Les Aratars Index du Forum Les Aratars
Forum créé par les Gremlin's
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil  AbréviationAbréviation   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 
 Retour au site 

Aller à la page 1, 2  Suivante
 
[Traduction - HoMe X] Le Quenta Silmarillion tardif

Utilisateurs enregistrés: Aucun
Poster un nouveau sujet   Ce sujet est verrouillé, vous ne pouvez pas éditer les messages ou faire de réponses.    Les Aratars Index du Forum -> AnnĂșminas
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3496
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 22 Avr 2007 1:19     Sujet du message: [Traduction - HoMe X] Le Quenta Silmarillion tardif Répondre en citant

Ce qui suit est la traduction intégrale officieuse de la 1Úre partie du Quenta Silmarillion tardif (HoMe X, Morgoth's Ring, Partie Trois, pp. 141 et suivantes, Ed. HarperCollins, 2002) par Eru, Incanus, Nowhere Man et Dior, avec l'aide graphique appréciée de Taraudhel. Le texte a été divisé sur la base des chapitres le composant :
N.B. :
  • Le texte en taille normale est le texte de Tolkien, celui en taille petite est de Christopher Tolkien. Les notes sont de Christopher Tolkien sauf si autrement prĂ©cisĂ©.
  • Les numĂ©ros de pages donnĂ©s sont ceux donnĂ©s par Christopher Tolkien et renvoient aux Ă©ditions en sa possession (donc la plupart du temps aux Ă©ditions originales anglaises).
  • Une diffĂ©rence de choix de traduction explique que l'anglais Orcs est traduit par "Orques" ou "Orcs" selon les les textes traduits.
  • Les pages indiquĂ©es sans rĂ©fĂ©rence Ă  un livre renvoient aux pages de HoMe X, le volume contenant ce texte.
  • Les autres volumes des HoMes sont rĂ©fĂ©rencĂ©s par de simples chiffres romains, les pages l'Ă©tant par des chiffres arabes (ex. : XI.226 renvoie Ă  HoMe XI, p. 226).


_____________________



LE QUENTA SILMARILLION TARDIF


(I) La PremiĂšre Phase


Dans ce livre, comme expliqué dans l'Avant-propos, mon récit du développement du Silmarillion dans les années suivant l'achÚvement du Seigneur des Anneaux se restreint à la partie "valinorienne" de la narration - c'est-à-dire, à la partie correspondant aux Annales d'Aman.
Comme avec les Annales de Valinor (Aman) (p. 47), mon pĂšre ne commença pas la rĂ©vision du Quenta Silmarillion comme un nouveau projet sur des feuilles blanches, mais reprit le manuscrit QS originel et le tapuscrit (intitulĂ© "EldanyĂĄrĂ«") dĂ©rivĂ© de celui-ci (voir V.199-201) et les couvrit de corrections et d'extensions. Comme on l'a dĂ©jĂ  vu (p. 3), il nota que la rĂ©vision avait atteint la fin du conte de Beren et LĂșthien le 10 mai 1951. Les chapitres furent trĂšs diffĂ©remment traitĂ©s, certains Ă©tant bien plus dĂ©veloppĂ©s que d'autres et conduisant Ă  plusieurs textes supplĂ©mentaires.
Un tapuscrit de secrĂ©taire fut ensuite rĂ©alisĂ©, fournissant un texte raisonnablement clair et uniforme Ă  partir des matĂ©riaux Ă  prĂ©sent complexes et difficiles. Ceci fut rĂ©alisĂ© par la mĂȘme personne que celle ayant effectuĂ© le tapuscrit de l'AinulindalĂ« D (p. 39) et semble avoir Ă©tĂ© paginĂ© de maniĂšre continue par rapport Ă  lui. J'appellerai ce tapuscrit "LQ1" (pour "Later Quenta 1", i.e. "le premier texte continu du Quenta Silmarillion tardif"). Il semble quasiment certain qu'il fut rĂ©alisĂ© en 1951(-2).
LQ1 fut corrigé, en différentes périodes d'une étendue variant grandement. Un nouveau tapuscrit, en copie principale et carbone, fut réalisé professionnellement par la suite, incorporant toutes les modifications faites au LQ1. Ce texte, je l'appellerai "LQ2". Dans une lettre à Rayner Unwin du 7 décembre 1957 (Lettres n° 204), mon pÚre disait :
    À prĂ©sent, je vois trĂšs clairement que je dois inĂ©vitablement, en prĂ©ambule Ă  tout « remodelage »*, faire des copies de tout le matĂ©riau qui peut l’ĂȘtre. Et je vais mettre cela en chantier dĂšs que possible. Mais je crois que la meilleure maniĂšre de procĂ©der (Ă  ce stade, alors que l’essentiel de ce que j’ai Ă©crit consiste en des exemplaires uniques et irremplaçables) est d’installer un dactylographe dans mon bureau, au college, et de ne laisser Ă©chapper Ă  ma garde aucun matĂ©riau avant que tout ne soit copiĂ©.
Il semble probable que ce fut juste aprĂšs ceci que LQ2 fut rĂ©alisĂ©. Il convient de noter qu'il fut dactylographiĂ© sur la mĂȘme machine que celle utilisĂ©e pour le tapuscrit des Annales d'Aman (existant aussi en copie principale et carbone), et les deux textes peuvent trĂšs bien appartenir Ă  la mĂȘme pĂ©riode - disons 1958. LQ2 (comme LQ1) n'a naturellement aucune valeur textuelle en soi, mais il reçut des corrections soignĂ©es dans le Chapitre 1 Des Valar (par aprĂšs, cependant, uniquement des notes Ă©parses).
Finalement, mon pĂšre se tourna vers une nouvelle rĂ©daction narrative sur le Sujet du Premier Âge avant la Dissimulation de Valinor. Le premier chapitre, Des Valar, grandement modifiĂ© Ă  ce moment, fut sĂ©parĂ© du Quenta Silmarillion proprement dit sous le titre Valaquenta; alors que le sixiĂšme chapitre, Des Silmarils et de l'EntĂ©nĂšbrement de Valinor (numĂ©rotĂ© 4 dans QS, V.227), et une partie du septiĂšme, De la fuite des Noldor (numĂ©rotĂ© 5 dans QS), furent trĂšs fortement Ă©tendus et donnĂšrent naissance Ă  de nouveaux chapitres avec ces titres :
    De Finwë et Míriel
    De FĂ«anor et du DĂ©senchaĂźnement de Melkor
    Des Silmarils et de l'Inquiétude des Noldor
    De l'EnténÚbrement de Valinor
    Du Vol des Silmarils
    De la Querelle des Voleurs
Ce nouveau travail exemplifie le "remodelage" que mon pÚre prévoyait dans la lettre à Rayner Unwin citée ci-dessus. Il représente (avec beaucoup d'autres écrits d'une nature principalement spéculative) une seconde phase dans son travail tardif sur Le Silmarillion. La premiÚre phase incluait la nouvelle version du Lai de Leithian, l'Ainulindalë tardive, les Annales d'Aman et les Annales Grises, le Conte de Tuor ultérieur, et la premiÚre vague de révision du Quenta Silmarillion, la plupart de ce travail étant laissé inachevé. Les années 1953-5 virent la préparation et la publication du Seigneur des Anneaux; et il semble raisonnable de penser qu'il se passa encore un bon moment avant qu'il ne se penchùt à nouveau sur Le Silmarillion, ou au moins sur ses premiers chapitres.
Dans ces chapitres substantiellement rĂ©Ă©crits de la "seconde phase", il Ă©tait en train de se diriger fortement vers une nouvelle conception de l'Ɠuvre, un nouveau mode bien plus complet de narration - envisageant, comme il semble, une "rĂ©-expansion" complĂšte de la forme encore bien condensĂ©e (malgrĂ© une bonne partie d'Ă©largissement lors de la rĂ©vision de 1951) qui remontait via QS et Q Ă  l'"Esquisse de la Mythologie" de 1926, qui avait rĂ©alisĂ© un bref rĂ©sumĂ© de l'Ă©tendue du Livre des Contes perdus (sur cette Ă©volution, voir IV.76).
Il a Ă©tĂ© difficile de trouver une mĂ©thode satisfaisante de prĂ©sentation pour l'Ă©volution tardive du Silmarillion. En premier lieu, les chapitres doivent manifestement ĂȘtre traitĂ©s sĂ©parĂ©ment, Ă©tant donnĂ© que l'Ă©tendue du dĂ©veloppement tardif, ainsi que l'histoire textuelle, varie si fortement. Tout aussi clairement, une documentation complĂšte de chaque modification du dĂ©but Ă  la fin (c'est-Ă -dire, dĂ©taillant l'ordre prĂ©cis des changements Ă  travers les textes successifs) est hors de question. AprĂšs un certain nombre d'essais, le plan que j'ai suivi se base sur cette considĂ©ration : vu qu'une grande partie du dĂ©veloppement peut ĂȘtre attribuĂ©e Ă  une pĂ©riode relativement courte (la "rĂ©vision de 1951"), le mieux semble de prendre LQ1, marquant la fin de ce stade, comme le "texte commun". Mais alors que j'imprime LQ1 en entier tel qu'il fut dactylographiĂ© (aussi loin que le chapitre 5 : les chapitres 6-8 sont traitĂ©s diffĂ©remment), j'inclus Ă©galement dans le texte les corrections et expansions lui ayant Ă©tĂ© apportĂ©es subsĂ©quemment, indiquĂ©es comme telles. Ceci donne immĂ©diatement un aperçu de l'Ă©tat de l'Ɠuvre Ă  la fois dans LQ1, Ă  la fin de la "premiĂšre phase", et dans LQ2, au dĂ©but de la "seconde phase" quelques sept annĂ©es plus tard. Au-delĂ  de ceci, le traitement de chaque chapitre varie selon les spĂ©cificitĂ©s de son histoire. Les derniĂšres versions Ă©tendues de certains chapitres appartenant Ă  la "seconde phase" sont traitĂ©es sĂ©parĂ©ment (pp. 199 et suivantes).
Des difficultés particuliÚres se rencontrent dans le dernier travail sur Le Silmarillion, en ce qu'une bonne partie du matériau tapuscrit ne fut pas réalisée par mon pÚre, et il semble souvent avoir corrigé ces textes sans remonter aux précédents dont ils étaient issus; alors que quand ils étaient à la fois en copie principale et en carbone, il les conservait souvent en des endroits différents (par crainte de perte), et une copie est souvent corrigée différemment de l'autre, ou l'une n'est pas corrigée quand l'autre l'est. En outre, il était susceptible de corriger un texte aprÚs que des textes ultérieurs en avaient été dérivés.

* Ce mot se réfÚre à une lettre de Lord Halsbury, qui avait dit : "je vois bien que vous attend un vrai combat pour le remodeler en une forme permettant la publication" (cité plus tÎt dans la lettre de mon pÚre à Rayner Unwin).
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3496
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 22 Avr 2007 1:19     Sujet du message: Répondre en citant

1. DES VALAR


Dans mon Ă©dition de "QS" dans le Volume V de cette histoire, le texte des premiers chapitres (1, 2, 3(a), 3(b), 3(c)) est repris du tapuscrit que mon pĂšre rĂ©alisa Ă  partir du manuscrit QS en (comme je l'ai avancĂ©, V.200) dĂ©cembre 1937 - janvier 1938, et qui incorporait certaines rĂ©visions apportĂ©es aux chapitres d'ouverture sur le manuscrit. Ce texte, je m'y rĂ©fĂ©rerai en tant que "le tapuscrit QS". À la fois le manuscrit et le tapuscrit furent utilisĂ©s pour la "rĂ©vision de 1951". Mais ce fut ce dernier qui fut la copie Ă  partir de laquelle LQ1 fut rĂ©alisĂ©, quelques quatorze ans les sĂ©parant. Comme dĂ©jĂ  expliquĂ©, les changements effectuĂ©s subsĂ©quemment Ă  LQ1 sont indiquĂ©s tels quels dans le texte.
Il n'y a Ă  prĂ©sent pas de page de titre au LQ1 (voir p. 200), qui commence avec la note d'Ælfwine (avec les vers en vieil anglais) et la note du traducteur en une copie presque exacte du vieux tapuscrit QS (V.203-4), la seule diffĂ©rence Ă©tant Pengoloth pour Pengolod (Ă  la premiĂšre occurrence, changĂ© en Pengolodh, reprĂ©sentant le "th" voisĂ©). La page, comme celle du tapuscrit QS, est titrĂ©e EldanyarĂ« (Histoire des Elfes).
Les numéros de paragraphe sont ceux du QS (V.204-7), avec "10a" et "10b" utilisés pour indiquer les passages additionnels au texte du QS, et appartenant à des époques différentes, à la fin du chapitre.



Ici commence le Silmarillion ou Histoire des Silmarils

1. Des Valar

§1 Au commencement, Eru, [ajoutĂ© : l'Unique,] qui dans la langue elfe est nommĂ© IlĂșvatar, crĂ©a les Ainur Ă  partir de sa pensĂ©e; et il firent une grande musique devant lui. De cette Musique le Monde fut crĂ©Ă©; car IlĂșvatar rendit visible le chant des Ainur, et ils le contemplĂšrent comme une lumiĂšre dans les tĂ©nĂšbres. Et nombreux des plus puissants parmi eux devinrent amoureux de sa beautĂ© et de son histoire qu'ils virent commencer et se dĂ©ployer comme dans une Vision. Par consĂ©quent, IlĂșvatar donna Ă  leur vision l'Existence, et la fixa au milieu du Vide, et le Feu secret fut envoyĂ© pour brĂ»ler au cƓur du Monde.
Alors ceux des Ainur qui voulaient entrer dans le Monde au commencement du Temps, vois ! il fut leur tĂąche de l'achever et par leur labeur d'accomplir la Vision qu'ils avaient vue. Longtemps ƓuvrĂšrent-ils dans les rĂ©gions d'Ëa, qui sont vastes au-delĂ  de la pensĂ©e des Elfes et des Hommes, jusqu'Ă  ce qu'au temps fixĂ© fut crĂ©Ă©e Arda, le Royaume de la Terre. Alors ils revĂȘtirent l'habit de la Terre et y descendirent et y demeurĂšrent; et ils y sont.
§2 Ces esprits, les Elfes les nomment les Valar, ce qui signifie les Puissances, et les Hommes les ont souvent appelĂ©s dieux. De nombreux esprits moindres de leur propre espĂšce amenĂšrent-ils dans leur sillage, Ă  la fois grands et petits; et certains d'entre eux, les Hommes les ont confondus avec les Elfes, mais injustement [lire Ă  tort], car ils furent crĂ©Ă©s avant le Monde, alors que les Elfes et les Hommes s'Ă©veillĂšrent pour la premiĂšre fois sur Terre, aprĂšs l'arrivĂ©e des Valar. Pourtant, dans la crĂ©ation des Elfes et des Hommes, et dans l'attribution Ă  chacun de leurs dons particuliers, nul parmi les Valar ne prit part. IlĂșvatar seul fut leur auteur; c'est pourquoi ils sont appelĂ©s les Enfants d'IlĂșvatar [> Eru].
§3 Les chefs des Valar étaient neuf. Tels étaient les noms des Neuf Dieux [> dieux] dans la langue elfe telle qu'elle était parlée en Valinor; bien qu'ils aient d'autres noms ou des noms altérés dans la langue des Gnomes [> Sindar], et que leurs noms parmi les Hommes soient nombreux : Manwë et Melkor, Ulmo, Aulë, Mandos, Lorien [> Lorion], Tulkas, Ossë, et Oromë.
§4 ManwĂ« et Melkor Ă©taient frĂšres dans la pensĂ©e d'IlĂșvatar / et les plus puissants de ces Ainur qui vinrent dans le Monde. Mais ManwĂ« est le seigneur des dieux, et prince des airs et des vents, et souverain du ciel. Avec lui demeure en tant qu'Ă©pouse Varda, la crĂ©atrice des Ă©toiles [> Le plus puissant de ces Ainur qui vinrent dans le Monde Ă©tait Melkor; mais ManwĂ« Ă©tait plus cher au cƓur d'IlĂșvatar et comprenait le plus clairement ses desseins. Il fut dĂ©signĂ© pour ĂȘtre, dans la totalitĂ© du temps, le premier de tous les rois : seigneur du royaume d'Arda et souverain de tout ce qui y rĂ©side. Et lĂ , son plaisir est dans les vents du monde et dans toutes les rĂ©gions de l'air. Avec lui en Arda demeure en tant que compagne Varda, l'enflammeuse des Ă©toiles], immortelle dame des hauteurs, dont le nom est sacrĂ©. FionwĂ« et IlmarĂ« sont leur fils et leur fille [cette phrase barrĂ©e]. Le suivant en puissance et le plus proche de ManwĂ« en amitiĂ© est Ulmo, seigneur des eaux. Il demeure seul dans les Mers extĂ©rieures, mais dĂ©tient le gouvernement de toutes les eaux, mers, et fleuves, fontaines et sources, Ă  travers la terre. Assujetti Ă  lui est OssĂ«, le maĂźtre des mers autour des terres des Hommes; et sa femme est Uinen, la dame de la mer. Ses cheveux s'Ă©tendent dans toutes les eaux sous les cieux.
§5 AulĂ« a de la puissance mais un peu moins [> un peu moins de puissance] qu'Ulmo. Il est un forgeron et un maĂźtre des arts; et sa compagne est Yavanna, la pourvoyeuse de fruits et l'amoureuse de toutes les choses qui croissent. En majestĂ©, elle suit Varda, sa sƓur, parmi les reines des Valar. Elle est belle et grande, et souvent les Elfes la nomment-ils PalĂșrien, la Dame de la Vaste Terre.
§6 Les Fanturi [> FĂ«anturi] Ă©taient frĂšres, et sont nommĂ©s Mandos et Lorien [> Lorion]. Pourtant, ce ne sont pas lĂ  leurs vrais noms, mais plutĂŽt les noms des lieux de leurs demeures. Car leurs vrais noms sont rarement prononcĂ©s, sauf en secret : lesquels sont NĂĄmo et Irmo. Dixit RĂșmil. Nurufantur est aussi appelĂ© l'aĂźnĂ©, [> lesquels sont NĂĄmo et Irmo. NĂĄmo, l'aĂźnĂ©, est] le maĂźtre des maisons des morts, et le rassembleur des esprits des tuĂ©s. Il n'oublie rien, et sait tout ce qui sera, sauf seulement ce qu'IlĂșvatar a cachĂ©; mais il parle seulement Ă  la demande de ManwĂ«. Il est l’Homme de sentence des Valar. VairĂ« la tisseuse est son Ă©pouse, qui tisse toutes les choses qui ont existĂ© dans le temps dans ses tapisseries historiĂ©es, et les halls de Mandos, qui s'Ă©largissent au fur et Ă  mesure que les Ăąges passent, en sont habillĂ©s. Olofantur, le plus jeune de ces frĂšres, Ă©tait aussi appelĂ©, [> Irmo, le plus jeune de ces frĂšres, est] le maĂźtre des visions et des rĂȘves. Ses jardins dans le pays des dieux sont les plus beaux de tous les lieux dans le monde, et remplis de nombreux esprits. EstĂ« la pĂąle est son Ă©pouse, qui ne marche pas de jour, mais dort sur une Ăźle sur le sombre lac de Lorien [> Lorion]. De lĂ , ses fontaines apportent du rafraichissement aux habitants de Valinor; pourtant, elle ne se rend pas aux conseils des Valar, et n'est pas comptĂ©e parmi leurs reines.
§7 Le plus fort de bras, et le plus grand en actes de prouesse, est Tulkas, qui est surnommĂ© PoldĂłrĂ«a le Vaillant. Il n'est pas vĂȘtu dans ses loisirs, qui sont principalement dans la lutte; et il ne chevauche nul coursier, car il peut distancer toutes les choses qui vont sur leurs pieds, et il est inĂ©puisable. Sa chevelure et sa barbe sont dorĂ©es, et sa chair rose; ses armes sont ses mains. Il se soucie peu du passĂ© ou du futur, et est de peu d'utilitĂ© comme conseiller, mais est un ami intrĂ©pide. Il a beaucoup d'amour pour FionwĂ«, fils [> ËonwĂ«, hĂ©raut] de ManwĂ«. Son Ă©pouse est Nessa, sƓur d'OromĂ«; elle a le bras souple et le pied lĂ©ger, et danse en Valinor sur les pelouses d’un vert ne s'altĂ©rant jamais.
§8 OromĂ« est un seigneur puissant, et d'un peu moins de force que Tulkas, ou de colĂšre, s'il est provoquĂ©. Il aimait les contrĂ©es de la Terre, lorsqu'elles Ă©taient encore sombres, et il ne les quitta pas volontiers et vint en dernier en Valinor; et il se rend encore par moments Ă  l'est par delĂ  les montagnes. Jadis, il Ă©tait souvent vu dans les collines et sur les plaines. Il est un chasseur, et il aime tous les arbres; raison pour laquelle il est appelĂ© Aldaron, et par les Gnomes [> Sindar] Tauros [> Tauron], le seigneur des forĂȘts. Il aime les chevaux et les chiens, et ses cors sont forts dans les clairiĂšres et les bois que Yavanna a plantĂ©s en Valinor; mais il ne les fait pas sonner en Terre du Milieu depuis la disparition des Elfes, qu'il aimait. VĂĄna est son Ă©pouse, la toujours-jeune, la reine des fleurs, qui a la beautĂ© Ă  la fois du ciel et de la terre sur son visage et dans toutes ses Ɠuvres; elle est la sƓur cadette de Varda et de PalĂșrien.
§9 Mais plus puissante qu'elle est NiĂ«nna, la sƓur de ManwĂ« et de Melkor. Elle demeure seule. La pitiĂ© est dans son cƓur, et le deuil et les pleurs viennent Ă  elle; l'ombre est son royaume et son trĂŽne est cachĂ©. Car ses halls sont Ă  l'ouest de l'Ouest, prĂšs des frontiĂšres du Monde et TĂ©nĂšbres [lire des TĂ©nĂšbres]; et elle vient rarement Ă  Valmar, la citĂ© des dieux, oĂč tout est heureux. Elle se rend plutĂŽt aux halls de Mandos, qui sont plus proches et pourtant plus au nord; et tous ceux qui vont en Mandos l’implorent. Car elle est une guĂ©risseuse de blessures, et tourne la souffrance en remĂšde et la peine en sagesse. Les fenĂȘtres de sa maison donnent vers l'extĂ©rieur depuis les murs du Monde.
§10 En dernier tous nomment Melkor. Mais les Gnomes [> Noldor], qui souffrirent tant de ses actes malĂ©fiques, ne prononceront pas son nom, et ils l'appellent Morgoth, le dieu noir [> le Noir Ennemi], et Bauglir, le Contraignant. Une grande puissance lui fut attribuĂ©e par IlĂșvatar, et il Ă©tait du mĂȘme Ăąge que ManwĂ«, et il avait une partie de tous les pouvoirs des autres Valar; mais il les tourna vers des usages malĂ©fiques. Il convoitait le monde et tout ce qui y Ă©tait, et dĂ©sirait la suzerainetĂ© de ManwĂ« et les royaumes de tous les dieux; et l'orgueil et la jalousie et l'envie crĂ»rent toujours dans son cƓur, jusqu'Ă  ce qu'il devint diffĂ©rent de ses frĂšres. La colĂšre le consumait, et il engendrait la violence et la destruction et l'excĂšs. Dans la glace et le feu se trouvait son plaisir. Mais les tĂ©nĂšbres utilisa-t-il le plus dans toutes ses Ɠuvres malĂ©fiques, et il les transforma en crainte et en un nom d'effroi chez les Elfes et les Hommes.
§10a Ainsi peut-il ĂȘtre vu qu'il y a neuf Valar, et sept reines des Valar de puissance non moindre; car alors que Melkor et Ulmo demeurent seuls, il en va de mĂȘme de NiĂ«nna, tandis qu'EstĂ« n'est pas comptĂ©e parmi les Souverains. Mais les Sept Grands du Royaume d'Arda sont ManwĂ« et Melkor, Varda, Ulmo, Yavanna, AulĂ«, et NiĂ«nna; car bien que ManwĂ« soit leur chef [> roi], en majestĂ© ils sont pairs, surpassant en comparaison tous les autres, qu'ils soient des Valar et de leur espĂšce, ou de tout autre ordre qu'IlĂșvatar a conçu [> a fait exister].
§10b [Tout ce qui suit fut ajoutĂ© au tapuscrit Ă  l'encre : Avec les Valar Ă©taient d'autres esprits dont l'existence commença Ă©galement avant le monde : ceux-ci sont les maiar, du mĂȘme ordre que les Grands mais de puissance et de majestĂ© moindres. Parmi eux, ËonwĂ«, le hĂ©raut de ManwĂ«, et IlmarĂ«, demoiselle de Varda, Ă©taient les principaux. De nombreux autres y en a-t-il qui n'ont pas de noms chez les Elfes et les Hommes, car ils apparaissent rarement sous forme visible. Mais grande et belle Ă©tait Melian du peuple de Yavanna, qui [barrĂ© : en son nom] entretenait jadis les jardins d'EstĂ«, avant qu'elle ne vĂźnt en Terre du Milieu. Et sage Ă©tait OlĂłrin, conseiller d'Irmo : ennemi secret des maux secrets de Melkor, car ses brillantes visions Ă©loignaient les fantasmes des tĂ©nĂšbres.
À propos de Melian, beaucoup est contĂ© par la suite; mais d'OlĂłrin, ce conte ne parle pas. Dans les jours d'aprĂšs, il aima chĂšrement les Enfants d'Eru, et prit pitiĂ© de leurs peines. Ceux qui lui prĂȘtaient l'oreille s'Ă©levaient du dĂ©sespoir; et dans leurs cƓurs, le dĂ©sir de guĂ©rir et de renouveler s'Ă©veillait, ainsi que des pensĂ©es de belles choses qui n'avaient pas encore existĂ© mais pouvait encore ĂȘtre crĂ©Ă©es pour l'enrichissement d'Arda. Rien ne fit-il ni ne possĂ©dait-il, mais il allumait les cƓurs des autres, et en leur plaisir il Ă©tait heureux. Mais tous les maiar n'Ă©taient pas fidĂšles aux Valar; car certains furent dĂšs le commencement attirĂ©s par le pouvoir de Melkor, et d'autres corrompit-il plus tard Ă  son service. Sauron Ă©tait le nom par lequel le principal de ceux-ci fut par aprĂšs appelĂ©, mais il n'Ă©tait pas seul.]

*


Tous les changements indiquĂ©s dans le texte du LQ1 donnĂ© ci-dessus furent repris dans le second tapuscrit complet et continu LQ2, effectuĂ© quelques sept ans plus tard (pp. 141-2), qui introduisit quelques erreurs. On ne peut dire quand les modifications furent apportĂ©es au LQ1, bien que la plupart d'entre elles ont l'air d'avoir Ă©tĂ© faites au mĂȘme moment.
Le tapuscrit LQ2 fut corrigé bien plus entiÚrement et prudemment dans ce chapitre que dans aucun autre subséquent, bien qu'en de nombreux cas seulement sur une des deux copies. Je donne ici la liste de ces modifications :*
§1 AprĂšs "le Feu secret fut envoyĂ© pour brĂ»ler au cƓur du Monde" fut ajoutĂ© : "et il fut appelĂ© EĂ€", avec "Que cela soit !" dans une note de bas de page (barrĂ©e sur la copie principale).
§2 "et certains d'entre eux, les Hommes les ont confondus avec les Elfes, mais injustement" > "ceux-ci sont les Maiar, que les Hommes ont souvent confondus avec les Elfes, mais à tort" ("injustement" [NdTr : "wrongfully", pour "wrongly"] était une erreur de la part du dactylographe de LQ1).
§3 Sur la forme Lorien avec une voyelle courte, voir p. 56 note 2. Le dactylographe ne comprit pas les corrections de mon pÚre au nom dans LQ1, qui n'étaient pas claires, et dactylographia dans les trois occurrences (§§3, 6) Lorien, Lorin, Lorion. Aux deux premiÚres, mon pÚre corrigea le nom en Lorinen, mais le barra, probablement immédiatement; sa forme finale dans LQ2 était Lóriën (ainsi marqué).
§4 "dans toutes les rĂ©gions de l'air." > "... air; par consĂ©quent, il est surnommĂ© SĂșlimo."
Le dactylographe du LQ2 omit le mot "enflammeuse" aprĂšs "Varda", produisant ainsi "Varda des Ă©toiles"; mon pĂšre changea "Ă©toiles" en "Étoiles", montrant qu'il n'avait pas observĂ© l'erreur.
§5 Dans "elle [Yavanna] suit Varda, sa sƓur," les mots "sa sƓur" furent barrĂ©s (cf. sous §8 ci-dessous).
§6 L'ouverture du paragraphe fut à nouveau réécrite, pour se lire : "Les Fëanturi étaient frÚres, et sont appelés le plus souvent Mandos et Lóriën. Pourtant ce sont là justement les noms des lieux de leurs demeures; car leurs vrais noms sont Nåmo et Irmo. Nåmo, l'aßné, demeure en Mandos, et est le gardien des Maisons des Morts"
"(Vairë la tisseuse est) son épouse' > "sa compagne".
"Ses jardins dans le pays des dieux sont les plus beaux" > "En Lorien sont ses jardins dans le pays des dieux, et ils sont les plus beaux".
"(Estë la pùle est) son épouse" > "sa compagne" (copie principale uniquement).
"une ßle sur le sombre lac de Lorion" > "une ßle sur le lac ombragé d'arbres de Lórellin".
§7 "Poldórëa" > "Astaldo".
"Son Ă©pouse est Nessa" > "Sa compagne est Nessa".
§8 La premiÚre partie de ce paragraphe fut substantiellement modifiée, mais presque tout le nouveau texte apparaßt sur la copie carbone uniquement :
    Il aimait les contrĂ©es de la Terre du Milieu, et il ne les quitta pas volontiers et vint en dernier en Valinor; et souvent jadis, il revenait Ă  l'est par-delĂ  les montagnes, et retournait avec sa troupe dans les collines et sur les plaines. C’est un chasseur de monstres et de bĂȘtes fĂ©roces, et il aime les chevaux et les chiens, et il aime tous les arbres; et Tauron l'appelaient les Sindar, le seigneur des forĂȘts. Le ValarĂłma Ă©tait le nom de son grand cor, dont le son Ă©tait comme le lever du Soleil en Ă©carlate, et l'Ă©clair pur fendant les nuages. Par dessus tous les cors de sa troupe Ă©tait-il entendu dans les bois que Yavanna fit pousser en Valinor; car lĂ , il y entraĂźnerait ses gens et ses bĂȘtes Ă  la poursuite des crĂ©atures malĂ©fiques de Melkor. Mais le ValarĂłma ne retentit plus en Terre du Milieu depuis le changement du monde et la disparition des Elfes, qu'il aimait.
"elle [VĂĄna] est la sƓur cadette de Varda et de PalĂșrien" > "elle est la sƓur cadette de Yavanna" (copie principale uniquement).
§9 "NiĂ«nna, la sƓur de ManwĂ« et de Melkor" > " la sƓur de NĂĄmo" (copie principale uniquement).
§10 "Bauglir" > "Baugron" (copie principale uniquement).
"la suzeraineté de Manwë" > "la royauté de Manwë" (copie principale uniquement).
§10b "Avec les Valar étaient d'autres esprits" > "Avec les Valar, comme il a été dit, étaient d'autres esprits" (copie principale uniquement).
"ceux-ci sont les maiar" > "les Maiar" (copie principale uniquement); maiar > Maiar Ă  nouveau Ă  la fin.
J'ai montré tous ces changements dans un détail non nécessaire étant donné qu'ils servent à indiquer la nature de beaucoup du matériau constituant "le Silmarillion tardif".


Commentaire sur le Chapitre 1, "Des Valar"


§1 La nouvelle ouverture du Silmarillion apparut avec la premiÚre phase de la révision, et il est évident qu'elle suivait et était dépendante de la nouvelle version de l'Ainulindalë, avec sa nouvelle conception de la Création du Monde :
    IlĂșvatar rendit visible le chant des Ainur ... [Les Ainur virent l'histoire du Monde] se dĂ©ployant comme dans une Vision. Par consĂ©quent IlĂșvatar donna Ă  leur vision l'Existence ... il fut leur tĂąche de l'achever et par leur labeur d'accomplir la Vision qu'ils avaient vue.
La premiĂšre forme de la nouvelle ouverture, Ă©crite sur le manuscrit QS, avait "Longtemps ƓuvrĂšrent-ils dans les rĂ©gions d'Aman", utilisant ce nom dans le sens qu'il portait dans les textes tardifs de l'AinulindalĂ« ("les Halls d'Aman", le Monde); dans le tapuscrit QS (voir p. 143), Aman fut corrigĂ© en EĂ€ (qui apparaĂźt dĂšs lors dans LQ1).
§2 Le nom Maiar, introduit dans l'ajout fait à la fin du LQ1 (§10b) et apparaissant dans ce paragraphe dans LQ2, est trouvé en premier dans le brouillon préliminaire des Annales d'Aman (Mairi > Maiar, p. 49 et note 4). Voir en outre sous §10b ci-dessous.
§3 Le changement éphémÚre de Lorien en Lorion se retrouve également en AAm* (la seconde version, abandonnée, de l'ouverture d'AAm), p. 65, §1.
§4 Sur le changement au LQ1 par lequel Melkor devient "le plus puissant de ces Ainur qui vinrent dans le Monde" (et ne possédant pas que des pouvoirs égaux à ceux de Manwë), voir p. 65, §2.
Sur la perte de la phrase originelle "FionwĂ« et IlmarĂ« sont leur fils et leur fille", fortement barrĂ©e Ă  l'encre sur LQ1, voir sous §10b ci-dessous. Ainsi de mĂȘme dans le texte final D de l'AinulindalĂ«, la rĂ©fĂ©rence Ă  FionwĂ« et IlmarĂ« en tant que le fils et la fille de ManwĂ« et Varda fut fortement barrĂ©e en noir (p. 34, §6).
§5 Sur le rejet dans LQ2 de l'affirmation selon laquelle Yavanna Ă©tait la sƓur de Varda, voir sous §8 ci-dessous.
§6 Dans la toute premiÚre phase de la révision, une note marginale fut ajoutée à cÎté des noms Mandos et Lorien, qui, telle qu'introduite dans le tapuscrit QS, se lit :
    Pourtant ceux-ci ne sont pas leurs vrais noms, et ils sont plutĂŽt les noms des lieux de leurs demeures. Car leurs vrais noms sont rarement prononcĂ©s, sauf en secret : lesquels sont NĂșr et LĂ­s. Dixit RĂșmil.
(Dans les Contes perdus, Mandos est le nom du Dieu, et Ă©galement le nom de ses halls; il est aussi dit (I.76) que VefĂĄntur (Mandos) appelait ses halls d'aprĂšs son propre nom, VĂȘ.) NĂșr et LĂ­s furent ensuite corrigĂ©s en NĂĄmo et Irmo. Le dactylographe du LQ1 incorpora ceci dans le corps du texte, ce qui n'Ă©tait manifestement pas l'intention de mon pĂšre. Ce dactylographe en fit de mĂȘme ailleurs, et mon pĂšre restaura ensuite le passage dans son statut originel comme note marginale; mais dans ce cas, il le laissa, se dĂ©barrassant des mots "Dixit RĂșmil" (et de l'ancien nom Nurufantur; de mĂȘme avec Olofantur subsĂ©quemment).
Au bas de la page portant ce passage dans la copie carbone du LQ2, il Ă©crivit au crayon la chose suivante (se rĂ©fĂ©rant aux noms NĂĄmo et Irmo) : "Jugement (de ce qu'est le) DĂ©sir (de ce qui pourrait ou devrait ĂȘtre)".
Ce qui est dit Ă  la fin du paragraphe Ă  propos d'EstĂ« se trouve en AAm (p. 49, §3), oĂč il est Ă©galement dit qu'elle Ă©tait "la principale des Maiar". Ceci fut rĂ©pĂ©tĂ© en AAm* (p. 65, §3), oĂč Nessa est ajoutĂ©e Ă  EstĂ« comme "les plus grandes des Maiar".
Le changement d'"Ă©pouse" en "compagne" fut fait sur LQ2 pour les passages de VairĂ«, EstĂ« et Nessa (§§6-7), pour celui de VĂĄna (§8), il fut simplement oubliĂ©, alors que Varda Ă©tait devenue la "compagne" de ManwĂ« lors d'un changement effectuĂ© sur LQ1 (§4), et que Yavanna Ă©tait dĂ©jĂ  la "compagne" d'AulĂ« dans QS (§5). Le mĂȘme changement fut fait sur le tapuscrit d'AAm (p. 69), et son importance est observĂ©e Ă  partir des commentaires marginaux accompagnant : "Notez que 'compagne' signifie seulement une 'association'. Les Valar n'avaient pas de corps, mais pouvaient revĂȘtir des formes." À ce moment, le passage en AAm concernant les Enfants des Valar fut retirĂ© (voir sous §10b ci-dessous).
§8 En AAm (§133, pp. 111, 124), la forme Ă©tait toujours Tauros (dans le discours de FĂ«anor au sommet de TĂșna), et ne fut pas corrigĂ©e.
Le nom Valaróma (apparaissant dans le passage élargi sur LQ2) apparaßt en AAm, p. 101, §116) et, par correction de Rombaras, dans l'Ainulindalë D (p. 35, §34).
L'affirmation en §5 selon laquelle Yavanna est la sƓur de Varda n'apparaĂźt pas dans QS, mais elle Ă©tait simplement dĂ©rivĂ©e de ce que, dans QS §8, Vana est "la sƓur cadette de Varda et de PalĂșrien". Ceci remonte au Q (IV.79, 167), mais pas plus loin. Varda et Yavanna Ă©taient encore sƓurs en AAm (p. 49, §3), mais l'idĂ©e fut abandonnĂ©e lors de corrections au LQ2.
§9 Que NiĂ«nna Ă©tait la sƓur de ManwĂ« et de Melkor ("frĂšres dans la pensĂ©e d'IlĂșvatar") remonte aux toutes premiĂšres Annales de Valinor (IV.263), et subsista en AAm (p. 49, §3; cf. p. 93, §88, oĂč NiĂ«nna soutint la priĂšre de Melkor pour le pardon "en raison de sa parentĂ©"). Avec le changement dans LQ2 par lequel elle devient "sƓur de NĂĄmo", omettant Irmo, son frĂšre, cf. AAm* (p. 65, §3), oĂč elle n'est nommĂ©e que "sƓur de ManwĂ«", omettant Melkor.
§10 Le nom Baugron (changé de Bauglir dans LQ2) ne se retrouve nulle part ailleurs. Il ne fut pas adopté dans le Silmarillion publié.
§10a La signification de ce passage est plus évidente avec un tableau; les noms en italiques sont "les Sept Grands du Royaume d'Arda".

Manwë

Varda

Melkor

Ulmo

Aulë

Yavanna

Niënna

Mandos

Vairë

Lorien

(Estë)

Tulkas

Nessa

Ossë

Uinen

Oromë

VĂĄna


§10b FionwĂ« et IlmarĂ« furent retirĂ©s en §4 en tant qu'enfants de ManwĂ« et de Varda, et en §7, FionwĂ« devient ËonwĂ«, "hĂ©raut de ManwĂ«"; ici IlmarĂ« devient "demoiselle de Varda". Ceci est un aspect d'un dĂ©veloppement important dans la conception des Puissances d'Arda, l'abandon de l'idĂ©e ancienne et longtemps ancrĂ©e des "Enfants des Valar, les Fils des Valar". Elle Ă©tait toujours prĂ©sente en AAm (p. 49, §4), oĂč les Valarindi, "la descendance des Valar", Ă©taient "comptĂ©s avec" les Maiar (mais en AAm*, ils sont distinguĂ©s des Maiar, p. 66, §4). Sur le texte tapuscrit d'AAm, le concept des Enfants des Valar fut barrĂ© (voir sous §6 ci-dessus).
Melian est une Maia (comme en AAm §40), et elle est "du peuple de Yavanna" (dans QS §31, "elle était apparentée, avant que le monde ne fût créé, à Yavanna"). Et ici Olórin (Gandalf), en tant que "conseiller d'Irmo", apparaßt dans Le Silmarillion.
En AAm (p. 52, §17), Sauron ("un grand artisan de la maison d'AulĂ«") est de mĂȘme dit avoir Ă©tĂ© le principal des Maiar qui se tournĂšrent vers Melkor.

Il se peut que la (relativement) lourde correction effectuée sur le texte LQ2 de ce chapitre était le préliminaire à sa forme finale et élargie appelée le Valaquenta (pp. 199 et suivantes).

* Sans aucun doute, beaucoup des corrections au LQ1 dans son ensemble relÚvent de la "seconde phase" de la révision (p. 142), alors que LQ2 et les corrections lui ayant été faites sont des éléments constituants de cette phase; mais il est visiblement bien plus commode et clair de les exposer ensemble en relation au texte primaire LQ1.
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Nowhere Man

Membre


Membre

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 31 Aoû 2005
Messages: 128


MessagePosté le: 22 Avr 2007 1:24     Sujet du message: Répondre en citant

2. DE VALINOR ET DES DEUX ARBRES

La situation textuelle de ce chapitre diffÚre de celle du chapitre 1 en ce qu'ici, aprÚs les modifications apportées aux textes pré-Seigneur des Anneaux (le manuscrit QS et le tapuscrit QS dérivé) suivirent deux tapuscrits réalisés par mon pÚre avant QT 1, et dans le premier de ceux-là l'ouverture du chapitre diffÚre grandement de la forme qu'elle avait dans QS. Je ne distinguerai cependant pas les « couches » de l'histoire textuelle avant que ne soit atteint le tapuscrit dicté de QT 1, bien que certains points précis soient abordés dans le commentaire.
Le développement ultérieur de ce chapitre à partir de QS fut dans les faits limité à la révision de 1951, étant donné que la réécriture et l'expansion subséquentes correspondant au développement du Valaquenta à partir du chapitre 1 ne furent pas entreprises dans ce cas. Je pense qu'il est concevable (bien qu'il n'y ait aucune preuve dans un sens ou dans l'autre) qu'ayant réécrit le chapitre 1 et en ayant fait le Valaquenta, mon pÚre ait reporté la réécriture du chapitre 2 parce que ses vues sur le traitement du mythe des Deux Arbres à la lumiÚre de la cosmologie tardive étaient trop incertaines.
Voici le texte de QT 1, avec les (trĂšs rares) changements ultĂ©rieurs qui lui furent apportĂ©s indiquĂ©s comme tels. Les numĂ©ros de paragraphe correspondent Ă  ceux de QS (V.208 – 10).


2. De Valinor et des Deux Arbres

§11 Au commencement du Royaume d'Arda Melkor contesta la suzerainetĂ© Ă  son frĂšre ManwĂ« et aux Valar, et tout ce qu'ils Ă©difiaient il l'entravait ou le marrissait, s'il le pouvait. Mais il s'enfuit devant l'assaut de Tulkas, et il y eut la paix. Mais puisque Melkor avait corrompu la lumiĂšre en une flamme destructrice, lorsqu'il fut parti et ses feux tamisĂ©s les Valar perçurent que la Terre Ă©tait dans les tĂ©nĂšbres, exceptĂ©e la lueur des innombrables Ă©toiles que Varda avait faites durant les Ăąges sans nom des travaux d'EĂ€. À la priĂšre de Yavanna, AulĂ« forgea donc deux puissantes Lampes [ajoutĂ© : Illuin et Ormal] pour qu'Arda fĂ»t Ă©clairĂ©e ; et les Valar les placĂšrent sur de hauts piliers au nord et au sud de la Terre du Milieu, et Ă  la lumiĂšre des Lampes ils ordonnĂšrent leur royaume, et le dĂ©sir de Yavanna porta ses fruits, et des choses vivantes apparurent et crurent abondamment.
À cette Ă©poque, la demeure des Valar Ă©tait sur une Ăźle dans un grand lac au centre de la Terre du Milieu qu'AulĂ« avait bĂąti. LĂ  la lumiĂšre des Lampes se mĂȘlait et la croissance Ă©tait la plus vive et la plus belle ; et voyez ! du mĂ©lange d'Illuin et d'Ormal naquit le Vert, et c'Ă©tait chose nouvelle ; et la Terre du Milieu se rĂ©jouit, et les Valar louĂšrent le nom de Yavanna. Mais Melkor, mis au courant de ces travaux et plein de fureur et d'envie, revint en secret en Arda hors des TĂ©nĂšbres et rassembla ses forces dans le Nord, et il marrit les travaux de Yavanna, si bien que la croissance de la Terre fut corrompue et de nombreuses choses monstrueuses naquirent. Alors entrant soudainement en guerre contre les Valar il jeta bas les Lampes, et la nuit revint, et dans la chute des piliers d'Illuin et Ormal les mers s'Ă©levĂšrent et de nombreuses terres furent submergĂ©es.
§12 Dans les tĂ©nĂšbres et la confusion des mers les Valar ne purent encore vaincre Melkor ; car sa force avait crĂ» avec sa malveillance, et il avait maintenant Ă  son service de nombreux autres esprits, et de nombreuses choses malĂ©fiques aussi de sa propre conception. Ainsi Ă©chappa-t-il Ă  la fureur des Valar, et loin dans le Nord se bĂątit-il une forteresse, et il creusa de grandes cavernes souterraines, et jugea qu'il Ă©tait Ă  l'abri de toute attaque Ă  jamais. Mais les dieux se retirĂšrent dans l'extrĂȘme Ouest et lĂ  firent leur demeure et la fortifiĂšrent ; et ils bĂątirent de nombreuses rĂ©sidences dans cette terre sur les bordures du Monde, qui a pour nom Valinor. Et Valinor Ă©tait bordĂ©e de ce cĂŽtĂ©-ci par la Grande Mer de l'Ouest*, et Ă  l'est sur ses rives les Valar bĂątirent les PelĂłri, les Montagnes d'Aman, qui sont les plus hautes de la Terre. Mais sur le cĂŽtĂ© le plus distant se trouvait la Mer ExtĂ©rieure, qui entoure le Royaume d'Arda, et est appelĂ©e par les Elfes Vaiya. Quelle est la largeur de cette mer, nul ne le sait sinon les dieux, et au-delĂ  sont les Murs du Monde qui l'isolent du Vide et des TĂ©nĂšbres Primitives.
§13 En leur terre gardĂ©e les Valar rassemblĂšrent toute la lumiĂšre et toutes belles choses ; et lĂ  sont leurs maisons et leurs jardins et leurs tours. Au milieu de la plaine au-delĂ  des Montagnes Ă©tait la CitĂ© des Dieux [> leur citĂ©], Valmar la belle aux nombreuses cloches. Mais ManwĂ« et Varda avaient des halls sur la plus haute des Montagnes d'Aman, d'oĂč ils pouvaient regarder la Terre jusque dans l'Est le plus lointain. Taniquetil les Elfes nomment cette montagne sainte, et OiolossĂ« Blancheur Éternelle, et Elerina [> Elerrina] CouronnĂ© d'Étoiles, et de nombreux autres noms encore. Mais les Gnomes [> Sindar] en parlĂšrent dans leur langue plus tard comme d'Amon Uilos**.
§14 En Valinor Yavanna sanctifia la terre avec de puissants chants, et Nienna l'arrosa de larmes. À ce moment les dieux [> Valar] Ă©taient assemblĂ©s, et assis en silence sur leurs trĂŽnes de conseil de l'Anneau du Destin non loin des portes d'or de Valmar la BĂ©nie ; et Yavanna PalĂșrien chanta devant eux et ils regardĂšrent.
§15 De la terre naquirent deux pousses minces ; et le monde entier Ă©tait silencieux en cette heure, et il n'y avait aucun autre son que la lente chanson de PalĂșrien. Sous son chant deux beaux arbres s'Ă©levĂšrent et crĂ»rent. De toutes les choses que les dieux firent [> qu'elle fit] ils sont les plus renommĂ©s, et tous les contes de l'Ancien Monde sont tissĂ©s autour de leur destin. L'un avait des feuilles d'un vert sombre dont le revers Ă©tait comme de l'argent brillant ; et il portait des fleurs blanches comme un cerisier, mais bien plus grandes et belles ; et de chacune de ses innombrables fleurs une rosĂ©e de lumiĂšre argentĂ©e tombait sans cesse, mais la terre en-dessous Ă©tait tachetĂ© des ombres dansantes de ses feuilles tremblantes. L'autre portait des feuilles d'un vert tendre comme d'un jeune hĂȘtre ; elles Ă©taient bordĂ©es d'or luisant. Des fleurs se balançaient sur ses branches comme des grappes de flammes jaunes, chacune formant une corne flamboyante qui rĂ©pandait une pluie dorĂ©e sur le sol ; et des fleurs de cet arbre vinrent une grande lumiĂšre et chaleur.
§16 Telperion appelait-on le premier en Valinor, et Silpion, et Ninquelotë, et de nombreux autres noms encore dans les chansons ; mais les Gnomes le nommaient [> mais dans la langue sindarine on l'appelait] Galathilion. Laurelin était appelé l'autre [> appelait-on l'autre], et Malinalda, et Kulurien, et de nombreux autres noms ; mais les Gnomes la nommaient [> mais les Sindar la nommaient] Galadloriel***.
§17 En sept heures la gloire de chaque arbre croissait jusqu'Ă  son apogĂ©e et dĂ©croissait jusqu'au nĂ©ant ; et chacun revenait Ă  la vie une heure avant que l'autre ne cessĂąt de luire. Ainsi en Valinor une belle heure de douce lumiĂšre advenait deux fois chaque jour, lorsque les deux Arbres luisaient faiblement et leurs rayons d'or et d'argent se mĂȘlaient. Telperion Ă©tait l'aĂźnĂ© des Arbres et atteignit le premier sa pleine stature et sa floraison ; et cette premiĂšre heure durant laquelle il brilla seul, blanc miroitement d'une aube argentĂ©e, les dieux ne la comptĂšrent pas dans le rĂ©cit des heures, mais la nommĂšrent l'Heure d'Ouverture, et comptĂšrent Ă  partir d'elle les Ăąges de leur rĂšgne en Valinor. Ainsi Ă  la sixiĂšme heure du Premier Jour, et de tous les jours de joie qui s'ensuivirent jusqu'Ă  l'Assombrissement, la floraison de Telperion cessa ; et de mĂȘme Ă  la douziĂšme heure l'Ă©panouissement de Laurelin. Et chaque jour des dieux en Valinor [> Aman] comprenait douze heures, et s'achevait avec le second mĂ©lange des lumiĂšres, lorsque Laurelin dĂ©clinait mais Telperion s'Ă©veillait. Et les rosĂ©es de Telperion et les flots de Laurelin, Varda les rassembla dans de grandes vasques comme [rayĂ© : dans] de brillants lacs, qui Ă©taient pour tout le pays d'Aman comme des puits d'eau et de lumiĂšre.

* [note de bas de page au texte – voir p. 154] Qui est Garsecg : dixit Ælfwine. [Cette note fut placĂ©e Ă  tort dans le texte par le dactylo, et subsĂ©quemment replacĂ©e comme note de bas de page.]

** [note de bas de page au texte] Dans la langue de cette Ăźle d'Hommes HeofonsĂœl Ă©tait son nom parmi les rares qui purent jamais l'apercevoir au loin. Dans l'erreur sont-ils pourtant [> Ainsi ai-je Ă©crit erronĂ©ment], comme les Eldar me l'ont enseignĂ© ; car il s'agit en rĂ©alitĂ© seulement du nom de la montagne de NĂșmenor, le Meneltarma, qui a sombrĂ© Ă  jamais : dixit Ælfwine. [Cette note fut Ă©galement placĂ©e Ă  tort dans le texte par le dactylo. Voir le commentaire sur le §13.]

*** [note de bas de page au texte] D'autres noms de Laurelin chez les Noldor [> dans la langue sindarine] sont [> Ă©taient] Glewellin (qui est le mĂȘme que Laurelin, chanson d'or), Lasgalen aux vertes feuilles, et Melthinorn arbre d'or ; et son image en Gondolin Ă©tait nommĂ©e Glingal. [RayĂ© : Autrefois parmi les Noldor] L'Arbre AĂźnĂ© Ă©tait aussi appelĂ© Silivros pluie miroitante [> Ă©tincelante], Celeborn arbre d'argent, et Nimloth fleur pĂąle. Mais par la suite Galathilion le Petit fut le nom de l'Arbre Blanc de TĂșna, et sa descendance eut pour nom Celeborn en EressĂ«a, et Nimloth en NĂșmenor, le don des Eldar. L'image de Telperion que Turgon fit en Gondolin Ă©tait Belthil. Dixit Pengolod. [Comme les prĂ©cĂ©dentes, cette note de bas de page fut placĂ©e dans le corps du texte par le dactylo de QT 1, mais plus tard replacĂ©e lĂ  oĂč il le fallait.])

Commentaire sur le chapitre 2, « De Valinor et des Deux Arbres »


Le tapuscrit final (QT 2) de ce chapitre reçut trÚs peu de corrections, et uniquement sur la copie principale (celles qui furent apportées sont indiquées dans le commentaire qui suit). Ainsi le texte de QT 1 donné ci-dessus, avec les corrections montrées, est quasiment le texte final du chapitre.

§11 - 12 Ce chapitre ne connut que peu de changements par rapport au texte de QS (V.208-10), exceptĂ© son dĂ©but, grandement dĂ©veloppĂ© – la majeure partie du nouveau matĂ©riel est issue de l'AinulindalĂ« tardive. De nombreux indices permettent de dire que l'histoire beaucoup plus complĂšte d'AAm (voir p. 60, commentaire sur les §§11 – 29) fut Ă©crite aprĂšs la rĂ©vision du chapitre du Silmarillion. Ainsi la vieille histoire selon laquelle Melkor ne commença Ă  creuser Utumno qu'aprĂšs la chute des Lampes est toujours prĂ©sente (voir p. 61, §20). La phrase du §11 de QT concernant la premiĂšre conception d'Ă©toiles par Varda fut tout d'abord Ă©crite « ... les Ăąges sans nom des travaux des Grands en Aman » (pour Aman > EĂ€ voir p. 149, §1), ce qui montre qu'elle date d'avant la phrase trĂšs proche de AAm (§24) : « la Terre du Milieu restait dans la pĂ©nombre sous les Ă©toiles que Varda avait crĂ©Ă©es au cours des Ăąges oubliĂ©s de ses travaux en Ëa » – oĂč elle est employĂ©e dans un contexte diffĂ©rent, celui des tĂ©nĂšbres aprĂšs la chute des Lampes.
§12 La note de bas de page à QS §12 qui donne le nom Utumno à la premiÚre forteresse de Melko survécut tout d'abord dans la version révisée, mais fut perdue dans un des tapuscrits et ne fut pas replacée.
Sur le texte final QT 2, mon pÚre écrivit rapidement au crayon une note de bas de page aprÚs « jugea qu'il était à l'abri de toute attaque à jamais » :
    Sa principale forteresse était à Utumno dans le Nord de la Terre du Milieu ; mais il bùtit également une forteresse et un arsenal non loin des cÎtes nord-ouest de la Mer, pour résister à toute attaque venant d'Aman. Elle fut appelée Angband et était commandée par Sauron, lieutenant de Melkor.
Dans QS (§§62, 105), l'histoire voulait que Morgoth, revenu de Valinor, ait bĂąti Angband sur les ruines d'Utumno ; il est fort possible que cela ait toujours Ă©tĂ© le cas dans AAm (§127, p. 109), mais la dĂ©claration de QS §62 selon laquelle « Morgoth revint Ă  son ancienne demeure » est absente. ApparaĂźt ici l'idĂ©e que Melkor bĂątit les deux forteresses dans un temps reculĂ© – et aussi que Sauron Ă©tait le commandant d'Angband ; cf. la note tardive Ă©crite sur le tapuscrit de AAm (p. 127, §127): « La construction de cette forteresse [Angband] en tant que protection contre un dĂ©barquement de l'Ouest devrait venir plus tĂŽt. »
Le passage original de QS concernant Vaiya, la Mer ExtĂ©rieure, au-delĂ  de laquelle « les Murs du Monde ... isolent [le] Vide et des TĂ©nĂšbres Primitives », rĂ©flĂ©chissant l'Ambarkanta contemporain, survĂ©cut dans la rĂ©vision presque sans changement, exceptĂ© que dĂ©sormais, il est dit que personne sauf les Valar ne connait la largeur de la Mer ExtĂ©rieure (en contraste avec l'Ambarkanta et ses diagrammes). Au sujet de l'interprĂ©tation trĂšs difficile de ce passage Ă  la lumiĂšre de l'image du monde tardive, voir pp. 62-4. Dans LQ 2, mon pĂšre corrigea Vaiya en Ekkaia (d'oĂč son apparition dans le Silmarillion publiĂ©). La Mer ExtĂ©rieure n'a pas de nom elfique dans AAm.
§13 Dans les premiers textes de la rĂ©vision de 1951, la phrase « et dans la langue de cette Ăźle d'Hommes HeofonsĂœl Ă©tait son nom parmi les rares qui purent jamais l'apercevoir au loin. » se trouvait dans le corps du texte (comme c'Ă©tait le cas dans QS, avec Tindbrenting Ă  la place de HeofonsĂœl), et la note de bas de page commençait Ă  « dans l'erreur sont-ils pourtant, comme les Eldar me l'ont enseignĂ© ». Il semble qu'il s'agisse lĂ  de l'agencement naturel. Le dactylo de QT 1, comme souvent ailleurs, plaça la note de bas de page dans le corps du texte ; mais mon pĂšre, lorsqu'il corrigea QT 1, plaça le passage entier en note de bas de page – Ă  la diffĂ©rence de ce qu'il fit dans un cas similaire dans le premier chapitre (p. 150, §6), oĂč il laissa la note de bas de page dans le corps du texte. Il semble presque certain qu'il ne se rĂ©fĂ©rait pas, dans ces cas, aux textes prĂ©cĂ©dant QT 1 (voir p. 143). – Le nom vieil-anglais HeofonsĂœl « Pilier du Paradis » apparaĂźt dans les Notion Club Papers comme un nom du Meneltarma (IX.314).
§14 PalĂșrien > KementĂĄri (changement crayonnĂ© apportĂ© Ă  QT 2). Il ne s'agissait que d'un changement fortuit, non effectuĂ© dans le §15 (ni dans le §5). KementĂĄri est prĂ©sent dans le Valaquenta (p. 202).
§16 Telperion (pas Silpion) est le nom principal dans AAm (apparaissant pour la premiÚre fois dans le §5, pp. 50, 59) ; dans la tradition du Silmarillion, il devint le nom principal suite à une correction du premier texte tapuscrit de la révision de 1951.
§17 Au sujet de la rĂ©fĂ©rence (dans la note sur les noms des Deux Arbres) Ă  Galathilion le Petit, l'Arbre Blanc de TĂșna, cf. AAm §69 (annĂ©e 1142, p. 85) : « En cette annĂ©e Yavanna donna aux Noldor l'Arbre Blanc, Galathilion, image de l'Arbre Telperion ».
Dans la derniÚre phrase, le mot « vasques » fut changé en « sources » dans QT 2 (cf. « puissantes vasques » en AAm §28, changé dans le tapuscrited en « fontaines brillantes » (p. 69) ; dans AAm* « profonds bassins » (p. 68)).
Sur la copie carbone de QT 2, qui ne reçut aucune autre correction, mon pÚre ajouta la note suivante au mot flots [spilth] dans la derniÚre phrase :
    censĂ© indiquer que Laurelin est « basĂ© » sur le cytise*. 'jocund spilth of yellow fire' Francis Thompson – qui tira sans doute le mot de Timon d'AthĂšnes** (son vocabulaire dĂ©rive largement de l'anglais Ă©lisabĂ©thain)
Mon pÚre fait référence à Sister Songs, The Proem, de Francis Thompson :
    Mark yonder, how the long laburnum drips
    Its jocund spilth of fire, its honey of wild flame!
Cf. la description originale de Laurelin dans les Contes Perdus (I.72) : « toutes ses branches furent cachées par de longues grappes oscillantes de fleurs d'or comme une myriade de lampes de flammes suspendues, et de la lumiÚre tombait des pointes de celles-ci et éclaboussait le sol avec un doux bruit. »
Dans les versions antĂ©rieures (de Q jusqu'au premier tapuscrit de la rĂ©vision de 1951), Laurelin Ă©tait explicitement comparĂ© Ă  « ces arbres que les Hommes d'aujourd'hui appellent Pluie-dorĂ©e » - ce dernier Ă©tant un nom du cytise, et les mots « une pluie d'or » sont utilisĂ©s dans la forme finale du passage (§15). – La rĂ©fĂ©rence faite Ă  Timon d'AthĂšnes se base sur l'acte II, scĂšne 2 : « lorsque nos caves pleuraient des flots de vin » [our vaults have wept / With drunken spilth of wine].

* Le cytise (ou faux Ă©bĂ©nier – VO laburnum) est une plante aux fleurs jaune dorĂ© en grappes. [NdT]
** Drame de William Shakespeare (1607). [NdT]
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Je ne désire pas recevoir de MP !
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3496
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 22 Avr 2007 12:56     Sujet du message: Répondre en citant

3. DE LA VENUE DES ELFES


La situation textuelle est ici similaire Ă  celle du chapitre prĂ©cĂ©dent, mais plus compliquĂ©e. AprĂšs des rĂ©visions trĂšs substantielles portĂ©es aux anciens textes prĂ©-Seigneur des Anneaux suit un tapuscrit rĂ©alisĂ© par mon pĂšre; mais aprĂšs que LQ1 en fut repris, il lui apporta des changements supplĂ©mentaires (la plupart trĂšs mineurs, mais une modification majeure en §20), qui furent "perdus", Ă©tant donnĂ© que LQ2 Ă©tait une copie directe du LQ1, et il ne compara jamais les textes en dĂ©tail. Ce tapuscrit, je m'y rĂ©fĂ©rerai pour les besoins de cette section en tant que "Texte A". Pour quelque raison, il cesse d'ĂȘtre un tapuscrit aux mots "conseillĂšrent aux Elfes de se retirer" (prĂšs de la fin du §23), qui figurent au pied d'une page, et devient un manuscrit sur la page suivante avec les mots "dans l'Ouest". La portion manuscrite existe en deux formes, la premiĂšre lourdement corrigĂ©e, et la seconde recopiĂ©e au propre.
Suit Ă  prĂ©sent le texte du LQ1 (les modifications "perdues" apportĂ©es au Texte A sont donnĂ©es dans le commentaire). Le systĂšme de numĂ©rotation des paragraphes dans ce chapitre, et ailleurs, nĂ©cessite un mot d'explication. Comme en gĂ©nĂ©ral, j'ai conservĂ© les numĂ©ros du QS, introduisant des "numĂ©ros de sous-paragraphes" (comme §18a) lĂ  oĂč QS n'a rien de correspondant. LĂ  oĂč le texte rĂ©visĂ© Ă©tend un paragraphe du QS en plus d'un, ou plusieurs (comme dans §§20, 23), seul le premier est numĂ©rotĂ©.


3. De la venue des Elfes


§18 Durant tout ce temps, depuis que Melkor avait renversĂ© les Lampes, la Terre du Milieu Ă  l'est des Montagnes Ă©tait sans lumiĂšre. Tant que les Lampes avaient brĂ»lĂ©, la croissance y avait commencĂ©, qui Ă  prĂ©sent Ă©tait entravĂ©e, car tout Ă©tait sombre Ă  nouveau. Mais dĂ©jĂ  les plus anciens ĂȘtres vivants reparaissaient : les algues tapissaient les mers, l'ombre des grands arbres couvrait la terre et de sombres crĂ©atures, aussi fortes que jadis, hantaient les collines et les vallĂ©es envahies par la nuit. Dans ces contrĂ©es et forĂȘts chassait souvent OromĂ«; et lĂ  aussi, par moments, Yavanna venait, chantant tristement; car elle Ă©tait peinĂ©e par l'obscuritĂ© de la Terre du Milieu et mĂ©contente qu'elle fut abandonnĂ©e. Mais les autres Valar y venaient rarement; et au nord, Melkor dĂ©veloppait sa puissance, et rassemblait ses dĂ©mons autour de lui. Ceux-ci Ă©taient les premiĂšres des crĂ©atures qu'il avait crĂ©Ă©es : ils brĂ»laient comme des flammes enveloppĂ©es de tĂ©nĂšbres et, munis de fouets ardents, ils semaient la terreur devant eux. Plus tard, les Noldor les appelĂšrent Balrogs. En cette sombre Ă©poque, Melkor crĂ©a d'autres monstres innombrables, de toutes formes et de toutes espĂšces, qui agitĂšrent longtemps le monde. Son royaume s'Ă©tendait inexorablement vers le sud sur la Terre du Milieu.
§18a Il arriva que les Valar réunirent un conseil, et Yavanna s'adressa à eux et leur dit : "Voyez, vous, les Puissants d'Arda, la Vision d'Eru fut brÚve et trop tÎt disparue, de sorte que nous ne pouvons prédire au jour prÚs le moment qui doit venir. Mais soyez-en sûrs : l'heure approche, bientÎt notre espoir sera comblé, bientÎt les Enfants vont s'éveiller. Mais ce n'est pas en Aman qu'ils s'éveilleront. Laisserons-nous alors les terres qui leur sont destinées dans la désolation, sous le rÚgne du mal? Les laisserons-nous dans les ténÚbres quand nous sommes dans la lumiÚre? Permettrons-nous qu'ils adorent Melkor comme roi alors que Manwë est là-haut, sur la Montagne sacrée ?"
Et Tulkas alors s'écria : "Que non ! Mettons-nous vite en guerre ! N'y a-t-il pas trop longtemps que nous nous reposons, nos forces ne sont-elles pas revenues ? Un seul réussira-t-il toujours à nous mettre en échec ?"
Mais Mandos parla, Ă  la demande de ManwĂ«, et il dit : "En vĂ©ritĂ©, la venue des Enfants est pour bientĂŽt, mais ils ne sont pas encore lĂ . De plus, il est ordonnĂ© que les Premiers-NĂ©s feront leurs premiers pas dans les tĂ©nĂšbres et lĂšveront les yeux vers les Étoiles. La vraie lumiĂšre sera le signe de leur dĂ©clin. Et dans le besoin, toujours Varda invoqueront-ils."
§19 Et Varda ne dit rien, mais, quittant le conseil, elle se rendit sur la montagne du Taniquetil et regarda au loin; et elle considéra l'obscurité et fut émue.
Alors Varda rĂ©colta la rosĂ©e d'argent dans les rĂ©servoirs de Telperion et elle en fit de nouvelles Ă©toiles, plus brillantes, pour la venue des Premiers-NĂ©s. Depuis lors, celle qui s'appelait TintallĂ« depuis les temps reculĂ©s oĂč EĂ€ avait Ă©tĂ© crĂ©Ă©e, l'Enflammeuse, fut appelĂ©e par les Elfes ElentĂĄri, Reine des Étoiles. À cette Ă©poque elle fit naĂźtre Karnil et Luinil, NĂ©nar et Lumbar, AlkarinquĂ« et ElemmĂ­rĂ«, et elle rassembla d'autres de ses Ɠuvres plus anciennes pour en faire des signes au Firmament que les dieux peuvent lire : Wilwarin, Telumendil, SoronĂșmĂ«, AnarrĂ­ma, et Menelmakar avec sa ceinture Ă©tincelante qui annonce l'Ultime Bataille Ă  venir. Loin au nord, comme un dĂ©fi Ă  Melkor, elle fit une ronde de sept Ă©toiles majeures, Valakirka, la Faucille des Dieux, comme l'annonce de sa ruine. De nombreux noms ces Ă©toiles reçurent-elles, mais au nord, dans les Jours Anciens, les Hommes les appelaient le Buisson Ardent : dixit Pengolod [> (dixit PengoloĂ°)].
§20 On raconte que, lorsque Varda eut achevĂ© son Ɠuvre, et il fallut longtemps, quand Menelmakar s'Ă©lança dans le ciel et que la flamme bleue d'Helluin perça les nuĂ©es au-dessus des murailles du monde, Ă  ce moment mĂȘme naquirent les Enfants de la Terre, les Premiers-NĂ©s d'IlĂșvatar. Ils se nommĂšrent les Quendi, que nous appelons Elfes (dixit Ælfwine); mais OromĂ« les nomma dans leur propre langue Eldar, le peuple des Ă©toiles, et ce nom a depuis Ă©tĂ© portĂ© par tous ceux qui le suivirent sur le chemin vers l'occident. Au dĂ©but ils Ă©taient plus forts et plus puissants qu'ils ne le sont devenus, mais non plus beaux, car si la beautĂ© des Quendi dans leur jeunesse fut au-delĂ  de tout ce qu'a crĂ©Ă© IlĂșvatar, cette beautĂ© n'est pas morte, elle se survit dans l'Ouest, et la douleur et la sagesse l'ont enrichie.
Et OromĂ« fut rempli d'amour et d'Ă©merveillement en regardant les Elfes, comme s'ils Ă©taient apparus de maniĂšre soudaine et inattendue. Car il en sera toujours [ainsi] des Valar. Car tout ce qui a pu ĂȘtre prĂ©dit avant le Monde par la musique ou prĂ©vu grĂące Ă  une vision, quand cela arrive vĂ©ritablement sur EĂ€, paraĂźt alors quelque chose de nouveau et d'Ă©trange.
Ainsi fut-il qu'OromĂ« tomba par chance sur les Quendi durant ses errances, alors qu'ils demeuraient encore en silence sur le [lire Ă  cĂŽtĂ© du] lac Ă©clairĂ© par les Ă©toiles, KuiviĂ©nen, l'Eau de l'Éveil, Ă  l'est de la Terre du Milieu. Il sĂ©journa quelque temps parmi eux et les assista dans la crĂ©ation de leur langue; car ceci fut leur premiĂšre Ɠuvre sur Terre, et Ă  jamais trĂšs chĂšre Ă  leurs cƓurs, et la belle langue elfe fut douce aux oreilles des Valar. Puis OromĂ« retraversa en hĂąte les terres et les mers jusqu'en Valinor, rempli de la pensĂ©e de la beautĂ© des Elfes, et il apporta les nouvelles Ă  Valmar. Et les dieux se rĂ©jouirent, mais furent pourtant Ă©tonnĂ©s de ce qu'il dit; mais ManwĂ« mĂ©dita longtemps sur son trĂŽne du Taniquetil, puis il demanda le conseil d'IlĂșvatar. Il descendit alors Ă  Valmar et convoqua un conclave des Éminences, et mĂȘme Ulmo quitta la Mer ExtĂ©rieure pour venir au conseil.
Et ManwĂ« dit aux Valar : "Voici l'avis que m'a inspirĂ© IlĂșvatar : il nous faut reprendre Ă  tout prix la maĂźtrise d'Arda et dĂ©livrer les Quendi de l'ombre de Melkor." Tulkas en fut content; mais AulĂ« s'attrista, et on dit qu'il (et d'autres des Valar) avait Ă©tĂ© auparavant rĂ©ticent Ă  affronter Melkor, pressentant les souffrances du monde dans cette bataille.
§21 Alors les Valar se prĂ©parĂšrent et sortirent en armes d'Aman, dĂ©cidĂ©s Ă  attaquer la forteresse de Melkor et Ă  en finir. Melkor ne put jamais oublier que cette guerre fut entreprise dans l'intĂ©rĂȘt des Elfes et qu'ils furent la cause de sa chute. Pourtant ils n'eurent aucune part Ă  ce qui se passa et peu de choses savent-ils sur la chevauchĂ©e des puissances de l'Ouest contre le Nord au dĂ©but de leur histoire, et sur le feu et les tumultes de la Bataille des Dieux. En ces jours la forme de la Terre du Milieu fut changĂ©e et brisĂ©e et les mers furent soulevĂ©es. Ce fut Tulkas qui enfin affronta Melkor et le renversa, et il fut enchaĂźnĂ© avec Angainor, une chaĂźne forgĂ©e par AulĂ«, et maintenu en captivitĂ©; et le monde connut la paix pendant une grande pĂ©riode. NĂ©anmoins, la forteresse de Melkor Ă  Utumno avait de nombreuses voĂ»tes puissantes et cavernes habilement dissimulĂ©es loin sous terre, et celles-ci, les Valar ne les dĂ©couvrirent pas toutes ni ne finirent par les dĂ©truire, et beaucoup d'ĂȘtres malfaisants y restĂšrent cachĂ©s; tandis que d'autres se dispersaient dans la nuit pour rĂŽder dans les dĂ©serts du monde en attendant une heure propice.
§22 Mais quand la bataille eut pris fin et que de grands nuages s'élevÚrent des ruines pour cacher les étoiles, les Valar ramenÚrent Melkor en Valinor, pieds et poings liés, les yeux bandés. On le mit en prison dans les halls de Mandos, dont nul ne s'est jamais évadé excepté par la volonté de Mandos et Manwë, qu'il soit Vala, Elfe, ou simple mortel. Vastes sont ces halls, et solides, et ils furent construits au nord du pays d'Aman. Melkor fut condamné à y rester sept [> trois] longs ùges, avant de pouvoir de nouveau plaider sa cause ou implorer son pardon.
§23 Les dieux tinrent Ă  nouveau conseil et leurs voix se divisĂšrent. Les uns (dont Ulmo Ă©tait le principal) tenaient qu'il fallait laisser les Quendi libres de leurs mouvements en Terre du Milieu oĂč ils emploieraient leurs pouvoirs et leurs talents Ă  guĂ©rir leurs blessures et Ă  gouverner la terre. Mais les autres redoutaient pour les Elfes les dangers qui les guettaient sous la clartĂ© trompeuse des Ă©toiles, et de plus ils admiraient tant leur beautĂ© qu'ils dĂ©siraient leur compagnie. Finalement les Valar appelĂšrent les Quendi Ă  venir en Valinor pour qu'ils restent Ă  jamais aux pieds des dieux dans la lumiĂšre des Arbres. Alors Mandos, qui n'Ă©tait pas du tout intervenu dans le dĂ©bat, rompit le silence et dit : "Les dĂ©s sont jetĂ©s." Car cet appel fut suivi de grands malheurs qui arrivĂšrent plus tard; pourtant, ceux qui disent que les Valar se trompĂšrent, pensant plutĂŽt Ă  la fĂ©licitĂ© de Valinor qu'Ă  celle de la Terre, et cherchant Ă  tourner la volontĂ© d'IlĂșvatar vers leur propre plaisir, parlent avec les langues [lire la langue] de Melkor.
Néanmoins, les Elfes commencÚrent par refuser d'obéir à leur appel, car ils n'avaient connu des Valar que leur colÚre dans leur guerre contre Melkor, et ils en avaient grand-peur. Mais Oromë, qu'ils avaient déjà vu, leur fut une fois de plus envoyé, et il choisit dans leurs rangs des ambassadeurs; et il les emmena à Valmar. Ce furent Ingwë, Finwë et Elwë, qui plus tard devinrent rois des Trois Clans des Eldar; et à leur arrivée ils furent remplis d'admiration pour la gloire et la majesté des Valar, et de désir pour la lumiÚre et la splendeur des Arbres. Par conséquent, ils s'en retournÚrent et conseillÚrent aux Elfes de se retirer dans l'Ouest, et la majeure partie du peuple entendit leur conseil. Ceci le firent-ils de leur plein gré, et pourtant ils furent influencés par la majesté des dieux, avant que leur sagesse ne fût arrivée à maturité. Les Elfes qui obéirent à l'appel et suivirent les trois rois sont appelés les Eldar, du nom qu'Oromë leur donna; car il fut leur guide et les mena enfin en Valinor. Mais beaucoup préféraient les grands espaces sous les étoiles de la Terre du Milieu à ce qu'on leur avait dit des Arbres, et ils restÚrent en arriÚre. Ceux-ci sont appelés les Avari, les Révoltés.
§24 Les Eldar s'apprĂȘtĂšrent au grand dĂ©part de leurs premiĂšres demeures dans l'est. Quand tout fut prĂȘt, OromĂ« chevaucha Ă  leur tĂȘte sur Nahar, son cheval blanc aux sabots dorĂ©s; et derriĂšre lui les EldaliĂ« s'organisĂšrent en trois troupes.
§25 La premiÚre, la moins nombreuse et la premiÚre à partir, fut conduite par Ingwë, le plus noble seigneur des Elfes. Le premier, il entra en Valinor et prit place aux pieds des Puissants et tous les Elfes respectent son nom, mais il ne revint jamais sur la Terre du Milieu, et n'y jeta jamais plus les yeux. Son peuple s'appelait les Lindar [> Vanyar], les plus beaux des Quendi; ils sont les Hauts Elfes, les préférés de Manwë et de Varda, et peu d'humains leur ont jamais parlé.
§26 Puis vinrent les Noldor, un nom de sagesse.* Ce sont les Elfes Penseurs, les amis d'Aulë. Leur seigneur était Finwë, le plus sage de tous les enfants du monde. Il y a de nombreux chants à la louange des siens car ils ont travaillé et combattu longtemps à grand-peine dans les anciens territoires du Nord.
§27 La plus grande troupe arriva enfin, et comme ils avaient tardé en route et n'étaient pas pleinement décidés à s'exposer à la lumiÚre de Valinor, on les appela les Teleri. Ils aimaient surtout vivre prÚs de l'eau et ceux qui arrivÚrent enfin sur la cÎte ouest tombÚrent amoureux de la Mer. En Valinor, ils furent donc appelés les Elfes Marins, les Soloneldi [> Falmari], ceux qui font de la musique prÚs de l'écume des vagues. Ils étaient si nombreux qu'ils avaient deux seigneurs : Elwë Singollo, ce qui signifie robegrise, et son frÚre Olwë. La chevelure d'Olwë était longue et blanche, et ses yeux étaient bleus; mais la chevelure d'Elwë était grise comme l'argent, et ses yeux pareils aux étoiles; il était le plus grand de tous les Elfes.

[§28 Le paragraphe concernant le peuple de Dùn qui quitta la Grande Marche et tourna vers le sud fut déplacé pour suivre le §29; voir le Commentaire.]

§29 Les principaux peuples des EldaliĂ« qui atteignirent enfin les limites de l'Ouest Ă  l'Ă©poque des Arbres, on les appela les Kalaquendi, les Elfes de LumiĂšre. Il y eut d'autres Eldar pour s'aventurer dans l'Ouest, mais ils s'Ă©garĂšrent en route, ou bien firent demi-tour, ou bien encore s'installĂšrent sur les rivages de la Terre du Milieu. Ils vivaient prĂšs de la mer ou exploraient les forĂȘts et les montagnes, mais leur cƓur restait Ă  jamais tournĂ© vers l'Ouest. Les Kalaquendi les appelĂšrent les Alamanyar [> Úmanyar], car ils n'atteignirent jamais le pays d'Aman et le Royaume BĂ©ni. Mais les Alamanyar [> Úmanyar] comme les Avari Ă©taient pour eux les Moriquendi, les Elfes de la Nuit, car ils n'avaient jamais vu la LumiĂšre d'avant le Soleil et la Lune.
Les Alamanyar [> Úmanyar] Ă©taient pour la plupart de la race des Teleri. Car les derniers de ce peuple, se repentant de leur voyage, quittĂšrent la troupe d'OlwĂ«, et DĂąn Ă©tait leur chef; et ils tournĂšrent vers le sud et errĂšrent longuement au loin; et ils devinrent un peuple Ă  part, diffĂ©rents des autres, sauf qu'ils aimaient l'eau et vivaient prĂšs des torrents et des chutes. D'entre les Elfes ce sont eux qui connaissaient le mieux les ĂȘtres vivants, les arbres et les herbes, les oiseaux et les animaux. Les Nandor sont-ils appelĂ©s. Ce fut Denethor, le fils de DĂąn, qui reprit enfin la marche vers l'ouest et conduisit une partie de ce peuple par-delĂ  les montagnes jusqu'au Beleriand, avant le premier lever de la Lune.
§30 Il y en eut Ă©galement d'autres des Teleri qui restĂšrent en Terre du Milieu. Ceux-ci Ă©taient les Elfes du Beleriand Ă  l'ouest des terres du nord. Ils venaient de la troupe d'ElwĂ« le Gris. Il se perdit dans les bois, et nombre de ses gens le cherchĂšrent longuement en vain; et ainsi, quand les leurs partirent sur la Mer, ils furent laissĂ©s en arriĂšre et n'arrivĂšrent pas Ă  l'Ouest. Par consĂ©quent, ils sont appelĂ©s les Sindar, les Elfes Gris, mais ils se nommĂšrent Eglath, les AbandonnĂ©s. ElwĂ« devint par aprĂšs leur roi, le plus puissant de tous les Alamanyar [correction en Úmanyar manquante]. Ce fut lui qui fut appelĂ© Thingol dans la langue de Doriath.
    [D’autres noms sont donnĂ©s dans les chants et les contes Ă  ces peuples. Les Vanyar sont les Elfes BĂ©nis, et les Elfes Lanciers, les Elfes de l’Air, les amis des Dieux, les Elfes Saints et les Immortels, et les Enfants d’IngwĂ«; ils sont les Belles Gens et les Blancs.
    Les Noldor sont les Sages, et les DorĂ©s, les Vaillants, les Elfes ÉpĂ©istes, les Elfes de la Terre, les Ennemis de Melkor, les Habiles de la Main, les Joailliers, les Compagnons des Hommes, les Suivants de FinwĂ«.
    Les Teleri sont les Cavaliers de l’Écume, les Chanteurs du Rivage, les Libres, et les Rapides, et les Elfes Archers; ils sont les Elfes de la Mer, les Charpentiers, les Gardiens des Cygnes, les Rassembleurs de Perles, les Elfes Bleus, le peuple d’OlwĂ«. Les Nandor sont la Troupe de DĂąn, les Elfes Sylvestres, les Errants, les Elfes Ă  la Hache, les Elfes Verts et les Bruns, le Peuple CachĂ©; et ceux qui arrivĂšrent enfin en Ossiriand sont les Elfes des Sept RiviĂšres, les Chanteurs Inaperçus, les Sans Roi, les Sans Arme, et le Peuple Perdu, car ils ne sont plus Ă  prĂ©sent. Les Sindar sont les Lemberi, les Retardataires; ils sont les amis d’OssĂ«, les Elfes du CrĂ©puscule, les ArgentĂ©s, les Enchanteurs, les Gardes de Melian, le Clan de LĂșthien, le Peuple d’ElwĂ«. Dixit PengoloĂ°.]

* [Note de bas de page au texte] Les Gnomes peuvent-ils ĂȘtre appelĂ©s dans notre langue, dixit Ælfwine. (Le mot qu'il utilise est Witan. Il en est dit plus Ă  ce sujet dans le DixiĂšme Chapitre oĂč le conte parle des Edain.) [Voir le commentaire en §26.]

Commentaire sur le Chapitre 3, "De la venue des Elfes"


LQ1 est ici Ă  nouveau, comme dans le chapitre prĂ©cĂ©dent, quasiment le texte final, car le tapuscrit ultĂ©rieur LQ2 fut Ă  peine touchĂ©, et il n’y eut plus d’élargissement ou d’extension.
§18 En AAm §30 (p. 70), il est dit que Melkor "crĂ©a" les Balrogs en Utumno pendant la longue obscuritĂ© aprĂšs la chute des Lampes; mais dans une interpolation Ă  AAm fut introduite l’idĂ©e selon laquelle Melkor, aprĂšs sa rĂ©bellion, ne pouvait rien crĂ©er qui eut sa propre vie (§45, voir pp. 74, 78), et en AAm*, la seconde version de l’ouverture d’AAm (p. 79, §30), les Balrogs deviennent les principaux des "esprits malĂ©fiques qui l'avaient suivi, les Úmaiar", qu’en cette Ă©poque il multiplia. L’affirmation dans QS §18 selon laquelle les Balrogs Ă©taient "les premiĂšres des crĂ©atures qu’il avait crĂ©Ă©es" survĂ©cut Ă  travers tous les textes de la rĂ©vision tardive du Quenta, mais dans la marge d’une des copies du LQ2, mon pĂšre Ă©crivit : "Voir Valaquenta pour le vrai rĂ©cit." Il s’agit d’une rĂ©fĂ©rence au passage qui apparaĂźt dans le Silmarillion publiĂ© en p. 31 :
    À cette Ă©poque il n'Ă©tait pas seul, car sa grandeur avait attirĂ© Ă  lui de nombreux Maiar qui restĂšrent avec lui jusque dans les tĂ©nĂšbres, et d'autres qu'il avait pris Ă  son service grĂące Ă  la corruption, au mensonge, Ă  des prĂ©sents perfides. Les plus redoutables de ces esprits Ă©taient les Valaraukar, les flĂ©aux dĂ©vastateurs qu'on appelle sur la Terre du Milieu les Balrogs, les dĂ©mons de la peur.
Mon pĂšre corrigea trĂšs rapidement Ă  ce moment le texte effectif du LQ2, qui devint :
    Ceux-ci Ă©taient les (Ă«alar) esprits qui s’associĂšrent Ă  lui en premier durant les jours de sa splendeur, et qui devinrent presque comme lui dans sa corruption : ils brĂ»laient comme des flammes enveloppĂ©es de tĂ©nĂšbres et, munis de fouets ardents, ils semaient la terreur devant eux. Plus tard, les Noldor les appelĂšrent Balrogs. En cette sombre Ă©poque, Melkor Ă©leva d'autres monstres innombrables, de toutes formes et de toutes espĂšces, qui agitĂšrent longtemps le monde. Son royaume s'Ă©tendait inexorablement vers le sud sur la Terre du Milieu. Mais les Orks, moqueries et perversions des Enfants d’Eru, n’apparurent pas avant l’Éveil des Elfes.
Il y a une note de bas de page au mot Ă«alar dans ce passage :
    "esprit" (non incarnĂ©, qui Ă©tait fĂ«a, S[indarin] fae). Ă«ala "ĂȘtre".
Sur l’origine des Orcs en AAm (et en particulier en ce qui concerne le mot "perversions" dans le passage juste donnĂ©), voir pp. 78, 123-4. Orks Ă©tait la derniĂšre Ă©pellation de mon pĂšre.
§18a Des mots de Yavanna devant les Valar, et des mots de Tulkas et de Mandos, il n’y a eu aucune suggestion dans la tradition du Quenta; mais cf. AV2 (V.111, annale 1900) : "Yavanna reprochait souvent aux Valar leur intendance nĂ©gligĂ©e". Ceci fut Ă©tendu en AAm §§32-3 (p. 71), oĂč la plupart des Ă©lĂ©ments du prĂ©sent passage apparaissent, bien que plus briĂšvement exprimĂ©s.
§19 Ici les deux crĂ©ations d’étoiles sont expressĂ©ment contrastĂ©es, et les noms de Varda TintallĂ« "l’Enflammeuse" et ElentĂĄri "Reine des Étoiles" diffĂ©renciĂ©s dans leur portĂ©e. La seconde crĂ©ation d’étoiles est Ă©galement dĂ©crite en AAm §§35-6 (p. 71), mais bien plus briĂšvement, et bien que la "rĂ©union d’anciennes Ă©toiles" pour former des signes dans les cieux y soit Ă©galement mentionnĂ©e, seules les constellations Menelmakar (Orion) et Valakirka sont nommĂ©es. Que Menelmakar prĂ©dise la DerniĂšre Bataille est dit dans les deux sources, mais LQ ne le nomme pas comme un signe de TĂșrin Turambar.
Le nom "Buisson Ardent" pour la Grande Ourse survit toujours dans la tradition du Quenta. Cette observation fut apportĂ©e dans une note de bas de page du Texte A (sur lequel voir p. 158), avec l’ajout "dixit Pengolod", mais le dactylographe du LQ1 la plaça comme d’habitude dans le corps du texte, oĂč mon pĂšre la laissa.
Dans le Texte A, dans lequel les noms des grandes Ă©toiles et des constellations apparurent en premier lieu, Wilwarin, Karnil, et AlkarinquĂ« furent dactylographiĂ©s Vilvarin, Carnil, et AlcarinquĂ« et ensuite modifiĂ©s dans les formes du LQ1. Par un changement ultĂ©rieur au Texte A, ElentĂĄri > ElentĂĄriĂ«, non trouvĂ© dans LQ1 et LQ2. – Le nom ElemmĂ­re est apparu en AAm §114 (pp. 100, 106) comme celui de l’Elfe vanyarin qui rĂ©alisa l’AldudĂ©niĂ«.
§20 Bien que dans le Texte A mon pĂšre ajoutĂąt les mots "dixit Ælfwine" Ă  "que nous appelons les Elfes" (dĂ©rivant du QS), il le conserva dans le corps du texte, et seulement sur le tapuscrit final LQ2 Ă©crivit-il une indication selon laquelle ce devrait ĂȘtre une note de bas de page.
L’idĂ©e aberrante dans QS que la venue des Elfes ne figurait pas dans la Musique des Ainur (voir V.217) est Ă  prĂ©sent remplacĂ©e par une explication bien plus subtile de l’étonnement d’OromĂ«. L’affirmation dĂ©taillĂ©e du lieu de KuiviĂ©nen en AAm §38 (p. 72) est absente ici.
L’histoire du passage concernant OromĂ« et les Quendi (Ă  partir de "Il sĂ©journa quelque temps parmi eux ... ") est curieuse et complexe. Dans le Texte A tel qu’il le dactylographia, mon pĂšre suivit exactement QS en disant qu’OromĂ« "leur enseigna la langue des dieux, Ă  partir de laquelle ils crĂ©Ăšrent ultĂ©rieurement la belle langue elfe", et que par aprĂšs il retourna en Valinor et apporta les nouvelles de l’Éveil des Quendi Ă  Valmar. Il modifia alors ceci par le texte apparaissant dans LQ1 ci-dessus (il "les assista dans la crĂ©ation de leur langue; car ceci fut leur premiĂšre Ɠuvre sur Terre ..."), et en mĂȘme temps il ajouta au dĂ©but du §20 les mots "dans leur propre langue" ("mais OromĂ« les nomma dans leur propre langue Eldar, le peuple des Ă©toiles"). Sous cette forme, le passage survĂ©cut dans LQ2 sans changement supplĂ©mentaire.
Sur le Texte A, cependant, mon pÚre barra le passage commençant "Il séjourna quelque temps parmi eux ... " et le remplaça par ce qui suit sur un feuillet attaché au tapuscrit :
    Puis il retraversa en hĂąte les terres et les mers jusqu'en Valinor, rempli de la pensĂ©e de la beautĂ© de ceux longtemps attendus, et il apporta les nouvelles Ă  Valmar. Et les dieux se rĂ©jouirent, mais un doute se mĂȘlait Ă  leur plaisir, et il dĂ©battirent du conseil qui serait le meilleur Ă  suivre Ă  prĂ©sent pour garder les Elfes de l’ombre de Melkor. OromĂ«, sans attendre, retourna Ă  KuiviĂ©nen, et y sĂ©journa parmi les Elfes, et les assista dans la crĂ©ation de leur langue; car ceci fut leur premiĂšre Ɠuvre sur Terre, et Ă  jamais trĂšs chĂšre Ă  leurs cƓurs, et la belle langue elfe fut douce aux oreilles des Valar. Mais ManwĂ« mĂ©dita longtemps sur son trĂŽne du Taniquetil ...
Cette rĂ©vision supplĂ©mentaire fait retourner OromĂ« immĂ©diatement en Valinor, et ensuite elle le fait revenir Ă  KuiviĂ©nen, oĂč il assista les elfes dans la crĂ©ation de leur langue. Elle n’apparaĂźt pas dans LQ1 et LQ2 parce que, comme je l’ai dit, celle-ci et d’autres modifications furent faites au Texte A aprĂšs que LQ1 en fut retirĂ©.
En AAm §39 (p. 72), l’histoire est diffĂ©rente : lĂ  les Quendi "commencĂšrent Ă  parler et Ă  donner des noms Ă  toutes les choses qu'ils percevaient" longtemps avant qu’OromĂ« ne vĂźnt Ă  eux (335 AnnĂ©es du Soleil aprĂšs l’Éveil); et rien n’est dit d’un quelconque rĂŽle jouĂ© par lui dans l’évolution de la langue elfe.
Dans la phrase " alors qu'ils demeuraient encore en silence sur le lac Ă©clairĂ© par les Ă©toiles", le Texte A a Ă  cĂŽtĂ© du; sur dans LQ1 (et LQ2) Ă©tait clairement une erreur introduite par le dactylographe (et de mĂȘme avec l’omission de ainsi plus tĂŽt dans ce paragraphe, et langues pour langue en §23).
§21 Sur LQ2, mon pÚre changea "la forteresse de Melkor" dans la premiÚre phrase en "les forteresses de Melkor", et à la fin du paragraphe, "la forteresse de Melkor à Utumno" en "les forteresses de Melkor". Dans ce cas, il fit aussi les changements au LQ1, mais je ne les ai pas inclus dans le texte imprimé, étant donné qu'ils étaient trÚs tardifs, et relÚvent de l'histoire modifiée de l'origine d'Angband : voir le commentaire sur le chapitre 2, §12 (p. 156).
Sur le Texte A, "peu de choses savent-ils sur la chevauchée des puissances de l'Ouest" fut modifié en "ils savent peu", mais ceci, comme le changement majeur apporté au §20, fut réalisé aprÚs que LQ1 fut retiré du Texte A.
RĂ©apparaĂźt ici pour la premiĂšre fois depuis les Contes perdus l'histoire selon laquelle AulĂ« crĂ©a la chaĂźne Angainor (contĂ©e minutieusement dans L'enchaĂźnement de Melko, I.100-1, oĂč la forme Ă©tait Angaino; dans Le Conte de TinĂșviel, II.19, il y a une rĂ©fĂ©rence Ă  "la chaĂźne Angainu que façonnĂšrent AulĂ« et Tulkas").
§22 Des modifications furent également faites dans ce paragraphe aprÚs que LQ1 fut réalisé : [NdTr : le premier n'affecte pas la traduction française] "from whence" > "whence", et "Vastes sont ces halls, et solides" > "Vastes et solides sont ces halls".
§23 Qu'il y ait eu des opinions diffĂ©rentes des Valar sur l'Appel des Quendi ne fut mĂȘme pas suggĂ©rĂ© dans la tradition du Quenta auparavant. En AAm §53 (p. 81), il y a mention d'un dĂ©bat, et en §73 (p. 86), il est dit que lors du conseil des Valar, Ulmo "avait principalement parlĂ© contre l'appel, estimant qu'il Ă©tait mieux pour les Quendi de rester en Terre du Milieu." La croyance selon laquelle les Valar se trompĂšrent ne leur est pas ici imputĂ©e comme une erreur "partant d'une bonne intention" (QS, V.214), et sur ce point est sĂ©vĂšrement rĂ©pudiĂ©e.
Le passage concernant les trois ambassadeurs reste virtuellement inchangĂ© par rapport au QS, mais au cours de la rĂ©vision (voir sous §27 ci-dessous), il advint un changement interne de rĂ©fĂ©rence - lĂ  oĂč ElwĂ« devint Thingol, alors qu'il avait prĂ©cĂ©demment Ă©tĂ© le frĂšre de Thingol (voir V.217, §23). Il est probable que les phrases "Ce furent IngwĂ«, FinwĂ« et ElwĂ«, qui plus tard devinrent rois des Trois Clans des Eldar" et "Les Elfes qui obĂ©irent Ă  l'appel et suivirent les trois rois" auraient dĂ» ĂȘtre modifiĂ©es lorsque cette transformation eut lieu, et lorsque la TroisiĂšme Troupe en vint Ă  avoir deux seigneurs.
Il n'y a pas de mention dans LQ des clans de Morwë et de Nurwë, qui rejetÚrent l'appel (AAm §57, p. 81).
Un autre changement trÚs mineur fut fait au Texte A aprÚs que LQ1 fut réalisé : "Alors Mandos, qui n'était pas du tout intervenu dans le débat" > "Alors Mandos, qui n'était pas intervenu dans le débat".
§25 Le nom Lindar fut modifié en Vanyar par un changement tardif fait au texte final de l'Ainulindalë (p. 34, §36); en AAm §58 (p. 82), Vanyar apparaßt dans le texte tel qu'écrit. - Par un changement au crayon au LQ2, "Hauts Elfes" fut modifié en "Beaux Elfes" (voir V.218, §25).
§26 Dans le Texte A, la phrase d'ouverture de ce paragraphe se lit : "Puis vinrent les Noldor, un nom de sagesse, et les Gnomes peuvent-ils ĂȘtre appelĂ©s dans notre langue", avec "Dixit Ælfwine. (Le mot qu'il utilise ..." placĂ© dans une note de bas de page. Le dactylographe du LQ1 plaça tout ceci dans le corps du texte; mais mon pĂšre indiqua que ce devrait entiĂšrement aller en note de bas de page, comme cela est fait dans le texte imprimĂ©. Dans les versions en vieil anglais des annĂ©es trente, Witan n'Ă©tait pas utilisĂ©, mais Noldelfe, Noldielfe (voir Ă©galement IV.212). Sur une copie du LQ2, mon pĂšre barra "Gnomes" et Ă©crivit par dessus "Chercheurs"; ceci n'apparaĂźt nulle part ailleurs.
À la fin du paragraphe, il ajouta au Texte A : "Sombre est leur teinte et gris sont leurs yeux"; ceci n'apparut pas dans les tapuscrits ultĂ©rieurs. Voir I.44.
§27 Par la fin de la rĂ©vision, reprĂ©sentĂ©e par LQ1, la position finale avait Ă©tĂ© atteinte, comme en AAm §§58, 74 : ElwĂ« Singollo (Robegrise) - qui est Elu Thingol, Roi de Doriath - et son frĂšre OlwĂ«, les deux seigneurs de la troupe des Teleri durant la Grande Marche, jusqu'Ă  ce qu'ElwĂ« fĂ»t perdu. Les Ă©tapes intermĂ©diaires pour arriver Ă  ceci peuvent ĂȘtre observĂ©es dans la version prĂ©cĂ©dente de la fin du Texte A (voir p. 158). En premier vint l'idĂ©e qu'il y avait deux seigneurs, parce que le nombre Ă©tait trĂšs grand : ElwĂ« et son frĂšre Sindo ("les cheveux de Sindo Ă©taient aussi gris que l'argent ... mais la chevelure d’ElwĂ« Ă©tait longue et blanche, et il Ă©tait le plus grand de toute la race elfe"). Ensuite, ElwĂ« fut changĂ© en SolwĂ«, et Sindo en ElwĂ«; lors de cette Ă©tape, ElwĂ« (le Gris) devint un des trois ambassadeurs originels, remplaçant son frĂšre (Ă  prĂ©sent SolwĂ«) en ceci au mĂȘme moment oĂč il prit son nom (et devint Ă  sa place "le plus grand de tout le peuple elfe").
§28 Lors du premier stade de la révision de 1951, effectuée sur le tapuscrit originel QS, le peuple de Dùn, toujours de la troupe des Noldor, était ainsi décrit :
    Ils ne sont pas comptés parmi les Eldar, ni pourtant parmi les Avari. Les [Nandar >] Nandor qui s'en retournÚrent, furent-ils appelés, et y apparenté était le nom de leur premier chef, Nano, qui, dans leur langue, était appelé Dùn. Son fils était Denethor, qui les conduisit en Beleriand avant le lever de la Lune. Les Danathrim, Daniens, furent-ils nommés dans ce pays.
Le terme Pereldar "Semi-Eldar" utilisé dans QS avait à présent disparu, et dans ce passage se situe clairement la premiÚre apparition du nom Nandor (qui apparaßt subséquemment en AAm §62 : voir pp. 83, 89).
Lors du stade suivant (Texte A), le paragraphe fut retirĂ© de sa place prĂ©cĂ©dente et placĂ© Ă  la fin du §29. À ce stade, les Nandor, Ă©galement appelĂ© les Laiquendi ou Elfes Verts, devinrent des Elfes Teleri de la troupe de Sindo le Gris, et furent placĂ©s avec les autres Teleri (suivants de Sindo) qui restĂšrent en arriĂšre en Beleriand sous le nom Ekelli (d'abord Ă©crit Ecelli), "les AbandonnĂ©s". Voir en outre sous §§29-30.
§§29-30 Lors du premier stade de la rĂ©vision, la forme Lembi "Retardataires" - les Elfes du Grand Voyage qui "s'Ă©garĂšrent en route" - devint Lemberi, classĂ©s avec les Avari comme Moriquendi, Elfes de la Nuit. Le terme Kalaquendi, Elfes de la LumiĂšre, apparaĂźt Ă©galement dans ce rĂ©cit (bien qu'apparaissant bien plus tĂŽt, avec Moriquendi, dans le tableau associĂ© au Lhammas, V. 197, et Ă©galement aux Étymologies). À ce stade, l'ancienne subdivision Ilkorindi (comprenant les Lembi et les Pereldar ou Danas, voir le tableau donnĂ© en V.219) n'est pas prĂ©sente, et la place des Nandor n'est pas dĂ©finie.
Lors du stade suivant (Texte A), le terme Lemberi ne fut pas employé, et émerge le terme éphémÚre Ekelli (Ecelli) utilisé (comme l'ancien Ilkorindi) à propos de tous les "Eldar perdus", y inclus les Nandor (voir sous §28); Ekelli était le nom que les Elfes de Valinor leur donnÚrent, et signifiait "les Abandonnés, leurs parents qui furent laissés en arriÚre". Donc :

Ekelli fut ensuite remplacé par Alamanyar ("car ils n'atteignirent jamais le Pays d'Aman"), et les Nandor devinrent des Elfes de la troupe d'Olwë; alors que ceux qui cherchÚrent en vain Elwë Singollo (Thingol) sont "par conséquent" appelés Sindar, les Elfes Gris, "mais ils se nommÚrent Eglath, les Abandonnés." Donc :

Ce fut ici, indubitablement, que le nom Sindar apparut : les occurrences prĂ©cĂ©demment dans LQ furent insĂ©rĂ©es plus tard, et celle en AAm (§74, voir p. 91) fut Ă©galement plus tardive. Avec le changement d'Alamanyar en Úmanyar dans LQ1, la forme finale (comme indiquĂ©e dans le tableau dans le Silmarillion publiĂ©, p. 309) fut atteinte.
Donc, quelques importants développements dans la narration émergÚrent au cours de la révision de 1951 de la fin de ce chapitre. L'Elwë d'origine, qui dans QS (§30) était le frÚre de Thingol, devint Olwë, pendant que le nom Elwë était transféré à Thingol - qui devint l'un des trois "ambassadeurs" elfes emmenés par Oromë en Valinor, à la place de son frÚre; et à la fois Olwë et Elwë étaient les chefs de la troupe telerine lors de la Grande Marche depuis Kuiviénen. L'histoire selon laquelle les Eldar du Beleriand (les Sindar) ne passÚrent pas la Mer parce qu'ils furent laissés en arriÚre, cherchant Elwë Singollo, reprend le passage dans le Lhammas (V.174, cité en p. 90, §71); dans QS, il n'était pas suggéré que les Elfes de Doriath étaient spécialement ceux de la suite de Thingol qui ne voulaient pas abandonner sa recherche.
En AAm, le sujet entier est traité d'un point de vue différent; là, les événements et la géographie du Grand Voyage sont un élément central, mais pas les complexités des noms et de la classification. Il est cependant clair qu'AAm ne fut pas écrit avant que la révision de la tradition du Quenta au sujet de la Séparation des Elfes fût virtuellement achevée : car en AAm, les Nandor sont de la troupe d'Olwë (§62), et les suivants d'Elwë qui furent laissés en arriÚre s'appelÚrent Eglath, le Peuple Abandonné (§71).

Le passage rapportant les noms utilisés en poésie pour les peuples elfes, qui remonte au QS, et qui forme une partie intégrale du Texte A, fut pour quelque raison omis du LQ1; mon pÚre l'écrivit sur le tapuscrit subséquemment (avec Vanyar pour Lindar du Texte A).
Des changements ultérieurs apportés au Texte A modifient "Elfes à la Hache" en "Elfes au Gourdin" comme nom des Nandor, et introduisirent "Elfes à la Hache" comme nom des Sindar (suivant "les Amis d'Ossë"); mais ceux-ci furent "perdus" et n'apparaissent pas dans LQ1 et LQ2. - Le nom Lemberi "Retardataires" (voir sous §§29-30 ci-dessus) réapparaßt comme l'un des surnoms des Sindar; et "les Elfes Verts et les Bruns" ré-émerge de l'ancien Conte du Nauglafring (II.237, etc.).
Il reste Ă  noter en dernier que sur LQ2, mon pĂšre modifia le titre du chapitre en De la venue des Elfes et de la captivitĂ© de Melkor, qui fut repris dans le Silmarillion publiĂ©; et aussi que, sur une copie de ce tapuscrit, Ă  cĂŽtĂ© de la premiĂšre occurrence d'Úmanyar (§29), il Ă©crivit Alamanyar dans la marge, comme s'il envisageait un retour au nom prĂ©cĂ©dent.
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3496
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 22 Avr 2007 12:57     Sujet du message: Répondre en citant

4. DE THINGOL ET MELIAN


De Thingol et Melian n'était pas un chapitre séparé dans le manuscrit QS et le tapuscrit QS dérivé, bien que dans les deux, il y avait un sous-titre (et dans La Route perdue, V.220, je l'ai traité comme séparé, le numérotant 3(b)). Le premier texte de la révision de 1951 était un manuscrit qui continuait à partir de la fin du manuscrit du "Texte A" de L'arrivée des Elfes (voir p. 158), et ici mon pÚre a pu le vouloir comme un chapitre séparé, bien qu'il n'y ait pas de numéro. Comme dans le précédent chapitre, LQ1 fut issu du "Texte A", et le texte final fut LQ2 (dans lequel le chapitre est numéroté "4").
Le premier paragraphe resta presque inchangé depuis QS, mais le restant fut largement étendu.



De Thingol et Melian


§31 Ainsi advint-il qu'Elu-thingol [> Elwë Singollo] et nombre de ses gens demeurÚrent en Beleriand et ne se rendirent pas en Valinor.
Melian Ă©tait une maia de la race des Valar. Elle vivait dans les jardins d'Olofantur et nulle parmi son peuple n'Ă©tait plus belle qu'elle, nulle plus sage ni plus douĂ©e pour chanter d'une voix ensorcelante. On dit que les dieux quittaient leurs travaux, que les oiseaux de Valinor faisaient taire leurs chants, que les cloches de Valmar restaient muettes et que les sources oubliaient de couler quand, Ă  l'heure oĂč se mĂȘlent les rayons des Deux Arbres, la voix de Melian s'Ă©levait sur LĂłrien. Les rossignols lui faisaient escorte, et elle leur enseignait leur chant. Elle se plaisait dans l'ombre profonde des grands arbres; mais elle Ă©tait apparentĂ©e, avant que le Monde fĂ»t crĂ©Ă©, Ă  Yavanna elle-mĂȘme, et Ă  un moment, elle quitta Valinor pour un long voyage et se rendit dans les terres d'ici, et lĂ , dans le silence qui prĂ©cĂšde l'aube, elle mĂȘla sa voix au chant de ses oiseaux.
§32 Alors il advint que, tandis que leur voyage approchait de son terme, les gens d'ElwĂ« restĂšrent longtemps Ă  l'est du Beleriand, au bord du Gelion; et le Roi ElwĂ« traversait souvent les bois, car il avait de l'amitiĂ© pour les Noldor, qui Ă©taient Ă  l'ouest, et pour FinwĂ«, leur seigneur. Et il arriva qu'un jour il se trouva seul sous les Ă©toiles dans la forĂȘt de Nan Elmoth et qu'il entendit monter le chant des rossignols. Alors un charme le saisit, il ne bougea plus, et loin par-delĂ  les trilles des lĂłmelindi* s'Ă©leva la voix de Melian qui emplit son cƓur d'un dĂ©sir Ă©merveillĂ©. II oublia d'un coup son peuple et tout ce qui occupait son esprit et s'avança sous les ombres des arbres Ă  la suite des oiseaux. II fut bientĂŽt perdu au plus profond de la forĂȘt de Nan Elmoth mais arriva enfin dans une clairiĂšre ouverte sur le ciel Ă©toilĂ© oĂč se tenait Melian. Lui, dans la nuit, la contemplait, les mains ouvertes, et la lumiĂšre d'Aman Ă©tait sur son visage.
Nul mot ne dit-elle; mais, tout empli d'amour, Elwë vint à elle et lui prit la main; et aussitÎt un enchantement le saisit, de sorte qu'ils restÚrent ainsi debout, main dans la main, pendant que les étoiles parcouraient le ciel au-dessus d'eux en mesurant les années; et les arbres de Nan Elmoth grandirent et s'épaissirent avant qu'ils ne se parlassent.
§33 Alors, les gens d'ElwĂ«, qui le cherchaient, ne le trouvĂšrent point et OlwĂ« prit la tĂȘte des Teleri et continua le voyage; mais ElwĂ« Singollo ne traversa jamais la mer jusqu'en Valinor; et Melian n'y remit pas les pieds tant que dura leur rĂšgne; et d'elle une branche des [lire : de la race des] dieux immortels passa dans les Elfes et les Hommes, comme il sera dit par la suite. Plus tard, Melian et ElwĂ« devinrent reine et roi des Elfes gris, et leur palais secret s'appelait Menegroth, les Mille VoĂ»tes, en Doriath; et comme Thingol Robegrise fut-il connu dans le [lire de tous dans le] langage du pays. Melian donna de grands pouvoirs Ă  Thingol, son Ă©poux, qui Ă©tait dĂ©jĂ  grand parmi les Eldar; car il Ă©tait le seul de tous les AbandonnĂ©s Ă  avoir vu de ses yeux les Arbres quand ils fleurissaient encore, et bien que roi des Alamanyar [> Úmanyar], il ne fut pas comptĂ© parmi les Moriquendi, mais parmi les Elfes de LumiĂšre, puissants en Terre du Milieu.

* [Note de bas de page au texte] lómelindi : "chanteurs du crépuscule" = rossignols.

Commentaire sur le Chapitre 4, "De Thingol et de Melian"


§31 La forme "Elu-thingol" apparaßt ici pour la premiÚre fois. - Olofantur fut corrigé en Lórien sur une copie du LQ2 (voir p. 50, §6).
§32 Avec la mention du long séjour des Teleri dans les terres au-delà du Gelion, cf. AAm §64 (p. 83). L'histoire du voyage d'Elwë pour rendre visite à son ami Finwë est aussi racontée en AAm (§§64-5); et la phrase "les arbres de Nan Elmoth grandirent et s'épaissirent" se trouve dans les deux sources. En AAm, la transe d'Elwë dura pendant plus de deux siÚcles mesurés selon le soleil (p. 89, §65).
§33 Il devient à présent explicite, et pas simplement suggéré, que Thingol était allé en Valinor, en tant que l'un des trois ambassadeurs (voir pp. 168-9, §§23, 27). - Les passages dans LQ1 "une branche des dieux immortels" et "fut-il connu dans le langage du pays" furent clairement de simples erreurs d'omission de la part du dactylographe; les lectures proposées se trouvent dans le Texte A manuscrit de mon pÚre (voir p. 158). Un changement tardif du Texte A effectué aprÚs que LQ1 en fut copié fut "d'Elfes Gris" en "des Elfes Gris".
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3496
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 22 Avr 2007 12:59     Sujet du message: Répondre en citant

5. D'ELDANOR ET DES PRINCES DES ELDALIË


Mon pĂšre effectua moins de rĂ©visions et de rĂ©Ă©critures sur ce chapitre que sur ceux le prĂ©cĂ©dant, et en fait ne rĂ©alisa pas lui-mĂȘme un texte entiĂšrement neuf : la rĂ©vision de 1951 fut trĂšs largement restreinte Ă  une correction de l'ancien tapuscrit QS, et ce fut de celle-ci que LQ1 fut retirĂ©. Dans le tapuscrit QS, ceci n'Ă©tait pas un chapitre sĂ©parĂ©, mais un "sous-chapitre" intitulĂ© De KĂŽr et d'AlqualondĂ« (dans La Route perdue, numĂ©rotĂ© 3(c); V.221-5); aprĂšs quoi ce tapuscrit fut abandonnĂ©, et pour le reste du travail il n'y a que le manuscrit QS de la pĂ©riode prĂ©-Seigneur des Anneaux.
La correction du tapuscrit QS fut effectuée à différents moments, et trois importants passages de réécriture (voir le commentaire sur §§40, 43) furent "perdus" et non repris dans les textes ultérieurs.


D'Eldanor et des Princes des Eldalië


§34 Avec le temps les tribus des EldaliĂ« gagnĂšrent les derniers rivages Ă  l'ouest des Terres CitĂ©rieures. Jadis, aprĂšs la Bataille des Puissances, ces cĂŽtes s'inclinaient vers l'ouest jusqu'Ă  ce qu'il ne reste Ă  l'extrĂȘme nord de la terre qu'un Ă©troit bras de mer pour les sĂ©parer de la terre extĂ©rieure d'Aman, oĂč Ă©tait Valinor. Et ce bras de mer, grĂące aux froidures apportĂ©es par Melkor, Ă©tait barrĂ© par des enchevĂȘtrements de glaces. Par consĂ©quent, OromĂ« ne mena pas les Eldar dans le Grand Nord mais les arrĂȘta dans le beau pays que traverse le fleuve Sirion, qu'on appela plus tard Beleriand. Et de ce rivage oĂč les troupes des Eldar virent la mer pour la premiĂšre fois, Ă©tonnĂ©s et craintifs, on voyait s'Ă©tendre Ă  perte de vue un ocĂ©an aux eaux sombres et profondes qui les sĂ©parait des Montagnes d'Aman.
§35 LĂ , ils attendirent et contemplĂšrent les sombre vagues. Mais Ulmo vint de la part des Valar; et il dĂ©racina une Ăźle Ă  moitiĂ© engloutie qui Ă©tait au milieu de la mer, Ă  Ă©gale distance des cĂŽtes; et avec l'aide de ses serviteurs il la fit venir, telle un gigantesque navire qui jeta l'ancre dans la baie oĂč le Sirion dĂ©versait ses eaux.* Il fit embarquer les Lindar [> Vanyar] et les Noldor sur ceci, car il s'Ă©taient dĂ©jĂ  rassemblĂ©s. Mais les Teleri Ă©taient en arriĂšre, Ă©tant plus lents et moins impatients sur la marche, et ils Ă©taient Ă©galement retardĂ©s par la perte de Thingol et leur recherche infructueuse; et ils n'arrivĂšrent pas avant qu'Ulmo fĂ»t parti.
§36 Par conséquent, Ulmo emmena les Lindar [> Vanyar] et les Noldor par-delà la mer jusqu'aux grandes plages devant les Montagnes de Valinor, et ils entrÚrent dans le bienheux pays des dieux. Mais les Teleri demeurÚrent longtemps sur les cÎtes de la mer occidentale, attendant le retour d'Ulmo; et ils en vinrent à aimer le son des vagues, et ils firent des chants remplis de la musique de l'eau. Ossë les entendit, et vint là; et il les aima, se délectant de la musique de leurs voix. Assis sur un rocher prÚs du bord de la mer, il leur parla et les instruisit. Grande dÚs lors fut sa peine lorsque Ulmo revint enfin pour les emporter en Valinor. Il put en convaincre quelques-uns de rester sur les plages de la Terre du Milieu : ce furent les Elfes des Falas qui, plus tard, fondÚrent les ports de Brithombar et d'Eglorest en Beleriand; mais la plupart des Teleri embarqua sur l'ßle et fut emmenée au loin.
§37 OssĂ« les suivit, et quand ils furent presque arrivĂ©s Ă  la fin de leur voyage, il les appela. Et ils suppliĂšrent Ulmo d'interrompre leur voyage, afin qu'ils pussent dire au revoir Ă  leur ami et regarder pour la derniĂšre fois le ciel Ă©toilĂ©. Car la lumiĂšre des Arbres qui filtrait au travers des passes des montagnes les remplissait de respect mĂȘlĂ© d'admiration. Et Ulmo comprit bien leurs cƓurs, et leur accorda ce souhait; et sur son ordre, OssĂ« lança des amarres et enracina l'Ăźle au fond de la mer. Alors, Ulmo retourna en Valinor et annonça ce qui avait Ă©tĂ© fait, et les Valar, pour la plupart, furent mĂ©contents; mais l'Ăźle ne pouvait plus ĂȘtre bougĂ©e sans grand dommage, ou sans pĂ©ril pour les Teleri qui y vivaient; et elle ne fut pas bougĂ©e, mais resta lĂ , seule, pour presque un Ăąge. Nulle autre terre n'en Ă©tait proche, et elle fut appelĂ©e Tol EressĂ«a, l'Île Solitaire.** LĂ , longtemps les Teleri eurent-ils leurs demeures, et OssĂ« Ă©tait souvent parmi eux, et ils apprirent de lui d'Ă©tranges musiques et le savoir marin; et il leur apporta des oiseaux de mer, le cadeau de Yavanna, pour leur ravissement. Ce fut Ă  cause de ce long sĂ©jour dans l'Île Solitaire que leur langage diffĂ©ra de celui des Lindar [> Vanyar] et des Noldor.
§38 À ceux-ci les Valar avaient accordĂ© un territoire et des demeures. MĂȘme parmi les fleurs Ă©clatantes des jardins des dieux sous la splendeur des arbres, il leur arrivait de regretter la lueur des Ă©toiles. Et par consĂ©quent, une brĂšche fut mĂ©nagĂ©e dans les remparts des PelĂłri et lĂ , dans une grande vallĂ©e qui descendait jusqu'Ă  la mer, les Eldar Ă©levĂšrent une haute colline verdoyante qu'ils appelĂšrent TĂșna. À l'ouest elle Ă©tait baignĂ©e par la lumiĂšre des Arbres, Ă  l'est elle regardait la nuit. Par lĂ  on pouvait voir la baie d'Elvenhome, l'Île Solitaire et les Mers Ombreuses. Puis, Ă  travers le Kalakiryan, la Passe de LumiĂšre, pouvaient s'Ă©couler les rayons du Royaume BĂ©ni qui saupoudraient les vagues de reflets d'or et d'argent et venaient effleurer l'Île Solitaire dont la cĂŽte ouest devint merveilleusement verte. LĂ  s'Ă©panouirent les premiĂšres fleurs qui existĂšrent jamais Ă  l'est des montagnes des dieux.
§39 Les Elfes Ă©difiĂšrent leur citĂ© au sommet de TĂșna, la colline verte, Tirion aux murailles et aux terrasses d'albĂątre, et la plus haute tour fut celle d'IngwĂ«, le Mindon, Mindon EldaliĂ©va, dont le phare d'argent Ă©clairait jusqu'aux brumes marines. Rares sont les navires des Hommes mortels qui aient aperçu son mince faisceau. À Tirion*** les Lindar [> Vanyar] et les Noldor vĂ©curent longtemps bons amis. Comme de tout ce qu'il y avait en Valinor ils prĂ©fĂ©raient l'Arbre Blanc, Yavanna fit pour eux un arbre en toutes choses semblable Ă  une rĂ©plique plus petite de Telperion, sauf en ce qu'il ne donnait de lui-mĂȘme aucune lumiĂšre; et cet arbre fut plantĂ© sur le parvis devant la Tour, il y grandit, et ses rejetons furent nombreux en Eldanor. L'un d'entre eux fut plus tard plantĂ© sur EressĂ«a, et y prospĂ©ra. Puis vint en son temps, comme il est dit plus tard, l'Arbre Blanc de NĂșmenor.
§40 ManwĂ« et Varda aimaient par-dessus tout les Lindar [> Vanyar], les Hauts Elfes, et saints et immortels furent tous leurs faits et chants. AulĂ« prĂ©fĂ©rait les Noldor, de mĂȘme que Mandos le sage; leur savoir et leur habilitĂ© devinrent grands. Pourtant leur soif de connaissance fut toujours plus grande, de mĂȘme que leur dĂ©sir de crĂ©er des choses merveilleuses et nouvelles. Leur langage changeait sans cesse, tant ils aimaient les mots, et ils cherchaient toujours Ă  trouver des noms plus appropriĂ©s Ă  tout ce qu'ils connaissaient ou qu'ils imaginaient. En Valinor, ils inventĂšrent en premier le façonnage des gemmes, et en crĂ©Ăšrent des quantitĂ©s innombrables de genres et de teintes diffĂ©rents; et ils en emplirent tout ElendĂ«, et les halls des dieux en Valinor en furent enrichis.
§41 Plus tard les Noldor revinrent en Terre du Milieu et cette histoire parle surtout de leurs aventures; par consĂ©quent on peut dire ici les noms et la filiation de leurs princes, sous la forme que ces noms prirent ensuite dans le langage des Gnomes tel qu'il Ă©tait [> des Elfes] en Beleriand, en Terre du Milieu. FinwĂ« Ă©tait roi des Noldor. Ses fils furent FĂ«anor, Fingolfin et Finrod [> Finarphin]. Parmi eux, FĂ«anor Ă©tait le plus douĂ© pour la parole, le plus habile de ses mains, et le plus instruit des trois frĂšres. Dans son cƓur, son esprit brĂ»lait comme une torche. Fingolfin Ă©tait le plus robuste, sĂ©rieux et courageux. Finrod [> Finarphin] Ă©tait le plus beau, il avait la sagesse du cƓur. Plus tard, il se lia avec les fils d'OlwĂ«, le roi des Teleri, et prit pour femme EĂ€rwen, leur sƓur, la Demoiselle au Cygne. Les sept fils de FĂ«anor Ă©taient Maidros [> Maedhros] le grand; Maglor un musicien et un puissant chanteur, dont la voix fut entendue loin de par le monde; Celegorn [> Celegorm] le beau et Cranthir [> Caranthir] le sombre; et puis Curufin l'habile qui hĂ©rita le plus des talents manuels de son pĂšre; et les plus jeunes, des jumeaux, Damrod et DĂ­riel [> Amrod et Amras], aussi semblables d'esprit que de corps. Plus tard ils furent de grands chasseurs dans les forĂȘts de la Terre du Milieu, de mĂȘme que Celegorn [> Celegorm] qui fut l'ami d'OromĂ« en Valinor et suivit souvent la trompe du dieu.
§42 Les fils de Fingolfin Ă©taient Fingon qui devint roi des Gnomes [> Noldor] dans les pays du Nord; et Turgon de Gondolin. Une sƓur leur vint ensuite, Isfin [> Írith] la Blanche. [AjoutĂ© : Elle Ă©tait plus jeune dans les annĂ©es des Eldar que ses frĂšres; et quand elle parvint Ă  sa taille et Ă  sa beautĂ© adultes, elle devint plus grande et plus forte qu'il n'est de coutume pour une femme, elle se plaisait Ă  chasser et Ă  chevaucher dans les bois. On la voyait souvent en compagnie de ses parents, les fils de FĂ«anor, mais elle ne donna son cƓur Ă  aucun d'entre eux. On l'appelait la Blanche Dame des Noldor, car elle avait le teint pĂąle sous des cheveux noirs et ne se vĂȘtait que de blanc ou d'argent.] Les fils de Finrod [> Finarphin] Ă©taient Inglor [> Finrod] le fidĂšle (qu'on appela ensuite Felagund, le Seigneur des Cavernes), [barrĂ© : et Orodreth,] et Angrod, et Egnor [> Aegnor]. Et ces quatre [> trois] aimaient les fils de Fingolfin comme s'ils avaient Ă©tĂ© leurs frĂšres. Ils avaient une sƓur, Galadriel, la plus belle dame de la maison de FinwĂ«, et la plus vaillante. Ses cheveux avaient un Ă©clat dorĂ© comme s'ils avaient capturĂ© dans leur filet les rayons de Laurelin.
§43 II nous faut maintenant raconter comment les Teleri arrivĂšrent enfin en Valinor. Pendant Ă  peu prĂšs neuf cents des annĂ©es de Valinor, qui Ă©taient chacune Ă©quivalente Ă  dix des annĂ©es du Soleil qui fut par aprĂšs crĂ©Ă©, ils vĂ©curent Ă  Tol EressĂ«a. Mais lentement leurs cƓurs changĂšrent, et la lumiĂšre qui traversait la mer pour venir caresser leur Ăźle les attirait vers elle; et ils Ă©taient pris entre leur amour pour la musique des vagues sur le rivage et le dĂ©sir de revoir enfin leurs frĂšres et de contempler la splendeur des dieux. Pourtant, finalement leur dĂ©sir de la lumiĂšre fut le plus fort. Alors Ulmo leur apprit l’art de la construction des navires; et OssĂ«, se soumettant Ă  Ulmo, leur apporta en guise de cadeau d'adieu les cygnes aux ailes robustes. Ceux-ci, ils les harnachĂšrent Ă  leur flotte de navires blancs, et ainsi furent-ils entraĂźnĂ©s vers la lumiĂšre qui s'Ă©coulait sur la mer, sans l'aide des vents de Valinor.
§44 Ils restĂšrent lĂ  sur les cĂŽtes d'Elvenhome [> du Pays Elfe] oĂč ils pouvaient voir Ă  loisir la lumiĂšre des Arbres, parcourir les routes mordorĂ©es de Valmar ou gravir les marches de cristal de Tirion sur la Verte Colline. Mais leur habitude Ă©tait surtout de sillonner la baie d'Elvenhome sur leurs vaisseaux rapides et de revenir sur la grĂšve en marchant dans les vagues, leurs longs cheveux brillant comme l'Ă©cume dans la lumiĂšre d'au-delĂ  de la colline. Les Noldor leur apportaient des joyaux sans nombre, des opales, des diamants et de frĂȘles cristaux qu'ils rĂ©pandaient sur le rivage et dans les fontaines. Qu'elles Ă©taient belles en ce temps-lĂ , les plages d'ElendĂ« ! Et eux-mĂȘmes arrachaient des milliers de perles au fond des mers et leurs demeures en Ă©taient couvertes : le palais d'ElwĂ« [> OlwĂ«] au Port des Cygnes Ă©tait en perles, Ă©clairĂ© par d'innombrables lampes. Car AlqualondĂ«, le Port des Cygnes, Ă©tait leur principale citĂ©, l'abri de leurs navires, et ceux-ci avaient une forme de cygne avec un bec dorĂ© et des yeux noir et or. L'entrĂ©e du port Ă©tait une voĂ»te de pierre creusĂ©e par la mer, au nord du Kalakiryan, prĂšs des confins du Pays Elfe, lĂ  oĂč les Ă©toiles Ă©taient claires et brillantes.
§45 À mesure que les Ăąges passaient, les Lindar [> Vanyar] apprirent Ă  aimer le pays des dieux et la pleine lumiĂšre des Arbres, et ils quittĂšrent peu Ă  peu la citĂ© au sommet de TĂșna pour s'Ă©tablir sur la montagne de ManwĂ« ou dans les plaines et les bois de Valinor, et se sĂ©parĂšrent ainsi des Noldor. Les Gnomes [> Noldor] gardaient dans leur cƓur le souvenir de la Terre sous le ciel Ă©toilĂ© et ils restĂšrent en vue du Kalakiryan, dans les collines et les vallĂ©es d'oĂč ils pouvaient entendre la mer. Un grand nombre se rendaient souvent chez les dieux [> Valar] ou faisaient de grands voyages pour dĂ©couvrir les secrets de la terre, des eaux et des ĂȘtres vivants, [barrĂ© : et pourtant, leurs Ă©changes se faisaient plus avec les Teleri qu'avec les Lindar (> Vanyar); et] les langues [> peuples] de TĂșna et d'AlqualondĂ« se rapprochaient l'un[e] de l'autre en ces jours. FinwĂ« Ă©tait Roi de TĂșna et ElwĂ« [> OlwĂ«] d'AlqualondĂ«; mais IngwĂ« Ă©tait toujours le Roi de tous les Elfes et il vivait dĂ©sormais sur le Taniquetil, aux pieds de ManwĂ«. FĂ«anor et ses fils restaient rarement longtemps au mĂȘme endroit. Ils voyageaient en long et en large sur les [lire dans les] confins de Valinor, allant mĂȘme jusqu'aux frontiĂšres de la nuit et aux rivages glacĂ©s de la Mer ExtĂ©rieure, attirĂ©s par l'inconnu. Ils Ă©taient souvent les hĂŽtes des halls d'AulĂ«; mais Celegorn [> Celegorm] prĂ©fĂ©rait la demeure d'OromĂ« oĂč il apprenait beaucoup de choses sur tous les oiseaux et autres animaux, et mĂȘme leurs langages. Car tous les ĂȘtres vivants qui vivent ou qui ont vĂ©cu sur Arda, sauf les crĂ©atures dĂ©chues et malfaisantes de Melkor, vivaient en Valinor; et il y avait mĂȘme alors des crĂ©atures belles et Ă©tranges qu'on n'a jamais vues sur la Terre du Milieu et qui resteront peut-ĂȘtre inconnues, maintenant que le monde a changĂ©.


* [Note de bas de page au texte] Et certains ont dit que la Grande Île de Balar, qui reposait jadis dans cette baie, Ă©tait le coin oriental de l'Île Solitaire, qui s'en dĂ©crocha et resta en arriĂšre, lorsque Ulmo bougea cette terre dans l'Ouest. Dixit RĂșmil. [PlacĂ©e dans le corps du texte par le dactylographe du LQ1, mais subsĂ©quemment rĂ©tablie en note de bas de page.]

** [Note de bas de page au texte] AvallĂłnĂ« fut-elle Ă©galement appelĂ©e plus tard, signifiant l'Ăźle qui repose le plus prĂšs des Valar en Valinor. Dixit Ælfwine. [PlacĂ©e dans le corps du texte par le dactylographe du LQ1, mais subsĂ©quemment rĂ©tablie en note de bas de page.]

*** [Note de bas de page au texte] C'est-Ă -dire la CitĂ© Vigilante. Eldamar (qui est Elvenhome) Ă©tait-elle aussi appelĂ©e; mais les rĂ©gions oĂč les Elfes demeuraient, et d'oĂč les Ă©toiles Ă©taient visibles, Ă©taient appelĂ©es ElendĂ« ou Eldanor (qui est Pays Elfe) : dixit Ælfwine. [PlacĂ©e dans le corps du texte par le dactylographe du LQ1, mais subsĂ©quemment rĂ©tablie en note de bas de page.]


Commentaire sur le Chapitre 5, ‘D’Eldanor et des Princes des Eldalië’


§35 L’identification de l’üle de la premiĂšre rĂ©sidence des dieux Ă  l’üle du transport des Elfes (voir IV.45) fut abandonnĂ©e lorsque l’üle des dieux au milieu des mers devint une Ăźle (Almaren) dans un grand lac au milieu de la Terre du Milieu. Tol EressĂ«a n’a Ă  prĂ©sent plus d’origine significative. Cf. AAm §66 (p. 84) : "une Ăźle qui Ă©tait longtemps restĂ©e solitaire au milieu de la Mer, depuis les tumultes de la chute d'Illuin". L’ancienne histoire Ă©tait toujours prĂ©sente dans un brouillon de narration associĂ© Ă  La Submersion d’AnadĂ»nĂȘ (IX.402 et note 11).
§36 La forme Eglorest fut conservée du QS vraisemblablement par mégarde et non changée en Eglarest comme en AAm (§70).
§37 Le rĂ©cit modifiĂ© de l’enracinement de Tol EressĂ«a au fond de la mer apparaĂźt Ă©galement en AAm (§§72-3 et commentaire); avec "Ulmo comprit bien leurs cƓurs", cf. LQ §23 (p. 161 : croyance d’Ulmo selon laquelle les Quendi devraient ĂȘtre laissĂ©s en Terre du Milieu).
Dans la note d’Ælfwine, AvallĂłnĂ« apparaĂźt comme nom de Tol EressĂ«a, et non, comme dans le Silmarillion publiĂ©, d’un port sur l’üle; cf. l’AkallabĂȘth (p. 260) : "il y a sur cette terre un port qu’on appelle AvallĂłnĂ«, de toutes les villes la plus proche de Valinor." Dans la troisiĂšme version de La Chute de NĂșmenor (IX.332), comme ici, Tol EressĂ«a "fut renommĂ©e Avallon : car elle est toute proche de Valinor et en vue du Royaume BĂ©ni"; tandis que d’un autre cĂŽtĂ©, dans les esquisses narratives associĂ©es Ă  La Submersion d’AnadĂ»nĂȘ, le nom "Avallon(de)" apparaĂźt dĂ©jĂ  comme le nom du port oriental (IX.399, 403 et note 12).
§38 "La Baie d’Elvenhome" : dans la note de bas de page du §39, comme dans son prĂ©curseur dans QS, "Elvenhome" est le nom de la citĂ©, traduisant Eldamar, tandis que "Pays Elfe" est le nom des rĂ©gions oĂč habitaient les Elfes, traduisant Eldanor; au §44 de ce chapitre QS, "rives d’Elvenhome" fut changĂ© lors de la rĂ©vision en "rives du Pays Elfe", mais "la Baie d’Elvenhome" fut autorisĂ©e Ă  rester en §§38, 44. En AAm, Eldamar est le nom de la rĂ©gion : voir p. 90, §67.
La forme Kalakiryan, pour la prĂ©cĂ©dente Kalakirya, apparut au cours de la composition d’AAm (p. 87 note 7).
Sur "les premiÚres fleurs qui existÚrent jamais à l'est des montagnes des dieux", voir p. 60, §15, et les références données à cet endroit.
§39 Tirion sur TĂșna, remplaçant TĂșna sur KĂŽr, et Mindon EldaliĂ©va remplaçant Ingwemindon, apparaissent Ă©galement en AAm §§67-8 (pp. 84-5, 90). – Dans LQ2, "le Mindon, Mindon EldaliĂ©va" (la correction originelle au tapuscrit QS, non une erreur), la rĂ©pĂ©tition de "Mindon" fut mise entre crochets pour exclusion.
"À Tirion les Lindar [> Vanyar] et les Noldor vĂ©curent longtemps bons amis" : ceci est Ă  peine en accord avec AAm (voir p. 90, §68). LQ conserva Ă©galement l’ancienne phrase en §45 : "À mesure que les Ăąges passaient, les Vanyar apprirent Ă  aimer le pays des dieux ... et ils quittĂšrent la citĂ© au sommet de TĂșna".
Le don de Yavanna aux gens de Tirion d’une "rĂ©plique" de Telperion est Ă©galement rapportĂ© en AAm §69 (p. 85), oĂč elle est nommĂ©e Galathilion et est un prĂ©sent aux Noldor. Dans LQ §16, Galathilion est le nom sindarin de Telperion, et dans la note de bas de page au LQ §17 sur les noms des Arbres, l’Arbres blanc de TĂșna est Galathilion le petit. Les Arbres d’EressĂ«a et de NĂșmenor sont aussi en rĂ©fĂ©rence dans cette note, et reçoivent les noms Celeborn et Nimloth (les deux ayant Ă©tĂ© des noms de Telperion).
§40 "Hauts Elfes" > "Elfes Beaux" par un changement tardif au LQ2, comme en Chapitre 3 (p. 168, §25).
Sur l’une des copies du LQ2, mon pĂšre rĂ©visa le paragraphe ainsi :
    ManwĂ« et Varda aimaient par-dessus tout les Vanyar, les Hauts Elfes, et tous leurs faits et chants furent saints et immortels. AulĂ« prĂ©fĂ©rait les Noldor, de mĂȘme que Mandos le sage; et leur savoir et leur habilitĂ© devinrent grands. Pourtant leur soif de connaissance fut toujours plus grande, de mĂȘme que leur dĂ©sir de crĂ©er des choses nouvelles et merveilleuses. Leur langage changeait sans cesse, tant ils aimaient les mots, et ils ne se fatiguaient jamais en concevant des noms plus appropriĂ©s pour tout ce qu'ils connaissaient ou qu'ils imaginaient.
Ceci est Ă©trange, et je ne peux pas vraiment l’expliquer; cela paraĂźt comme s’il Ă©tait en train d’expĂ©rimenter (mais avec dĂ©sinvolture, et seulement dans ceci et dans un autre passage) la "rĂ©duction" stylistique, en particulier au sujet des "inversions" caractĂ©ristiques. Une comparaison avec le texte tel qu’il existait montre combien plates les phrases d’ouverture Ă©tait devenues.
AprĂšs que LQ1 fut rĂ©alisĂ©, mon pĂšre revint au tapuscrit QS originel, et y Ă©crivit un nouveau passage substantiel au sujet des joyaux des Noldor; ceci ne fut pas introduit dans LQ1 et fut ainsi "perdu", Ă©tant donnĂ© qu’il ne le redĂ©couvrit jamais, et le tapuscrit final LQ2 conserva encore l’ancien texte dans lequel les Noldor "inventĂšrent en premier le façonnage des gemmes". Le nouveau passage se lit (aprĂšs les mots "tout ce qu'ils connaissaient ou qu'ils imaginaient.") :
    Et dans tous les travaux manuels se dĂ©lectaient-ils aussi; et leurs maçons construisirent de nombreuses tours hautes et Ă©lancĂ©es, et de nombreux halls et maisons de marbre. Ainsi advint-il que, extrayant dans les montagnes des pierres pour leurs constructions, les Noldor dĂ©couvrirent les premiers les gemmes, en lesquelles le Pays d’Aman Ă©tait en effet incomparablement riche; et ils en rapportĂšrent des quantitĂ©s innombrables de nombreux genres et teintes; et ils les taillaient en de nombreuses formes de beautĂ© Ă©tincelante, et ils en emplirent tout ElendĂ«, et les halls des dieux en Valinor en furent enrichis.
En fait, un changement fort similaire (incluant la phrase "les taillaient en de nombreuses formes de beauté étincelante") fut effectué en AAm §79 (p. 92 avec la note 3 et p. 103).
§§41-2 Dans l’Appendice F au Seigneur des Anneaux apparaĂźt dans la premiĂšre Ă©dition (publiĂ©e en octobre 1955) : "Dame Galadriel de la maison royale de Finrod, pĂšre de Felagund"; dans la seconde Ă©dition (1966), cela devint "Dame Galadriel de la maison royale de Finarphin et sƓur de Finrod Felagund". Étant donnĂ© qu’aussi tard que septembre 1954 (Lettres n° 150), mon pĂšre Ă©tait en train de s’excuser auprĂšs d’Allen et Unwin de ne pas encore avoir "d’exemplaires des Appendices Ă  [leur] faire parvenir", il est clair que Finrod > Finarphin et Inglor > Finrod n’ont pu ĂȘtre introduits dans LQ1qu’aprĂšs ce moment. Sur le texte tapuscrit d’AAm (p. 128, §134), il nota que les noms des Fils de FĂ«anor "seront revus", et sur le texte, il changea Cranthir en Caranthir, souligna le n de Celegorn, et barra Damrod et DĂ­riel sans les remplacer. LQ2 contient les noms modifiĂ©s. J’ai suggĂ©rĂ© que les tapuscrits d’AAm et du LQ2 appartiennent Ă  peu prĂšs Ă  la mĂȘme pĂ©riode (peut-ĂȘtre vers 1958) : voir pp. 141-2.
Il est caractĂ©ristique des puzzles textuels qui abondent dans le travail tardif de mon pĂšre sur Le Silmarillion que le changement rĂ©gulier de Lindar > Vanyar ait Ă©tĂ© indubitablement effectuĂ© sur LQ1 dans ce chapitre au mĂȘme moment que ces autres changements de noms; pourtant, AAm a Vanyar tel qu’écrit en premier. Il se peut qu’une bonne partie de la correction du LQ1 ait effectivement Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e un long moment aprĂšs que le texte fut dactylographiĂ©.
§41 Le mariage de Finrod (= Finarphin) avec EÀrwen, la fille d'Olwë, est rapporté sous l'Année valienne 1280 en AAm §85 (p. 93). - Par un changement tardif au LQ2, Maglor > Maelor; Maelor apparaßt dans le Lai de Leithian tardif, III.353.
§42 Le passage dĂ©crivant la Blanche Dame des Noldor fut ajoutĂ© sur une fiche au tapuscrit QS originel, et cette fiche est une page d'un agenda usĂ© datĂ©e d'octobre 1951. À ce stade, son nom Ă©tait toujours Isfin. Un brouillon rejetĂ© pour cette annexe sur la mĂȘme fiche commençait ainsi :
    Elle Ă©tait plus jeune dans les annĂ©es des Eldar que ses frĂšres, car elle s'Ă©veilla en Valinor [et non en Terre du Milieu >] aprĂšs la crĂ©ation des Silmarils, et alors mĂȘme que la premiĂšre ombre tombait sur le Royaume BĂ©ni; et quand elle parvint Ă  sa taille adulte ...
Les mots "Elle Ă©tait plus jeune dans les annĂ©es des Eldar que ses frĂšres, car elle s'Ă©veilla en Valinor et non en Terre du Milieu" ne sont pas en accord avec AAm, oĂč Fingolfin leur pĂšre naquit lui-mĂȘme en Aman (§81).
L'annexe ne fut pas incorporĂ©e dans LQ1 tel que dactylographiĂ©, qui contenait encore le nom Isfin, comme en AAm (voir p. 102 notes 8 et 9 : la premiĂšre date de naissance pour Isfin (1469) la fait naĂźtre aprĂšs la crĂ©ation des Silmarils en 1450, mais la seconde (1362) avant). Mais plus tard, Isfin fut changĂ© en Írith sur LQ1 (au mĂȘme moment que les corrections de Finrod en Finarphin, etc.), et la mĂȘme annexe fut attachĂ©e sur une fiche, identique en formulation Ă  celle attachĂ©e Ă  l'ancien tapuscrit QS, mais avec le nom Írith. Il s'agit vraisemblablement d'un cas oĂč un changement "perdu" fut recouvrĂ©.
Dans QS, Angrod et Egnor Ă©taient les amis des fils de FĂ«anor, tandis qu'Inglor et Orodreth Ă©taient les amis des fils de Fingolfin, Fingon et Turgon. À prĂ©sent, l'association d'Angrod et d'Egnor aux FĂ«anoriens (qui menait Ă  leur passage autorisĂ© sur les bateaux au moment de la traversĂ©e vers la Terre du Milieu, QS §73) fut abandonnĂ©e (comme elle le fut Ă©galement en AAm, §135, pp. 113, 125), et les quatre fils de Finarphin deviennent les amis intimes de Fingon et de Turgon. "Et ces quatre" fut changĂ© en "Et ces trois" sur LQ1 lorsque Orodreth fut finalement complĂštement rejetĂ© de la troisiĂšme gĂ©nĂ©ration des princes noldorins (voir III.91, 246, et Contes et LĂ©gendes inachevĂ©s p. 255 note 20).
Ici, Galadriel apparaĂźt dans la tradition du Quenta; pour Galadriel en AAm, voir §§85, 135 et commentaire. Sur une copie du LQ2, mon pĂšre nota : "En haut elfe, son nom Ă©tait AltariellĂ« 'Dame parĂ©e d’une couronne Ă©clatante comme le soleil', galata-rīg-elle - S[indarin] Galadriel. Il s'agissait donc d'un simple accident si son nom ressemblait Ă  galaĂ° (silvain galad 'arbre')." Cf. l'Appendice au Silmarillion p. 360, entrĂ©e kal-.
§43 Dans ce paragraphe, mon pÚre réalisa deux changements narratifs qui (comme le passage concernant les joyaux des Noldor mentionné sous §40 ci-dessus) furent "perdus", étant donné qu'ils furent apportés au tapuscrit QS aprÚs que LQ1 en eut été copié. Le premier concerne la phrase "Pendant à peu prÚs neuf cents des années de Valinor, qui étaient chacune équivalente à dix des années du Soleil qui fut par aprÚs créé" (le texte du QS, préservé dans LQ1 et 2); ici, le passage suivant fut substitué :
    Pendant à peu prÚs cent des années de notre temps (bien que ce ne soit que dix des Années des Valar), ils demeurÚrent sur Tol Eressëa.
La réduction de la période durant laquelle les Teleri demeurÚrent à part sur Tol Eressëa de 1000 à 100 années du Soleil fut clairement faite pour des raisons linguistiques. Un millier d'années introduirait des changements tels qu'ils feraient des langues des Noldor (un peuple en tout cas dont "le langage changeait sans cesse", §40) et des Teleri des langues différentes, qui ne pourraient pas de façon concevable "se rapprocher l'une de l'autre" à nouveau (§45). En AAm (§§72, 75), le compte "perdu" de seulement 100 années du Soleil est présent.
Sur une copie du LQ2, mon pĂšre corrigea le passage originel Ă  nouveau, et produisit : "Ils demeurĂšrent sur Tol EressĂ«a pendant presque cent des annĂ©es de Valinor (qui Ă©taient chacune Ă©quivalente Ă  dix des annĂ©es ultĂ©rieures du Soleil en Terre du Milieu)." Étant donnĂ© que ceci n'altĂšre en rien le sens, cela a dĂ» ĂȘtre effectuĂ© pour rĂ©duire l'Ă©lĂ©ment archaĂŻque (cf. le passage donnĂ© sous §40 ci-dessus). Ainsi la rĂ©vision faite au tapuscrit QS pour des raisons de vraisemblance dans l'histoire linguistique fut oubliĂ©e; d'un autre cĂŽtĂ©, le changement sur LQ1 de "langues" en "peuples" dans "les langues de TĂșna et d'AlqualondĂ« se rapprochaient l'une de l'autre en ces jours" fut probablement effectuĂ© pour la mĂȘme raison, bien que rĂ©solvant la difficultĂ© d'une maniĂšre diffĂ©rente.
La seconde des corrections "perdues" dans ce paragraphe modifia l'histoire selon laquelle ce fut Ulmo qui enseigna au Teleri l'art de construire des navires :
    Alors Ulmo, s'inclinant devant la volontĂ© des Valar, leur envoya OssĂ« leur ami, qui leur apprit Ă  contrecƓur l'art de construire des navires; et lorsque leurs navires furent construits, il leur apporta en guise de cadeau d'adieu les cygnes aux ailes robustes.
En AAm §75, Ulmo en tant qu'enseignant fut de mĂȘme corrigĂ© en OssĂ« (p. 86 et note 8). Ce changement est un aspect du rĂ©cit modifiĂ© de l'enracinement de Tol EressĂ«a au fond de la mer; lĂ  oĂč, dans QS, OssĂ« se soumettait Ă  la volontĂ© d'Ulmo, Ulmo se soumet Ă  prĂ©sent Ă  la volontĂ© des Valar.
§44 Kalakiryan fut corrigĂ© sur une copie du LQ2 en le Kalakiryan, et le mĂȘme changement d'Ă©pellation en §45. - Il est Ă  premiĂšre vue dĂ©concertant que LQ1 ait OlwĂ« en §41 mais ElwĂ« en §§44-5, mais la raison est simplement que la correction aux deux derniers endroits fut sautĂ©e sur le tapuscrit QS.
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Incanus

RĂ©dacteur


RĂ©dacteur

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 28 Nov 2006
Messages: 153
Localisation: Paris

MessagePosté le: 23 Avr 2007 0:55     Sujet du message: Répondre en citant

6. DES SILMARILS ET DE L'ENTÉNÈBREMENT DE VALINOR



L'histoire textuelle de ce chapitre est totalement diffĂ©rente de celle de tous les prĂ©cĂ©dents. À la premiĂšre Ă©tape de la rĂ©vision, seuls quelques lĂ©gers changements furent opĂ©rĂ©s sur le manuscrit du QS (l'ancien tapuscrit du QS s'Ă©tant arrĂȘtĂ© Ă  la fin du chapitre prĂ©cĂ©dent), et ils furent repris dans LQ 1. Mais aprĂšs que LQ 1 fut rĂ©digĂ©, mon pĂšre revint Ă  l'ancien manuscrit, et commença une nouvelle version au verso des pages – poursuivant assez curieusement la pagination Ă  partir de la fin du QS, et conservant le numĂ©ro du chapitre (4). Ceci fut de maniĂšre claire un Ă©lĂ©ment de la rĂ©vision de 1951. Au dĂ©part, cette version est presque continue (jusqu'Ă  un passage du §50), et quand il conserva l'ancien texte, il le recopia ; mais aprĂšs cet endroit, il se servit du vĂ©ritable texte manuscrit du QS, bien qu'il le modifiĂąt et l'interpolĂąt trĂšs lourdement. A « vint dans cette rĂ©gion appelĂ©e Arvalin » (§55) le nouveau travail cesse effectivement. Mon pĂšre ne toucha qu'Ă  peine au LQ 1 : il effectua quelques rares changements sur la premiĂšre page du tapuscrit, y compris Lindar > Vanyar, mais s'arrĂȘta alors : une occurrence plus lointaine de Lindar resta inchangĂ©e. Par consĂ©quent, ici, LQ 1 cesse d'ĂȘtre utile, et le texte imprimĂ© est le nouveau texte du chapitre rĂ©digĂ© sur le manuscrit du QS : il conviendra de s'y rĂ©fĂ©rer simplement par « LQ ».
Le nouvel Ă©crit fut lui-mĂȘme modifiĂ© et interpolĂ© par la suite, Ă  l'encre rouge ; je fais part du texte dans sa forme finale, mais dans quelques cas oĂč la distinction entre les apports tardifs et anciens est intĂ©ressante, je consigne les plus anciens dans des notes Ă  la suite du texte. Le titre donnĂ© Ă  la nouvelle version fut Des Silmarilli et de l'EntĂ©nĂšbrement de Valinor, mais ceci fut changĂ© en (apparemment - l'intention n'est pas parfaitement claire) De FĂ«anor et des Silmarilli, et de l'EntĂ©nĂšbrement de Valinor. Pour la version du QS (dans lequel il est numĂ©rotĂ© Chapitre 4) voir V.227-31. Il n'y a aucun texte sur le chapitre existant dans la sĂ©rie LQ 2.


§46 À partir de ce moment, quand les Trois des Eldar furent enfin rassemblĂ©es Ă  Valinor et que Melkor fut enchaĂźnĂ©, commença le ZĂ©nith du Royaume BĂ©ni, dĂ©bordant de gloire et de fĂ©licitĂ©, long dans le conte des annĂ©es, mais trop bref dans le souvenir. En ces jours, les Eldar atteignirent leur pleine maturitĂ© de corps et d'esprit, et les Noldor progressaient toujours en habiletĂ© et savoir ; et les longues annĂ©es furent emplies de leur travaux joyeux, par lesquels maintes nouvelles choses, belles et merveilleuses, furent crĂ©Ă©es.
§46a Ce fut alors que les Noldor s'avisĂšrent des lettres, et RĂșmil de TĂșna Ă©tait le nom de ce maĂźtre du savoir qui conçut en premier des signes appropriĂ©s pour la consignation par Ă©crit des discours et des chansons, certains pour graver sur le mĂ©tal ou la pierre, d'autres pour dessiner avec une brosse ou avec une plume.
§46b En ce temps naquit en Eldamar, dans la maison du roi, Ă  Tirion au sommet de TĂșna, FĂ«anor l'aĂźnĂ© et le plus aimĂ© des fils de FinwĂ«. MĂ­riel Ă©tait le nom de sa mĂšre : d'argent Ă©taient ses cheveux et sombres ses yeux, mais ses mains Ă©taient plus habiles Ă  la finesse que toutes les mains, mĂȘme parmi les Noldor. C'est elle qui conçut l'art de tisser ; et un seul fragment des broderies de MĂ­riel serait-il vu en Terre du Milieu qu'il serait tenu pour plus prĂ©cieux qu'un royaume, car les richesses de ses crĂ©ations et le feu de leurs couleurs Ă©taient aussi variĂ©s et aussi brillants que la gloire des feuilles et des fleurs et des ailes dans les champs de Yavanna. Par consĂ©quent elle fut nommĂ©e MĂ­riel Serende.*
§46c Et FĂ«anor grandit rapidement, comme si un feu secret brĂ»lait en lui, et il Ă©tait grand, et beau de visage, et avait une autoritĂ© naturelle, et il devint, de tous les Noldor, le plus subtil de cƓur et d'esprit, et le plus habile de ses mains. Ce fut lui qui, dans sa jeunesse, amĂ©liorant le travail de RĂșmil, fabriqua ces lettres qui portent son nom, et que les Eldar ont toujours utilisĂ© depuis ; cependant ce fut le moindre de ses travaux. Car ce fut lui qui, premier parmi les Noldor, dĂ©couvrit comment fabriquer avec habiletĂ© des gemmes plus belles et brillantes que celles fournies par la Terre. Et les premiĂšres gemmes que crĂ©a FĂ«anor Ă©taient blanches et ternes, mais placĂ©es Ă  la lumiĂšre des Ă©toiles elles resplendissaient de bleu et de feux blancs plus brillants que Helluin. Et il fit d'autres cristaux, dans lesquels on pouvait apercevoir, petites mais nettes, des choses lointaines, comme avec les yeux des Aigles de ManwĂ«. Rarement la main et l'esprit de FĂ«anor Ă©taient-ils au repos.1
§47 A prĂ©sent, le ZĂ©nith de Valinor parvenait enfin Ă  son terme. Car il advint que Melkor, comme les Valar l'avaient dĂ©crĂ©tĂ©, avait demeurĂ© pendant trois Ăąges enfermĂ© en Mandos, seul. Et quand il eut subi cet emprisonnement, comme les Valar l'avaient promis, il fut de nouveau amenĂ© devant eux, en conclave. Il observa alors la fĂ©licitĂ© et la gloire des Valar, et son cƓur Ă©tait empli de malveillance ; il observa les beaux Enfants d'IlĂșvatar qui Ă©taient assis aux pieds des dieux, et la haine le gagna ; il observa l'abondance de gemmes brillantes et les convoita ; mais dissimula ses pensĂ©es et remit sa vengeance Ă  plus tard.
§48 Devant les portes de Valmar, Melkor s'abaissa aux pieds de ManwĂ« et demanda son pardon, promettant que si l'on pouvait faire de lui ne serait-ce que le moindre des habitants libres de Valinor, il aiderait les Valar dans toutes leurs actions, et, plus que tout, Ă  soigner les nombreuses blessures qu'il avait provoquĂ©es et qu'il ne causerait plus maintenant. Et NiĂ«nna soutint sa priĂšre, mais Mandos resta silencieux. Alors ManwĂ« lui accorda son pardon ; mais les Valar ne souffrirent pas encore qu'il soit hors de leur vue et de leur vigilance. Par consĂ©quent, il lui fut donnĂ© une humble demeure Ă  l'intĂ©rieur des portes de la citĂ©, et il fut mis Ă  l'Ă©preuve ; et il ne lui fut pas permis de s'Ă©loigner de plus d'une lieue de Valmar, sauf avec l'aval de ManwĂ« et un garde Ă  son cĂŽtĂ©. Mais Ă  cette Ă©poque toutes les paroles et les actions de Melkor semblaient honnĂȘtes, et les Valar comme les Eldar tirĂšrent grand profit de son aide. Et pour cette raison, aprĂšs quelque temps, il lui fut permis d'aller Ă  sa guise dans le pays, et il sembla Ă  ManwĂ« que son mal Ă©tait guĂ©ri. Car il Ă©tait lui-mĂȘme libre de tout mal, et ne pouvait l'apprĂ©hender, et il savait qu'au commencement, dans l'esprit d'Eru, Melkor lui Ă©tait en tout point semblable.
Cependant, il est dit qu'en son cƓur, Ulmo Ă©tait inquiet, et que Tulkas serrait les poings quand il voyait passer Melkor, son ennemi. Car si Tulkas est lent Ă  la colĂšre, il l'est tout autant Ă  oublier.
§49 Aimable, Melkor l'Ă©tait le plus avec les Eldar, et il les assistait en beaucoup de travaux, s'ils le laissaient faire. En effet, les Vanyar, le peuple d'IngwĂ«, le suspectaient ; car Ulmo les avaient prĂ©venus, et ils tenaient compte de ses paroles. Mais les Noldor prirent plaisir aux maintes choses du savoir cachĂ© qu'il Ă©tait en mesure de leur rĂ©vĂ©ler, et quelques-uns prĂȘtĂšrent l'oreille Ă  des paroles qu'ils eussent mieux faits de ne pas entendre.
§49a En effet, il a Ă©tĂ© dit que FĂ«anor apprit beaucoup de Melkor en secret, mais il ne s'agit sans doute lĂ  que d'un des nombreux mensonges profĂ©rĂ©s par Melkor lui-mĂȘme, enviant les talents de FĂ«anor et voulant clamer son rĂŽle dans ses accomplissements. Car il est certain que, bien qu'il put ĂȘtre pris au piĂšge (commes d'autres) par les mensonges de Melkor, aucun Eldar n'haĂŻt jamais Melkor autant que FĂ«anor fils de FinwĂ«, lui qui le premier le nomma Morgoth.
§49b Et en ce temps-lĂ  fut accomplie l'Ɠuvre la plus renommĂ©e parmi toutes celles des Elfes. Car FĂ«anor, ayant atteint Ă  prĂ©sent sa pleine maturitĂ©, fut obnubilĂ© par une nouvelle idĂ©e, ou bien une ombre de prescience du destin qui devait s'accomplir lui parvint-elle peut-ĂȘtre ; et il se demanda comment la LumiĂšre des Arbres, la gloire du Royaume BĂ©ni, pourrait ĂȘtre conservĂ©e et rendue impĂ©rissable. Alors il commença un long et merveilleux travail ; et il eut recours Ă  tout son savoir, et Ă  sa puissance, et Ă  son art subtil, car il voulait Ă  prĂ©sent rĂ©aliser des choses plus belles que celles qu'aucun des Eldar n'avait dĂ©jĂ  faites, et dont la beautĂ© perdurerait jusqu'aprĂšs la Fin.
Trois joyaux fit-il, et il les nomma Silmarils. En leur cƓur, un feu vivant brĂ»lait, qui Ă©tait un mĂ©lange de la LumiĂšre des Deux Arbres. Ils brillaient de leur propre Ă©clat, mĂȘme dans les tĂ©nĂšbres de la plus profonde des salles du trĂ©sor ; cependant, toutes les lumiĂšres qui les Ă©clairaient, aussi faibles fussent-elles, ils les absorbaient, et les renvoyaient avec des teintes merveilleuses auxquelles leur propre feu intĂ©rieur donnait un charme incomparable. Aucune chair mortelle, ou impure, ou quoi que ce soit de malfaisant, ne pouvait les toucher sans ĂȘtre brĂ»lĂ© et flĂ©tri ; et aucune force dans tout le royaume d'Arda ne pouvait les abĂźmer ou les casser. Ces joyaux, les Elfes y tenaient bien plus qu'Ă  tous leurs travaux, et Varda les sanctifia, et Mandos prĂ©dit que les destins d'Arda, de la terre, de la mer et de l'air reposaient enfermĂ©s en eux. Et le cƓur de FĂ«anor fut rapidement liĂ© Ă  ces objets qu'il avait lui-mĂȘme fabriquĂ©s.
§50** Mais le cƓur de Melkor dĂ©sirait aussi ces bijoux, les plus beaux d'entre tous ; et Ă  partir de cet instant, la malveillance de Melkor, avec le dĂ©sir, grandit plus que jamais, bien que rien n'en transparĂ»t dans l'apparence qu'il se donnait, ou dans la forme avenante qu'il affectait, Ă  la maniĂšre de ses frĂšres les Valar. Et quand il sentit sa chance arriver, il sema des mensonges et des allusions malveillantes parmi ceux qui Ă©taient ouverts Ă  son discours. Et, dans les jours qui suivirent, amĂšrement les Noldor regrettĂšrent-ils leur folie. Venant souvent parmi eux, il prononçait toujours des paroles de grand Ă©loge, un miel doux mais empoisonnĂ© ; car au beau milieu des toutes ces belles paroles,d'autres Ă©taient toujours subtilement tissĂ©es. Il faisait apparaĂźtre dans leur cƓur des visions des royaumes de lĂ©gende dans l'Est, qu'ils auraient pu diriger, puissants et libres, Ă  leur propre guise. Puis il chuchotait, Ă  ceux qui se penchaient vers lui, que les dieux avaient amenĂ©s les Eldar Ă  Valinor parce qu'ils Ă©taient jaloux, effrayĂ©s que la beautĂ© des Quendi, et leur pouvoir de crĂ©ation qu'IlĂșvatar leur avait transmis, ne deviennent trop grands pour ĂȘtre dirigĂ©s par les Valar tandis que les Elfes croissaient et se dispersaient dans les vastes contrĂ©es du monde.
En outre, en ces jours, bien que les Valar fussent bien conscients de la venue des Hommes,2 les Elfes n'en savaient rien encore ; car les dieux ne l'avaient pas rĂ©vĂ©lĂ©, et le temps n'Ă©tait pas encore proche. Mais Melkor parla secrĂštement aux Elfes des Hommes Mortels, bien qu'il ne connĂ»t qu'une petite partie de la vĂ©ritĂ©. Seul ManwĂ« connaissait clairement quelque chose de la pensĂ©e d'IlĂșvatar Ă  propos des Hommes, et il a toujours Ă©tĂ© leur ami. Cependant Melkor chuchotait que les dieux gardaient les Eldar prisonniers pour que l'arrivĂ©e des Hommes les dĂ©possĂšdent des royaumes de la Terre du Milieu ; car les Valar estimaient qu'ils pourraient plus facilement avoir une emprise sur cette race plus faible et Ă©phĂ©mĂšre. Il n'y avait que peu de vrai dans cela, et rarement les Valar ont-ils rĂ©ussi Ă  inflĂ©chir les volontĂ©s ou les destins des Hommes, et encore moins vers le bien. Mais, parmi les Noldor, beaucoup crurent, ou crurent Ă  moitiĂ©, ces mauvaises paroles. [Il est Ă©galement dit qu'en ce temps Melkor parla aux Eldar des armes et des armures, et du pouvoir qu'ils donnent Ă  celui qui est armĂ© pour se dĂ©fendre (d'aprĂšs ce qu'il disait). Les Eldar n'avait jamais Ă©tĂ© en possession d'armes auparavant, et depuis l'enchaĂźnement de Melkor, les armureries des dieux avaient Ă©tĂ© fermĂ©es. Mais Ă  prĂ©sent les Noldor apprirent comment façonner les Ă©pĂ©es d'acier trempĂ©, et comment fabriquer des arcs et des flĂšches et des lances ; et en ces jours ils firent des boucliers et les blasonnĂšrent avec des emblĂšmes d'argent, d'or et de gemmes. Ainsi fut-il que les Noldor furent armĂ©s durant les jours de leur Fuite. Ce fut Ă©galement ainsi que, comme on le vit maintes fois, le mal de Melkor se retourna contre lui ; car les Ă©pĂ©es des Gnomes le blessĂšrent plus que toute autre chose sous la fĂ©rule des dieux sur cette terre. Cependant, ils ne retirĂšrent que peu de joie des enseignements de Melkor ; car ce fut avec leurs propores Ă©pĂ©es que les Gnomes subirent toutes leur peines, tel qu'on le verra par la suite. Dixit PengoloĂ°.]
§51 Ainsi, avant que les dieux en fussent conscients, la paix de Valinor fut empoisonnĂ©e. Les Noldor commencĂšrent Ă  murmurer contre les Valar et leur race ; et beucoup d'entre eux se gonflĂšrent de vanitĂ©, oubliant tout ce que les dieux leur avaient donnĂ© et appris. Plus fĂ©roce Ă©tait la flamme qui brĂ»lait dans le cƓur avide de FĂ«anor, et Melkor riait en secret, car ses mensonges avaient Ă©tĂ© profĂ©rĂ©s dans ce but par-dessus tout, et FĂ«anor Ă©tait celui qu'il haĂŻssait le plus, convoitant les Silmarils pendant tout ce temps. Cependant, il ne pouvait jamais les approcher ; car bien que FĂ«anor les portĂąt aux grandes occasions, flamboyant sur son front, autrement ils Ă©taient surveillĂ©s de prĂšs, enfermĂ©s dans les salles profondes de TĂșna. Il n'y avait pas encore de voleurs Ă  Valinor, mais FĂ«anor aimait les Silmarils d'un amour cupide, et se mit Ă  rechigner Ă  les montrer Ă  d'autres que son seigneur et pĂšre et ses fils.
§52 De grands princes Ă©taient FĂ«anor et Fingolfin, les fils aĂźnĂ©s de FinwĂ« ; mais chacun d'entre eux devint peu Ă  peu jaloux et fier de son droit et de ses possessions. Et voyez ! Melkor rĂ©pandit de nouveaux mensonges, et des rumeurs parvinrent Ă  FĂ«anor, disant que Fingolfin et ses fils, Fingon et Turgon, complotaient pour usurper le commandement de FinwĂ« et de la premiĂšre maison, celle de FĂ«anor, et de les supplanter avec l'aval des Valar - car il ne plaisait pas aux Valar que les Silmarils reposassent Ă  TĂșna, et qu'ils ne fussent pas confiĂ©s Ă  leur garde. De ces mensonges naquirent des disputent parmi les fiers enfants de FinwĂ«, et de ces disputes vint la fin des hauts jours de Valinor, et le soir de son ancienne gloire ; car FĂ«anor prononça des mots de rĂ©bellion contre les Valar, criant haut et fort qu'il voulait partir de Valinor et retourner dans le monde extĂ©rieur, et dĂ©livrer, comme il dit, les Gnomes de la servitude, s'ils le suivaient. Et quand Fingolfin essaya de le rĂ©frĂ©ner, FĂ«anor tira son Ă©pĂ©e contre lui.3 Car les mensonges de Melkor, bien qu'il ne sĂ»t pas clairement d'oĂč ils venaient, avaient pris racine dans la fiertĂ© de son cƓur.
§53 Les Valar furent alors courroucĂ©s et consternĂ©s, et4 FĂ«anor fut convoquĂ© pour rĂ©pondre de ses actes dans le Cercle de Justice ; et lĂ  les mensonges de Melkor furent dĂ©voilĂ©s aux yeux de ceux qui en avait la volontĂ©. Par dĂ©cision des dieux, FĂ«anor fut banni de TĂșna pour vingt ans5, puisqu'il en avait dĂ©rangĂ© la paix. Mais avec lui partit FinwĂ«, son pĂšre, qui l'aimait plus que ses autre fils, et bien d'autres Gnomes Ă©galement. Dans le nord de Valinor, dans les collines prĂšs des cavernes de Mandos, ils construisirent une place forte et une salle au trĂ©sor Ă  Formenos,6 et ils y rassemblĂšrent une multitude de gemmes. Mais Fingolfin dirigeait les Noldor Ă  TĂșna ; et ainsi les mots de Melkor semblĂšrent justifiĂ©s (bien que FĂ«anor eĂ»t causĂ© leur accomplissement de par ses propres actions), et l'amertume que Melkor avait semĂ©e perdura, mĂȘme si les mensonges avaient Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©s, et encore longtemps aprĂšs exista-t-elle entre les fils de FĂ«anor et Fingolfin.
§54 En plein milieu de leur conseil, les Valar envoyĂšrent Tulkas mettre la main sur Melkor et l'amener pour qu'ils soit jugĂ© une nouvelle fois, mais Melkor se cacha, et nul ne put dĂ©couvrir oĂč il Ă©tait allĂ© ; et les ombres de tout ce qui se tient debout semblĂšrent devenir plus grandes et plus tĂ©nĂ©breuses Ă  ce moment. On dit que pendant deux ans7 nul ne vit Melkor, jusqu'Ă  ce qu'il apparĂ»t Ă  FĂ«anor seul, feignant l'amitiĂ© par un discours rusĂ©, et le pressant de fuir comme il l'avait auparavant imaginĂ©. Mais sa ruse l'emmena plus loin que son but ; car, sachant que le cƓur de FĂ«anor Ă©tait esclave des joyaux, il finit par dire : « C'est une place forte et bien gardĂ©e ici, mais ne pense pas que les Silmarils reposeront en sĂ©curitĂ© dans aucune salle au trĂ©sor qui sera Ă  la portĂ©e des Valar ! »
Alors dans le cƓur de FĂ«anor, des flammes s'allumĂšrent, et ses yeux Ă©tincelĂšrent, et il vit Ă  travers les beaux aspects de Melkor jusqu'au plus profond de son esprit, oĂč il perçut son dĂ©sir fĂ©roce des Silmarils. Alors la haine de FĂ«anor surpassa sa peur, et il parla de façon mĂ©prisante Ă  Melkor, lui disant : « Disparais, clochard ! Charognard des prisons de Mandos ! » Et il claqua la porte de sa maison au nez du plus puissant des habitants d'Ëa, comme si c'Ă©tait un mendiant. Et Melkor partit honteux, car il Ă©tait lui-mĂȘme en danger, et ne voyait pas encore le temps de sa vengeance ; mais son cƓur Ă©tait noir de colĂšre. Et FinwĂ« fut empli de terreur, et envoya en hĂąte des messagers aux Valar.
§55 A prĂ©sent les dieux Ă©taient assis en assemblĂ©e devant leur portes, redoutant l'allongement des ombres, quand le messager de FinwĂ« vint, mais avant que Tulkas n'ait pu se mettre en route, d'autres vinrent, amenant des nouvelles d'Eldanor. Car Melkor avait fui Ă  travers le Kalakirya, et les Elfes l'avaient vu passer furieux depuis la colline de TĂșna, tel un nuage noir. Ainsi, Melkor partit, et pour un temps les Arbres brillĂšrent de nouveau sans ĂȘtre assombris, et Valinor Ă©tait belle ; cependant, tel un nuage lointain qui se dessine, toujours plus haut, portĂ© par un lent vent froid, Ă  prĂ©sent un doute ternissait la joie de tous les habitants d'Aman, les terrifiant, car il ne savaient pas quel mal pourrait encore advenir. Et les Valar cherchĂšrent toujours des nouvelles de Melkor, en vain. Mais il partit d'Eldanor et8 vint dans cette rĂ©gion appelĂ©e Arvalin, qui s'Ă©tend au sud de la baie d'ElendĂ«, et qui est une terre Ă©troite situĂ©e sous les racines orientales des Montagnes d'Aman. LĂ  se trouvaient les ombres les plus profondes et les plus Ă©paisses du Monde. Dans ce pays secret et inconnu rĂ©sidait UngoliantĂ«, sous la forme d'araignĂ©e, la tisseuse de toiles sombres. Il n'est pas dit d'oĂč elle venait ; peut-ĂȘtre des TenĂšbres ExtĂ©rieures, qui s'Ă©tendent en EĂ€ au-delĂ  des murs du Monde. Elle vivait dans un ravin, et filait ses toiles dans une falaise des montagnes ; car elle aspirait la lumiĂšre et les choses brillantes pour les tisser de nouveau en rets noirs de pĂ©nombre Ă©touffante et de brouillard collant. Elle Ă©tait sans cesse affamĂ©e.
§56 Melkor rencontra UngoliantĂ« en Arvalin, et avec elle il complota sa revanche ; mais elle exigea une grande et terrible rĂ©tribution, avant de vouloir oser affronter les pĂ©rils de Valinor et le pouvoir des dieux. Alors, quand Melkor eut jurĂ© de lui donner tout ce qu'elle dĂ©sirait, elle tissa de grandes tĂ©nĂšbres autour d'elle pour les protĂ©ger, et des cordes noires fila-t-elle, et lança-t-elle de pic rocheux en pic rocheux ; et de cette façon elle escalada en fin de compte le plus haut sommet des montagnes ; loin au sud du Taniquetil. Dans cette rĂ©gion, la vigilance des Valar Ă©tait moindre, car les bois sauvages d'OromĂ« s'Ă©tendaient au Sud de Valinor, et les murs des montagnes regardait Ă  cet endroit Ă  l'est par-dessus les contrĂ©es inexplorĂ©es et les mers vides ; et les dieux montaient la garde plutĂŽt au Nord, oĂč depuis longtemps Melkor avait creusĂ© sa forteresse et son trĂŽne profond.
Pour les §§57-9 voir la fin du commentaire de ce chapitre, p. 193.

* [note de bas de page au texte] C'est-à-dire Byrde Míriel (la Tisseuse) : dixit Ælfwine.
1 Ce passage, concernant les gemmes fabriquées par Fëanor (qui suit « cependant ce fut le moindre de ses travaux ») fut une addition secondaire (voir p. 184). Voir le commentaire au §46c.
** Le début de ce paragraphe correspond de par son contenu à la fin du QS §49.
2 À partir de cet endroit, le texte, nouvellement Ă©crit et quasiment continu, se transforme en un traitement du manuscrit du QS lourdement modifiĂ© et interpolĂ© (p. 184).
3 « tira son épée contre lui » fut d'abord « le menaça de son épée ».
4 « Les Valar furent alors courroucés et consternés, et » fut une addition secondaire.
5 « vingt ans » fut d'abord « dix ans ».
6 « à Formenos » fut une addition secondaire.
7 « deux ans » fut d'abord « une longue période ».
8 À partir de cet endroit, le nouveau travail sur le chapitre cesse complĂštement, et les quelques diffĂ©rences d'avec le QS proviennent du prĂ©cĂ©dent ensemble de modifications qui avaient Ă©tĂ© conservĂ©es dans LQ 1 ; mais je fais part du texte jusqu'au §56 dans le but d'inclure la majoritĂ© de ces changements plus anciens.

Commentaire du Chapitre 6, « Des Silmarils et de l'enténÚbrement de Valinor »


Une comparaison montrera que les nouveaux Ă©crits de LQ sont en relation Ă©troite avec leur part correspondante des AAm. Des nouveaux Ă©lĂ©ments de LQ apparaissent Ă©galement dans AAm, comme la mĂšre de FĂ«anor, MĂ­riel (§78, p. 92), le crĂ©ation des lettres par RĂșmil et FĂ«anor (§§80, 83), ou le moment de la fabrication des Silmarils placĂ© aprĂšs le libĂ©ration de Melkor (p. 104, §92). Il y a constamment des similaritĂ©s d'expression et beaucoup de phrases totalement identiques (notamment dans la rencontre entre FĂ«anor et Melkor Ă  Formenos, LQ §54, AAm §102).
Peut-on Ă©tablir une prĂ©sĂ©ance entre les deux ? Il n'est guĂšre possible de le dĂ©montrer d'une façon ou d'une autre, car il y a des dĂ©tails isolĂ©s qui parlent en faveur des deux possibilitĂ©s. Ainsi, le mot de FĂ«anor Ă  Melkor, « clochard » fut le premier Ă©crit dans LQ, tandis que dans AAm il remplaça « mendiant » ; mais « les Valar furent alors courroucĂ©s et consternĂ©s » est un ajout Ă  LQ (note 4), tandis que « les dieux furent en colĂšre » dans les AAm (§99) ne l'Ă©tait pas. Le changement dans LQ de « dix ans » en « vingt ans » pour la durĂ©e du bannissement de FĂ«anor de Tirion (note 5) est aussi prĂ©sent dans les AAm (§99 et note 10), et le nom Formenos est un ajout dans les deux. Je pense en fait que les deux textes Ă©taient relativement contemporains. On verra qu'aprĂšs que la rĂ©vision de LQ fut finie, les AAm continuĂšrent (Ă  partir du §105) de la mĂȘme façon, plus large et expansive, fondĂ©e structurellement de maniĂšre Ă©vidente sur la tradition du Quenta : et en consĂ©quence, peut-ĂȘtre que le texte LQ tourna court parce que les « Annales » (qui n'Ă©taient alors plus tellement alors des « Annales ») avaient eu la prĂ©fĂ©rence de mon pĂšre.
Il semble impossible de dire comment il conçut la relation entre les deux Ă  ce moment. Comme je l'ai dit (p. 102), « nous pouvons voir disparaĂźtre la forme annale avec une narration bien fournie qui Ă©merge » ; et la narration des AAm, tout en n'ayant aucune phrase en commun avec la version du Silmarillion, est nĂ©anmoins de maniĂšre trĂšs Ă©vidente « la mĂȘme ». Elle lui est certainement trop similaire pour ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme la reprĂ©sentation d'une tradition sĂ©parĂ©e de savoir et de mĂ©moire, ou mĂȘme comme le travail d'un « savant » diffĂ©rent. Il y a seulement des variations des plus mineures dans les deux narrations (par exemple, dans LQ les messagers vinrent Ă  Valinor en disant que Melkor avait fui Ă  travers le Kalakirya avant que Tulkas ait pu le poursuivre (§55), tandis que dans les AAm les messagers vinrent « avant qu'OromĂ« et Tulkas ne fussent allĂ©s loin » (§104)) ; et il y a constamment un Ă©cho de vocabulaire et d'expression. Voir Ă  ce sujet plus loin pp.289-91.
§46b Byrde MĂ­riel (en note en bas de page au texte) : cf. AAm §78 (p.92), oĂč la mĂšre de FĂ«anor (dans un entrĂ©e de remplacement) se voit donner, de façon Ă©trange, en ancien anglais, le «surnom » Byrde, pas Serende, dans le texte lui-mĂȘme, et sans rĂ©fĂ©rence Ă  Ælfwine.
§46c Le passage dans les AAm §83 (p. 92 et note 5) concernant l'étude de Fëanor de la fabrication des gemmes par habileté fut un ajout, comme ce le fut dans le présent texte (note 1 ci-dessus) ; l'idée est associée au changement voulant que les gemmes ne fussent plus conçues par les Noldor, mais tirées du sol d'Aman (voir LQ §40 et commentaire).
Pour la mention des « cristaux, dans lesquels on pouvait apercevoir, petites mais nettes, des choses lointaines » (auxquels il n'est pas fait rĂ©fĂ©rence dans les AAm) cf. les paroles de Gandalf dans Les Deux Tours (III. 11) : « Les palantĂ­ri venaient d'au-delĂ  de l'Ouistrenesse, d'Eldamar. Les Noldor les fabriquĂšrent. Il se peut que FĂ«anor lui-mĂȘme les ait conçus, en des jours si lointains que le temps ne peut ĂȘtre mesurĂ© en annĂ©es. »
§49a Cf. AAm §123 (p.108) : « Alors FĂ«anor s'Ă©leva et maudit Melkor, l'appelant Morgoth ». Dans les AAm Melkor est utilisĂ© tout du long, jusqu'au moment oĂč FĂ«anor le nomme Morgoth (p. 123, §123) ; donc de mĂȘme dans la rĂ©vision du QS l'utilisation de Morgoth avant ce moment de la narration fut changĂ©e en Melkor.
§49b Le passage concernant les Silmarils correspond (dans son contenu) à la derniÚre partie du §46 du QS ; car, dans les AAm, la fabrication des Silmarils vient à présent aprÚs la libération de Melkor.
§50 Le passage sur l'armement des Elfes n'est plus donnĂ© en note, et est dĂ©placĂ© Ă  un autre endroit que celui du QS (§49) ; mais il est mis entre crochets et attribuĂ© Ă  PengoloĂ°. En tout cas le texte est Ă  ce moment extrĂȘmement dĂ©sordonnĂ©, puisqu'il est constituĂ© d'une part d'une rĂ©Ă©criture et
d'autre part de passages du texte originel du QS, conservés. La vieille note fut globalement réécrite
sous une nouvelle forme, bien qu'elle ne fusse pas énormément modifiée par rapport à la forme plus ancienne : la différence principale étant que tandis qu'il est dit dans le QS que les Elfes avaient auparavant possédé des « armes de chasse, des lances, des arcs et des flÚches », il est maintenant dit (comme dans les AAm, p. 96, §97) qu'ils n'eurent pas d'armes auparavant. Voir plus loin p.281.
§52 À propos de FĂ«anor tirant son Ă©pĂ©e contre Fingolfin voir p.104, §98. - Il est curieux que (malgrĂ© §46b « Ă  Tirion au sommet de TĂșna ») ici « les Silmarils reposent Ă  TĂșna », et de nouveau au §53 « Fingolfin dirigeait les Noldor Ă  TĂșna ». On retrouve la mĂȘme chose dans les AAl (p.90, §67), et bien plus tard (voir p. 282).
§55 Les mots « en EÀ », qu'on ne trouve pas dans LQ 1, appartiennent au travail tardif apporté au manuscrit du QS, tel qu'il fut présenté dans le texte donné ci-dessus (voir note 8). Concernant les mots « des TenÚbres Extérieures, qui s'étendent en EÀ au-delà des murs du Monde » voir pp. 62-4.
§§57-9 Dans les derniers paragraphes du chapitre, qui ne sont pas donnés dans le texte (p. 191), les changements apportés au QS furent :
    §57 Morgoth > Melkor, et à toutes les occurrences qui suivent.
    §58 TĂ»n > TĂșna ; les cĂŽtes d'Elvenhome > les cĂŽtes d'Eldamar ;
    Silpion > Telperion ; protégé par le destin omis ; avec sa lance noire >
    soudainement avec sa lance noire ; feuille et branche et racine > racine et
    feuille et branche
    [NdT : à noter qu'en VO Tolkien utilise ici deux mots différents pour « branche » : « branch » la premiÚre fois, et « bough » la seconde] ; et à la fin du paragraphe (aprÚs elle enfla en une forme monstrueuse) fut ajouté : mais elle était toujours assoiffée. Elle but alors aussi le contenu des vasques de Varda, et les assécha entiÚrement.
    §59 leurs pieds > les pieds des chasseurs ; échappÚrent à la chasse > leur échappÚrent.

J'ai noté plus haut (p. 142) que bien plus tard (aprÚs la réédition du Seigneur des Anneaux) mon pÚre introduisit la nouvelle narration dans le corps du Quenta Silmarillion : en commençant par le Chapitre 1, qui devint le Valaquenta, et ensuite en sautant au présent chapitre, 6. Une nouvelle histoire d'implications divergentes, celle de la mort de la mort de Míriel, la mÚre de Fëanor, et du second mariage de Finwë avec Indis des Vanyar, est maintenant présente ; mais ce développement final et complémentaire, n'est pas traité ici mais le sera plus loin (voir pp. 205 sqq.).


Dernière édition par Incanus le 19 Mai 2007 12:59; édité 4 fois
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé MSN Messenger
Incanus

RĂ©dacteur


RĂ©dacteur

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 28 Nov 2006
Messages: 153
Localisation: Paris

MessagePosté le: 23 Avr 2007 0:56     Sujet du message: Répondre en citant

7. DE LA FUITE DES NOLDOR


L'histoire textuelle de ce chapitre est relativement simple (pour la rĂ©ecriture tardive qui vient d'ĂȘtre mentionnĂ©e, qui s'y Ă©tend lĂ©gĂšrement, voir pp. 292 sqq.). Le chapitre originel du QS (V.232-8, oĂč il est numĂ©rotĂ© 5) fut corrigĂ©, de maniĂšre pas trĂšs exhaustive, au moment de la rĂ©vision de 1951, et fut tapĂ© corrigĂ© sur le texte dactylographiĂ© LQ 1. Celui-ci ne reçut aucune correction, mais sur le tapuscrit dactylographiĂ© tardif LQ 2 mon pĂšre fit quelques changements, principalement les altĂ©rations classiques de noms. Dans ce cas je ne donne pas le texte rĂ©visĂ©, mais je rĂ©pertorie individuellement les changements significatifs apportĂ©s au QS. Des petits changements variĂ©s d'expression ne sont pas mentionnĂ©s, non plus que les changements standards de noms tels que Melko > Melkor, TĂ»n > TĂșna ou Tirion, KĂŽr > TĂșna, la passe de KĂŽr > la passe de Kalakiryan, ElwĂ« > OlwĂ«. Au §69 western land > Westland et HelkaraksĂ« > HelkaraxĂ« (ainsi Ă©crit dans les AAm), au §70 rivages d'Elvenhome > rivages d'Eldanor, et au §71 Eruman > Araman (cf. AAm §125, pp. 108,123).
§60 Aux trois premiĂšres occurrences, « Morgoth » > « Melkor », et Ă  la fin du paragraphe, aprĂšs « la violence de Melkor », il fut ajoutĂ© : « car tel fut son nom Ă  partir de ce jour parmi les Gnomes » ; et Ă  partir de lĂ  « Morgoth » fut maintenu. En bas de la page, mon pĂšre nota : « Dans une forme plus ancienne, Moringotto ». Ce fut ici que fut introduite l'histoire qui voulut que Melkor reçût le nom Morgoth Ă  ce moment, bien qu'il n'y eĂ»t pas encore de suggestion que ce fut FĂ«anor qui le lui donnĂąt. Ceci fut introduit dans les AAm (§ 123) et dans la rĂ©Ă©criture contemporaine du Chapitre 6 (p. 186, §49a) ; il n'y a aucun doute que mon pĂšre raya au mĂȘme moment sur le manuscrit du QS l'ajout qui vient d'ĂȘtre donnĂ©, et y substitua : « Ainsi FĂ«anor le nomma en cette heure : l'Ennemi Noir, et il porta par la suite toujours ce nom parmi les Noldor. » Morgoth fut traduit « l'Ennemi TĂ©nĂ©breux » [NdT : Tolkien utilise ici deux mots diffĂ©rents pour dire « ennemi » : « enemy » et « foe »] dans le passage des AAm, mais pour une raison quelconque ce fut rejetĂ© (p. 120, note 2).
La phrase dans le §60 « une chose qui n'avait pas encore Ă©tĂ© vue, et qui dans la nuit tombante avait semblĂ© ĂȘtre une araignĂ©e d'une forme monstrueuse » fut changĂ©e en « une chose qui n'avait pas encore Ă©tĂ© vue et pour laquelle il n'y avait pas de nom, une vaste forme de tĂ©nĂšbres noires dans la nuit tombante » ; cf. AAm §122. Les Valar sont censĂ©s tout ignorer de la nature de l'aide qu'avait invoquĂ©e Melkor (cf. AAm §124), et les TĂ©nĂšbres (ou la « non-LumiĂšre ») d'UngoliantĂ« devient une idĂ©e centrale de la lĂ©gende.
§62 Le passage concernant les Orcs, à partir de « il donna naissance à la race des Orcs » fut réécrit tel qu'il suit :
    il donna naissance Ă  la race des Orkor,* et ils grandirent et se multipliĂšrent dans les entrailles de la terre. Morgoth fit ces crĂ©atures par jalousie et moquerie des Elfes. Par consĂ©quent, de forme, ils Ă©taient comme les Enfants d'IlĂșvatar, cependant considĂ©rĂ©s comme immondes ; car ils Ă©taient faits de haine, et de haine Ă©taient emplis. Leur voix Ă©taient comme des fracas de pierre, et il ne riaient pas, sauf du tourment et des actions mauvaises. Les Noldor les appelĂšrent Glamhoth, les hĂŽtes du tumulte.
      * [note au texte en bas de page] Dans le langage Gnomique ce nom est orch pour un, yrch pour beaucoup. Nous pouvons les nommer Orcs, car dans les jours anciens ils Ă©taient forts et cruels comme des dĂ©mons ; cependant ils Ă©taient d'une autre espĂšce, une progĂ©niture de terre corrompue par le pouvoir de Morgoth, et ils pouvaient ĂȘtre tuĂ©s ou dĂ©truits par les vaillants : dixit Ælfwine.

Tel qu'Ă©crit au dĂ©part, ceci est reliĂ© de façon proche au §127des AAm (voir pp. 120-1, notes 5-7, et commentaire p. 123), et contient les mĂȘmes conjonctions de deux thĂ©ories apparemment diffĂ©rentes : que les Orcs furent « faits » par Morgoth et qu'il Ă©taient « une progĂ©niture de terre » corrompue par lui.
Mon pùre modifia alors le passage en supprimant la note en bas de page d'Ælfwine concernant le mot Orkor, mais en ajoutant un passage assez similaire dans le corps du texte, ainsi :
    Les Noldor les appelĂšrent Glamhoth, les hĂŽtes du tumulte. Nous pouvons les nommer Orcs ;* car dans les jours anciens ils Ă©taient forts et cruels comme des dĂ©mons. Cependant ils n'Ă©taient pas de l'espĂšce des dĂ©mons, mais une progĂ©niture de terre corrompue par Morgoth, et ils pouvaient ĂȘtre tuĂ©s ou dĂ©truits pas les vaillants avec des armes de guerre.
      * [note au texte en bas de page] dixit Ælfwine.


Le rĂ©arrangement est curieux, car la contribution d'Ælfwine peut difficilement ĂȘtre limitĂ©e aux mots « Nous pouvons les nommer Orcs » (voir p. 124) ; mais peut-ĂȘtre qu'en plaçant l'astĂ©risque Ă  cet endroit mon pĂšre voulait indiquer que tout ce qui la suit Ă©tait ajoutĂ© par Ælfwine. Sur le tapuscrit du LQ il le changea de nouveau, mettant tout le passage depuis « Nous pouvons les nommer Orcs » en tant que note en bas de page.
Sur le manuscrit du QS, il griffonna plus tard, à cÎté de la premiÚre partie du passage, à propos de la création des Orcs : « Changer ceci. Voir Annales. » Ceci fait référence au changement introduit dans les AAm, dans lequel les Orcs avaient été élevés à partir de Quendi capturés de nombreux ùges auparavant : voir le commentaire sur le § 127 des AAm (p. 123).
§67 « maßtres de la lumiÚre enchantée » > « maßtres de la LumiÚre immaculée » ; cf. AAm §133 « seigneurs de la LumiÚre immaculée ».
§68 « Mais parmi ses propres fils, seul Inglor prit son parti [Ă  Finrod] ; Angrod et Ægnor se rangĂšrent du cĂŽtĂ© de FĂ«anor, et Orodreth resta Ă  part. » > « Mais parmi ses propres enfants, seul Inglor parla comme lui ; car Angrod et Egnor et Galadriel Ă©taient du cĂŽtĂ© de Fingon, tandis qu'Orodreth resta Ă  part et ne parla pas. » A la premiĂšre Ă©criture des AAm, le mĂȘme compte-rendu des associations des princes Noldorin fut donnĂ©, mais il fut immĂ©diatement changĂ© : voir AAm §136 (pp. 112,125), et p. 121, note 12.
« et avec Fingolfin il y avait Finrod et Inglor » > « et avec Fingolfin il y avait Finrod et sa maison »
§72 La totalité de ce paragraphe fut réécrit tel qu'il suit :

Alors Finrod s'en retourna, Ă©tant empli de peine et d'amertume envers la maison de FĂ«anor en raison de sa parentĂ© avec OlwĂ« d'AlqualondĂ« ; et nombre de ses gens allĂšrent avec lui, revenant sur leur pas dans le chagrin, jusqu'Ă  contempler une nouvelle fois le trait lointain de Mindon sur TĂșna, brillant toujours dans la nuit, et ils revinrent ainsi enfin Ă  Valinor. Et ils reçurent le pardon des Valar, et Finrod fut dĂ©signĂ© pour gouverner les Noldor restants du Royaume BĂ©ni. Mais ses fils n'Ă©taient pas avec lui, car ils n'auraient pas abandonnĂ© les fils de Fingolfin ; et tout le peuple de Fingolfin continua de l'avant, redoutant d'affronter le jugement des dieux, puisque tous n'Ă©taient pas innocents du massacre d'AlqualondĂ«. De plus, Fingon et Turgon, bien qu'il n'eussent pas prit part dans cette action, Ă©taient intrĂ©pides et enflammĂ©s de cƓur et rechignaient Ă  abandonner toute tĂąche qu'ils s'Ă©taient assignĂ©e avant sa fin amĂšre, si amĂšre elle devait ĂȘtre. Ainsi, la plupart du groupe continua, et le mal qui avait Ă©tĂ© prĂ©dit commença son Ɠuvre bien trop rapidement.

Ceci est presque mot pour mot le mĂȘme passage que dans le §156 des AAm, la seul vĂ©ritable diffĂ©rence Ă©tant ici la mention du fait que Fingon et Turgon n'avaient pas pris part au fratricide. Cependant, on voit que la rĂ©Ă©criture du QS prĂ©cĂ©da ce passage dans les AAm par le fait qu'OlwĂ« est ici un changement tardif d'ElwĂ«.
§73 « et ils emmenÚrent avec eux seulement ceux qui étaient fidÚles à leur maison, parmi lesquels se trouvaient Angrod et Egnor. » fut laissé inchangé, par inadvertance, et survécut dans le tapuscrit LQ 2. L'association d'Angrod et Egnor avec les Fëanoriens (de telle sorte qu'ils se sont vus accorder le passage en Terre du Milieu à bord des bateaux) avait été abandonnée dans les réécritures du QS §§68,72, donné ci-dessus.
« un grand incendie, terrible et flamboyant » > « un grand incendie, terrible et flamboyant, au lieu qui fut plus tard appelĂ© Losgar, Ă  l'embouchure de l'Estuaire du Drengist ». Le mĂȘme ajout fut apportĂ© aux AAm (§162, pp. 120, 127, et p.122 note 20).
« Par conséquent mené par Fingolfin, et Fingon, Turgon, et Inglor » > « Par conséquent mené par Fingolfin et ses fils, et par Inglor et la belle et vaillante Galadriel » ; ceci est quasiment le texte des AAm (§163, p. 120).
« et arriva en Beleriand au lever du soleil » > « et arriva en Terre du Milieu au lever de la Lune » ; cf. AAm §163 (pp. 120, 127).
Des modifications effectuĂ©es sur l'une des copies du tapuscrit LQ 2 donnent les noms ou les formes des noms tardifs de certains des princes Noldorins, comme dans le Chapitre 5 (pp. 177, 181, §§41-2) : Finrod > Finarphin et Finarfin, Inglor > Finrod, Egnor > Ægnor (comme modifiĂ© dans le Chapitre 5, Ă©crit Aegnor). - Dans « son ancienne forteresse, Utumno dans le Nord » (§62) Utumno > Angband ; ceci reflĂšte l'histoire tardive qui veut qu'Utumno et Angband furent toutes deux construites dans les jours anciens (voir p. 156, §12) - et ce fut bien Ă©videmment dans sa forteresse occidentale, Angband, que Melkor retourna et qu'il reconstruit Ă  partir de ses ruines.
A cĂŽtĂ© du passage du §68 « La plus grande partie suivait Fingolfin, qui, avec ses fils, se joignaient Ă  l'avis gĂ©nĂ©ral contre leur propre sagesse, car ils ne voulaient pas dĂ©serter leur peuple » mon pĂšre nota sur une copie du LQ 2 : « aussi Ă  cause de la promesse faite par Fingolfin (au-dessus) » Ceci fait rĂ©fĂ©rence Ă  un passage de la derniĂšre rĂ©Ă©criture du chapitre prĂ©cĂ©dent (p. 287, §58c), oĂč Fingolfin dit Ă  FĂ«anor devant ManwĂ« : « Tu prendras la tĂȘte et je suivrai. » Le mot « au-dessus » veut dire que le texte final Ă©tait existant et avait Ă©tĂ© incorporĂ© au tapuscrit LQ 2.


Dernière édition par Incanus le 19 Mai 2007 13:15; édité 5 fois
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé MSN Messenger
Incanus

RĂ©dacteur


RĂ©dacteur

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 28 Nov 2006
Messages: 153
Localisation: Paris

MessagePosté le: 23 Avr 2007 1:07     Sujet du message: Répondre en citant

8. DU SOLEIL, DE LA LUNE, ET DE LA DISSIMULATION DE VALINOR


La situation textuelle ici est la plus simple ayant Ă©tĂ© vue jusqu'Ă  prĂ©sent : nous avons le chapitre dans le QS (V.239-43), et les modifications apportĂ©es au QS en 1951, prises en compte dans le tapuscrit LQ 1, qui ne fut pas modifiĂ© par la suite. (Quelques altĂ©rations Ă©crites d'un trait lĂ©ger de crayon ne furent pas incorporĂ©es dans LQ 1, soit parce que le dactylo n'a pu les interprĂ©ter, ou parce qu'elles ne furent inscrites sur le manuscrit que par la suite.) Tout comme dans le chapitre 6 (p. 184) le tapuscrit tardif LQ 2 est inexistant. L'histoire de ce chapitre dans Le Silmarillion se termine par consĂ©quent par les quelques changements apportĂ©s au QS en 1951 ; il y a aussi le rĂ©cit dans les AAm §§164-81, qui Ă©tait lui-mĂȘme un dĂ©rivĂ© proche du QS, avec des changements et des omissions. Dans ce cas, de nouveau, je donne les changements significatifs apportĂ©s au QS, et non le texte en entier. Les changements standards de noms sont (§79) Kalakilya > Kalakiryan, la colline de KĂŽr > la colline de TĂșna.
§74 Le passage commençant par « Et Manwë pria Yavanna ...» fut changé en une forme presque identique à celle du §167 des AAm (p. 129) :
    Alors ManwĂ« pria Yavanna et NiĂ«nna de dĂ©ployer tous leurs pouvoirs de croissance et de guĂ©rison; et elle dĂ©ployĂšrent tous leurs pouvoirs sur les Arbres. Mais les larmes de NiĂ«nna ne furent pas efficaces pour guĂ©rir leurs blessures mortelles ; et pendant un long moment, Yavanna chanta seule dans les ombres. Et alors mĂȘme que l'espoir faiblissait et que son chant hĂ©sitait, voyez ! Telperion produisit enfin sur une branche sans feuille une grande fleur d'argent, et Laurelin un unique fruit d'or.
§75 Le passage faisant part des noms du Soleil et de la Lune fut changé en une forme intermédiaire, entre celle du QS et celle des AAm §171 :
    Isil la Brillante fut le nom donnĂ© par les dieux anciens Ă  la Lune Ă  Valinor, et Anar Feu-DorĂ© celui donnĂ© au Soleil ; mais les Eldar les nommĂšrent aussi RĂĄna le versatile, celui qui donne des visions, et [Úrin >] Naira, le cƓur de flammes, celle qui Ă©veille et consume.
Ainsi, Úrin > Anar (avec un sens diffĂ©rent, « Feu-DorĂ© »), comme dans les AAm, mais celui-ci et Isil restent des noms donnĂ©s par les Dieux, pas par les Vanyar ; Úrin fut tout d'abord changĂ© en Anar et devint le nom eldarin du Soleil, mais fut ensuite remplacĂ© par Naira (VĂĄsa dans les AAm). RĂĄna (remplaçant Răna) et Naira restent des noms eldarins, tandis que dans les AAm RĂĄna et VĂĄsa sont noldorins.
« La demoiselle choisie par les Valar parmi leur propre peuple » > « La demoiselle que les Valar choisirent parmi les Maiar » (en accord avec les AAm §172).
A cĂŽtĂ© d'Arien, crayonnĂ© dans la marge (au-dessus de l'insertion originelle par Ælfwine dans la marge : hyrned « cornu » Ă  cĂŽtĂ© du nom Tilion, V.240, note en bas de page) il y a le mot de vieil anglais DĂŠgbore (« porteur-du-Jour », fĂ©minin) non rĂ©pertoriĂ©. Dans les AAm (§172, notes dans la marge) les mots de vieil anglais fournis par Ælfwine sont hyrned et dĂŠgred (aurore, aube).
« les vasques allumées par la lumiÚre tremblante de Silpion » > « les vasques d'Estë dans les lueurs tremblantes de Telperion » (en accord avec les AAm §172). Silpion > Telperion par la suite (voir p. 59, §5).
§76 « Rãna fut ouvragé en premier » > « Isil fut ouvragée en premier » (comme dans les AAm §173).
« Melko » > « Morgoth », parce qu'il est connu sous le nom de Morgoth dans la narration Ă  partir du moment oĂč on lui donne ce nom (p. 194, §60).
§77 « les priÚres de Lórien et Nienna » > « les priÚres de Lórien et d'Estë » (comme dans les AAm §175).
« Varda changea son dessein » > « Varda changea d'avis » (comme dans les AAm §175).
La totalité du passage commençant par « est l'heure de la plus belle lumiÚre » et continuant jusqu'au §79 « les Valar conservÚrent le rayonnement du Soleil dans de nombreux vaisseaux » fut mis au passé (cf. AAM §§175-8).
§78 Eruman > Aruman (pas Araman). Comme Eruman fut changĂ© en Araman dans la rĂ©vision effectuĂ© au mĂȘme moment dans une page prĂ©cĂ©dente du QS (§71) Aruman est ici sans aucun doute simplement une altĂ©ration incomplĂšte.
§79 La rĂ©Ă©criture du passage du QS commençant par « Cette lumiĂšre ne survit que dans les Silmarils » Ă©limina enfin l'idĂ©e ancienne du « rallumage » de « l'Ancienne Lune et l'Ancien Soleil, que sont les Arbres » (pour l'histoire de ceci voir II.285-6, IV.20, 49, 98), ou tout du moins le restreignit en une prĂ©diction de la reconquĂȘte des Silmarils ; mais la prophĂ©tie Ă©trange d'Ulmo selon laquelle cela ne se produirait qu'avec l'aide des Hommes fut maintenue. Il n'y a rien dans les AAm qui corresponde Ă  ceci. Le passage modifiĂ© dit :
    Cette lumiĂšre ne survit plus maintenant que dans les Silmarils ; bien qu'un temps doive peut-ĂȘtre venir, oĂč ils seront retrouvĂ©s et leur feu libĂ©rĂ©, et la joie et la gloire anciennes reviendront. Ulmo prĂ©dit aux Valar...»
Cette phrase (inexistante dans les AAm, §180) « la flotte des Teleri tenait les cÎtes » fut changé en « reconstruite avec l'aide d'Ossë, la flotte des Teleri tenait les cÎtes ».
§80 « la Baie d'Elvenhome » > « la Baie d'Eldanor ».
Il me semble trĂšs probable que mon pĂšre effectua ses changements au QS avant d'Ă©crire le passage sur le Soleil et la Lune dans les Annales d'Aman ; dans tous les cas ils furent sans aucun doute trĂšs proches dans le temps.


Dernière édition par Incanus le 19 Mai 2007 11:51; édité 7 fois
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé MSN Messenger
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3496
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 23 Avr 2007 9:03     Sujet du message: Répondre en citant

(II) La Seconde Phase


Un problĂšme aigu de prĂ©sentation surgit dans le traitement de la derniĂšre version Ă©tendue du Chapitre 6 Des Silmarils et de l'EntĂ©nĂšbrement de Valinor (voir pp. 142, 184 et suivantes), en ce que la premiĂšre partie du nouveau texte Ă©tait basĂ©e sur et dĂ©veloppĂ©e par Ă©tapes Ă  partir d'une Ă©tude majeure et indĂ©pendante au sujet de la nature des Eldar. Naissant d'un rĂ©cit de leurs lois et coutumes relatives au mariage, cette discussion s'Ă©tend en une longue analyse sur la signification de la mort, de l'immortalitĂ© et de la re-naissance en ce qui concerne les Elfes. J'ai trouvĂ© que donner le dernier texte narratif du Chapitre 6 en suivant immĂ©diatement le texte de la version "premiĂšre phase", en reportant le long et remarquable essai dont il dĂ©rive, Ă©tait extrĂȘmement dĂ©concertant; alors qu'introduire l'essai dans la sĂ©rie des chapitres "premiĂšre phase" empirait les choses. Pour cette raison, j'ai divisĂ© cette partie du livre en deux sections, et donne ici sĂ©parĂ©ment les derniĂšres versions narratives des Chapitres 1, 6 et une partie du 7 avec l'essai sur les Eldar. Dater ces Ă©crits (et ceux donnĂ©s en Partie IV) avec une quelconque prĂ©cision vĂ©ritable semble impossible sur la base des preuves dont j’ai connaissance, mais ce qui en tient lieu indique clairement dans la plupart des cas la fin des annĂ©es cinquante et pas beaucoup plus tard (pour une discussion dĂ©taillĂ©e, voir p. 300).
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3496
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 23 Avr 2007 9:03     Sujet du message: Répondre en citant

LE VALAQUENTA


De la forme finale et étendue de l'ancien Chapitre 1, le Valaquenta (abrégé Vq), il existe deux textes, tous deux des tapuscrits réalisés par mon pÚre (Vq1 et Vq2). Vq1 commence comme une copie du LQ2, mais diverge trÚs vite, et, avec l'introduction de beaucoup de nouveaux sujets, s'en distingue entiÚrement par endroits. Bien que dactylographié, il s'agit principalement d'un texte brouillon, confus et (en tout cas tel qu'il existe à présent) incomplet. Il fut suivi immédiatement, je pense, par le texte fini Vq2.
Vq1 est intitulĂ© comme les versions prĂ©cĂ©dentes, "QUENTA SILMARILLION. Ici commence le Silmarillion, ou l'Histoire des Silmarils. I. Des Valar." Vq2, d'un autre cĂŽtĂ©, est intitulĂ© "VALAQUENTA. Ici se trouve le Compte des Valar et des Maiar selon le Savoir des Eldar." Que le premier chapitre originel du Silmarillion fĂ»t devenu une entitĂ© sĂ©parĂ©e comme l'AinulindalĂ« est indiquĂ©, en dehors du nouveau titre, par le fait qu'au texte final (LQ2) du chapitre suivant, De Valinor et des Deux Arbres, une page de titre (avec une page comportant le prĂ©ambule, la note d'Ælfwine, et la note du traducteur) fut attachĂ©e, et le chapitre numĂ©rotĂ© "1". Cette page de titre est virtuellement la mĂȘme que celle dans l'ancien tapuscrit QS (voir V.202), avec le titre "EldanyĂĄrĂ«" et en dessous "Quenta Silmarillion", la division en trois parties, et les formes Pennas Silevril, YĂ©nie ValinĂłren, Inias Valannar (lĂ  oĂč cependant l'ancien tapuscrit avait Ă©tĂ© changĂ© en Balannor), et Inias Beleriand. Le fait que ce fut repris du texte originel "EldanyĂĄrĂ«" suggĂšre qu'elle appartenait rĂ©ellement au LQ1 (dont la page de titre est manquante, p. 143). Il est vrai qu'elle fut dactylographiĂ©e au mĂȘme moment que le reste du LQ2, mais j'imagine que (ayant dĂ©cidĂ© de sĂ©parer le Valaquenta) mon pĂšre Ă  ce moment donna la page de titre du LQ1 Ă  copier au dactylographe du LQ2, aprĂšs quoi elle fut Ă©garĂ©e ou perdue. Il semble Ă©trange qu'il ait dĂ» faire ceci; au moins, on pourrait s'ĂȘtre attendu Ă  ce qu'il change le deuxiĂšme Ă©lĂ©ment de Les Annales de Valinor en Les Annales d'Aman. Il y fit en effet quelques corrections au crayon : YĂ©nie ValinĂłren en YĂ©nie ValinĂłreo (et sous ceci ValinĂłre YĂ©nie), et Inias Valannar en Ínias Dor-Rodyn.
Essentiellement, Vq1 fut la version innovatrice, et Vq2 affina stylistiquement le nouveau matĂ©riau, bien que, dans quelque cas que ce soit, il soit possible que Vq1 Ă©tait comme LQ2 et que Vq2 introduisit le nouveau texte; cependant je traite ce dĂ©tail comme largement nĂ©gligeable. Dans ce qui suit, je commente les caractĂ©ristiques notables se dĂ©gageant d'une comparaison entre le Valaquenta et LQ (c'est-Ă -dire, le texte corrigĂ© du LQ1 donnĂ© pp. 144-7, en rĂ©fĂ©rence aux paragraphes numĂ©rotĂ©s, avec les corrections faites Ă  sa copie LQ2 donnĂ©es pp. 148-9). Le texte du Valaquenta se trouve dans le Silmarillion publiĂ© (les rĂ©fĂ©rences se rapportent Ă  l'Ă©dition originale cartonnĂ©e, 1977). Étant donnĂ© qu'un certain nombre de changements Ă©ditoriaux a Ă©tĂ© apportĂ© au texte du Valaquenta, je rends compte de certains points de substance dans lesquels ils diffĂšrent.

§1 Les mots "Que cela soit !" ne furent pas inclus dans les textes Vq (voir p. 148, §1).
§2 La presque totalité de ce paragraphe concernant les Maiar et la confusion avec les Elfes (comme corrigé dans LQ2) subsistait encore dans Vq1, mais fut éliminée dans Vq2 (la premiÚre partie réapparaissant, réécrite, au début de la section "Des Maiar"). La fin du paragraphe, concernant la création des Enfants d'Eru, fut éliminée en Vq2 et ne réapparaßt pas.
§3 Tel que dactylographiĂ©, Vq1 reprenait exactement LQ dans la liste des "chefs des Valar" (avec LĂłriĂ«n comme dans LQ2 pour le prĂ©cĂ©dent Lorien), mais une liste des sept reines (Valier) est Ă©galement donnĂ©e : Varda, Yavanna, NiĂ«nna, VĂĄna, VairĂ«, Nessa, Uinen (s'accordant avec le tableau donnĂ© en p. 151). Dans Vq1, les neuf "chef" devinrent par correction sept : Melkor et OssĂ« furent retirĂ©s (et la place d'OromĂ« changĂ©e, de sorte qu'il figure aprĂšs AulĂ«); ceci est le nombre et l'ordre des "Seigneurs des Valar" dans Vq2 et dans l'Ɠuvre publiĂ©e (p. 25) Également par correction au Vq, les reines perdent Uinen mais gagnent EstĂ«, qui est placĂ©e aprĂšs NiĂ«nna, et VĂĄna est placĂ©e aprĂšs VairĂ«; ceci, Ă  nouveau, fut la forme finale. Ces changements, Ă  la fois aux Valar et aux Valier, furent Ă©galement effectuĂ©s sur le tapuscrit d'AAm (p. 69, §§1-2). Les noms VĂĄna et NiĂ«nna sont donnĂ©s ainsi dans Vq2.
La phrase dans LQ "bien qu'ils aient d'autres noms ou des noms altérés dans la langue des Sindar" fut conservée dans Vq1 avec l'ajout de "en Terre du Milieu", mais changée dans Vq2 en "bien qu'ils aient d'autres noms dans la langue des Elfes en Terre du Milieu."
§4 (Varda) L'histoire de la phrase "Avec ManwĂ« demeure Varda" (Le Silmarillion p. 26) est curieuse. QS §4 a "Avec lui demeure en tant que femme Varda ..."; par correction , dans LQ1 elle devint "Avec lui en Arda demeure en tant que compagne Varda ..."; et dans Vq, c'est "Avec ManwĂ« demeure Ă  prĂ©sent en tant que compagne Varda ..." En 1975, lorsque le travail principal sur le texte du Silmarillion publiĂ© Ă©tait fini, Ă©tant alors bien moins lucide que je ne le suis devenu depuis au sujet de certaines dates et relations textuelles (et ignorant de l'existence de quelques textes), je ne vis pas que ce "Ă  prĂ©sent" pouvait avoir une importance, et en outre, il contribuait au problĂšme de temps dans le Valaquenta, qui est discutĂ© ci-dessous; par consĂ©quent, je l'omis. Il est cependant sans aucun doute significatif. En AAm, il est dit (p. 49, §3) : "Varda Ă©tait la compagne de ManwĂ« depuis le dĂ©but", en contraste avec l'"union" ultĂ©rieure de Yavanna et d'AulĂ« "en Ëa" (sur laquelle voir sous §5 ci-dessous). Mais le texte tapuscrit d'AAm fut corrigĂ© (p. 69, §3) en "Varda Ă©tait la compagne de ManwĂ« depuis le dĂ©but d'Arda", ce qui indique qu'une conception complexe Ă©tait prĂ©sente (bien que jamais vraiment exprimĂ©e) concernant le moment de l'union" des grands esprits.
Dans le nouveau passage bien Ă©largi concernant Varda, Vq1 a "Elle parle rarement en mots, sauf Ă  ManwĂ«", lĂ  oĂč Vq2, suivi par le texte publiĂ© (p. 26), a "ManwĂ« et Varda se sĂ©parent rarement et vivent en Valinor."
(Ulmo) Le long nouveau passage concernant Ulmo apparut en Vq1, qui comporte quelques diffĂ©rences intĂ©ressantes par rapport Ă  la forme finale : il est dit qu'Ulmo "avait moins besoin de la lumiĂšre des Arbres ou de quelque lieu de repos", et que "ses conseils s'Ă©cartaient toujours de l'avis de ManwĂ« (auquel il obĂ©issait nĂ©anmoins)" : cf. l'AinulindalĂ« (p. 13, §18), "ManwĂ« et Ulmo ont Ă©tĂ© alliĂ©s depuis le dĂ©but, et en toutes choses ont servi le plus fidĂšlement les desseins d'IlĂșvatar". Dans les deux textes Vq, ses trompes sont appelĂ©es Falarombar, changĂ© sur le tapuscrit Vq2 en UlumĂșri; cf. le nom originel du cor d'OromĂ«, Rombaras (p. 35, §34), et les Étymologies, V.384, racine ROM.
(OssĂ« et Uinen) Le passage concernant OssĂ« et Uinen, fort Ă©tendu, apparaĂźt Ă  prĂ©sent dans la section "Des Maiar", Ă©tant donnĂ© qu'ils ont cessĂ© d'ĂȘtre comptĂ©s parmi les Valar (voir sous §3 ci-dessus).
§5 (AulĂ«) Dans les mots (se rĂ©fĂ©rant Ă  Melkor et Ă  AulĂ«) "Tous les deux, semblablement, dĂ©siraient crĂ©er du neuf et de l’inattendu, ce Ă  quoi d’autres n’auraient pas encore pensĂ©" (Le Silmarillion p. 27), il y a trĂšs probablement un reflet de la lĂ©gende de la crĂ©ation des Nains par AulĂ«.
(Yavanna) Ici à nouveau, comme avec Varda (§4 ci-dessus), j'ai changé à tort le texte concernant l'union de Yavanna avec Aulë. Les deux textes Vq ont "La compagne d'Aulë en Arda est Yavanna", et les mots "en Arda" sont certainement significatifs (voir V.120).
"Il en est certains qui l'ont vue se dresser comme un arbre sous le ciel" rappelle les versions tardives de l'AinulindalĂ«, oĂč c'est PengoloĂ° lui-mĂȘme qui dĂ©clare Ă  Ælfwine qu'il l'a vue ainsi "il y a de nombreuses annĂ©es, au pays des Valar" (p. 15, §25).
Le nom KementĂĄri apparaĂźt comme une correction de PalĂșrien dans LQ2, Chapitre 2 (p. 157, §14).
§6 (Mandos) Le changement Ă©ditorial de "au nord" en "Ă  l'ouest" dans "L’aĂźnĂ©, NĂĄmo, est en Mandos, Ă  l’ouest de Valinor" dans le texte publiĂ© (p. 28) est une erreur regrettable, que j'ai expliquĂ©e en I.82. - On peut noter ici que, dans le passage au §9 concernant NiĂ«nna, le changement de "les halls de Mandos, plus prĂšs et pourtant plus au nord" (trouvĂ© du QS au LQ2) en "les halls de Mandos, plus prĂšs des siens" n'est pas Ă©ditorial, mais se trouve dans les textes Vq.
§7 (Tulkas) La phrase "[il] vint en dernier sur Arda pour aider les Valar dans les premiÚres guerres contre Melkor " n'apparut qu'avec le texte Vq2, mais dérive de la derniÚre Ainulindalë (§31).
§8 (OromĂ«) lors d'une correction Ă  une seule des copies du LQ2, le nom Aldaron d'OromĂ« fut perdu (voir p. 149, §8), et il n'apparaĂźt dans un aucun des textes du Vq. Il n'aurait pas dĂ» ĂȘtre rĂ©introduit dans le texte publiĂ© (p. 29). La phrase (ibid.) "et les Sindar l’appellent Tauron" dĂ©rive du LQ2 et du Vq1, mais fut en fait modifiĂ©e dans Vq2 en "Tauron est-il appelĂ© en Terre du Milieu"; cf. sous §3 ci-dessus, oĂč "Sindar" fut Ă©galement retirĂ© dans Vq2. La traduction de Tauron devrait ĂȘtre "le Seigneur des ForĂȘts" [NdTr : la version anglaise du Silmarillion publiĂ© donne "le Seigneur de ForĂȘts"].
Le nom Nahar du cheval d'OromĂ« apparaĂźt en premier en AAm §31 (p. 70). - AprĂšs les mots "Ă  poursuivre les crĂ©atures malfaisantes de Melkor" (Le Silmarillion, p. 29), les textes Vq ont "Mais le ValarĂłma ne retentit plus, et Nahar ne galope plus en Terre du Milieu depuis le changement du monde et la disparition des Elfes, qu'il aimait." Cette phrase remonte Ă  travers les versions au QS (bien que le ValarĂłma n'y apparaisse pas jusqu'au LQ2, de mĂȘme que Nahar jusqu'au Vq), et je regrette son exclusion du Silmarillion.
§9 (NiĂ«nna) Le passage sur NiĂ«nna apparaĂźt Ă  un endroit plus avancĂ© dans Vq (suivant les FĂ«anturi, auxquels elle est Ă  prĂ©sent "apparentĂ©e") qu'il ne le faisait dans les versions prĂ©cĂ©dentes. Les mots "sƓur des FĂ«anturi" sont un changement Ă©ditorial du Vq "sƓur de NĂĄmo" (voir p. 151, §9).

À la fin du compte des Valar et des Valier apparaĂźt le nom et le concept des Aratar, les Éminences d'Arda, qui sont huit aprĂšs le retrait de Melkor. Ceci contraste avec le concept des "Sept Grands du Royaume d'Arda" (p. 147, §10a), parmi lesquels Melkor est comptĂ©, mais pas OromĂ«, ni Mandos.
§§10a, b Des Maiar. Les mots dans le texte publié (p. 30) concernant Eönwë, "dont nul sur Arda ne surpasse la vaillance au combat", furent un ajout éditorial, effectué afin de préparer à sa direction des armées de l'Ouest lors de la Grande Bataille (Le Silmarillion, pp. 251-2). Pour la fin des Jours anciens, il n'y a pratiquement aucun matériau de la période suivant Le Seigneur des Anneaux.
(Melian) Dans LQ2, Melian Ă©tait dite ĂȘtre "du peuple de Yavanna"; voir p. 147, §10b.
(OlĂłrin) À la fin du passage sur OlĂłrin, il est gribouillĂ© sur le tapuscrit Vq1: "Il Ă©tait humble au Pays des BĂ©nis; et en Terre du Milieu, il ne chercha pas le renom. Son triomphe Ă©tait dans le soulĂšvement de ceux qui sont tombĂ©s, et sa joie Ă©tait dans le renouveau de l'espoir." Ceci apparaĂźt dans Vq2, mais mon pĂšre le plaça subsĂ©quemment entre guillemets. Il fut omis, Ă  tort, dans Le Silmarillion (p. 31).
Des Ennemis. Dans cette section presque entiĂšrement nouvelle apparaĂźt le concept selon lequel les Balrogs (Valaraukar) Ă©taient des esprits puissants d'avant le Monde; ainsi, Ă©galement en AAm* (p. 79, §30), les Balrogs sont dĂ©crits comme les principaux des "esprits malĂ©fiques qui avaient suivi [Melkor], les Úmaiar". Voir en outre p. 165, §18.
Les textes Valaquenta se terminent ainsi, et parlent du Marrissement d'Arda, la préoccupation sous-jacente de nombre des écrits donnés subséquemment dans ce livre :
    Ici se termine Le Valaquenta. De la grandeur et de la beautĂ© il est descendu jusqu'Ă  la ruine et aux tĂ©nĂšbres qui furent jadis le sort d'Arda Marrie. Si cela doit changer, si le Marrissement doit ĂȘtre guĂ©ri, ManwĂ« et Varda le savent peut-ĂȘtre, mais ils ne l'ont pas annoncĂ©, non plus que les sentences de Mandos.
La Seconde Prophétie de Mandos (V.333) avait dÚs lors à présent définitivement disparu. Ce passage fut utilisé pour former une conclusion au Silmarillion publié (p. 255).

Dans ma prĂ©face au Silmarillion, j'Ă©crivais que dans le Valaquenta, "nous devons admettre que si ce rĂ©cit contient des matĂ©riaux qui remontent aux premiers jours des Eldar en Valinor, ils furent remaniĂ©s Ă  une Ă©poque plus tardive, ce qui explique les changements continuels de temps et de point de vue, de sorte que les puissances divines semblent tantĂŽt prĂ©sentes et actives dans le monde, tantĂŽt lointaines, souvenir d’une Ăšre rĂ©volue."
Le problĂšme de temps dans cette Ɠuvre est certainement trĂšs difficile. DĂ©jĂ  dans Q (IV.78-9), le changement du passĂ© au prĂ©sent apparaĂźt, lĂ  oĂč OssĂ«, Uinen et Nienna sont dĂ©crits au prĂ©sent, en contraste avec tous les autres, alors qu'Ulmo "Ă©tait" le suivant de ManwĂ« en puissance, mais qu'il "demeure" seul dans les Mers ExtĂ©rieures. Dans QS (voir V.208), le prĂ©sent est utilisĂ©, principalement bien que pas exclusivement - mais "Tulkas avait beaucoup d'amour pour FionwĂ«" devint vite "a", et "OromĂ« Ă©tait un seigneur puissant" devint "OromĂ« est" lors de la rĂ©vision de 1951.
Avec les ajouts et les modifications rĂ©alisĂ©s au cours de cette rĂ©vision, les variations continuent. Dans LQ §10a, par exemple, "il y a neuf Valar", contrastant avec le passage originel en §3, "Les chefs des Valar Ă©taient neuf", qui remonte via QS au Q; ou dans le passage au sujet des Maiar en §10b "Parmi eux, ËonwĂ« ... et IlmarĂ« ... Ă©taient les principaux", mais "De nombreux autres y en a-t-il" (changĂ© de "avait"). Le mĂȘme mĂ©lange de prĂ©sent et de passĂ© se retrouve en AAm* (p. 65, §3).
La situation reste la mĂȘme dans les textes Vq, et, en prĂ©parant le Valaquenta Ă  la publication, j'ai modifiĂ© (avec hĂ©sitation et doute) certains des temps. Les passages de l'Ɠuvre publiĂ©e qui furent modifiĂ©s par rapport Ă  ceux dans Vq sont :
p. 25 : "Les Seigneurs des Valar sont sept, et les Valier sont sept aussi"; "Les noms des Seigneurs, dans le bon ordre, sont"; "Les noms des Reines sont"
p. 26 : "ManwĂ« est plus cher au cƓur d’IlĂșvatar et comprend mieux ses intentions"; "il la haĂŻssait et la craignait"
p. 27 : "Ulmo aime autant les Elfes que les Hommes"
p. 28 : "Les FĂ«anturi sont deux frĂšres"
p. 30 : "Bien qu’il en soit autrement en Aman" [NdTr : erreur de temps dans la version française]; "Les premiers des Maiar ... sont IlmarĂ« ... et EönwĂ«"
Dans tous les cas, exceptĂ© "il la haĂŻssait et la craignait" en p. 26, le temps fut changĂ© du passĂ© au prĂ©sent. Le changement en p. 28 paraĂźt en tout cas erronĂ© (cf. p. 26, "ManwĂ« et Melkor Ă©taient frĂšres dans l’esprit d’IlĂșvatar"); et faire n'importe lequel d'entre eux Ă©tait probablement une erreur de jugement. Mais le problĂšme est rĂ©el. Une considĂ©ration directrice dans la prĂ©paration du texte fut la rĂ©alisation de la cohĂ©rence et de la consistance; et un problĂšme fondamental Ă©tait l'incertitude quant au mode par lequel, dans la pensĂ©e ultĂ©rieure de mon pĂšre, le "Savoir des Eldar" avait Ă©tĂ© transmis. Mais je pense Ă  prĂ©sent que j'attachais trop d'importance au but de la consistance, qui peut ĂȘtre prĂ©sente quand elle n'est pas Ă©vidente, et Ă©tais trop disposĂ© Ă  m'occuper des "difficultĂ©s" simplement en les Ă©liminant.
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3496
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 23 Avr 2007 9:03     Sujet du message: Répondre en citant

LA PREMIÈRE VERSION DE L'HISTOIRE DE FINWË ET MÍRIEL


L'histoire de Finwë et Míriel, qui prendra une importance extraordinaire dans le travail ultérieur de mon pÚre sur Le Silmarillion, commence comme une annexe manuscrite à la révision "premiÚre phase" du chapitre 6, Des Silmarils et de l'EnténÚbrement de Valinor; elle fut insérée aprÚs l'exposé de l'habilité merveilleuse de Míriel, appelée Serende "la Brodeuse", mÚre de Fëanor, à la fin de LQ §46b (p. 185). Je me référerai à cette annexe comme "FM1" (i.e. le premier texte traitant de l'histoire de Finwë et Míriel dans le Quenta Silmarillion).
Un aspect curieux de ce texte est la prĂ©sence de dates dans la marge; et trois insertions tardives aux Annales d'Aman (p. 101, note 1 et 4) lui sont Ă©troitement associĂ©es. L'entrĂ©e en AAm pour l'AnnĂ©e valienne 1179 (p. 92) donnait la naissance de FĂ«anor Ă  Tirion et le nom de sa mĂšre, Byrde MĂ­riel. Par aprĂšs, mon pĂšre changea cette date en 1169, et en mĂȘme temps ajouta ces nouvelles annales :
    1170 MĂ­riel tombe endormie et s'en va en Mandar
    1172 Sentence de Manwë au sujet du mariage des Eldar
    1185 Finwë épouse Indis des Vanyar
Dans la prĂ©sente annexe au LQ, les dates, qui furent bien des fois changĂ©es, sont les mĂȘmes, ou les mĂȘmes Ă  un ou deux ans prĂšs. Il est Ă©vident que les insertions dans AAm et l'annexe au LQ sont contemporaines; et alors que mon pĂšre n'inscrivit les dates dans cette derniĂšre probablement que comme un guide de sa pensĂ©e (elles sont absentes des textes subsĂ©quents de FinwĂ« et MĂ­riel), le fait qu'il ait agi ainsi semble ĂȘtre un tĂ©moignage de la proximitĂ© que les deux "modes" prĂ©sentaient alors pour lui.
Le texte FM1 fut subsĂ©quemment corrigĂ© au stylo Ă  bille; les passages changĂ©s sont indiquĂ©s dans le texte qui suit maintenant. On peut noter ici qu'aux trois premiĂšres occurrences du nom, mon pĂšre Ă©crivit Mandar, le changeant avant que le texte ne fĂ»t achevĂ© en Mandos. L'entrĂ©e insĂ©rĂ©e en AAm pour l'annĂ©e 1170, citĂ©e ci-dessus, a aussi Mandar. Ainsi, mĂȘme ce nom, Ă©tabli depuis trĂšs longtemps, remontant Ă  la toute premiĂšre forme des lĂ©gendes, Ă©tait toujours susceptible de changer; mais ce fut un mouvement passager et il n'apparaĂźt plus.


À prĂ©sent il est dit que durant sa grossesse de son fils, MĂ­riel fut consumĂ©e en esprit et en corps; et qu'aprĂšs sa naissance, elle aspira au repos du labeur de vivre. Et elle dit Ă  FinwĂ« : "Jamais plus ne porterai-je d'enfant; car la force qui aurait nourri la vie de beaucoup s'est dĂ©versĂ©e en FĂ«anĂĄro."* Alors ManwĂ« accĂ©da Ă  la priĂšre de MĂ­riel. Et elle se rendit en Lorien, et s'allongea pour dormir sur un lit de fleurs [> sous un arbre argentĂ©]; et lĂ  son beau corps resta sans flĂ©trir sous la garde des demoiselles d'EstĂ«. Mais son esprit s'en alla reposer dans les halls de Mandos.
Le chagrin de Finwë fut grand, et il donna à son fils tout l'amour qu'il avait pour Míriel; car FeÀnåro ressemblait à sa mÚre en voix et en figure. Pourtant, Finwë n'était pas heureux, et il désirait avoir plus d'enfants. Par conséquent, il parla [> AprÚs quelques années, par conséquent, il parla] à Manwë, disant : "Seigneur, vois ! Je suis dépossédé; et seul parmi les Eldar, je suis sans épouse, et ne dois espérer aucun fils excepté un, et aucune fille. Alors qu'Ingwë et Olwë engendrent de nombreux enfants dans la félicité d'Aman. Dois-je rester ainsi à jamais ? Car j'estime que Míriel ne reviendra jamais de la maison de Vairë."
Alors ManwĂ« considĂ©ra les mots de FinwĂ«; et aprĂšs un temps, il convoqua tous les conseillers des Eldar, et en leur prĂ©sence, Mandos prononça cette sentence : "Telle est la loi d'IlĂșvatar pour vous [> Tel est le mode de vie qu'IlĂșvatar a dĂ©crĂ©tĂ© pour vous], ses enfants, comme vous le savez bien : les Premiers-nĂ©s ne prendront qu'une Ă©pouse et n'en auront pas d'autre dans cette vie, tant qu'Arda perdure. Mais cette loi ne tient pas compte [> Mais en cela il n'est pas tenu compte] de la Mort. Par consĂ©quent, cette sentence est Ă  prĂ©sent rendue, par le droit de lĂ©gifĂ©rer qu'IlĂșvatar confia Ă  ManwĂ« : que si l'esprit d'un conjoint, mari ou femme, abandonnant le corps, vient pour quelque cause Ă  passer sous la garde de Mandos, alors le vivant sera autorisĂ© Ă  prendre un nouveau conjoint. Mais cela ne peut ĂȘtre que si la premiĂšre union est dissoute Ă  jamais. Par consĂ©quent, celui qui est sous la garde de Mandos devra y rester jusqu'Ă  la fin d'Arda, et ne s'Ă©veillera pas Ă  nouveau ni ne prendra de forme corporelle. Car nul parmi les Quendi n'aura deux conjoints en mĂȘme temps vivants et Ă©veillĂ©s. Mais, Ă©tant donnĂ© qu'il ne peut ĂȘtre pensĂ© que le vivant confinera, par sa propre volontĂ© seulement, l'esprit de l'autre en Mandos, cette dĂ©sunion ne surviendra que du consentement des deux. Et aprĂšs le dĂ©livrement du consentement, dix annĂ©es des Valar passeront avant que Mandos le confirme. Pendant ce temps, chaque partie peut rĂ©voquer ce consentement; Mais quand Mandos l'a confirmĂ©, et que le conjoint vivant en a Ă©pousĂ© un autre, il sera irrĂ©vocable jusqu'Ă  la fin d'Arda. Telle est la sentence de NĂĄmo sur la question."
Il est dit que MĂ­riel rĂ©pondit Ă  Mandos, disant : "Je vins ici pour Ă©chapper au corps, et ne dĂ©sire jamais lui revenir"; et aprĂšs dix annĂ©es, la sentence de dĂ©sunion fut prononcĂ©e. [ajoutĂ© : Et MĂ­riel est Ă  jamais demeurĂ©e depuis dans la maison de VairĂ«, et son rĂŽle est d'y consigner les histoires de la parentĂšle de FinwĂ« et tous les faits des Noldor.] Et dans les annĂ©es suivantes [> Mais quand trois annĂ©es supplĂ©mentaires furent passĂ©es], FinwĂ« prit comme seconde Ă©pouse Indis des Vanyar, de la parentĂšle [> sƓur] d'IngwĂ«; et elle donna naissance Ă  cinq beaux enfants, dont ses deux fils sont les plus renommĂ©s dans les histoires des Noldor. Mais son enfant aĂźnĂ© Ă©tait une fille, Findis, et elle mit Ă©galement au monde deux autres filles : ÍrimĂ« et Faniel [> Faniel et ÍrimĂ«].
Le mariage du pĂšre ne fut guĂšre plaisant pour FeĂ€nĂĄro; et bien que l'amour entre eux ne fĂ»t pas diminuĂ©, FeĂ€nĂĄro n'avait pas beaucoup d'amour pour Indis ou ses enfants, et aussitĂŽt qu'il le pouvait, il vivait sĂ©parĂ© d'eux, Ă©tant occupĂ© depuis sa tendre enfance par le savoir et la technique auxquels il prenait, et il Ɠuvrait Ă  de nombreuses tĂąches, Ă©tant en toute activitĂ© enthousiaste et rapide.

Ici se trouve une direction pour retourner au LQ (au début du §46c, p. 185) aux mots "Car il grandit rapidement ..."

* [Note de bas de page au texte] Ainsi nomma-t-elle son fils : Esprit-de-Feu : et par ce nom était-il connu parmi les Eldar. [Fëanåro est épelé ainsi ici, mais FeÀnåro subséquemment.]


[NdTr : HoMe X, Morgoth's Ring, présente en cet endroit le texte Lois et coutumes parmi les Eldar, avant de poursuivre l'étude du Quenta Silmarillion tardif.]
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Dior

Modérateur général


Modérateur général

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 10 Aoû 2004
Messages: 3496
Localisation: Menegroth, deep under the sea

MessagePosté le: 23 Avr 2007 9:07     Sujet du message: Répondre en citant

VERSIONS ULTÉRIEURES DE L'HISTOIRE DE FINWË ET MÍRIEL
DANS LE QUENTA SILMARILLION


La version suivante de l'histoire est un court tapuscrit étroitement dérivé pour la majeure partie de celui dans Lois et coutumes parmi les Eldar (pp. 236-9); il s'intitule De Finwë et Míriel, et commence : "Finwë, premier seigneur des Noldor, avait pour femme Míriel, appelée la Serindë ..." (cf. p. 236). Il n'y a pas d'indication comme quoi il avait pour but de figurer dans le texte du Quenta Silmarillion, mais il peut difficilement y avoir un doute sur le fait que mon pÚre l'entendait ainsi; je m'y référerai donc comme "FM2".
La divergence la plus importante en FM2, par rapport au texte dans Lois et coutumes se trouve aux mots (p. 237) : "Alors ManwĂ« prit FinwĂ« en pitiĂ© et prit sa requĂȘte en considĂ©ration, et quand Mandos prononça sa sentence, comme il a Ă©tĂ© Ă©crit, ManwĂ« appela FinwĂ« Ă  lui ..." Dans le but d'inclure l'histoire dans la narration du Quenta Silmarillion, le jugement de Mandos devait Ă©videmment ĂȘtre donnĂ© Ă  cet endroit (comme il l'avait Ă©tĂ© dans la version originale, FM1, p. 206); et en FM2, le jugement fut prĂ©cĂ©dĂ© d'une rĂ©fĂ©rence au DĂ©bat des Valar et de quelques indications sur la nature de leur prĂ©occupation. Le mot "Statut" est employĂ© ici dans un sens plus large et dans un sens plus Ă©troit : comme le nom du compte-rendu rĂ©alisĂ© par les Eldar de toutes les questions applicables au jugement de Mandos, ainsi que comme le titre du jugement en question.


Alors ManwĂ« prit FinwĂ« en pitiĂ© et prit sa requĂȘte en considĂ©ration. Mais, parce que ceci lui semblait ĂȘtre une grande question, Ă  ne pas juger Ă  la lĂ©gĂšre, il convoqua les Valar en Conseil. Du long dĂ©bat qu'ils tinrent, les Elfes Ă©crivirent un compte-rendu, car leurs chefs furent autorisĂ©s Ă  ĂȘtre prĂ©sents.1 Ceci fut nommĂ© "Le Statut de FinwĂ« et MĂ­riel" et fut prĂ©servĂ© parmi les principaux de leurs livres de droit; car lors du dĂ©bat, avant que le Statut ne fĂ»t enfin Ă©tabli par la sentence de NĂĄmo Mandos, de nombreuses questions concernant les Eldar, leur destin en Arda, leur mort et re-naissance et la nature de leur mariage, furent examinĂ©es et jugĂ©es. Et les Valar Ă©taient grandement prĂ©occupĂ©s de voir que tout leur travail pour la garde de Valinor Ă©tait vain, pour protĂ©ger du mal et de l'ombre de Melkor, si toute chose, vivante ou non vivante, y Ă©tait amenĂ©e de la Terre du Milieu et y Ă©tait laissĂ©e libre ou non gardĂ©e; et ils perçurent enfin combien grand Ă©tait le pouvoir de Melkor en Arda, dans la crĂ©ation de laquelle, telle qu'elle Ă©tait,* sa part Ă©tait telle que toutes les choses, exceptĂ© seulement en Aman, avaient une inclination pour le mal et la perversion, Ă  partir de leurs justes formes et cours. C'est pourquoi ceux dont l'existence commença en Arda, et qui Ă©taient en outre par nature une union d'un esprit et d'un corps, tirant la nourriture de ce dernier d'Arda Marrie, doivent toujours ĂȘtre, Ă  un certain degrĂ©, sujets au chagrin, Ă  faire ou Ă  souffrir de choses non naturelles; et bien que demeurant en Aman, il puisse ĂȘtre une garde contre ce mal, il ne s'agissait pas d'une cure complĂšte, Ă  moins qu'en de longs Ăąges. Et Ă  cette pensĂ©e, une ombre passa sur les cƓurs des Valar, mĂȘme Ă  l'apogĂ©e du Royaume BĂ©ni, prĂ©sage des peines que les Enfants devront amener dans le monde.
À prĂ©sent, tel Ă©tait la sentence de NĂĄmo sur ce cas, et sur tous les cas oĂč un mariage des Eldar pourrait ĂȘtre dĂ©suni par la mort d'un seul des partenaires. 'Le Mariage parmi les Eldar est par et pour les Vivants ...'"

La sentence de Mandos, en FM2, ne diverge par rapport à la forme dans Lois et coutumes (pp. 225-6) que dans le détail de l'expression et pas du tout en substance, excepté pour une extension à la toute fin.

"... Car il doit ĂȘtre clairement compris que, quand cette volontĂ© de ne pas revenir a Ă©tĂ© solennellement dĂ©clarĂ©e et ratifiĂ©e par Mandos, alors le partenaire vivant peut prendre un autre conjoint lĂ©galement. Car il est contraire Ă  la nature des Eldar de vivre cĂ©libataire, et le Mort ne peut contraindre le Vivant Ă  rester solitaire contre son grĂ©. Si, par consĂ©quent, le Vivant prend un autre partenaire, la volontĂ© du Mort ne sera pas rĂ©voquĂ©e, mais sera une sentence de Mandos. Car il ne permettra Ă  aucun des Eldar de marcher vivant dans le corps qui a deux conjoints vivant aussi."
Ceci, en bref, fut la Sentence de Mandos, qui fut par aprÚs appelée le Statut de Finwë et Míriel. Et lorsque Mandos eut parlé en tant que Bouche de Manwë, les Eldar qui l'entendirent demandÚrent : "Comment la volonté ou la sentence seront-elles connues ?", et il fut répondu : "Uniquement par recours à Manwë et par la déclaration de Mandos. En ce domaine, il ne sera légal pour aucun des Eldar de juger de son propre cas. Car qui parmi les Vivants peut découvrir les pensées des Morts ou présumer des jugements de Mandos ?"
Alors Manwë appela Finwë à lui ...

* [Note de bas de page au texte] Arda Hastaina, ou "Arda Marrie", comme ils l'appelaient. Car Arda, ou en entier Arda Alahasta, l'"Immarrie", nomment-ils la pensée qu'ils avaient, chacun séparément, ou en tant que Conseil sous Manwë, de cette Arda dans laquelle Melkor n'avait aucune part.

D'autres divergences par rapport au texte de Lois et coutumes en FM2 furent reprises dans le texte final (FM4), qui est donnĂ© en entier aux pp. 256 et suivantes, et n'ont pas besoin d'ĂȘtre exposĂ©es ici, ou, si perdues par rapport au texte final, sont donnĂ©es en ses notes.
FM2 fut suivi d'un tapuscrit supplémentaire, "FM3", réalisé sur une machine différente (voir p. 300). Il s'agit expressément d'un chapitre du Quenta Silmarillion, avec le titre tel que dactylographié De Fëanor et de l'EnténÚbrement de Valinor, changé ultérieurement en De Finwë et Míriel. Cette version fut assez bien réduite par omissions, et mon pÚre la trouva manifestement insatisfaisante, car il en vint à réaliser une version supplémentaire et bien plus substantielle, "FM4", avec laquelle l'histoire textuelle du récit de Finwë et Míriel arrive à sa fin.
Il est clair que, quand il réalisa FM3 et FM4, il avait les textes précédents en face de lui, et qu'il fit une sélection variée à partir d'eux alors qu'il cherchait à achever une forme satisfaisante. Exposer tout le détail de ce développement prendrait beaucoup d'espace mais ne servirait peu, étant donné que bien peu fut en fait omis du texte final, "ré-étendu" FM4; et je donne ici ce texte en entier.
FM4 a un titre général, Des Silmarils et de l'EnténÚbrement de Valinor, avec un sous-titre De Finwë et Míriel (le tapuscrit continue alors avec des "sous-chapitres" supplémentaires, auxquels cependant mon pÚre donna subséquemment des numéros en tant que chapitres à part entiÚre : voir p. 299). Les numéros de paragraphe donnés pour les références ne sont reliés à aucun numéro précédemment utilisé, étant donné qu'aprÚs l'ouverture, le texte est entiÚrement différent; pour la version "LQ" (1951) de l'ouverture du chapitre, voir pp. 184-5, §§46, 46a-b.


Des Silmarils et de l'EnténÚbrement de Valinor
De Finwë et Míriel


§1 À prĂ©sent, les trois clans des Eldar Ă©taient enfin rĂ©unis en Valinor, et Melkor Ă©tait enchaĂźnĂ©. C'Ă©tait l'ApogĂ©e du Royaume BĂ©ni, la plĂ©nitude de sa gloire et de sa fĂ©licitĂ©, longue dans le conte des annĂ©es, mais trop brĂšve dans la mĂ©moire. En ces jours, les Eldar finirent leur croissance en stature de corps et d'esprit, et les Noldor progressaient sans cesse en habiletĂ© et connaissance; et les longues annĂ©es s'emplissaient de leurs joyeux labeurs, durant lesquels de nombreuses choses nouvelles et belles furent conçues. Ce fut durant cette Ă©poque que les Noldor crĂ©Ăšrent des lettres pour la premiĂšre fois, et RĂșmil de TĂșna Ă©tait le nom du savant qui obtint en premier des signes convenant Ă  la consignation du langage et du chant, quelques-uns pour graver dans le mĂ©tal ou la pierre, d'autres pour tracer avec un pinceau ou un crayon.
§2 Il advint qu'en Eldamar, au sein de la maison du roi Finwë à Tirion, naquit l'aßné des fils de Finwë, et le plus aimé. Kurufinwë était son nom, mais il était appelé par sa mÚre Fëanor,** Esprit de Feu, titre par lequel il est remémoré dans tous les contes des Noldor.
§3 MĂ­riel Ă©tait le nom de sa mĂšre. Sa chevelure Ă©tait comme l'argent; et elle Ă©tait svelte comme une blanche fleur dans l'herbe. Tendre et douce Ă©tait sa voix, et elle chantait comme elle travaillait, telle l'eau ondulante, en une musique sans mots. Car ses mains Ă©taient plus habiles Ă  crĂ©er des choses fines et dĂ©licates qu'aucune autre main, mĂȘme parmi les Noldor. Par elle l'art de la couture fut conçu; et si un seul des fragments des broderies de MĂ­riel Ă©tait vu en Terre du Milieu, il serait considĂ©rĂ© comme plus cher que le royaume d'un roi; car la richesse de ces motifs et le feu de ses couleurs Ă©taient aussi diverses et aussi Ă©clatantes que l'abondance de feuilles et de fleurs et de plumage dans les champs de Yavanna. Par consĂ©quent, elle Ă©tait appelĂ©e Serinde.***
§4 L'amour de Finwë et Míriel était grand et empli de joie, car il commença au Royaume Béni et en des jours de plaisir. Mais durant sa grossesse de son fils, elle fut consumée en esprit et en corps, de telle sorte que presque toute force sembla l'avoir quittée; et quand elle l'eut nommé,2 elle dit à Finwë : "Jamais plus ne porterai-je d'enfant, car la force qui aurait nourri la vie de beaucoup s'est déversée en Fëanor."
§5 Finwë fut grandement peiné, car les Noldor étaient dans la jeunesse de leurs jours, mais ils étaient toujours peu nombreux, et il désirait engendrer de nombreux enfants dans la félicité d'Aman. Il dit dÚs lors : "Sûrement la guérison existe-t-elle en Aman ? Ici, toute fatigue peut trouver du repos."
§6 Mais alors que MĂ­riel se languissait encore, FinwĂ« chercha le conseil de ManwĂ«, et ManwĂ« la remit aux soins d'Irmo en Lorien.3 À leur sĂ©paration (pour un petit temps, comme il le pensait), FinwĂ« Ă©tait triste, car il semblait ĂȘtre une fortune malheureuse que la mĂšre dĂ»t partir et manquer le dĂ©but au moins des jours de l'enfance de son fils.
§7 "Malheureux est-ce en effet," dit Míriel, "et je verserais des larmes si je n'étais si lasse. Mais ne me blùme pas pour cela, ni pour tout ce qui pourrait en découler. Me reposer maintenant je dois. Adieu, cher Seigneur !"
§8 Elle ne fut pas plus claire que cela Ă  ce moment, mais en son cƓur elle n'aspirait pas seulement au sommeil et au repos, mais Ă  la dĂ©livrance des labeurs de la vie. Elle s'en alla alors en Lorien et s'allongea pour dormir sous un arbre argentĂ©; mais bien qu'elle semblĂąt dormir, en fait son esprit quitta son corps et s'en alla en silence sous la garde de Mandos, et demeura dans la maison de VairĂ«.4 Les demoiselles d'EstĂ« s'occupĂšrent de son beau corps afin qu'il ne se flĂ©trĂźt point, mais elle ne revint pas.
§9 Finwë vivait dans le chagrin; et il allait souvent aux jardins de Lorien et, assis sous les saules argentés auprÚs du corps de sa femme, il l'appelait par ses noms. Mais cela était sans effet, et lui seul dans tout le Royaume Béni était privé de joie. AprÚs un temps, il ne vint plus en Lorien, car voir la belle forme de Míriel qui n'entendait pas son appel ne faisait qu'accroßtre sa peine. Tout son amour, il le donna à son fils; car Fëanor, dans son enfance, ressemblait à sa mÚre en voix et expression, et Finwë était pour lui à la fois pÚre et mÚre, et un double lien d'amour les liait.
§10 Mais FinwĂ« n'Ă©tait pas satisfait, Ă©tant jeune et ardent; et il dĂ©sirait toujours avoir plus d'enfants apportant la joie dans sa maison. DĂšs lors, quand douze annĂ©es furent passĂ©es, il revint vers ManwĂ« : "Monseigneur," dit-il, "vois ! Je suis dĂ©possĂ©dĂ©. Seul parmi les Eldar je n'ai pas d'Ă©pouse, et ne puis espĂ©rer de fils sauf un, ni de fille. Alors qu'IngwĂ« et OlwĂ« engendrent de nombreux enfants dans la fĂ©licitĂ© d'Aman. Dois-je rester ainsi Ă  jamais ? Car mon cƓur m'avertit que MĂ­riel ne reviendra jamais de la maison de VairĂ«."
§11 Alors ManwĂ« prit FinwĂ« en pitiĂ©. Mais, parce que ceci lui semblait ĂȘtre une grande question, et que l'arrivĂ©e de la mort (mĂȘme si de plein grĂ©) au Royaume BĂ©ni lui semblait ĂȘtre un grave prĂ©sage Ă  ne pas juger Ă  la lĂ©gĂšre, il convoqua les Valar en Conseil, et pria les chefs et les savants des Eldar d'ĂȘtre Ă©galement prĂ©sents. Du long dĂ©bat des Valar, les Elfes Ă©crivirent un compte-rendu. Ceci, ils le nommĂšrent Namna FinwĂ« MĂ­riello, le Statut de FinwĂ« et MĂ­riel,5 et il fut prĂ©servĂ© parmi les livres de leur Droit; car lors du dĂ©bat, de nombreuses questions concernant les Eldar, leur destin en Arda, et leur mort et re-naissance, furent examinĂ©es et jugĂ©es. Car les Valar Ă©taient grandement prĂ©occupĂ©s de voir que tout leur travail pour la garde de Valinor Ă©tait vain, si toute chose, vivante ou non vivante, y Ă©tait amenĂ©e de la Terre du Milieu, et ils perçurent alors plus clairement combien grande Ă©tait la blessure que Melkor avait jadis causĂ© Ă  la substance d'Arda, de telle sorte que tous ceux qui Ă©taient incarnĂ©s et tiraient la nourriture de leurs corps d'Arda Marrie, doivent toujours ĂȘtre sujets au chagrin, Ă  faire ou Ă  souffrir de choses non naturelles en Arda Immarrie. Et ce marrissement ne pouvait Ă  prĂ©sent pas complĂštement ĂȘtre dĂ©fait, mĂȘme pas par Melkor repentant; car du pouvoir s'en Ă©tait allĂ© de lui et ne pouvait ĂȘtre rappelĂ©, mais continuerait d'Ɠuvrer selon la volontĂ© qui l'avait mis en mouvement. Et Ă  cette pensĂ©e, une ombre passa sur les cƓurs des Valar, prĂ©sage des peines que les Enfants devraient amener dans le monde.
§12 Mais quand tout fut dit, Manwë ordonna à Mandos de parler et d'annoncer son jugement. Alors Mandos se tint debout sur la colline de Justice et dit :
"Tel est le mode de vie qu'IlĂșvatar a dĂ©crĂ©tĂ© pour vous, ses enfants, comme vous le savez bien, que la vie des Quendi ne se terminera pas avant la fin d'Arda; et qu'ils ne prendront chacun qu'un conjoint et n'en auront pas d'autre dans leur vie, tant qu'Arda perdure. Mais en cela il n'est pas tenu compte de la Mort, qui vient du marrissement d'Arda. Par consĂ©quent, cette sentence est Ă  prĂ©sent rendue par le droit de lĂ©gifĂ©rer qu'IlĂșvatar confia Ă  ManwĂ«.
Lorsque l'esprit d'un conjoint, mari ou femme, vient pour quelque cause Ă  passer sous la garde de Mandos, alors le vivant pourra ĂȘtre autorisĂ© Ă  prendre un autre conjoint, si la premiĂšre union est dissoute Ă  jamais.
§13 "Comment un mariage se terminera-t-il Ă  jamais ? Par la volontĂ© des Morts, ou par sentence de Mandos. Par la volontĂ© des Morts, s'ils refusent Ă  jamais de revenir Ă  la vie dans le corps, par sentence de Mandos, s'il ne les autorisera pas Ă  revenir. Car une union qui Ă©tait pour la vie d'Arda est terminĂ©e, si elle ne peut ĂȘtre continuĂ©e Ă  l'intĂ©rieur de la vie d'Arda.
§14 "Nous disons 'par la volontĂ© des Morts', car il serait injuste que les Vivants puissent, pour leurs propres desseins, confiner les Morts en Mandos, leur dĂ©niant tout espoir de retour. Il serait Ă©galement injuste que les Morts, par refus de la vie, puissent obliger les Vivants Ă  rester solitaires jusqu'Ă  la Fin; et, par consĂ©quent, nous avons dĂ©clarĂ©s que, dans de tels cas, les Vivants puissent prendre un nouveau conjoint. Mais comprenez bien que si ceci est fait, alors le refus de la vie par les Morts sera irrĂ©vocable, et ils ne retourneront jamais Ă  la vie dans le corps. Car nul parmi les Quendi n'aura deux conjoints en mĂȘme temps Ă©veillĂ©s et vivants. Telle est la sentence de NĂĄmo Mandos sur la question."

§15 Et lorsque Mandos eut ainsi parlé, les Eldar qui étaient présents demandÚrent : "Comment alors la volonté ou la sentence seront-elles connues ?" Il fut répondu : "Uniquement par recours à Manwë, et par la déclaration de Mandos. Car qui parmi les Vivants peut découvrir les pensées des Morts, ou présumer des jugements de Mandos ?"
§16 Alors Manwë appela Finwë à lui, et dit : "Tu as entendu la sentence qui a été prononcée. Si Míriel, ton épouse, ne veut pas revenir, votre6 mariage est terminé, et tu es libre de prendre une autre femme. Mais ceci est une permission, non un conseil. Car la séparation provient du marrissement d'Arda; et ceux qui acceptent cette permission acceptent le marrissement, alors que les dépossédés qui restent constant appartiennent en esprit et en volonté à Arda Immarrie. Il s'agit s'une question grave dont le sort de beaucoup peut dépendre. Ne te hùte pas !"
§17 FinwĂ« rĂ©pondit : "Je ne suis aucunement pressĂ©, Monseigneur, et mon cƓur n'a nul dĂ©sir, sauf l'espoir que lorsque cette sentence sera claire pour MĂ­riel, elle pourra encore se laisser flĂ©chir et mettre un terme Ă  mon deuil."
§18 VairĂ«, avec qui MĂ­riel demeurait, lui fit connaĂźtre la sentence,7 et parla Ă©galement du chagrin de FinwĂ«. Mais MĂ­riel rĂ©pondit : "Je vins ici pour Ă©chapper au corps, et je ne dĂ©sire jamais lui revenir. Ma vie s'en est allĂ©e en FeĂ€nĂĄro, mon fils. Ce don, je lui ai donnĂ© Ă  lui que j'aimais. Je ne peux donner plus. Au-delĂ  d'Arda cela pourrait ĂȘtre guĂ©ri, mais pas en elle."
§19 Alors VairĂ« dit Ă  Mandos : "L'esprit de MĂ­riel est demeurĂ© avec moi, et je le connais. Il est petit, mais est fort et opiniĂątre : l'un de ceux qui, ayant dit je ferai ceci, font de leurs mots des sentences irrĂ©vocables pour eux-mĂȘmes. À moins que forcĂ©e, elle ne reviendra pas Ă  la vie ou Ă  FinwĂ«, pas mĂȘme s'il devait attendre le vieillissement du monde."8
§20 Mais Mandos dit : "Il n'est pas lĂ©gal pour les Valar de contraindre les Morts Ă  revenir"; et il convoqua l'esprit de MĂ­riel Ă  apparaĂźtre devant lui. "Ta volontĂ© doit ĂȘtre en maĂźtresse en cette matiĂšre, esprit de MĂ­riel, jadis Ă©pouse de FinwĂ«", dit-il. "En Mandos tu rĂ©sideras. Mais prends garde ! Tu es des Quendi, et mĂȘme si tu refuses le corps, tu dois rester en Arda et Ă  l'intĂ©rieur du temps de son histoire. Les Eldar ne sont pas comme les Valar. Leurs esprits sont moins forts Ă  persister que tu ne l'estimes. Ne t'Ă©tonne pas, alors, si ta volontĂ© change dans le temps, et si cette sentence que tu t'imposes te devient pĂ©nible. Oui, ainsi qu'Ă  beaucoup d'autres !"
§21 Mais l'esprit de Míriel resta silencieux. Mandos accepta dÚs lors son choix, et elle se rendit alors aux Halls de l'Attente destinés aux Eldar et fut laissée en paix.§9 Néanmoins, Mandos déclara qu'un espace de douze ans devait s'écouler entre la déclaration de la volonté du Mort et le prononcé de la sentence de désunion.
§22 Pendant ce temps, Fëanor demeurait aux soins de son pÚre. TÎt il commença à montrer les dons manuels et spirituels d'à la fois Finwë et de Míriel. Comme il sortait de l'enfance, il devenait toujours plus semblable à Finwë en stature et en visage, mais d'humeur, il ressemblait plutÎt à Míriel. Sa volonté était forte et déterminée, et il poursuivait tous ses buts avec enthousiasme et constance. Peu changÚrent jamais ses desseins par le conseil, aucun par la force.
§23 Il advint qu'aprĂšs trois annĂ©es supplĂ©mentaires, FinwĂ« prit pour seconde Ă©pouse Indis la belle. Elle Ă©tait diffĂ©rente de MĂ­riel en tout. Elle n'Ă©tait pas des Noldor mais des Vanyar, Ă©tant la sƓur d'IngwĂ«; et elle avait des cheveux d'or, Ă©tait grande, et extrĂȘmement rapide. Elle ne travaillait pas de ses mains, mais faisait de la musique et tissait des mots en chansons; et il y eut toujours de la lumiĂšre et de la joie autour d'elle tant que dura la fĂ©licitĂ© d'Aman.
§24 Elle aimait FinwĂ« tendrement; car son cƓur s'Ă©tait tournĂ© vers lui depuis longtemps, quand les Vanyar vivaient encore avec les Noldor Ă  TĂșna. En ces jours elle avait contemplĂ© le Seigneur des Noldor, et il lui semblait le plus beau et le plus noble des Eldar, aux cheveux noirs et au front blanc, au visage ardent mais au regard fort pensif; et sa voix et sa maĂźtrise des mots l'enchantaient. Elle resta par consĂ©quent cĂ©libataire quand son peuple se retira en Valinor, et elle marcha souvent seule dans les champs et les clairiĂšres des Valar, les emplissant de musique.
§25 À prĂ©sent, IngwĂ«, apprenant l'Ă©trange chagrin de FinwĂ«, et dĂ©sirant soulager son cƓur et le dĂ©tourner de son deuil vain en Lorien, avait envoyĂ© des messages l'invitant Ă  quitter TĂșna pour un temps, et Ă  venir s'Ă©tablir une saison dans la pleine lumiĂšres des Arbres. FinwĂ« le remercia mais n'y alla pas, tant qu'il y avait encore de l'espoir que MĂ­riel puisse revenir. Mais lorsque la sentence de Mandos fut prononcĂ©e, il vint en son cƓur qu'il devait chercher Ă  refaire sa vie. "Peut-ĂȘtre y a-t-il de la guĂ©rison dans la lumiĂšre de Laurelin et de l'espoir dans la fleur de Telperion," dit-il. "Je suivrai le conseil d'IngwĂ«."
§26 Par consĂ©quent, un jour, quand FĂ«anor Ă©tait au loin, marchant dans les montagnes dans la force de sa jeunesse, FinwĂ« se leva et partit seul de TĂșna, et il passa Ă  travers le Kalakiryan, et se dirigea vers la maison d'IngwĂ«, sur le versant ouest d'OiolossĂ«. Son arrivĂ©e n'Ă©tait ni annoncĂ©e ni prĂ©vue; et quand Indis vit FinwĂ« gravir les chemins de la Montagne, et la lumiĂšre de Laurelin Ă©tait derriĂšre lui comme une gloire, sans y penser elle chanta soudainement en grande joie, et sa voix s'Ă©leva comme un chant du lirulin# dans le ciel. Et FinwĂ« entendit ce chant venant d'en haut, et il leva les yeux et vit Indis dans la lumiĂšre dorĂ©e, et il sut Ă  ce moment qu'elle l'aimait, et ce depuis longtemps. Alors son cƓur enfin se tourna vers elle; et il crut que cette chance, Ă  ce qu'il semblait, avait Ă©tĂ© accordĂ©e pour leur rĂ©confort mutuel. "Vois !" dit-il. "Il y a en effet guĂ©rison du chagrin en Aman !"
§27 Une annĂ©e aprĂšs leur rencontre sur la Montagne, FinwĂ«, Roi des Noldor, Ă©pousa Indis, sƓur d'IngwĂ«; et les Vanyar et les Noldor se rĂ©jouirent pour la plupart. En Indis pour la premiĂšre fois se rĂ©vĂ©la vrai le dicton : La perte de l'un peut ĂȘtre le gain d'un autre; mais ce dicton, elle le trouva vrai aussi : La maison se souvient du bĂątisseur, mĂȘme si d'autres l'occupent par aprĂšs. Car FinwĂ« l'aimait chĂšrement, et Ă©tait heureux Ă  nouveau; et elle lui donna cinq enfants qu'il aimait;##10 pourtant, l'ombre de MĂ­riel ne quitta pas la maison de FinwĂ«, ni son cƓur; et de tous ceux qu'il aimait, FeĂ€nĂĄro avait la part principale de ses pensĂ©es.
§28 Le mariage du pĂšre ne fut guĂšre plaisant pour FĂ«anor; et bien que l'amour entre eux ne fĂ»t pas diminuĂ©, FeĂ€nĂĄro n'avait pas beaucoup d'amour pour Indis ou ses enfants. AussitĂŽt qu'il le pĂ»t, il vĂ©cut sĂ©parĂ© d'eux, explorant le pays d'Aman, ou s'occupant par la connaissance et l'artisanat, auxquels il prenait plaisir. Dans ces choses malheureuses qui advinrent ultĂ©rieurement, et dans lesquelles FeĂ€nĂĄro fut le meneur, beaucoup virent les effets de cette rupture dans la maison de FinwĂ«, estimant que si FinwĂ« avait supportĂ© sa perte et s'Ă©tait contentĂ© de la paternitĂ© de son puissant fils, le cours de la vie de FĂ«anor aurait Ă©tĂ© diffĂ©rent, et une grande peine et un grand mal auraient pu ĂȘtre empĂȘchĂ©s. Pourtant, les enfants d'Indis furent grands et glorieux, et leurs enfants aussi; et s'ils n'avaient vĂ©cu, l'histoire des Eldar aurait Ă©tĂ© plus pauvre.11

1 Voir la Note (i) suivant Lois et coutumes et le commentaire de mon pĂšre Ă  ce sujet, pp. 250-1.
** [Note de bas de page] FĂ«anĂĄro dans la forme du langage de ces jours.
*** [Note de bas de page] Míriel Serinde : c'est-à-dire Byrde Míriel (Míriel la Brodeuse) : selon Ælfwine.
2 En FM2, il est dit, suivant Lois et coutumes p. 236, que Míriel donna le nom Fëanåro à son fils "à la naissance", et en cet endroit est ajoutée une longue note de bas de page sur le sujet du don du nom :
    Selon la coutume des Eldar. En plus de leurs "vrais noms", qui Ă©taient leur patronyme et leur nom choisi, ils recevaient souvent d'autres noms ou "noms ajoutĂ©s". Parmi ceux-ci, les plus importants Ă©taient les matronymes. Les mĂšres donnaient souvent Ă  leurs enfants des noms spĂ©ciaux de leur propre choix, dont les plus remarquables Ă©taient les "noms de vue". À l'heure de la naissance, ou lors d'une autre occasion, une mĂšre pouvait donner Ă  son enfant un nom qui se rĂ©fĂ©rait Ă  des caractĂ©ristiques dominantes de sa nature telle qu'elle la percevait, ou qui provenait de la prescience et se rĂ©fĂ©rait Ă  sa destinĂ©e spĂ©cifique. Les noms de ce genre pouvaient devenir plus largement utilisĂ©s que le patronyme (qui n'Ă©tait souvent que le nom du pĂšre rĂ©pĂ©tĂ© ou modifiĂ©); et si l'enfant adoptait un matronyme en tant que "nom choisi", alors il devenait Ă©galement un "vrai nom". CurufinwĂ« prit FĂ«anĂĄro en tant que son nom choisi. FĂ«anor est la forme que ce nom prit dans le langage ultĂ©rieur des Noldor exilĂ©s.
Ceci reprĂ©sente une compression extrĂȘme de la section Du don du nom dans Lois et coutumes, pp. 214 et suivantes.
3 Lorien était toujours la forme dans Lois et coutumes et dans les textes FM2 et FM3; dans le présent texte FM4, mon pÚre dactylographia Lórien mais le remodifia ensuite en Lorien.
4 et demeura dans la maison de Vairë : ces mots apparaissent pour la premiÚre fois dans le présent texte; voir note 9.
5 Sur l'application du terme "Statut" ici, voir p. 254.
6 Voir p. 252, note 4.
7 FM2, tel que dactylographié, avait ici, étendant le passage dans Lois et coutumes, p. 237 : "Mais Mandos convoqua Míriel, et lui fit connaßtre la Sentence ..." Ceci fut ultérieurement corrigé pour se lire : "Vairë, avec qui Míriel demeurait, lui fit connaßtre la Sentence ..."
8 Ces mots de Vairë sont dérivés de son intervention dans le Débat des Valar dans Lois et coutumes, p. 244.
§ [Note de bas de page] Mais il est dit qu'aprÚs un moment, elle fut autorisée à retourner à la maison de Vairë, et son rÎle était d'y consigner dans des tapisseries et des broderies toutes les histoires de la ParentÚle de Finwë et les faits des Noldor.
9 Cette note de bas de page, en cet endroit, est dérivée de Lois et coutumes (pp. 249-50), bien que l'entrée de Míriel dans la maison de Vairë y figure à la fin d'un long récit rapportant l'arrivée de Finwë aux halls de Mandos, son renoncement à la re-naissance, et la ré-entrée de la fëa de Míriel en son corps qui reposait toujours en Lorien. En FM2, il n'y a pas de mention de Míriel aprÚs les mots " elle se rendit alors aux Halls de l'Attente destinés aux Eldar et fut laissée en paix." En FM3, le texte en cet endroit est trÚs compressé, et se lit (en place de FM4, §§18-23, qui sont tous présents en FM2 excepté la présente note de bas de page) :
    ... "Je vins ici pour échapper au corps, et ne désire jamais lui revenir"; et aprÚs que dix années eurent passé, la sentence de désunion fut prononcée. Et Míriel est à jamais demeurée depuis dans la maison de Vairë, et son rÎle est d'y consigner les histoires de la ParentÚle de Finwë et tous les faits des Noldor.
    Il advint qu'aprÚs trois années supplémentaires, Finwë prit comme seconde épouse Indis la Belle ...
Ces textes sont donc totalement inconsistants sur le sujet du sort ultime de MĂ­riel. En particulier, les rĂ©fĂ©rences Ă  la Maison de VairĂ« sont dĂ©concertantes. Il Ă©tait dit en AAm (p. 49, §3) que "VairĂ« la Tisseuse habite avec Mandos", et la mĂȘme chose est suggĂ©rĂ©e en QS §6 (V.205, conservĂ© pratiquement inchangĂ© dans le Valaquenta) : "VairĂ« la tisseuse est sa femme, qui tisse toutes les choses qui ont eu lieu dans le temps dans ses tapisseries historiĂ©es, et les halls de Mandos ... en sont habillĂ©s." Dans Lois et coutumes (p. 236), l'esprit de MĂ­riel quitta son corps en Lorien "et s'en alla en silence vers les halls de Mandos", et FinwĂ« dit Ă  ManwĂ« "mon cƓur m'avertit que MĂ­riel ne reviendra pas de la maison de VairĂ«"; lors du dĂ©bat des Valar avant la dĂ©claration du "Statut", VairĂ« dit que "la fĂ«a de MĂ­riel est avec moi" (p. 244). Mais par la suite, NiĂ«nna demanda Ă  Mandos que MĂ­riel puisse ĂȘtre autorisĂ©e Ă  "sortir des Halls de l'Attente, et entrer au service de VairĂ«" (p. 248); ceci fut refusĂ©, et lorsque FinwĂ« fut tuĂ©, leurs fĂ«ar se rencontrĂšrent "en Mandos". Par la suite, la fĂ«a de MĂ­riel fut "libĂ©rĂ©e", et rĂ©unie Ă  son corps, "elle se rendit devant les portes de la Maison de VairĂ« et supplia qu'on l'admĂźt; et ce vƓu fut accordĂ©, bien que dans cette Maison nul Vivant ne rĂ©sidĂąt ni n'y fĂ»t entrĂ© en possession de son corps." Ainsi, dans le mĂȘme texte, "la maison de VairĂ«" est Ă  la fois assimilĂ©e aux "halls de Mandos" et distinguĂ©e d'eux.
Dans FM4 (§8), l'esprit de Míriel "s'en alla en silence sous la garde de Mandos, et demeura dans la maison de Vairë" (voir note 4 ci-dessus); et en §18, "Vairë, avec qui Míriel demeurait, lui fit connaßtre la sentence." AprÚs le refus de Míriel de revenir, "elle se rendit alors aux Halls de l'Attente destinés aux Eldar et fut laissée en paix" (§21), mais (selon la note de bas de page à ce paragraphe) "aprÚs un moment, elle fut autorisée à retourner à la maison de Vairë". Donc, dans ce texte final, il semble certain que Vairë, dans un certain sens, réside à part.
TrĂšs curieusement, mon pĂšre plaça subsĂ©quemment la note de bas de page entre crochets et Ă©crivit Ă  cĂŽtĂ© "À omettre", commentant : "À altĂ©rer. Que se passa-t-il lorsque FinwĂ« alla en Mandos ?" Pourtant, il avait dĂ©jĂ  trĂšs largement rĂ©pondu Ă  cette question dans Lois et coutumes, oĂč, en effet, c'Ă©tait le fait mĂȘme de l'arrivĂ©e de FinwĂ« dans les halls de Mandos qui conduisit Ă  la libĂ©ration de MĂ­riel et Ă  son admission dans la maison de VairĂ«.
# [Note de bas de page] L'alouette.
## [Note de bas de page] Findis, Fingolfin, Finvain, [Finarphin >] Finarfin et Faniel : trois filles, et deux fils (Fingolfin et Finarfin).
10 En FM2, la note en bas de page sur les noms des enfants d'Indis se lisait ainsi :
    Trois filles et deux fils, dans cet ordre : Findis, NolofinwĂ«, Faniel, ArafinwĂ«, et ÍrimĂ«. Le matronyme de NolofinwĂ« Ă©tait Ingoldo, signifiant qu'il venait Ă  la fois de l'espĂšce des Ingar et de celle des Noldor. Le matronyme d'ArafinwĂ« Ă©tait IngalaurĂ«, car il avait les cheveux dorĂ©s du peuple de sa mĂšre, et cela perdura dans sa lignĂ©e par aprĂšs.
Ceci Ă©tait dĂ©rivĂ© d'un passage du texte A de Lois et coutumes (p. 230 note 22) qui fut omis en B : dans celui-ci, les filles n'Ă©taient cependant pas mentionnĂ©es. Le nom ÍrimĂ« (pour, par aprĂšs, Finvain) remonte au texte originel FM1 (p. 207). Dans la note dans FM3, les noms sont comme dans FM4, mais ceux des fils sont Ă©pelĂ©s Fingolphin et Finarphin, et ce commentaire est ajoutĂ© : "Ces noms sont donnĂ©s dans les formes de la langue tardive en Terre du Milieu (exceptĂ© Findis et Faniel qui ne quittĂšrent pas Valinor)."
Dans un essai trÚs tardif (1968 ou plus tard, en référence en IV.174), mon pÚre dit que le matronyme de Finrod Felagund était Ingoldo, mais il lui donne une signification tout à fait différente. Le terme Ingar ("gens d'Ingwë"), apparaissant dans le texte A de Lois et coutumes (p. 230 note 22) et ici, n'a pas été trouvé auparavant.
11 FM2 se termine diffĂ©remment aprĂšs "auraient pu ĂȘtre empĂȘchĂ©s" :
    Ainsi est-il que les cas dans lesquels les Eldar peuvent se remarier ou dĂ©sirer le faire sont rares; et plus rares encore sont ceux qui le font mĂȘme lorsque c'est lĂ©gal; car le chagrin et la lutte dans la maison de FinwĂ« sont gravĂ©s dans la mĂ©moire des Elfes Noldor.
Ceci dĂ©rive de Lois et coutumes, p. 239. Dans FM3, la conclusion est comme dans FM4, mais aprĂšs "une grande peine et un grand mal auraient pu ĂȘtre empĂȘchĂ©s", elle continue : "Mais ce jugement n'Ă©tait qu'une supposition. Il est certain que les enfants d'Indis furent grands et glorieux ..." La derniĂšre fin dĂ©rive par l'idĂ©e de la prophĂ©tie de Mandos dans Lois et coutumes (p. 247) lors de la proclamation finale du "Statut de FinwĂ« et MĂ­riel".

Une note sur certaines conceptions dans l'histoire de Finwë et Míriel


La nature de l'"immortalité" et de la "mort" elfes fut affirmée trÚs longtemps auparavant dans Le Livre des Contes perdus (I.76) :
    LĂ , en jours tardifs allĂšrent les Elfes de tous clans qui furent par malheur tuĂ©s par des armes ou qui moururent de chagrin pour ceux qui avaient Ă©tĂ© tuĂ©s – et ainsi seulement pouvaient mourir les Eldar, et alors ce n’était que pour un temps. LĂ , Mandos disait leur destin, et lĂ  ils attendaient dans l’obscuritĂ©, rĂȘvant de leurs faits et gestes passĂ©s, jusqu’en un temps qu’il dĂ©signait oĂč ils pourraient renaĂźtre en leurs enfants, et sortir et rire et chanter Ă  nouveau.
Et dans la Musique des Ainur originelle (I.59), il est dit des Elfes que "en mourant ils renaissent en leurs enfants, de sorte que leur nombre ne diminue point, ni ne grandit."
Dans le Quenta (IV.100, dérivant de l'"Esquisse de la Mythologie", IV.21), l'idée de re-naissance est qualifiée :
    Immortels Ă©taient les Elfes, et leur sagesse croissait et grandissait d'Ăąge en Ăąge, et ni maladie ni pestilence ne leur apportaient la mort. Mais ils pouvaient ĂȘtre tuĂ©s avec des armes en ces jours, mĂȘme par des Hommes mortels, et certains dĂ©clinaient et se perdaient par chagrin jusqu'Ă  ce qu'ils disparaissaient de la terre. TuĂ©s ou disparaissant, leurs esprits retournaient aux halls de Mandos y attendre mille ans, ou le plaisir de Mandos, selon leurs mĂ©rites, avant qu'ils ne fussent rappelĂ©s Ă  la vie libre en Valinor, ou re-nĂ©s, dit-on, dans leurs propres enfants.
En QS, le passage correspondant (§85, V.246) fut grandement élargi :
    Immortels Ă©taient les Elfes, et leur sagesse croissait d'Ăąge en Ăąge, et ni maladie ni pestilence ne leur apportaient la mort. Pourtant leurs corps Ă©taient de la matiĂšre de la terre et pouvaient ĂȘtre dĂ©truits, et en ces jours ils ressemblaient plus aux corps des Hommes, et Ă  la terre, Ă©tant donnĂ© qu'ils n'avaient pas encore Ă©tĂ© si longtemps habitĂ©s par le feu de l'esprit, qui les consume de l'intĂ©rieur au fil du temps. C'est pourquoi ils pouvaient pĂ©rir dans les tumultes du monde, et la pierre et l'eau avaient pouvoir sur eux, et ils pouvaient ĂȘtre tuĂ©s avec des armes en ces jours, mĂȘme par des Hommes mortels. Et en dehors de Valinor, ils goĂ»taient un chagrin amer, et certains dĂ©clinaient et se perdaient par chagrin jusqu'Ă  ce qu'ils disparaissaient de la terre. Telle Ă©tait la mesure de leur mortalitĂ© prĂ©dite dans la ProphĂ©tie de Mandos Ă©noncĂ©e en Eruman. Mais s'ils Ă©taient tuĂ©s ou se perdaient par chagrin, ils ne mouraient pas sur terre, et leurs esprits retournaient aux halls de Mandos, et y attendaient, des jours ou des annĂ©es, mĂȘme un millier, selon la volontĂ© de Mandos et leurs mĂ©rites. De lĂ , ils sont rappelĂ©s enfin Ă  la libertĂ©, soit en tant qu'esprits, prenant forme selon leur propre pensĂ©e, comme le peuple moindre de la race divine; ou alors, dit-on, ils re-naissent dans leurs propres enfants, et l'antique sagesse de leur race ne pĂ©rit ni ne diminue.
À la fin de l'AinulindalĂ«, il est dit (je cite le texte final D, p. 37, mais le passage remonte presque inchangĂ© Ă  la version prĂ©-Seigneur des Anneaux, V.163) :
    Car les Eldar ne meurent pas jusqu'Ă  ce que le monde meure, sauf s'ils sont tuĂ©s ou s'ils se perdent de chagrin (et Ă  ces deux morts apparentes sont-ils soumis); tout comme l'Ăąge ne rĂ©frĂšne pas leur force, Ă  moins que l'un ne devienne las de dix mille annĂ©es; et en mourant, ils sont rassemblĂ©s dans les halls de Mandos en Valinor, d'oĂč souvent ils reviennent et re-naissent parmi leurs enfants.
Et dans la Malédiction des Noldor comme elle apparaßt en AAm (§154, p. 117), il était déclaré :
    Car sachez Ă  prĂ©sent que bien qu'Eru vous ait conçus pour ne pas mourir en EĂ€, et que nulle maladie ne puisse vous attaquer, pourtant tuĂ©s vous pouvez ĂȘtre, et tuĂ©s vous serez : par les armes et par le tourment et par la peine; et vos esprits sans logis viendront alors en Mandos. LĂ  longtemps vous demeurerez et vous languirez de vos corps et trouverez peu de misĂ©ricorde quand bien mĂȘme tous ceux que vous avez tuĂ©s intercĂšderaient pour vous.
La signification de ceci, je le ressens de maniÚre certaine, est : Il est en effet contraire à la "vraie nature" des Elfes qu'ils doivent mourir, mais néanmoins la mort peut venir à eux.
Le tĂ©moignage de tous ces passages (et d'autres non citĂ©s), anciens et tardifs, est que la "mort" elfe (ou "mort apparente", dans les mots de l'AinulindalĂ«) Ă©tait toujours un sort possible, dĂ©rivant de leur nature d'ĂȘtre incarnĂ©s. Mais il y a une menace constante d'ambiguĂŻtĂ© imposĂ©e par les mots qui doivent ĂȘtre utilisĂ©s. Les Elfes ne peuvent "mourir" dans le sens oĂč les Hommes "meurent", Ă©tant donnĂ© que les Hommes (par le Don d'IlĂșvatar) quittent le "monde" pour n'y jamais revenir, alors que les Elfes ne peuvent le quitter aussi longtemps qu'il dure. Dans la lĂ©gende de Beren et LĂșthien, Mandos lui offre un choix : et le sort qu'elle choisit Ă©tait que la destinĂ©e dĂ©crĂ©tĂ©e par sa nature fĂ»t changĂ©e. "Ce fut donc la seule des EldaliĂ« Ă  mourir et, de fait, il y a longtemps qu’elle a quittĂ© ce monde" (Le Silmarillion, p. 187). Mais les Elfes peuvent toutefois subir la sĂ©paration de l'esprit du corps, qui est la "mort". Donc on peut dire que la distinction essentielle entre la mort (possible) des Elfes et la mort (inĂ©vitable) des Hommes est une diffĂ©rence de destinĂ©e aprĂšs la mort. Voir V.304; et cf. Lois et coutumes, p. 218 : "Depuis leurs dĂ©buts, la principale diffĂ©rence entre les Elfes et les Hommes rĂ©side dans le destin et dans la nature de leurs esprits. Les fĂ«ar des Elfes furent destinĂ©es Ă  rĂ©sider en Arda pour toute la durĂ©e d'Arda, et la mort de la chair n'abrogeait pas cette destinĂ©e."

Dans un brouillon d'une lettre écrit en octobre 1958 (voir p. 300), mon pÚre discutait de la signification de l'"immortalité" des Elfes (Lettres n° 212) :
    Dans cette « prĂ©histoire » mythique, l’immortalitĂ©, au sens strict une longĂ©vitĂ© coextensive Ă  la durĂ©e de vie d’Arda, faisait partie de la nature reçue par les Elfes; aprĂšs la Fin, rien n’était connu. Il est dit que la mortalitĂ©, c’est-Ă -dire une brĂšve durĂ©e de vie n’ayant aucun rapport avec la vie d’Arda, Ă©tait la nature reçue par les Hommes ...
    Les lĂ©gendes elfes rapportent un cas Ă©trange d’une Elfe (MĂ­riel, la mĂšre de FĂ«anor) qui a tentĂ© de mourir, ce qui a eu des consĂ©quences dĂ©sastreuses, dĂ©bouchant sur la « Chute » des Hauts-Elfes. Les Elfes n’étaient pas exposĂ©s aux maladies, mais pouvaient ĂȘtre « tuĂ©s » : c’est-Ă -dire que leur corps pouvait ĂȘtre dĂ©truit, ou mutilĂ© au point de ne plus pouvoir conserver la vie. Mais cela ne dĂ©bouchait pas naturellement sur la « mort » : ils Ă©taient restaurĂ©s, ils naissaient de nouveau avant de finalement retrouver la mĂ©moire de leur passĂ© – ils demeuraient « identiques ». Mais MĂ­riel a souhaitĂ© cesser d’ĂȘtre et refusĂ© de renaĂźtre.
"Mais MĂ­riel a souhaitĂ© cesser d’ĂȘtre" : c'est une sombre parole. Il n'y a rien dans tous les rĂ©cits pour suggĂ©rer qu'elle dĂ©sirait l'annihilation, la fin de son existence sous toute forme. Dans Lois et coutumes (p. 222), mon pĂšre Ă©crivit que "certaines fĂ«ar en peine ou lassĂ©es abandonnĂšrent l'espoir, et se dĂ©tournant de la vie, quittĂšrent leur corps, mĂȘme s'il aurait pu ĂȘtre guĂ©ri ou n'Ă©tait pas blessĂ©. Peu dÂŽentre eux dĂ©sirĂšrent ... re-naĂźtre, ou en tout cas pas avant d'avoir longtemps connu l'Attente; certains ne revinrent jamais." Ceci s'accorde certainement avec ce qui est dit de la mort de MĂ­riel.
Il semble, en tout cas, que lorsque mon pĂšre disait que MĂ­riel "a tentĂ© de mourir", il voulait dire qu'elle cherchait une "vraie mort", pas une "mort apparente", mais un dĂ©part pour toujours hors d'Arda. Pourtant cela ne pouvait ĂȘtre : car la mort dans ce sens Ă©tait contraire "la nature reçue par les Elfes", fixĂ©e par IlĂșvatar; et en effet, dans De FinwĂ« et MĂ­riel (§20), Mandos parla Ă  la fĂ«a de MĂ­riel, disant : "En Mandos tu rĂ©sideras. Mais prends garde ! Tu es des Quendi, et mĂȘme si tu refuses le corps, tu dois rester en Arda et Ă  l'intĂ©rieur du temps de son histoire."
Mais la "mort apparente" à laquelle les Elfes sont soumis n'était encore jamais apparue en Aman, dans toutes les longues années depuis que les Vanyar et les Noldor arrivÚrent en Eldamar. Dans les Annales d'Aman, écrites avant que l'histoire de Míriel ne fût apparue, Fëanor parlait devant les Valar aprÚs la Mort des Arbres (§§120-1, p. 107) :
    "... Peut-ĂȘtre puis-je ouvrir mes joyaux, mais plus jamais je n'en ferai de semblables; et s'ils doivent ĂȘtre brisĂ©s, alors brisĂ© sera mon cƓur, et je mourrai : de tous les Enfants d'Eru, le premier."
    "Pas le premier," dit Mandos, mais ils ne comprirent pas ses mots ...
Mandos savait que Morgoth avait assassinĂ© FinwĂ« Ă  Formenos, " et rĂ©pandu le premier sang des Enfants d'IlĂșvatar" (§122).
À cĂŽtĂ© des mots de Mandos, mon pĂšre nota ultĂ©rieurement sur le tapuscrit d'AAm (p. 127, §120) : "Ceci ne va plus mĂȘme par rapport aux Eldar de Valinor. FinwĂ«, pĂšre de FĂ«anor, fut le premier des Hauts Elfes Ă  ĂȘtre tuĂ©, MĂ­riel, mĂšre de FĂ«anor, la premiĂšre Ă  mourir", et dans le texte lui-mĂȘme, il changea les mots de FĂ«anor "je mourrai" en "je serai tuĂ©". Il pourrait sembler qu'une distinction est faite entre "mourir" et "ĂȘtre tuĂ©", mais je ne pense pas que ce soit le cas. Ce que cela signifie est simplement que MĂ­riel fut la premiĂšre Ă  mourir, et FinwĂ« fut le second Ă  mourir - mais le premier Ă  ĂȘtre tuĂ©. AprĂšs que l'histoire de MĂ­riel fut intĂ©grĂ©e, FĂ«anor ne pouvait plus dire "je mourrai : de tous les Enfants d'Eru, le premier"; mon pĂšre, dĂšs lors, souhaitant conserver les mots lourds de sens de Mandos "Pas le premier", modifia ceux de FĂ«anor en "je serai tuĂ©".
Bien plus tard, ce passage en AAm fut réutilisé lors du nouveau travail sur le Quenta Silmarillion (voir p. 293), prenant cette forme :
    "... et je serai tué, le premier de tout les Enfants d'Eru."
    "Pas le premier," dit Mandos, mais ils ne comprirent pas ses mots, pensant qu'il parlait de MĂ­riel.
La signification semble ici ĂȘtre que ceux qui entendirent les mots de Mandos (parlant du meurtre de FinwĂ« comme pourtant non connu d'eux) pensĂšrent qu'il parlait de MĂ­riel, parce qu'elle Ă©tait la seule des Eldar qu'ils connaissaient Ă  ĂȘtre morte; mais Ă©tant donnĂ© que MĂ­riel n'avait pas Ă©tĂ© tuĂ©e, "ils ne comprirent pas ses mots". MĂȘme ainsi, on ne peut supposer que FinwĂ« fut le premier Ă  ĂȘtre tuĂ© parmi les Enfants d'Eru; cf. la note de mon pĂšre sur le tapuscrit d'AAm "Ceci ne va plus mĂȘme par rapport aux Eldar de Valinor", et le passage dans Lois et coutumes, p. 218 : "Cette destruction de la hröa, causant la mort ou le dĂ©logement de la fĂ«a, fut trĂšs tĂŽt vĂ©cue par les immortels Eldar, quand ils se rĂ©veillĂšrent dans le royaume marri et obscurci d'Arda."

Il est rendu Ă©vident dans Lois et coutumes et dans le nouveau "sous-chapitre" du Quenta Silmarillion que la portĂ©e primaire de la mort de MĂ­riel est qu'il s'agissait de la premiĂšre apparition de la mort en Aman; et le dĂ©bat s'Ă©tait rapportĂ© Ă  cet Ă©vĂ©nement inattendu, et Ă  ses implications sur les lois qui gouvernaient la vie d'Aman sans mort. Dans Lois et coutumes (p. 241), Yavanna dĂ©clara que "l'Ombre ... a marri le hrĂłn mĂȘme d'Arda, et toute la Terre du Milieu est pervertie par la malice de Melkor ... DĂšs lors, aucun de ceux qui s'Ă©veillĂšrent en Terre du Milieu, et y rĂ©sidĂšrent avant de venir ici, n'est venu ici entiĂšrement libre. La dĂ©faillance de la force du corps de MĂ­riel peut donc ĂȘtre attribuĂ©e, assez raisonnablement, au mal d'Arda Marrie, et sa mort est une chose non naturelle." Dans FM2 (p. 254), cette pensĂ©e, reprĂ©sentĂ©e comme une nouvelle perception de la part des Valar, prend cette forme :
    Et les Valar Ă©taient grandement prĂ©occupĂ©s de voir que tout leur travail pour la garde de Valinor Ă©tait vain, pour protĂ©ger du mal et de l'ombre de Melkor, si toute chose, vivante ou non vivante, y Ă©tait amenĂ©e de la Terre du Milieu et y Ă©tait laissĂ©e libre ou non gardĂ©e; et ils perçurent enfin combien grand Ă©tait le pouvoir de Melkor en Arda, dans la crĂ©ation de laquelle, telle qu'elle Ă©tait, sa part Ă©tait telle que toutes les choses, exceptĂ© seulement en Aman, avaient une inclination pour le mal et la perversion, Ă  partir de leurs justes formes et cours. C'est pourquoi ceux dont l'existence commença en Arda, et qui Ă©taient en outre par nature une union d'un esprit et d'un corps, tirant la nourriture de ce dernier d'Arda Marrie, doivent toujours ĂȘtre, Ă  un certain degrĂ©, sujets au chagrin, Ă  faire ou Ă  souffrir de choses non naturelles; et bien que demeurant en Aman, il puisse ĂȘtre une garde contre ce mal, il ne s'agissait pas d'une cure complĂšte, Ă  moins qu'en de longs Ăąges.
Ceci fut largement conservé dans le texte final FM4 (p. 258, §11), bien que sans les références à Aman, et Mandos déclara expressément que la Mort (i.e. des Premiers-nés) est une conséquence du Marrissement d'Arda (§12).
Dans le brouillon de lettre de 1958 cité ci-dessus en référence à la mort de Míriel, mon pÚre continuait :
    Je suppose qu’une diffĂ©rence entre ce Mythe et ce que l’on peut peut-ĂȘtre appeler la mythologie chrĂ©tienne tient en ceci. Dans la seconde, la Chute de l’Homme est postĂ©rieure, et est une consĂ©quence de la « Chute des Anges » : une rĂ©bellion du libre arbitre qui a Ă©tĂ© crĂ©Ă©, Ă  un niveau supĂ©rieur Ă  celui de l’Homme; mais il n’est pas clairement dit (et dans nombre de versions, cela n’est pas dit du tout) que cela a affectĂ© le « Monde » dans sa nature : le mal a Ă©tĂ© apportĂ© de l’extĂ©rieur, par Satan. Dans ce Mythe-ci, la rĂ©bellion du libre arbitre qui a Ă©tĂ© crĂ©Ă© prĂ©cĂšde la crĂ©ation du Monde (EĂ€); et EĂ€ a dĂ©jĂ  en soi, introduits par la sub-crĂ©ation, le Mal, des rĂ©bellions, des Ă©lĂ©ments discordants appartenant Ă  sa propre nature, lorsque Ainsi soit-il est prononcĂ©. La Chute, ou corruption de toutes choses qui s’y trouvent et tous ceux qui y demeurent, est donc possible, sinon inĂ©vitable.

Dans De FinwĂ« et MĂ­riel, tout ceci est prĂ©sentĂ© comme une nouvelle perception, ou au moins comme une perception grandement affinĂ©e, par les Valar; et "Ă  cette pensĂ©e, une ombre passa sur les cƓurs des Valar, prĂ©sage des peines que les Enfants devraient amener dans le monde." On pourrait s'Ă©tonner qu'il fallut la mort de MĂ­riel pour amener les Puissances d'Arda Ă  cette perception. On pourrait aussi se demander comment il se put que, mĂȘme en Aman, aucun des Eldar ne se fut noyĂ© dans la mer ou n'eurent perdu pied dans les montagnes et ne furent tombĂ©s d'une grande hauteur. Cette derniĂšre considĂ©ration est en effet contrĂ©e Ă  un certain degrĂ© par ce qui est dit de la nature physique des Elfes. Leurs corps sont dĂ©crits comme Ă©troitement analogues Ă  ceux des Hommes mortels, mais Ă  l'encontre de ceci doit ĂȘtre mentionnĂ© le passage suivant de Lois et coutumes (p. 218) :
    Les fĂ«ar des Elfes furent destinĂ©es Ă  rĂ©sider en Arda pour toute la durĂ©e d'Arda, et la mort de la chair n'abrogeait pas cette destinĂ©e. Leur fĂ«ar s'accrochaient dĂšs lors opiniĂątrement Ă  la vie "dans les vĂȘtements d'Arda", et surpassaient de loin les Hommes dans leur pouvoir sur ces "vĂȘtements", mĂȘme dans les premiers jours, protĂ©geant leurs corps de nombreux maux et attaques (telle la maladie), et les guĂ©rissant rapidement de leurs blessures, leur permettant de se rĂ©tablir de blessures qui auraient Ă©tĂ© fatales aux Hommes.
Ceci, cependant, bien que diminuant la vulnĂ©rabilitĂ© physique des Elfes tels que comparĂ©s aux Hommes, ne modifie pas le fait que la destruction effective de tels corps par la violence est une possibilitĂ© inhĂ©rente dans la nature d'Arda : "bien que la fĂ«a ne puisse ĂȘtre brisĂ©e ou anĂ©antie par violence, la hröa peut ĂȘtre blessĂ©e et mĂȘme finalement dĂ©truite" (ibid.). TrĂšs explicites sont les mots de ManwĂ« dans son adresse finale aux Valar, avant la proclamation du Statut (p. 244 :
    [Les Elfes] arrivĂšrent en Arda Marrie, comme ils y Ă©taient destinĂ©s, tout comme Ă  endurer le Marrissement, mĂȘme s'ils vinrent dans leur commencement d'au-delĂ  d'EĂ€... Nous pouvons dire, dĂšs lors, que les Elfes sont destinĂ©s Ă  connaĂźtre la 'mort' Ă  leur façon, Ă©tant envoyĂ©s dans un monde qui contient la 'mort', et ayant une forme pour laquelle la 'mort' est possible. Car, bien que, par leur prime nature, immarrie, ils vivent justement comme esprit et corps cohĂ©rents, il y a lĂ  pourtant deux choses, non identiques, et leur sĂ©paration (qui est la 'mort') est une possibilitĂ© inhĂ©rente Ă  leur union.
Mais il est rendu clair que, pendant que, d'un cÎté, cette possibilité de "mort" pour les Elfes était une conséquence du Marrissement d'Arda par Melkor, d'un autre cÎté, la mort de Míriel troubla si fortement les Valar parce qu'elle était la premiÚre qui eut lieu en Aman. Faut-il supposé, alors, que jusqu'à ce moment les Valar s'étaient bercés d'illusions, croyant erronément que les Elfes incarnés, par le fait de leur séjour en Aman, étaient protégés de toute possibilité de séparation de l'esprit et du corps, de toutes les maniÚres dont une telle séparation peut advenir en Terre du Milieu - croyant en effet que le Marrissement d'Arda et la possibilité de la mort pour les incarnés n'avaient d'effet qu'à l'est de la Grande Mer, et ne découvrant que à présent la fausseté de cette croyance lorsque Míriel mourut ? (Voir le passage du "texte VII" en p. 400.)

L'"immortalitĂ©" des Elfes (de mĂȘme durĂ©e que la "vie" d'Arda), leurs morts et renaissances, Ă©taient profondĂ©ment ancrĂ©s et des Ă©lĂ©ments fondamentaux dans la conception de mon pĂšre. À cette Ă©poque, il Ă©tait en train de soumettre ces idĂ©es Ă  une analyse Ă©laborĂ©e, et en train d'Ă©tendre cette analyse aux idĂ©es d'"Aman sans mort" et de l'importance de Melkor dans la perversion de la CrĂ©ation telle qu'elle avait Ă©tĂ© exposĂ©e aux Ainur par IlĂșvatar au Commencement. Cette analyse est, en partie, prĂ©sentĂ©e comme un dĂ©bat entre les Valar eux-mĂȘmes, au cours duquel ils aboutissent Ă  de nouvelles perceptions concernant la nature d'Arda; mais la discussion thĂ©orique des lois morales et naturelles reçoit une dimension immĂ©diate de sa provenance de l'Ă©trange histoire des chagrins de FinwĂ« et MĂ­riel. Cette histoire fut conservĂ©e dans le Silmarillion publiĂ©, mais sans indication de ses implications pour les Dirigeants d'Arda et pour les savants des Elfes.
Dans ces Ă©crits, on voit la prĂ©occupation de mon pĂšre, dans les annĂ©es suivant la publication du Seigneur des Anneaux, au sujet des aspects philosophiques de la mythologie et de sa systĂ©matisation. Des dĂ©libĂ©rations des Dieux, les sages des Eldar conservĂšrent un compte-rendu parmi les livres de leur droit. Combien loin de ces graves Docteurs semble la "lune cornue" qui chevauchait au-dessus du navire d’Ælfwine le long des cĂŽtes de l’Île Solitaire (II.321), comme "la longue nuit de FaĂ«rie s’étendait" ! Ælfwine est toujours prĂ©sent en tant que communicateur et commentateur; mais il y a eu de grands changements en Elfinesse.
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Eru

Modérateur des TdM


Modérateur des TdM

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 27 Jan 2006
Messages: 643
Localisation: Partout, comme il se doit

MessagePosté le: 28 Avr 2007 10:45     Sujet du message: Répondre en citant

DE FËANOR ET DU DÉSENCHAÎNEMENT DE MELKOR


Le précédent "sous-chapitre", De Finwë et de Míriel, n'apparaissait, dans le contenu de l'ancien Chapitre 6, qu'à la fin du §46b (p.185). Pour la section suivante, il n'existe que deux textes tardifs, constituant la suite directe, et figurant sur les tapuscrits que j'ai appelés FM 3 et FM 4 (pp.255-6) : à partir de maintenant, il est plus pratique de les appeler "A" et "B". Bien qu'étant un texte finalisé, A est en effet un brouillon du second tapuscrit (B), qui de toute évidence le reprenait strictement, et l'étudier ne présente plus d'utilité une fois noté qu'il ne contient pas le nouveau passage concernant l'épouse de Fëanor, et que le titre en est De Fëanor et des Silmarils, et de l'EnténÚbrement de Valinor : ce texte ne provoque pas de subdivisions supplémentaires.
Dans cette section, mon pĂšre ne modifia pas grandement (si ce n'est par l'ajout concernant l'Ă©pouse de FĂ«anor) le texte du LQ, §§46c-48, et les changements peuvent ĂȘtre indiquĂ©s sans qu'il soit besoin de redonner le texte complet. Certaines diffĂ©rences, trĂšs mineures, ne sont pas mentionnĂ©es.
§46c. La seule diffĂ©rence ici avec le LQ est que les cheveux de FĂ«anor sont dits ĂȘtre "d'un noir de jais". Mais Ă  la fin du paragraphe, aprĂšs "Rarement la main et l'esprit de FĂ«anor se reposaient-ils", le passage suivant fut ajoutĂ© :


Alors qu'il Ă©tait encore dans sa prime jeunesse, FĂ«anor Ă©pousa Nerdanel, une damoiselle des Noldor ; ce qui en intrigua beaucoup, car elle ne faisait pas partie des plus belles de son peuple. Mais elle Ă©tait forte, et avait l'esprit libre et empli du dĂ©sir de la connaissance. Dans sa jeunesse, elle aimait s'aventurer loin des demeures des Noldor, que ce soit vers les longs rivages de la Mer ou dans les collines ; et FĂ«anor et elle s'Ă©taient ainsi rencontrĂ©s, et ils furent compagnons en maints voyages. Son pĂšre, Mahtan, Ă©tait un grand forgeron et Ă©tait celui qui, parmi tous ceux des Noldor, Ă©tait le plus cher au cƓur d'AulĂ«. De Mahtan, Nerdanel apprit beaucoup des arts que les femmes des Noldor utilisaient rarement : la fabrication de choses en mĂ©tal et en pierre. Elle rĂ©alisa des icĂŽnes, certaines reprĂ©sentant les Valar dans leur forme visible, et nombre d'autres figurant des hommes et des femmes des Eldar, et ceux-ci Ă©taient si ressemblants que leurs amis, s'ils n'avaient pas connaissance de son art, voulaient leur parler ; mais elle ouvra Ă©galement maintes choses issues de sa propre pensĂ©e, avec des formes Ă©tranges et fortes, mais nĂ©anmoins belles.
Elle possĂ©dait aussi une volontĂ© ferme, mais Ă©tait plus lente et plus patiente que FĂ«anor, dĂ©sirant plutĂŽt comprendre les esprits que les dominer. Quand elle se trouvait en compagnie d'autres personnes, elle s'asseyait souvent, Ă©coutant toujours leurs paroles, et observant leurs gestes et les mouvements de leur visage. Son humeur, elle la transmit en partie Ă  certains de ses fils, mais pas Ă  tous. Sept fils donna-t-elle Ă  FĂ«anor, et il n'est pas consignĂ© dans les histoires d'antan qu'un seul autre Eldar ait eu autant d'enfants. GrĂące Ă  sa sagesse, elle put au dĂ©but contenir FĂ«anor, quand le feu de son cƓur devenait trop ardent ; mais plus tard ses actes la peinĂšrent, et ils s'Ă©loignĂšrent l'un de l'autre.
A prĂ©sent, alors mĂȘme que FĂ«anor et les artisans des Noldor Ɠuvraient avec plaisir, ne voyant aucune fin Ă  leurs labeurs, et alors que les fils d'Indis arrivaient Ă  l'Ăąge adulte, le ZĂ©nith de Valinor se rapprochait de son terme.

Le texte se poursuit alors comme dans le §47 du LQ §47 (p.185). – Le nom de l'Ă©pouse de FĂ«anor, Nerdanel, Ă©tait une correction : le nom originel, tel qu'il fut tapĂ©, Ă©tait IstarniĂ«.
§47. "aux pieds des dieux" du LQ devient "aux pieds des Puissants".
§48. "et plus que tout dans la guérison des maintes blessures qu'il avait infligées au monde. Nienna répondit à sa priÚre, mais les autres restÚrent silencieux."
À partir de "C'est pourquoi au bout d'un certain temps il fut autorisĂ© Ă  circuler librement dans le pays" dans le LQ, le texte fut changĂ© :


Par consĂ©quent, aprĂšs un temps, ManwĂ« lui donna la permission de circuler librement dans le pays. Le mal que Melkor avait jadis ouvrĂ©, dans sa colĂšre et sa malice, ne pouvait ĂȘtre totalement guĂ©ri [cf. p.259, §11], mais son aide, si rĂ©ellement il avait voulu l'apporter, aurait Ă©tĂ© plus utile plus qu'aucune autre chose au remaniement du monde. Car Melkor Ă©tait, Ă  son commencement, le plus grand des Pouvoirs, et ManwĂ« croyait que, s'il se repentait, il regagnerait en grande partie la puissance et la sagesse qui avaient Ă©tĂ© les siennes Ă  l'origine. Il estimait que Melkor Ă©tait Ă  prĂ©sent sur cette voie-lĂ , et qu'il persĂ©vĂšrerait s'il Ă©tait traitĂ© sans rancune. La jalousie et la rancƓur, ManwĂ« Ă©tait lent Ă  les percevoir, car il ne les connaissait pas en lui-mĂȘme ; et il ne rĂ©alisa pas que, dans l'esprit de Melkor, tout amour avait Ă  jamais disparu.
Ulmo, est-il dit, ne se laissa pas abuser ; et Tulkas serrait les poings Ă  chaque fois qu'il voyait partir Melkor, son ennemi, car si Tulkas long Ă  la colĂšre, il l'est Ă©galement Ă  oublier. Mais ils respectaient les ordres de ManwĂ« ; car ceux qui dĂ©fendent l'autoritĂ© contre la rĂ©bellion ne peuvent eux-mĂȘmes se rebeller.


Dernière édition par Eru le 01 Mai 2007 12:15; édité 2 fois
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Eru

Modérateur des TdM


Modérateur des TdM

Sexe:Sexe:Masculin
Inscrit le: 27 Jan 2006
Messages: 643
Localisation: Partout, comme il se doit

MessagePosté le: 28 Avr 2007 10:46     Sujet du message: Répondre en citant

DES SILMARILS ET DE L'INQUIÉTUDE DES NOLDOR


Ce titre de chapitre est uniquement prĂ©sent dans le second des deux tapuscrits tardifs (B), et il y fut inscrit subsĂ©quemment. Le premier des deux textes (A) restait assez proche des §§49-54 du LQ ; bien que de nombreuses modifications aient Ă©tĂ© apportĂ©es, elles n'influent que peu ou pas sur la narration. Ici encore, il s'agissait d'un brouillon du second texte, et il ne mĂ©rite pas d'ĂȘtre Ă©tudiĂ© plus avant. Le second texte, toutefois, fut largement modifiĂ© et dĂ©veloppĂ© dans la derniĂšre partie du "sous-chapitre".

§49. Melkor avait une contenance des plus aimables devant les Eldar, et il les aida dans maints travaux, quand ils le laissaient faire. Les Vanyar se mĂ©fiaient en effet de lui, car ils rĂ©sidaient dans la lumiĂšre des Arbres et en Ă©taient heureux ; et il prĂȘtait peu d'attention aux Teleri, les estimant peu dignes d'intĂ©rĂȘt, des instruments trop faibles pour ses desseins. Mais les Noldor prenaient plaisir au savoir cachĂ© qu'il pouvait leur rĂ©vĂ©ler ; et certains prĂȘtĂšrent attention Ă  des paroles qu'il eĂ»t mieux valu pour eux qu'ils n'entendissent jamais.
§49a. Par la suite Melkor dĂ©clara en effet que FĂ«anor, en secret, avait appris de lui beaucoup de son art ; mais il s'agissait seulement lĂ  d'un des nombreux mensonges de Melkor, qui enviait le talent de FĂ«anor et qui dĂ©sirait revendiquer un rĂŽle dans ses Ɠuvres. Car nul parmi les EldaliĂ« ne haĂŻt jamais autant Melkor que FĂ«anor fils de FinwĂ«, et bien qu'il se trouvĂąt pris dans les toiles tissĂ©es par la malice de Melkor contre les Valar, il ne conversait pas avec lui en personne, et ne prenait aucun conseil auprĂšs de lui. En effet, il ne recherchait le conseil d'aucun de ceux qui rĂ©sidaient en Aman, grand ou petit, hormis seulement celui de son Ă©pouse, Nerdanel la sage, et cela ne dura pas.
§49b. A cette Ă©poque, mais avant que Melkor n'obtĂźnt sa libertĂ© au sein du pays d'Aman, furent ouvrĂ©es ces choses qui par la suite devinrent les plus renommĂ©es de toutes les Ɠuvres du peuple elfe. Car FĂ«anor, ayant Ă  prĂ©sent atteint sa pleine maturitĂ©, fut envahi par une nouvelle pensĂ©e, ou peut-ĂȘtre l'ombre de quelque prĂ©diction, concernant le destin qui se rapprochait, lui Ă©tait-elle venue ; et il se demanda comment la LumiĂšre des Arbres, la gloire du Royaume BĂ©ni, aurait pu ĂȘtre conservĂ©e de maniĂšre impĂ©rissable. Alors il entama un long et secret labeur, et il fit appel Ă  tout son savoir, et Ă  tout son pouvoir, et Ă  toute la finesse de son art, pour concevoir des joyaux plus merveilleux que tous ceux ayant jamais Ă©tĂ© imaginĂ©s, et dont la beautĂ© perdurerait au-delĂ  de la Fin.
Trois joyaux conçut-il, et il les nomma les Silmarils. Un feu vivant brĂ»lait en eux, qui Ă©tait un mĂ©lange de la LumiĂšre des Deux Arbres. Ils brillaient de leur propre Ă©clat, mĂȘme dans l'obscuritĂ© de la plus profonde salle de trĂ©sor ; pourtant toutes les lumiĂšres qui les touchaient, mĂȘme faibles, ils les absorbaient et les renvoyaient en de merveilleuses teintes auxquelles leur propre feu intĂ©rieur donnait une beautĂ© prodigieuse. Nulle chair mortelle, nulle main impure, nulle chose Ă  la volontĂ© malĂ©fique ne pouvait les toucher, sans ĂȘtre brĂ»lĂ©e et dessĂ©chĂ©e ; non plus qu'ils ne pouvaient brisĂ©s par aucune force du Royaume d'Arda. Les Silmarils, les Eldar les vĂ©nĂ©raient au-delĂ  de tous les autres trĂ©sors d'Aman ou de la Terre ; et Varda les consacra, et Mandos prĂ©dit que les destins d'Arda, terre, mer, et air, se trouvaient renfermĂ©s en eux. Le cƓur de FĂ«anor se trouva rapidement liĂ© Ă  ces choses qu'il avait lui-mĂȘme conçues.
§50. Alors Melkor convoita également les Silmarils, et à partir de cet instant, enflammée par son désir, la malice de son coeur grandit, bien que rien n'en transparût dans l'apparence qu'il se donnait, ou dans la forme avenante qu'il affectait, à la maniÚre de ses frÚres les Valar.
Par conséquent, à chaque fois que l'occasion se présenta à lui, il commença à semer mensonge et conseils malveillants parmi tous ceux qui étaient ouverts à son discours. Mais il le fit sournoisement, de telle sorte que rares furent ceux qui entendirent ces mensonges en les recevant de ses propres lÚvres : ils se transmirent d'ami en ami, tels des secrets dont la connaissance démontrait la sagesse de celui qui les racontait ; et dans leur récit ils grossirent et se répandirent, comme des mauvaises herbes envahissant progressivement des endroits lugubres. Par la suite, amÚrement le peuple des Noldor regretta-t-il la folie qui l'avait poussé à écouter.
Quand il constata que beaucoup se tournaient vers lui, Melkor s'en alla souvent marcher parmi eux, prononçant toujours des paroles de grand Ă©loge, un miel doux mais empoisonnĂ© ; car au milieu des belles paroles, d'autres Ă©taient si subtilement tissĂ©es que nombre de ceux qui les entendirent crurent, en y repensant, qu'elles Ă©taient nĂ©es de leur propre pensĂ©e. Il pouvait Ă©voquer dans leurs cƓurs des visions des puissants royaumes qu'ils auraient pu diriger Ă  leur propre guise dans l'Est, en ĂȘtres puissants et libres ; et alors des rumeurs se rĂ©pandirent, selon lesquelles les Valar avaient fait venir les Eldar en Aman par jalousie, craignant que la beautĂ© des Quendi et le pouvoir de crĂ©ation qu'IlĂșvatar leur avait accordĂ© ne devinssent trop importants Ă  gĂ©rer pour les Valar, comme le peuple elfe croissait et se dissĂ©minait sur les vastes terres du monde.
En ces jours, en outre, si les Valar avait en effet connaissance de la venue des Hommes qui devaient naĂźtre, les Elfes eux n'en savaient encore rien ; car ManwĂ« ne leur avait pas rĂ©vĂ©lĂ©, et le temps n'Ă©tait pas encore approchant. Mais Melkor leur parla secrĂštement des Hommes Mortels, percevant la maniĂšre dont le silence des Valar pouvait ĂȘtre converti en mal. Peu de choses savait-il pourtant des Hommes car, absorbĂ© par sa propre pensĂ©e dans la Musique, il avait prĂȘtĂ© peu d'attention au DeuxiĂšme ThĂšme d'IlĂșvatar ; mais Ă  prĂ©sent la rumeur courut parmi les Elfes que ManwĂ« les maintenait captifs, pour que les Hommes puissent venir les supplanter dans les domaines de la Terre du Milieu. Car les Valar perçurent que cette race, plus faible et Ă  la vie plus courte, serait plus aisĂ©e Ă  assujettir. Las ! Rarement les Valar se sont-ils prĂ©valus d'influer sur les volontĂ©s des Hommes ; mais nombre de Noldor crurent, ou crurent Ă  moitiĂ©, en ces paroles malĂ©fiques.
§51. Ainsi, avant mĂȘme que les Valar n'en eussent conscience, la paix de Valinor se trouva envenimĂ©e. Les Noldor commencĂšrent Ă  murmurer contre eux et toute leur espĂšce ; et beaucoup se gonflĂšrent de vanitĂ©, oubliant comment nombre des choses qu'ils possĂ©daient ou avaient apprises leur Ă©taient venues, par un don des Valar. Le cƓur avide de FĂ«anor brĂ»la on ne peut plus ardemment de la flamme du dĂ©sir de libertĂ© et de royaumes plus vastes ; et Melkor riait dans l'ombre, car c'est dans ce but que ses mensonges avaient Ă©tĂ© prĂȘchĂ©s, haĂŻssant par dessus tout FĂ«anor, et convoitant toujours les Silmarils. Mais ceux-ci, il n'Ă©tait pas autorisĂ© Ă  les approcher. Car bien que lors de grands festins FĂ«anor les arborĂąt sur son front, flamboyants, ils Ă©taient le reste du temps Ă©troitement surveillĂ©s, enfermĂ©s dans les chambres profondes de son trĂ©sor, Ă  TĂșna. Il n'y avait pas encore de voleurs en Valinor ; mais FĂ«anor commença Ă  aimer les Silmarils d'un amour cupide, et dĂ©nia Ă  tous le droit de les regarder, hormis Ă  son pĂšre ou Ă  ses fils. Rarement se rappelait-il Ă  prĂ©sent que la lumiĂšre qui les illuminait ne lui appartenait pas.
§52. De hauts princes FĂ«anor et Fingolfin, les fils aĂźnĂ©s de FinwĂ«, Ă©taient-ils, honorĂ©s par tous en Aman ; mais Ă  prĂ©sent ils devenaient fiers et jaloux de leurs propres droits et possessions. Et ĂŽ ! Melkor rĂ©pandit alors de nouveaux mensonges et des rumeurs parvinrent Ă  FĂ«anor, selon lesquelles Fingolfin et ses fils complotaient pour usurper le commandement de FinwĂ« et de la lignĂ©e de l'aĂźnĂ©, FĂ«anor, et pour les supplanter avec l'accord des Valar : car les Valar Ă©taient mĂ©contents de ce que les Silmarils reposassent Ă  TĂșna et ne fussent pas confiĂ©s Ă  leur garde. Mais Ă  Fingolfin et Ă  Finarfin il fut dit : "Prenez garde ! Peu d'amour l'orgueilleux fils de MĂ­riel a-t-il jamais portĂ© aux enfants d'Indis. Il est Ă  prĂ©sent devenu grand, et il tient son pĂšre dans sa main. Il s'Ă©coulera peu de temps avant qu'il ne vous chasse de TĂșna !"
§52a. Il est Ă©galement racontĂ© que, quand Melkor vit que ces mensonges couvaient, il commença Ă  parler, tout d'abord aux fils de FĂ«anor, puis Ă  d'autres moments Ă  ceux d'Indis, d'armes et d'armures, et du pouvoir qu'elles confĂšrent Ă  celui qui les possĂšde, pour dĂ©fendre ses biens (disait-il). Or les Quendi avaient possĂ©dĂ© des armes en Terre du Milieu, mais pas de leur propre crĂ©ation. Elles avaient Ă©tĂ© conçues par AulĂ« et envoyĂ©es comme prĂ©sents par la main d'OromĂ«, quand les Valar avaient appris que les Quendi Ă©taient attaquĂ©s par des ĂȘtres malfaisants qui, maraudant, avaient dĂ©couvert leurs lieux de rĂ©sidence, Ă  cĂŽtĂ© de CuiviĂ©nen ; et d'autres furent envoyĂ©es par la suite pour la dĂ©fense des Eldar dans la Grande Marche vers les rivages de la Mer. Mais toutes ces armes Ă©taient inutilisĂ©es depuis longtemps, et elles Ă©taient amassĂ©es comme des souvenirs de jours anciens Ă  moitiĂ© oubliĂ©s ; et depuis l'enchaĂźnement de Melkor, les armureries des Valar avaient Ă©galement Ă©tĂ© fermĂ©es.
§52b. Mais Ă  prĂ©sent les seigneurs des Noldor reprirent leurs Ă©pĂ©es et leurs lances et les affĂ»tĂšrent, recordĂšrent leurs arcs et remplirent leurs carquois de flĂšches. Et, durant ces jours, ils fabriquĂšrent des boucliers et les armoriĂšrent d'or et d'argent et de gemmes. Ils ne portaient ceux-ci qu'Ă  l'extĂ©rieur, et n'Ă©voquaient pas d'armes autres, car chacun pensait ĂȘtre le seul Ă  avoir Ă©tĂ© averti. Mais quand FĂ«anor eut vent de ce qui se prĂ©parait, il se construisit une forge secrĂšte, dont mĂȘme Melkor n'eut pas connaissance ; et lĂ  il forgea des Ă©pĂ©es cruelles en acier trempĂ©, pour lui-mĂȘme et pour ses sept fils, et des heaumes de haute taille empennĂ©s de rouge. AmĂšrement Mahtan dĂ©plora-t-il le jour oĂč il avait enseignĂ© Ă  l'Ă©poux de Nerdanel, sa fille, toute la connaissance de l'ouvrage du mĂ©tal qu'il avait acquise d'AulĂ«.
§52c. Ainsi, avec des mensonges, des rumeurs malveillantes et des conseils perfides, Melkor alluma la flamme du conflit dans les cƓurs des Noldor ; et leurs querelles amenĂšrent en fin de compte l'achĂšvement des hauts jours de Valinor, et le crĂ©puscule de sa gloire ancienne. Car Ă  prĂ©sent FĂ«anor commença Ă  Ă©voquer ouvertement une rĂ©bellion contre les Valar, criant haut et fort qu'il quitterait Valinor et retournerait vers le monde extĂ©rieur, et dĂ©livrerait les Noldor de la servitude (disait-il), s'ils voulaient le suivre.
§52d. Alors il y eut une grande inquiĂ©tude Ă  TĂșna, et FinwĂ« fut troublĂ©, et il convoqua tous ses seigneurs Ă  un conseil. Mais Fingolfin se pressa vers ses halls et se dressa devant lui, disant : "Mon roi et pĂšre, ne contiendras-tu point la fiertĂ© de notre frĂšre, CurufinwĂ«, qui est trop justement appelĂ© l'Esprit de Feu ? De quel droit parle-t-il au nom de tout notre peuple, comme s'il en Ă©tait le roi ? Ce fut toi qui jadis parlas devant les Quendi, leur demandant d'accepter l'hospitalitĂ© des Puissants en Aman. Ce fut toi qui, sur la longue route, menas les Noldor jusqu'Ă  la lumiĂšre d'Eldanor, Ă  travers la pĂ©rilleuse Terre. Si Ă  prĂ©sent point ne t'en chaut, au moins deux fils as-tu qui honoreront tes paroles !"
§52e. Mais tout comme il parlait, FĂ«anor apparut soudainement, et il entra dans la chambre Ă  grandes enjambĂ©es, altier et menaçant. Un feu de colĂšre se lisait dans ses yeux, et il Ă©tait en complet armement : son heaume Ă©levĂ© sur la tĂȘte, et Ă  son cĂŽtĂ© une puissante Ă©pĂ©e. "Ainsi en est-il, tout comme je l'avais supposĂ©," dit-il : "que mon demi-frĂšre voudrait me devancer avec mon pĂšre, en ceci comme en toute autre affaire. Qu'il ne voudrait pas attendre le conseil, oĂč toutes les paroles seraient entendues de tous, et auxquelles il serait rĂ©pondu. Qu'il parlerait contre moi en secret. Ceci, je ne le souffrirai pas !" cria-t-il, se tournant vers Fingolfin. "Pars, et retourne Ă  la place qui doit ĂȘtre la tienne !" Alors, comme dans un Ă©clair de flamme, il tira son Ă©pĂ©e. "Pars et ne dĂ©fie plus mon courroux !"
§52f. Alors Fingolfin s'inclina devant FinwĂ«, et sans un mot Ă  FĂ«anor, et sans mĂȘme lui adresser un regard, il sortit de la chambre. Mais FĂ«anor le suivit, et Ă  la porte de la maison du roi il l'arrĂȘta. Il posa la pointe de sa brillante Ă©pĂ©e sur la poitrine de Fingolfin. "Vois, demi-frĂšre !" dit-il. "Ceci est plus acĂ©rĂ© que ta langue. Essaie ne serait-ce qu'une fois de plus d'usurper ma place et l'amour de mon pĂšre, et peut-ĂȘtre cela dĂ©barassera-t-il les Noldor d'un esclavagiste en puissance."
§52g. Ces paroles furent entendues de beaucoup, car la maison de Finwë était située sur la grande place sous le Mindon, et une grande foule était rassemblée là. Mais Fingolfin, de nouveau, ne répondit pas, et traversant l'assistance en silence il partit chercher son frÚre Finarfin.
§52h. L'inquiĂ©tude des Noldor n'Ă©tait pas en fait dissimulĂ©e aux Valar ; mais son germe avait Ă©tait semĂ© dans l'ombre ; et par consĂ©quent, puisque FĂ«anor fut le premier Ă  parler ouvertement contre les Valar, ils estimĂšrent qu'il Ă©tait le fauteur de troubles, Ă©tant connu pour son front et son arrogance, bien que tous les Noldor fussent devenus fiers. Il Ă©tait peut-ĂȘtre dans la nature des Enfants de devenir effrontĂ©s en grandissant, et de vouloir Ă©chapper Ă  la tutelle, s'en souvenant avec peu de gratitude. Par consĂ©quent ManwĂ« fut peinĂ©, mais il observa et ne dit mot. Les Valar avaient fait venir librement les Eldar jusqu'Ă  leur pays, pour y rĂ©sider ou pour en partir ; et bien qu'ils pussent juger que partir serait une folie, il n'eĂ»t pas Ă©tĂ© lĂ©gitime de les en empĂȘcher, dans le cas oĂč un sage conseil se serait avĂ©rĂ© insuffisant.
§53. Mais Ă  prĂ©sent les actes de FĂ«anor ne pouvaient plus ĂȘtre nĂ©gligĂ©s, et les Valar Ă©taient courroucĂ©s ; et Ă©galement abattus, percevant que l'effronterie de la jeunesse n'Ă©tait pas la seule Ă  l'Ɠuvre. Par consĂ©quent ManwĂ« somma FĂ«anor d'apparaĂźtre devant les Valar, pour rĂ©pondre de toutes ses paroles et de tous ses actes, et il fut amenĂ© aux portes de Valmar. Furent aussi mandĂ©s lĂ -bas tous ceux qui avaient jouĂ© un rĂŽle quelconque dans cette affaire, ou qui en avaient quelque connaissance, ou qui avaient quelque grief personnel Ă  formuler.
§53a. Alors Mandos plaça FĂ«anor devant lui dans le Cercle de Justice, et lui demanda de rĂ©pondre Ă  tout ce qui lui Ă©tait demandĂ©. Grands doivent ĂȘtre le pouvoir et la volontĂ© de quiconque mentirait Ă  Mandos, ou mĂȘme refuserait son questionnement. Mais FĂ«anor n'y songea pas. Il Ă©tait tellement aveuglĂ© par les mensonges de Melkor, qui s'Ă©taient enracinĂ©s dans son cƓur orgueilleux (bien qu'il ne perçût pas encore clairement leur origine), qu'il se pensait lĂ©gitimĂ© en tout point dans sa façon d'agir, et mĂ©prisait tout autre jugement.
§53b. Mais quand tout fut dit, et que tous les témoignages furent donnés, et que toutes les paroles et tous les actes furent amenés de l'ombre à la lumiÚre, alors en fin de compte la racine fut mise à nu : la malice de Melkor fut révélée, et ses mensonges et demi-mensonges rendus évidents à reconnaßtre pour tous ceux qui voulaient bien ouvrir les yeux. Tulkas fut immédiatement envoyé par le conseil pour mettre la main sur Melkor et le ramener, afin qu'il soit de nouveau jugé. Mais Fëanor ne fut pas reconnu comme complÚtement innocent intérieurement. Car il avait secrÚtement forgé des épées, et en avait tiré une dans une colÚre infondée, menaçant la vie de son parent.
§53c. Par consĂ©quent, Mandos lui dit : "Tu parles de servitude. Si servitude il y a, tu ne peux t'en dĂ©livrer. Car ManwĂ« est Roi d'Arda, et non seulement d'Aman. Et cet acte Ă©tait illĂ©gitime, que ce fĂ»t en Aman ou point en Aman. Bien que plus impudent en Aman, car il s'agit d'une terre consacrĂ©e. Par consĂ©quent, cette sentence est-elle Ă  prĂ©sent dĂ©cidĂ©e : pendant douze annĂ©es devras-tu quitter TĂșna, oĂč cette menace fut exprimĂ©e. Pendant ce temps-lĂ , mĂ©dite avec toi-mĂȘme, et souviens-toi de qui tu es et de ce que tu es. Mais une fois ce temps Ă©coulĂ©, cette affaire sera apaisĂ©e et tenue pour rĂ©parĂ©e, si les autres t'absolvent."
§53d. Alors Fingolfin se leva et dit : "J'absoudrai mon frĂšre." Mais FĂ«anor ne rĂ©pondit mot ; et, aprĂšs s'ĂȘtre tenu silencieux pendant un moment devant les Valar, il se retourna et quitta le conseil, puis partit de Valmar. Il retourna immĂ©diatement Ă  TĂșna, et avant le terme du dĂ©lai de sept jours qui avait Ă©tĂ© donnĂ©, il rassembla ses biens et ses trĂ©sors, puis abandonna la citĂ© et s'en alla, loin. Avec lui partirent ses sept fils, et son pĂšre FinwĂ«, qui ne voulaient pas se sĂ©parer de lui, qu'il fĂ»t fautif ou innocent, ainsi que d'autres Noldor. Mais Nerdanel ne voulut pas partir avec lui, et elle demanda Ă  pouvoir demeurer avec Indis, qu'elle avait toujours estimĂ©e, bien que FĂ«anor ne goutĂąt que peu cela. Dans le Nord de Valinor, dans les collines proches des halls de Mandos, FĂ«anor et ses fils Ă©difiĂšrent une place forte et une salle de trĂ©sor Ă  Formenos, et y amassĂšrent une multitude de gemmes, ainsi que des armes : il ne laissĂšrent pas de cĂŽtĂ© les Ă©pĂ©es que FĂ«anor avait forgĂ©es. Mais Ă  TĂșna Fingolfin dirigeait Ă  prĂ©sent les Noldor ; et ainsi les paroles mĂȘmes de Melkor semblaient s'ĂȘtre accomplies (bien que ce fĂ»t FĂ«anor qui, par ses propres actes, avait permis que cela advienne) ; et l'amertume que Melkor avait semĂ©e perdura, mĂȘme si ses mensonges avaient Ă©tĂ© mis en Ă©vidence. Par la suite, elle exista encore longtemps entre FĂ«anor et les fils d'Indis.
§54. Or, il survint pire. En vain Tulkas avait-il recherchĂ© Melkor. Car Melkor, sachant que ses machinations avaient Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©es, se cacha et passa d'un endroit Ă  l'autre, comme un nuage dans les collines. Et bien que nul ne pĂ»t dĂ©couvrir vers oĂč il Ă©tait parti, la lumiĂšre de Valinor parut voilĂ©e, et les ombres de toutes choses dressĂ©es devinrent plus longues et plus obscures Ă  cette Ă©poque. Il est dit qu'en Valinor nul ne revit Melkor pendant deux ans, ni n'entendit de rumeurs Ă  son sujet, jusqu'Ă  ce qu'il se mĂźt subitement Ă  rechercher FĂ«anor. Il arriva secrĂštement Ă  Formenos, dĂ©guisĂ© comme un voyageur qui cherche un logis ; et il parla avec FĂ«anor sur le pas de sa porte. Il feignit l'amitiĂ©, usant d'arguments fallacieux, le pressant Ă  en revenir Ă  son ancienne pensĂ©e, Ă  fuir les trĂ©mails des Valar.
"Constate la vĂ©racitĂ© de mes dires, et comment en vĂ©ritĂ© tu te retrouves injustement banni," dit-il. "Mais si le cƓur de FĂ«anor est encore demeure indomptĂ©, comme cela Ă©tait le cas Ă  TĂșna, alors je l'aiderai et l'amĂšnerai loin de pays fermĂ©. Car ne suis-je point Ă©galement Vala ? Si fait, et plus encore que ceux qui siĂšgent ici, fiĂšrement. J'ai toujours Ă©tĂ© l'ami des Noldor, reconnaissant leur valeur : le plus talentueux et le plus vaillant de tous les peuples d'Arda."
Or le cƓur de FĂ«anor Ă©tait toujours amer de son humiliation devant Mandos, et pendant un instant il s'interrompit et regarda Melkor en silence, se demandant si rĂ©ellement il pouvait avoir confiance en lui, ne serait-ce que pour l'aider dans sa fuite. Mais la fourberie de Melkor dĂ©passa ses propres espĂ©rances et, voyant FĂ«anor hĂ©siter, et sachant que les Silmarils asservissaient son cƓur, il dit enfin : "C'est ici une place forte et bien gardĂ©e, mais ne t'imagine pas que les Silmarils seront Ă  l'abri dans quelque salle de trĂ©sor que ce soit, au sein du royaume des Valar !"
Alors les feux du cƓur de FĂ«anor s'embrasĂšrent, et ses yeux flamboyĂšrent ; et son regard brĂ»lant transperça l'apparence avenante de Melkor, jusqu'aux sombres profondeurs de son esprit, percevant lĂ  son farouche dĂ©sir des Silmarils. Alors la haine de FĂ«anor surpassa sa peur, et il parla de maniĂšre ignominieuse Ă  Melkor, disant : "Hors de mes portes, toi clochard ! Toi charognard des prisons de Mandos !" Et il claqua sa porte Ă  la figure du plus puissant de tous les habitants d'Ëa.
Alors Melkor partit, honteux, car il Ă©tait lui-mĂȘme en danger, et il voyait que ce n'Ă©tait pas encore l'heure de sa vengeance ; mais son cƓur Ă©tait noir de colĂšre. Et une grande peur envahit FinwĂ«, et il dĂ©pĂȘcha des messagers auprĂšs de ManwĂ«, Ă  Valmar.


Commentaire

Dans la premiĂšre partie de ce "sous-chapitre", Des Silmarils et de l'InquiĂ©tude des Noldor, l'histoire, telle qu'elle Ă©tait racontĂ©e dans le LQ (pp.184 et s.), fut trĂšs peu modifiĂ©e mĂȘme dans les dĂ©tails, malgrĂ© les nombreux changements de vocabulaire introduits dans cette derniĂšre version – hormis en ce qui concerne les armes des Eldar (§§52a, b). Dans le QS, oĂč le sujet fut introduit pour la premiĂšre fois ([HoMe] V, p.228, note de Pengolod au §49), il Ă©tait dit que "les Elfes n'avaient auparavant possĂ©dĂ© que des armes de chasse, des lances et des arcs et des flĂšches", mais qu'Ă  prĂ©sent, sous l'influence de Melkor, les Noldor "apprirent Ă  façonner des Ă©pĂ©es en acier trempĂ©, et Ă  fabriquer des cottes de mailles et des boucliers". Ceci fit l'objet d'une rĂ©Ă©criture dans le §50 du LQ (p.188), toujours en tant qu'observation de Pengolod, pour laisser apparaĂźtre que les Elfes n'avaient Ă  l'origine possĂ©dĂ© aucune arme, et qu'Ă  prĂ©sent ils avaient appris Ă  fabriquer toutes sortes d'armes, des Ă©pĂ©es, des lances, des arcs et des flĂšches. De la mĂȘme maniĂšre, dans le §97 des AAm (p.96) : "Melkor apprit aux Eldar Ă  faire des armes, choses qu'ils n'avaient pas auparavant possĂ©dĂ©es ou connues" ; mais mon pĂšre nota par la suite sur le tapuscrit des AAm (p.106, §97) : "Non ! Ils durent avoir des armes au long du Grand Voyage." Ressentant le besoin d'expliquer comment les Quendi avaient survĂ©cu "au milieu des tromperies de la lumiĂšre stellaire", et concluant qu'ils avaient dĂ» ĂȘtre armĂ©s en Terre du Milieu, il adopta (Ă  mon sens) le procĂ©dĂ© narratif, quelque peu mĂ©canique, qui est introduit ici (§52a).
Des explications, dans un monde tel que celui-ci, peuvent provoquer des rĂ©flexions inutiles. Le passage d'OromĂ«, d'Aman en Terre du Milieu sur son cheval Nahar, n'est jamais dĂ©crit, et (dirais-je) il n'a pas besoin de l'ĂȘtre, et ne devrait pas l'ĂȘtre ; les dĂ©placements des grands Valar (et en vĂ©ritĂ© ceux des divinitĂ©s moindres, comme Melian) constitue un mystĂšre que nous ne cherchons pas Ă  percer. Ils viennent d'au-delĂ  d'Arda et n'en sont pas issus. Dans l'histoire (trĂšs ancienne) du transport des trois "ambassadeurs" Elfes originels, de Kuivienen en Valinor, nous pouvons nous demander avec plus de justesse, peut-ĂȘtre, comment ils voyagĂšrent, car les Elfes, quels que soient leurs pouvoirs, sont des Enfants de la Terre, et ils doivent vivre et se dĂ©placer au sein du monde physique d'Arda. Mon pĂšre n'en dit jamais plus sur ce sujet ; et nous pouvons supposer, si nous le voulons, qu'ils franchirent le DĂ©troit de Glace, portĂ©s par Nahar.1 Mais il ressort, au travers de cette histoire selon laquelle OromĂ« apporte aux Eldar une grande rĂ©serve d'armes fabriquĂ©es en Valinor, qu'il perçut le besoin de rĂ©pondre, Ă  un certain niveau, Ă  ce genre de spĂ©culations — car cette rĂ©serve devait ĂȘtre importante pour servir Ă  la protection d'une telle troupe.
Dans la derniĂšre partie de la nouvelle version l'histoire est grandement dĂ©veloppĂ©e, et cependant pas au point de contredire les versions prĂ©cĂ©dentes — qui peuvent ĂȘtre lues comme un synopsis de la derniĂšre. Il se peut en effet que l'histoire de la confrontation abrupte de FĂ«anor avec Fingolfin, dans la maison de FinwĂ«, ait Ă©tĂ© dĂ©jĂ  prĂ©sente dans l'esprit de mon pĂšre quand il Ă©crivit le LQ (fin du §52), bien qu'il ne la racontĂąt vraiment que beaucoup plus tard.
Il convient de remarquer que pendant qu'il Ă©crivait la nouvelle version, il gardait aussi un Ɠil sur les AAm ; ainsi dans le §54 il puisa les paroles de Melkor Ă  FĂ«anor, Ă  Formenos, dans le §101 des AAm (p.97) – bien qu'en enlevant la phrase "Et ne croyez pas que les Silmarils soient en sĂ»retĂ© oĂč que ce soit dans le royaume des dieux" de la place qui Ă©tait la sienne dans les AAm, et en l'utilisant comme dans le LQ, comme preuve soudaine pour FĂ«anor des intentions rĂ©elles de Melkor.
Il reste quelques points isolés. Dans les deux textes de la derniÚre version apparaßt la phrase du §49b : "Les Silmarils, les Eldar les vénéraient au-delà de tous les autres trésors d'Aman ou de la Terre". Cette utilisation remonte à trÚs loin (voir l'Index du Vol.IV, entrées Terre et Monde), aussi inadaptée qu'elle puisse paraßtre au monde dans lequel Aman était physiquement accessible en traversant la Mer. Mais la Terre et la Terre du Milieu : ce n'est pas l'équivalent d'Arda ; cf. également le §52d : "Ce fut toi qui, sur la longue route, menas les Noldor jusqu'à la lumiÚre d'Eldanor, à travers la périlleuse Terre."
Il est curieux Ă©galement que TĂșna soit Ă  prĂ©sent utilisĂ© Ă  chaque occurrence, et pas Tirion ; voir p.90, §67, et p.193, §52.
Dans le §50, il est dit de Melkor que "Peu de choses savait-il pourtant des Hommes car, absorbĂ© par sa propre pensĂ©e dans la Musique, il avait prĂȘtĂ© peu d'attention au DeuxiĂšme ThĂšme d'IlĂșvatar". Cela contraste avec l'AinulindalĂ« (Ă  la fois le texte С et le texte D), §13 : les enfants d'IlĂșvatar "Ă©taient arrivĂ©s avec le TroisiĂšme ThĂšme", et §24 : ManwĂ« "Ă©tait l'instrument principal du second ThĂšme qu'avait fait naĂźtre IlĂșvatar, contre la dissonance de Melkor." Voir plus loin p.358, note 10.
Les noms Fingolfin et Finarfin sont ainsi épelés dans B, mais dans A, Fingolphin et Finarphin (voir p.265, note 10). Dans la Seconde Edition du Seigneur des Anneaux (1966), Finarphin était ainsi épelé, et changé plus tard en Finarfin, selon ce que j'avais suggéré (Appendice F, Les Elfes).

1 Cf. L'histoire Ă  laquelle il est fait rĂ©fĂ©rence dans l'ancienne "Esquisse de la Mythologie", et selon laquelle "LĂșthien se rendit au-delĂ  du Detroit de Glace, aidĂ©e par le pouvoir sa mĂšre divine, Melian, jusqu'aux halls mĂȘmes de Mandos" ([HoMe] IV, p.25,55).


Dernière édition par Eru le 01 Mai 2007 12:54; édité 3 fois
Revenir en haut
Déconnecté Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Envoyer l'e-mail
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Ce sujet est verrouillé, vous ne pouvez pas éditer les messages ou faire de réponses.    Les Aratars Index du Forum -> AnnĂșminas Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Aller à la page 1, 2  Suivante
Page 1 sur 2

Sauter vers:  

Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum


Merci pour le référencement à :


Referencement Gratuit    "Portail Bricabrac"    Annuaire voltzenlogel.net    Annuaire Généraliste    Gartoo
RaveCrow    Recherche Web    référencement marketing    liens sponsorisés    Annuaire KimiWeb.Net (Tolkien)    Annuaire KimiWeb.Net (Baldur's Gate)


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com
Chronicles phpBB2 theme by Jakob Persson (http://www.eddingschronicles.com). Stone textures by Patty Herford.