de la Grande Mer de l'Ouest"), où sont fut autorisé à rester.
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MessagePosté le: 21 Mar 2006 23:45     Sujet du message: Répondre en citant

Commentaires sur la première section des Annales d'Aman


§§1-3 Sur l'occurrence du nom Eru, voir p. 7. Le récit des interrelations des Valar et des reines des Valar reste étroitement basé sur celui d'AV 2 (V.110), et conserve de vieilles phrases (comme "Manwë et Melkor étaient les plus puissants, et ils étaient frères") remontant aux Annales originelles (IV.263). Il y a cependant de nouveaux développements dans la section d'ouverture. Sur la phrase du §2, " Oromë et Tulkas étaient plus jeunes dans la pensée d'Eru avant la conception du Monde", voir V.120. Que Tulkas arrivât en dernier en Arda dérive de l'Ainulindalë réécrite (§31).
Il n'est pas dit à présent, comme ce l'était en AV 2, qu'Oromë était le fils de Yavanna. D'un autre côté, il est à présent dit, comme dans le Quenta (Q) et dans QS, que Vana était la sœur de Yavanna (et de Varda), alors que ce n'était pas dit en AV 2. Ces différences sont peut-être connectées; car si les deux récits sont combinés, la femme d'Oromë est la sœur de sa mère. Mais ce serait probablement adopter une vue trop conventionnelle des relations divines.
Les affirmations qu'Estë "ne se rend pas aux conseils des Valar et n'est pas comptée parmi les dirigeants d'Arda", et qu'elle est la principale des Maiar (voir note 4 ci-dessus) sont entièrement nouvelles.

§4 Le passage concernant les "esprits moindres" ne montre pas de développement significatif de celui d'AV 2 (V.110) excepté pour le remplacement de Vanimor par Maiar (traduit "les Beaux" comme Vanimor l'était); les Valarindi, Enfants des Valar, "engendrés en Arda" et comptés parmi les Maiar, subsistent. Sur l'histoire antérieure de ces conceptions, voir V.120-1; et voir plus loin p. 69.

§5 Telperion apparut en premier dans QS §16 (V.209), mais pas en tant que premier nom de l'Arbre aîné, qui restait Silpion. Telperion, utilisé dans Le Seigneur des Anneaux, devint à présent son premier nom.

§§5-10 Le récit du Comput du Temps est à première vue quelque peu déconcertant, mais il peut être clarifié.
    (i) Selon le comput des Arbres
    12 heures (une floraison complète des Deux Arbres) = 1 jour
    1 000 jours (12 000 heures) = 1 an
    100 ans = 1 âge des Valar (comme les Valar computaient les âges avant les Arbres, selon une supposition des Savants des Elfes; voir notes 7 et 8 du texte)
    (ii) Relation du comput des Arbres au comput du Soleil
    1 heure des Arbres = 7 heures de notre temps
    1 jour des Arbres = (7x12) 84 heures de notre temps
    1 année des Arbres = (7x12 000) 84 000 heures de notre temps
    Il y a (365,25 x24) 8 766 heures dans une Année du Soleil et donc :
    1 année des Arbres = (84 000/8 766) 9,582 Années du Soleil*
    (iii) Intention originelle des Valar pour le nouveau comput du Soleil et de la Lune
    12h de clair de Lune
    12h de Soleil
    } 24 heures = 1 jour entier
    700 périodes de Soleil et de clair de Lune = 350 jours entiers = 1 Année du Soleil
    1 heure = 1/7 d'1 heure des Arbres et donc :
    1 Année du Soleil compterait (24x350) 8 400 heures = (8 400/7) 1 200 heures des Arbres = 1/10 d'une Année valienne (voir (i) ci-dessus)
    donc 1 Année valienne = 10 Années du Soleil
    La question peut être exprimée de manière plus concise :
    1 année des Arbres = (7x12 000) 84 000 heures de notre temps
    84 000/ (350x24) 8 400 = 10
    mais
    84 000/ (365,25x24) 8 766 = 9,582
    (iv) Les dates de la première floraison des Arbres et du premier lever de la Lune (§10)
    Les Arbres fleurirent pour la première fois après que 3 500 Années valiennes eurent passé, ce qui est dit être égal à 33 530 Années du Soleil (ceci présuppose une équivalence de 9,58; 9,582 donne 33 357). La Lune se leva pour la première fois après que 5 000 Années valiennes eurent passé, ce qui est dit être égal à 47 901 Années du Soleil (ceci présuppose une équivalence de 9,5802; si l'équivalence est de 9,582, le nombre d'Année du Soleil serait 47 910, si 9,58, le nombre serait 47 900).
    Les Arbres brillèrent durant 1 495 Années valiennes, ce qui est dit être égal à 14 322 Années du Soleil (ceci présuppose une équivalence de presque exactement 9,58).
§§11-29 La grande expansion de la narration pré-Seigneur des Anneaux (QS, AV 2) dérive en partie de la dernière Ainulindalë (qu'AAm suive la dernière version, D, de ce récit est démontré par des détails divers, comme par exemple les noms Ëa, Illuin, et Ormal, le premier d'entre eux entrant dans D par un ajout tardif , et ceux des Lampes remplaçant Forontë et Hyarantë par correction). Mais nombre de choses y sont entièrement nouvelles : tel que Manwë tint une grande fête sur l'île d'Almaren, où Tulkas prit Nessa pour compagne; que Sauron était "un grand artisan de la maison d'Aulë"; que les Valar étaient incapable de vaincre Melkor à ce moment à cause de la nécessité de contenir le tumulte de la Terre et de préserver ce qu'ils pourraient de ce qu'ils avaient accompli; et d'autres choses mentionnées ci-dessous. La question de la cosmologie est discutée à la fin de ce commentaire.

§15 L'affirmation selon laquelle sous la lumière des Lampes "les arbres et les herbes crurent, et les bêtes et les oiseaux apparurent" (cf. aussi §18, où Vana habilla Nessa de fleurs lors de la fête d'Almaren) vient de l'Ainulindalë (§31) : "des fleurs aux nombreuses couleurs, et des arbres dont les fleurs étaient telles la neige sur les montagnes ... des bêtes et des oiseaux arrivèrent" - où cependant le texte fut corrigé ("Jusque là nulle fleur n'avait encore éclos, et nul oiseau n'avait encore chanté"). Voir p. 22 note 17, et p. 38, §31.

§20 Une différence structurelle entre AAm et l'Ainulindalë est que dans la dernière, Melkor ne commença le creusement d'Utumno qu'après le renversement des Lampes et sa fuite des Valar (§32) - une histoire qui remonte jusqu'aux textes de la vieille "Esquisse de la Mythologie". Dans AAm, de l'autre côté, Melkor construisit Utumno, ou était à tout le moins très avancé dans le travail, avant que les Valar ne fussent conscients de lui, et ce fut d'Utumno que la pourriture et la corruption vinrent; les Valar perçurent ensuite sa présence en Arda et "se mirent à la recherche de sa cachette", et ce fut ceci (comme il apparaît) qui mena au soudain départ en guerre de Melkor et à la destruction des Lampes.

§22 L'attaque de Melkor par les Valar revenant de Valinor, décrite dans l'Ainulindalë (§32), n'est pas mentionnée dans AAm, qui dit seulement qu'ils "ne purent à ce moment-là le vaincre", reprenant les mots de QS §12 (V.208). Que l'idée ait été abandonnée se remarque subséquemment, p. 78, §47.

§23 Que toute vie en Aman fût libre de toute disparition ou flétrissement, et libre de la pourriture et de la maladie, n'avait en fait pas été dit dans de précédents textes.

§24 Alors que dans les textes des années 30, la vieille idée des Contes perdus selon laquelle les étoiles furent créées en deux actes séparés (I.69, 113-14, 133) avait été abandonnée, elle réapparaît à présent : Varda créa les étoiles "au cours des âges oubliés de ses travaux en Ëa", et plus tard en AAm (p. 71, §35) il est dit qu'"elle fit des étoiles plus nouvelles et plus brillantes" avant l'éveil des Elfes. Cela doit vraisemblablement être associé à la conception dans la dernière Ainulindalë (§§14, 28) de l'établissement d'Arda "au milieu d'étoiles innombrables".

§§25-26 Que les Arbres crûssent sur un monticule vert dans le Cercle de Justice est un nouveau détail, bien que QS §14 (V.209) implique que les Arbres étaient dans le Cercle. Le Cercle et le Monticule sont dit ici être situés devant la porte occidentale de Valmar; dans les Contes perdus les Arbres étaient situés au nord de la ville, et en outre "séparés de plusieurs lieues" l'un de l'autre (I.71, 143).

§28 Ce récit de la lumière qui s'égouttait des Arbres étant prélevée par des Maiar des cuves de Varda pour "arroser" toutes les régions de Valinor trouve sa racine dans la vieille idée selon laquelle les Arbres "doivent être arrosés de lumière pour avoir de la sève et vivre" (I.73).

§29 À la fin de ce paragraphe se trouve un nouveau détail remarquable, selon lequel après mille jours, les Arbres produisaient une nouvelle branche; et que c'était pourquoi une Année valienne était constituée de la sorte. Il est évident - et mentionné ici expressément - que le jour valien comprenait douze heure parce que la période de lumière mélangée était exactement cinq fois plus courte que la période de floraison entière de lumière de soit Telperion, soit Laurelin; si elle avait été trois fois plus courte, le jour aurait compris huit heures, etc. Le jour valien relevait donc de la nature des Arbres. Nous apprenons à présent que l'année valienne de 1.000 jours était aussi due à la nature des Arbres, vu qu'après ce temps, les Arbres produiraient une nouvelle branche.
Il n' y a pas de suggestion ici que le calcul suivant selon lequel cent ans constituaient un âge valien (qui remonte aux première Annales, IV.263) était relié à la structure interne des Arbres; mais il est dit dans la section Du Commencement du Temps et de son Comput (§6) que les Savants supposaient "que les Valar conçurent ainsi les heures des Arbres afin que cent de telles années ainsi mesurées devaient être en durée égales à un âge des Valar (tels que ces âges étaient à l'époque de leurs labeurs avant la fondation de Valinor)" - i.e., avant les Arbres. Comme les deux passages sont seulement séparés par quelques pages d'un même manuscrit, la présomption est qu'ils ne sont pas contradictoires; et pris globalement, le sens peut seulement être que les périodes des Arbres, qui relevaient de leur nature, étaient néanmoins reliées à un mode de mesure du temps avant que les Arbres n'existassent. Ceci semble à son tour exiger que les Valar connaissaient, et avaient "conçus", avant même que Yavanna et Nienna ne vinssent sur le Monticule vert, la nature périodique de la lumière des Arbres.

La question cosmologique reçoit ici de nouveaux éléments. Les affirmations relevantes dans cette première section d'AAm sont les suivantes :
§1 Ëa est "le Monde qui est"; les Valar sont "les Puissants d'Ëa".
§11 Après des âges de labeur "dans les grands espaces d'Ëa, les Valar descendirent en Arda au commencement de son existence".
§13 Tulkas vint en Arda "hors des régions lointaines d'Ëa".
§17 Melkor réunit des esprits "des vides d'Ëa".; et il "se rapprocha à nouveau d'Arda, et la regarda".
§18 Les Valar ne perçurent pas l'ombre sombre "projetée de loin par Melkor".
§19 Melkor "passa au-dessus des frontières d'Ëa" > "passa au-dessus des Murs de la Nuit sur les frontières d'Arda" > "passa au-dessus des Murs de la Nuit" (note 19).
§23 La Mer extérieure "encerclait le royaume d'Arda, et au-delà étaient les Murs de la Nuit".
Les Murs de la Nuit n'ont été nommés nulle part ailleurs : mais il est difficile de voir, spécialement au regard de la phrase citée du §23, comment ils ne peuvent être identifiés avec les Murs du Monde. J'ai dit (p. 29) que le départ de Melkor d'Arda dans l'Ainulindalë - la nouvelle histoire qui apparut après Le Seigneur des Anneaux - soulève la question du passage des Murs du Monde et de la forme que cette conception prit alors. L'idée d'un tel passage apparut en fait, et de manière très déconcertante, durant la période antérieure, à la fin de Q, où il est dit que certains pensent que par moments Melkor revient vers le monde, et qu'il "revient en rampant, surmontant les Murs" (IV.164, 253). Le passage d'AAm §19 (tel que modifié) est sans équivoque : Melkor passa au-dessus des Murs de la Nuit. Nous sommes donc de retour à l'imagination originelle de Murs : cf. mes remarques dans I.227, "il semble donc évident que les Murs furent originellement conçus comme les murs de villes terrestres, ou de jardins – des murs avec une limite, un « haut » : une « clôture encerclante »." Ainsi, nous pouvons le supposer, Melkor pouvait "regarder Arda" (§17); ainsi sa vaste ombre pouvait être projetée avant même qu'il ne passât au-dessus des Murs (§18); et ainsi Tulkas (§13) et les esprits convoqués par Melkor (§19) pouvaient entrer dans la "région clôturée" (telle qu'Arda est définie, p.7).
Mais la phrase "il passa au-dessus des Murs de la Nuit" était une modification de ce que mon père écrivit avant: "il passa au-dessus des frontières d'Ëa". Cela peut-il signifier autre chose que, en entrant en Arda, Melkor quitta Ëa ? Avec cette connexion, on peut revenir aux deux schémas de l'Ambarkanta sur "Ilu" (IV.242-5), sur lesquels, bien plus tard (peut-être en cette période), mon père corrigea au crayon Ilurambar "les Murs du Monde", le changeant en Ëarambar ("les Murs d'Ëa"). (Bien sûr, si les Murs ne sont plus conçus comme une coque sphérique - d'où l'expression "englobée parmi le Vide", comme utilisée dans les versions antérieures de l'Ainulindalë - mais comme un rempart surmontable, l'Ëarambar ne peut pas être considéré comme la même conception que l'Ilurambar, mais seulement comme un nouveau nom pour les Murs, à présent conçus différemment; et la substitution du nouveau nom à l'ancien sur les vieux schémas est par conséquent dans cette mesure trompeuse.) Il est tout autant difficile de voir ce qu'Ëarambar signifie d'autre que "les Murs qui clôturent et excluent les sombres étendues des "vides d'Ëa"" (une expression utilisée au §17), en contraste avec Ilurambar "les Murs qui clôturent et incluent Ilu".
La difficulté avec ceci, bien sûr, est qu'Ëa est définie ailleurs comme l'"Univers de ce qui Est" (p.7), "Création, l'Univers" (p. 39), et qu'Ëa contient par conséquent Arda; il est en tout cas très clair dans tous les textes de la période tardive qu'Arda est en Ëa. Mais il se peut qu'Arda puisse néanmoins être considérée comme séparée d'Ëa lorsque Ëa est considérée comme "l'Espace".
Parmi toutes les ambiguïtés (très spécialement, dans l'emploi du mot "Monde"), il semble y avoir un témoignage de ce que, dans ces textes, l'image du monde de l'Ambarkanta survécut au moins dans la conception de la Mer extérieure s'étendant jusqu'aux Murs du Monde, maintenant appelés les Murs de la Nuit - bien que les Murs en soient venus à être conçus différemment (voir aussi p. 135, §68). Maintenant, dans la révision du "Silmarillion" effectuée en 1951, la phrase de QS §12 (V.209) "les Murs du Monde clôturaient et excluaient le Vide et les Premières Ténèbres" - une phrase en parfait accord bien sûr avec l'Ambarkanta - fut conservée (p. 154). C'est une difficulté centrale en relation avec l'Ainulindalë, où il est rendu aussi clair que souhaitable qu'Ëa vint à exister dans le Vide, elle était englobée au sein du Vide (§§11, 20, et voir pp. 37-38); comment alors les Murs d'Arda peuvent-ils "clôturer et exclure le Vide et les Premières Ténèbres" ?
Une explication possible, d'une certaine manière, peut être devinée par les mots suscités de AAm §17 : Melkor réunit des esprits hors des vides d'Ëa. Il se peut que, bien que AAm ne soit pas très éloigné en temps de la dernière version (D) de l'Ainulindalë, la conception de mon père ne s'accordait pas en fait complètement avec ce qu'il avait écrit là; que (comme je l'ai suggéré, p. 39), il pensait alors à Arda comme étant "établie dans une immensité indéfinie dans laquelle toute la "Création" est comprise", plutôt qu'à une Eä limitée elle-même établie "au milieu du Vide". Alors, au-delà des Murs de la Nuit, les limites d'Arda, s'étendent "les vides d'Ëa". Mais cette suggestion ne résout, bien entendu, pas tous les problèmes, les ambigüités et les contradictions apparentes dans la cosmologie de la période tardive, qui ont déjà été discutés.


*


J'ai mentionné (
p. 47) le fait qu'il existe un tapuscrit de la première partie d'AAm qui est assez distinct de la copie de secrétaire du texte entier. Je n'étais pas conscient de son existence quand le texte du Silmarillion fut préparé pour publication. Il était directement pris de et étroitement basé sur le manuscrit AAm, et il fut certainement fait par mon père, qui introduisit des changements par rapport au manuscrit alors qu'il tapait. Il contient en fait beaucoup de changements, la plupart mineurs ou très mineurs, mais aussi quelques modifications importantes et des ajouts; et il ne comprend pas la section Du Commencement du Temps et de son Comput. Aucun de ces changements n'apparaît dans les corrections faites au tapuscrit amanuensis ou à sa copie carbone, excepté le retrait de la section sur le Comput du Temps (p. 68).
Je me référerai à ce texte par "AAm*". Il semble qu'il n'y ait pas moyen de déterminer avec certitude quand il fut rédigé, et je peux seulement consigner mon sentiment qu'il appartient à la période de rédaction du manuscrit AAm plutôt qu'à une période plus tardive. En tout cas, mon père l'abandonna tôt (voir p. 80). Il se peut que l'ayant mis de côté, il l'ait oublié, ou perdu; et quand l'opportunité se présenta d'avoir le texte tapé par une secrétaire qui était une dactylo entraînée (comme cela semble être le cas), il transmis simplement le manuscrit AAm tel quel (incluant donc la section sur le Comput du Temps, bien qu'en AAm* il l'eût retirée).
Je livre à présent les changements intéressants de AAm* (qui s'étend un peu plus loin que le point atteint dans cette première section; pour le reste du texte, voir pp. 79-80).
Le préambule
    Ici commencent les "Annales d'Aman". Rúmil les rédigea dans les Jours anciens, et elle furent conservées par les Exilés. Ces parties que nous avons apprises et retenues furent donc consignées en Númenor avant que l'Ombre ne la recouvre.
Ceci est spécialement intéressant vu que cela montre un mode de transmission différent de la tradition "Pengoloð - Ælfwine" : les Annales sont conçues comme un œuvre réalisée en Númenor, provenant des "Exilés", les Noldor en Terre du Milieu, qui eux-mêmes la tenaient de l'œuvre de Rúmil. L'idée que Númenor était un élément essentiel de la transmission des légendes des Jours anciens réapparaîtra (voir en particulier pp. 370, 373-4, 401-2).
§1 À la place de "chefs des Valar", AAm* a "seigneurs des Valar", et subséquemment. Lorien a été changé au crayon sur le tapuscrit en Lorion (mais pas dans le passage cité sous le §3 ci-dessous).
§2 En AAm, la vieille phrase "Manwë et Melkor étaient les plus puissants, et ils étaient frères" a été préservée, mais AAm* a ici :
    Melkor et Manwë étaient frères dans la pensée d'Eru, et les aînés de leur espèce, et leur puissance était égale et plus grande que celle de tous les autres qui résidaient en Arda. Manwë est Roi des Valar...
Il est dit dans la dernière Ainulindalë (§§5, 9) que Melkor était le plus puissant des Ainur, et ceci remonte en fait au texte B pré-Seigneur des Anneaux de l'Ainulindalë (voir V.164, note 4 pour les différentes affirmations à ce sujet). Plus tard en AAm (p. 97, §102), Fëanor "claqua les portes de sa maison à la face du plus puissant de tous les résidents d'Ëa".
Ce texte a "Oromë et Tulkas étaient les plus jeunes dans la pensée d'Eru" là où AAm a "plus jeunes".
§3 Il y a un mélange bizarre de présents et de passés dans ce passage : ainsi "Vána la Belle est la femme d'Oromë", "Vairë la Tisseuse habite avec Mandos", mais "Ulmo n'avait pas de compagne, tout comme Melkor", "Nienna n'avait pas d'époux", "la femme de Lorien était Estë la Pâle". Sur cette question, voir pp. 204-5.
Il n'est pas dit à présent que Vana (marquée Vána à la première occurrence mais pas subséquemment) était la sœur de Yavanna (voir p. 59).
Tel que tapé, le passage commençant par "Nienna n'avait pas d'époux" (ainsi épelé, et non Niënna, dans toutes les occurrences d'AAm*) continuait ainsi :
    Nienna, la reine de l'Ombre, la sœur de Manwë, n'avait pas d'époux. La femme de Tulkas était Nessa la Jeune; et la femme de Lorien était Estë la Pâle. Celles-ci ne siègent pas aux conseils des Valar mais sont les plus grandes des Maiar.
En AAm, il est dit d'Estë seule qu'"elle ne se rend pas aux conseils des Valar", et son nom n'apparaît pas dans la liste des reines des Valar : elle est "la principale des Maiar". Dans le texte présent, en dépit de l'exclusion de Nessa des conseils, et l'affirmation selon laquelle elle et Estë "sont les plus grandes des Maiar", son nom figure toujours dans la liste des reines. Des modifications contemporaines au manuscrit produisent ce changement remarquable :
    Nul compagnon n'avait Nienna, la sœur de Manwë; tout comme Nessa l'Eternelle Demoiselle. La femme de Tulkas était Lëa la Jeune; et la femme de Lorien était Estë la Pâle ...
Le texte continue alors comme auparavant, de telle sorte que les deux qui ne siègent pas aux conseils des Valar et sont "les plus grandes des Maiar" deviennent Lëa et Estë. Il n'y a aucune trace de ce développement dans aucun autre texte, mais Lëa apparaît à nouveau en AAm* tel que le texte fut tapé (voir sous le §18 ci-dessous).
§4 Ce paragraphe a été substantiellement étendu :
    Avec ces grands puissants vinrent beaucoup d'autres esprits de la même espèce, engendrés par la pensée d'Eru avant la création d'Eä, mais de puissance et d'autorité moindres; ce sont les Maiar, le peuple des Valar.; ils sont beaux, mais leur nombre n'est pas connu et peu ont un nom parmi les Elfes ou les Hommes.
    Il y a aussi ceux que nous appelons les Valarindi, qui sont les Enfants des Valar, engendrés de leur amour après leur entrée en Eä. Ils sont les premiers enfants du Monde; et bien que leur existence ait commencé à l'intérieur d'Eä, ils sont pourtant de la race des Ainur, qui furent avant le Monde, et leur puissance et leur rang ne sont précédés que par ceux des Valar.
§12 À la fin de ce paragraphe, AAm* ajoute : "Ainsi s'écoulèrent en conflits de nombreuses années des Valar."
§14 La date 1900 de l'établissement des Lampes est omise en AAm*.
§15 AAm* conserve les mots d'AAm, " et les arbres et les herbes crurent, et les bêtes et les oiseaux apparurent..." Voir le commentaire sur ce passage, p. 60 : la référence à l'apparition des oiseaux et des fleurs à cette époque avait été retirée de l'Ainulindalë D par ce qui semble être un changement très rapide du texte, et il y a en cela une suggestion que les deux versions de l'ouverture des Annales d'Aman appartiennent à la même époque (voir p. 64).
§17 Ce paragraphe a subi plusieurs modifications :
    À présent Melkor savait tout ce qui avait été fait; car même alors il avait des amis secrets parmi les Maiar, qu'il avait convertis à sa cause, que ce soit dès l'accomplissement de l'Ainulindalë ou par après en Eä. De ceux-ci le principal, comme il fut connu plus tard, était Sauron, un grand artisan de la maison d'Aulë. Ainsi au loin dans les endroits obscurs d'Eä, où il s'était retiré, Melkor était plein d'une nouvelle haine, étant jaloux de l'œuvre de ses pairs, qu'il désirait assujettir à lui-même. Dès lors il avait rassemblé autour de lui des esprits des vides d'Ëa qui le servaient, jusqu'à ce qu'il s'estimât fort; et voyant à présent son heure, il se rapprocha à nouveau d'Arda; et il la regarda, et la beauté de la Terre en son Printemps l'emplit de surprise, mais parce qu'elle n'était pas sienne, il se résolut à la détruire.
§18 Ici apparaît à nouveau la femme de Tulkas, Lëa la Jeune, dans le texte tel que tapé et non par modification (voir sous le §3 ci-dessus), nommée à présent Lëa-vinya ("Lëa la Jeune") :
    Il est dit que lors de cette fête du Printemps d'Arda, Tulkas épousa Lëa-vinya, la plus belle des servantes de Yavanna, et que Vana la para de fleurs, qui s'ouvrirent alors pour la première fois; et elle dansa devant les Valar...
Sur la référence aux premières fleurs, voir sous le §15 ci-dessus.
§19 AAm* a "les Murs de Nuit" pour "les Murs de la Nuit", et idem au §23.
§20
    À présent Melkor commença le creusement et la construction d'une vaste forteresse profondément sous la Terre, [biffé : sous les racines de] loin de la lumière d'Illuin; et il éleva de grandes montagnes au-dessus de ses halls. Cette forteresse fut nommée Utumno la Profondément Cachée; et bien que les Valar n'en sussent pendant longtemps rien ...
En AAm, Utumno fut creusée "sous de sombres montagnes"; le nouveau texte, dans lequel Melkor éleva des montagnes au-dessus (comme Thangorodrim au-dessus d'Angband), a surgi au moment où il fut tapé.
§21 Là où AAm a "Et il assaillit les lumières d'Illuin et d'Ormal", AAm* a :
    Il descendit du nord comme une tempête noire, et il assaillit les lampes d'Illuin et d'Ormal.
§22 La conclusion de ce paragraphe en AAm, " eux qui devaient encore arriver en un moment qui était caché aux Valar", est omise en AAm*.
§23 Le mot "dieux" a été enlevé en AAm* pour les deux occurrences : au début du paragraphe "les dieux n'avaient plus de demeure" devient "ils n'avaient plus", et près de la fin "car les dieux y habitaient" devient "car les Serviteurs d'Ilúvatar y habitaient".
Le Pays d'Aman était "sur les frontières de l'ancien monde" (i.e. le monde avant le Cataclysme); "sur les frontières du monde" AAm. Le passage concernant le Taniquetil a été changé pour se lire ainsi :
    Mais au-dessus de toutes les montagnes des Pelóri était cette hauteur qui fut appelée Taniquetil Oiolossë, le pic étincelant, l’Eternelle Blancheur, sur le sommet de laquelle Manwë installa son trône, devant les portes des halls en dômes de Varda.
§25 Dans AAm, il est dit que "les Valar construisirent leur ville"; AAm* donne :
    ... au milieu de la plaine à l'ouest des Pelóri, Aulë et ses gens leur construisirent une belle cité. Cette ville ils nommèrent Valimar la Bénie.
Ceci réapparaît des Contes perdus; cf. I.77 : "Maintenant ai-je raconté et décrit les demeures de tous les grands Dieux qu’Aulë de son travail et de son métier éleva en Valinor." - Il s'agit de la première occurrence de la forme Valimar (idem dans les §§26 et 28 de ce texte).
§26 Après les mots "Mais Nienna pensa en silence, et arrosa le monticule de larmes", il y a une note de bas de page dans la nouvelle version :
    Car il est dit que même à la Musique Nienna ne prit qu'une petite part, mais écouta attentivement tout ce qu'elle entendit. Par conséquent, elle était riche en souvenirs, et prévoyante, percevant comment les thèmes devraient se déployer dans le Conte d'Arda. Mais elle avait peu de joie, et tout son amour était mélangé à de la pitié, éplorée en raison des blessures du monde et des choses qui échouaient à s'épanouir. Si grand était son chagrin, est-il dit, qu'elle ne put résister jusqu'à la fin de la Musique. Dès lors, elle n'a pas l'espoir de Manwë. Il voit plus loin; mais la Pitié est dans le cœur de Nienna.
Sur ce passage, voir p. 388 et note 2. L'affirmation ici selon laquelle Nienna "ne put résister jusqu'à la fin de la Musique", et que "dès lors, elle n'a pas l'espoir de Manwë", est très frappante; mais il n'est pas dit en quoi réside l'espoir de Manwë. Il peut peut-être être relevant de mentionner la note de bas de page de Pengoloð à l'Ainulindalë D, §19 (p. 31) :
    Et certains ont dit que la Vision s'était interrompue avant l'accomplissement de la Domination des Hommes et l'affaiblissement des Premiers Nés ; c'est pourquoi, bien que la Musique soit au-dessus de tout, les Valar n'ont pas vu de leurs yeux les Âges Tardifs, ou la fin du Monde.
§28 Pour "amassée dans de puissantes cuves", AAm* donne "amassée dans de profonds bassins".


*


Il reste à se pencher sur les quelques corrections faites au tapuscrit amanuensis d'AAm dans cette section d'ouverture, et celles (presque entièrement différentes) faites à la copie carbone. Ces changements étaient rapides, et occasionnels, en aucun sens une révision véritable de l'œuvre. Ils furent faits un certain temps après, que je suis incapable de définir; mais ils ont pour effet d'accorder l'ouverture d'AAm à la forme la plus tardive de l'autre tradition, découlant du chapitre I de QS, "Des Valar", et aboutissant finalement à l'œuvre courte et indépendante, le Valaquenta.
Sur la première copie du tapuscrit, il n'y eut pas que la section sur le Comput du Temps à être barrée (voir p. 64), mais également le récit résumé des Valar au commencement : une note sur la page de couverture du texte indique que les Annales doivent commencer à la Première Année des Valar en Arda (§11 [ici]). Mais des changements au crayon avaient été apportés aux §§1-4 avant ceci :
§1 "neuf chefs" > "sept chefs"; Ossë et Melkor ont été rayés de la liste. Sur le retrait d'Ossë, voir p. 91, §70.
§2 Le mot "aussi" ajouté dans "Les reines des Valar sont aussi sept"; Estë ajoutée, et Uinen retirée, de telle sorte que la liste devient "Varda, Yavanna, Nienna, Estë, Vairë, Vana, et Nessa".
§3 "Varda était la compagne de Manwë depuis le début" > "Varda était la compagne de Manwë depuis le début d'Arda".
"et Uinen, la dame des mers, est la compagne d'Ossë" a été rayé (une simple conséquence du fait qu'Ossë n'est plus compté parmi les "chefs").
"la sœur de Manwë et de Melkor" (à propos de Nienna) a été rayée.
"mais elle ne se rend pas aux conseils des Valar et n'est pas comptée parmi les dirigeants d'Arda, mais est la principale des Maiar" (à propos d'Estë) a été rayé (une conséquence du fait qu'Estë est maintenant inclue dans les "reines").
§4 "Et avec eux sont aussi comptés les Valarindi..." jusqu'à la fin du paragraphe a été rayé (voir ci-dessous).
§28 "de puissantes cuves" > "des sources brillantes" (cf. le changement fait en AAm*, p. 68).
Des changements assez différents furent apportés à la copie carbone de cette section sur les Valar. Au §3, "la femme d'Oromë" et "la femme de Tulkas" furent changés en "la compagne d'Oromë" et "la compagne de Tulkas"; "Nienna n'a pas d'époux" fut changé en "Nienna n'a pas de compagnon"; et en marge à côté de ces changements, mon père écrivit :
    Notez que "compagne" signifie seulement une "association". Les Valar n'avaient pas de corps, mais pouvaient revêtir des formes. Après l'arrivée des Eldar, ils utilisèrent le plus souvent des formes "humaines", quoique plus grandes (pas gigantesque) et plus magnifiques.
Au même moment, le passage concernant les Valarindi, les Enfants des Valar, à la fin du §4, fut rayé (tout comme sur la première copie), vu que cette note est l'affirmation la plus définitive qu'une telle conception était hors de question.
Quelques autres ajouts au crayon furent faits en des points subséquents de la copie carbone :
§20 À côté d'Utumno, il est écrit : "Utupnŭ √TUI ? recouvrir, cacher"; sur ceci, cf. AAm* §20 (p. 67) : "cette forteresse fut nommée Utumno la Profondément Cachée", et voir les Étymologies (V.394), racine TUB, où la forme originale du nom est donnée comme *Utubnu.
§23 Là où le mot "dieux" fut remplacé par "les Serviteurs d'Ilúvatar" en AAm* (p. 67), [Tolkien] le corrigea sur la copie carbone du tapuscrit en "les Immortels". À l'occurrence de "dieux" au début du paragraphe, il fit le même changement (en "ils") que dans AAm*.
§25 Après "un monticule vert" est ajouté Ezellohar; et en §26, Ezellohar remplace "ce Monticule vert".



Note :

* Cf. le texte (§7) : "neuf et demi et huit centièmes et un peu plus".
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MessagePosté le: 28 Avr 2006 15:44     Sujet du message: Répondre en citant

Deuxième section des Annales d'Aman



Ici commence un nouveau Comput dans la Lumière des Arbres

1*


§30 Pendant mille années des Arbres, les Valar vécurent dans la félicité de Valinor par delà les Montagnes d'Aman, et l'entièreté de la Terre du Milieu reposa dans un crépuscule sous les étoiles. Les Valar s'y rendaient rarement, excepté seulement Yavanna et Oromë; et Yavanna marchait souvent là-bas dans les ténèbres, chagrinée parce que toutes la croissance et les promesses du Printemps d'Arda étaient enrayées. Et elle plongea dans le sommeil beaucoup des belles choses qui s'étaient éveillées en ce Printemps, à la fois arbre et herbe et bête et oiseau, afin qu'ils ne vieillissent pas mais qu'ils attendissent le moment du réveil qui devait pourtant arriver. Mais Melkor demeurait en Utumno, et il ne dormait pas, mais observait, et œuvrait; et les choses maléfiques qu'il avait perverties marchaient au loin, et les forêts sombres et endormies étaient hantées de monstres et de formes de terreur. Et en Utumno il créa la race des démons que les Elfes nommèrent par après les Balrogs. Mais ceux-ci ne sortaient pas encore des portes d'Utumno, en raison de la vigilance d'Oromë.

§31 À présent Oromë aimait tendrement toutes les œuvres de Yavanna, et il répondait toujours présent à son appel. Et pour cette raison, et parce qu'il désirait de temps en temps chevaucher dans des forêts plus grandes et plus larges que les bois de Valinor, il venait souvent aussi en Terre du Milieu, et y allait chasser sous les étoiles. Alors son cheval blanc, Nahar, brillait comme l'argent parmi les ombres; et la terre endormie tremblait aux battements de ses sabots d'or. Et Oromë soufflait dans son puissant cor, après quoi les montagnes tremblaient, et les choses du mal s'enfuiyaient; mais Melkor tremblait en Utumno et n'osait pas se risquer à sortir. Car il est dit que comme sa malice croissait , ainsi que la force de sa haine, le cœur de Melkor faiblissait; et avec tout son savoir et sa puissance et ses nombreux servants, il devint lâche, ne livrant bataille qu'à ceux de faible force, tourmentant les faibles, et se fiant toujours à ses esclaves et créatures pour faire son travail maléfique. Pourtant toujours sa domination s'étendait vers le sud sur la Terre du Milieu, car alors même qu'Oromë disparaissait, les servants de Melkor s'assemblaient à nouveau; et la Terre était remplie d'ombres et de tromperie.

1000


§32 Il en vint à arriver que les Valar tinrent conseil, car ils devenaient préoccupés par les nouvelles que Yavanna et Oromë rapportaient des Terres extérieures. Et Yavanna parla devant les Valar, et prédit que l'arrivée des Enfants d'Ilúvatar se rapprochait, bien que l'heure et le lieu de cette arrivée ne fussent connus que d'Ilúvatar. Et Yavanna implora Manwë d'apporter la lumière à la Terre du Milieu, pour arrêter les maléfices de Melkor et pour le confort des Enfants; et Oromë et Tulkas parlèrent de même, étant impatients d'en découdre avec Utumno.

§33 Mais Mandos parla et dit que, bien que l'arrivée fût préparée, elle ne devait pas avoir lieu avant plusieurs années; et que les Aînés des Enfants devaient arriver dans l'obscurité et poser d'abord le regard sur les Etoiles. Car ainsi cela était-il prescrit.

§34 Alors Varda quitta le conseil, et elle regarda vers l'extérieur depuis la hauteur du Taniquetil, et considéra l'obscurité de la Terre sous les étoiles innombrables, pâles et lointaines. Ensuite elle commença un grand labeur, la plus grande de toutes les œuvres des Valar depuis leur arrivée en Arda.

1000-1050


§35 À présent Varda prit de la lumière qui était produite par Telperion et était conservée en Valinor, et elle créa des étoiles plus nouvelles et plus brillantes. Et nombre des anciennes étoiles elle réunit et disposa en tant que signes dans les cieux d'Arda. Le plus grand d'entre eux était Menelmakar, l'Épéiste du Ciel. Ceci, est-il dit, était un signe de Túrin Turambar, qui devait venir au monde, et un signe avant-coureur de la Dernière Bataille qui aura lieu à la fin des Jours.

1050


§36 En dernier Varda créa le signe d'étoiles brillantes qui est appelé la Valakirka, la Faucille des Dieux, et ceci elle le fixa vers le nord, comme une menace sur Utumno et une marque du destin de Melkor.

§37 En cette heure, est-il dit, les Quendi, les Enfants Aînés d'Ilúvatar, s'éveillèrent : ceux-ci, les Hommes les ont appelés les Elfes, et par bien d'autres noms. Auprès des Eaux de l'Éveil, Kuiviénen, il se levèrent du sommeil d'Ilúvatar et leurs yeux virent en tout premier les étoiles du ciel. Par conséquent, ils ont toujours aimé la lumière des étoiles, et ont révéré Varda Elentárië parmi tous les Valar.

§38 Avec les changements du monde, les contours des terres et des mers ont été brisés et redessinés; des rivières n'ont pas conservé leurs cours, de même des montagnes ne sont pas restées inébranlables; et vers Kuiviénen, il n'y a pas de retour. Mais on dit parmi les Quendi qu'il se trouvait très loin en Terre du Milieu, à l'est d'Endon (qui en est le point central), et vers le nord; et il s'agissait d'une baie sur la Mer intérieure d'Helkar. Et cette mer se situait là où jadis furent les racines de la montagne d'Illuin avant que Melkor ne la renversât. De nombreux cours coulaient de ces hauteurs dans l'est, et le premier son qui fut perçu par les oreilles des Elfes fut le son de l'eau qui coulait, et le son de l'eau tombant sur la pierre.

§39 Longtemps les Quendi vécurent-ils en leur première patrie près des eaux sous les étoiles, et ils marchaient sur la Terre avec émerveillement; et ils commencèrent à parler et à donner des noms à toutes les choses qu'ils percevaient. Et ils se nommèrent les Quendi, signifiant ceux qui parlent avec des voix; car jusqu'alors, ils n'avaient encore rencontré aucune autre créature parlante ou chantante.

§40 À cette époque également, dit-on, Melian, la plus belle des Maiar, désirant regarder les étoiles, grimpa sur le Taniquetil, et soudainement elle désira voir la Terre du Milieu, et elle quitta Valinor et marcha dans la pénombre.

1085


§41 Et lorsque les Elfes eurent vécu dans le monde trente-cinq Années des Valar (ce qui équivaut à trois cent trente-cinq de nos années), il arriva par chance qu'Oromë chevaucha vers Endon au cours de sa chasse, et il obliqua au nord par les rives d'Helkar et passa sous les ombres des Orokarni, les Montagnes de l'Est. Et tout à coup Nahar poussa un grand hennissement et s'arrêta ensuite. Et Oromë s'interrogea et s'assit en silence, et il lui sembla que dans le calme de la terre sous les étoiles, il entendit au loin de nombreuses voix chantant.

§42 Ainsi advint-il que les Valar trouvèrent enfin, comme si c'était par chance, ceux qu'ils avaient si longtemps attendus. Et quand Oromë les regarda, il s'emplit d'émerveillement, comme s'ils étaient des choses imprévues et inimaginées; et il aima les Quendi, et les nomma les Eldar, le peuple des étoiles.

La page originale manuscrite a été interpolée en cet endroit, un passage étant écrit dans la marge comme suit:
    Pourtant, par des connaissances ultérieures, les savants disent tristement qu'Oromë ne fut pas, probablement, le premier des Grands à regarder les Elfes. Car Melkor était sur ses gardes, et ses espions étaient nombreux. Et on pense que, cachés à proximité, ses servants dévoyèrent certains Quendi qui s'étaient aventurés au loin, et qu'ils les emmenèrent en captivité à Utumno, et les y asservirent. De ces esclaves, considère-t-on, provinrent les Orkor qui furent par après les principaux ennemis des Eldar. Et les mensonges de Melkor se propagèrent rapidement, de telle sorte que des murmures furent entendu parmi les Quendi, les avertissant que si quiconque de leur espèce disparaissait dans les ombres et n'était plus revu, ils devaient se méfier d'un chasseur cruel, car c'était lui qui les emmenait pour les dévorer. Ce fut en conséquence de ceci qu'à l'approche d'Oromë, de nombreux Quendi fuirent et se cachèrent.
Le texte original continue alors, avec une nouvelle date 1086, "Rapidement Oromë chevaucha-t-il vers Valinor et apporta-t-il des nouvelles aux Valar" (voir le §46 ci-dessous). Mais le passage interpolé juste donné fut subséquemment remplacé sur une nouvelle page par le long et important passage suivant des §§43-5 (trouvé tapé dans le tapuscrit) :


§43 Pourtant de nombreux Quendi furent effrayés par sa venue. C'était le fait de Melkor. Car par des connaissances ultérieures, les savants disent que Melkor, toujours à l'affût, fut le premier au courant de l'éveil des Quendi, et envoya des ombres et des esprits maléfiques les surveiller et les attaquer. Ainsi arrivait-il, quelques années avant l'arrivée d'Oromë, que si des Elfes erraient au loin, seuls ou en petit groupe, ils disparaissaient souvent et ne revenaient jamais; et les Quendi disaient que le Chasseur les avait attrapés, et ils avaient peur. Pourtant, dans les plus anciens chants de notre peuple, dont certains échos sont encore préservés dans l'Ouest, nous entendons parler des formes d'ombres qui marchaient dans les collines autour de Kuiviénen, ou qui passaient soudainement sur les étoiles; et du Cavalier noir sur son cheval sauvage qui poursuivait ceux qui se promenaient, pour les prendre et les dévorer. Maintenant, Melkor haïssait et craignait les chevauchées d'Oromë, et soit il envoya vraiment ses sombres serviteurs comme cavaliers, soit il propagea des rumeurs mensongères, dans l'objectif que les Quendi évitassent Oromë, si par chance ils se rencontraient.

§44 Ainsi en était-il que, lorsque Nahar hennit et qu'Oromë vint en effet parmi eux, certains des Quendi se cachèrent, et certains fuirent et s'égarèrent. Mais ceux qui eurent le courage de rester perçurent rapidement que le Grand Cavalier était noble et beau et non une forme des Ténèbres; car la Lumière d'Aman couvrait son visage, et tous les plus nobles des Quendi se tournèrent vers lui.

§45 Mais de ces malheureux qui furent pris au piège par Melkor, peu est su de manière certaine. Car qui des vivants est descendu dans les puits d'Utumno, ou a exploré les ténèbres des pensées de Melkor ? Pourtant ceci est tenu pour vrai par les sages d'Eressëa : que tous ceux des Quendi qui tombèrent dans les mains de Melkor, avant qu'Utumno ne fût détruit, furent jetés en prison, et par de lents artifices de cruauté et de méchanceté, furent corrompus et asservis. Ainsi Melkor produisit-il l'hideuse race des Orkor par envie et moquerie des Eldar, dont ils devinrent par après les ennemis les plus acharnés. Car les Orkor avaient la vie et se multipliaient à la manière des Enfants d'Ilúvatar; et nulle chose ayant une vie propre, ni une semblance de vie propre, ne pouvait être créée par Melkor depuis sa rébellion lors de l'Ainulindalë avant le Commencement : ainsi disent les sages. Et loin en leurs sombres cœurs, les Orkor haïssaient le Maître qu'ils servaient par crainte, le créateur seulement de leurs souffrances. Ceci fut peut-être l'acte le plus vil de Melkor et le plus vil envers Eru.

1086


§46 Oromë s'attarda un temps parmi les Quendi, et ensuite il chevaucha rapidement jusqu'en Valinor et apporta les nouvelles aux Valar. Et il parla des ombres qui troublaient Kuiviénen. Alors les Valar tinrent conseil et débattirent longuement de ce qui était le mieux à faire pour la garde des Quendi; mais Oromë retourna aussitôt en Terre du Milieu et demeura parmi les Elfes.

1090


§47 Manwë resta longtemps assis, pensif, sur le Taniquetil, et il se résolut enfin à faire la guerre à Melkor, bien qu'Arda pût pourtant recevoir plus de blessures de cette lutte. Pour la première fois, dès lors, les Valar assaillirent Melkor, et non lui les Valar, et ils partirent en guerre dans toute leur puissance, et ils le défirent en fin de compte. Ils le firent au nom des Elfes, et Melkor le savait bien, et il ne l'oublia point.

1090-1092


§48 Melkor fit face à l'assaut des Valar au nord-ouest de la Terre du Milieu, et toute cette région fut grandement brisée. Mais cette première victoire des armées de l'Ouest fut rapide et facile, et les serviteurs de Melkor s'enfuirent devant elles en Utumno. Alors les Valar marchèrent sur la Terre du Milieu, et mirent en place une garde autour de Kuiviénen; et par la suite les Quendi ne surent rien de la Grande Guerre des Dieux, excepté que la Terre trembla et gémit sous eux, et que les eaux furent agitées; et au nord il y eut des lumières pareilles à de puissants feux. Mais après deux ans, les Valar passèrent à l'extrême-nord et commencèrent le long siège d'Utumno.

1092-1100


§49 Ce siège fut long et pénible, et de nombreuses batailles prirent place devant ses portes dont rien si ce n'est la rumeur n'est connu des Quendi. La Terre du Milieu fut gravement secouée en cette époque, et la Grande Mer qui la séparait d'Aman s'élargit et s'approfondit. Et les terres du lointain Nord devinrent désolées en ces jours, et le sont toujours restées depuis; car là fut excessivement profondément creusée Utumno, et ses puits et cavernes descendaient très loin sous la terre, et ils étaient remplis de feux et de grandes armées de serviteurs de Melkor.

1099


§50 Il arriva qu'enfin les portes d'Utumno furent enfoncées et ses halls mis à jour, et que Melkor se réfugiât dans le dernier puits. De là, voyant que tout était perdu (en cet instant), il envoya soudainement une armée de Balrogs, les derniers de ses serviteurs survivant, et ils assaillirent l'étendard de Manwë, comme s'il s'agissait d'une marée de feu. Mais ils s'évanouirent dans le vent de sa colère et furent tués par l'éclat de sa lame; et Melkor se retrouva enfin seul. Alors, vu qu'il était seul contre beaucoup, Tulkas s'avança en tant que champion des Valar et lutta avec lui et lui fit mordre la poussière, et le lia avec la chaîne Angainor. Ainsi se termina la première guerre de l'Ouest et du Nord.


Note :

* Écrit au crayon au côté du "1" figure "YT" ("Year of the Trees" [NdTr : "Année des Arbres]), et aussi "YV 3501" (i.e. "Year of the Valar" [NdTr : "Année des Valar"]) - les dates "YT" furent souvent modifiées sur le manuscrit, et en certains endroits il est difficile d'interpréter les changements; je donne uniquement les formes finales (voir p. 47-8).


Commentaires sur la deuxième section des Annales d'Aman


(Il n'y a pas de notes de texte sur cette section du texte.) Dans la portion donnée ci-dessus, les Annales d'Aman correspondent à l'ouverture du chapitre 3 La venue des Elfes dans l'autre tradition ou tradition "Silmarillion" (QS §§18-21, V.211-13). Contemporaine (plus ou moins) à la rédaction des Annales d'Aman était la révision majeure du Quenta Silmarillion, mais ici la comparaison doit visiblement se restreindre au texte pré-Seigneur des Anneaux, ainsi qu'aux AV2, annales 1000-1090 des Années des Valar (V.111-12).

§30 Dans AAm apparaît à présent la mise en place par Yavanna d'un sommeil sur les choses vivantes qui s'étaient éveillées lors du Printemps d'Arda, dont il n'y a pas de trace en QS (ou dans les réécritures ultérieures).
La création des Balrogs est ensuite mentionnée; et tandis que en AAm (§17), le passage sur l'"armée" de Melkor, des esprits "des vides d'Ëa" et "des amis secrets et des espions parmi les Maiar", est plus complet que dans l'autre tradition à n'importe quelle étape, les Balrogs sont toujours fermement déclarés être des démons de sa propre création, et en outre avoir été créé en Utumno en cette époque. Sur la conception des Balrogs en AAm, voir plus loin §§42-5, 50 de ce commentaire, et en particulier p. 79, §30.
§31 Que le cheval d'Oromë soit blanc et ferré d'or est mentionné en QS (§24) et Q (§2), mais c'est la première apparition du nom du cheval, Nahar. Oromë est ici représenté en tant qu'une présence de garde en Terre du Milieu, à un tel point que même les Balrogs ne sortaient pas d'Utumno à cause de lui (§30); cf. AV 2 (V.111) "Morgoth reculait face à son cor".
§§34-6 Au sujet des deux créations d'étoiles, voir p. 61, §24. On trouve ici la remarquable affirmation que Menelmakar (Orion) était "un signe de Túrin Turambar, qui devait venir au monde, et un signe avant-coureur de la Dernière Bataille qui aura lieu à la fin des Jours." Il s'agit d'une référence à la Seconde Prophétie de Mandos (dans le Quenta, IV.165) :
    Alors se déroulera sur les terres de Valinor la Dernière Bataille. En ce jour, Tulkas combattra Melko, et à sa droite sera Fionwë, et à sa gauche sera Túrin Turambar, fils de Húrin, Conquérant du Destin, de retour des Cavernes de Mandos; et l'épée noire de Túrin apportera à Melko sa mort et sa fin définitive; et ainsi les Enfants de Húrin et de tous les Hommes seront-ils vengés.
Le nom quenya Menelmacar est mentionné dans l'appendice E (I) du Seigneur des Anneaux; dans La Communauté de l'Anneau apparaît la forme sindarine : "l'Épéiste du Ciel, Menelvagor à la brillante ceinture".
§37 Que les Elfes s'éveillèrent au premier éclat de la Faucille des Dieux est mentionné en AV 2 (V.111); "à l'éclosion des premières étoiles" QS §20.
§38 La référence au site de Kuiviénen est intéressante. À ce sujet, il n'est dit dans l'autre tradition rien d'autre qu'il se situait "à l'est de la Terre du Milieu" (QS §20, préservé dans les textes ultérieurs). En AAm, Kuiviénen se situe au nord-est d'Endon, le point central. Dans la liste des noms accompagnant l'Ambarkanta (IV.241) apparaît "ambar-endya ou la Terre du Milieu dont Endor est le point central", et Endor est inscrit au milieu de la terre centrale dans les diagrammes de l'Ambarkanta (IV.243, 245) - sur la carte (IV.248-9), il est inscrit en tant que point : "Endor milieu de la Terre", et ici il a été corrigé en Endon, la forme dans le présent passage d'AAm, bien que par après rechangé en Endor (de la même manière sur le tapuscrit d'AAm, mon père corrigea Endon en Endor ici et dans le §41). Voir IV.254-5.
En AAm, Kuiviénen était "une baie sur la Mer intérieure d'Helkar", en QS, c'est "le lac éclairé par les étoiles" (et aussi en Q), qui a été retenu dans les textes ultérieurs. Sur la carte de l'Ambarkanta, il est indiqué au nord-est d'Endor (Endon), et est marqué sur le côté oriental de la Mer d'Helkar; dans le texte, il est "près des eaux d'Helkar" (IV.239). Il n'est pas clair que ces affirmations relèvent d'une conception identique. Ici en AAm se trouve la première référence à la Mer d'Helkar (formée après la chute de la Lampe septentrionale) depuis l'Ambarkanta - dans le texte duquel la Lampe elle-même est appelée Helkar; voir IV.256.
§39 Cf. QS §20 : "Pendant un temps, [Oromë] demeura avec eux, et leur enseigna la langue des Dieux, d'après laquelle ils créèrent par après la belle langue elfe", et le Lhammas (V.168) : "D'[Oromë] ils apprirent selon leur capacité la langue des Valar; et toutes les langues qui en ont été dérivées peuvent être appelées oromiennes ou quendiennes". Il est à présent dit en AAm que les Quendi étaient parvenus au langage, et qu'ils donnaient des noms "à toutes les choses qu'ils percevaient", avant même qu'Oromë ne vînt à eux (ce qui arriva 335 Années du Soleil après leur éveil). Cf. le Conte de Gilfanon dans Le Livre des contes perdus (I.232) : "Maintenant les Eldar ou Quendi avaient le don de la parole directement d'Ilúvatar".
§40 Ce paragraphe fut interpolé dans le manuscrit; il apparaît tapé dans le tapuscrit. Le placement du départ de Melian à ce moment dérive des Annales de Valinor (IV.264, V.111); en QS (§31), il est dit qu'elle "errait souvent depuis Valinor en longs voyages vers les Terres d'ici". La signification des mots d'AAm, que Melian, "désirant regarder les étoiles, grimpa sur le Taniquetil", est probablement qu'elle grimpa sur les pentes orientales du Taniquetil, où la Lumière des Arbres n'arrivait pas.
§41 Comme noté dans IV.256, l'affirmation selon laquelle Oromë "obliqua au nord par les rives d'Helkar et passa sous les ombres des Orokarni, les Montagnes de l'Est" s'accorde parfaitement avec la carte de l'Ambarkanta (IV.249; sur la carte, les Orokarni sont nommés les Montagnes Rouges).
"il entendit au loin de nombreuses voix chantant" : cf. QS §20 : "Mais Oromë vint à eux ... alors qu'ils demeuraient pourtant silencieux le long du lac éclairé par les étoiles, Kuiviénen". Voir sous §39 ci-dessus.
§42 QS (§20) reprend ici le passage extraordinaire selon lequel "Oromë regardant les Elfes fut empli d'amour et d'émerveillement; car leur venue n'était pas dans la Musique des Ainur, et était dissimulée dans les pensées secrètes d'Ilúvatar"; voir ma discussion de ce passage, V.216-17.
§§42-5 L'origine des Orcs. La première apparition de l'idée que leur origine était liée aux Elfes se trouve en QS § 18, et plus tard en QS (§62) il est dit que lorsque Morgoth revint en Terre du Milieu après la destruction des Arbres,
    il fit apparaître la race des Orcs, et ils crûrent et se multiplièrent dans les entrailles de la terre. Ces Orcs, Morgoth les fit par envie et par moquerie des Elfes, et ils étaient faits de pierre, mais leurs cœurs étaient de haine.
(Pour les vues changeantes de mon père concernant le moment de l'origine des Orcs dans la chronologie des Jours Anciens, voir IV.314, V.238.) Dans l'interpolation au manuscrit d'AAm et dans sa réécriture ultérieure et son extension ([ci-dessus]) apparaît, avec le récit du Cavalier qui selon la rumeur enlevait les Elfes s'ils s'éloignaient, la théorie selon laquelle Melkor produisit les Orcs (appelés ici Orkor) "par envie et moquerie des Eldar" à partir de Quendi asservis dans l'est de la Terre du Milieu avant qu'Oromë ne vînt à eux. Il est explicite (§45) que Melkor ne pouvait rien créer qui eût une vie propre depuis sa rébellion; mais ceci est en contradiction flagrante avec le §30, où il était dit qu'"en Utumno il créa la race des démons que les Elfes nommèrent par après les Balrogs". Je ne pense pas que l'interpolation dans laquelle apparaît le premier de ces deux passages ait été faite après un quelconque long intervalle : les vues de mon père sur ce sujet semblent avoir été en train de changer rapidement, et un récit différent de l'origine des Balrogs se trouvent dans le tapuscrit très tôt abandonné que j'ai baptisé AAm* (voir p. 79, §30). La conservation du passage du §30, malgré sa contradiction avec celui du §45, fut sans aucun doute due à un oubli, et les deux apparaissent dans le tapuscrit principal d'AAm - Voir plus loin sur la question de l'origine des Orcs p. 123, §127, et pp. 408 et suivantes [NdTr : Mythes transformés , Texte VIII et suivants].
§47 Les mots "Pour la première fois, dès lors, les Valar assaillirent Melkor, et non lui les Valar" montrent que le récit dans l'Ainulindalë selon lequel les Valar sortirent contre lui de Valinor après la chute des Lampes avait été abandonné (p. 61, §22).
§49 Sur les changements de la Terre à l'époque de la Grande Guerre des Dieux tels que décrits dans l'Ambarkanta, voir IV.239. Alors que les deux textes ne sont pas nécessairement en contradiction, il est curieux qu'il soit dit en AAm qu'à cette époque, "la Grande Mer qui séparait [la Terre du Milieu] d'Aman s'élargit et s'approfondit"; car dans l'Ambarkanta (ibid., et voir la carte, IV.249), la largeur bien plus grande de la mer occidentale par rapport à celle de l'orientale apparut à l'époque de la fondation de Valinor :
    Pour leur protection les Valar rejetèrent la Terre du Milieu au centre et la pressèrent vers l'est, afin qu'elle devînt courbe, et la grande mer de l'ouest est très large en son milieu, la plus large de toutes les eaux de la Terre. La forme de la Terre à l'est était fort semblable à celle à l'ouest, excepté le rétrécissement de la mer orientale, et le rejet des terres de ce côté.
§50 Il est notable que les Balrogs fussent toujours à cette époque, quand Le Seigneur des Anneaux avait été terminé, conçus comme ayant existé en très grand nombre (Melkor envoya "une armée de Balrogs"); voir p. 80, §50.


*


Le texte tapuscrit (AAm*) que mon père commença mais abandonna rapidement continue pour un court moment au-delà du point atteint dans la première section (p. 68). Les différences significatives par rapport à AAm sont les suivantes :
§30
    ... Mais Melkor demeurait en Utumno, et il ne dormait pas, mais observait et œuvrait; et quel que soit le bien que Yavanna accomplissait dans les terres, il le défaisait s'il le pouvait, et les choses maléfiques qu'il avait perverties marchaient au loin, et les bois sombres et endormis étaient hantés de monstres et de formes de terreur. Et en Utumno il accrût la race des esprits maléfiques qui l'avaient suivi, les Úmaiar, dont les principaux furent ces démons que les Elfes nommèrent ultérieurement les Balrogath. Mais ils ne sortaient pas encore des portes d'Utumno, en raison de leur crainte d'Oromë.
La dernière partie de ce passage est d'un grand intérêt en ce qu'elle montre un développement marqué de l'idée que Melkor "créa" les Balrogs à cette époque (voir p. 78). Ils deviennent à présent des "esprits maléfiques (Úmaiar) qui l'avaient suivi" - mais il pouvait les "multiplier". Le terme Úmaiar, non encore rencontré auparavant, s'oppose à Maiar comme Úvanimor à Vanimor (voir IV.293, note de bas de page).
§31
    ... et y allait chasser sous les étoiles. Il avait une passion pour les chevaux et les chiens, mais toutes les bêtes étaient dans ses pensées, et il chassait uniquement les monstres et les cruelles créatures de Melkor. S'il les distinguait de loin ou si ses grands chiens les flairaient, alors son cheval blanc, Nahar, brillait comme l'argent comme il courait à travers les ombres, et la terre endormie tremblait aux battements de ses sabots d'or. Et Oromë sonnait l'hallali de son puissant cor, jusqu'à ce que les montagnes tremblassent ...
    ... et se fiant toujours à ses esclaves pour faire son travail maléfique. [ses esclaves et créatures, AAm]

§32
    Il en vint à arriver que Manwë convoqua les Valar en conseil, car ils devenaient préoccupés par les nouvelles que Yavanna et Oromë rapportaient des Terres extérieures, disant que si Melkor était trop longtemps laissé libre de faire son bon vouloir, toute la Terre du Milieu tomberait en une ruine irrécupérable; et Manwë savait en outre que la venue des Enfants d'Ilúvatar se rapprochait, bien que l'heure et le lieu de cette arrivée ne fussent connus que d'Ilúvatar lui-même. Et Manwë en parla aux Valar; et Yavanna implora Manwë d'apporter la lumière à la Terre du Milieu, pour arrêter les maléfices de Melkor et pour le confort des Enfants; et
Ici s'arrête le tapuscrit AAm*, au bas d'une page. Une fois de plus, ce qui avait commencé comme une copie était en train de se changer à une vitesse grandissante en une nouvelle version. Mais je ne vois pas de raison de penser que plus que ceci ait jamais existé.


*


Il reste à rapporter des changements et des notes griffonnés très tardivement sur l'une ou l'autre copie du tapuscrit du texte entier.
§§38, 41 Endon > Endor (voir p. 76, §38).
§42 "et les nomma les Eldar, le peuple des étoiles" > "et les appela le peuple des étoiles". En marge, mon père écrivit (i.e. en référence au texte original) : "mais il ne pouvait pas - [?vu que ceci] était par après du quenya."
§43 Vers le milieu de ce paragraphe figure une note dans la marge : "À modifier. Les Orcs ne sont pas elfes." Voir pp. 408 et suivantes [NdTr : Mythes transformés , Texte VIII et suivants].
§50 "une armée de Balrogs, les derniers de ses serviteurs survivant" > "ses Balrogs, les derniers de ses serviteurs qui lui restaient fidèles". Dans la marge, mon père écrivit : "Il ne devrait pas être censé en avoir jamais existé plus de, disons, 3 ou au plus 7." Voir p. 79, §50.
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MessagePosté le: 16 Mai 2006 13:50     Sujet du message: Répondre en citant

Troisième section des Annales d'Aman



1100
L'Enchaînement de Melkor


§51 Alors les Valar s'en retournèrent au Pays d'Aman, et Melkor fut emmené captif, les pieds et mains liés et les yeux bandés; et il fut amené au Cercle de Justice. Là il reposa face contre terre aux pieds de Manwë, et il implora le pardon et la liberté, rappelant sa parenté avec Manwë. Mais sa prière fut rejetée, et on dit qu'en cette heure les Valar l'auraient volontiers fait mettre à mort. Mais nul ne peut infliger la mort à un membre de la race des Valar, ni quiconque, excepté seulement Eru, ne peut les rejeter d'Ëa, le Monde qui est, de gré ou de force. Par conséquent, Manwë jeta Melkor en prison, et il fut enfermé dans la place forte de Mandos, d'où nul ne peut s'échapper.

§52 Et les Valar le condamnèrent à y rester pour trois âges de Valinor, avant qu'il ne dût en ressortir et être testé par ses pairs, et implorer une fois encore le pardon. Et ceci fut fait, et la paix revint dans le royaume d'Arda; et ce fut l'Apogée du Royaume Béni. Pourtant, nombre de choses maléfiques subsistaient encore en Terre du Milieu, qui avaient fui au loin la colère des Seigneurs de l'Ouest, ou s'étaient terrées dans les profondeurs de la terre. Car les voûtes d'Utumno étaient nombreuses, et cachées de manière trompeuse, et toutes ne furent pas découvertes par les Valar.

1101


§53 Maintenant les Valar s'assirent en conseil et débattirent de ce qu'ils devraient faire pour le bien-être et la guidance des Enfants d'Ilúvatar. Et en fin de compte, en raison du grand amour que les Valar avaient pour les Quendi, ils leur envoyèrent un appel, les enjoignant à se retirer et à résider dans la félicité en Aman et dans la Lumière des Arbres. Et Oromë porta le message des Valar à Kuiviénen.

1102


§54 Les Quendi furent consternés par l'appel des Valar, et ils refusèrent de quitter la Terre du Milieu. Par conséquent, Oromë leur fut renvoyé, et il choisit parmi eux trois ambassadeurs qui devraient aller en Valinor et parler à leur peuple. Et trois seulement parmi les chefs des Quendi désirèrent tenter le voyage : Ingwë, Finwë et Elwë, qui par après furent rois.

§55 Les trois seigneurs elfes furent dès lors emmenés à Valmar, et y parlèrent avec Manwë et les Valar; et ils furent intimidés, mais la beauté et la splendeur du pays de Valinor dominèrent leur crainte, et ils désirèrent la Lumière des Arbres.

1104


§56 Et après qu'ils furent restés un temps en Valinor, Oromë les ramena à Kuiviénen, et ils parlèrent devant leur peuple et leur conseillèrent de tenir compte de l'appel des Valar et de se retirer à l'Ouest.

1105


§57 Alors advint la première division du peuple elfe. Car les gens d'Ingwë, et la plupart des gens de Finwë et d'Olwë, furent influencés par les mots de leurs seigneurs, et désirèrent partir et suivre Oromë. Et ceux-ci furent par après connus comme les Eldar, du nom qu'Oromë leur donna dans leur propre langue. Mais les gens de Morwë et de Nurwë furent réticents et refusèrent l'appel, préférant la lumière des étoiles et les vastes espaces de la Terre à la rumeur des Arbres. À présent ceux-ci résidaient le plus loin des eaux de Kuiviénen, et erraient dans les collines, et ils n'avaient pas vu Oromë lors sa première arrivée, et ils ne connaissaient pas plus des Valar que des formes et des rumeurs de colère et de pouvoir quand ils partirent en guerre. Et probablement les mensonges de Melkor au sujet d'Oromë et de Nahar (qui ont été rappelés ci-dessus) subsistaient toujours parmi eux, de telle sorte qu'ils le craignaient comme un démon qui les dévorerait.1 Ceux-ci sont les Avari, Ceux du Refus, et ils furent séparés à cette époque des Eldar, et ne les rencontrèrent plus avant que bien des âges ne passèrent.

§58 Les Eldar se préparèrent à présent pour leur Grande Marche, et il partirent en trois troupes. En premier venaient les Vanyar, les plus enthousiastes pour la route, le peuple d'Ingwë. Venaient ensuite les Noldor, une troupe plus nombreuse (bien que certains restassent), le peuple de Finwë. En dernier venaient les Teleri, et ils étaient les moins impatients. Pourtant leur troupe qui entreprit la Marche était la plus nombreuse de toutes, et ils avaient par conséquent deux seigneurs : Elwë Singollo, et Olwë son frère. Et quand tout fut prêt, Oromë chevaucha devant eux sur Nahar, blanc dans la lumière des étoiles. Et il commencèrent leur long voyage et passèrent le long de la Mer d'Helkar avant qu'ils n'obliquassent quelque peu vers l'ouest.2 Et il est dit que devant eux de grands nuages noirs surplombaient le Nord, au-dessus des ruines de la guerre, et les étoiles en cette région étaient cachées. Alors rares ne furent pas ceux qui prirent peur et se repentirent et s'en retournèrent et sont oubliés.

1115


§59 Longue et lente fut la Marche des Eldar vers l'Ouest, car les lieues de la Terre du Milieu étaient innombrables, et épuisantes et sans chemin. Les Eldar ne désiraient pas non plus se dépêcher, car ils s'emplissaient d'émerveillement pour tout ce qu'ils voyaient, et auprès de nombreux pays et rivières ils seraient volontiers restés; et bien que tous désirassent voyager, rares n'étaient pas ceux qui redoutaient la fin de leur voyage plutôt qu'ils ne l'espéraient. Par conséquent, à chaque fois qu'Oromë s'en allait, comme il le ferait par moment, ayant d'autres choses en tête, ils s'arrêtaient et n'avançaient plus jusqu'à ce qu'il revînt les guider.

§60 Et il arriva qu'après dix Années à voyager de la sorte (c'est-à-dire en un temps tel que nous devrions à présent considérer comme bien proche d'un siècle de nos années), les Eldar traversèrent une forêt et arrivèrent à une grande rivière, plus grande et plus large que toutes celles qu'ils avaient déjà vues, et au-delà se trouvaient des montagnes dont les pics acérés semblaient percer le royaume des étoiles.3

§61 Cette rivière, est-il dit, était cette rivière même qui fut par après nommée Anduin le Grand, et fut toujours la frontière des territoires occidentaux de la Terre du Milieu. Mais les montagnes étaient les Hithaeglir, les Tours de Brume aux confins de l'Eriador; elles étaient encore plus grandes et plus terribles en ces temps, et elles avaient été érigées par Melkor pour gêner les chevauchées d'Oromë.4 A présent les Teleri demeurèrent longuement sur la rive orientale de la Rivière et souhaitèrent y rester, mais les Vanyar et les Noldor franchirent la Rivière avec l'aide d'Oromë, et il les mena aux passes des montagnes.5 Et quand Oromë fut parti en avant, les Teleri regardèrent les sombres hauteurs et prirent peur.

§62 Alors un s'éleva dans la troupe d'Olwë, qui était toujours la dernière de la marche, et son nom était Nano (ou Dân dans la langue de son propre peuple). Et il quitta la marche vers l'ouest, et conduisit un peuple nombreux, et ils descendirent la Rivière vers le sud, et sortirent de la connaissance des Eldar jusqu'à ce que de longues années fussent passées. Ceux-ci étaient les Nandor.

1125


§63 Et quand à nouveau dix années eurent passé, les Vanyar et les Noldor franchirent enfin les montagnes qui se situaient entre l'Eriador et la région la plus occidentale de la Terre du Milieu, que les Elfes nommèrent par après Beleriand. Et les compagnies les plus avancées passèrent le Val du Sirion et arrivèrent aux rives de la Grande Mer. Alors une grande peur s'abattit sur eux, et beaucoup se repentirent cruellement de leur voyage et se retirèrent dans les bois du Beleriand. Et Oromë retourna en Valinor chercher le conseil de Manwë.

1128


§64 À présent la troupe des Teleri arriva enfin en Beleriand et demeura dans la région orientale au-delà de la rivière Gelion. Et ils vinrent avec réticence, étant pressés par Elwë leur roi; car il était impatient de retourner en Valinor et à la lumière qu'il avait contemplée (bien que son destin l'en empêchât); et il souhaitait ne pas être séparé des Noldor, car il était en grande amitié avec Finwë leur seigneur.

1130


§65 À ce moment Elwë s'égara dans les bois du Beleriand et fut perdu, et son peuple le chercha longuement en vain. Car comme il revenait d'une réunion avec Finwë, il passa près de la lisière de Nan Elmoth. Là il entendit les rossignols chanter, et il fut envoûté, car il s'agissait des oiseaux de Melian la Maia, qui venait des jardins de Lorien dans le Royaume Béni. Et Elwë suivit les oiseaux profondément en Nan Elmoth, et là il vit Melian debout dans une clairière ouverte au ciel, et une brume étoilée la recouvrait. Ainsi naquit l'amour d'Elwë Robegrise et de Melian la belle; et il prit sa main, et il est dit qu'ils restèrent ainsi pendant que les étoiles mesuraient le cours de nombreuses Années, et les arbres de Nan Elmoth grandirent et s'épaissirent autour d'eux.

1132


§66 À présent Ulmo, sur les conseils des Valar, vint aux rives de la Terre du Milieu et parla avec les Eldar; et en raison de ses mots et de la musique qu'il joua pour eux avec ses conques, leur peur de la Mer se changea plutôt en désir. Dès lors Ulmo et ses serviteurs prirent une île qui était longtemps restée solitaire au milieu de la Mer, depuis les tumultes de la chute d'Illuin, et ils la bougèrent, et l'amenèrent à la grise baie de Balar, comme s'il s'agissait d'un puissant bateau. Et les Vanyar et les Noldor embarquèrent sur l'île, Eressëa, et furent conduits au delà de la Mer, et arrivèrent enfin au pays d'Aman.6 Mais les Teleri restèrent encore en Terre du Milieu; car beaucoup demeuraient en Beleriand oriental et n'entendirent pas l'appel d'Ulmo avant qu'il ne fût trop tard; et beaucoup cherchaient encore Elwë Singollo, leur roi, et ne partiraient pas sans lui. Mais lorsque les Teleri apprirent qu'Ingwë et Finwë et leurs peuples étaient partis, ils se pressèrent vers le rivage, et y demeurèrent par nostalgie de leurs amis qui étaient partis. Et ils prirent Olwë, le frère d'Elwë, comme roi. Et Ossë et Uinen vinrent à eux et se lièrent d'amitié à eux et leur enseignèrent toutes sortes de connaissances et de musiques de la mer. Ainsi advint-il que les Teleri, qui étaient depuis le début des amoureux de l'eau, et les meilleurs chanteurs du peuple elfe, furent par après amoureux des mers, et leurs chants étaient emplis du son des vagues sur le rivage.

1133


§67 En cette année les Vanyar et les Noldor arrivèrent en Aman, et la brèche du Kalakiryan7 fut faite dans les Pelóri; et les Elfes prirent possession d'Eldamar, et commencèrent la construction sur la verte colline de Túna en vue de la Mer. Et sur Túna ils élevèrent les blancs murs de la Cité Attentive, Tirion la Vénérable.

1140


§68 En cette année Tirion fut achevée, et la Tour d'Ingwë fut construite, Mindon Eldaliéva, et sa lampe d'argent fut allumée. Mais Ingwë et nombre de Vanyar se languissaient de la Lumière des Arbres, et lui et nombre de sa maison partirent et allèrent en Valinor, et résident à jamais avec les gens de Manwë. Et bien que d'autres des Vanyar demeurassent encore à Tirion en association avec les Noldor, la séparation de ces deux peuples et de leur langue avait commencé; car de temps à autres encore plus de Vanyar partiraient.

1142


§69 En cette année Yavanna donna aux Noldor l'Arbre Blanc, Galathilion, image de l'Arbre Telperion, et il fut planté en bas du Mindon et crût et fleurit.

1149


§70 En cette année Ulmo prêta l'oreille aux prières de Finwë et vint à nouveau en Terre du Milieu pour amener Elwë et son peuple en Aman, s'ils le voulaient. Et la plupart d'entre eux se montrèrent à présent volontaires en effet; mais Ossë fut peiné. Car sa garde recouvrait les mers de la Terre du Milieu et les rives des Terres Extérieures, et il venait rarement en Aman, à moins d'être convoqué au conseil; et il regrettait que les belles voix des Teleri ne dussent plus être entendues en Terre du Milieu. Il en persuada donc quelques-uns de rester, et ceux-là étaient les Eldar qui longtemps demeurèrent sur les côtes du Beleriand, les premiers marins sur terre et les premiers constructeurs de bateaux. Leurs ports étaient Brithombar et Eglarest. Cirdan le Charpentier était leur seigneur.

1150


§71 Les parents et amis d'Elwë étaient aussi réticents à partir; mais Olwë serait parti, et enfin Ulmo prit tous ceux qui embarqueraient sur Eressëa et les tira par-delà les profondeurs de la Mer. Et les amis d'Elwë furent laissés en arrière, et ils s'appelèrent, par conséquent, dans leur propre langue, les Eglath, le Peuple Abandonné. Et ils cherchaient encore Elwë dans la peine. Mais ce n'était pas son destin de devoir jamais revenir à la Lumière des Arbres, bien qu'il l'eût grandement désiré. Pourtant la Lumière d'Aman était sur le visage de Melian la belle, et en cette lumière il était heureux.

1151


§72 À présent Ossë suivit les Teleri, et lorsqu'ils arrivèrent à proximité de la Baie d'Eldamar, il les appela, et ils reconnurent sa voix, et ils prièrent Ulmo d'arrêter leur voyage. Et Ulmo leur accorda ceci, et à sa demande Ossë amarra l'île et l'enracina dans les fondations de la Mer; et là les Teleri demeurèrent comme ils le souhaitaient sous les étoiles du ciel, et pourtant en vue d'Aman et de la rive immortelle; et ils pouvaient voir de loin la Lumière des Arbres telle qu'elle passait à travers le Kalakiryan, et teintait les sombres vagues d'or et d'argent.

§73 Ulmo fit ceci d'autant plus volontiers, car en cela il comprenait les cœurs des Teleri, et lors du conseil des Valar il avait principalement parlé contre l'appel, estimant qu'il était mieux pour les Quendi de rester en Terre du Milieu. Mais les Valar goûtèrent peu d'apprendre ce qu'il avait fait; et Finwë fut peiné lorsque les Teleri n'arrivèrent pas, et encore plus quand il apprit qu'Elwë avait été abandonné, et qu'il sut qu'il ne le verrait probablement plus, à moins que ce ne fût dans les halls de Mandos.

1152


§74 À ce moment Elwë Singollo, est-il dit, sortit de sa transe, et il s'établit avec Melian dans les bois du Beleriand. Mais il était un seigneur grand et noble, le plus grand en taille de tous les Enfants d'Ilúvatar, et semblable à un seigneur des Maiar; et un haut destin l'attendait. Car il devint un roi renommé, et ses sujets étaient tous les Eldar du Beleriand; les Sindar furent-ils nommés, les Elfes Gris, les Elfes de la Pénombre, et le Roi Robegrise était-il, Elu Thingol dans la langue des Sindar. Et Melian était sa Reine, plus sage qu'aucun enfant de la Terre du Milieu; et de l'amour de Thingol et Melian vint au monde le plus beau des Enfants d'Ilúvatar qui fut ou sera jamais.

1161


§75 Il arriva qu'après que les Teleri eurent habité pendant cent années de notre comput sur l'Île Solitaire, leurs cœurs furent changés, et ils furent attirés vers la Lumière qui s'écoulait hors d'Aman. Dès lors Ossë8 leur enseigna l'art de la construction navale, et quand leurs bateaux furent prêts, il leur apporta, en guise de cadeau de séparation, de nombreux cygnes aux fortes ailes. Et les cygnes tirèrent les blancs esquifs des Teleri sur la mer sans vent. Ainsi enfin et en dernier arrivèrent-ils en Aman et sur les rives d'Eldamar; et là les Noldor les accueillirent dans la joie.

1162


§76 En cette année Olwë, seigneur des Teleri, avec l'aide de Finwë et des Noldor, commença la construction d'Alqualondë, le Havre des Cygnes, sur la côte d'Eldamar, au nord du Kalakiryan.

1165


§77 En cette année le dernier des Vanyar partit de Tirion, et les Noldor y demeurèrent seuls, et leurs échanges et amitiés allèrent par après plutôt aux Teleri.


Notes :

1 Cette phrase est une interpolation dans le manuscrit, et est elle-même réécrite à partir d'une interpolation antérieure :
    Et ceci, peut-être, était aussi un des premiers fruits des mensonges de Melkor afin de tromper les Quendi, qu'en dépit de son séjour parmi eux, beaucoup le craignaient toujours, lui et Nahar son destrier.
Le tapuscrit revêt la forme donnée dans le texte.

2 Ceci est une correction de "allèrent vers le nord jusqu'à ce qu'Helkar soit passée et alors vers le nord-ouest"; le tapuscrit contient la phrase corrigée.

3 Mon père ajouta rapidement ici, utilisant un stylo à bille et aussi apparemment bien plus tard (voir [plus bas], §78) :
    Là ils demeurèrent pendant une année, et là Indis, la femme de Finwë, lui donna un fils, le plus vieux de toute la deuxième génération des Eldar. Il fut d'abord nommé Minyon le Premier mis au monde, mais par après Curufinwë ou Fëanor.
Ceci fut barré, probablement aussi vite qu'écrit; voir note 5.

4 "et elles avaient été érigées par Melkor pour gêner les chevauchées d'Oromë" est un ajout au crayon qui apparaît dans le tapuscrit tel que tapé.

5 Ajouté ici au manuscrit au même moment et de la même manière que le passage donné en note 3 (et barré en même temps que lui) :
    Là Indis, la femme de Finwë, fut perdue, et tomba d'une grande hauteur. Et son corps fut trouvé dans une gorge profonde, et enterré là. Et quand Finwë désira ne plus avancer, et souhaita rester là, Oromë lui parla de la destinée des Quendi, et de comment ils pouvaient revenir à nouveau, s'ils le désiraient, après un temps. Car leurs esprits ne meurent pas, et ne quittent pas encore Arda, et sur ordre d'Eru une demeure leur est faite en Aman. Alors Finwë fut impatient de continuer.
6 Après ceci figurait dans le manuscrit : "et Ingwë et sa maison passèrent en Valinor, et y demeurèrent à jamais avec les gens de Manwë." Ceci fut barré et ne se retrouve pas dans le tapuscrit, mais réapparaît dans l'annale pour 1140.

7 Kalakiryan est une correction au crayon de Kalakirya, et dans les occurrences subséquentes (mais à la toute fin des Annales, p. 133, §180, Kalakiryan est la forme qui apparaît dans le manuscrit).

8 Ulmo dans le manuscrit tel qu'écrit en premier, tôt changé en Ossë.


Commentaires sur la troisième section des Annales d'Aman


Cette section des AAm correspond au chapitre 3 du QS La venue des Elfes (y inclus 3(b) Thingol et 3(c) Kôr et Alqualondë) du §22 au §39 ainsi que des éléments des §§43-5; et à AV 2, Années valiennes 1980-2111. Les textes se trouvent en V.213 et suivantes, pp. 112-13.

Une comparaison superficielle montre qu'une énorme expansion dans l'ensemble et dans le détail a eu lieu; et alors qu'un développement concurrent avait aussi pris place dans la tradition "Silmarillion" (avec lequel AAm a plus que quelques phrases en commun), AAm est une narration très distincte, avec un grand nombre d'éléments absents de l'autre tradition et avec quelques divergences réelles. Ici, comme avant, je scrute les développements les plus importants d'AAm en relation avec les narrations pré-Seigneur des Anneaux; et dans beaucoup de cas, je me limite à une simple référence aux nouveaux éléments qui ont jailli dans les légendes, étant entendu que dans de tels cas, le matériau en question est complètement neuf.
§51 Melkor implora le pardon dans le Cercle de Justice; les Valar souhaitèrent le faire mettre à mort, mais nul ne peut tuer un membre de la race valarine, ni le rejeter hors d'Eä, excepté Eru seulement.
§52 Melkor fut condamné en Mandos pour trois âges (trois cents Années valiennes); en AV 2, et en QS (§47), il fut condamné pour sept âges.
§54 Elwë, le troisième des "ambassadeurs", est à présent Thingol lui-même, alors qu'en QS il était le frère de Thingol; voir V.217, §23, et cf. AV 2 (V.112) : "Thingol, le frère d'Elwë, seigneur des Teleri". Le frère d'Elwë - Thingol devient à présent Olwë (§58).
§57 Seule "la plupart" des gens de Finwë et d'Olwë désirait partir. Les Avari étaient les gens de Morwë et de Nurwë (et vraisemblablement ceux des autres gens qui ne voulaient pas partir); et une explication est donnée pour leur non départ : ils résidaient le plus loin de Kuiviénen et n'avaient pas vu Oromë lors de sa première arrivée.
§58 La Première Troupe porte à présent le nom Vanyar, et non comme avant Lindar (cf. p. 34, §36). La Troisième Troupe, les Teleri, avait deux seigneurs, les frères Elwë et Olwë; et Elwë est maintenant appelé Singollo ("Robegrise", §65; en QS Sindo "le Gris", §30). - La route prise par les Eldar lors de la Grande Marche est décrite (et cela concorde bien avec le trajet indiqué sur la carte de l'Ambarkanta, IV.249). Beaucoup s'en retournèrent par peur des grands nuages surplombant toujours le Nord.
§59 La lenteur du voyage est décrite : l'émerveillement des Elfes, la réticence de beaucoup d'achever le voyage, les longues haltes. Le voyage prit vingt Années valiennes; En AV 1, il en prit dix (IV.272), et apparemment de même en AV 2.
§§60-1 Des noms importants jaillissent du Seigneur des Anneaux : Anduin, Eriador, Hithaeglir ("les Tours de Brume"); la forêt à l'est de la rivière n'est pas nommée, mais est évidemment la Forêt Noire. L'origine des Hithaeglir est racontée : elle furent élevées par Melkor pour gêner les chevauchées d'Oromë. J'ai relevé (IV.256-7) en lien avec la carte de l'Ambarkanta qu'il n'y a là pas de trace des Monts Brumeux ou de l'Anduin (qui apparurent en premier, tout comme la Forêt Noire, dans Bilbo le Hobbit, où la rivière est appelée la Grande Rivière du Pays sauvage).
§62 Ce fut à ce point de la Grande Marche que les Nandor la quittèrent, et ils descendirent l'Anduin vers le sud; ils faisaient partie des Teleri (de la troupe d'Olwë), et le nom de leur chef était Nano, ou Dân dans la langue de son propre peuple. En QS (§28) et AV 2, ces gens appartenaient aux Noldor, et en QS ils étaient appelés dans leur propre langue Danas d'après leur premier chef Dân; de même dans le Lhammas (V.175-6). Le nom Nandor n'apparaît pas dans ces travaux, mais voir les Étymologies, racines DAN et NDAN (V.353, 375), et aussi V.188.
§63 La peur de la Mer parmi les Vanyar et les Noldor provoqua le retrait de beaucoup des rives vers les bois du Beleriand; et Oromë retourna en Valinor demander conseil à Manwë.
§64 Les Teleri vinrent avec réticence en Beleriand, pressés par Elwë, et demeurèrent en premier à l'est, au-delà de la rivière Gelion. Elwë avait une grande amitié pour Finwë.
§65 Elwë rentrait chez lui après une réunion avec Finwë quand il pénétra dans Nan Elmoth. Ce nom apparut en premier lors de la réécriture post-Seigneur des Anneaux du Lai de Leithian (III.346-7, 349). En QS (§32), il n'est pas dit où eut lieu la rencontre de Thingol et de Melian; en AV 2, "Melian l'envoûta dans les bois du Beleriand". La transe dans laquelle Elwë tomba dura pendant de nombreuses Années valiennes (annales 1130, 1152 : c'est-à-dire pendant plus de deux siècles mesurés selon le Soleil).
§66 Ulmo fit de la musique pour les Elfes et convertit leur peur de la Mer en désir. Les Teleri se rendirent aux rivages de la Mer quand ils entendirent que les Vanyar et les Noldor étaient partis, et prirent Olwë pour roi.
§67 Le nom Kalakilya "Passe de Lumière" se trouve en QS et dans le Lhammas; cf. quenya kilya "crevasse, passe entre des montagnes, gorge", dans les Étymologies, racine KIL (V.365). La forme en AAm, Kalakiryan, remplaça le précédent Kalakirya (note 7 ci-dessus).
"Les Elfes prirent possession d'Eldamar, et commencèrent la construction sur la verte colline de Túna"; cf. aussi §§75-6 "les rives, la côte, d'Eldamar". Ceci contredit la note de bas de page en QS §39 (jamais changée par après, p. 176), où Eldamar est un nom de la cité elfe elle-même et Eldanor ou Elendë la région où les Elfes demeuraient (auparavant, sur la carte de l'Ambarkanta (IV.249), le Pays elfe était nommé Eldaros). L'usage ici (se trouvant aussi dans le Lai de Leithian réécrit) est en fait un retour à la première signification d'Eldamar; voir I.251.
La cité est à présent Tirion sur Túna, et non Túna sur Kôr; voir QS §39 et le commentaire, et aussi I.258 (Kortirion). Mais mon père continua à utiliser Túna aussi en tant que nom de la ville : e.g. p. 97, §101, où Melkor parle des paroles de Fëanor "en Túna". Tirion est appelée ici Tirion la Vénérable, comme elle l'était dans la chanson de Bilbo à Fondcombe (VII.93, 98, 101).
§68 La Tour d'Ingwë (Ingwemindon en QS) est à présent Mindon Eldaliéva. - En AAm, Ingwë et "nombre de sa maison" se retirèrent de Tirion seulement sept Années valiennes après l'arrivée des Vanyar et des Noldor en Aman, et au cours de l'année de l'achèvement de Tirion et de l'allumage de la lampe d'Ingwë; et le départ du reste des Vanyar est présenté comme un mouvement interminable s'étendant sur vingt-cinq Années valiennes (voir §77). En QS (§ 45), une impression différente est donnée, car il est dit que "Comme les âges passaient, les Lindar en vinrent à aimer le pays des Dieux et la pleine lumière des Arbres, et ils abandonnèrent la cité de Túna".
§69 En QS (§16), Galathilion est le nom gnomique de Silpion (Telperion), et il n'y a pas de mention d'une "image" de l'Aîné des Arbres étant donnée par Yavanna aux Noldor de Tirion (voir IX.58).
§70 Le retour d'Ulmo sur les rives de la Terre du Milieu eut lieu à cause des prières de Finwë. L'affirmation selon laquelle Ossë "venait rarement en Aman, à moins d'être convoqué au conseil" reflète la préservation en AAm ([ci-dessus], §1) de son ancien statut de Vala. Le Havre méridional des Falas revient maintenant à la forme Eglarest, qui précédait Eglorest de QS et AV 2. Cirdan le Charpentier, seigneur des Havres, surgit du Seigneur des Anneaux.
§71 Tandis qu'il n'est pas dit en QS qu'aucun autre des Teleri, en dehors des Elfes des Falas, ne resta en Terre du Milieu quand Ulmo s'en retourna, mais que seul le peuple de Thingol "le chercha en vain" (§32), il est dit dans le Lhammas §6 (V.174) que Thingol était "roi en Beleriand des nombreux Teleri qui ... restèrent sur les Falassë, et des autres qui ne partirent pas parce qu'ils s'attardèrent à chercher Thingol dans les bois." En AAm, "les parents et amis d'Elwë étaient aussi réticents à partir", et ils furent laissés en arrière, et se nommèrent Eglath, le Peuple Abandonné.
§§72-3 Ulmo accéda volontiers à la requête des Teleri, car il s'était opposé à l'appel des Quendi en Valinor, et Ossë enracina Tol Eressëa dans le lit de la mer sur ordre d'Ulmo; mais les Valar furent mécontents, et Finwë fut peiné (plus que tout en raison de la nouvelle qu'Elwë Singollo, son ami, n'était pas sur Tol Eressëa). La forme finale de la légende est donc maintenant présente : voir QS, §37 et le commentaire.
§74 Le peuple de Thingol était "tous les Eldar du Beleriand", et ils furent nommés les Sindar, les Elfes Gris. C'est la première fois que nous rencontrons ce nom dans les textes (tels qu'ici présentés); il n'apparaît pas dans Le Seigneur des Anneauxen dehors des Appendices. Le nom sindarin d'Elwë Singollo est Elu Thingol (voir II.50).
§75 Les Teleri demeurèrent pendant cent années du Soleil sur Tol Eressëa; en QS (§43) et en AV 2, ils y demeurèrent pendant cent Années valiennes (voir p. 183, §43).
Ce fut Ossë, non comme en QS Ulmo, qui enseigna aux Teleri l'art de la construction navale; mais tel que le texte fut écrit (note 8 ci-dessus), ce fut Ulmo qui le fit, et ce fut Ulmo aussi qui leur donna les cygnes (Ossë en QS).
§76 Les Teleri reçurent l'aide de Finwë et des Noldor lors de la construction d'Alqualondë.

Les deux passages concernant Indis femme de Finwë, grossièrement écrits en marge des §§60 et 61 (notes 3 et 5 ci-dessus) et ensuite barrés, sont remarquables en tant que premières indications de ce qui deviendrait un développement supplémentaire majeur de la légende valinorienne, bien que les récits contés ici ne contiennent aucun lien avec la narration ultérieure. Ces idées brièvement esquissées peuvent avoir été simplement éphémères, rejetées aussi vite que griffonnées; mais elle montrent la préoccupation de mon père pour Fëanor, ressentant que la grandeur de ses pouvoirs et sa formidable nature étaient reliées à une singularité d'origine - il était le premier-né des Eldar : c'est-à-dire, il ne "s'éveilla" pas à Kuiviénen, mais avait un père et une mère, et naquit en Terre du Milieu. L'idée que Finwë fut endeuillé apparaît aussi; et c'est la première apparition du nom de Fëanor Curufinwë.

*


Pour finir, je reprends quelques notes très tardives sur l'un ou l'autre des textes tapuscrits (première copie et carbone) des Annales d'Aman :
§65 "les arbres de Nan Elmoth" > "les jeunes arbres de Nan Elmoth"
§66 Á côté du mot "conques" : "pipeaux de conques", avec un point d'interrogation.
§70 Á côté de la première phrase, mon père écrivit "À besoin d'être révisé"; mais je ne sais pas à quel égard il voulait le faire. À côté de "convoqué au conseil", il écrivit un X et "il [Ossë] n'était pas un Vala, mais un chef des Maiar, serviteur d'Ulmo." Il avait été retiré des Valar par une correction du tapuscrit au §1 (p. 69).
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MessagePosté le: 24 Mai 2006 15:12     Sujet du message: Répondre en citant

Quatrième section des Annales d'Aman



[Cette section des Annales contient un bon nombre de modifications faites lors de sa rédaction, ainsi que des altérations variées et des ajouts - certains substantiels - qui semblent certainement appartenir à la même période. Ils sont incorporés dans le texte donné ici, avec le détail des altérations les plus importantes reproduit dans les notes qui le suivent. Quelques courts ajouts qui sont résolument plus tardifs sont placés dans les notes.]

1179


§78 Fëanor, fils aîné de Finwë, naquit à Tirion sur Túna. Sa mère était Byrde Míriel.1

§79 À présent les Noldor2 prenaient plaisir en toute connaissance et en tout art, et Aulë et son peuple venaient souvent parmi eux. Pourtant Ilúvatar leur avait accordé une telle adresse qu'en de nombreux domaines, en particulier ceux qui nécessitaient une dextérité et une délicatesse de travail manuel, ils surpassèrent rapidement leurs professeurs. Il est dit que vers cette époque, les maçons de la Maison de Finwë, extrayant dans les montagnes des pierres pour leurs constructions (car ils aimaient les constructions de hautes tours), découvrirent en premier lieu les gemmes terrestres, en lesquelles le Pays de Valinor était en effet incomparablement riche. Et leurs artisans créèrent des outils pour couper et façonner les gemmes, et les taillaient en de nombreuses formes de beauté étincelante; et ils ne les amassaient pas mais les donnaient librement à tous ceux qui les désiraient, et tout Valinor fut enrichi par leur travail.3

§80 En cette année, Rúmil, très renommé parmi les savants linguistes, conçut pour la première fois des lettres et commença à consigner par écrit les langues des Eldar et leurs chants et leur sagesse.4

1190


§81 En cette année naquit Fingolfin, fils de Finwë, qui fut par après Roi des Exilés.

1230


§82 Finrod, fils de Finwë, naquit.

1250


§83 En ce temps commença l'épanouissement des dons de Fëanor, fils de Finwë, qui fut de tous les Noldor le plus grand créateur et artisan. Et il réfléchit et conçut de nouvelles lettres, améliorant la création de Rúmil, et ces lettres, les Eldar les ont toujours utilisées depuis ce jour. Ce n'était que le début des travaux de Fëanor. Il aimait grandement les gemmes, et il commença à étudier comment, par les dons de ses mains et de son esprit, il pourrait en créer de plus grandes et de plus brillantes que celles cachées dans la terre.5

§84 [En cette époque aussi, est-il dit parmi les Sindar, les Naugrim6 que nous nommons aussi les Nornwaith (les Nains) passèrent à travers les montagnes en Beleriand et devinrent connus des Elfes. À présent les Nains étaient de grands forgerons et maçons, ayant en effet (croit-on) été amenés à la vie par Aulë; pourtant dès le départ il n'y avait que peu de beauté dans leurs œuvres. Par conséquent, chaque peuple retira un grand profit de l'autre, bien que leur amitié fût toujours fraîche. Mais à cette époque nul grief ne reposait entre eux, et le Roi Thingol les accueillit; et les Longuesbarbes de Belegost l'aidèrent dans le creusement et la construction des grand halls de Menegroth, où il demeura ultérieurement avec Melian, sa Reine. Dixit Pengoloð.]7

1280


§85 En cette année, Finrod, fils de Finwë, épousa Eärwen, fille du Roi Olwë d'Alqualondë, et il y eut une grande fête au pays des Teleri. Ainsi les enfants de Finrod, Inglor et Galadriel, étaient parents du Roi Thingol Robegrise en Beleriand.

1350


§86 [À ce moment, une partie des Elfes perdus du peuple de Dân, après de longues errances, arrivèrent en Beleriand par le sud. Leur chef était Denethor, fils de Dân, et il les mena en Ossiriand où sept rivières coulent des Montagnes du Lindon. Ceux-ci sont les Elfes Verts. Ils avaient l'amitié de Thingol. Dixit Pengoloð.]8

1400


§87 À présent il arriva que Melkor était demeuré seul sous la contrainte de Mandos pendant les trois âges qui avaient été promulgués par les Valar, et il vint en leur conclave pour être mis à l'épreuve. Et Melkor implora le pardon aux pieds de Manwë, et se rabaissa, et jura de respecter son autorité, et d'aider les Valar de quelque manière qu'il le pourrait, pour le bien d'Arda, et le profit des Valar et des Eldar, si ainsi il pouvait se voir accorder la liberté, et une place comme le moindre de tous les habitants de Valinor.

§88 Et Niënna soutint sa prière (en raison de sa parenté), et Manwë la lui accorda, car étant lui-même libre de tout mal, il ne vit pas les profondeurs du cœur de Melkor, et crut en ses serments. Mais Mandos resta silencieux, et le cœur d'Ulmo douta de lui.

1410


§89 Ensuite Melkor demeura pendant un moment dans une humble maison à Valmar sous surveillance, et n'était pas encore autorisé à marcher au loin seul. Mais vu qu'en ce temps, tous ses mots et travaux étaient beaux, et qu'il devenait, de forme extérieure et d'apparence, emblable à ses frères les Valar, Manwë lui donna sa liberté en Valinor. Pourtant l'hilarité de Tulkas se voilait à chaque fois qu'il voyait passer Melkor, et les ongles de ses doigts s'enfonçaient dans les paumes de ses mains, en raison de la retenue qu'il s'imposait.

§90 Et en effet Melkor était faux et trompait la clémence de Manwë, et utilisait sa liberté pour répandre des mensonges au loin et empoisonner la paix de Valinor. Ainsi une ombre s'abattit-elle sur le Royaume Béni et son Apogée passa; pourtant un long moment s'écoula avant que les mensonges de Melkor ne portassent leurs fruits, et les Valar demeurèrent encore longtemps dans la félicité.

§91 À présent, au fond de son cœur, Melkor haïssait par dessus tout les Eldar, à la fois parce qu'ils étaient beaux et joyeux, et parce qu'il voyait en eux la raison de l'ascension des Valar et de sa propre chute et sujétion. Par conséquent, il affectait d'autant plus de les aimer, et il recherchait leur amitié, et mettait au service de leurs entreprises son savoir et sa force. Et de nombreux Noldor, en raison de leur désir de toute connaissance, lui prêtèrent l'oreille et prirent plaisir à son enseignement. Mais les Vanyar ne se mêleraient aucunement à lui.

1449


§92 En cette année Fëanor commença son œuvre qui est renommée au-delà de toutes les œuvres de l'Eldalië; car son cœur conçut les Silmarils, et il fit beaucoup d'études et de nombreux essais avant que leur façonnage ne pût commencer. Et bien que Melkor dît par après que Fëanor suivait ces instructions en ce travail, il mentait, dans sa convoitise et son envie; car Fëanor n'était mené que par le feu de son propre cœur, et était impatient et fier, travaillant vite et seul, ne demandant aucune aide et ne souffrant aucun conseil.

1450
Les Silmarilli de Fëanor sont créés


§93 En cette année les Silmarils furent entièrement forgés, la merveille d'Arda. Ils avaient l'apparence de trois grands joyaux. Mais nul ne saura jusqu'à la fin des temps, quand reviendra Fëanor, lui qui périt quand le Soleil était jeune et demeure maintenant dans les Halls de l'Attente sans jamais revoir les siens; nul, avant que le Soleil ne meure et que la Lune ne disparaisse, ne saura quelle était leur substance. Ils avaient l'apparence du cristal mais étaient plus durs que le diamant, de telle sorte que nulle force à l'intérieur des murs de ce monde ne pouvait les marrir ou les briser. Pourtant, ce cristal était aux Silmarils ce que le corps est aux Enfants d'Ilúvatar : l'enveloppe d'une flamme intérieure, part de sa substance, sa vie même. Fëanor donna à cette flamme la Lumière mêlée des Arbres de Valinor et elle brûle encore en eux, bien que les Arbres soient éteints et aient disparus depuis longtemps. Par conséquent, même dans l'obscurité la plus totale, les Silmarils, de par leur propre éclat, brillaient comme les étoiles de Varda; et pourtant, comme les choses vivantes qu'ils étaient en effet, ils se plaisaient à la lumière et la recevaient, et la rendaient en des couleurs encore plus adorables qu'avant.

§94 Et tout le peuple de Valinor fut étonné par le travail de Fëanor, et empli d'émerveillement et de plaisir, et Varda consacra les Silmarils, de sorte qu'à l'avenir, ni la chair mortelle, ni aucune chose maléfique ou impure ne pourraient les toucher sans se flétrir et se consumer en une douleur insupportable. Et Melkor convoitait les Silmarils et la seule idée de leur éclat lui rongeait le cœur comme une braise.9

1450-1490


§95 Par conséquent, bien qu'il dissimulât toujours ses desseins par une grande ruse, Melkor mit à présent une ardeur plus grande à chercher comment détruire Fëanor et briser l'amitié entre les Valar et les Eldar. Longuement œuvra-t-il; et au début, lent et vain fut son labeur. Mais à celui qui sème ses mensonges la moisson ne manquera pas, et il pourra bientôt épargner sa peine, d'autres feront à sa place les récoltes et les nouvelles semailles. Melkor trouvait toujours des oreilles pour l'écouter, et des langues pour amplifier ce qu'elles avaient entendu. Car les mensonges de Melkor s'enracinent dans la vérité qu'ils contiennent.

§96 Ce fut ainsi que les rumeurs s'élevèrent en Eldamar selon lesquelles les Valar avaient fait venir les Eldar en Valinor par jalousie de leur beauté et de leurs dons, et par crainte qu'ils ne devinssent trop forts pour être gouvernés dans les contrées libres de l'est. Et ensuite Melkor prédit l'arrivée des Hommes, dont les Valar n'avaient pas encore parlé aux Elfes, et il fut encore murmuré au loin que les dieux avaient l'intention de réserver les royaumes de la Terre du Milieu à la race plus jeune et plus faible qu'ils pourraient plus aisément dominer, dépouillant les Elfes de l'héritage d'Ilúvatar.

§97 Alors enfin les princes des Noldor commencèrent à murmurer contre les Valar, et beaucoup se gonflèrent d'orgueil en oubliant tout ce que les Valar leur avaient enseigné et donné. Et à ce moment (ayant à présent éveillé la colère et la fierté), Melkor apprit aux Eldar à faire des armes, choses qu'ils n'avaient pas auparavant possédées ou connues; car les arsenaux des Valar avaient été fermés après l'enchaînement de Melkor. Mais à présent, les Noldor se mirent à forger des épées et des haches et des lances, et ils firent des boucliers ornés des emblèmes de nombreuses maisons et parentés qui rivalisaient les unes avec les autres.

§98 Un grand forgeron Fëanor était-il en ces jours, et un prince fier et à l'autorité naturelle, jaloux de tout ce qu'il avait; et Melkor le tenait à l'œil. Car il convoitait toujours les Silmarils; mais Fëanor les portait rarement à la lumière à présent, et les conservait plutôt enfermés dans l'ombre du trésor de Túna; et il commença à en réserver la vue à son seigneur et à ses sept fils. Dès lors, Melkor propagea de nouveaux mensonges selon lesquels Fingolfin était en train de comploter afin de supplanter Fëanor et son père dans les faveurs des Valar, et qu'il était capable d'y parvenir, car ceux-ci étaient mécontents de ce que les Silmarils ne fussent pas sous leur garde. De ces mensonges s'élevèrent des querelles parmi les fiers enfants de Finwë, et Melkor fut bien content; car tout s'accordait à présent à ses desseins. Et soudainement, avant que les Valar n'en fussent conscients, la paix de Valinor fut rompue et des épées furent tirées en Eldamar.

1490


§99 Alors les dieux furent en colère, et ils convoquèrent Fëanor devant eux. Et ils mirent à jour tous les mensonges de Melkor; mais parce que c'était Fëanor qui avait en premier lieu rompu la paix et menacé de violence en Aman, il fut par leur jugement banni pour vingt10 années de Tirion. Et il s'en alla et s'établit vers le nord en Valinor, près des Halls de Mandos, et construisit un nouveau trésor et une forteresse à Formenos; et il y déposa une grande abondance de gemmes dans le trésor, mais les Silmarils furent enfermés dans une chambre de fer. Et Finwë y vint aussi, à cause de l'amour qu'il portait à Fëanor; et Fingolfin régna sur les Noldor de Túna. Ainsi les mensonges de Melkor revêtirent une apparence de vérité, et l'amertume qu'il avait créée persista longtemps entre les fils de Fingolfin et de Fëanor.

§100 Directement depuis le Cercle de Justice, Tulkas partit en hâte mettre la main sur Melkor, mais Melkor, sachant que ses desseins avaient été révélés,11 se mit hors de vue, et un nuage le recouvrit; et il sembla aux habitants de Valinor que la Lumière des Arbres était plus faible que d'habitude, et que les ombres étaient plus obscures et plus longues.

1492


§101 Et il est dit que Melkor disparut un certain temps; mais soudainement il réapparut devant les portes de la demeure de Finwë et de Fëanor à Formenos, et chercha à leur parler. Et il leur dit : "Voyez la vérité de tout ce que je vous avais dit, et comment vous êtes en effet injustement bannis. Et ne croyez pas que les Silmarils soient en sûreté où que ce soit dans le royaume des dieux. Mais si le cœur de Fëanor est encore aussi libre et fier que l'étaient ses paroles en Túna, alors je t'aiderai, et t'emmènerai loin de ce territoire étroit. Car ne suis-je pas aussi un Vala comme eux ? Oui, et plus encore qu'eux, et j'ai toujours été un ami des Noldor, le plus habile et le plus vaillant des peuples d'Arda."

§102 Alors le cœur de Fëanor s'enfla d'amertume et s'emplit de crainte pour les Silmarils, et dans cette état d'esprit il persista. Mais les paroles de Melkor étaient allées trop loin et avaient éveillé une flamme plus forte qu'il ne l'avait voulu; et Fëanor le regarda de ses yeux ardents, et voyez ! il vit au travers des semblants de Melkor et perça les déguisements de son esprit, y percevant la convoitise pour les Silmarils. Alors la haine l'emporta sur toute peur et il maudit Melkor et lui enjoignit de partir. "À la porte, vagabond,12 gibier de Mandos," dit-il, et il claqua la porte au nez de l'être le plus puissant résidant en Ëa.

§103 Et en ce moment, étant lui-même en danger, Melkor partit, consumé de colère, et il planifia une amère vengeance de sa honte. Mais Finwë fut pris d'une grande peur et envoya en hâte des messagers à Manwë à Valmar.

§104 Alors Oromë et Tulkas partirent à la poursuite de Melkor, mais avant qu'ils ne fussent allés loin, des messagers arrivèrent d'Eldamar, disant que Melkor s'était enfui par le Kalakiryan,13 passant par la colline de Túna en colère tel un nuage orageux. Et avec la fuite de Melkor l'ombre fut levée de Valinor, et pour un temps, tout le pays fut à nouveau beau. Mais les dieux cherchèrent en vain les traces de leur ennemi, et le doute pesa lourdement sur leurs cœurs au sujet du nouveau mal qu'il pourrait entreprendre.

§105 Il est dit que Melkor arriva à la noire région d'Arvalin. A présent, cette terre étroite se situait au sud de la Baie d'Eldamar, mais à l'est des montagnes des Pelóri, et ses côtes interminables et sinistres s'étendaient vers le sud du monde, obscures et inexplorées. Là, entre les murailles rocheuses et les eaux noires et glacées de la Mer, les ombres étaient les plus profondes. Et là, Ungoliantë avait secrètement établi sa demeure. D'où elle vint, nul Elda ne le sait, mais peut-être arriva-t-elle dans le sud depuis les ténèbres d'Ëa, en cette époque où Melkor détruisit les lumières d'Illuin et d'Ormal, et en raison de son installation dans le nord, l'attention des Valar se porta principalement dans cette direction et le sud fut longtemps oublié. De là elle rampait vers le royaume de la lumière des Valar. Car elle avait faim de lumière tout en la haïssant. Elle vivait dans un profond ravin des montagnes, sous la forme d'une monstrueuse araignée, absorbant toute la lumière qu'elle pouvait trouver, ou qui s'écartait des murs de Valinor, et elle la retissait en filets noirs d'une obscurité étouffante, jusqu'à ce que sa demeure fût plongée dans les ténèbres, et elle était affamée.

§106 Il se peut très bien que Melkor, si nul autre le pouvait, connût, lui, son existence et sa demeure, et qu'elle fut au commencement l'une de ceux qu'il avait corrompus à son service. Et arrivant enfin en Arvalin, il alla la voir et demanda son aide pour sa revanche. Mais elle tremblait d'affronter les périls de Valinor et la grande colère des dieux, et craignait de quitter son repère jusqu'à ce que Melkor eût juré de lui donner une récompense qui guérirait la tenaille de sa faim et de sa haine.

1495


§107 Ayant enfin bien préparé leurs plans, Melkor et Ungoliantë se mirent en route. Une grande obscurité les recouvrait, qu'Ungoliantë tissa, et elle produisit également des fils noirs et les amarra aux rochers, et ainsi après un grand labeur, de filet en filet, elle grimpa au sommet d'Hyarantar, qui est le pinacle le plus haut des montagnes au sud du Taniquetil. Là en effet (excepté cette tour d'observation du sud) les Pelóri étaient moins hautes, et moindre était la vigilance des Valar, car ils avaient toujours plutôt été de garde contre le nord.

§108 À présent Ungoliantë fabriqua une échelle de fils et la jeta, et Melkor y grimpa, et arriva ainsi en ce haut lieu, d'où il put contempler le Royaume Gardé. Et en dessous s'étendaient les bois verts et sauvages d'Oromë, et plus à l'ouest chatoyaient les champs et les prés de Yavanna, or pâle sous les grands épis des dieux. Mais Melkor regarda vers le nord, et vit au loin la plaine étincelante, et les dômes argentés de Valmar brillant sous le mélange des lumières de Telperion et de Laurelin. Alors Melkor rit bien fort, et s'élança sur les longs versants occidentaux; et Ungoliantë était à ses côtés et son obscurité les recouvrait.

§109 C'était une époque de fête et Melkor le savait bien. Car même si les cycles et les saisons étaient aux ordres des Valar, si Valinor ne connaissait nul mortel hiver, les dieux résidaient néanmoins dans le royaume d'Arda, et ce n'était qu'un petit royaume dans les espaces d'Ëa, dont la vie est le Temps, qui s'écoule éternellement depuis la première note jusqu'au dernier accord d'Eru. Et il était ainsi un plaisir pour les Valar (comme il est dit dans l'Ainulindalë) de prendre comme un costume les formes des Enfants d'Ilúvatar; de même, ils mangeaient et buvaient et récoltaient les fruits de Yavanna, et tiraient des forces de la Terre qu'ils avaient créée sous l'autorité d'Eru.

§110 Yavanna avait donc assigné à toutes les choses croissantes un temps pour la floraison et pour la maturité : germination, bourgeonnement, et période des graines. Et au début de la récolte des fruits, Manwë donnait une grande fête en l'honneur d'Eru, et tout le peuple de Valinor donnait libre cours à sa joie en chantant et en faisant de la musique. Telle était l'heure à présent; mais Manwë, espérant qu'en effet l'ombre de Melkor eût été retirée du pays, et ne craignant pas pire que peut-être une nouvelle guerre contre Utumno et une nouvelle victoire pour en finir, avait décrété que cette fête serait plus glorieuse que toutes celles qui avaient eu lieu depuis la venue des Eldar. Il voulait en outre guérir le mal qui avait vu le jour parmi les Noldor, et ils furent dès lors tous conviés à venir à lui et à se mêler aux Maiar en ses halls sur le Taniquetil, et à y mettre de côté tous les griefs qui divisaient leurs princes et à oublier à jamais les mensonges de leur Ennemi.

§111 Les Vanyar arrivèrent, puis les Noldor, et les Maiar se rassemblèrent, et les Valar étaient parés de leur beauté et de leur majesté; et ils chantèrent devant Manwë dans ses vastes halls, ou jouèrent sur les pentes vertes du Taniquetil qui faisaient face vers l'ouest aux Arbres. Ce jour-là, les rues de Valmar étaient désertes et les marches de Túna silencieuses; seuls, au delà des montagnes, les Teleri continuaient de chanter sur les rivages de la Mer, car ils se souciaient peu des saisons ou du temps, et ne pensaient pas aux soucis des Seigneurs d'Arda ni à l'ombre qui était tombée sur Valinor, car elle ne les avait pas encore touchés.

§112 Une seule chose vint marrir le dessein de Manwë. Fëanor vint en effet, car il était le seul à en avoir reçu l'ordre de Manwë; mais Finwë ne vint pas ni aucun des Noldor de Formenos. Car Finwë avait déclaré : "Tant que durera le bannissement pour mon fils Fëanor, qui l'empêche de se rendre à Túna, je ne me considère plus roi, et ne rencontrerai pas mon peuple, ni ceux qui gouvernent à ma place." Et Fëanor ne vint pas en habit de fête, il ne portait aucun ornement, ni argent, ni or, ni aucune gemme; et il refusait toujours la vue des Silmarils aux Valar comme aux Eldar, et les gardait enfermés dans l'obscurité dans leur chambre de fer. Pourtant il rencontra Fingolfin devant le trône de Manwë, et se réconcilia en paroles avec lui, et Fingolfin compta pour rien qu'il eût tiré l'épée.

§113 Il est dit qu'au moment même où Fëanor et Fingolfin se tenaient devant le trône de Manwë, et c'était au moment du Mélange des Lumières et les Deux Arbres étaient brillants, et la cité silencieuse de Valmar étincelait d'or et d'argent, en cette heure Melkor et Ungoliantë arrivèrent par delà la plaine et se tinrent devant le Monticule Vert. Alors Melkor s'élança, et de sa lance noire il frappa chaque Arbre au cœur, un peu au dessus des racines, et leur sève se mit à couler comme du sang et se répandit sur le sol. Mais Ungoliantë l'aspira, et allant ensuite d'Arbre en Arbre, elle pressa ses lèvres immondes sur leurs blessures, jusqu'à ce qu'elles fussent exsangues; et le poison qui était en elle passa dans leurs fibres et les dessécha; et ils moururent. Et Ungoliantë avait encore soif, et allant aux Cuves de Varda, elle les assécha. Mais à mesure qu'elle buvait, Ungoliantë exhalait de noires vapeurs, et s'enflait d'une manière si gigantesque et hideuse que même Melkor en fut effrayé.

§114 Alors les Ténèbres tombèrent sur Valinor. Ce qui arriva ce jour-là est longuement raconté dans l'Aldudénië (la Complainte pour les Arbres) qu'écrivit Elemírë des Vanyar et que tous les Eldar connaissent. Pourtant, il n'est pas de chant ni de récit qui puisse rendre la douleur et la terreur qui suivirent. La Lumière faillit; et ce fut là un malheur assez grand, mais les Ténèbres qui s'abattirent étaient plus encore qu'un manque de lumière. Cette heure vit naître une Nuit qui n'était pas une absence mais une chose en soi : car c'était le mal qui l'avait créée à partir de la Lumière , et elle avait le pouvoir de transpercer les yeux, la tête, le cœur et d'étouffer toute volonté.

§115 Du haut de la Montagne Sacrée, Varda baissa les yeux et vit l'Ombre monter en des tours soudaines d'obscurité; Valmar avait plongé dans un océan de nuit. Bientôt le Taniquetil fut solitaire, comme une dernière île de lumière dans un monde qui avait sombré. Tous les chants s'étaient tus. Valinor était silencieux et nul bruit ne s'entendait, excepté seulement l'appel lointain des Teleri porté par le vent au-delà des montagnes comme la plainte glacée des goélands. Car en cette heure le froid venait de l'est et les grandes ombres de la Mer venaient s'amonceler contre les rivages escarpés.

§116 Mais de son haut siège, Manwë jeta son regard qui seul pouvait percer l'obscurité, et il vit au loin comment des Ténèbres au-delà des ténèbres se dirigeait vers le nord par dessus le pays, et il sut que Melkor était là. Alors commença la poursuite, et la terre trembla sous les chevaux des troupes d'Oromë, et les flammes jaillies des sabots de Nahar furent la première lumière qui revint en Valinor. Mais dès qu'ils atteignirent le Nuage d'Ungoliantë, les cavaliers des Valar furent aveuglés et désorientés, et ils se dispersèrent et se perdirent; et le son du Valaróma faiblit et s'éteignit. Et Tulkas était un homme pris de nuit dans un filet noir, et il était impuissant et frappait l'air en vain. Et quand les Ténèbres furent passées, il était trop tard : Melkor était allé où il voulait, et sa vengeance était accomplie.


Notes :

1 Cette annale est un remplacement précoce; l'annale originale, concernant le mariage de Finrod et d'Eärwen, la fille d'Olwë, réapparaît sous une forme très semblable dans le manuscrit tel qu'écrite à l'origine sous l'année 1280. Plus tard, au stylo-bille, [Tolkien] changea la date de cette annale en 1169, et ajouta de nouvelles annales à 1170, "Míriel tombe endormie et s'en va en Mandar" (sur Mandar, voir [HoMe X,] p. 205), et à 1172 "Sentence de Manwë au sujet du mariage des Eldar." Sur ces questions, voir pp. 205 et suivantes, et voir note 4 ci-dessous. Les nouvelles annales apparaissent tapées dans le tapuscrit.

2 Le nom Noldor est ici écrit avec un tilde, Ñoldor (représentant l'occlusive nasale vélaire voisée, le ng de king; voir IV.174). Ceci devint la forme finale dans tous les écrits tardifs de mon père, bien que souvent accidentellement omis (aucune de ses machines à écrire ne possédait ce signe); il n'est pas représenté dans l'orthographe de Noldor dans ce livre.

3 La dernière partie de ce passage, au sujet des gemmes, est très largement un ajout. Tel qu'écrit en premier, tout ce qui était dit du sujet était :
    Il est dit que vers cette époque, les artisans de la Maison de Finwë (dont Fëanor, son fils aîné, était le plus doué) créèrent en premier lieu des gemmes; et tout Valinor fut enrichi par leur travail.
Voir note 5.

4 Une nouvelle annale fut ajoutée ici en même temps que celles données en note 1 : "1185 Finwë épouse Indis des Vanyar."

5 Cette phrase ("Il aimait grandement les gemmes ...") est un ajout accompagnant le changement et l'expansion auxquels se réfère la note 3.

6 Naugrim fut écrit au crayon au-dessus de la forme originale Nauglath (qui cependant ne fut pas barrée), et le mot "aussi" (dans "que nous nommons aussi") ajouté en même temps.

7 Cette interpolation beleriandique par Pengoloð, entre crochets dans l'original, était un ajout au manuscrit; cf. note 8. À côté, mon père écrivit plus tard au crayon : "À transférer vers AB".

8 Cette interpolation entre crochets de Pengoloð était un ajout au manuscrit; et comme celle à laquelle se réfère la note 7, elle fut notée par après dans le sens d'un transfert vers les Annales de Beleriand. Le nom du chef des Nandor était d'abord écrit Enadar, changé immédiatement en Denethor (le nom en AV 2, QS, et Lhammas).
Par après mon père ajouta au crayon une nouvelle annale, pour 1362 : "À ce moment naquit Isfin, fille de Fingolfin, la Blanche Dame des Noldor" (voir note 9).

9 Un ajout rapide à l'encre, barré ultérieurement, donne une annale pour 1469 : "À ce moment naquit la première fille de Fingolfin, la Blanche Dame des Noldor" (voir note 8). Il n'est dit nulle part ailleurs que Fingolfin eut une autre fille qu'Isfin.

10 Le manuscrit mentionne "trois" > "dix" > "vingt" (Années valiennes).

11 bewrayed [NdTr : traduit ici par "révélés"] : "révélés", "trahis".

12 vagabond remplaçait mendiant (voir p. 191).

13 mon père écrivit d'abord Kalakilya, l'ancienne forme, mais la changea directement en Kalakirya; -n fut ajouté ultérieurement (voir p. 89, §67).



Commentaires sur la quatrième section des Annales d'Aman


Cette section des Annales correspond par son contenu à QS chapitre 4 Les Silmarils et le Crépuscule de Valinor (V.227-31), et à AV 2 annales 2500 jusqu'au début de 2990 (V.113-14). Le récit en AAm ne soutient pas la comparaison avec le superficiel AV 2, et présente un élan complètement différent; en effet, dans cette section nous pouvons voir disparaître la forme annale avec une narration bien fournie qui émerge. Comme ce fut souvent le cas avec les travaux de mon père, l'histoire prit le pas et s'étendit quelques soient les restrictions de forme qu'il lui avait assignées. La nouvelle narration est le double en longueur de celle en QS, à laquelle elle est associée de près en structure. Au niveau de l'expression, elle est presque entièrement nouvelle; et pourtant, une comparaison entre elles montrera qu'AAm tend plutôt à une définition plus grande de la narration qu'à un changement significatif en structure ou de nouveaux ajouts de marque - bien que les deux soient présents. Les commentaires suivants n'ont aucunement pour but d'être une analyse de toutes les différences d'emphase, de suggestion, et de détail entre AAm et QS.
§78 Auparavant en AAm, sous l'année 1115, apparaissent des insertions rejetées (voir p. 87, notes 3 et 5) où sont consignées la naissance de Fëanor d'Indis, femme de Finwë, en Terre du Milieu lors du Grand Voyage, et sa mort subséquente lors d'une chute dans les Monts Brumeux. Écrites au stylo-bille, ces insertions paraîtraient relativement tardives; ici, d'un autre côté, dans ce qui semble être une insertion précoce (écrite précautionneusement à l'encre, et voir note 1 ci-dessus), Fëanor naquit à Tirion, et sa mère était Míriel, appelée Byrde Míriel (vieil anglais byrde, "brodeuse"; voir pp. 185, 192). Dans des insertions tardives (notes 1 et 4 ci-dessus), il est écrit qu'en 1170, Míriel "tomba endormie" et passa en Mandos, et en 1185, Finwë épousa Indis des Vanyar.
§79 Précédemment en QS (§40), il est dit que les Noldor "inventèrent le façonnage des gemmes"; de même en AV 2 (V.113), ils "inventèrent les gemmes", et à nouveau dans l'Ainulindalë B (V.162). L'idée se trouve dans tous les textes précédents, remontant au récit élaboré du vieux conte de La venue des Elfes (voir I.58, 127). Dans la période ultérieure, elle survécut dans la version finale D de l'Ainulindalë (§35, voir pp. 19 et 34), et était encore présente au départ en AAm (voir note 3 ci-dessus). La réécriture de ce passage rejette l'idée de l'"invention" : les gemmes des Noldor furent extraites en Aman.
§80 L'association des Noldor à l'écriture alphabétique remonte aux Contes perdus, où cet art est en premier attribué à Aulë (I 58); "en ces jours Aulë, aidé en cela par les Gnomes, conçut des alphabets et des écritures" (I.141). Dans l'Ainulindalë B (V.162), les Noldor "ajoutèrent beaucoup à l'enseignement [d'Aulë] et prirent un grand plaisir dans les langues et les alphabets", et ceci survécut dans les versions ultérieures. À présent Rúmil et (dans §83) Fëanor émergent comme les grands inventeurs. Cf. Le Seigneur des Anneaux, Appendice E (II) :
    Les Tengwar ..., un alphabet inventé par les Noldor, les parents des Eldar les plus versés en la matière, et cela s'était fait bien avant leur départ en exil. Les antiques lettres eldarines, dites Tengwar de Rúmil, n'étaient pas utilisées en Terre du Milieu. Les caractères plus tardifs, les Tengwar de Fëanor, étaient, pour une large part, une invention nouvelle, bien qu'inspirée par la graphie de Rúmil.
Si Rúmil est l'auteur des Annales d'Aman, comme il est dit dans le préambule (p. 48), il est ici en train de se décrire lui-même par les mots "très renommé parmi les savants linguistes".
§82 Finrod : nom précédent de Finarfin (Finarphin).
§84 La forme Nauglath (voir note 6 [ci-dessus]) est, curieusement, un retour au nom gnomique original des Nains des Contes perdus (voir I.261), bien que Naugrim apparaisse en tant que forme originale en QS à un point postérieur de la narration (§122). [L'entrée Naugrim a été par accident oubliée dans l'index du volume V. Les références sont 273, 277, 405.] - Pour le nom Sindar, voir p. 91, §74.
Sur les références antérieures aux Nains en Beleriand, voir IV.336; comme je l'ai noté là, l'affirmation dans la seconde version des premières Annales du Beleriand (V.332) selon laquelle les Nains avaient "depuis longtemps" une route vers le Beleriand est le premier signe de l'idée postérieure que les Nains avaient été actifs en Beleriand longtemps avant le retour des Noldor. Mais le présent passage est la première référence aux Nains aidant dans le creusement et la construction des grands halls de Menegroth. - La légende de la création des Nains par Aulë se retrouve dans les textes de la période précédente : AB 2 (V.129), le Lhammas (V.178 et commentaires) et QS (§123 et commentaires).
§85 Ici apparaît le développement important par lequel les princes de la Troisième Maison des Noldor devinrent des parents proches de Thingol de Doriath (Elwë Singollo, frère d'Olwë d'Alqualondë, §58); et Galadriel surgit du Seigneur des Anneaux. Cf. Appendice F (I, Des Elfes) : "Dame Galadriel de la maison royale de Finrod, père de Felagund, roi de Nargothrond" (une affirmation qui fut changée lors de la seconde édition du Seigneur des Anneaux, lorsque Finrod était devenu Finarphin et Inglor était devenu Finrod (Felagund)).
§86 En AV 2 (V.112, également par une interpolation de Pengolod) et en QS (§115), les Elfes sous Denethor n'arrivèrent pas en Beleriand "par le sud", mais par les Montagnes Bleues; la signification ici est probablement qu'ils traversèrent les montagnes dans une région au sud d'Ossiriand. Il n'y avait pas sept rivières descendant des montagnes, mais six : la septième rivière d'Ossiriand était le grand fleuve Gelion, dans lequel se jetaient les six autres.
§88 en raison de sa parenté : en AAm §3 (tout comme en AV 2 et en QS §9), Niënna était "la sœur de Manwë et de Melkor". En AAm* (p. 65), elle est seulement appelée la sœur de Manwë.
§92 En AV 2, deux âges passèrent (Années valiennes 2500-2700) entre la création des Silmarils et la libération de Melkor; de même en QS (§§46-7). En AAm, la relation entre les deux est renversée, avec la libération de Melkor placée sous l'Année des Arbres 1400 et l'achèvement des Silmarils sous 1450.
§93 Avec ce qui est dit ici au sujet du destin de Fëanor, cf. QS §88 : "si enflammé était son esprit que son corps tomba en cendres lorsque son esprit en jaillit; et il n'est jamais encore réapparu sur terre ni n'a quitté le royaume de Mandos."
§97 Sur l'ignorance des Elfes des armes, cf. p. 106, §97.
§98 Aucune mention n'est faite en QS (§52) des dissensions allant jusqu'au dégainement d'épées. En AAm §112, "Fingolfin compta pour rien qu'il eût tiré l'épée"; et dans la marge du texte tapuscrit en cet endroit, [Tolkien] écrivit : "se réfère à quoi ?" Une extension tardive du chapitre en QS, proche dans le temps de la rédaction d'AAm, dit que Fëanor menaça Fingolfin avec une épée dégainée (p. 189, §52); et au regard du §112, il semble probable que ceci fut omis par accident ici.
§99 Le terme de l'exil de Fëanor (voir note 10 ci-dessus) n'est pas mentionné dans les textes antérieurs - Le nom Formenos apparaît à présent, en ajout au texte.
§102 l'être le plus puissant résidant en Ëa : voir p. 65, §2.
§105 L'époque de l'arrivée d'Ungoliantë en Arda est située (en tant qu'hypothèse) au moment de l'entrée de Melkor et de son armée avant le renversement des Lampes (voir p. 53, § 19). Sur "peut-être arriva-t-elle dans le sud depuis les ténèbres d'Ëa", cf. QS §55 : "des Ténèbres Extérieures, peut-être, qui sont situées au delà des Murs du Monde".
§106 Bien qu'à nouveau énoncée comme une hypothèse, l'origine d'Ungoliantë est à présent située dans sa corruption passée par Melkor, et il est suggéré qu'il vint en Arvalin dans le but prémédité de la trouver.
§107 La haute montagne dans la chaîne méridionale des Pelóri reçoit à présent un nom, Hyarantar (remplacé plus tard par Hyarmentir, voir p. 285).
§§109-10 Dans les Contes perdus, l'occasion du grand festival était la commémoration de l'arrivée des Eldar en Valinor (I.143), mais dans les textes postérieurs, ce n'est pas spécifié. À présent un nouveau et remarquable récit en est donné, avec une référence au passage de l'Ainulindalë (§25) dans lequel les formes visibles revêtues par les Valar sont décrites; et ici, le concept de ces "formes" est étendu (comme il le semble) au point que les grands esprits pouvaient manger, et boire, et "tiraient des forces de la Terre". Également entièrement nouveau dans ce passage est l'élément du dessein de Manwë de rétablir la concorde parmi les Noldor.
§112 En QS (§60), Fëanor était présent lors du festival sur le Taniquetil; à présent émerge l'histoire selon laquelle il vint seul de Formenos, sur l'ordre de Manwë, en habits sombres, que Finwë refusa de venir alors que son fils vivait en exil, et que Fëanor se réconcilia "en paroles" avec Fingolfin devant le trône de Manwë. À ce stade, évidemment, Fëanor et Fingolfin étaient encore des frères du même lit.
§114 Il n'y a aucune trace de l'écrit Aldudénië dans les papiers de mon père. Sur le passage concernant les Ténèbres qui vinrent à l'extinction de la Lumière des Arbres, cf. l'Ainulindalë, §19 : "il sembla [aux Ainur] à ce moment-là percevoir une chose nouvelle, l'Obscurité, qu'ils n'avaient pas connue auparavant, hormis en pensée."
§116 Sur le cor d'Oromë Valaróma, voir l'Ainulindalë D, §34 (pp. 35 et 39).


*


Il y a un beau nombre de notes et de changements apportés au tapuscrit, certains ajoutés par le dactylographe sous la direction de mon père; mais seuls quelques uns d'entre eux ont besoin d'être rapportés .
§78 Les deux nouvelles entrées d'annales données en note 1 ci-dessus, et celle en note 4, sont présentes tapées dans le manuscrit.
§81 Après l'entrée pour 1190, une nouvelle entrée fut ajoutée pour l'année 1200 : "Lúthien naquit" (avec un point d'interrogation).
§84 Un blanc est laissé dans le tapuscrit là où le manuscrit avait Naugrim écrit au-dessus de Nauglath, probablement parce que le dactylographe ne savait pas quelle forme reprendre (voir note 6). Le blanc ne fut pas rempli, mais le nom Nornwaith qui suit fut barré.
§85 Après l'annale pour 1280, les entrées beleriandiques suivantes furent ajoutées :
    1300 Daeron, savant de Thingol, invente les Runes.
    Turgon, fils de Fingolfin, et Inglor, fils de Finrod, naquirent.
    1320 Les Orcs apparaissent pour la première fois en Beleriand.
§86 Après l'annale pour 1350, deux entrées furent ajoutées :
    1362 Galadriel, fille de Finrod, naquit en Eldamar.
    Isfin, la Blanche Dame des Noldor, naquit à Tirion.
La seconde de ces entrées apparaît également sous la forme d'un ajout au crayon sur le manuscrit (note 8).
§97 Contre les mots "Melkor apprit aux Eldar à faire des armes, choses qu'ils n'avaient pas auparavant possédées ou connues", mon père écrivit sur le tapuscrit : "Non ! Ils durent avoir des armes au long du Grand Voyage." Cf. le passage en QS sur ce sujet (note de bas de page au §49) : "Les Elfes avaient auparavant uniquement possédé des armes de chasse, lances et arcs et flèches."
§99 Le terme de l'exil de Fëanor fut à nouveau changé (voir note 10), de "vingt" à "douze".
§113 Après "le Monticule Vert" fut ajouté : "d'Ezellohar". Ce nom fut ajouté au tapuscrit pour des occurrences antérieures : p. 69, §25. - "Les Cuves de Varda" devient "Les Sources de Varda"; voir p. 69, §28.
§114 Le dactylographe lut mal Elemírë, et mon père corrigea l'erreur sous la forme Elemmírë.
Je ne sais pas quelle intention se cachait derrière l'introduction des entrées beleriandiques données sous §§81, 85 ci-dessus.
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MessagePosté le: 26 Juin 2006 19:26     Sujet du message: Répondre en citant

Cinquième section des Annales d'Aman


§117 Il advint ainsi qu'après un temps une grande assemblée fut réunie autour du Cercle de Justice; et les dieux siégeaient dans l'ombre, car c'était la nuit. Mais à présent une nuit comme celle qui peut régner seulement dans certaines contrées du monde, quand les étoiles percent de manière intermittente à travers l'amas de grands nuages, et que des brumes froides dérivent d'un rivage menaçant de la mer. Alors Yavanna se leva sur le Monticule vert, et il était dénudé à présent, et noir; et elle regarda fixement les Arbres, et ils étaient tous deux morts et noirs. Alors de nombreuses voix s'élevèrent en lamentation; car il sembla à ceux qui pleuraient qu'ils avaient bu jusqu'à la lie le breuvage de malheur que Melkor leur avait préparé. Mais il n'en était pas ainsi.

§118 Car Yavanna s'adressa aux Valar, disant : "La Lumière des Arbres s'en est allée, et survit à présent uniquement dans les joyaux de Fëanor. Prescient fut-il. Voyez ! même pour ceux qui sont les plus puissants, il est des actes qu'ils ne peuvent accomplir qu'une fois, et une fois seulement. La Lumière des Arbres ai-je amenée à l'existence, et ne peux plus jamais le faire en Ëa. Pourtant, si j'avais un peu de cette Lumière, je pourrais rendre la vie aux Arbres, avant que leurs racines ne meurent; et alors nos griefs seraient redressés, et la malveillance de Melkor serait vaincue."

§119 Et Manwë prit la parole, et dit : "Entends-tu, Fëanor, les paroles de Yavanna ? Lui accorderas-tu ce qu'elle demandera ?"
Et il y eut un long silence, mais Fëanor se tint coi.
Alors Tulkas s'écria : "Parle, ô Noldo, oui ou non ! Mais qui privera Yavanna ? Et la lumière des Silmarils ne vient-elle pas de son œuvre à l'origine ?"
Mais Aulë le Forgeron1 dit : "Ne te précipite pas ! Nous demandons une chose plus grande que tu ne le crois. Laisse-le en paix encore un moment."

§120 Mais Fëanor prit alors la parole, et s'écria amèrement : "En vérité, pour le moindre tout comme pour le plus grand est-il des actes qu'il ne peut accomplir qu'une seule fois. Et dans cet acte-là, son cœur reposera. Peut-être puis-je ouvrir mes joyaux, mais plus jamais je n'en ferai de semblables; et s'ils doivent être brisés, alors brisé sera mon cœur, et je mourrai : de tous les Enfants d'Eru, le premier."

§121 "Pas le premier," dit Mandos, mais ils ne comprirent pas ses mots; et à nouveau vint le silence, alors que Fëanor ruminait dans l'ombre. Et il lui sembla qu'il était entouré d'un cercle d'ennemis, et les paroles de Melkor lui revinrent, disant que les Silmarils n'étaient pas à l'abri, si les Valar les possédaient. "Et n'est-il pas un Vala comme eux," pensa-t-il, "et ne comprend-il pas leurs cœurs ? Oui, le voleur révélera les voleurs." Alors il cria bien fort : "Non, cela je ne le ferai pas de mon plein gré. Mais si les Valar m'y contraignent, alors en vérité je saurai que Melkor est des leurs."

§122 "Tu as parlé," dit Mandos. Alors tous s'assirent en silence, pendant que Niënna pleurait sur Korlairë et déplorait l'amertume du monde. Et alors même qu'elle pleurait, des messagers arrivèrent de Formenos, et il s'agissait de Noldor, et ils apportèrent des nouvelles fraîches et maléfiques. Car ils racontèrent à présent comment des Ténèbres aveugles vinrent vers le nord, au milieu desquelles marchait un pouvoir sans nom, et duquel venaient les Ténèbres. Mais Melkor aussi était là, et il vint à la maison de Fëanor, et il y tua Finwë, roi des Noldor, devant les portes, et répandit le premier sang des Enfants d'Ilúvatar. Car seul Finwë n'avait pas fui l'horreur ténébreuse. Mais la forteresse de Formenos, Melkor l'avait brisée, et entièrement détruite, et l'abondance de gemmes avait-il prise; et les Silmarils étaient partis.

§123 Alors Fëanor s'éleva et maudit Melkor, l'appelant Morgoth;2 et il maudit aussi la convocation de Manwë, et l'heure à laquelle il vint au Taniquetil, pensant dans sa folie que s'il avait été à Formenos, sa force lui aurait valu un autre sort que d'être aussi tué, comme Melkor l'avait espéré.3 Mais à présent Fëanor courut loin de la foule et s'enfuit dans la nuit, tel un fou de colère et de tristesse à la fois : car son père lui était plus cher que la Lumière de Valinor ou que les travaux sans égaux de ses mains; et qui parmi les fils, des Elfes ou des Hommes, a autant estimé son père ?

§124 Et ceux qui virent partir Fëanor le pleurèrent fortement; mais Yavanna était consternée, redoutant à présent que les Grandes Ténèbres n'avalassent à jamais les derniers rayons de Lumière. Car bien que les Valar ne comprissent pas encore entièrement ce qui s'était passé, ils percevaient que Melkor avait appelé de l'aide venue d'En dehors. Les Silmarils avaient disparu, et il pouvait sembler égal, dès lors, que Fëanor eût dit oui ou non4 en fin de compte; et pourtant, eût-il dit oui en premier et ainsi lavé son cœur avant l'arrivée des terribles nouvelles, ses actions subséquentes auraient peut-être été autres que ce qu'elles furent. Mais à présent la destinée des Noldor s'approchait.

§125 Pendant ce temps, est-il dit, Morgoth, échappant à la poursuite des Valar, arriva à la région désolée d'Araman qui, au nord, comme Arvalin au sud, se situe entre les murailles des Montagnes et la Grande Mer. Ainsi passa-t-il en Helkaraxë où le Détroit entre Araman et la Terre du Milieu est empli de glace grinçante; et il le traversa et revint au Nord du monde. Alors, aussitôt qu'ils y posèrent le pied et qu'ils se furent échappés du pays des Valar, Ungoliantë exigea de Melkor qu'il lui livrât sa récompense. La moitié de son prix était la sève des Arbres; l'autre moitié devait être une pleine part de tous les joyaux qu'ils pourraient prendre. Morgoth les céda à contrecœur, un par un, jusqu'à ce qu'elle les eût tous dévorés et que leur beauté disparût de la terre, et alors plus énorme et plus noire devint Ungoliantë, et pourtant elle en voulait encore plus.

§126 Mais Morgoth ne lui aurait donné aucune part des Silmarils : ceux-ci, il se les attribua à jamais. Ainsi advint la première querelle de voleurs, et la crainte de Yavanna n'en vint pas à se réaliser : que les Ténèbres n'avalassent les derniers rayons de la Lumière. Mais Ungoliantë fut furieuse, et si grande était-elle devenue que Morgoth ne put la maîtriser; et elle l'emmêla dans ses filets étouffants, et son cri horrible retentit dans le monde. Alors vinrent à son aide les Balrogs, qui survivaient toujours en des endroits profonds dans le Nord, là où les Valar ne les avaient pas découverts. Avec leurs fouets de feu ils déchirèrent en morceaux ses filets, et ils éloignèrent Ungoliantë, et elle descendit en Beleriand et s'y établit un temps sous Ered Gorgoroth dans cette vallée qui fut par après nommée Nan Dungorthin, en raison de la peur et de l'horreur qu'elle y engendra. Mais quand elle eut soigné ses blessures et donné naissance à une immonde progéniture, elle disparut des régions du Nord, et retourna dans le Sud du monde, où elle réside encore, pour tout ce que les Eldar en ont ouï dire.

§127 Alors Morgoth, étant libéré, rassembla à nouveau tous ceux de ses servants qu'il put trouver, et creusa à nouveau ses vastes chambres et ses donjons en cette place que les Noldor appelèrent par après Angband, et au-dessus d'eux il éleva les tours fumantes du Thangorodrim. Là, innombrables devinrent ses armées de bêtes et de démons; et de là sortit, en des armées sans nombre, la race féroce des Orkor, qui avaient crû et s'étaient multipliés dans les entrailles de la terre comme une peste. Ces créatures, Morgoth les éleva par envie et en moquerie des Eldar. De forme,5 elles étaient semblables aux Enfants d'Ilúvatar, et pourtant immondes à regarder; car elles avaient été élevées6 dans la haine, et de haine elles avaient été emplies; et il détestait les choses qu'il avait formées, et avec répugnance elles le servaient. Leurs voix étaient telles un fracas de pierres, et elles ne riaient pas sauf du tourment et des actes cruels. Les Glamhoth, armée de tumulte, les appelèrent les Noldor. (Les Orcs pouvons-nous les nommer; car jadis il étaient forts et cruels comme des démons. Pourtant, il n'étaient pas du type démon, mais enfants7 de terre corrompus par Morgoth, et ils pouvaient être tués ou détruits par le vaillant avec des armes de guerre. [Mais en réalité, plus noir est le récit que certains en donnent encore en Eressëa, selon lequel les Orcs étaient en vérité à leur début des Quendi eux-mêmes, un groupe des Avari malheureux que Morgoth trompa, et emprisonna ensuite, et ainsi les asservit, et de la sorte les mena complètement à la ruine.* Car, dit Pengoloð, Melkor ne put jamais, depuis l'Ainulindalë, créer de lui-même quoi que ce fût qui eut la vie ou l'apparence de la vie, et encore moins aurait-il pu le faire après sa trahison en Valinor et la complétion de sa corruption.]8 Selon Ælfwine.)

§128 Noire à présent tomba l'ombre sur le Beleriand, comme il est conté ailleurs; mais en Angband Morgoth se forgea une grande couronne de fer; et il se nomma Roi du Monde.9 En signe de quoi il sertit les Silmarils dans sa couronne. Ses mains maléfiques furent brûlées et devinrent noires au contact de ces joyaux consacrés, et noires sont-elles à jamais restées; et il ne fut plus jamais libéré de la souffrance de la brûlure. La couronne, il ne l'enlevait jamais de sa tête, bien que son poids devînt une fatigue accompagnée d'un tourment; et une seule et unique fois, tant que son royaume perdura, quitta-t-il pour un temps en secret son domaine dans le Nord.10 Et une seule fois aussi mania-t-il lui-même une arme, jusqu'à la Dernière Bataille. Car à présent, davantage que durant les jours d'Utumno avant que sa fierté ne fût rabaissée, sa haine le dévorait, et à dominer ses servants et à leur insuffler une envie de mal consacra-t-il son esprit. Néanmoins sa majesté de Vala persista longtemps, bien que tournée vers la terreur, et, en face de lui, tous hormis les plus puissants se trouvaient plongés en un sombre puits de peur.

Du discours de Fëanor sur Túna


§129 Quand il fut connu que Morgoth s'était échappé de Valinor et que toute poursuite était vaine, les Valar restèrent longtemps assis dans les Ténèbres dans le Cercle de Justice, et les Maiar et les Vanyar demeurèrent auprès d'eux et pleurèrent; mais les Noldor, en majeure partie, retournèrent tristement à Túna. Sombre à présent était la belle cité de Tirion, et des brumes roulaient des Mers Ombreuses, et enveloppaient ses tours. La lampe de Mindon brûlait pâle dans l'obscurité.

§130 Alors soudainement Fëanor apparut dans la cité et demanda à tous de venir à la haute Cour du Roi au sommet de Túna. La sentence d'exil qui reposait sur lui n'était pas encore levée, et il se rebella contre les Valar. Une grande multitude s'assembla rapidement, dès lors, afin d'entendre ce qu'il dirait, et la colline et toutes les rues, et les escaliers qui grimpaient vers la Cour grouillèrent des nombreuses torches que tous brandissaient en chemin.

§131 Fëanor était un maître des mots, et sa langue avait un grand pouvoir sur les cœurs quand il l'utilisait. À présent il était enflammé, et cette nuit-là il fit un discours devant les Noldor qu'ils ont retenu à jamais. Virulents et féroces furent ses mots, et pétris de colère et de fierté; et ils rendirent les gens fous comme les exhalaisons du vin chaud. Sa colère et sa haine échurent principalement à Morgoth, et pourtant presque tout ce qu'il dit venait des propres mensonges de Morgoth lui-même. Il revendiqua à présent la royauté sur tous les Noldor, vu la mort de Finwë, et il méprisa les décrets des Valar.

§132 "Pourquoi, ô mon peuple," s'écria-t-il, "pourquoi devrions-nous plus longtemps servir ces dieux jaloux, qui ne peuvent nous protéger, pas plus que leur propre royaume, de leur Ennemi ? Et bien qu'il soit à présent leur adversaire, ne sont-ils pas, eux et lui, de la même race ? La vengeance m'appelle donc, mais en fût-il même autrement, je ne resterais pas plus longtemps dans le même pays que la race de l'assassin de mon père et du voleur de mon trésor. Pourtant je ne suis pas le seul vaillant de ce vaillant peuple. Et n'avez-vous pas tous perdu votre roi ? Et quoi d'autre n'avez-vous perdu, cloîtrés ici en cet étroit pays entre les montagnes jalouses et la Mer stérile ? Ici fut jadis la lumière, dont les Valar privèrent la Terre du Milieu, mais à présent l'obscurité égalise tout. Pleurerons-nous ici sans rien faire à jamais, ombre d'un peuple, accoutumé aux brumes, versant de vaines larmes dans l'ingrate Mer salée ? Ou rentrerons-nous chez nous ? À Kuiviénen coulaient doucement les eaux sous les étoiles non voilées, et de vastes territoires s'y trouvaient où un peuple libre pouvait marcher. Ils y sont toujours et nous attendent, nous qui dans notre folie les avons abandonnés. Partons ! Laissons cette cité aux lâches. Mais par le sang de Finwë ! À moins que je ne sois gâteux, si seuls les lâches restent, alors l'herbe poussera dans les rues. Non, de la pourriture, de la moisissure, et des champignons vénéneux."

§133 Longtemps parla-t-il, et sans cesse pressa-t-il les Noldor de le suivre et, par leurs propres prouesses, de gagner la liberté et de grands royaumes dans les contrées de l'Est, avant qu'il ne fût trop tard; car il faisait écho aux mensonges de Melkor selon lesquels les Valar les avaient cloîtrés et les retenaient captifs afin que les Hommes puissent régner sur la Terre du Milieu; et de nombreux Eldar entendirent alors parler pour la première fois des Suivants. "Belle sera la fin," s'écria-t-il, "bien que longue et pénible sera la route ! Dites adieu à la servitude ! Mais dites adieu aussi à l'aisance ! Dites adieu au faible ! Dites adieu à vos trésors - bien plus en ferons-nous encore ! Voyagez léger. Mais emmenez vos épées ! Car nous irons plus loin que Tauros, endurerons plus que Tulkas : nous ne rebrousserons jamais chemin au cours de la poursuite. Sus à Morgoth, jusqu'aux confins de la Terre ! La guerre aura-t-il, et une haine immortelle. Mais lorsque nous aurons conquis et récupéré les Silmarils qu'il vola, alors voyez ! Nous, nous seuls, serons les seigneurs de la Lumière immaculée, et les maîtres de la félicité et de la beauté d'Arda ! Nulle autre race ne nous évincera !"11

§134 Alors Fëanor prêta un terrible serment. Ses sept fils bondirent sur-le-champ à ses côtés et chacun fit le même serment; et rouges comme le sang leurs épées dégainées brillèrent-elles dans l'éclat des torches.
    "Qu'il soit ennemi ou ami, qu'il soit vil ou pur,
    Engeance de Morgoth ou brillant Vala,
    Elda ou Maia ou Suivant,
    Homme à naître en Terre du Milieu,
    Ni loi, ni amour, ni ligue d'épées,
    Terreur ni danger, ni même le Destin,
    Ne le défendra de Fëanor, et de ses gens,
    Celui qui cèle ou recèle, ou de sa main saisit,
    Le découvrant garde, ou jette au loin
    Un Silmaril. Ceci jurons-nous tous :
    Mort nous lui dispenserons avant que Jour finisse,
    Malheur tant que durera le monde ! nos paroles entends,
    Eru Père de tout ! Aux Ténèbres sans fin
    Damne-nous si nos actes faillissent.
    Sur le mont sacré témoignez
    et notre vœu retenez, Manwë et Varda !"
Ainsi parlèrent Maidros et Maglor, et Celegorn, Curufin et Cranthir, Damrod et Díriel, princes des Noldor. Mais en ce nom nul ne devrait prêter un serment, bon ou mauvais, ni sous la colère en appeler à de tels témoins, et beaucoup tremblèrent en entendant les terribles mots. Car ainsi prêté, bon ou mauvais, un serment ne peut être rompu, et il poursuivra celui qui lui est fidèle ou celui qui le brise jusqu'à la fin du monde.

§135 Fingolfin, et son fils Turgon, parlèrent dès lors contre Fëanor, et des mots cruels virent le jour, de telle sorte qu'à nouveau la colère s'approcha du tranchant des épées. Mais Finrod, qui était aussi un orateur doué, parla doucement, comme à son habitude, et chercha à calmer les Noldor, en les persuadant de prendre le temps et de réfléchir avant que des actes ne fussent commis qui ne pussent être réparés. Mais de ses propres fils, Orodreth seul parla de la sorte; car Inglor était avec Turgon, son ami,12 alors que Galadriel, la seule femme des Noldor à se tenir en ce jour haute et vaillante parmi les princes adversaires, était impatiente de partir. Nul serment ne prêta-t-elle, mais les paroles de Fëanor sur la Terre du Milieu avaient enflammé son cœur, et elle se languissait de voir les vastes contrées inexplorées et d'y gouverner un royaume peut-être selon sa propre volonté. Car la plus jeune de la Maison de Finwë, elle vint au monde à l'ouest de la Mer, et ne savait presque rien des contrées non surveillées. Du même avis était Fingon, fils de Fingolfin, étant aussi ému par les paroles de Fëanor, bien qu'il l'aimât peu;13 et aux côtés de Fingon comme toujours se tenaient Angrod et Egnor, fils de Finrod. Mais ceux-ci se tinrent cois et ne parlèrent pas contre leurs pères.

§136 À la fin, après un long débat, Fëanor l'emporta, et la majeure partie des Noldor assemblés là enflamma-t-il du désir de choses nouvelles et de contrées étranges. Par conséquent lorsque Finrod parla encore de réflexion et de report, un grand cri s'éleva : "Non, partons ! Partons !" et Fëanor et ses fils commencèrent sur-le-champ leurs préparatifs de départ.

§137 Ceux qui osèrent prendre un chemin si sombre ne pouvaient guère prévoir ce qui les attendait. Pourtant, tout fut fait à la va-vite; car Fëanor les poussait, craignant que dans le refroidissement de leurs cœurs ses paroles perdent de leur force et que d'autres conseils prévalent. Et malgré toutes ses fières paroles, il n'oubliait pas le pouvoir des Valar. Mais de Valmar ne vint nul message, et Manwë se tint silencieux. Pourtant, il n'interdirait ni ne gênerait le dessein de Fëanor; car les Valar étaient chagrinés d'être accusés d'intention malveillante envers les Eldar, ou de retenir quiconque captif contre son gré. À présent ils observaient et attendaient, car ils ne croyaient pas encore que Fëanor pourrait tenir la troupe des Noldor selon sa volonté.

§138 Et en effet, lorsque Fëanor commença le rassemblement des Noldor en vue de leur départ, alors d'un coup s'éleva la dissension. Car bien qu'il eût amené l'assemblée au désir de partir, en aucun cas tous ne voulaient le prendre comme roi. Un amour plus grand allait à Fingolfin et à ses fils, et sa maisonnée et la majeure partie des habitants de Tirion refusaient de renoncer à lui, s'il venait avec eux. Ainsi en fin de compte les Noldor partirent-ils divisés en deux groupes. Fëanor et sa suite étaient à l'avant-garde; mais le plus grand groupe suivait, sous la direction de Fingolfin. Et il marchait à l'encontre de sa sagesse, parce que son fils Fingon l'y enjoignait, et parce qu'il ne désirait pas être séparé de son peuple qui était si enthousiaste à partir, ni l'abandonner aux conseils irréfléchis de Fëanor. Avec Fingolfin allait aussi Finrod, et pour la même raison; mais encore plus réticent était-il à partir.

§139 Il est écrit que de tous les Noldor en Valinor, qui étaient devenus à présent un grand peuple, seul un dixième refusa de se mettre en route : quelques-uns pour l'amour qu'ils portaient aux Valar (et à Aulë en particulier), d'autres par amour de Tirion et des nombreuses choses qu'ils y avaient faites; aucun par crainte des périls de la route. Car ils étaient en effet un peuple vaillant.

§140 Mais alors même que la trompette sonnait et que Fëanor sortait par les portes de Tirion, un messager vint enfin de la part de Manwë, disant : "À la folie de Fëanor s'opposera uniquement mon conseil. Ne partez pas ! Car l'instant est au mal, et votre route vous mène à des peines que vous ne prévoyez pas. Aucune aide les Valar ne vous apporteront-ils dans cette entreprise; mais voyez ! Ils ne vous arrêteront pas; car vous saurez ceci : tout comme vous vîntes ici librement, librement vous partirez. Mais toi Fëanor, fils de Finwë, par ton serment tu es exilé. Les mensonges de Melkor tu désapprendras dans l'amertume. Vala est-il, as-tu dit. Alors tu as juré en vain, car aucun des Valar tu ne peux vaincre à présent ni à quelque moment que ce soit à l'intérieur des halls d'Eä,14 ni même si Eru que tu as nommé t'avait fait trois fois plus grand que tu ne l'es."15

§141 Mais Fëanor rit, et ne s'adressa pas au héraut, mais aux Noldor, disant : "Ainsi ! Alors, ce vaillant peuple enverra-t-il l'héritier de son roi seul en exil avec ses fils uniquement, et retournera-t-il à la servitude ? Mais si d'aucuns viennent avec moi, à eux je leur dis : la peine vous est-elle annoncée ? En vérité en Aman l'avons-nous vue. En Aman sommes-nous passés de la félicité au malheur. L'inverse allons-nous maintenant essayer : à travers la peine, trouver la joie. Ou au moins, la liberté !"

§142 Se tournant alors vers le héraut, il s'écria : "Dis ceci à Manwë Sulimo, Haut Roi d'Arda : si Fëanor ne peut vaincre Morgoth, au moins ne tarde-t-il pas à l'attaquer, et ne reste-il pas assis désœuvré dans la peine. Et Eru, peut-être, a mis en moi un feu plus grand que tu ne le sais. Une telle blessure, au moins, vais-je infliger à l'Ennemi des Valar que même les puissants au sein du Cercle de Justice seront émerveillés de l'entendre. Oui, à la fin, ils me suivront. Adieu !"

§143 En cette heure la voix de Fëanor s'enfla si grandement et si puissamment que même le héraut des Valar s'inclina devant lui comme quelqu'un à qui il a été pleinement répondu, et partit; et les Noldor furent subjugués. Par conséquent, ils continuèrent leur marche; et la Maison de Fëanor se pressait à leur tête le long des côtes d'Elendë : et pas une seule fois ne regardèrent-ils en arrière vers Tirion sur Túna. Plus lent et moins enthousiaste les suivait le groupe de Fingolfin. De celui-ci, Fingon était le plus en avant; mais à l'arrière-garde venaient Finrod et Inglor, et nombre des plus beaux et des plus sages des Noldor ; et souvent regardèrent-ils derrière eux pour voir leur belle cité, jusqu'à ce que la lampe de Mindon Eldaliéva fût perdue dans la nuit. Plus qu'aucun des autres exilés, ils emportèrent des souvenirs de la félicité qu'ils avaient quittée, et même quelques unes des belles choses qu'ils y avaient créées, ils les prirent avec eux : une consolation et une charge sur la route.

Du premier Massacre fratricide et de la Malédiction des Noldor


§144 À présent Fëanor mena les Noldor vers le nord, parce que son premier dessein était de suivre Morgoth. De plus, Túna sous le Taniquetil était proche de la ceinture d'Arda, et là la Grande Mer était incommensurablement vaste, alors qu'au nord les mers séparatrices se rétrécissaient, comme la région désolée d'Araman et les côtes de la Terre du Milieu se rapprochaient. Mais les groupes n'étaient pas allés bien loin, avant qu'il ne vînt à l'esprit de Fëanor, un peu tard, que toutes ces grandes compagnies, à la fois d'adultes et de guerriers et de bien d'autres, et ces grandes réserves de biens en outre, ne survivraient pas aux longues lieues vers le Nord, ni ne traverseraient les mers à la fin, excepté à l'aide de bateaux.

§145 Par conséquent Fëanor se résolut à présent à persuader les Teleri, de tout temps amis des Noldor, de les rejoindre; car il pensait ainsi diminuer encore plus la richesse des Valar et augmenter sa propre force de guerre. Ainsi également obtiendrait-il rapidement des navires. Car il faudrait un long temps et un grand labeur pour construire une grande flotte, même si les Noldor avaient les connaissances et le bois d'œuvre en suffisance pour un tel travail, ce qu'en effet ils n'avaient pas. Il se pressa alors vers Alqualondë, et parla aux Teleri comme il avait parlé à Tirion.

§146 Mais les Teleri ne furent émus par rien de ce qu'il put dire. Ils étaient peinés en effet du départ de leurs parents et amis depuis longtemps, mais les dissuaderaient plutôt qu'ils ne les aideraient; et nul navire ne prêteraient-ils, ni aide à la construction, contre la volonté des Valar. Tout comme à présent ils ne désiraient pour eux-mêmes nulle autre demeure que les grèves d'Eldamar, et nul autre seigneur qu'Olwë, prince d'Alqualondë. Et il n'avait jamais prêté oreille à Morgoth, ni ne l'avait accueilli en sa contrée, et il se fiait toujours au fait qu'Ulmo et les autres grands parmi les Valar redresseraient les dégâts de Morgoth, et au fait que la nuit passerait encore en aube.

§147 Alors Fëanor devint furieux, car il craignait toujours un retard; et il parla avec virulence à Olwë. "Tu renonce à ton amitié, en l'heure même de notre besoin," dit-il. "Pourtant bien contents fûtes-vous de notre aide lorsque vous arrivâtes enfin sur ces rives, retardataires timorés, et presque démunis. Dans des huttes sur les plages résideriez-vous toujours, si les Noldor n'avaient taillé votre port et peiné sur vos murs."

§148 Mais Olwë répondit : "Non, nous ne renonçons pas à l'amitié. Mais il peut être le dur rôle d'un ami de réprimander la folie d'un ami. Et lorsque ton peuple nous a accueillis et nous a accordé son aide, autre était votre discours : au pays d'Aman devions-nous résider pour toujours, comme des frères dont les maisons se tiennent côte à côte. Mais pour ce qui est de nos blancs navires : ceux-là, vous ne nous les avez pas donnés. Cet art nous n'apprîmes point des Noldor, mais des Seigneurs de la Mer; et le blanc bois d'œuvre, nous l'avons travaillé de nos propres mains, et les blanches voiles furent tissées par nos belles femmes et demoiselles. Par conséquent, nous ne les donnerons ni ne les vendrons, au nom de quelque ligue ou amitié que ce soit. Car je te dis, Fëanor, ils sont pour nous comme les gemmes pour les Noldor : l'œuvre de notre cœur, dont nous ne referons plus d'équivalent.

§149 Sur ce Fëanor le quitta, et s'assit au-delà des murs en ruminant sombrement, jusqu'à ce que son groupe fut assemblé. Quand il estima que ses forces étaient suffisantes, il vint au Havre des Cygnes et commença à équiper en hommes les bateaux qui y étaient ancrés et à les prendre par la force. Mais les Teleri lui résistèrent vigoureusement, et ils jetèrent de nombreux Noldor à la mer. Les épées furent tirées, et une pénible bataille se déroula sur les navires, et autour des quais et jetées éclairés par des lampes du Port, et même sur la grande arche de son accès. À trois reprises les gens de Fëanor furent-ils repoussés, et beaucoup furent tués des deux côtés; mais l'avant-garde des Noldor fut secourue par Fingon et par les plus en avant des gens de Fingolfin. Ceux-ci, en arrivant, trouvèrent une bataille engagée et leur propre peuple succombant, et ils se ruèrent avant de bien connaître la cause de la querelle : certains estimèrent en effet que les Teleri avaient cherché à arrêter la marche des Noldor, à la demande des Valar.

§150 Ainsi enfin les Teleri furent-ils vaincus, et une grande partie de leurs marins qui résidaient à Alqualondë fut-elle cruellement tuée. Car les Noldor étaient devenus féroces et désespérés, et les Teleri avaient moins de force, et étaient principalement armés d'arcs légers. Ensuite les Noldor emmenèrent leurs blancs navires, et équipèrent leurs rames du mieux qu'ils purent, et les alignèrent au nord le long de la côte. Et Olwë invoqua Ossë, mais il ne vint pas; car il avait été convoqué à Valmar pour la surveillance et le conseil des dieux; et il ne fut pas permis par les Valar que la Fuite des Noldor fût entravée par la force. Mais Uinen pleura pour les marins des Teleri; et la mer monta en colère contre les massacreurs, de telle sorte que de nombreux navires firent naufrage et ceux à leur bord noyés. Du Massacre fratricide à Alqualondë, il est conté plus dans cette complainte qui est appelée Noldolantë,16 La Chute des Noldor, que Maglor composa avant qu'il ne fût perdu.

1496


§151 Néanmoins la plus grande partie des Noldor s'échappa, et quand la tempête fut passée, ils poursuivirent leur chemin, certains par bateau, d'autres par les terres; mais la route était longue et toujours plus difficile au fur et à mesure qu'ils avançaient. Après qu'ils eurent marché pendant un long moment dans la nuit infinie, ils arrivèrent enfin au nord du Royaume Gardé, aux frontières de la désolation d'Araman, qui étaient montagneuses et froides. Là ils virent soudainement une sombre figure debout sur un haut rocher, qui regardait vers le rivage. Certains disent qu'il s'agissait de Mandos lui-même, et nul moindre héraut de Manwë. Et ils entendirent une forte voix, solennelle et terrible, qui leur enjoignit de s'arrêter et de lui prêter oreille.17

§152 Tous s'arrêtèrent et se tinrent tranquilles, et d'un bout à l'autre des troupes des Noldor, on entendit la voix proclamer la Prophétie du Nord et la Malédiction des Noldor. "Revenez ! Revenez ! Implorez le pardon des Valar de peur que leur malédiction ne vous recouvre !" Ainsi la voix commença-t-elle, et nombre de malheurs prévit-elle en de sombres paroles, que les Noldor ne comprirent pas jusqu'à ce qu'en effet les malheurs ne les recouvrent par après. "Des larmes innombrables verserez-vous; mais si vous allez plus loin, soyez sûrs que les Valar vous fermeront Valinor, et vous en excluront, de telle sorte que pas même l'écho de vos lamentations ne passera par delà les montagnes.

§153 "Voyez ! Sur la Maison de Fëanor repose la colère des dieux de l'Ouest à l'Est lointain, et sur tous ceux qui la suivront reposera-t-elle également. Leur Serment les mènera, et pourtant les trahira aussi, et éloignera à jamais les véritables trésors qu'ils ont juré de poursuivre. À de maléfiques fins tourneront toutes les choses qu'ils auront bien commencées; et par la trahison du parent par le parent, et la crainte de la trahison, cela adviendra-t-il. Les Dépossédés seront-ils à jamais.

§154 "Voyez ! Vous avez répandu le sang de votre race de manière impie et avez souillé le pays d'Aman. Pour le sang, vous rendrez le sang, et au-delà d'Aman vivrez-vous dans l'ombre de la Mort. Car sachez à présent que bien qu'Eru vous ait conçus pour ne pas mourir en Eä, et que nulle maladie ne puisse vous attaquer, pourtant tués vous pouvez être, et tués vous serez : par les armes et par le tourment et par la peine; et vos esprits sans logis viendront alors en Mandos. Là longtemps vous demeurerez et vous languirez de vos corps et trouverez peu de miséricorde quand bien même tous ceux que vous avez tués intercèderaient pour vous. Et ceux qui perdureront en Terre du Milieu et ne viendront pas en Mandos, ils deviendront las du monde comme d'une lourde charge, et déclineront, et deviendront telles des ombres de regret devant la race plus jeune qui viendra après. Les Valar ont parlé."

§155 Alors beaucoup tremblèrent. Mais Fëanor durcit son cœur et dit : "Nous avons juré, et pas à la légère. Ce Serment nous le tiendrons. Et voyez ! nous sommes menacés de nombreux maux, dont la trahison n'est pas le moindre; mais une chose n'est pas dite : que nous souffrirons des couards; de la lâcheté ou de la peur de la lâcheté parmi nous. Par conséquent je dis que nous continuerons, et ce destin j'ajoute : les actes que nous accomplissons seront le sujet de chants jusqu'aux derniers jours d'Arda." Et le destin de Fëanor s'avéra vrai également.

§156 Mais en cette heure Finrod quitta la marche, et s'en retourna, pétri de peine et d'amertume contre la maison de Fëanor, en raison de sa parenté avec Olwë d'Alqualondë; et nombre de ses gens allèrent avec lui, revenant sur leurs pas dans le chagrin, jusqu'à ce qu'ils contemplassent une fois de plus le trait lointain de Mindon sur Túna, brillant toujours dans la nuit, et arrivèrent ainsi enfin en Valinor. Là ils reçurent le pardon des Valar, et Finrod fut désigné pour gouverner les Noldor restants du Royaume Béni. Mais ses fils n'étaient pas avec lui, car ils n'auraient pas abandonné les fils de Fingolfin. Et tout le peuple de Fingolfin s'en alla, ressentant la contrainte de leur parentèle et la volonté de Fëanor, et redoutant de faire face au jugement des dieux, vu que certains d'entre eux n'étaient pas sans faute dans le massacre d'Alqualondë. En outre, Fingon et Turgon étaient intrépides et enflammés de cœur, et répugnaient à abandonner toute tâche qu'ils s'étaient assignés jusqu'à sa fin amère, si amère elle devait être. Ainsi le groupe principal continua, et le mal qui avait été prédit commença rapidement son œuvre.

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§157 Les Noldor arrivèrent enfin loin au Nord d'Arda, et ils virent les premières dents de la glace qui flottait dans la mer, et surent qu'ils approchaient de l'Helkaraxë. Car entre la terre occidentale d'Aman, qui au nord s’incurvait vers l'est, et les rives orientales d'Endar (qui est la Terre du Milieu), qui se dirigeaient vers l'ouest, il y avait un mince détroit, à travers lequel les froides eaux de la Mer encerclante et les vagues de la Grande Mer se mêlaient, et là étaient de vastes brumes et brouillards d'un froid mortel, et les courants maritimes étaient semés de montagnes de glace s'entrechoquant et emplis du grincement de la glace profondément immergée. Tel était l'Helkaraxë, et nul ne s'était encore risqué à y marcher, excepté les Valar uniquement et Ungoliantë.

§158 Dès lors Fëanor s'arrêta et les Noldor débattirent de la voie qu'ils devraient prendre à présent. Mais vite ils commencèrent à souffrir de l'angoisse du froid, et des brumes tenaces au travers desquelles nulle lueur d'étoile ne pouvait percer; et nombre d'entre eux se repentirent de la route et commencèrent à murmurer, en particulier ceux qui suivaient Fingolfin, maudissant Fëanor, et le désignant comme la cause de tous les maux des Eldar. Mais Fëanor, sachant tout ce qui se disait, tint conseil avec ses fils. Deux voies seulement virent-ils pour s'échapper d'Araman et arriver en Endar : par le détroit ou par bateau. Mais ils estimaient l'Helkaraxë infranchissable, alors que les navires étaient trop peu nombreux. Beaucoup avaient été perdus au cours de leur long voyage et il n'en restait pas assez à présent pour transporter la grande troupe en entier; pourtant nul ne voulait demeurer sur la côte occidentale pendant que les autres étaient transportés en premiers : déjà la crainte de la trahison était éveillée chez les Noldor.

§159 Par conséquent, l'idée germa dans les cœurs de Fëanor et de ses fils de se saisir de tous les navires et de partir soudainement; car ils avaient conservé la maîtrise de la flotte depuis la bataille du Port, et elle était équipée uniquement par ceux qui y avaient combattu et qui étaient liés à Fëanor. Et voyez ! Comme s'il était venu à son appel, un vent s'éleva du nord-ouest, et Fëanor fila18 secrètement avec tous ceux qu'il estimait loyaux, et s'embarqua, et prit la mer, et abandonna Fingolfin en Araman. Et comme là la mer était étroite, naviguant à l'est et quelque peu au sud, il la traversa sans perte, et, premier de tous les Noldor, il remit le pied sur les rives de la Terre du Milieu. Et le débarquement de Fëanor eut lieu à la bouche de ce golfe qui était appelé Drengist, et qui s'étendait jusqu'en Dor-lómin.19

§160 Mais quand ils eurent débarqué, Maidros, l'aîné de ses fils (et à une époque un ami de Fingon, avant que les mensonges de Morgoth ne s'interposassent entre eux), parla à Fëanor, disant : "A présent de quels navires et de quels hommes te passeras-tu afin qu'ils retournent, et qui amèneront-ils en premier ? Fingon le vaillant ?"

§161 Alors Fëanor rit comme un damné, et sa colère se déchaîna : "Aucun et aucun !" s'écria-t-il. "Ce que j'ai laissé en arrière, je ne le compte à présent pas comme une perte : un inutile bagage sur la route, cela s'est-il avéré. Laissez ceux qui ont maudit mon nom me maudire encore ! Et gémir sur leur chemin de retour vers les cages des Valar, s'il n'en peuvent trouver d'autres ! Brûlez les navires !"

§162 Alors seul Maidros se tint à l'écart, mais Fëanor et ses fils mirent le feu aux blancs navires des Teleri. Ainsi, en ce lieu qui était appelé Losgar, à la sortie du Golfe de Drengist,20 finirent en un grand feux brillant et terrible les plus beaux vaisseaux ayant jamais navigué sur la mer.21 Et Fingolfin et son peuple virent la lumière de loin, rouge sous les nuages. Ce fut le premier fruit du Massacre fratricide et de la Malédiction des Noldor.

§163 Alors Fingolfin sut qu'il était trahi, et abandonné pour périr dans la misère ou pour rentrer dans la honte. Et son cœur fut amer, mais il désira alors comme jamais auparavant arriver de quelque manière que ce fût en Terre du Milieu, et rencontrer à nouveau Fëanor. Et lui et son groupe errèrent longuement et misérablement; mais leur valeur et leur endurance s'accrûrent dans les épreuves; car ils étaient encore un peuple puissant, les aînés immortels des enfants d'Eru Ilúvatar, mais nouveaux venus du Royaume Béni, et non encore lassés, de la lassitude de la Terre; et le feu de leur cœur était jeune. Dès lors, menés par Fingolfin et ses fils, et par Inglor et Galadriel les vaillants et beaux, ils osèrent traverser le Nord inexploré, et ne trouvant pas d'autre voie, ils endurèrent enfin la terreur de l'Helkaraxë et des cruelles montagnes de glace. Rares furent les actes ultérieurs des Noldor qui surpassèrent cette traversée désespérée en hardiesse ou en malheur. Beaucoup périrent là, et ce fut avec une troupe diminuée que Fingolfin mit le pied enfin dans les contrées du nord d'Endar. Peu d'amour pour Fëanor et ses fils ressentirent-ils, ceux qui marchèrent derrière lui, et qui firent sonner leurs trompettes en Terre du Milieu au premier lever de la Lune.

Ici les Noldor sortirent d'Aman et les Annales d'Aman ne parlent plus d'eux.



Notes :

1 "Aulë le Forgeron" remplaça "Ulmo".

2 Barré ici, probablement directement : "(le Noir Ennemi)".

3 Barré ici (plus tard) : "Le Noir Ennemi d'Arda ne serait pas renvoyé une seconde fois par de fières paroles de mépris."

4 Ce passage remplace le texte originel :
    mais Yavanna était consternée, car à présent la Lumière des Arbres avait entièrement disparu dans les grandes Ténèbres, dont, bien que les Valar ne le comprissent pas encore, ils percevaient qu'elles venaient de quelque aide que Morgoth avait appelée d'En dehors, et ils redoutaient qu'elle [NdTr : la Lumière] ne fut perdue à jamais. Dès lors, il était égal que Fëanor eût dit ...

5 Ce passage fut corrigé par rapport au texte originel, qui se lisait ainsi :
    Là, innombrables devinrent les armées de ses bêtes et de ses démons; et il amena à la vie la race féroce des Orkor, et ils crûrent et se multiplièrent dans les entrailles de la terre comme une peste. Ces créatures, Morgoth les créa par envie et en moquerie des Eldar. Par conséquent de forme ...

6 "élevées" est une correction de "créées".

7 "enfants" est une correction de "une engeance".

* [Note de J.R.R. Tolkien] Dans les Annales de Beleriand, il est dit qu'il fit ceci dans les Ténèbres avant même que les Quendi ne fussent découverts par Oromë.

8 Ce passage, à partir de " Mais en effet un récit plus noir ..." et incluant la note en bas de page, fut barré à un moment ultérieur aux changements donnés en notes 5-7, et peut-être lors de la révision du texte avant la rédaction du tapuscrit, dans lequel il n'apparaît pas. L'ajout entier par Ælfwine est entre crochets tel qu'originellement écrit.

9 Le texte originel était "Aran Endór, Roi de la Terre du Milieu." Aran Endór fut alors corrigé en Tarumbar; finalement, le texte "Roi du Monde" lui fut substitué.

10 Le texte originellement écrit se lisait ici : "et uniquement une seule fois sortit-il des profondeurs qu'il avait creusées, tant que son royaume perdura." Quand mon père corrigea ceci sur le texte imprimé, il ajouta tout ce qui suit jusqu'à la fin du paragraphe.

11 Dans ce paragraphe, le passage depuis "avant qu'il ne fût trop tard" jusqu'à "de nombreux Eldar entendirent alors parler pour la première fois des Suivants" et la phrase finale "Nulle autre race ne nous évincera" sont des ajouts ultérieurs.

12 Les associations des princes noldorins étaient différentes dans ce passage tel qu'il fut originellement écrit : "Fingolfin et ses fils Fingon et Turgon parlèrent contre Fëanor", et "des propres fils [de Fingon] Inglor seul parla semblablement, car Angrod et Egnor étaient avec Fingon, et Orodreth se tenait à l'écart; alors que Galadriel ..." Mais les modifications données par le texte imprimé semblent avoir été faites immédiatement, vu que le passage à la fin du paragraphe appartient à la rédaction originelle du texte.

13 Barré ici : "et ses fils encore moins" (cf. le passage en §160 se référant à l'amitié de Fingon et de Maidros).

14 Eä est ainsi orthographié, tout comme au §154, mais dans les deux dernières occurences du texte, c'est orthographié Ëa.

15 Barré ici : "et Melkor moins que les autres, lui qui est le plus puissant à une exception près".

16 Le nom Noldolantë fut ajouté dans la marge. Il n'apparaît pas dans le tapuscrit.

17 La page commençant ici et continuant aux §§152-4 est bien plus grossièrement écrite que le reste du manuscrit, et mon père la barra et la remplaça. On peut penser à première vue qu'il s'agit du seul endroit où un premier brouillon d'AAm survit, mais ce n'est pas le cas. Le "brouillon" grossier fut écrit au revers de la page reprenant les §§149-51, et ceci est de la même écriture bien claire (avec un nombre de changements effectués durant l'acte de composition). Il est clair donc que la page rejetée ne commença pas comme un "brouillon grossier" mais dégénéra en cela; et cet exemple est, s'il en est, plutôt une preuve à l'encontre de l'idée d'un premier brouillon perdu des Annales d'Aman (cf. p. 47).
Le premier texte commençait à l'origine, suivant QS §71, "À nouveau il conseilla aux Noldor de s'en retourner et de solliciter le pardon, ou à la fin ils ne reviendraient finalement qu'après un chagrin amer et des malheurs indicibles." La Malédiction des Noldor dans sa version finale ne fut en fait seulement modifiée par rapport au brouillon que par un réarrangement de ses parties et dans de nombreux détails de formulation. Deux remarques peuvent être faites. Après "... par delà les montagnes" à la fin du §152 figurait "Vous serez libres d'eux et eux de vous"; et la phrase du §154 commençant par "Là longtemps vous demeurerez ..." se lisait "Là longtemps vous demeurerez, et ne serez libérés que quand ceux que vous avez tués intercèderont pour vous."

18 Cette phrase remplaça la suivante : "N'attendant alors qu'un court moment le vent du nord qui apporta un épais brouillard sur la troupe, il fila ...".

19 La dernière phrase du §159 est un ajout ultérieur.

20 Le passage "en ce lieu ... du Golfe de Drengist" fut un ajout tardif.

21 Modification de "les plus beaux vaisseaux des Jours Anciens".
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Dior

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MessagePosté le: 28 Juin 2006 18:47     Sujet du message: Répondre en citant

Commentaires sur la cinquième section des Annales d'Aman


Cette section des Annales d'Aman correspond par son contenu au chapitre 5 de QS De la fuite des Noldor (V.232-8), et à AV 2, annales 2990-2994 (V.114-17). Après les paragraphes d'ouverture, la narration des Annales est à nouveau étroitement associée en structure au chapitre de QS, et à partir du §125 de nombreuses phrases en sont retenues (de plus nombreuses en fait les modifient). D'un autre côté, la narration est grandement élargie en portée.
§§117-24 Apparaît à présent une nouvelle articulation subtile dans le récit, avec l'affirmation au sujet de Yavanna, selon laquelle, avec la lumière sacrée récupérée des Silmarils, elle pourrait rallumer les Arbres avant que leurs racines ne meurent, la demande faite à Fëanor, et son refus - avant que les nouvelles n'arrivassent de Formenos.
§121 Mandos dit "Pas le premier" car il savait que Finwë avait été assassiné. Voir p. 127, §120.
§122 Korlairë : la première occurrence de ce nom (voir p. 127, §122). - Un nouvel élément dans la narration est que "seul Finwë n'avait pas fui l'horreur ténébreuse." En QS (§60) et AV 2, Morgoth tua de nombreux autres à ses côtés. Où les fils de Fëanor étaient, ou où ils allaient (car Fëanor vint seul à la fête, §112), n'est pas dit (voir pp. 293-4).
§123 Il est dit à présent que ce fut Fëanor qui nomma Melkor Morgoth ("Le Noir Ennemi", note 2 ci-dessus). En AAm (à la différence de QS), Melkor est toujours ainsi nommé jusqu'à ce point, mais par après presque invariablement Morgoth.
§125 Araman : QS Eruman. Le changement était apparu précédemment sur la carte V de l'Ambarkanta (V.250-1), où il fut effectué bien des années après la confection de la carte.
§126 En QS (§62), rien d'autre n'est dit au sujet du destin d'Ungoliantë que le fait que les Balrogs l'éloignèrent "jusque dans le sud lointain, où elle resta longtemps"; apparaît à présent le récit selon lequel elle s'établit d'abord en Nan Dungorthin, et seulement ultérieurement, après s'y être reproduite, elle se retira dans le Sud du monde. Mais les araignées de Nan Dungorthin "de la cruelle race d'Ungoliantë" sont mentionnées par après en QS, dans le récit de la fuite de Beren hors du Dorthonion (voir V.229, et le Silmarillion publié, p. 164).
§127 L'origine des Orcs. En QS (§62) avait déjà vu le jour l'idée selon laquelle les Orcs provenaient de la moquerie des Elfes, mais pas encore que les Orcs leur étaient associés d'une quelconque autre manière : ils étaient une "création" propre à Morgoth, "créés à partir de la pierre", et il leur donna l'existence quand il retourna en Terre du Milieu. Tel qu'AAm fut tout d'abord écrit (voir notes 5-7 ci-dessus), cette vision valait toujours; le mot "créa" est encore utilisé - bien que pas les mots "créés à partir de la pierre". Mais dans la note d'Ælfwine qui suit (et qui fut écrite directement après ce qui précède), ils sont appelés "une engeance de terre corrompue par Morgoth"; et le "récit plus noir" rapporté en Eressëa - selon lequel les Orcs étaient au départ des Elfes asservis et corrompus (des Avari) - est certainement la première apparition de cette idée, contredisant ce qui précède, ou peut-être plutôt à ce stade présentant une théorie alternative. Il est attribué à Pengoloð; et Pengoloð soutient à Ælfwine que Melkor ne pouvait en fait rien créer qui possédât la vie, mais qu'il ne pouvait que corrompre ce qui était déjà vivant. L'implication de cette seconde théorie serait probablement, mais pas nécessairement, que les Orcs soient apparus bien plus tôt, avant la Captivité de Melkor; et que cette implication soit présente est suggéré par la référence en bas de page des Annales de Beleriand - à savoir la dernière version de ces Annales, les Annales Grises, compagne des Annales d'Aman : "il est dit que cela, il le fit dans les Ténèbres, avant même que les Quendi ne fussent trouvés par Oromë."
À ce moment, mon père revint à un passage précédent d'AAm (p. 72, §42) et interpola le passage "Pourtant, par des connaissances ultérieures ...", où l'idée de la capture de Quendi errants, dans leurs premiers jours, est renforcée, bien que cela ne reste qu'une supposition des "savants". Probablement au même moment, il corrigea le présent passage, modifiant "il amena à la vie" en "de là sortit en armées sans nombre", "créées" en "élevées", et "une engeance de terre" en "enfants de terre". Il développa alors (comme je le suppose) l'interpolation à l'endroit précédent de manière plus complète (§§43-5), où l'idée devient moins une supposition qu'une certitude historique : l'impuissance de Melkor à créer des choses vivantes est un fait connu ("ainsi disent les sages"). Finalement, à un moment ultérieur (voir note 8), il enleva le passage entier à la fin du §127, commençant par "Mais en effet un récit plus noir est-il pourtant raconté par certains en Eressëa ..." - soit parce qu'il remarqua qu'il avait été supplanté par les §§43-5 et ne se situait en tout cas pas à la bonne place, soit parce qu'il rejeta cette théorie de l'origine des Orcs. Voir p. 127, §127.
Le mot car dans "Les Orcs pouvons-nous les nommer; car jadis il étaient forts et cruels comme des démons. Pourtant, il n'étaient pas du type démon" (une observation d'Ælfwine) suggère que Orcs est du vieil anglais (cf. orc-nēas dans Beowulf, ligne 112), commodément similaire au mot elfe. Ceci expliquerait pourquoi Ælfwine dit, en réalité, "nous pouvons les nommer Orcs, parce qu'ils étaient forts et cruels comme des démons, quand bien même ils n'étaient pas des démons en fait." Dans une lettre de mon père écrite le 25 avril 1954 (Lettres n° 144), il disait que le mot Orc "chez moi, le terme provient vraiment du vieil anglais orc ‘démon’, mais ce mot n’est utilisé que parce qu’il convient sur le plan phonétique" (et aussi : "L’origine des Orcs ... n’est nulle part précisée de manière claire. Mais puisque ce sont tout d’abord des serviteurs de la Puissance Sombre, puis de Sauron, aucun des deux ne pouvant, ou ne voulant, produire des créatures vivantes, ils sont forcément des ‘corruptions’").
§128 La rédaction finale ici "Roi du Monde" (voir note 9) revient à celle de QS (§63), qui remonte à Q (IV.93). - Au sujet du départ de Morgoth d'Angband, QS a : "ce ne fut jamais sa volonté de quitter les lieux profonds de sa forteresse", et il n'y a pas de mention de son unique absence.
§§132-3 Le compte rendu du discours de Fëanor est grandement allongé par rapport à celui de QS (§§66-7).
§133 Tauros : Oromë; cf. QS §8 :"Il est chasseur, et il aime tous les arbres; raison pour laquelle il est appelé Aldaron, et par les Gnomes Tauros, le seigneur des forêts"; aussi dans les Étymologies, racine TÁWAR (V.391) : "N[oldorin] Tauros 'forêt-terreur', surnom habituel N d'Oromë (N Araw)". Il est remarquable que Fëanor doive utiliser ce nom (voir p. 146, §8). Dans le tapuscrit, pour aucune raison bien claire, le dactylographe laissa un blanc ici, dans lequel mon père écrivit plus tard Oromë.
§135 Tel qu'AAm était originellement écrit (voir note 12 ci-dessus), les alignements des princes noldorins étaient déjà modifiés par rapport au récit de QS (§68), vu qu'Angrod et Egnor étaient à présent opposés à Fëanor - et Galadriel a à présent un rôle différent dans la question, étant enthousiaste de quitter Aman. Tel que réécrit, un alignement plus subtil est décrit : car Fingon presse maintenant indépendamment au départ, et Angrod et Egnor vont dans son sens. Des fils de Fingolfin, Turgon, maintenant seul, soutient son père, mais Inglor est de son côté; et Orodreth prend la place d'Inglor comme le seul de ses fils à soutenir Finrod.
L'amitié étroite entre Turgon et Felagund (Inglor) était déjà apparue dans les premières Annales de Beleriand (IV.296); dans un ajout ultérieur au tapuscrit d'AAm (p. 106, §85), ils naquirent la même Année des Arbres.
L'affirmation selon laquelle Galadriel, "la plus jeune de la Maison de Finwë", "vint au monde à l'ouest de la Mer, et ne savait presque rien des contrées non surveillées", est étrange, parce que toute la progéniture de Finwë naquit en Aman (AAm §§78, 81-2).
§136 Les Noldor furent touchés par "[le] désir de choses nouvelles et de contrées étranges"; en QS, il furent "emplis du désir des Silmarils".
§137 La marche depuis Tirion fut entreprise avec trop peu de préparation et avec trop de hâte; cf. AV 2 (annale 2992) : "La grande marche des Gnomes fut longuement préparée."
§139 Seul un dixième des Noldor resta à Tirion.
§§140-2 Les paroles du messager de Manwë sont données, et l'épisode est considérablement élargi. Le héraut ne dit pas, comme en QS (§68), que les Valar interdirent la marche, mais il est dit à présent que Fëanor s'exila lui-même par le fait même de son serment; et Fëanor dans sa réponse accuse les Valar de rester assis désœuvrés et de n'entreprendre aucune action contre Morgoth.
§143 Elendë (Patrie des Elfes, Pays des Elfes) : voir p. 90, §67.
§§145-8 Fëanor lui-même (pas comme en QS §70, des messagers) vint à Olwë à Alqualondë, et leurs paroles sont pleinement rapportées. Au §147, Fëanor parle de la construction du Port par les Noldor, ce qui est mentionné précédemment en AAm (§76).
§§149-50 Le compte rendu en AAm de la bataille d'Alqualondë et de ses conséquences suit QS §70 de près et conserve une grande part de sa formulation; mais au §149, il est à présent dit que ceux du second groupe qui se joignirent à la bataille se méprirent sur sa cause.
§150 Sur les armes des Teleri, voir p. 106, §97. - Le chant de la Fuite des Noldor (QS §70) est maintenant appelé Noldolantë, la Chute des Noldor, "que Maglor composa avant qu'il ne fût perdu."
§§152-4 La Prophétie du Nord, à présent appelée "la Prophétie du Nord et la Malédiction des Noldor", est développée de manière significative; par l'avertissement selon lequel ceux des Noldor qui seront tués par après resteront longtemps en Mandos "[se] langui[ssant] de [leurs] corps", et que ceux qui perdureront en Terre du Milieu deviendront las du monde et déclineront. En cela, AAm revient sur AV 2 (annale 2993, V.116; presque identique en AV 1, IV.267) :
    Une dose de mortalité punira les Noldor, et ils seront tués par les armes, et par les tourments et le chagrin, et tout à la fin, ils disparaîtront de la Terre du Milieu et déclineront devant la race plus jeune.
J'ai déjà discuté de ces passages en IV.278-9. Voir plus loin pp. 265 et suivantes.
§156 Comme en AV (les deux textes), nombre des gens de Finrod retournèrent avec lui en Valinor; en QS (§72), seuls "quelques uns de sa maisonnée" s'en retournèrent. Un nouvel élément de la motivation du retour de Finrod est sa parenté avec Olwë d'Alqualondë, car sa femme était Eärwen, fille d'Olwë (§85).
§157 Endar "Terre du Milieu". La forme Endon fut utilisée précédemment en AAm au sujet du "point central" de la Terre du Milieu (§38), où elle fut changée dans le tapuscrit en Endor (p. 80). Ces formes Endon et Endor apparurent dans l'Ambarkanta et les cartes (voir p. 76, §38). Dans Le Seigneur des Anneaux, le quenya Endórë, en sindarin Ennor, ne désigne pas le point central mais la Terre du Milieu elle-même, et dans une lettre de 1967 (Lettres n° 297, p. [536]), mon père se référait à Q. Endor, S. Ennor = Terre du Milieu, avec l'étymologie en(ed) "milieu" et (n)dor "terre (masse)"; cf. aussi Aran Endor "Roi de la Terre du Milieu", note 9 ci-dessus. Mais dans le présent passage, la forme Endar est parfaitement claire, comme à nouveau aux §§158, 163. Cependant, le dactylographe, pour chaque cas, pour une certaine raison, tapa Endor, et [Tolkien] ne le corrigea pas. D'un autre côté, dans le titre de la section suivante d'AAm (p. 129), le dactylographe mit Endar comme dans le manuscrit, et à nouveau mon père l'y laissa. Dans le Silmarillion publié (p. 89), j'ai imprimé, avec hésitation, la forme Endor.
Ce passage concernant l'Helkaraxë dérive non pas de QS mais de AV 2 (annale 2994, presque identique en AV 1), et il est très remarquable qu'il reste en complète conformité avec la cosmographie de l'Ambarkanta (voir IV.238, 254).
§159 Le récit selon lequel Angrod et Egnor arrivèrent en Terre du Milieu dans les navires avec les Fëanoriens est à présent abandonné, avec la perte de l'histoire selon laquelle ils étaient très amis avec les fils de Fëanor, et spécialement avec Celegorn et Curufin (QS §§42, 72-3).
§§160-2 Maidros ne prend pas part à l'incendie des navires, et se souvient de Fingon, son ancien ami. La motivation de Fëanor dans cet acte est suffisamment expliquée dans les anciens textes, mais en AAm, la folle fierté et la fureur qui le mènent sont bien plus fortement communiquées; il était en effet "dément".
§162 L'ajout (note 20 ci-dessus) du nom Losgar pour le lieu de l'incendie des navires dérive de sa seule occurrence dans les anciens textes, au commencement des tardives Annales du Beleriand (AB 2, V.125 et commentaire).
§163 Sur la différence entre la phrase finale et celle de QS ("et arrivèrent en Beleriand au lever du soleil"), voir V.239, commentaire sur le §73.



*



Parmi les notes et corrections écrites par mon père sur le tapuscrit dans cette section d'AAm, dont toutes non pas besoin d'être rapportées, il y en a plusieurs indiquant des extensions proposées de la narration.
§120 "je mourrai" > "je serai tué"; "le premier de tous les Enfants d'Eru" souligné; et une note en marge à côté des mots "Pas le premier" (au début du §121) : "X Ceci ne va plus même par rapport aux Eldar de Valinor. Finwë, père de Fëanor, fut le premier des Hauts Elfes à être tué, Míriel, mère de Fëanor, la première à mourir." Il faut se souvenir que quand AAm fut rédigé, l'histoire de Míriel n'avait pas encore été conçue; les entrées qui affirment que Míriel "tomba endormie et s'en alla en Mandos" et que Finwë par après épousa Indis (p. 101, notes 1 et 4) étaient des ajouts ultérieurs (trouvés tapés dans le tapuscrit). Voir pp. 268-9.
§122 Le dactylographe laissa un blanc pour Korlairë, que mon père remplit avec la forme Korolairë. Plus tard, il souligna ceci au crayon et écrivit Ezellohar à côté (voir p. 106, §113).
§126 Ered Orgoroth > Ered Gorgorath; Nan Dungorthin > Nan Dungortheb. Voir V.298-9.
§127 A côté de l'ouverture de ce paragraphe, mon père écrivit : "La construction de cette forteresse en tant que protection contre un débarquement de l'Ouest devrait venir plus tôt." Voir p. 156, §12.
Dans le tapuscrit, le passage concernant les Orcs se poursuit tel que dans le texte imprimé du manuscrit à la p. 109 seulement aussi loin que "ils pouvaient être tués ou détruits par le vaillant avec des armes de guerre"; le reste du paragraphe avait été barré dans le manuscrit (note 8, p. 121), excepté les mots "Selon Ælfwine" à la fin (que le dactylographe ne remarqua pas et omit, terminant le paragraphe avec "armes de guerre" sans refermer la parenthèse). À côté de la première partie du passage, mon père écrivit un X sur le tapuscrit et une instruction brève et illisible dont le premier mot pourrait être "couper", avec une référence au passage sur le sujet au §45. Ce qui devait précisément être coupé n'est pas clair (si j'ai lu le mot correctement), mais vu ce qu'il avait noté sur le tapuscrit à côté du précédent passage (p. 80, §43) : "À modifier. Les Orcs ne sont pas elfes", il semble probable que la même objection s'appliquait ici (voir pp. 408 et suivantes [NdTr : Mythes transformés, Texte VIII et suivants]). - Il rectifia l'erreur du dactylographe qui avait omis les mots "Selon Ælfwine" en enlevant les mots "(Les Orcs pouvons-nous les nommer; car", de telle sorte que le texte se lise : "Les Glamhoth, armée de tumulte, les appelèrent les Noldor. Jadis il étaient forts et cruels comme des démons ..." Ceci fut peut-être fait sans consulter le manuscrit.
§132 Dans "l'ingrate Mer salée", le[s] mot[s] "salé [et]" fu[ren]t barré[s].
§134 Note marginale à côté des noms des Fils de Fëanor : "X Les noms seront revus." Dans le texte Cranthir > Caranthir, Damrod et Díriel barrés (mais pas d'autres noms substitués), et le n de Celegorn souligné
§135 Note marginale à côté de l'ouverture de ce paragraphe : "Noms et relations à présent modifiés". Dans le texte Finrod > Finarphin (et subséquemment), et Inglor > Finrod (et subséquemment); également Orodreth souligné et marqué d'un X.
§137 À côté de la phrase "il [Manwë] n'interdirait ni ne gênerait le dessein de Fëanor" figure la note marginale : "Manwë et les Valar ne pourraient pas - sc. n'étaient pas autorisés à entraver les Noldor excepté par des conseils - pas par la force."
§149 Note marginale à côté du passage décrivant l'implication du second groupe dans le combat : "Finrod et Galadriel (dont le mari était des Teleri) combattirent contre Fëanor en défense d'Alqualondë." Sur ceci voir la note très tardive (1973) de mon père concernant la conduite de Galadriel au moment de la rébellion des Noldor dans Contes et Légendes inachevés, pp. 231-2 : "Galadriel ne prit aucune part à la révolte de Fëanor qui suivit l’Obscurcissement de Valinor; tout au contraire, elle se battit héroïquement aux côtés de Celeborn pour défendre Alqualondë contre les assauts des Noldor ..."
§162 "Fëanor et ses fils mirent le feu aux" fut changé en "Fëanor fit mettre le feu aux". Une note marginale à la fin du paragraphe se lit : "Tragédie de l'embrasement de l'un des [ajouté : 2 plus jeunes] fils de Fëanor, qui était retourné dormir dans son bateau." Une autre note au même endroit se lit : "Les fils cadets de Fëanor étaient jumeaux"; ceci est suivi par un mot entre parenthèses qui fut barré, probablement "(faux)". Il était dit en QS (§41) que Damrod et Díriel étaient "frères jumeaux d'humeur et de visage identiques".
§163 Note marginale à côté de "Beaucoup périrent là" (i.e. dans la traversée de l'Helkaraxë) : "la femme de Turgon fut perdue et il n'avait alors qu'une fille et pas d'autre héritier. Turgon fut presque perdu lui-même en essayant de sauver sa femme - et il ressentit moins d'amour pour les Fils de Fëanor qu'aucun autre."
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MessagePosté le: 03 Juil 2006 17:49     Sujet du message: Répondre en citant

Sixième et dernière section des Annales d'Aman


1495-1500


De la Lune et du Soleil. L'Illumination d'Endar, et la Dissimulation de Valinor.


§164 Il est dit que les Valar restèrent longtemps assis et impassibles sur leurs trônes dans le Cercle de Justice, mais ils n'étaient pas inactifs comme Fëanor le dit dans la folie de son cœur. Car les dieux peuvent œuvrer à beaucoup de choses par la pensée plutôt que par les mains, et sans voix, en silence, ils peuvent tenir conseil entre eux. Ainsi ils veillèrent dans la nuit de Valinor, et leurs pensées passèrent au-delà d'Ëa et vers la Fin; pourtant ni pouvoir ni sagesse ne soulagea leur chagrin, ni la connaissance du mal en cette heure de son existence. Et ils ne pleurèrent pas plus la mort des Arbres que le marrissement de Fëanor : de toutes les réalisations de Melkor la plus mauvaise.

§165 Car Fëanor avait été fait le plus puissant dans toutes les parties de son corps et de son esprit : en valeur, en endurance, en beauté, en compréhension, en adresse, en force comme en finesse : de tous les Enfants d'Eru, et une flamme vive était en lui. Les œuvres de merveille à la gloire d'Arda qu'il aurait pu créer autrement, seul Manwë pourrait les concevoir dans une certaine mesure. Et les Vanyar qui veillaient avec les Valar ont rendu compte que quand les messagers rapportèrent à Manwë les réponses de Fëanor à ses hérauts, Manwë pleura et baissa la tête. Mais à ce dernier mot de Fëanor : qu'au moins les Noldor réaliseront des actions qui vivront à jamais dans des chants : il releva la tête, comme quelqu'un qui entend une voix au loin, et il dit : "Qu'il en soit ainsi ! Chèrement acquis ces chants seront-ils estimés, et pourtant ils seront bien acquis. Car le prix ne pourrait pas être autre. Ainsi, tout comme Eru nous le déclara, une beauté non encore conçue surviendra en Ëa, et le mal sera pourtant bon d’avoir été."
"Et pourtant il restera le mal," dit Mandos. "Fëanor viendra bientôt à moi."

§166 Mais quand les Valar apprirent enfin que les Noldor étaient en effet sortis d'Aman et étaient retournés en Terre du Milieu, ils se levèrent et commencèrent de traduire en actes ces conseils qu'ils avaient pris en pensée pour redresser les maux de Melkor.

§167 Alors Manwë pria Yavanna et Niënna de déployer tous leurs pouvoirs de croissance et de guérison; et elle déployèrent tous leurs pouvoirs sur les Arbres. Mais les larmes de Niënna ne furent pas efficaces pour guérir leurs blessures mortelles; et pendant un long moment, Yavanna chanta seule dans les ombres. Et alors même que l'espoir faiblissait et que son chant hésitait, voyez ! Telperion produisit enfin sur une branche sans feuille une grande fleur d'argent, et Laurelin un unique fruit d'or.

§168 Yavanna les cueillit, et ensuite les Arbres moururent, et leurs racines sans vie se trouvent toujours en Valinor, un mémorial de joie disparue. Mais la fleur et le fruit, Yavanna les donna à Aulë, et Manwë les consacra; et Aulë et son peuple firent des vaisseaux pour les maintenir et préserver leur éclat, comme il est dit dans le Narsilion, le Chant du Soleil et de la Lune. Ces vaisseaux, les dieux les donnèrent à Varda, afin qu'ils puissent devenir des lampes célestes, surpassant les anciennes étoiles, étant plus proches d'Arda; et elle leur donna le pouvoir de traverser les régions plus basses d'Ilmen, et les programma pour voyager selon des cours fixes au-dessus de la ceinture de la Terre, d'Ouest en Est, et pour revenir.

§169 Ces choses les Valar firent-ils, retirant de leur crépuscule les ténèbres des terres d'Arda, et ils se résolurent à présent à éclairer la Terre du Milieu et par la lumière à gêner les actions de Morgoth. Car ils se souvinrent des Quendi, les Avari qui étaient restés auprès des eaux de leur éveil, et n'abandonnèrent pas complètement les Noldor en exil; et Manwë savait aussi que l'heure de l'arrivée des Hommes s'approchait.

§170 Il est en effet dit que, tout comme les Valar firent la guerre à Melkor au nom des Quendi, en ce moment ils s'en abstinrent au nom des Hildi, les Suivants, cadets des enfants d'Eru. Car les blessures de la Terre du Milieu avaient été graves dans la guerre contre Utumno, et les Valar craignaient qu'encore pire n'advînt; considérant que les Hildi seraient mortels, et plus faibles que les Quendi à résister à la peur et au tumulte. En outre, il n'avait pas été révélé à Manwë où aurait lieu le commencement des Hommes, au nord, au sud, ou à l'est. Par conséquent, les Valar diffusèrent la lumière, mais fortifièrent leur lieu de résidence.

§171 Isil la Brillante les Vanyar nommèrent-ils tôt la Lune, fleur de Telperion en Valinor; et Anar Doré de Feu, fruit de Laurelin, nommèrent-ils le Soleil. Mais les Noldor les nommèrent Rána l'incontrôlable, et Vása le brûleur; car le Soleil était un signe de l'éveil des Hommes et du déclin des Elfes, mais la Lune entretenait leurs souvenirs.

§172 La demoiselle que les Valar choisirent parmi les Maiar pour mener le vaisseau du Soleil s'appelait Arien, et celui qui dirigeait l'île de la Lune était Tilion.* Sous les jours des Arbres, Arien s'occupait des fleurs dorées dans les jardins de Vana et les arrosait de la rosée brillante de Laurelin. Tilion était un jeune chasseur de la compagnie d'Oromë, et il avait un cor d'argent. Il était un amateur d'argent, et quand il prenait du repos, il abandonnait les bois d'Oromë et allait en Lorien et s'allongeait, rêvant auprès des étangs d'Estë dans les rayons dansant de Telperion; et il demanda que lui soit attribuée la tâche de s'occuper à jamais de la dernière Fleur d'Argent. Arien la demoiselle était plus puissante que lui, et elle fut choisie parce qu'elle ne redoutait point les chaleurs de Laurelin, et n'était pas blessée par elles, étant dès le départ un esprit de feu, que Melkor n'avait toutefois ni trompé ni attiré à son service. Belle à regarder en effet était Arien, mais trop vifs à contempler étaient ses yeux même pour les Eldar, et en quittant Valinor, elle abandonna la forme et le vêtement que, à l'instar des Valar, elle y avait revêtus, et elle était telle une flamme nue, terrible dans l'ampleur de sa splendeur.

1500


§173 Isil fut conçue et apprêtée en premier, et s'éleva en premier dans le royaume des étoiles, et elle était l'aînée des nouvelles lumières, comme Telperion l'était des Arbres. Alors pendant un moment le monde reçut la lumière lunaire, et de nombreuses choses remuèrent et s'éveillèrent, qui avaient longtemps attendu dans le sommeil de Yavanna. Les servants de Morgoth furent stupéfaits, mais les Elfes noirs levèrent les yeux avec plaisir; et il est dit que Fingolfin mit le pied dans les terres du Nord lors du premier lever de la Lune, et les ombres de ses troupes étaient longues et noires. Tilion avait traversé les cieux sept fois , et était alors dans l'Est lointain lorsque le vaisseau d'Arien fut prêt. Alors Anar s'éleva dans la gloire, et la neige sur les montagnes s'embrasa comme de feu, et le son de nombreuses chutes d'eau y fut entendu; mais les servants de Morgoth s'enfuirent en Angband et s'y tapirent dans la peur, et Fingolfin déploya ses bannières.

§174 À présent Varda avait l'intention que les deux vaisseaux voyageassent en Ilmen et fussent toujours dans les cieux, mais pas ensemble : chacun devrait passer de Valinor à l'Est et revenir, l'un survenant de l'Ouest lorsque l'autre retournait de l'Est. Ainsi les premiers de ces nouveaux jours étaient-ils computés à la manière des Arbres, du mélange des lumières lorsqu'Arien et Tilion se croisaient dans leurs cours, au-dessus du Milieu de la Terre. Mais Tilion était capricieux et incertain en vitesse, et ne s'en tenait pas à son cours fixé; et il chercha à s'approcher d'Arien, étant attiré par la splendeur de sa beauté, bien que la flamme d'Anar le brûlât, et l'île de la Lune fut assombrie.

§175 En raison de l'inconstance de Tilion, dès lors, et encore plus en raison des prières de Lorien et d'Estë, qui disaient que le sommeil et le repos avaient été bannis de la Terre, et que les étoiles étaient cachées, Varda changea d'avis, et permit un temps pendant lequel le monde devrait toujours connaître l'ombre et la demi-lumière. Anar se reposa dès lors un moment en Valinor, reposant sur le sein frais de la Mer Extérieure; et le Soir, qui était le moment de la descente et du repos du Soleil, était l'heure de la plus grande lumière et de la joie en Aman. Mais bientôt le soleil était tiré par les serviteurs d'Ulmo, et allait ensuite en hâte sous la Terre, et arrivait ainsi sans être vu à l'Est, et là remontait dans les cieux, de crainte que la nuit ne fût trop longue et que le mal ne marchât sous la Lune. Mais par Anar les eaux de la Mer Extérieure chauffaient et s'embrasaient d'un feu coloré, et Valinor avait de la lumière pendant un moment après le passage d'Arien. Pourtant comme elle voyageait sous la Terre, et s'approchait de l'Est, l'embrasement diminuait et Valinor s'assombrissait, et les Valar pleuraient alors le plus la mort de Laurelin. À l'aube, les ombres de leurs Montagnes de Défense recouvraient lourdement le pays des Valar.

§176 Varda ordonna à la Lune de voyager de manière identique, et en passant sous la Terre, de s'élever à nouveau à l'Est, mais seulement après que le Soleil était descendu des cieux. Mais Tilion suivait une allure incertaine, comme il le fait toujours, et était toujours attiré vers Arien, comme il le sera toujours; de telle sorte que souvent tous deux peuvent être vus en même temps au-dessus de la Terre, ou par moments il arrivera qu'il viendra si près que son ombre couvrira sa brillance, et qu'il y aura de l'obscurité pendant le jour.

§177 Dès lors par les allers et venues d'Anar, les Valar computèrent les jours par après jusqu'au Changement du Monde. Car Tilion s'attardait rarement en Valinor, mais passerait souvent rapidement au-dessus de la terre occidentale d'Aman, au-dessus d'Arvalin, ou d'Araman, ou de Valinor, et plongerait dans l'abîme par delà la Mer Extérieure, poursuivant seul son chemin parmi les grottes et les cavernes aux racines d'Arda. Là il errerait souvent, et reviendrait tardivement.

§178 Toujours par conséquent, après la Longue Nuit, la lumière de Valinor était plus grande et plus belle que sur la Terre du Milieu; car le Soleil s'y reposait, et les lumières célestes s'approchaient au plus près de la Terre en cette région. Mais ni le Soleil ni la Lune ne pouvaient rappeler la lumière d'antan, qui venait des Arbres avant qu'ils ne fussent touchés par le poison d'Ungoliantë. Cette lumière ne survit à présent que dans les seuls Silmarils, et ils sont perdus.

§179 Mais Morgoth haïssait les nouvelles lumières et fut pour un temps déconcerté par ce coup imprévu des Valar. Alors il assaillit Tilion, lui envoyant des esprits de l'ombre, et il y eut un combat en Ilmen sous les chemins des étoiles, et Tilion fut vainqueur : comme cela l'a toujours été, bien que les ténèbres poursuivantes le surprennent encore quelques fois. Mais Arien, Morgoth la redoutait grandement, et n'osait pas s'en approcher, n'en ayant en effet plus le pouvoir. Car comme il croissait en malveillance, et répandait à partir de lui-même le mal qu'il concevait en mensonges et en créatures de vilenie, son pouvoir passait en eux et se dispersait, et lui-même devint toujours plus lié à la terre, ne voulant plus sortir de ses sombres forteresses. Dans une ombre dès lors se dissimula-t-il, lui et ses servants, à Arien, dont ils ne pouvaient plus endurer le regard, et les contrées autour de sa demeure étaient ensevelies sous des fumées et de grands nuages.1

§180 Mais voyant l'assaut sur Tilion, les Valar furent dans le doute, craignant ce que la malveillance et la fourberie de Melkor auraient pu inventer contre eux. Ne voulant pas, comme il a été dit, lui faire encore la guerre en Terre du Milieu, ils se souvenaient toutefois de la ruine d'Almaren et se résolurent à ce que la même chose n'arrivât point à Valinor. Par conséquent à ce moment, ils fortifièrent Valinor à nouveau; et ils surélevèrent les murailles montagneuses des Pelóri à des hauteurs absolues et redoutables, à l'est, au nord et au sud. Leurs faces extérieures étaient sombres et lisses, sans prise ni saillie,2 et elles tombaient en de grands précipices avec des parois dures comme le verre, et elles s'élevaient en tours couronnées de glace blanche. Une surveillance incessante reposait sur elles. Aucune passe ne les franchissait - excepté seulement le Kalakiryan3 où s'élevait toujours, abandonnée, la verte colline de Túna. Cette passe, les Valar ne la fermèrent pas en raison des Eldar qui étaient fidèles : car tous ceux de la race elfe, même les Vanyar et Ingwë leur seigneur, doivent respirer de temps en temps l'air de l'extérieur et le vent qui vient de la Mer depuis les contrées de leur naissance; et les dieux ne sépareraient pas complètement les Teleri de leurs parents. Dès lors ils établirent dans le Kalakiryan de puissantes tours et de nombreuses sentinelles; et à sa sortie sur les plaines de Valmar était cantonnée une armée; car les armureries des Valar étaient ouvertes, et les Maiar et les Fils des Valar étaient vêtus comme pour la guerre. Ni oiseau ni bête ni Elfe ni Homme, ni aucune autre créature parmi celles qui vivaient en Terre du Milieu, ne pouvait passer ce camp.

§181 Et en ce temps aussi, que les chants nomment Nurtalë Valinóreva, la Dissimulation de Valinor, les Îles Enchantées furent créées, et toutes les mers autour d'elles furent emplies d'ombres et de confusion; et ces îles s'étiraient comme un filet sur les Mers Ombreuses4 du nord au sud, avant que Tol Eressëa, l'Île Solitaire, ne soit atteinte par quelqu'un naviguant vers l'ouest. Difficilement un navire pouvait-il passer entre elles : car en de dangereux sons, les vagues soupiraient à jamais sur de sombres rochers ensevelis sous les brumes. Et dans le crépuscule, une grande fatigue frappait les marins ainsi qu'un dégoût de la Mer; mais tous ceux qui mirent jamais le pied sur ces îles y étaient piégés, et y dormaient jusqu'au Changement du Monde. Ainsi fut-il que, comme Mandos le leur avait prédit en Araman, le Royaume Béni fut fermé aux Noldor, et des nombreux messagers qu'ils envoyèrent par après vers l'Ouest, aucun n'arriva jamais en Valinor, excepté un seul : le plus puissant marin du chant.

Ici avec la Dissimulation de Valinor
se terminent
Les Annales d'Aman



Notes :

* Notes marginales à côté d'Arien et de Tilion : "dægred Æ" et "hyrned Æ".

1 Ce paragraphe, à partir de "Alors il assaillit Tilion ..." était d'abord rédigé ainsi :
    En effet il assaillit Tilion, lui envoyant de sombres esprits, qui le poursuivent toujours, bien qu'à jamais Tilion les eût vaincus. Mais Arien, il la craignait grandement et n'osait pas la perturber, et ni lui ni aucune de ses créatures ne pouvaient la regarder, ni endurer longtemps son regard. Dans les ombres lui dissimula-t-il leur vilenie, et produisit des fumées et de sombres nuages, afin que les contrées aux alentours de sa demeure fussent ternes et ensevelies sous les ténèbres, bien que loin au-dessus le brillant Anar pût naviguer dans un ciel bleu. Car comme il croissait en malveillance et laissait se répandre à partir de lui-même le mal qu'il concevait en mensonges et en créatures de mal-
Mon père s'arrêta là, barra ce qu'il avait écrit, et le remplaça par le texte imprimé.

2 Telle qu'écrite en premier lieu, cette phrase se lisait : "sans saillie ni prise même pour des oiseaux", corrigée immédiatement par le texte donné (QS a "sans saillie ni prise pour rien sauf des oiseaux").

3 Kalakiryan était ici ainsi écrit (et à nouveau plus bas) : voir p. 87, note 7.

4 "les Mers Ombreuses" (comme en QS) corrigé de "la Grande Mer".



Commentaires sur la sixième et dernière section des Annales d'Aman


Ce récit de la Création du Soleil et de la Lune fut le dernier que mon père écrivit. Il suivait le Chapitre 8 de QS Du Soleil et de la Lune, et de la Dissimulation de Valinor (V.239-43) de très près, mais avec de nombreux changements et notamment de nombreuses omissions. J'indique ici la plupart des développements, certains plus significatifs que d'autres.
§164 Sur la communion silencieuse des Valar entre eux, qui ne figure pas en QS, cf. ce qui est dit dans Le Retour du Roi VI.6 "Nombreuses séparations" au sujet de la conversation de Celeborn et Galadriel, Gandalf et Elrond en Eregion :
    Si quelque voyageur était passé par là, il n'eut pas vu ni entendu grand-chose, et il lui eut simplement semblé voir des formes grises, sculptées dans la pierre, en mémoire de choses oubliées à présent perdues dans les régions dépeuplées. Car ils ne bougeaient ni ne parlaient oralement, se regardant d'esprit à esprit; et seuls leurs yeux remuaient et s'allumaient dans le va-et-vient de leurs pensées.
Peut-être à comparer aussi avec les remarques de Michael Ramer dans The Notion Club Papers, IX.202.
§165 L'éloge de Fëanor, et les pensées de Manwë concernant ses paroles, ne figurent pas en QS, ni la prédiction de Mandos selon laquelle Fëanor viendra bientôt à lui.
§167 En QS Niënna n'est pas nommée avec Yavanna dans la tentative de guérir les Arbres.
§168 Le texte de QS "lampes célestes, surpassant les anciennes étoiles; et elle leur donna le pouvoir de traverser la région des étoiles" est modifié en "lampes célestes, surpassant les étoiles, étant plus proches d'Arda; et elle leur donna le pouvoir de traverser les régions plus basses d'Ilmen". AAm ici se rapproche plus de l'Ambarkanta, où il était dit (IV.237) que le Soleil "navigue d'Est en Ouest à travers le Bas-Ilmen". J'ai dit auparavant ([ci-dessus]] que "il semble y avoir un témoignage de ce que, dans ces textes [i.e. AAm et l'Ainulindalë], l'image du monde de l'Ambarkanta survécut au moins dans la conception de la Mer extérieure s'étendant jusqu'aux Murs du Monde"; à présent on voit que la région d'Ilmen, dans laquelle le Soleil et la Lune ont leurs cours, a survécu aussi. Faut-il comprendre qu'Ilmen était toujours aussi la région des étoiles ? Ce n'est pas une supposition nécessaire sur base de la formulation du nouveau texte en cet endroit; cependant, au §173, il est dit que "Isil ... s'éleva dans le royaume des étoiles". Dans l'Ainulindalë, le problème a été rencontré avec le fait que "les trois régions du firmament" sont conservées avec la conception irréconciliable d'Arda, fixée "au milieu des étoiles innombrables" d'Ëa : voir p. 29.
Sur "la ceinture de la Terre" (pas en QS), cf. AAm §144 : " Túna sous le Taniquetil était proche de la ceinture d'Arda, et là la Grande Mer était incommensurablement vaste".
§170 Il n'est pas dit en QS que les Valar s'abstinrent de faire la guerre à Morgoth en raison de la venue des Hommes qui était proche, craignant de grandes destructions et étant ignorants de l'endroit où l'Humanité devait se lever.
§171 En QS, Isil et Úrin sont les noms donnés par les Dieux à la Lune et au Soleil, et Rana et Anar les noms eldarins (§75 et commentaire). En AAm, Isil et Anar deviennent des noms vanyarins, et Rána et Vása noldorins; voir aussi dans The Lost Road (V.41) et The Notion Club Papers (IX.306), les noms "eresséens" ou "avalloniens" (i.e. quenya) sont Isil et Anar.
§172 Une des gloses en vieil anglais par Ælfwine, hyrned "pointu" pour Tilion, se trouve déjà en QS (note marginale au §75); l'autre mot, dægred, pour Arien, signifie "point du jour, aube".
Il n'est plus dit à présent que Tilion aimait Arien (et que pour cette raison il quitta les bois d'Oromë et s'installa dans les jardins de Lorien), bien qu'au §174, Tilion "chercha à s'approcher d'Arien, étant attiré par la splendeur de sa beauté". La description de l'esprit de feu Arien, qui cessa de revêtir une forme mais devint "telle une flamme nue", ne figure pas en QS; l'histoire originelle d'Urwendi dans les Contes perdus peut être comparée (I.187).
§173 "Isil ... s'éleva dans le royaume des étoiles" : voir sous le §168 ci-dessus. L'idée des étoiles fuyant "effrayées" Tilion, qui errait par rapport à sa course en les poursuivant, est abandonnée (comme l'est aussi subséquemment l'explication mythique des étoiles filantes - des étoiles qui avaient fuit vers les racines de la Terre et qui fuient à présent encore devant Tilion dans l'air supérieur, QS §78).
§175-8 Le récit des mouvements du Soleil et de la Lune est entièrement mis au passé, là où QS utilise le présent.
§175 Estë prend la place de Niënna en se plaignant des nouvelles lumières. - Le nom Vaiya n'est pas utilisé pour la Mer Extérieure en AAm.
§177 "Dès lors par les allers et venues d'Anar, les Valar computèrent les jours par après jusqu'au Changement du Monde" : il n'y a rien de correspondant à ceci en QS (§78). Le passage en QS (et très semblable à l'Ambarkanta, IV.237) concernant les venues par moment à la fois d'Arien et de Tilion au-dessus de Valinor est abandonné.
En QS Tilion "plonge dans l'abîme entre les rivages de la terre et de la Mer Extérieure", et de manière similaire dans l'Ambarkanta, il plonge dans l'abîme d'Ilmen. En AAm, d'un autre côté, il "plongerait dans l'abîme par delà la Mer Extérieure". Comme je l'ai dit précédemment (IV.254, seconde note en bas de page), je suis incapable d'expliquer ceci, bien que je l'aie conservé dans le Silmarillion publié qui dérive ici d'AAm. Mais en regard du fait qu'en AAm, il est expressément dit (§23) que la Mer Extérieur encerclait le Royaume d'Arda, et qu'au-delà de la Mer Extérieure se situaient les Murs de la Nuit, je suis à présent enclin à penser que la phrase en AAm était une étourderie, que quel que soit ce que mon père voulait, ce n'était pas ce qu'il avait écrit. Car même si nous supposons que les relations entre Ilmen, l'Abîme, la Mer Extérieure, et les Murs étaient à présent dans une certaine mesure conçues différemment, il reste que Tilion, après avoir plongé dans l'abîme, arrivait aux racines d'Arda : il doit dès lors toujours être à l'intérieur de la Mer Extérieure, qui englobe Arda.
§178 L'idée de l'accumulation par les Valar du rayonnement du Soleil dans des vaisseaux, des cuves, et des étangs (QS §79) est omise en AAm.
Les derniers mots de ce paragraphe, "et ils sont perdus", ne figurent pas en QS, mais dérivent en fait de l'Ainulindalë : "les plus admirables de toutes les gemmes étaient les Silmarils, et ils sont perdus", qui apparaît dans la Musique des Ainur originelle (I.58) et ont survécu à travers les textes ultérieurs (V.162, et p. 19, §35).
§§179-80 La Prophétie de la résurrection des Arbres est omise (et cette ancienne particularité finalement perdue, voir IV.20, 49-50), comme l'est la prédiction d'Ulmo sur les Hommes; mais là apparaît à présent l'assaut sur Tilion de Morgoth, sa grande peur d'Arien, et le récit de sa perte de pouvoir via la dispersion parmi ses esclaves. La phrase au §179 "bien que les ténèbres poursuivantes le surprennent quelques fois" fait évidemment référence aux éclipses de la Lune.
La nouvelle fortification de Valinor survient encore de la crainte des Valar de "la puissance et de la fourberie de Morgoth" (QS), mais l'attaque de Morgoth sur la Lune est à présent la principale raison de leur crainte : "Mais voyant l'assaut sur Tilion, les Valar furent dans le doute, craignant ce que la malveillance et la fourberie de Melkor auraient pu inventer contre eux."
§180 La colline de Túna est dite être abandonnée; il n'est pas dit dans le récit du retour de Finrod (§156) qu'il gouverna par après en Tirion, mais seulement (comme en QS, §72) qu'il "fut désigné pour gouverner les Noldor restants du Royaume Béni." En QS §79, cependant, "le restant des Gnomes demeura à jamais dans la profonde crevasse des montagnes."
"les Maiar et les Fils des Valar" : voir p. 59, §4.
§181 La Dissimulation de Valinor est appelée Nurtalë Valinóreva. - En QS, les marins qui mettent le pied sur les Îles Enchantées "y sont piégés et enveloppés dans un sommeil éternel"; en AAm, ils "y étaient piégés, et y dormaient jusqu'au Changement du Monde." Sur la référence au Changement du Monde, cf. §177; et sur le changement du présent vers le passé, cf. §§175-8.


*


Mon père gribouilla quelques notes rapides sur le tapuscrit, mais celles qui viennent de son rejet ultérieur des fondements du mythe cosmogonique ne sont pas données ici. Ce qui suit peut néanmoins être rapporté :
§169 Les mots "n'abandonnèrent pas complètement" ont été soulignés, avec une note marginale : "Ils interdirent le retour et rendirent impossible pour les Elfes ou les Hommes d'atteindre Aman - vu que l'expérience s'était révélée désastreuse. Mais ils n'apporteraient pas d'aide aux Noldor dans leur lutte contre Melkor. Manwë cependant envoya des esprits maiar sous la forme d'Aigles s'établir à proximité du Thangorodrim et garder un œil sur tout ce que Melkor faisait et assister les Noldor dans les cas extrêmes. Ulmo allait en Beleriand et prit part secrètement mais activement à la résistance elfe." Sur les Aigles en tant que Maiar, voir pp. 409-11 [NdTr : Mythes transformés, Texte VIII].
§170 À côté de ce paragraphe (et manifestement causé par les mots "il n'avait pas été révélé à Manwë où aurait lieu le commencement des Hommes"), mon père nota sur le tapuscrit que Manwë dit aux autres Valar qu'il avait été visité par l'esprit d'Eru, et averti que les Hommes ne pourraient pas être pris vivants de la Terre du Milieu.
§176 À côté de la dernière phrase de ce paragraphe, mon père écrivit : "Qu'est-ce qui cause alors les éclipses de la Lune ?" Voir les commentaires sur §§179-80 ci-dessus.
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MessagePosté le: 19 Oct 2006 14:00     Sujet du message: Répondre en citant

Pour toute question, remarque ou commentaire, c'est par là.

HoMe X se poursuit avec le Quenta Silmarillion tardif.


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