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[Traduction - HoMe X] Le Quenta Silmarillion tardif

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Dior

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MessagePosté le: 22 Avr 2007 1:19     Sujet du message: [Traduction - HoMe X] Le Quenta Silmarillion tardif Répondre en citant

Ce qui suit est la traduction intégrale officieuse de la 1ère partie du Quenta Silmarillion tardif (HoMe X, Morgoth's Ring, Partie Trois, pp. 141 et suivantes, Ed. HarperCollins, 2002) par Eru, Incanus, Nowhere Man et Dior, avec l'aide graphique appréciée de Taraudhel. Le texte a été divisé sur la base des chapitres le composant :
N.B. :
  • Le texte en taille normale est le texte de Tolkien, celui en taille petite est de Christopher Tolkien. Les notes sont de Christopher Tolkien sauf si autrement précisé.
  • Les numéros de pages donnés sont ceux donnés par Christopher Tolkien et renvoient aux éditions en sa possession (donc la plupart du temps aux éditions originales anglaises).
  • Une différence de choix de traduction explique que l'anglais Orcs est traduit par "Orques" ou "Orcs" selon les les textes traduits.
  • Les pages indiquées sans référence à un livre renvoient aux pages de HoMe X, le volume contenant ce texte.
  • Les autres volumes des HoMes sont référencés par de simples chiffres romains, les pages l'étant par des chiffres arabes (ex. : XI.226 renvoie à HoMe XI, p. 226).


_____________________



LE QUENTA SILMARILLION TARDIF


(I) La Première Phase


Dans ce livre, comme expliqué dans l'Avant-propos, mon récit du développement du Silmarillion dans les années suivant l'achèvement du Seigneur des Anneaux se restreint à la partie "valinorienne" de la narration - c'est-à-dire, à la partie correspondant aux Annales d'Aman.
Comme avec les Annales de Valinor (Aman) (p. 47), mon père ne commença pas la révision du Quenta Silmarillion comme un nouveau projet sur des feuilles blanches, mais reprit le manuscrit QS originel et le tapuscrit (intitulé "Eldanyárë") dérivé de celui-ci (voir V.199-201) et les couvrit de corrections et d'extensions. Comme on l'a déjà vu (p. 3), il nota que la révision avait atteint la fin du conte de Beren et Lúthien le 10 mai 1951. Les chapitres furent très différemment traités, certains étant bien plus développés que d'autres et conduisant à plusieurs textes supplémentaires.
Un tapuscrit de secrétaire fut ensuite réalisé, fournissant un texte raisonnablement clair et uniforme à partir des matériaux à présent complexes et difficiles. Ceci fut réalisé par la même personne que celle ayant effectué le tapuscrit de l'Ainulindalë D (p. 39) et semble avoir été paginé de manière continue par rapport à lui. J'appellerai ce tapuscrit "LQ1" (pour "Later Quenta 1", i.e. "le premier texte continu du Quenta Silmarillion tardif"). Il semble quasiment certain qu'il fut réalisé en 1951(-2).
LQ1 fut corrigé, en différentes périodes d'une étendue variant grandement. Un nouveau tapuscrit, en copie principale et carbone, fut réalisé professionnellement par la suite, incorporant toutes les modifications faites au LQ1. Ce texte, je l'appellerai "LQ2". Dans une lettre à Rayner Unwin du 7 décembre 1957 (Lettres n° 204), mon père disait :
    À présent, je vois très clairement que je dois inévitablement, en préambule à tout « remodelage »*, faire des copies de tout le matériau qui peut l’être. Et je vais mettre cela en chantier dès que possible. Mais je crois que la meilleure manière de procéder (à ce stade, alors que l’essentiel de ce que j’ai écrit consiste en des exemplaires uniques et irremplaçables) est d’installer un dactylographe dans mon bureau, au college, et de ne laisser échapper à ma garde aucun matériau avant que tout ne soit copié.
Il semble probable que ce fut juste après ceci que LQ2 fut réalisé. Il convient de noter qu'il fut dactylographié sur la même machine que celle utilisée pour le tapuscrit des Annales d'Aman (existant aussi en copie principale et carbone), et les deux textes peuvent très bien appartenir à la même période - disons 1958. LQ2 (comme LQ1) n'a naturellement aucune valeur textuelle en soi, mais il reçut des corrections soignées dans le Chapitre 1 Des Valar (par après, cependant, uniquement des notes éparses).
Finalement, mon père se tourna vers une nouvelle rédaction narrative sur le Sujet du Premier Âge avant la Dissimulation de Valinor. Le premier chapitre, Des Valar, grandement modifié à ce moment, fut séparé du Quenta Silmarillion proprement dit sous le titre Valaquenta; alors que le sixième chapitre, Des Silmarils et de l'Enténèbrement de Valinor (numéroté 4 dans QS, V.227), et une partie du septième, De la fuite des Noldor (numéroté 5 dans QS), furent très fortement étendus et donnèrent naissance à de nouveaux chapitres avec ces titres :
    De Finwë et Míriel
    De Fëanor et du Désenchaînement de Melkor
    Des Silmarils et de l'Inquiétude des Noldor
    De l'Enténèbrement de Valinor
    Du Vol des Silmarils
    De la Querelle des Voleurs
Ce nouveau travail exemplifie le "remodelage" que mon père prévoyait dans la lettre à Rayner Unwin citée ci-dessus. Il représente (avec beaucoup d'autres écrits d'une nature principalement spéculative) une seconde phase dans son travail tardif sur Le Silmarillion. La première phase incluait la nouvelle version du Lai de Leithian, l'Ainulindalë tardive, les Annales d'Aman et les Annales Grises, le Conte de Tuor ultérieur, et la première vague de révision du Quenta Silmarillion, la plupart de ce travail étant laissé inachevé. Les années 1953-5 virent la préparation et la publication du Seigneur des Anneaux; et il semble raisonnable de penser qu'il se passa encore un bon moment avant qu'il ne se penchât à nouveau sur Le Silmarillion, ou au moins sur ses premiers chapitres.
Dans ces chapitres substantiellement réécrits de la "seconde phase", il était en train de se diriger fortement vers une nouvelle conception de l'œuvre, un nouveau mode bien plus complet de narration - envisageant, comme il semble, une "ré-expansion" complète de la forme encore bien condensée (malgré une bonne partie d'élargissement lors de la révision de 1951) qui remontait via QS et Q à l'"Esquisse de la Mythologie" de 1926, qui avait réalisé un bref résumé de l'étendue du Livre des Contes perdus (sur cette évolution, voir IV.76).
Il a été difficile de trouver une méthode satisfaisante de présentation pour l'évolution tardive du Silmarillion. En premier lieu, les chapitres doivent manifestement être traités séparément, étant donné que l'étendue du développement tardif, ainsi que l'histoire textuelle, varie si fortement. Tout aussi clairement, une documentation complète de chaque modification du début à la fin (c'est-à-dire, détaillant l'ordre précis des changements à travers les textes successifs) est hors de question. Après un certain nombre d'essais, le plan que j'ai suivi se base sur cette considération : vu qu'une grande partie du développement peut être attribuée à une période relativement courte (la "révision de 1951"), le mieux semble de prendre LQ1, marquant la fin de ce stade, comme le "texte commun". Mais alors que j'imprime LQ1 en entier tel qu'il fut dactylographié (aussi loin que le chapitre 5 : les chapitres 6-8 sont traités différemment), j'inclus également dans le texte les corrections et expansions lui ayant été apportées subséquemment, indiquées comme telles. Ceci donne immédiatement un aperçu de l'état de l'œuvre à la fois dans LQ1, à la fin de la "première phase", et dans LQ2, au début de la "seconde phase" quelques sept années plus tard. Au-delà de ceci, le traitement de chaque chapitre varie selon les spécificités de son histoire. Les dernières versions étendues de certains chapitres appartenant à la "seconde phase" sont traitées séparément (pp. 199 et suivantes).
Des difficultés particulières se rencontrent dans le dernier travail sur Le Silmarillion, en ce qu'une bonne partie du matériau tapuscrit ne fut pas réalisée par mon père, et il semble souvent avoir corrigé ces textes sans remonter aux précédents dont ils étaient issus; alors que quand ils étaient à la fois en copie principale et en carbone, il les conservait souvent en des endroits différents (par crainte de perte), et une copie est souvent corrigée différemment de l'autre, ou l'une n'est pas corrigée quand l'autre l'est. En outre, il était susceptible de corriger un texte après que des textes ultérieurs en avaient été dérivés.

* Ce mot se réfère à une lettre de Lord Halsbury, qui avait dit : "je vois bien que vous attend un vrai combat pour le remodeler en une forme permettant la publication" (cité plus tôt dans la lettre de mon père à Rayner Unwin).
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Dior

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MessagePosté le: 22 Avr 2007 1:19     Sujet du message: Répondre en citant

1. DES VALAR


Dans mon édition de "QS" dans le Volume V de cette histoire, le texte des premiers chapitres (1, 2, 3(a), 3(b), 3(c)) est repris du tapuscrit que mon père réalisa à partir du manuscrit QS en (comme je l'ai avancé, V.200) décembre 1937 - janvier 1938, et qui incorporait certaines révisions apportées aux chapitres d'ouverture sur le manuscrit. Ce texte, je m'y référerai en tant que "le tapuscrit QS". À la fois le manuscrit et le tapuscrit furent utilisés pour la "révision de 1951". Mais ce fut ce dernier qui fut la copie à partir de laquelle LQ1 fut réalisé, quelques quatorze ans les séparant. Comme déjà expliqué, les changements effectués subséquemment à LQ1 sont indiqués tels quels dans le texte.
Il n'y a à présent pas de page de titre au LQ1 (voir p. 200), qui commence avec la note d'Ælfwine (avec les vers en vieil anglais) et la note du traducteur en une copie presque exacte du vieux tapuscrit QS (V.203-4), la seule différence étant Pengoloth pour Pengolod (à la première occurrence, changé en Pengolodh, représentant le "th" voisé). La page, comme celle du tapuscrit QS, est titrée Eldanyarë (Histoire des Elfes).
Les numéros de paragraphe sont ceux du QS (V.204-7), avec "10a" et "10b" utilisés pour indiquer les passages additionnels au texte du QS, et appartenant à des époques différentes, à la fin du chapitre.



Ici commence le Silmarillion ou Histoire des Silmarils

1. Des Valar

§1 Au commencement, Eru, [ajouté : l'Unique,] qui dans la langue elfe est nommé Ilúvatar, créa les Ainur à partir de sa pensée; et il firent une grande musique devant lui. De cette Musique le Monde fut créé; car Ilúvatar rendit visible le chant des Ainur, et ils le contemplèrent comme une lumière dans les ténèbres. Et nombreux des plus puissants parmi eux devinrent amoureux de sa beauté et de son histoire qu'ils virent commencer et se déployer comme dans une Vision. Par conséquent, Ilúvatar donna à leur vision l'Existence, et la fixa au milieu du Vide, et le Feu secret fut envoyé pour brûler au cœur du Monde.
Alors ceux des Ainur qui voulaient entrer dans le Monde au commencement du Temps, vois ! il fut leur tâche de l'achever et par leur labeur d'accomplir la Vision qu'ils avaient vue. Longtemps œuvrèrent-ils dans les régions d'Ëa, qui sont vastes au-delà de la pensée des Elfes et des Hommes, jusqu'à ce qu'au temps fixé fut créée Arda, le Royaume de la Terre. Alors ils revêtirent l'habit de la Terre et y descendirent et y demeurèrent; et ils y sont.
§2 Ces esprits, les Elfes les nomment les Valar, ce qui signifie les Puissances, et les Hommes les ont souvent appelés dieux. De nombreux esprits moindres de leur propre espèce amenèrent-ils dans leur sillage, à la fois grands et petits; et certains d'entre eux, les Hommes les ont confondus avec les Elfes, mais injustement [lire à tort], car ils furent créés avant le Monde, alors que les Elfes et les Hommes s'éveillèrent pour la première fois sur Terre, après l'arrivée des Valar. Pourtant, dans la création des Elfes et des Hommes, et dans l'attribution à chacun de leurs dons particuliers, nul parmi les Valar ne prit part. Ilúvatar seul fut leur auteur; c'est pourquoi ils sont appelés les Enfants d'Ilúvatar [> Eru].
§3 Les chefs des Valar étaient neuf. Tels étaient les noms des Neuf Dieux [> dieux] dans la langue elfe telle qu'elle était parlée en Valinor; bien qu'ils aient d'autres noms ou des noms altérés dans la langue des Gnomes [> Sindar], et que leurs noms parmi les Hommes soient nombreux : Manwë et Melkor, Ulmo, Aulë, Mandos, Lorien [> Lorion], Tulkas, Ossë, et Oromë.
§4 Manwë et Melkor étaient frères dans la pensée d'Ilúvatar / et les plus puissants de ces Ainur qui vinrent dans le Monde. Mais Manwë est le seigneur des dieux, et prince des airs et des vents, et souverain du ciel. Avec lui demeure en tant qu'épouse Varda, la créatrice des étoiles [> Le plus puissant de ces Ainur qui vinrent dans le Monde était Melkor; mais Manwë était plus cher au cœur d'Ilúvatar et comprenait le plus clairement ses desseins. Il fut désigné pour être, dans la totalité du temps, le premier de tous les rois : seigneur du royaume d'Arda et souverain de tout ce qui y réside. Et là, son plaisir est dans les vents du monde et dans toutes les régions de l'air. Avec lui en Arda demeure en tant que compagne Varda, l'enflammeuse des étoiles], immortelle dame des hauteurs, dont le nom est sacré. Fionwë et Ilmarë sont leur fils et leur fille [cette phrase barrée]. Le suivant en puissance et le plus proche de Manwë en amitié est Ulmo, seigneur des eaux. Il demeure seul dans les Mers extérieures, mais détient le gouvernement de toutes les eaux, mers, et fleuves, fontaines et sources, à travers la terre. Assujetti à lui est Ossë, le maître des mers autour des terres des Hommes; et sa femme est Uinen, la dame de la mer. Ses cheveux s'étendent dans toutes les eaux sous les cieux.
§5 Aulë a de la puissance mais un peu moins [> un peu moins de puissance] qu'Ulmo. Il est un forgeron et un maître des arts; et sa compagne est Yavanna, la pourvoyeuse de fruits et l'amoureuse de toutes les choses qui croissent. En majesté, elle suit Varda, sa sœur, parmi les reines des Valar. Elle est belle et grande, et souvent les Elfes la nomment-ils Palúrien, la Dame de la Vaste Terre.
§6 Les Fanturi [> Fëanturi] étaient frères, et sont nommés Mandos et Lorien [> Lorion]. Pourtant, ce ne sont pas là leurs vrais noms, mais plutôt les noms des lieux de leurs demeures. Car leurs vrais noms sont rarement prononcés, sauf en secret : lesquels sont Námo et Irmo. Dixit Rúmil. Nurufantur est aussi appelé l'aîné, [> lesquels sont Námo et Irmo. Námo, l'aîné, est] le maître des maisons des morts, et le rassembleur des esprits des tués. Il n'oublie rien, et sait tout ce qui sera, sauf seulement ce qu'Ilúvatar a caché; mais il parle seulement à la demande de Manwë. Il est l’Homme de sentence des Valar. Vairë la tisseuse est son épouse, qui tisse toutes les choses qui ont existé dans le temps dans ses tapisseries historiées, et les halls de Mandos, qui s'élargissent au fur et à mesure que les âges passent, en sont habillés. Olofantur, le plus jeune de ces frères, était aussi appelé, [> Irmo, le plus jeune de ces frères, est] le maître des visions et des rêves. Ses jardins dans le pays des dieux sont les plus beaux de tous les lieux dans le monde, et remplis de nombreux esprits. Estë la pâle est son épouse, qui ne marche pas de jour, mais dort sur une île sur le sombre lac de Lorien [> Lorion]. De là, ses fontaines apportent du rafraichissement aux habitants de Valinor; pourtant, elle ne se rend pas aux conseils des Valar, et n'est pas comptée parmi leurs reines.
§7 Le plus fort de bras, et le plus grand en actes de prouesse, est Tulkas, qui est surnommé Poldórëa le Vaillant. Il n'est pas vêtu dans ses loisirs, qui sont principalement dans la lutte; et il ne chevauche nul coursier, car il peut distancer toutes les choses qui vont sur leurs pieds, et il est inépuisable. Sa chevelure et sa barbe sont dorées, et sa chair rose; ses armes sont ses mains. Il se soucie peu du passé ou du futur, et est de peu d'utilité comme conseiller, mais est un ami intrépide. Il a beaucoup d'amour pour Fionwë, fils [> Ëonwë, héraut] de Manwë. Son épouse est Nessa, sœur d'Oromë; elle a le bras souple et le pied léger, et danse en Valinor sur les pelouses d’un vert ne s'altérant jamais.
§8 Oromë est un seigneur puissant, et d'un peu moins de force que Tulkas, ou de colère, s'il est provoqué. Il aimait les contrées de la Terre, lorsqu'elles étaient encore sombres, et il ne les quitta pas volontiers et vint en dernier en Valinor; et il se rend encore par moments à l'est par delà les montagnes. Jadis, il était souvent vu dans les collines et sur les plaines. Il est un chasseur, et il aime tous les arbres; raison pour laquelle il est appelé Aldaron, et par les Gnomes [> Sindar] Tauros [> Tauron], le seigneur des forêts. Il aime les chevaux et les chiens, et ses cors sont forts dans les clairières et les bois que Yavanna a plantés en Valinor; mais il ne les fait pas sonner en Terre du Milieu depuis la disparition des Elfes, qu'il aimait. Vána est son épouse, la toujours-jeune, la reine des fleurs, qui a la beauté à la fois du ciel et de la terre sur son visage et dans toutes ses œuvres; elle est la sœur cadette de Varda et de Palúrien.
§9 Mais plus puissante qu'elle est Niënna, la sœur de Manwë et de Melkor. Elle demeure seule. La pitié est dans son cœur, et le deuil et les pleurs viennent à elle; l'ombre est son royaume et son trône est caché. Car ses halls sont à l'ouest de l'Ouest, près des frontières du Monde et Ténèbres [lire des Ténèbres]; et elle vient rarement à Valmar, la cité des dieux, où tout est heureux. Elle se rend plutôt aux halls de Mandos, qui sont plus proches et pourtant plus au nord; et tous ceux qui vont en Mandos l’implorent. Car elle est une guérisseuse de blessures, et tourne la souffrance en remède et la peine en sagesse. Les fenêtres de sa maison donnent vers l'extérieur depuis les murs du Monde.
§10 En dernier tous nomment Melkor. Mais les Gnomes [> Noldor], qui souffrirent tant de ses actes maléfiques, ne prononceront pas son nom, et ils l'appellent Morgoth, le dieu noir [> le Noir Ennemi], et Bauglir, le Contraignant. Une grande puissance lui fut attribuée par Ilúvatar, et il était du même âge que Manwë, et il avait une partie de tous les pouvoirs des autres Valar; mais il les tourna vers des usages maléfiques. Il convoitait le monde et tout ce qui y était, et désirait la suzeraineté de Manwë et les royaumes de tous les dieux; et l'orgueil et la jalousie et l'envie crûrent toujours dans son cœur, jusqu'à ce qu'il devint différent de ses frères. La colère le consumait, et il engendrait la violence et la destruction et l'excès. Dans la glace et le feu se trouvait son plaisir. Mais les ténèbres utilisa-t-il le plus dans toutes ses œuvres maléfiques, et il les transforma en crainte et en un nom d'effroi chez les Elfes et les Hommes.
§10a Ainsi peut-il être vu qu'il y a neuf Valar, et sept reines des Valar de puissance non moindre; car alors que Melkor et Ulmo demeurent seuls, il en va de même de Niënna, tandis qu'Estë n'est pas comptée parmi les Souverains. Mais les Sept Grands du Royaume d'Arda sont Manwë et Melkor, Varda, Ulmo, Yavanna, Aulë, et Niënna; car bien que Manwë soit leur chef [> roi], en majesté ils sont pairs, surpassant en comparaison tous les autres, qu'ils soient des Valar et de leur espèce, ou de tout autre ordre qu'Ilúvatar a conçu [> a fait exister].
§10b [Tout ce qui suit fut ajouté au tapuscrit à l'encre : Avec les Valar étaient d'autres esprits dont l'existence commença également avant le monde : ceux-ci sont les maiar, du même ordre que les Grands mais de puissance et de majesté moindres. Parmi eux, Ëonwë, le héraut de Manwë, et Ilmarë, demoiselle de Varda, étaient les principaux. De nombreux autres y en a-t-il qui n'ont pas de noms chez les Elfes et les Hommes, car ils apparaissent rarement sous forme visible. Mais grande et belle était Melian du peuple de Yavanna, qui [barré : en son nom] entretenait jadis les jardins d'Estë, avant qu'elle ne vînt en Terre du Milieu. Et sage était Olórin, conseiller d'Irmo : ennemi secret des maux secrets de Melkor, car ses brillantes visions éloignaient les fantasmes des ténèbres.
À propos de Melian, beaucoup est conté par la suite; mais d'Olórin, ce conte ne parle pas. Dans les jours d'après, il aima chèrement les Enfants d'Eru, et prit pitié de leurs peines. Ceux qui lui prêtaient l'oreille s'élevaient du désespoir; et dans leurs cœurs, le désir de guérir et de renouveler s'éveillait, ainsi que des pensées de belles choses qui n'avaient pas encore existé mais pouvait encore être créées pour l'enrichissement d'Arda. Rien ne fit-il ni ne possédait-il, mais il allumait les cœurs des autres, et en leur plaisir il était heureux. Mais tous les maiar n'étaient pas fidèles aux Valar; car certains furent dès le commencement attirés par le pouvoir de Melkor, et d'autres corrompit-il plus tard à son service. Sauron était le nom par lequel le principal de ceux-ci fut par après appelé, mais il n'était pas seul.]

*


Tous les changements indiqués dans le texte du LQ1 donné ci-dessus furent repris dans le second tapuscrit complet et continu LQ2, effectué quelques sept ans plus tard (pp. 141-2), qui introduisit quelques erreurs. On ne peut dire quand les modifications furent apportées au LQ1, bien que la plupart d'entre elles ont l'air d'avoir été faites au même moment.
Le tapuscrit LQ2 fut corrigé bien plus entièrement et prudemment dans ce chapitre que dans aucun autre subséquent, bien qu'en de nombreux cas seulement sur une des deux copies. Je donne ici la liste de ces modifications :*
§1 Après "le Feu secret fut envoyé pour brûler au cœur du Monde" fut ajouté : "et il fut appelé Eä", avec "Que cela soit !" dans une note de bas de page (barrée sur la copie principale).
§2 "et certains d'entre eux, les Hommes les ont confondus avec les Elfes, mais injustement" > "ceux-ci sont les Maiar, que les Hommes ont souvent confondus avec les Elfes, mais à tort" ("injustement" [NdTr : "wrongfully", pour "wrongly"] était une erreur de la part du dactylographe de LQ1).
§3 Sur la forme Lorien avec une voyelle courte, voir p. 56 note 2. Le dactylographe ne comprit pas les corrections de mon père au nom dans LQ1, qui n'étaient pas claires, et dactylographia dans les trois occurrences (§§3, 6) Lorien, Lorin, Lorion. Aux deux premières, mon père corrigea le nom en Lorinen, mais le barra, probablement immédiatement; sa forme finale dans LQ2 était Lóriën (ainsi marqué).
§4 "dans toutes les régions de l'air." > "... air; par conséquent, il est surnommé Súlimo."
Le dactylographe du LQ2 omit le mot "enflammeuse" après "Varda", produisant ainsi "Varda des étoiles"; mon père changea "étoiles" en "Étoiles", montrant qu'il n'avait pas observé l'erreur.
§5 Dans "elle [Yavanna] suit Varda, sa sœur," les mots "sa sœur" furent barrés (cf. sous §8 ci-dessous).
§6 L'ouverture du paragraphe fut à nouveau réécrite, pour se lire : "Les Fëanturi étaient frères, et sont appelés le plus souvent Mandos et Lóriën. Pourtant ce sont là justement les noms des lieux de leurs demeures; car leurs vrais noms sont Námo et Irmo. Námo, l'aîné, demeure en Mandos, et est le gardien des Maisons des Morts"
"(Vairë la tisseuse est) son épouse' > "sa compagne".
"Ses jardins dans le pays des dieux sont les plus beaux" > "En Lorien sont ses jardins dans le pays des dieux, et ils sont les plus beaux".
"(Estë la pâle est) son épouse" > "sa compagne" (copie principale uniquement).
"une île sur le sombre lac de Lorion" > "une île sur le lac ombragé d'arbres de Lórellin".
§7 "Poldórëa" > "Astaldo".
"Son épouse est Nessa" > "Sa compagne est Nessa".
§8 La première partie de ce paragraphe fut substantiellement modifiée, mais presque tout le nouveau texte apparaît sur la copie carbone uniquement :
    Il aimait les contrées de la Terre du Milieu, et il ne les quitta pas volontiers et vint en dernier en Valinor; et souvent jadis, il revenait à l'est par-delà les montagnes, et retournait avec sa troupe dans les collines et sur les plaines. C’est un chasseur de monstres et de bêtes féroces, et il aime les chevaux et les chiens, et il aime tous les arbres; et Tauron l'appelaient les Sindar, le seigneur des forêts. Le Valaróma était le nom de son grand cor, dont le son était comme le lever du Soleil en écarlate, et l'éclair pur fendant les nuages. Par dessus tous les cors de sa troupe était-il entendu dans les bois que Yavanna fit pousser en Valinor; car là, il y entraînerait ses gens et ses bêtes à la poursuite des créatures maléfiques de Melkor. Mais le Valaróma ne retentit plus en Terre du Milieu depuis le changement du monde et la disparition des Elfes, qu'il aimait.
"elle [Vána] est la sœur cadette de Varda et de Palúrien" > "elle est la sœur cadette de Yavanna" (copie principale uniquement).
§9 "Niënna, la sœur de Manwë et de Melkor" > " la sœur de Námo" (copie principale uniquement).
§10 "Bauglir" > "Baugron" (copie principale uniquement).
"la suzeraineté de Manwë" > "la royauté de Manwë" (copie principale uniquement).
§10b "Avec les Valar étaient d'autres esprits" > "Avec les Valar, comme il a été dit, étaient d'autres esprits" (copie principale uniquement).
"ceux-ci sont les maiar" > "les Maiar" (copie principale uniquement); maiar > Maiar à nouveau à la fin.
J'ai montré tous ces changements dans un détail non nécessaire étant donné qu'ils servent à indiquer la nature de beaucoup du matériau constituant "le Silmarillion tardif".


Commentaire sur le Chapitre 1, "Des Valar"


§1 La nouvelle ouverture du Silmarillion apparut avec la première phase de la révision, et il est évident qu'elle suivait et était dépendante de la nouvelle version de l'Ainulindalë, avec sa nouvelle conception de la Création du Monde :
    Ilúvatar rendit visible le chant des Ainur ... [Les Ainur virent l'histoire du Monde] se déployant comme dans une Vision. Par conséquent Ilúvatar donna à leur vision l'Existence ... il fut leur tâche de l'achever et par leur labeur d'accomplir la Vision qu'ils avaient vue.
La première forme de la nouvelle ouverture, écrite sur le manuscrit QS, avait "Longtemps œuvrèrent-ils dans les régions d'Aman", utilisant ce nom dans le sens qu'il portait dans les textes tardifs de l'Ainulindalë ("les Halls d'Aman", le Monde); dans le tapuscrit QS (voir p. 143), Aman fut corrigé en (qui apparaît dès lors dans LQ1).
§2 Le nom Maiar, introduit dans l'ajout fait à la fin du LQ1 (§10b) et apparaissant dans ce paragraphe dans LQ2, est trouvé en premier dans le brouillon préliminaire des Annales d'Aman (Mairi > Maiar, p. 49 et note 4). Voir en outre sous §10b ci-dessous.
§3 Le changement éphémère de Lorien en Lorion se retrouve également en AAm* (la seconde version, abandonnée, de l'ouverture d'AAm), p. 65, §1.
§4 Sur le changement au LQ1 par lequel Melkor devient "le plus puissant de ces Ainur qui vinrent dans le Monde" (et ne possédant pas que des pouvoirs égaux à ceux de Manwë), voir p. 65, §2.
Sur la perte de la phrase originelle "Fionwë et Ilmarë sont leur fils et leur fille", fortement barrée à l'encre sur LQ1, voir sous §10b ci-dessous. Ainsi de même dans le texte final D de l'Ainulindalë, la référence à Fionwë et Ilmarë en tant que le fils et la fille de Manwë et Varda fut fortement barrée en noir (p. 34, §6).
§5 Sur le rejet dans LQ2 de l'affirmation selon laquelle Yavanna était la sœur de Varda, voir sous §8 ci-dessous.
§6 Dans la toute première phase de la révision, une note marginale fut ajoutée à côté des noms Mandos et Lorien, qui, telle qu'introduite dans le tapuscrit QS, se lit :
    Pourtant ceux-ci ne sont pas leurs vrais noms, et ils sont plutôt les noms des lieux de leurs demeures. Car leurs vrais noms sont rarement prononcés, sauf en secret : lesquels sont Núr et Lís. Dixit Rúmil.
(Dans les Contes perdus, Mandos est le nom du Dieu, et également le nom de ses halls; il est aussi dit (I.76) que Vefántur (Mandos) appelait ses halls d'après son propre nom, Vê.) Núr et Lís furent ensuite corrigés en Námo et Irmo. Le dactylographe du LQ1 incorpora ceci dans le corps du texte, ce qui n'était manifestement pas l'intention de mon père. Ce dactylographe en fit de même ailleurs, et mon père restaura ensuite le passage dans son statut originel comme note marginale; mais dans ce cas, il le laissa, se débarrassant des mots "Dixit Rúmil" (et de l'ancien nom Nurufantur; de même avec Olofantur subséquemment).
Au bas de la page portant ce passage dans la copie carbone du LQ2, il écrivit au crayon la chose suivante (se référant aux noms Námo et Irmo) : "Jugement (de ce qu'est le) Désir (de ce qui pourrait ou devrait être)".
Ce qui est dit à la fin du paragraphe à propos d'Estë se trouve en AAm (p. 49, §3), où il est également dit qu'elle était "la principale des Maiar". Ceci fut répété en AAm* (p. 65, §3), où Nessa est ajoutée à Estë comme "les plus grandes des Maiar".
Le changement d'"épouse" en "compagne" fut fait sur LQ2 pour les passages de Vairë, Estë et Nessa (§§6-7), pour celui de Vána (§8), il fut simplement oublié, alors que Varda était devenue la "compagne" de Manwë lors d'un changement effectué sur LQ1 (§4), et que Yavanna était déjà la "compagne" d'Aulë dans QS (§5). Le même changement fut fait sur le tapuscrit d'AAm (p. 69), et son importance est observée à partir des commentaires marginaux accompagnant : "Notez que 'compagne' signifie seulement une 'association'. Les Valar n'avaient pas de corps, mais pouvaient revêtir des formes." À ce moment, le passage en AAm concernant les Enfants des Valar fut retiré (voir sous §10b ci-dessous).
§8 En AAm (§133, pp. 111, 124), la forme était toujours Tauros (dans le discours de Fëanor au sommet de Túna), et ne fut pas corrigée.
Le nom Valaróma (apparaissant dans le passage élargi sur LQ2) apparaît en AAm, p. 101, §116) et, par correction de Rombaras, dans l'Ainulindalë D (p. 35, §34).
L'affirmation en §5 selon laquelle Yavanna est la sœur de Varda n'apparaît pas dans QS, mais elle était simplement dérivée de ce que, dans QS §8, Vana est "la sœur cadette de Varda et de Palúrien". Ceci remonte au Q (IV.79, 167), mais pas plus loin. Varda et Yavanna étaient encore sœurs en AAm (p. 49, §3), mais l'idée fut abandonnée lors de corrections au LQ2.
§9 Que Niënna était la sœur de Manwë et de Melkor ("frères dans la pensée d'Ilúvatar") remonte aux toutes premières Annales de Valinor (IV.263), et subsista en AAm (p. 49, §3; cf. p. 93, §88, où Niënna soutint la prière de Melkor pour le pardon "en raison de sa parenté"). Avec le changement dans LQ2 par lequel elle devient "sœur de Námo", omettant Irmo, son frère, cf. AAm* (p. 65, §3), où elle n'est nommée que "sœur de Manwë", omettant Melkor.
§10 Le nom Baugron (changé de Bauglir dans LQ2) ne se retrouve nulle part ailleurs. Il ne fut pas adopté dans le Silmarillion publié.
§10a La signification de ce passage est plus évidente avec un tableau; les noms en italiques sont "les Sept Grands du Royaume d'Arda".

Manwë

Varda

Melkor

Ulmo

Aulë

Yavanna

Niënna

Mandos

Vairë

Lorien

(Estë)

Tulkas

Nessa

Ossë

Uinen

Oromë

Vána


§10b Fionwë et Ilmarë furent retirés en §4 en tant qu'enfants de Manwë et de Varda, et en §7, Fionwë devient Ëonwë, "héraut de Manwë"; ici Ilmarë devient "demoiselle de Varda". Ceci est un aspect d'un développement important dans la conception des Puissances d'Arda, l'abandon de l'idée ancienne et longtemps ancrée des "Enfants des Valar, les Fils des Valar". Elle était toujours présente en AAm (p. 49, §4), où les Valarindi, "la descendance des Valar", étaient "comptés avec" les Maiar (mais en AAm*, ils sont distingués des Maiar, p. 66, §4). Sur le texte tapuscrit d'AAm, le concept des Enfants des Valar fut barré (voir sous §6 ci-dessus).
Melian est une Maia (comme en AAm §40), et elle est "du peuple de Yavanna" (dans QS §31, "elle était apparentée, avant que le monde ne fût créé, à Yavanna"). Et ici Olórin (Gandalf), en tant que "conseiller d'Irmo", apparaît dans Le Silmarillion.
En AAm (p. 52, §17), Sauron ("un grand artisan de la maison d'Aulë") est de même dit avoir été le principal des Maiar qui se tournèrent vers Melkor.

Il se peut que la (relativement) lourde correction effectuée sur le texte LQ2 de ce chapitre était le préliminaire à sa forme finale et élargie appelée le Valaquenta (pp. 199 et suivantes).

* Sans aucun doute, beaucoup des corrections au LQ1 dans son ensemble relèvent de la "seconde phase" de la révision (p. 142), alors que LQ2 et les corrections lui ayant été faites sont des éléments constituants de cette phase; mais il est visiblement bien plus commode et clair de les exposer ensemble en relation au texte primaire LQ1.
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MessagePosté le: 22 Avr 2007 1:24     Sujet du message: Répondre en citant

2. DE VALINOR ET DES DEUX ARBRES

La situation textuelle de ce chapitre diffère de celle du chapitre 1 en ce qu'ici, après les modifications apportées aux textes pré-Seigneur des Anneaux (le manuscrit QS et le tapuscrit QS dérivé) suivirent deux tapuscrits réalisés par mon père avant QT 1, et dans le premier de ceux-là l'ouverture du chapitre diffère grandement de la forme qu'elle avait dans QS. Je ne distinguerai cependant pas les « couches » de l'histoire textuelle avant que ne soit atteint le tapuscrit dicté de QT 1, bien que certains points précis soient abordés dans le commentaire.
Le développement ultérieur de ce chapitre à partir de QS fut dans les faits limité à la révision de 1951, étant donné que la réécriture et l'expansion subséquentes correspondant au développement du Valaquenta à partir du chapitre 1 ne furent pas entreprises dans ce cas. Je pense qu'il est concevable (bien qu'il n'y ait aucune preuve dans un sens ou dans l'autre) qu'ayant réécrit le chapitre 1 et en ayant fait le Valaquenta, mon père ait reporté la réécriture du chapitre 2 parce que ses vues sur le traitement du mythe des Deux Arbres à la lumière de la cosmologie tardive étaient trop incertaines.
Voici le texte de QT 1, avec les (très rares) changements ultérieurs qui lui furent apportés indiqués comme tels. Les numéros de paragraphe correspondent à ceux de QS (V.208 – 10).


2. De Valinor et des Deux Arbres

§11 Au commencement du Royaume d'Arda Melkor contesta la suzeraineté à son frère Manwë et aux Valar, et tout ce qu'ils édifiaient il l'entravait ou le marrissait, s'il le pouvait. Mais il s'enfuit devant l'assaut de Tulkas, et il y eut la paix. Mais puisque Melkor avait corrompu la lumière en une flamme destructrice, lorsqu'il fut parti et ses feux tamisés les Valar perçurent que la Terre était dans les ténèbres, exceptée la lueur des innombrables étoiles que Varda avait faites durant les âges sans nom des travaux d'Eä. À la prière de Yavanna, Aulë forgea donc deux puissantes Lampes [ajouté : Illuin et Ormal] pour qu'Arda fût éclairée ; et les Valar les placèrent sur de hauts piliers au nord et au sud de la Terre du Milieu, et à la lumière des Lampes ils ordonnèrent leur royaume, et le désir de Yavanna porta ses fruits, et des choses vivantes apparurent et crurent abondamment.
À cette époque, la demeure des Valar était sur une île dans un grand lac au centre de la Terre du Milieu qu'Aulë avait bâti. Là la lumière des Lampes se mêlait et la croissance était la plus vive et la plus belle ; et voyez ! du mélange d'Illuin et d'Ormal naquit le Vert, et c'était chose nouvelle ; et la Terre du Milieu se réjouit, et les Valar louèrent le nom de Yavanna. Mais Melkor, mis au courant de ces travaux et plein de fureur et d'envie, revint en secret en Arda hors des Ténèbres et rassembla ses forces dans le Nord, et il marrit les travaux de Yavanna, si bien que la croissance de la Terre fut corrompue et de nombreuses choses monstrueuses naquirent. Alors entrant soudainement en guerre contre les Valar il jeta bas les Lampes, et la nuit revint, et dans la chute des piliers d'Illuin et Ormal les mers s'élevèrent et de nombreuses terres furent submergées.
§12 Dans les ténèbres et la confusion des mers les Valar ne purent encore vaincre Melkor ; car sa force avait crû avec sa malveillance, et il avait maintenant à son service de nombreux autres esprits, et de nombreuses choses maléfiques aussi de sa propre conception. Ainsi échappa-t-il à la fureur des Valar, et loin dans le Nord se bâtit-il une forteresse, et il creusa de grandes cavernes souterraines, et jugea qu'il était à l'abri de toute attaque à jamais. Mais les dieux se retirèrent dans l'extrême Ouest et là firent leur demeure et la fortifièrent ; et ils bâtirent de nombreuses résidences dans cette terre sur les bordures du Monde, qui a pour nom Valinor. Et Valinor était bordée de ce côté-ci par la Grande Mer de l'Ouest*, et à l'est sur ses rives les Valar bâtirent les Pelóri, les Montagnes d'Aman, qui sont les plus hautes de la Terre. Mais sur le côté le plus distant se trouvait la Mer Extérieure, qui entoure le Royaume d'Arda, et est appelée par les Elfes Vaiya. Quelle est la largeur de cette mer, nul ne le sait sinon les dieux, et au-delà sont les Murs du Monde qui l'isolent du Vide et des Ténèbres Primitives.
§13 En leur terre gardée les Valar rassemblèrent toute la lumière et toutes belles choses ; et là sont leurs maisons et leurs jardins et leurs tours. Au milieu de la plaine au-delà des Montagnes était la Cité des Dieux [> leur cité], Valmar la belle aux nombreuses cloches. Mais Manwë et Varda avaient des halls sur la plus haute des Montagnes d'Aman, d'où ils pouvaient regarder la Terre jusque dans l'Est le plus lointain. Taniquetil les Elfes nomment cette montagne sainte, et Oiolossë Blancheur Éternelle, et Elerina [> Elerrina] Couronné d'Étoiles, et de nombreux autres noms encore. Mais les Gnomes [> Sindar] en parlèrent dans leur langue plus tard comme d'Amon Uilos**.
§14 En Valinor Yavanna sanctifia la terre avec de puissants chants, et Nienna l'arrosa de larmes. À ce moment les dieux [> Valar] étaient assemblés, et assis en silence sur leurs trônes de conseil de l'Anneau du Destin non loin des portes d'or de Valmar la Bénie ; et Yavanna Palúrien chanta devant eux et ils regardèrent.
§15 De la terre naquirent deux pousses minces ; et le monde entier était silencieux en cette heure, et il n'y avait aucun autre son que la lente chanson de Palúrien. Sous son chant deux beaux arbres s'élevèrent et crûrent. De toutes les choses que les dieux firent [> qu'elle fit] ils sont les plus renommés, et tous les contes de l'Ancien Monde sont tissés autour de leur destin. L'un avait des feuilles d'un vert sombre dont le revers était comme de l'argent brillant ; et il portait des fleurs blanches comme un cerisier, mais bien plus grandes et belles ; et de chacune de ses innombrables fleurs une rosée de lumière argentée tombait sans cesse, mais la terre en-dessous était tacheté des ombres dansantes de ses feuilles tremblantes. L'autre portait des feuilles d'un vert tendre comme d'un jeune hêtre ; elles étaient bordées d'or luisant. Des fleurs se balançaient sur ses branches comme des grappes de flammes jaunes, chacune formant une corne flamboyante qui répandait une pluie dorée sur le sol ; et des fleurs de cet arbre vinrent une grande lumière et chaleur.
§16 Telperion appelait-on le premier en Valinor, et Silpion, et Ninquelotë, et de nombreux autres noms encore dans les chansons ; mais les Gnomes le nommaient [> mais dans la langue sindarine on l'appelait] Galathilion. Laurelin était appelé l'autre [> appelait-on l'autre], et Malinalda, et Kulurien, et de nombreux autres noms ; mais les Gnomes la nommaient [> mais les Sindar la nommaient] Galadloriel***.
§17 En sept heures la gloire de chaque arbre croissait jusqu'à son apogée et décroissait jusqu'au néant ; et chacun revenait à la vie une heure avant que l'autre ne cessât de luire. Ainsi en Valinor une belle heure de douce lumière advenait deux fois chaque jour, lorsque les deux Arbres luisaient faiblement et leurs rayons d'or et d'argent se mêlaient. Telperion était l'aîné des Arbres et atteignit le premier sa pleine stature et sa floraison ; et cette première heure durant laquelle il brilla seul, blanc miroitement d'une aube argentée, les dieux ne la comptèrent pas dans le récit des heures, mais la nommèrent l'Heure d'Ouverture, et comptèrent à partir d'elle les âges de leur règne en Valinor. Ainsi à la sixième heure du Premier Jour, et de tous les jours de joie qui s'ensuivirent jusqu'à l'Assombrissement, la floraison de Telperion cessa ; et de même à la douzième heure l'épanouissement de Laurelin. Et chaque jour des dieux en Valinor [> Aman] comprenait douze heures, et s'achevait avec le second mélange des lumières, lorsque Laurelin déclinait mais Telperion s'éveillait. Et les rosées de Telperion et les flots de Laurelin, Varda les rassembla dans de grandes vasques comme [rayé : dans] de brillants lacs, qui étaient pour tout le pays d'Aman comme des puits d'eau et de lumière.

* [note de bas de page au texte – voir p. 154] Qui est Garsecg : dixit Ælfwine. [Cette note fut placée à tort dans le texte par le dactylo, et subséquemment replacée comme note de bas de page.]

** [note de bas de page au texte] Dans la langue de cette île d'Hommes Heofonsýl était son nom parmi les rares qui purent jamais l'apercevoir au loin. Dans l'erreur sont-ils pourtant [> Ainsi ai-je écrit erronément], comme les Eldar me l'ont enseigné ; car il s'agit en réalité seulement du nom de la montagne de Númenor, le Meneltarma, qui a sombré à jamais : dixit Ælfwine. [Cette note fut également placée à tort dans le texte par le dactylo. Voir le commentaire sur le §13.]

*** [note de bas de page au texte] D'autres noms de Laurelin chez les Noldor [> dans la langue sindarine] sont [> étaient] Glewellin (qui est le même que Laurelin, chanson d'or), Lasgalen aux vertes feuilles, et Melthinorn arbre d'or ; et son image en Gondolin était nommée Glingal. [Rayé : Autrefois parmi les Noldor] L'Arbre Aîné était aussi appelé Silivros pluie miroitante [> étincelante], Celeborn arbre d'argent, et Nimloth fleur pâle. Mais par la suite Galathilion le Petit fut le nom de l'Arbre Blanc de Túna, et sa descendance eut pour nom Celeborn en Eressëa, et Nimloth en Númenor, le don des Eldar. L'image de Telperion que Turgon fit en Gondolin était Belthil. Dixit Pengolod. [Comme les précédentes, cette note de bas de page fut placée dans le corps du texte par le dactylo de QT 1, mais plus tard replacée là où il le fallait.])

Commentaire sur le chapitre 2, « De Valinor et des Deux Arbres »


Le tapuscrit final (QT 2) de ce chapitre reçut très peu de corrections, et uniquement sur la copie principale (celles qui furent apportées sont indiquées dans le commentaire qui suit). Ainsi le texte de QT 1 donné ci-dessus, avec les corrections montrées, est quasiment le texte final du chapitre.

§11 - 12 Ce chapitre ne connut que peu de changements par rapport au texte de QS (V.208-10), excepté son début, grandement développé – la majeure partie du nouveau matériel est issue de l'Ainulindalë tardive. De nombreux indices permettent de dire que l'histoire beaucoup plus complète d'AAm (voir p. 60, commentaire sur les §§11 – 29) fut écrite après la révision du chapitre du Silmarillion. Ainsi la vieille histoire selon laquelle Melkor ne commença à creuser Utumno qu'après la chute des Lampes est toujours présente (voir p. 61, §20). La phrase du §11 de QT concernant la première conception d'étoiles par Varda fut tout d'abord écrite « ... les âges sans nom des travaux des Grands en Aman » (pour Aman > voir p. 149, §1), ce qui montre qu'elle date d'avant la phrase très proche de AAm (§24) : « la Terre du Milieu restait dans la pénombre sous les étoiles que Varda avait créées au cours des âges oubliés de ses travaux en Ëa » – où elle est employée dans un contexte différent, celui des ténèbres après la chute des Lampes.
§12 La note de bas de page à QS §12 qui donne le nom Utumno à la première forteresse de Melko survécut tout d'abord dans la version révisée, mais fut perdue dans un des tapuscrits et ne fut pas replacée.
Sur le texte final QT 2, mon père écrivit rapidement au crayon une note de bas de page après « jugea qu'il était à l'abri de toute attaque à jamais » :
    Sa principale forteresse était à Utumno dans le Nord de la Terre du Milieu ; mais il bâtit également une forteresse et un arsenal non loin des côtes nord-ouest de la Mer, pour résister à toute attaque venant d'Aman. Elle fut appelée Angband et était commandée par Sauron, lieutenant de Melkor.
Dans QS (§§62, 105), l'histoire voulait que Morgoth, revenu de Valinor, ait bâti Angband sur les ruines d'Utumno ; il est fort possible que cela ait toujours été le cas dans AAm (§127, p. 109), mais la déclaration de QS §62 selon laquelle « Morgoth revint à son ancienne demeure » est absente. Apparaît ici l'idée que Melkor bâtit les deux forteresses dans un temps reculé – et aussi que Sauron était le commandant d'Angband ; cf. la note tardive écrite sur le tapuscrit de AAm (p. 127, §127): « La construction de cette forteresse [Angband] en tant que protection contre un débarquement de l'Ouest devrait venir plus tôt. »
Le passage original de QS concernant Vaiya, la Mer Extérieure, au-delà de laquelle « les Murs du Monde ... isolent [le] Vide et des Ténèbres Primitives », réfléchissant l'Ambarkanta contemporain, survécut dans la révision presque sans changement, excepté que désormais, il est dit que personne sauf les Valar ne connait la largeur de la Mer Extérieure (en contraste avec l'Ambarkanta et ses diagrammes). Au sujet de l'interprétation très difficile de ce passage à la lumière de l'image du monde tardive, voir pp. 62-4. Dans LQ 2, mon père corrigea Vaiya en Ekkaia (d'où son apparition dans le Silmarillion publié). La Mer Extérieure n'a pas de nom elfique dans AAm.
§13 Dans les premiers textes de la révision de 1951, la phrase « et dans la langue de cette île d'Hommes Heofonsýl était son nom parmi les rares qui purent jamais l'apercevoir au loin. » se trouvait dans le corps du texte (comme c'était le cas dans QS, avec Tindbrenting à la place de Heofonsýl), et la note de bas de page commençait à « dans l'erreur sont-ils pourtant, comme les Eldar me l'ont enseigné ». Il semble qu'il s'agisse là de l'agencement naturel. Le dactylo de QT 1, comme souvent ailleurs, plaça la note de bas de page dans le corps du texte ; mais mon père, lorsqu'il corrigea QT 1, plaça le passage entier en note de bas de page – à la différence de ce qu'il fit dans un cas similaire dans le premier chapitre (p. 150, §6), où il laissa la note de bas de page dans le corps du texte. Il semble presque certain qu'il ne se référait pas, dans ces cas, aux textes précédant QT 1 (voir p. 143). – Le nom vieil-anglais Heofonsýl « Pilier du Paradis » apparaît dans les Notion Club Papers comme un nom du Meneltarma (IX.314).
§14 Palúrien > Kementári (changement crayonné apporté à QT 2). Il ne s'agissait que d'un changement fortuit, non effectué dans le §15 (ni dans le §5). Kementári est présent dans le Valaquenta (p. 202).
§16 Telperion (pas Silpion) est le nom principal dans AAm (apparaissant pour la première fois dans le §5, pp. 50, 59) ; dans la tradition du Silmarillion, il devint le nom principal suite à une correction du premier texte tapuscrit de la révision de 1951.
§17 Au sujet de la référence (dans la note sur les noms des Deux Arbres) à Galathilion le Petit, l'Arbre Blanc de Túna, cf. AAm §69 (année 1142, p. 85) : « En cette année Yavanna donna aux Noldor l'Arbre Blanc, Galathilion, image de l'Arbre Telperion ».
Dans la dernière phrase, le mot « vasques » fut changé en « sources » dans QT 2 (cf. « puissantes vasques » en AAm §28, changé dans le tapuscrited en « fontaines brillantes » (p. 69) ; dans AAm* « profonds bassins » (p. 68)).
Sur la copie carbone de QT 2, qui ne reçut aucune autre correction, mon père ajouta la note suivante au mot flots [spilth] dans la dernière phrase :
    censé indiquer que Laurelin est « basé » sur le cytise*. 'jocund spilth of yellow fire' Francis Thompson – qui tira sans doute le mot de Timon d'Athènes** (son vocabulaire dérive largement de l'anglais élisabéthain)
Mon père fait référence à Sister Songs, The Proem, de Francis Thompson :
    Mark yonder, how the long laburnum drips
    Its jocund spilth of fire, its honey of wild flame!
Cf. la description originale de Laurelin dans les Contes Perdus (I.72) : « toutes ses branches furent cachées par de longues grappes oscillantes de fleurs d'or comme une myriade de lampes de flammes suspendues, et de la lumière tombait des pointes de celles-ci et éclaboussait le sol avec un doux bruit. »
Dans les versions antérieures (de Q jusqu'au premier tapuscrit de la révision de 1951), Laurelin était explicitement comparé à « ces arbres que les Hommes d'aujourd'hui appellent Pluie-dorée » - ce dernier étant un nom du cytise, et les mots « une pluie d'or » sont utilisés dans la forme finale du passage (§15). – La référence faite à Timon d'Athènes se base sur l'acte II, scène 2 : « lorsque nos caves pleuraient des flots de vin » [our vaults have wept / With drunken spilth of wine].

* Le cytise (ou faux ébénier – VO laburnum) est une plante aux fleurs jaune doré en grappes. [NdT]
** Drame de William Shakespeare (1607). [NdT]
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MessagePosté le: 22 Avr 2007 12:56     Sujet du message: Répondre en citant

3. DE LA VENUE DES ELFES


La situation textuelle est ici similaire à celle du chapitre précédent, mais plus compliquée. Après des révisions très substantielles portées aux anciens textes pré-Seigneur des Anneaux suit un tapuscrit réalisé par mon père; mais après que LQ1 en fut repris, il lui apporta des changements supplémentaires (la plupart très mineurs, mais une modification majeure en §20), qui furent "perdus", étant donné que LQ2 était une copie directe du LQ1, et il ne compara jamais les textes en détail. Ce tapuscrit, je m'y référerai pour les besoins de cette section en tant que "Texte A". Pour quelque raison, il cesse d'être un tapuscrit aux mots "conseillèrent aux Elfes de se retirer" (près de la fin du §23), qui figurent au pied d'une page, et devient un manuscrit sur la page suivante avec les mots "dans l'Ouest". La portion manuscrite existe en deux formes, la première lourdement corrigée, et la seconde recopiée au propre.
Suit à présent le texte du LQ1 (les modifications "perdues" apportées au Texte A sont données dans le commentaire). Le système de numérotation des paragraphes dans ce chapitre, et ailleurs, nécessite un mot d'explication. Comme en général, j'ai conservé les numéros du QS, introduisant des "numéros de sous-paragraphes" (comme §18a) là où QS n'a rien de correspondant. Là où le texte révisé étend un paragraphe du QS en plus d'un, ou plusieurs (comme dans §§20, 23), seul le premier est numéroté.


3. De la venue des Elfes


§18 Durant tout ce temps, depuis que Melkor avait renversé les Lampes, la Terre du Milieu à l'est des Montagnes était sans lumière. Tant que les Lampes avaient brûlé, la croissance y avait commencé, qui à présent était entravée, car tout était sombre à nouveau. Mais déjà les plus anciens êtres vivants reparaissaient : les algues tapissaient les mers, l'ombre des grands arbres couvrait la terre et de sombres créatures, aussi fortes que jadis, hantaient les collines et les vallées envahies par la nuit. Dans ces contrées et forêts chassait souvent Oromë; et là aussi, par moments, Yavanna venait, chantant tristement; car elle était peinée par l'obscurité de la Terre du Milieu et mécontente qu'elle fut abandonnée. Mais les autres Valar y venaient rarement; et au nord, Melkor développait sa puissance, et rassemblait ses démons autour de lui. Ceux-ci étaient les premières des créatures qu'il avait créées : ils brûlaient comme des flammes enveloppées de ténèbres et, munis de fouets ardents, ils semaient la terreur devant eux. Plus tard, les Noldor les appelèrent Balrogs. En cette sombre époque, Melkor créa d'autres monstres innombrables, de toutes formes et de toutes espèces, qui agitèrent longtemps le monde. Son royaume s'étendait inexorablement vers le sud sur la Terre du Milieu.
§18a Il arriva que les Valar réunirent un conseil, et Yavanna s'adressa à eux et leur dit : "Voyez, vous, les Puissants d'Arda, la Vision d'Eru fut brève et trop tôt disparue, de sorte que nous ne pouvons prédire au jour près le moment qui doit venir. Mais soyez-en sûrs : l'heure approche, bientôt notre espoir sera comblé, bientôt les Enfants vont s'éveiller. Mais ce n'est pas en Aman qu'ils s'éveilleront. Laisserons-nous alors les terres qui leur sont destinées dans la désolation, sous le règne du mal? Les laisserons-nous dans les ténèbres quand nous sommes dans la lumière? Permettrons-nous qu'ils adorent Melkor comme roi alors que Manwë est là-haut, sur la Montagne sacrée ?"
Et Tulkas alors s'écria : "Que non ! Mettons-nous vite en guerre ! N'y a-t-il pas trop longtemps que nous nous reposons, nos forces ne sont-elles pas revenues ? Un seul réussira-t-il toujours à nous mettre en échec ?"
Mais Mandos parla, à la demande de Manwë, et il dit : "En vérité, la venue des Enfants est pour bientôt, mais ils ne sont pas encore là. De plus, il est ordonné que les Premiers-Nés feront leurs premiers pas dans les ténèbres et lèveront les yeux vers les Étoiles. La vraie lumière sera le signe de leur déclin. Et dans le besoin, toujours Varda invoqueront-ils."
§19 Et Varda ne dit rien, mais, quittant le conseil, elle se rendit sur la montagne du Taniquetil et regarda au loin; et elle considéra l'obscurité et fut émue.
Alors Varda récolta la rosée d'argent dans les réservoirs de Telperion et elle en fit de nouvelles étoiles, plus brillantes, pour la venue des Premiers-Nés. Depuis lors, celle qui s'appelait Tintallë depuis les temps reculés où Eä avait été créée, l'Enflammeuse, fut appelée par les Elfes Elentári, Reine des Étoiles. À cette époque elle fit naître Karnil et Luinil, Nénar et Lumbar, Alkarinquë et Elemmírë, et elle rassembla d'autres de ses œuvres plus anciennes pour en faire des signes au Firmament que les dieux peuvent lire : Wilwarin, Telumendil, Soronúmë, Anarríma, et Menelmakar avec sa ceinture étincelante qui annonce l'Ultime Bataille à venir. Loin au nord, comme un défi à Melkor, elle fit une ronde de sept étoiles majeures, Valakirka, la Faucille des Dieux, comme l'annonce de sa ruine. De nombreux noms ces étoiles reçurent-elles, mais au nord, dans les Jours Anciens, les Hommes les appelaient le Buisson Ardent : dixit Pengolod [> (dixit Pengoloð)].
§20 On raconte que, lorsque Varda eut achevé son œuvre, et il fallut longtemps, quand Menelmakar s'élança dans le ciel et que la flamme bleue d'Helluin perça les nuées au-dessus des murailles du monde, à ce moment même naquirent les Enfants de la Terre, les Premiers-Nés d'Ilúvatar. Ils se nommèrent les Quendi, que nous appelons Elfes (dixit Ælfwine); mais Oromë les nomma dans leur propre langue Eldar, le peuple des étoiles, et ce nom a depuis été porté par tous ceux qui le suivirent sur le chemin vers l'occident. Au début ils étaient plus forts et plus puissants qu'ils ne le sont devenus, mais non plus beaux, car si la beauté des Quendi dans leur jeunesse fut au-delà de tout ce qu'a créé Ilúvatar, cette beauté n'est pas morte, elle se survit dans l'Ouest, et la douleur et la sagesse l'ont enrichie.
Et Oromë fut rempli d'amour et d'émerveillement en regardant les Elfes, comme s'ils étaient apparus de manière soudaine et inattendue. Car il en sera toujours [ainsi] des Valar. Car tout ce qui a pu être prédit avant le Monde par la musique ou prévu grâce à une vision, quand cela arrive véritablement sur Eä, paraît alors quelque chose de nouveau et d'étrange.
Ainsi fut-il qu'Oromë tomba par chance sur les Quendi durant ses errances, alors qu'ils demeuraient encore en silence sur le [lire à côté du] lac éclairé par les étoiles, Kuiviénen, l'Eau de l'Éveil, à l'est de la Terre du Milieu. Il séjourna quelque temps parmi eux et les assista dans la création de leur langue; car ceci fut leur première œuvre sur Terre, et à jamais très chère à leurs cœurs, et la belle langue elfe fut douce aux oreilles des Valar. Puis Oromë retraversa en hâte les terres et les mers jusqu'en Valinor, rempli de la pensée de la beauté des Elfes, et il apporta les nouvelles à Valmar. Et les dieux se réjouirent, mais furent pourtant étonnés de ce qu'il dit; mais Manwë médita longtemps sur son trône du Taniquetil, puis il demanda le conseil d'Ilúvatar. Il descendit alors à Valmar et convoqua un conclave des Éminences, et même Ulmo quitta la Mer Extérieure pour venir au conseil.
Et Manwë dit aux Valar : "Voici l'avis que m'a inspiré Ilúvatar : il nous faut reprendre à tout prix la maîtrise d'Arda et délivrer les Quendi de l'ombre de Melkor." Tulkas en fut content; mais Aulë s'attrista, et on dit qu'il (et d'autres des Valar) avait été auparavant réticent à affronter Melkor, pressentant les souffrances du monde dans cette bataille.
§21 Alors les Valar se préparèrent et sortirent en armes d'Aman, décidés à attaquer la forteresse de Melkor et à en finir. Melkor ne put jamais oublier que cette guerre fut entreprise dans l'intérêt des Elfes et qu'ils furent la cause de sa chute. Pourtant ils n'eurent aucune part à ce qui se passa et peu de choses savent-ils sur la chevauchée des puissances de l'Ouest contre le Nord au début de leur histoire, et sur le feu et les tumultes de la Bataille des Dieux. En ces jours la forme de la Terre du Milieu fut changée et brisée et les mers furent soulevées. Ce fut Tulkas qui enfin affronta Melkor et le renversa, et il fut enchaîné avec Angainor, une chaîne forgée par Aulë, et maintenu en captivité; et le monde connut la paix pendant une grande période. Néanmoins, la forteresse de Melkor à Utumno avait de nombreuses voûtes puissantes et cavernes habilement dissimulées loin sous terre, et celles-ci, les Valar ne les découvrirent pas toutes ni ne finirent par les détruire, et beaucoup d'êtres malfaisants y restèrent cachés; tandis que d'autres se dispersaient dans la nuit pour rôder dans les déserts du monde en attendant une heure propice.
§22 Mais quand la bataille eut pris fin et que de grands nuages s'élevèrent des ruines pour cacher les étoiles, les Valar ramenèrent Melkor en Valinor, pieds et poings liés, les yeux bandés. On le mit en prison dans les halls de Mandos, dont nul ne s'est jamais évadé excepté par la volonté de Mandos et Manwë, qu'il soit Vala, Elfe, ou simple mortel. Vastes sont ces halls, et solides, et ils furent construits au nord du pays d'Aman. Melkor fut condamné à y rester sept [> trois] longs âges, avant de pouvoir de nouveau plaider sa cause ou implorer son pardon.
§23 Les dieux tinrent à nouveau conseil et leurs voix se divisèrent. Les uns (dont Ulmo était le principal) tenaient qu'il fallait laisser les Quendi libres de leurs mouvements en Terre du Milieu où ils emploieraient leurs pouvoirs et leurs talents à guérir leurs blessures et à gouverner la terre. Mais les autres redoutaient pour les Elfes les dangers qui les guettaient sous la clarté trompeuse des étoiles, et de plus ils admiraient tant leur beauté qu'ils désiraient leur compagnie. Finalement les Valar appelèrent les Quendi à venir en Valinor pour qu'ils restent à jamais aux pieds des dieux dans la lumière des Arbres. Alors Mandos, qui n'était pas du tout intervenu dans le débat, rompit le silence et dit : "Les dés sont jetés." Car cet appel fut suivi de grands malheurs qui arrivèrent plus tard; pourtant, ceux qui disent que les Valar se trompèrent, pensant plutôt à la félicité de Valinor qu'à celle de la Terre, et cherchant à tourner la volonté d'Ilúvatar vers leur propre plaisir, parlent avec les langues [lire la langue] de Melkor.
Néanmoins, les Elfes commencèrent par refuser d'obéir à leur appel, car ils n'avaient connu des Valar que leur colère dans leur guerre contre Melkor, et ils en avaient grand-peur. Mais Oromë, qu'ils avaient déjà vu, leur fut une fois de plus envoyé, et il choisit dans leurs rangs des ambassadeurs; et il les emmena à Valmar. Ce furent Ingwë, Finwë et Elwë, qui plus tard devinrent rois des Trois Clans des Eldar; et à leur arrivée ils furent remplis d'admiration pour la gloire et la majesté des Valar, et de désir pour la lumière et la splendeur des Arbres. Par conséquent, ils s'en retournèrent et conseillèrent aux Elfes de se retirer dans l'Ouest, et la majeure partie du peuple entendit leur conseil. Ceci le firent-ils de leur plein gré, et pourtant ils furent influencés par la majesté des dieux, avant que leur sagesse ne fût arrivée à maturité. Les Elfes qui obéirent à l'appel et suivirent les trois rois sont appelés les Eldar, du nom qu'Oromë leur donna; car il fut leur guide et les mena enfin en Valinor. Mais beaucoup préféraient les grands espaces sous les étoiles de la Terre du Milieu à ce qu'on leur avait dit des Arbres, et ils restèrent en arrière. Ceux-ci sont appelés les Avari, les Révoltés.
§24 Les Eldar s'apprêtèrent au grand départ de leurs premières demeures dans l'est. Quand tout fut prêt, Oromë chevaucha à leur tête sur Nahar, son cheval blanc aux sabots dorés; et derrière lui les Eldalië s'organisèrent en trois troupes.
§25 La première, la moins nombreuse et la première à partir, fut conduite par Ingwë, le plus noble seigneur des Elfes. Le premier, il entra en Valinor et prit place aux pieds des Puissants et tous les Elfes respectent son nom, mais il ne revint jamais sur la Terre du Milieu, et n'y jeta jamais plus les yeux. Son peuple s'appelait les Lindar [> Vanyar], les plus beaux des Quendi; ils sont les Hauts Elfes, les préférés de Manwë et de Varda, et peu d'humains leur ont jamais parlé.
§26 Puis vinrent les Noldor, un nom de sagesse.* Ce sont les Elfes Penseurs, les amis d'Aulë. Leur seigneur était Finwë, le plus sage de tous les enfants du monde. Il y a de nombreux chants à la louange des siens car ils ont travaillé et combattu longtemps à grand-peine dans les anciens territoires du Nord.
§27 La plus grande troupe arriva enfin, et comme ils avaient tardé en route et n'étaient pas pleinement décidés à s'exposer à la lumière de Valinor, on les appela les Teleri. Ils aimaient surtout vivre près de l'eau et ceux qui arrivèrent enfin sur la côte ouest tombèrent amoureux de la Mer. En Valinor, ils furent donc appelés les Elfes Marins, les Soloneldi [> Falmari], ceux qui font de la musique près de l'écume des vagues. Ils étaient si nombreux qu'ils avaient deux seigneurs : Elwë Singollo, ce qui signifie robegrise, et son frère Olwë. La chevelure d'Olwë était longue et blanche, et ses yeux étaient bleus; mais la chevelure d'Elwë était grise comme l'argent, et ses yeux pareils aux étoiles; il était le plus grand de tous les Elfes.

[§28 Le paragraphe concernant le peuple de Dân qui quitta la Grande Marche et tourna vers le sud fut déplacé pour suivre le §29; voir le Commentaire.]

§29 Les principaux peuples des Eldalië qui atteignirent enfin les limites de l'Ouest à l'époque des Arbres, on les appela les Kalaquendi, les Elfes de Lumière. Il y eut d'autres Eldar pour s'aventurer dans l'Ouest, mais ils s'égarèrent en route, ou bien firent demi-tour, ou bien encore s'installèrent sur les rivages de la Terre du Milieu. Ils vivaient près de la mer ou exploraient les forêts et les montagnes, mais leur cœur restait à jamais tourné vers l'Ouest. Les Kalaquendi les appelèrent les Alamanyar [> Úmanyar], car ils n'atteignirent jamais le pays d'Aman et le Royaume Béni. Mais les Alamanyar [> Úmanyar] comme les Avari étaient pour eux les Moriquendi, les Elfes de la Nuit, car ils n'avaient jamais vu la Lumière d'avant le Soleil et la Lune.
Les Alamanyar [> Úmanyar] étaient pour la plupart de la race des Teleri. Car les derniers de ce peuple, se repentant de leur voyage, quittèrent la troupe d'Olwë, et Dân était leur chef; et ils tournèrent vers le sud et errèrent longuement au loin; et ils devinrent un peuple à part, différents des autres, sauf qu'ils aimaient l'eau et vivaient près des torrents et des chutes. D'entre les Elfes ce sont eux qui connaissaient le mieux les êtres vivants, les arbres et les herbes, les oiseaux et les animaux. Les Nandor sont-ils appelés. Ce fut Denethor, le fils de Dân, qui reprit enfin la marche vers l'ouest et conduisit une partie de ce peuple par-delà les montagnes jusqu'au Beleriand, avant le premier lever de la Lune.
§30 Il y en eut également d'autres des Teleri qui restèrent en Terre du Milieu. Ceux-ci étaient les Elfes du Beleriand à l'ouest des terres du nord. Ils venaient de la troupe d'Elwë le Gris. Il se perdit dans les bois, et nombre de ses gens le cherchèrent longuement en vain; et ainsi, quand les leurs partirent sur la Mer, ils furent laissés en arrière et n'arrivèrent pas à l'Ouest. Par conséquent, ils sont appelés les Sindar, les Elfes Gris, mais ils se nommèrent Eglath, les Abandonnés. Elwë devint par après leur roi, le plus puissant de tous les Alamanyar [correction en Úmanyar manquante]. Ce fut lui qui fut appelé Thingol dans la langue de Doriath.
    [D’autres noms sont donnés dans les chants et les contes à ces peuples. Les Vanyar sont les Elfes Bénis, et les Elfes Lanciers, les Elfes de l’Air, les amis des Dieux, les Elfes Saints et les Immortels, et les Enfants d’Ingwë; ils sont les Belles Gens et les Blancs.
    Les Noldor sont les Sages, et les Dorés, les Vaillants, les Elfes Épéistes, les Elfes de la Terre, les Ennemis de Melkor, les Habiles de la Main, les Joailliers, les Compagnons des Hommes, les Suivants de Finwë.
    Les Teleri sont les Cavaliers de l’Écume, les Chanteurs du Rivage, les Libres, et les Rapides, et les Elfes Archers; ils sont les Elfes de la Mer, les Charpentiers, les Gardiens des Cygnes, les Rassembleurs de Perles, les Elfes Bleus, le peuple d’Olwë. Les Nandor sont la Troupe de Dân, les Elfes Sylvestres, les Errants, les Elfes à la Hache, les Elfes Verts et les Bruns, le Peuple Caché; et ceux qui arrivèrent enfin en Ossiriand sont les Elfes des Sept Rivières, les Chanteurs Inaperçus, les Sans Roi, les Sans Arme, et le Peuple Perdu, car ils ne sont plus à présent. Les Sindar sont les Lemberi, les Retardataires; ils sont les amis d’Ossë, les Elfes du Crépuscule, les Argentés, les Enchanteurs, les Gardes de Melian, le Clan de Lúthien, le Peuple d’Elwë. Dixit Pengoloð.]

* [Note de bas de page au texte] Les Gnomes peuvent-ils être appelés dans notre langue, dixit Ælfwine. (Le mot qu'il utilise est Witan. Il en est dit plus à ce sujet dans le Dixième Chapitre où le conte parle des Edain.) [Voir le commentaire en §26.]

Commentaire sur le Chapitre 3, "De la venue des Elfes"


LQ1 est ici à nouveau, comme dans le chapitre précédent, quasiment le texte final, car le tapuscrit ultérieur LQ2 fut à peine touché, et il n’y eut plus d’élargissement ou d’extension.
§18 En AAm §30 (p. 70), il est dit que Melkor "créa" les Balrogs en Utumno pendant la longue obscurité après la chute des Lampes; mais dans une interpolation à AAm fut introduite l’idée selon laquelle Melkor, après sa rébellion, ne pouvait rien créer qui eut sa propre vie (§45, voir pp. 74, 78), et en AAm*, la seconde version de l’ouverture d’AAm (p. 79, §30), les Balrogs deviennent les principaux des "esprits maléfiques qui l'avaient suivi, les Úmaiar", qu’en cette époque il multiplia. L’affirmation dans QS §18 selon laquelle les Balrogs étaient "les premières des créatures qu’il avait créées" survécut à travers tous les textes de la révision tardive du Quenta, mais dans la marge d’une des copies du LQ2, mon père écrivit : "Voir Valaquenta pour le vrai récit." Il s’agit d’une référence au passage qui apparaît dans le Silmarillion publié en p. 31 :
    À cette époque il n'était pas seul, car sa grandeur avait attiré à lui de nombreux Maiar qui restèrent avec lui jusque dans les ténèbres, et d'autres qu'il avait pris à son service grâce à la corruption, au mensonge, à des présents perfides. Les plus redoutables de ces esprits étaient les Valaraukar, les fléaux dévastateurs qu'on appelle sur la Terre du Milieu les Balrogs, les démons de la peur.
Mon père corrigea très rapidement à ce moment le texte effectif du LQ2, qui devint :
    Ceux-ci étaient les (ëalar) esprits qui s’associèrent à lui en premier durant les jours de sa splendeur, et qui devinrent presque comme lui dans sa corruption : ils brûlaient comme des flammes enveloppées de ténèbres et, munis de fouets ardents, ils semaient la terreur devant eux. Plus tard, les Noldor les appelèrent Balrogs. En cette sombre époque, Melkor éleva d'autres monstres innombrables, de toutes formes et de toutes espèces, qui agitèrent longtemps le monde. Son royaume s'étendait inexorablement vers le sud sur la Terre du Milieu. Mais les Orks, moqueries et perversions des Enfants d’Eru, n’apparurent pas avant l’Éveil des Elfes.
Il y a une note de bas de page au mot ëalar dans ce passage :
    "esprit" (non incarné, qui était fëa, S[indarin] fae). ëala "être".
Sur l’origine des Orcs en AAm (et en particulier en ce qui concerne le mot "perversions" dans le passage juste donné), voir pp. 78, 123-4. Orks était la dernière épellation de mon père.
§18a Des mots de Yavanna devant les Valar, et des mots de Tulkas et de Mandos, il n’y a eu aucune suggestion dans la tradition du Quenta; mais cf. AV2 (V.111, annale 1900) : "Yavanna reprochait souvent aux Valar leur intendance négligée". Ceci fut étendu en AAm §§32-3 (p. 71), où la plupart des éléments du présent passage apparaissent, bien que plus brièvement exprimés.
§19 Ici les deux créations d’étoiles sont expressément contrastées, et les noms de Varda Tintallë "l’Enflammeuse" et Elentári "Reine des Étoiles" différenciés dans leur portée. La seconde création d’étoiles est également décrite en AAm §§35-6 (p. 71), mais bien plus brièvement, et bien que la "réunion d’anciennes étoiles" pour former des signes dans les cieux y soit également mentionnée, seules les constellations Menelmakar (Orion) et Valakirka sont nommées. Que Menelmakar prédise la Dernière Bataille est dit dans les deux sources, mais LQ ne le nomme pas comme un signe de Túrin Turambar.
Le nom "Buisson Ardent" pour la Grande Ourse survit toujours dans la tradition du Quenta. Cette observation fut apportée dans une note de bas de page du Texte A (sur lequel voir p. 158), avec l’ajout "dixit Pengolod", mais le dactylographe du LQ1 la plaça comme d’habitude dans le corps du texte, où mon père la laissa.
Dans le Texte A, dans lequel les noms des grandes étoiles et des constellations apparurent en premier lieu, Wilwarin, Karnil, et Alkarinquë furent dactylographiés Vilvarin, Carnil, et Alcarinquë et ensuite modifiés dans les formes du LQ1. Par un changement ultérieur au Texte A, Elentári > Elentárië, non trouvé dans LQ1 et LQ2. – Le nom Elemmíre est apparu en AAm §114 (pp. 100, 106) comme celui de l’Elfe vanyarin qui réalisa l’Aldudénië.
§20 Bien que dans le Texte A mon père ajoutât les mots "dixit Ælfwine" à "que nous appelons les Elfes" (dérivant du QS), il le conserva dans le corps du texte, et seulement sur le tapuscrit final LQ2 écrivit-il une indication selon laquelle ce devrait être une note de bas de page.
L’idée aberrante dans QS que la venue des Elfes ne figurait pas dans la Musique des Ainur (voir V.217) est à présent remplacée par une explication bien plus subtile de l’étonnement d’Oromë. L’affirmation détaillée du lieu de Kuiviénen en AAm §38 (p. 72) est absente ici.
L’histoire du passage concernant Oromë et les Quendi (à partir de "Il séjourna quelque temps parmi eux ... ") est curieuse et complexe. Dans le Texte A tel qu’il le dactylographia, mon père suivit exactement QS en disant qu’Oromë "leur enseigna la langue des dieux, à partir de laquelle ils créèrent ultérieurement la belle langue elfe", et que par après il retourna en Valinor et apporta les nouvelles de l’Éveil des Quendi à Valmar. Il modifia alors ceci par le texte apparaissant dans LQ1 ci-dessus (il "les assista dans la création de leur langue; car ceci fut leur première œuvre sur Terre ..."), et en même temps il ajouta au début du §20 les mots "dans leur propre langue" ("mais Oromë les nomma dans leur propre langue Eldar, le peuple des étoiles"). Sous cette forme, le passage survécut dans LQ2 sans changement supplémentaire.
Sur le Texte A, cependant, mon père barra le passage commençant "Il séjourna quelque temps parmi eux ... " et le remplaça par ce qui suit sur un feuillet attaché au tapuscrit :
    Puis il retraversa en hâte les terres et les mers jusqu'en Valinor, rempli de la pensée de la beauté de ceux longtemps attendus, et il apporta les nouvelles à Valmar. Et les dieux se réjouirent, mais un doute se mêlait à leur plaisir, et il débattirent du conseil qui serait le meilleur à suivre à présent pour garder les Elfes de l’ombre de Melkor. Oromë, sans attendre, retourna à Kuiviénen, et y séjourna parmi les Elfes, et les assista dans la création de leur langue; car ceci fut leur première œuvre sur Terre, et à jamais très chère à leurs cœurs, et la belle langue elfe fut douce aux oreilles des Valar. Mais Manwë médita longtemps sur son trône du Taniquetil ...
Cette révision supplémentaire fait retourner Oromë immédiatement en Valinor, et ensuite elle le fait revenir à Kuiviénen, où il assista les elfes dans la création de leur langue. Elle n’apparaît pas dans LQ1 et LQ2 parce que, comme je l’ai dit, celle-ci et d’autres modifications furent faites au Texte A après que LQ1 en fut retiré.
En AAm §39 (p. 72), l’histoire est différente : là les Quendi "commencèrent à parler et à donner des noms à toutes les choses qu'ils percevaient" longtemps avant qu’Oromë ne vînt à eux (335 Années du Soleil après l’Éveil); et rien n’est dit d’un quelconque rôle joué par lui dans l’évolution de la langue elfe.
Dans la phrase " alors qu'ils demeuraient encore en silence sur le lac éclairé par les étoiles", le Texte A a à côté du; sur dans LQ1 (et LQ2) était clairement une erreur introduite par le dactylographe (et de même avec l’omission de ainsi plus tôt dans ce paragraphe, et langues pour langue en §23).
§21 Sur LQ2, mon père changea "la forteresse de Melkor" dans la première phrase en "les forteresses de Melkor", et à la fin du paragraphe, "la forteresse de Melkor à Utumno" en "les forteresses de Melkor". Dans ce cas, il fit aussi les changements au LQ1, mais je ne les ai pas inclus dans le texte imprimé, étant donné qu'ils étaient très tardifs, et relèvent de l'histoire modifiée de l'origine d'Angband : voir le commentaire sur le chapitre 2, §12 (p. 156).
Sur le Texte A, "peu de choses savent-ils sur la chevauchée des puissances de l'Ouest" fut modifié en "ils savent peu", mais ceci, comme le changement majeur apporté au §20, fut réalisé après que LQ1 fut retiré du Texte A.
Réapparaît ici pour la première fois depuis les Contes perdus l'histoire selon laquelle Aulë créa la chaîne Angainor (contée minutieusement dans L'enchaînement de Melko, I.100-1, où la forme était Angaino; dans Le Conte de Tinúviel, II.19, il y a une référence à "la chaîne Angainu que façonnèrent Aulë et Tulkas").
§22 Des modifications furent également faites dans ce paragraphe après que LQ1 fut réalisé : [NdTr : le premier n'affecte pas la traduction française] "from whence" > "whence", et "Vastes sont ces halls, et solides" > "Vastes et solides sont ces halls".
§23 Qu'il y ait eu des opinions différentes des Valar sur l'Appel des Quendi ne fut même pas suggéré dans la tradition du Quenta auparavant. En AAm §53 (p. 81), il y a mention d'un débat, et en §73 (p. 86), il est dit que lors du conseil des Valar, Ulmo "avait principalement parlé contre l'appel, estimant qu'il était mieux pour les Quendi de rester en Terre du Milieu." La croyance selon laquelle les Valar se trompèrent ne leur est pas ici imputée comme une erreur "partant d'une bonne intention" (QS, V.214), et sur ce point est sévèrement répudiée.
Le passage concernant les trois ambassadeurs reste virtuellement inchangé par rapport au QS, mais au cours de la révision (voir sous §27 ci-dessous), il advint un changement interne de référence - là où Elwë devint Thingol, alors qu'il avait précédemment été le frère de Thingol (voir V.217, §23). Il est probable que les phrases "Ce furent Ingwë, Finwë et Elwë, qui plus tard devinrent rois des Trois Clans des Eldar" et "Les Elfes qui obéirent à l'appel et suivirent les trois rois" auraient dû être modifiées lorsque cette transformation eut lieu, et lorsque la Troisième Troupe en vint à avoir deux seigneurs.
Il n'y a pas de mention dans LQ des clans de Morwë et de Nurwë, qui rejetèrent l'appel (AAm §57, p. 81).
Un autre changement très mineur fut fait au Texte A après que LQ1 fut réalisé : "Alors Mandos, qui n'était pas du tout intervenu dans le débat" > "Alors Mandos, qui n'était pas intervenu dans le débat".
§25 Le nom Lindar fut modifié en Vanyar par un changement tardif fait au texte final de l'Ainulindalë (p. 34, §36); en AAm §58 (p. 82), Vanyar apparaît dans le texte tel qu'écrit. - Par un changement au crayon au LQ2, "Hauts Elfes" fut modifié en "Beaux Elfes" (voir V.218, §25).
§26 Dans le Texte A, la phrase d'ouverture de ce paragraphe se lit : "Puis vinrent les Noldor, un nom de sagesse, et les Gnomes peuvent-ils être appelés dans notre langue", avec "Dixit Ælfwine. (Le mot qu'il utilise ..." placé dans une note de bas de page. Le dactylographe du LQ1 plaça tout ceci dans le corps du texte; mais mon père indiqua que ce devrait entièrement aller en note de bas de page, comme cela est fait dans le texte imprimé. Dans les versions en vieil anglais des années trente, Witan n'était pas utilisé, mais Noldelfe, Noldielfe (voir également IV.212). Sur une copie du LQ2, mon père barra "Gnomes" et écrivit par dessus "Chercheurs"; ceci n'apparaît nulle part ailleurs.
À la fin du paragraphe, il ajouta au Texte A : "Sombre est leur teinte et gris sont leurs yeux"; ceci n'apparut pas dans les tapuscrits ultérieurs. Voir I.44.
§27 Par la fin de la révision, représentée par LQ1, la position finale avait été atteinte, comme en AAm §§58, 74 : Elwë Singollo (Robegrise) - qui est Elu Thingol, Roi de Doriath - et son frère Olwë, les deux seigneurs de la troupe des Teleri durant la Grande Marche, jusqu'à ce qu'Elwë fût perdu. Les étapes intermédiaires pour arriver à ceci peuvent être observées dans la version précédente de la fin du Texte A (voir p. 158). En premier vint l'idée qu'il y avait deux seigneurs, parce que le nombre était très grand : Elwë et son frère Sindo ("les cheveux de Sindo étaient aussi gris que l'argent ... mais la chevelure d’Elwë était longue et blanche, et il était le plus grand de toute la race elfe"). Ensuite, Elwë fut changé en Solwë, et Sindo en Elwë; lors de cette étape, Elwë (le Gris) devint un des trois ambassadeurs originels, remplaçant son frère (à présent Solwë) en ceci au même moment où il prit son nom (et devint à sa place "le plus grand de tout le peuple elfe").
§28 Lors du premier stade de la révision de 1951, effectuée sur le tapuscrit originel QS, le peuple de Dân, toujours de la troupe des Noldor, était ainsi décrit :
    Ils ne sont pas comptés parmi les Eldar, ni pourtant parmi les Avari. Les [Nandar >] Nandor qui s'en retournèrent, furent-ils appelés, et y apparenté était le nom de leur premier chef, Nano, qui, dans leur langue, était appelé Dân. Son fils était Denethor, qui les conduisit en Beleriand avant le lever de la Lune. Les Danathrim, Daniens, furent-ils nommés dans ce pays.
Le terme Pereldar "Semi-Eldar" utilisé dans QS avait à présent disparu, et dans ce passage se situe clairement la première apparition du nom Nandor (qui apparaît subséquemment en AAm §62 : voir pp. 83, 89).
Lors du stade suivant (Texte A), le paragraphe fut retiré de sa place précédente et placé à la fin du §29. À ce stade, les Nandor, également appelé les Laiquendi ou Elfes Verts, devinrent des Elfes Teleri de la troupe de Sindo le Gris, et furent placés avec les autres Teleri (suivants de Sindo) qui restèrent en arrière en Beleriand sous le nom Ekelli (d'abord écrit Ecelli), "les Abandonnés". Voir en outre sous §§29-30.
§§29-30 Lors du premier stade de la révision, la forme Lembi "Retardataires" - les Elfes du Grand Voyage qui "s'égarèrent en route" - devint Lemberi, classés avec les Avari comme Moriquendi, Elfes de la Nuit. Le terme Kalaquendi, Elfes de la Lumière, apparaît également dans ce récit (bien qu'apparaissant bien plus tôt, avec Moriquendi, dans le tableau associé au Lhammas, V. 197, et également aux Étymologies). À ce stade, l'ancienne subdivision Ilkorindi (comprenant les Lembi et les Pereldar ou Danas, voir le tableau donné en V.219) n'est pas présente, et la place des Nandor n'est pas définie.
Lors du stade suivant (Texte A), le terme Lemberi ne fut pas employé, et émerge le terme éphémère Ekelli (Ecelli) utilisé (comme l'ancien Ilkorindi) à propos de tous les "Eldar perdus", y inclus les Nandor (voir sous §28); Ekelli était le nom que les Elfes de Valinor leur donnèrent, et signifiait "les Abandonnés, leurs parents qui furent laissés en arrière". Donc :

Ekelli fut ensuite remplacé par Alamanyar ("car ils n'atteignirent jamais le Pays d'Aman"), et les Nandor devinrent des Elfes de la troupe d'Olwë; alors que ceux qui cherchèrent en vain Elwë Singollo (Thingol) sont "par conséquent" appelés Sindar, les Elfes Gris, "mais ils se nommèrent Eglath, les Abandonnés." Donc :

Ce fut ici, indubitablement, que le nom Sindar apparut : les occurrences précédemment dans LQ furent insérées plus tard, et celle en AAm (§74, voir p. 91) fut également plus tardive. Avec le changement d'Alamanyar en Úmanyar dans LQ1, la forme finale (comme indiquée dans le tableau dans le Silmarillion publié, p. 309) fut atteinte.
Donc, quelques importants développements dans la narration émergèrent au cours de la révision de 1951 de la fin de ce chapitre. L'Elwë d'origine, qui dans QS (§30) était le frère de Thingol, devint Olwë, pendant que le nom Elwë était transféré à Thingol - qui devint l'un des trois "ambassadeurs" elfes emmenés par Oromë en Valinor, à la place de son frère; et à la fois Olwë et Elwë étaient les chefs de la troupe telerine lors de la Grande Marche depuis Kuiviénen. L'histoire selon laquelle les Eldar du Beleriand (les Sindar) ne passèrent pas la Mer parce qu'ils furent laissés en arrière, cherchant Elwë Singollo, reprend le passage dans le Lhammas (V.174, cité en p. 90, §71); dans QS, il n'était pas suggéré que les Elfes de Doriath étaient spécialement ceux de la suite de Thingol qui ne voulaient pas abandonner sa recherche.
En AAm, le sujet entier est traité d'un point de vue différent; là, les événements et la géographie du Grand Voyage sont un élément central, mais pas les complexités des noms et de la classification. Il est cependant clair qu'AAm ne fut pas écrit avant que la révision de la tradition du Quenta au sujet de la Séparation des Elfes fût virtuellement achevée : car en AAm, les Nandor sont de la troupe d'Olwë (§62), et les suivants d'Elwë qui furent laissés en arrière s'appelèrent Eglath, le Peuple Abandonné (§71).

Le passage rapportant les noms utilisés en poésie pour les peuples elfes, qui remonte au QS, et qui forme une partie intégrale du Texte A, fut pour quelque raison omis du LQ1; mon père l'écrivit sur le tapuscrit subséquemment (avec Vanyar pour Lindar du Texte A).
Des changements ultérieurs apportés au Texte A modifient "Elfes à la Hache" en "Elfes au Gourdin" comme nom des Nandor, et introduisirent "Elfes à la Hache" comme nom des Sindar (suivant "les Amis d'Ossë"); mais ceux-ci furent "perdus" et n'apparaissent pas dans LQ1 et LQ2. - Le nom Lemberi "Retardataires" (voir sous §§29-30 ci-dessus) réapparaît comme l'un des surnoms des Sindar; et "les Elfes Verts et les Bruns" ré-émerge de l'ancien Conte du Nauglafring (II.237, etc.).
Il reste à noter en dernier que sur LQ2, mon père modifia le titre du chapitre en De la venue des Elfes et de la captivité de Melkor, qui fut repris dans le Silmarillion publié; et aussi que, sur une copie de ce tapuscrit, à côté de la première occurrence d'Úmanyar (§29), il écrivit Alamanyar dans la marge, comme s'il envisageait un retour au nom précédent.
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MessagePosté le: 22 Avr 2007 12:57     Sujet du message: Répondre en citant

4. DE THINGOL ET MELIAN


De Thingol et Melian n'était pas un chapitre séparé dans le manuscrit QS et le tapuscrit QS dérivé, bien que dans les deux, il y avait un sous-titre (et dans La Route perdue, V.220, je l'ai traité comme séparé, le numérotant 3(b)). Le premier texte de la révision de 1951 était un manuscrit qui continuait à partir de la fin du manuscrit du "Texte A" de L'arrivée des Elfes (voir p. 158), et ici mon père a pu le vouloir comme un chapitre séparé, bien qu'il n'y ait pas de numéro. Comme dans le précédent chapitre, LQ1 fut issu du "Texte A", et le texte final fut LQ2 (dans lequel le chapitre est numéroté "4").
Le premier paragraphe resta presque inchangé depuis QS, mais le restant fut largement étendu.



De Thingol et Melian


§31 Ainsi advint-il qu'Elu-thingol [> Elwë Singollo] et nombre de ses gens demeurèrent en Beleriand et ne se rendirent pas en Valinor.
Melian était une maia de la race des Valar. Elle vivait dans les jardins d'Olofantur et nulle parmi son peuple n'était plus belle qu'elle, nulle plus sage ni plus douée pour chanter d'une voix ensorcelante. On dit que les dieux quittaient leurs travaux, que les oiseaux de Valinor faisaient taire leurs chants, que les cloches de Valmar restaient muettes et que les sources oubliaient de couler quand, à l'heure où se mêlent les rayons des Deux Arbres, la voix de Melian s'élevait sur Lórien. Les rossignols lui faisaient escorte, et elle leur enseignait leur chant. Elle se plaisait dans l'ombre profonde des grands arbres; mais elle était apparentée, avant que le Monde fût créé, à Yavanna elle-même, et à un moment, elle quitta Valinor pour un long voyage et se rendit dans les terres d'ici, et là, dans le silence qui précède l'aube, elle mêla sa voix au chant de ses oiseaux.
§32 Alors il advint que, tandis que leur voyage approchait de son terme, les gens d'Elwë restèrent longtemps à l'est du Beleriand, au bord du Gelion; et le Roi Elwë traversait souvent les bois, car il avait de l'amitié pour les Noldor, qui étaient à l'ouest, et pour Finwë, leur seigneur. Et il arriva qu'un jour il se trouva seul sous les étoiles dans la forêt de Nan Elmoth et qu'il entendit monter le chant des rossignols. Alors un charme le saisit, il ne bougea plus, et loin par-delà les trilles des lómelindi* s'éleva la voix de Melian qui emplit son cœur d'un désir émerveillé. II oublia d'un coup son peuple et tout ce qui occupait son esprit et s'avança sous les ombres des arbres à la suite des oiseaux. II fut bientôt perdu au plus profond de la forêt de Nan Elmoth mais arriva enfin dans une clairière ouverte sur le ciel étoilé où se tenait Melian. Lui, dans la nuit, la contemplait, les mains ouvertes, et la lumière d'Aman était sur son visage.
Nul mot ne dit-elle; mais, tout empli d'amour, Elwë vint à elle et lui prit la main; et aussitôt un enchantement le saisit, de sorte qu'ils restèrent ainsi debout, main dans la main, pendant que les étoiles parcouraient le ciel au-dessus d'eux en mesurant les années; et les arbres de Nan Elmoth grandirent et s'épaissirent avant qu'ils ne se parlassent.
§33 Alors, les gens d'Elwë, qui le cherchaient, ne le trouvèrent point et Olwë prit la tête des Teleri et continua le voyage; mais Elwë Singollo ne traversa jamais la mer jusqu'en Valinor; et Melian n'y remit pas les pieds tant que dura leur règne; et d'elle une branche des [lire : de la race des] dieux immortels passa dans les Elfes et les Hommes, comme il sera dit par la suite. Plus tard, Melian et Elwë devinrent reine et roi des Elfes gris, et leur palais secret s'appelait Menegroth, les Mille Voûtes, en Doriath; et comme Thingol Robegrise fut-il connu dans le [lire de tous dans le] langage du pays. Melian donna de grands pouvoirs à Thingol, son époux, qui était déjà grand parmi les Eldar; car il était le seul de tous les Abandonnés à avoir vu de ses yeux les Arbres quand ils fleurissaient encore, et bien que roi des Alamanyar [> Úmanyar], il ne fut pas compté parmi les Moriquendi, mais parmi les Elfes de Lumière, puissants en Terre du Milieu.

* [Note de bas de page au texte] lómelindi : "chanteurs du crépuscule" = rossignols.

Commentaire sur le Chapitre 4, "De Thingol et de Melian"


§31 La forme "Elu-thingol" apparaît ici pour la première fois. - Olofantur fut corrigé en Lórien sur une copie du LQ2 (voir p. 50, §6).
§32 Avec la mention du long séjour des Teleri dans les terres au-delà du Gelion, cf. AAm §64 (p. 83). L'histoire du voyage d'Elwë pour rendre visite à son ami Finwë est aussi racontée en AAm (§§64-5); et la phrase "les arbres de Nan Elmoth grandirent et s'épaissirent" se trouve dans les deux sources. En AAm, la transe d'Elwë dura pendant plus de deux siècles mesurés selon le soleil (p. 89, §65).
§33 Il devient à présent explicite, et pas simplement suggéré, que Thingol était allé en Valinor, en tant que l'un des trois ambassadeurs (voir pp. 168-9, §§23, 27). - Les passages dans LQ1 "une branche des dieux immortels" et "fut-il connu dans le langage du pays" furent clairement de simples erreurs d'omission de la part du dactylographe; les lectures proposées se trouvent dans le Texte A manuscrit de mon père (voir p. 158). Un changement tardif du Texte A effectué après que LQ1 en fut copié fut "d'Elfes Gris" en "des Elfes Gris".
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MessagePosté le: 22 Avr 2007 12:59     Sujet du message: Répondre en citant

5. D'ELDANOR ET DES PRINCES DES ELDALIË


Mon père effectua moins de révisions et de réécritures sur ce chapitre que sur ceux le précédant, et en fait ne réalisa pas lui-même un texte entièrement neuf : la révision de 1951 fut très largement restreinte à une correction de l'ancien tapuscrit QS, et ce fut de celle-ci que LQ1 fut retiré. Dans le tapuscrit QS, ceci n'était pas un chapitre séparé, mais un "sous-chapitre" intitulé De Kôr et d'Alqualondë (dans La Route perdue, numéroté 3(c); V.221-5); après quoi ce tapuscrit fut abandonné, et pour le reste du travail il n'y a que le manuscrit QS de la période pré-Seigneur des Anneaux.
La correction du tapuscrit QS fut effectuée à différents moments, et trois importants passages de réécriture (voir le commentaire sur §§40, 43) furent "perdus" et non repris dans les textes ultérieurs.


D'Eldanor et des Princes des Eldalië


§34 Avec le temps les tribus des Eldalië gagnèrent les derniers rivages à l'ouest des Terres Citérieures. Jadis, après la Bataille des Puissances, ces côtes s'inclinaient vers l'ouest jusqu'à ce qu'il ne reste à l'extrême nord de la terre qu'un étroit bras de mer pour les séparer de la terre extérieure d'Aman, où était Valinor. Et ce bras de mer, grâce aux froidures apportées par Melkor, était barré par des enchevêtrements de glaces. Par conséquent, Oromë ne mena pas les Eldar dans le Grand Nord mais les arrêta dans le beau pays que traverse le fleuve Sirion, qu'on appela plus tard Beleriand. Et de ce rivage où les troupes des Eldar virent la mer pour la première fois, étonnés et craintifs, on voyait s'étendre à perte de vue un océan aux eaux sombres et profondes qui les séparait des Montagnes d'Aman.
§35 Là, ils attendirent et contemplèrent les sombre vagues. Mais Ulmo vint de la part des Valar; et il déracina une île à moitié engloutie qui était au milieu de la mer, à égale distance des côtes; et avec l'aide de ses serviteurs il la fit venir, telle un gigantesque navire qui jeta l'ancre dans la baie où le Sirion déversait ses eaux.* Il fit embarquer les Lindar [> Vanyar] et les Noldor sur ceci, car il s'étaient déjà rassemblés. Mais les Teleri étaient en arrière, étant plus lents et moins impatients sur la marche, et ils étaient également retardés par la perte de Thingol et leur recherche infructueuse; et ils n'arrivèrent pas avant qu'Ulmo fût parti.
§36 Par conséquent, Ulmo emmena les Lindar [> Vanyar] et les Noldor par-delà la mer jusqu'aux grandes plages devant les Montagnes de Valinor, et ils entrèrent dans le bienheux pays des dieux. Mais les Teleri demeurèrent longtemps sur les côtes de la mer occidentale, attendant le retour d'Ulmo; et ils en vinrent à aimer le son des vagues, et ils firent des chants remplis de la musique de l'eau. Ossë les entendit, et vint là; et il les aima, se délectant de la musique de leurs voix. Assis sur un rocher près du bord de la mer, il leur parla et les instruisit. Grande dès lors fut sa peine lorsque Ulmo revint enfin pour les emporter en Valinor. Il put en convaincre quelques-uns de rester sur les plages de la Terre du Milieu : ce furent les Elfes des Falas qui, plus tard, fondèrent les ports de Brithombar et d'Eglorest en Beleriand; mais la plupart des Teleri embarqua sur l'île et fut emmenée au loin.
§37 Ossë les suivit, et quand ils furent presque arrivés à la fin de leur voyage, il les appela. Et ils supplièrent Ulmo d'interrompre leur voyage, afin qu'ils pussent dire au revoir à leur ami et regarder pour la dernière fois le ciel étoilé. Car la lumière des Arbres qui filtrait au travers des passes des montagnes les remplissait de respect mêlé d'admiration. Et Ulmo comprit bien leurs cœurs, et leur accorda ce souhait; et sur son ordre, Ossë lança des amarres et enracina l'île au fond de la mer. Alors, Ulmo retourna en Valinor et annonça ce qui avait été fait, et les Valar, pour la plupart, furent mécontents; mais l'île ne pouvait plus être bougée sans grand dommage, ou sans péril pour les Teleri qui y vivaient; et elle ne fut pas bougée, mais resta là, seule, pour presque un âge. Nulle autre terre n'en était proche, et elle fut appelée Tol Eressëa, l'Île Solitaire.** Là, longtemps les Teleri eurent-ils leurs demeures, et Ossë était souvent parmi eux, et ils apprirent de lui d'étranges musiques et le savoir marin; et il leur apporta des oiseaux de mer, le cadeau de Yavanna, pour leur ravissement. Ce fut à cause de ce long séjour dans l'Île Solitaire que leur langage différa de celui des Lindar [> Vanyar] et des Noldor.
§38 À ceux-ci les Valar avaient accordé un territoire et des demeures. Même parmi les fleurs éclatantes des jardins des dieux sous la splendeur des arbres, il leur arrivait de regretter la lueur des étoiles. Et par conséquent, une brèche fut ménagée dans les remparts des Pelóri et là, dans une grande vallée qui descendait jusqu'à la mer, les Eldar élevèrent une haute colline verdoyante qu'ils appelèrent Túna. À l'ouest elle était baignée par la lumière des Arbres, à l'est elle regardait la nuit. Par là on pouvait voir la baie d'Elvenhome, l'Île Solitaire et les Mers Ombreuses. Puis, à travers le Kalakiryan, la Passe de Lumière, pouvaient s'écouler les rayons du Royaume Béni qui saupoudraient les vagues de reflets d'or et d'argent et venaient effleurer l'Île Solitaire dont la côte ouest devint merveilleusement verte. Là s'épanouirent les premières fleurs qui existèrent jamais à l'est des montagnes des dieux.
§39 Les Elfes édifièrent leur cité au sommet de Túna, la colline verte, Tirion aux murailles et aux terrasses d'albâtre, et la plus haute tour fut celle d'Ingwë, le Mindon, Mindon Eldaliéva, dont le phare d'argent éclairait jusqu'aux brumes marines. Rares sont les navires des Hommes mortels qui aient aperçu son mince faisceau. À Tirion*** les Lindar [> Vanyar] et les Noldor vécurent longtemps bons amis. Comme de tout ce qu'il y avait en Valinor ils préféraient l'Arbre Blanc, Yavanna fit pour eux un arbre en toutes choses semblable à une réplique plus petite de Telperion, sauf en ce qu'il ne donnait de lui-même aucune lumière; et cet arbre fut planté sur le parvis devant la Tour, il y grandit, et ses rejetons furent nombreux en Eldanor. L'un d'entre eux fut plus tard planté sur Eressëa, et y prospéra. Puis vint en son temps, comme il est dit plus tard, l'Arbre Blanc de Númenor.
§40 Manwë et Varda aimaient par-dessus tout les Lindar [> Vanyar], les Hauts Elfes, et saints et immortels furent tous leurs faits et chants. Aulë préférait les Noldor, de même que Mandos le sage; leur savoir et leur habilité devinrent grands. Pourtant leur soif de connaissance fut toujours plus grande, de même que leur désir de créer des choses merveilleuses et nouvelles. Leur langage changeait sans cesse, tant ils aimaient les mots, et ils cherchaient toujours à trouver des noms plus appropriés à tout ce qu'ils connaissaient ou qu'ils imaginaient. En Valinor, ils inventèrent en premier le façonnage des gemmes, et en créèrent des quantités innombrables de genres et de teintes différents; et ils en emplirent tout Elendë, et les halls des dieux en Valinor en furent enrichis.
§41 Plus tard les Noldor revinrent en Terre du Milieu et cette histoire parle surtout de leurs aventures; par conséquent on peut dire ici les noms et la filiation de leurs princes, sous la forme que ces noms prirent ensuite dans le langage des Gnomes tel qu'il était [> des Elfes] en Beleriand, en Terre du Milieu. Finwë était roi des Noldor. Ses fils furent Fëanor, Fingolfin et Finrod [> Finarphin]. Parmi eux, Fëanor était le plus doué pour la parole, le plus habile de ses mains, et le plus instruit des trois frères. Dans son cœur, son esprit brûlait comme une torche. Fingolfin était le plus robuste, sérieux et courageux. Finrod [> Finarphin] était le plus beau, il avait la sagesse du cœur. Plus tard, il se lia avec les fils d'Olwë, le roi des Teleri, et prit pour femme Eärwen, leur sœur, la Demoiselle au Cygne. Les sept fils de Fëanor étaient Maidros [> Maedhros] le grand; Maglor un musicien et un puissant chanteur, dont la voix fut entendue loin de par le monde; Celegorn [> Celegorm] le beau et Cranthir [> Caranthir] le sombre; et puis Curufin l'habile qui hérita le plus des talents manuels de son père; et les plus jeunes, des jumeaux, Damrod et Díriel [> Amrod et Amras], aussi semblables d'esprit que de corps. Plus tard ils furent de grands chasseurs dans les forêts de la Terre du Milieu, de même que Celegorn [> Celegorm] qui fut l'ami d'Oromë en Valinor et suivit souvent la trompe du dieu.
§42 Les fils de Fingolfin étaient Fingon qui devint roi des Gnomes [> Noldor] dans les pays du Nord; et Turgon de Gondolin. Une sœur leur vint ensuite, Isfin [> Írith] la Blanche. [Ajouté : Elle était plus jeune dans les années des Eldar que ses frères; et quand elle parvint à sa taille et à sa beauté adultes, elle devint plus grande et plus forte qu'il n'est de coutume pour une femme, elle se plaisait à chasser et à chevaucher dans les bois. On la voyait souvent en compagnie de ses parents, les fils de Fëanor, mais elle ne donna son cœur à aucun d'entre eux. On l'appelait la Blanche Dame des Noldor, car elle avait le teint pâle sous des cheveux noirs et ne se vêtait que de blanc ou d'argent.] Les fils de Finrod [> Finarphin] étaient Inglor [> Finrod] le fidèle (qu'on appela ensuite Felagund, le Seigneur des Cavernes), [barré : et Orodreth,] et Angrod, et Egnor [> Aegnor]. Et ces quatre [> trois] aimaient les fils de Fingolfin comme s'ils avaient été leurs frères. Ils avaient une sœur, Galadriel, la plus belle dame de la maison de Finwë, et la plus vaillante. Ses cheveux avaient un éclat doré comme s'ils avaient capturé dans leur filet les rayons de Laurelin.
§43 II nous faut maintenant raconter comment les Teleri arrivèrent enfin en Valinor. Pendant à peu près neuf cents des années de Valinor, qui étaient chacune équivalente à dix des années du Soleil qui fut par après créé, ils vécurent à Tol Eressëa. Mais lentement leurs cœurs changèrent, et la lumière qui traversait la mer pour venir caresser leur île les attirait vers elle; et ils étaient pris entre leur amour pour la musique des vagues sur le rivage et le désir de revoir enfin leurs frères et de contempler la splendeur des dieux. Pourtant, finalement leur désir de la lumière fut le plus fort. Alors Ulmo leur apprit l’art de la construction des navires; et Ossë, se soumettant à Ulmo, leur apporta en guise de cadeau d'adieu les cygnes aux ailes robustes. Ceux-ci, ils les harnachèrent à leur flotte de navires blancs, et ainsi furent-ils entraînés vers la lumière qui s'écoulait sur la mer, sans l'aide des vents de Valinor.
§44 Ils restèrent là sur les côtes d'Elvenhome [> du Pays Elfe] où ils pouvaient voir à loisir la lumière des Arbres, parcourir les routes mordorées de Valmar ou gravir les marches de cristal de Tirion sur la Verte Colline. Mais leur habitude était surtout de sillonner la baie d'Elvenhome sur leurs vaisseaux rapides et de revenir sur la grève en marchant dans les vagues, leurs longs cheveux brillant comme l'écume dans la lumière d'au-delà de la colline. Les Noldor leur apportaient des joyaux sans nombre, des opales, des diamants et de frêles cristaux qu'ils répandaient sur le rivage et dans les fontaines. Qu'elles étaient belles en ce temps-là, les plages d'Elendë ! Et eux-mêmes arrachaient des milliers de perles au fond des mers et leurs demeures en étaient couvertes : le palais d'Elwë [> Olwë] au Port des Cygnes était en perles, éclairé par d'innombrables lampes. Car Alqualondë, le Port des Cygnes, était leur principale cité, l'abri de leurs navires, et ceux-ci avaient une forme de cygne avec un bec doré et des yeux noir et or. L'entrée du port était une voûte de pierre creusée par la mer, au nord du Kalakiryan, près des confins du Pays Elfe, là où les étoiles étaient claires et brillantes.
§45 À mesure que les âges passaient, les Lindar [> Vanyar] apprirent à aimer le pays des dieux et la pleine lumière des Arbres, et ils quittèrent peu à peu la cité au sommet de Túna pour s'établir sur la montagne de Manwë ou dans les plaines et les bois de Valinor, et se séparèrent ainsi des Noldor. Les Gnomes [> Noldor] gardaient dans leur cœur le souvenir de la Terre sous le ciel étoilé et ils restèrent en vue du Kalakiryan, dans les collines et les vallées d'où ils pouvaient entendre la mer. Un grand nombre se rendaient souvent chez les dieux [> Valar] ou faisaient de grands voyages pour découvrir les secrets de la terre, des eaux et des êtres vivants, [barré : et pourtant, leurs échanges se faisaient plus avec les Teleri qu'avec les Lindar (> Vanyar); et] les langues [> peuples] de Túna et d'Alqualondë se rapprochaient l'un[e] de l'autre en ces jours. Finwë était Roi de Túna et Elwë [> Olwë] d'Alqualondë; mais Ingwë était toujours le Roi de tous les Elfes et il vivait désormais sur le Taniquetil, aux pieds de Manwë. Fëanor et ses fils restaient rarement longtemps au même endroit. Ils voyageaient en long et en large sur les [lire dans les] confins de Valinor, allant même jusqu'aux frontières de la nuit et aux rivages glacés de la Mer Extérieure, attirés par l'inconnu. Ils étaient souvent les hôtes des halls d'Aulë; mais Celegorn [> Celegorm] préférait la demeure d'Oromë où il apprenait beaucoup de choses sur tous les oiseaux et autres animaux, et même leurs langages. Car tous les êtres vivants qui vivent ou qui ont vécu sur Arda, sauf les créatures déchues et malfaisantes de Melkor, vivaient en Valinor; et il y avait même alors des créatures belles et étranges qu'on n'a jamais vues sur la Terre du Milieu et qui resteront peut-être inconnues, maintenant que le monde a changé.


* [Note de bas de page au texte] Et certains ont dit que la Grande Île de Balar, qui reposait jadis dans cette baie, était le coin oriental de l'Île Solitaire, qui s'en décrocha et resta en arrière, lorsque Ulmo bougea cette terre dans l'Ouest. Dixit Rúmil. [Placée dans le corps du texte par le dactylographe du LQ1, mais subséquemment rétablie en note de bas de page.]

** [Note de bas de page au texte] Avallónë fut-elle également appelée plus tard, signifiant l'île qui repose le plus près des Valar en Valinor. Dixit Ælfwine. [Placée dans le corps du texte par le dactylographe du LQ1, mais subséquemment rétablie en note de bas de page.]

*** [Note de bas de page au texte] C'est-à-dire la Cité Vigilante. Eldamar (qui est Elvenhome) était-elle aussi appelée; mais les régions où les Elfes demeuraient, et d'où les étoiles étaient visibles, étaient appelées Elendë ou Eldanor (qui est Pays Elfe) : dixit Ælfwine. [Placée dans le corps du texte par le dactylographe du LQ1, mais subséquemment rétablie en note de bas de page.]


Commentaire sur le Chapitre 5, ‘D’Eldanor et des Princes des Eldalië’


§35 L’identification de l’île de la première résidence des dieux à l’île du transport des Elfes (voir IV.45) fut abandonnée lorsque l’île des dieux au milieu des mers devint une île (Almaren) dans un grand lac au milieu de la Terre du Milieu. Tol Eressëa n’a à présent plus d’origine significative. Cf. AAm §66 (p. 84) : "une île qui était longtemps restée solitaire au milieu de la Mer, depuis les tumultes de la chute d'Illuin". L’ancienne histoire était toujours présente dans un brouillon de narration associé à La Submersion d’Anadûnê (IX.402 et note 11).
§36 La forme Eglorest fut conservée du QS vraisemblablement par mégarde et non changée en Eglarest comme en AAm (§70).
§37 Le récit modifié de l’enracinement de Tol Eressëa au fond de la mer apparaît également en AAm (§§72-3 et commentaire); avec "Ulmo comprit bien leurs cœurs", cf. LQ §23 (p. 161 : croyance d’Ulmo selon laquelle les Quendi devraient être laissés en Terre du Milieu).
Dans la note d’Ælfwine, Avallónë apparaît comme nom de Tol Eressëa, et non, comme dans le Silmarillion publié, d’un port sur l’île; cf. l’Akallabêth (p. 260) : "il y a sur cette terre un port qu’on appelle Avallónë, de toutes les villes la plus proche de Valinor." Dans la troisième version de La Chute de Númenor (IX.332), comme ici, Tol Eressëa "fut renommée Avallon : car elle est toute proche de Valinor et en vue du Royaume Béni"; tandis que d’un autre côté, dans les esquisses narratives associées à La Submersion d’Anadûnê, le nom "Avallon(de)" apparaît déjà comme le nom du port oriental (IX.399, 403 et note 12).
§38 "La Baie d’Elvenhome" : dans la note de bas de page du §39, comme dans son précurseur dans QS, "Elvenhome" est le nom de la cité, traduisant Eldamar, tandis que "Pays Elfe" est le nom des régions où habitaient les Elfes, traduisant Eldanor; au §44 de ce chapitre QS, "rives d’Elvenhome" fut changé lors de la révision en "rives du Pays Elfe", mais "la Baie d’Elvenhome" fut autorisée à rester en §§38, 44. En AAm, Eldamar est le nom de la région : voir p. 90, §67.
La forme Kalakiryan, pour la précédente Kalakirya, apparut au cours de la composition d’AAm (p. 87 note 7).
Sur "les premières fleurs qui existèrent jamais à l'est des montagnes des dieux", voir p. 60, §15, et les références données à cet endroit.
§39 Tirion sur Túna, remplaçant Túna sur Kôr, et Mindon Eldaliéva remplaçant Ingwemindon, apparaissent également en AAm §§67-8 (pp. 84-5, 90). – Dans LQ2, "le Mindon, Mindon Eldaliéva" (la correction originelle au tapuscrit QS, non une erreur), la répétition de "Mindon" fut mise entre crochets pour exclusion.
"À Tirion les Lindar [> Vanyar] et les Noldor vécurent longtemps bons amis" : ceci est à peine en accord avec AAm (voir p. 90, §68). LQ conserva également l’ancienne phrase en §45 : "À mesure que les âges passaient, les Vanyar apprirent à aimer le pays des dieux ... et ils quittèrent la cité au sommet de Túna".
Le don de Yavanna aux gens de Tirion d’une "réplique" de Telperion est également rapporté en AAm §69 (p. 85), où elle est nommée Galathilion et est un présent aux Noldor. Dans LQ §16, Galathilion est le nom sindarin de Telperion, et dans la note de bas de page au LQ §17 sur les noms des Arbres, l’Arbres blanc de Túna est Galathilion le petit. Les Arbres d’Eressëa et de Númenor sont aussi en référence dans cette note, et reçoivent les noms Celeborn et Nimloth (les deux ayant été des noms de Telperion).
§40 "Hauts Elfes" > "Elfes Beaux" par un changement tardif au LQ2, comme en Chapitre 3 (p. 168, §25).
Sur l’une des copies du LQ2, mon père révisa le paragraphe ainsi :
    Manwë et Varda aimaient par-dessus tout les Vanyar, les Hauts Elfes, et tous leurs faits et chants furent saints et immortels. Aulë préférait les Noldor, de même que Mandos le sage; et leur savoir et leur habilité devinrent grands. Pourtant leur soif de connaissance fut toujours plus grande, de même que leur désir de créer des choses nouvelles et merveilleuses. Leur langage changeait sans cesse, tant ils aimaient les mots, et ils ne se fatiguaient jamais en concevant des noms plus appropriés pour tout ce qu'ils connaissaient ou qu'ils imaginaient.
Ceci est étrange, et je ne peux pas vraiment l’expliquer; cela paraît comme s’il était en train d’expérimenter (mais avec désinvolture, et seulement dans ceci et dans un autre passage) la "réduction" stylistique, en particulier au sujet des "inversions" caractéristiques. Une comparaison avec le texte tel qu’il existait montre combien plates les phrases d’ouverture était devenues.
Après que LQ1 fut réalisé, mon père revint au tapuscrit QS originel, et y écrivit un nouveau passage substantiel au sujet des joyaux des Noldor; ceci ne fut pas introduit dans LQ1 et fut ainsi "perdu", étant donné qu’il ne le redécouvrit jamais, et le tapuscrit final LQ2 conserva encore l’ancien texte dans lequel les Noldor "inventèrent en premier le façonnage des gemmes". Le nouveau passage se lit (après les mots "tout ce qu'ils connaissaient ou qu'ils imaginaient.") :
    Et dans tous les travaux manuels se délectaient-ils aussi; et leurs maçons construisirent de nombreuses tours hautes et élancées, et de nombreux halls et maisons de marbre. Ainsi advint-il que, extrayant dans les montagnes des pierres pour leurs constructions, les Noldor découvrirent les premiers les gemmes, en lesquelles le Pays d’Aman était en effet incomparablement riche; et ils en rapportèrent des quantités innombrables de nombreux genres et teintes; et ils les taillaient en de nombreuses formes de beauté étincelante, et ils en emplirent tout Elendë, et les halls des dieux en Valinor en furent enrichis.
En fait, un changement fort similaire (incluant la phrase "les taillaient en de nombreuses formes de beauté étincelante") fut effectué en AAm §79 (p. 92 avec la note 3 et p. 103).
§§41-2 Dans l’Appendice F au Seigneur des Anneaux apparaît dans la première édition (publiée en octobre 1955) : "Dame Galadriel de la maison royale de Finrod, père de Felagund"; dans la seconde édition (1966), cela devint "Dame Galadriel de la maison royale de Finarphin et sœur de Finrod Felagund". Étant donné qu’aussi tard que septembre 1954 (Lettres n° 150), mon père était en train de s’excuser auprès d’Allen et Unwin de ne pas encore avoir "d’exemplaires des Appendices à [leur] faire parvenir", il est clair que Finrod > Finarphin et Inglor > Finrod n’ont pu être introduits dans LQ1qu’après ce moment. Sur le texte tapuscrit d’AAm (p. 128, §134), il nota que les noms des Fils de Fëanor "seront revus", et sur le texte, il changea Cranthir en Caranthir, souligna le n de Celegorn, et barra Damrod et Díriel sans les remplacer. LQ2 contient les noms modifiés. J’ai suggéré que les tapuscrits d’AAm et du LQ2 appartiennent à peu près à la même période (peut-être vers 1958) : voir pp. 141-2.
Il est caractéristique des puzzles textuels qui abondent dans le travail tardif de mon père sur Le Silmarillion que le changement régulier de Lindar > Vanyar ait été indubitablement effectué sur LQ1 dans ce chapitre au même moment que ces autres changements de noms; pourtant, AAm a Vanyar tel qu’écrit en premier. Il se peut qu’une bonne partie de la correction du LQ1 ait effectivement été réalisée un long moment après que le texte fut dactylographié.
§41 Le mariage de Finrod (= Finarphin) avec Eärwen, la fille d'Olwë, est rapporté sous l'Année valienne 1280 en AAm §85 (p. 93). - Par un changement tardif au LQ2, Maglor > Maelor; Maelor apparaît dans le Lai de Leithian tardif, III.353.
§42 Le passage décrivant la Blanche Dame des Noldor fut ajouté sur une fiche au tapuscrit QS originel, et cette fiche est une page d'un agenda usé datée d'octobre 1951. À ce stade, son nom était toujours Isfin. Un brouillon rejeté pour cette annexe sur la même fiche commençait ainsi :
    Elle était plus jeune dans les années des Eldar que ses frères, car elle s'éveilla en Valinor [et non en Terre du Milieu >] après la création des Silmarils, et alors même que la première ombre tombait sur le Royaume Béni; et quand elle parvint à sa taille adulte ...
Les mots "Elle était plus jeune dans les années des Eldar que ses frères, car elle s'éveilla en Valinor et non en Terre du Milieu" ne sont pas en accord avec AAm, où Fingolfin leur père naquit lui-même en Aman (§81).
L'annexe ne fut pas incorporée dans LQ1 tel que dactylographié, qui contenait encore le nom Isfin, comme en AAm (voir p. 102 notes 8 et 9 : la première date de naissance pour Isfin (1469) la fait naître après la création des Silmarils en 1450, mais la seconde (1362) avant). Mais plus tard, Isfin fut changé en Írith sur LQ1 (au même moment que les corrections de Finrod en Finarphin, etc.), et la même annexe fut attachée sur une fiche, identique en formulation à celle attachée à l'ancien tapuscrit QS, mais avec le nom Írith. Il s'agit vraisemblablement d'un cas où un changement "perdu" fut recouvré.
Dans QS, Angrod et Egnor étaient les amis des fils de Fëanor, tandis qu'Inglor et Orodreth étaient les amis des fils de Fingolfin, Fingon et Turgon. À présent, l'association d'Angrod et d'Egnor aux Fëanoriens (qui menait à leur passage autorisé sur les bateaux au moment de la traversée vers la Terre du Milieu, QS §73) fut abandonnée (comme elle le fut également en AAm, §135, pp. 113, 125), et les quatre fils de Finarphin deviennent les amis intimes de Fingon et de Turgon. "Et ces quatre" fut changé en "Et ces trois" sur LQ1 lorsque Orodreth fut finalement complètement rejeté de la troisième génération des princes noldorins (voir III.91, 246, et Contes et Légendes inachevés p. 255 note 20).
Ici, Galadriel apparaît dans la tradition du Quenta; pour Galadriel en AAm, voir §§85, 135 et commentaire. Sur une copie du LQ2, mon père nota : "En haut elfe, son nom était Altariellë 'Dame parée d’une couronne éclatante comme le soleil', galata-rīg-elle - S[indarin] Galadriel. Il s'agissait donc d'un simple accident si son nom ressemblait à galað (silvain galad 'arbre')." Cf. l'Appendice au Silmarillion p. 360, entrée kal-.
§43 Dans ce paragraphe, mon père réalisa deux changements narratifs qui (comme le passage concernant les joyaux des Noldor mentionné sous §40 ci-dessus) furent "perdus", étant donné qu'ils furent apportés au tapuscrit QS après que LQ1 en eut été copié. Le premier concerne la phrase "Pendant à peu près neuf cents des années de Valinor, qui étaient chacune équivalente à dix des années du Soleil qui fut par après créé" (le texte du QS, préservé dans LQ1 et 2); ici, le passage suivant fut substitué :
    Pendant à peu près cent des années de notre temps (bien que ce ne soit que dix des Années des Valar), ils demeurèrent sur Tol Eressëa.
La réduction de la période durant laquelle les Teleri demeurèrent à part sur Tol Eressëa de 1000 à 100 années du Soleil fut clairement faite pour des raisons linguistiques. Un millier d'années introduirait des changements tels qu'ils feraient des langues des Noldor (un peuple en tout cas dont "le langage changeait sans cesse", §40) et des Teleri des langues différentes, qui ne pourraient pas de façon concevable "se rapprocher l'une de l'autre" à nouveau (§45). En AAm (§§72, 75), le compte "perdu" de seulement 100 années du Soleil est présent.
Sur une copie du LQ2, mon père corrigea le passage originel à nouveau, et produisit : "Ils demeurèrent sur Tol Eressëa pendant presque cent des années de Valinor (qui étaient chacune équivalente à dix des années ultérieures du Soleil en Terre du Milieu)." Étant donné que ceci n'altère en rien le sens, cela a dû être effectué pour réduire l'élément archaïque (cf. le passage donné sous §40 ci-dessus). Ainsi la révision faite au tapuscrit QS pour des raisons de vraisemblance dans l'histoire linguistique fut oubliée; d'un autre côté, le changement sur LQ1 de "langues" en "peuples" dans "les langues de Túna et d'Alqualondë se rapprochaient l'une de l'autre en ces jours" fut probablement effectué pour la même raison, bien que résolvant la difficulté d'une manière différente.
La seconde des corrections "perdues" dans ce paragraphe modifia l'histoire selon laquelle ce fut Ulmo qui enseigna au Teleri l'art de construire des navires :
    Alors Ulmo, s'inclinant devant la volonté des Valar, leur envoya Ossë leur ami, qui leur apprit à contrecœur l'art de construire des navires; et lorsque leurs navires furent construits, il leur apporta en guise de cadeau d'adieu les cygnes aux ailes robustes.
En AAm §75, Ulmo en tant qu'enseignant fut de même corrigé en Ossë (p. 86 et note 8). Ce changement est un aspect du récit modifié de l'enracinement de Tol Eressëa au fond de la mer; là où, dans QS, Ossë se soumettait à la volonté d'Ulmo, Ulmo se soumet à présent à la volonté des Valar.
§44 Kalakiryan fut corrigé sur une copie du LQ2 en le Kalakiryan, et le même changement d'épellation en §45. - Il est à première vue déconcertant que LQ1 ait Olwë en §41 mais Elwë en §§44-5, mais la raison est simplement que la correction aux deux derniers endroits fut sautée sur le tapuscrit QS.
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Incanus

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MessagePosté le: 23 Avr 2007 0:55     Sujet du message: Répondre en citant

6. DES SILMARILS ET DE L'ENTÉNÈBREMENT DE VALINOR



L'histoire textuelle de ce chapitre est totalement différente de celle de tous les précédents. À la première étape de la révision, seuls quelques légers changements furent opérés sur le manuscrit du QS (l'ancien tapuscrit du QS s'étant arrêté à la fin du chapitre précédent), et ils furent repris dans LQ 1. Mais après que LQ 1 fut rédigé, mon père revint à l'ancien manuscrit, et commença une nouvelle version au verso des pages – poursuivant assez curieusement la pagination à partir de la fin du QS, et conservant le numéro du chapitre (4). Ceci fut de manière claire un élément de la révision de 1951. Au départ, cette version est presque continue (jusqu'à un passage du §50), et quand il conserva l'ancien texte, il le recopia ; mais après cet endroit, il se servit du véritable texte manuscrit du QS, bien qu'il le modifiât et l'interpolât très lourdement. A « vint dans cette région appelée Arvalin » (§55) le nouveau travail cesse effectivement. Mon père ne toucha qu'à peine au LQ 1 : il effectua quelques rares changements sur la première page du tapuscrit, y compris Lindar > Vanyar, mais s'arrêta alors : une occurrence plus lointaine de Lindar resta inchangée. Par conséquent, ici, LQ 1 cesse d'être utile, et le texte imprimé est le nouveau texte du chapitre rédigé sur le manuscrit du QS : il conviendra de s'y référer simplement par « LQ ».
Le nouvel écrit fut lui-même modifié et interpolé par la suite, à l'encre rouge ; je fais part du texte dans sa forme finale, mais dans quelques cas où la distinction entre les apports tardifs et anciens est intéressante, je consigne les plus anciens dans des notes à la suite du texte. Le titre donné à la nouvelle version fut Des Silmarilli et de l'Enténèbrement de Valinor, mais ceci fut changé en (apparemment - l'intention n'est pas parfaitement claire) De Fëanor et des Silmarilli, et de l'Enténèbrement de Valinor. Pour la version du QS (dans lequel il est numéroté Chapitre 4) voir V.227-31. Il n'y a aucun texte sur le chapitre existant dans la série LQ 2.


§46 À partir de ce moment, quand les Trois des Eldar furent enfin rassemblées à Valinor et que Melkor fut enchaîné, commença le Zénith du Royaume Béni, débordant de gloire et de félicité, long dans le conte des années, mais trop bref dans le souvenir. En ces jours, les Eldar atteignirent leur pleine maturité de corps et d'esprit, et les Noldor progressaient toujours en habileté et savoir ; et les longues années furent emplies de leur travaux joyeux, par lesquels maintes nouvelles choses, belles et merveilleuses, furent créées.
§46a Ce fut alors que les Noldor s'avisèrent des lettres, et Rúmil de Túna était le nom de ce maître du savoir qui conçut en premier des signes appropriés pour la consignation par écrit des discours et des chansons, certains pour graver sur le métal ou la pierre, d'autres pour dessiner avec une brosse ou avec une plume.
§46b En ce temps naquit en Eldamar, dans la maison du roi, à Tirion au sommet de Túna, Fëanor l'aîné et le plus aimé des fils de Finwë. Míriel était le nom de sa mère : d'argent étaient ses cheveux et sombres ses yeux, mais ses mains étaient plus habiles à la finesse que toutes les mains, même parmi les Noldor. C'est elle qui conçut l'art de tisser ; et un seul fragment des broderies de Míriel serait-il vu en Terre du Milieu qu'il serait tenu pour plus précieux qu'un royaume, car les richesses de ses créations et le feu de leurs couleurs étaient aussi variés et aussi brillants que la gloire des feuilles et des fleurs et des ailes dans les champs de Yavanna. Par conséquent elle fut nommée Míriel Serende.*
§46c Et Fëanor grandit rapidement, comme si un feu secret brûlait en lui, et il était grand, et beau de visage, et avait une autorité naturelle, et il devint, de tous les Noldor, le plus subtil de cœur et d'esprit, et le plus habile de ses mains. Ce fut lui qui, dans sa jeunesse, améliorant le travail de Rúmil, fabriqua ces lettres qui portent son nom, et que les Eldar ont toujours utilisé depuis ; cependant ce fut le moindre de ses travaux. Car ce fut lui qui, premier parmi les Noldor, découvrit comment fabriquer avec habileté des gemmes plus belles et brillantes que celles fournies par la Terre. Et les premières gemmes que créa Fëanor étaient blanches et ternes, mais placées à la lumière des étoiles elles resplendissaient de bleu et de feux blancs plus brillants que Helluin. Et il fit d'autres cristaux, dans lesquels on pouvait apercevoir, petites mais nettes, des choses lointaines, comme avec les yeux des Aigles de Manwë. Rarement la main et l'esprit de Fëanor étaient-ils au repos.1
§47 A présent, le Zénith de Valinor parvenait enfin à son terme. Car il advint que Melkor, comme les Valar l'avaient décrété, avait demeuré pendant trois âges enfermé en Mandos, seul. Et quand il eut subi cet emprisonnement, comme les Valar l'avaient promis, il fut de nouveau amené devant eux, en conclave. Il observa alors la félicité et la gloire des Valar, et son cœur était empli de malveillance ; il observa les beaux Enfants d'Ilúvatar qui étaient assis aux pieds des dieux, et la haine le gagna ; il observa l'abondance de gemmes brillantes et les convoita ; mais dissimula ses pensées et remit sa vengeance à plus tard.
§48 Devant les portes de Valmar, Melkor s'abaissa aux pieds de Manwë et demanda son pardon, promettant que si l'on pouvait faire de lui ne serait-ce que le moindre des habitants libres de Valinor, il aiderait les Valar dans toutes leurs actions, et, plus que tout, à soigner les nombreuses blessures qu'il avait provoquées et qu'il ne causerait plus maintenant. Et Niënna soutint sa prière, mais Mandos resta silencieux. Alors Manwë lui accorda son pardon ; mais les Valar ne souffrirent pas encore qu'il soit hors de leur vue et de leur vigilance. Par conséquent, il lui fut donné une humble demeure à l'intérieur des portes de la cité, et il fut mis à l'épreuve ; et il ne lui fut pas permis de s'éloigner de plus d'une lieue de Valmar, sauf avec l'aval de Manwë et un garde à son côté. Mais à cette époque toutes les paroles et les actions de Melkor semblaient honnêtes, et les Valar comme les Eldar tirèrent grand profit de son aide. Et pour cette raison, après quelque temps, il lui fut permis d'aller à sa guise dans le pays, et il sembla à Manwë que son mal était guéri. Car il était lui-même libre de tout mal, et ne pouvait l'appréhender, et il savait qu'au commencement, dans l'esprit d'Eru, Melkor lui était en tout point semblable.
Cependant, il est dit qu'en son cœur, Ulmo était inquiet, et que Tulkas serrait les poings quand il voyait passer Melkor, son ennemi. Car si Tulkas est lent à la colère, il l'est tout autant à oublier.
§49 Aimable, Melkor l'était le plus avec les Eldar, et il les assistait en beaucoup de travaux, s'ils le laissaient faire. En effet, les Vanyar, le peuple d'Ingwë, le suspectaient ; car Ulmo les avaient prévenus, et ils tenaient compte de ses paroles. Mais les Noldor prirent plaisir aux maintes choses du savoir caché qu'il était en mesure de leur révéler, et quelques-uns prêtèrent l'oreille à des paroles qu'ils eussent mieux faits de ne pas entendre.
§49a En effet, il a été dit que Fëanor apprit beaucoup de Melkor en secret, mais il ne s'agit sans doute là que d'un des nombreux mensonges proférés par Melkor lui-même, enviant les talents de Fëanor et voulant clamer son rôle dans ses accomplissements. Car il est certain que, bien qu'il put être pris au piège (commes d'autres) par les mensonges de Melkor, aucun Eldar n'haït jamais Melkor autant que Fëanor fils de Finwë, lui qui le premier le nomma Morgoth.
§49b Et en ce temps-là fut accomplie l'œuvre la plus renommée parmi toutes celles des Elfes. Car Fëanor, ayant atteint à présent sa pleine maturité, fut obnubilé par une nouvelle idée, ou bien une ombre de prescience du destin qui devait s'accomplir lui parvint-elle peut-être ; et il se demanda comment la Lumière des Arbres, la gloire du Royaume Béni, pourrait être conservée et rendue impérissable. Alors il commença un long et merveilleux travail ; et il eut recours à tout son savoir, et à sa puissance, et à son art subtil, car il voulait à présent réaliser des choses plus belles que celles qu'aucun des Eldar n'avait déjà faites, et dont la beauté perdurerait jusqu'après la Fin.
Trois joyaux fit-il, et il les nomma Silmarils. En leur cœur, un feu vivant brûlait, qui était un mélange de la Lumière des Deux Arbres. Ils brillaient de leur propre éclat, même dans les ténèbres de la plus profonde des salles du trésor ; cependant, toutes les lumières qui les éclairaient, aussi faibles fussent-elles, ils les absorbaient, et les renvoyaient avec des teintes merveilleuses auxquelles leur propre feu intérieur donnait un charme incomparable. Aucune chair mortelle, ou impure, ou quoi que ce soit de malfaisant, ne pouvait les toucher sans être brûlé et flétri ; et aucune force dans tout le royaume d'Arda ne pouvait les abîmer ou les casser. Ces joyaux, les Elfes y tenaient bien plus qu'à tous leurs travaux, et Varda les sanctifia, et Mandos prédit que les destins d'Arda, de la terre, de la mer et de l'air reposaient enfermés en eux. Et le cœur de Fëanor fut rapidement lié à ces objets qu'il avait lui-même fabriqués.
§50** Mais le cœur de Melkor désirait aussi ces bijoux, les plus beaux d'entre tous ; et à partir de cet instant, la malveillance de Melkor, avec le désir, grandit plus que jamais, bien que rien n'en transparût dans l'apparence qu'il se donnait, ou dans la forme avenante qu'il affectait, à la manière de ses frères les Valar. Et quand il sentit sa chance arriver, il sema des mensonges et des allusions malveillantes parmi ceux qui étaient ouverts à son discours. Et, dans les jours qui suivirent, amèrement les Noldor regrettèrent-ils leur folie. Venant souvent parmi eux, il prononçait toujours des paroles de grand éloge, un miel doux mais empoisonné ; car au beau milieu des toutes ces belles paroles,d'autres étaient toujours subtilement tissées. Il faisait apparaître dans leur cœur des visions des royaumes de légende dans l'Est, qu'ils auraient pu diriger, puissants et libres, à leur propre guise. Puis il chuchotait, à ceux qui se penchaient vers lui, que les dieux avaient amenés les Eldar à Valinor parce qu'ils étaient jaloux, effrayés que la beauté des Quendi, et leur pouvoir de création qu'Ilúvatar leur avait transmis, ne deviennent trop grands pour être dirigés par les Valar tandis que les Elfes croissaient et se dispersaient dans les vastes contrées du monde.
En outre, en ces jours, bien que les Valar fussent bien conscients de la venue des Hommes,2 les Elfes n'en savaient rien encore ; car les dieux ne l'avaient pas révélé, et le temps n'était pas encore proche. Mais Melkor parla secrètement aux Elfes des Hommes Mortels, bien qu'il ne connût qu'une petite partie de la vérité. Seul Manwë connaissait clairement quelque chose de la pensée d'Ilúvatar à propos des Hommes, et il a toujours été leur ami. Cependant Melkor chuchotait que les dieux gardaient les Eldar prisonniers pour que l'arrivée des Hommes les dépossèdent des royaumes de la Terre du Milieu ; car les Valar estimaient qu'ils pourraient plus facilement avoir une emprise sur cette race plus faible et éphémère. Il n'y avait que peu de vrai dans cela, et rarement les Valar ont-ils réussi à infléchir les volontés ou les destins des Hommes, et encore moins vers le bien. Mais, parmi les Noldor, beaucoup crurent, ou crurent à moitié, ces mauvaises paroles. [Il est également dit qu'en ce temps Melkor parla aux Eldar des armes et des armures, et du pouvoir qu'ils donnent à celui qui est armé pour se défendre (d'après ce qu'il disait). Les Eldar n'avait jamais été en possession d'armes auparavant, et depuis l'enchaînement de Melkor, les armureries des dieux avaient été fermées. Mais à présent les Noldor apprirent comment façonner les épées d'acier trempé, et comment fabriquer des arcs et des flèches et des lances ; et en ces jours ils firent des boucliers et les blasonnèrent avec des emblèmes d'argent, d'or et de gemmes. Ainsi fut-il que les Noldor furent armés durant les jours de leur Fuite. Ce fut également ainsi que, comme on le vit maintes fois, le mal de Melkor se retourna contre lui ; car les épées des Gnomes le blessèrent plus que toute autre chose sous la férule des dieux sur cette terre. Cependant, ils ne retirèrent que peu de joie des enseignements de Melkor ; car ce fut avec leurs propores épées que les Gnomes subirent toutes leur peines, tel qu'on le verra par la suite. Dixit Pengoloð.]
§51 Ainsi, avant que les dieux en fussent conscients, la paix de Valinor fut empoisonnée. Les Noldor commencèrent à murmurer contre les Valar et leur race ; et beucoup d'entre eux se gonflèrent de vanité, oubliant tout ce que les dieux leur avaient donné et appris. Plus féroce était la flamme qui brûlait dans le cœur avide de Fëanor, et Melkor riait en secret, car ses mensonges avaient été proférés dans ce but par-dessus tout, et Fëanor était celui qu'il haïssait le plus, convoitant les Silmarils pendant tout ce temps. Cependant, il ne pouvait jamais les approcher ; car bien que Fëanor les portât aux grandes occasions, flamboyant sur son front, autrement ils étaient surveillés de près, enfermés dans les salles profondes de Túna. Il n'y avait pas encore de voleurs à Valinor, mais Fëanor aimait les Silmarils d'un amour cupide, et se mit à rechigner à les montrer à d'autres que son seigneur et père et ses fils.
§52 De grands princes étaient Fëanor et Fingolfin, les fils aînés de Finwë ; mais chacun d'entre eux devint peu à peu jaloux et fier de son droit et de ses possessions. Et voyez ! Melkor répandit de nouveaux mensonges, et des rumeurs parvinrent à Fëanor, disant que Fingolfin et ses fils, Fingon et Turgon, complotaient pour usurper le commandement de Finwë et de la première maison, celle de Fëanor, et de les supplanter avec l'aval des Valar - car il ne plaisait pas aux Valar que les Silmarils reposassent à Túna, et qu'ils ne fussent pas confiés à leur garde. De ces mensonges naquirent des disputent parmi les fiers enfants de Finwë, et de ces disputes vint la fin des hauts jours de Valinor, et le soir de son ancienne gloire ; car Fëanor prononça des mots de rébellion contre les Valar, criant haut et fort qu'il voulait partir de Valinor et retourner dans le monde extérieur, et délivrer, comme il dit, les Gnomes de la servitude, s'ils le suivaient. Et quand Fingolfin essaya de le réfréner, Fëanor tira son épée contre lui.3 Car les mensonges de Melkor, bien qu'il ne sût pas clairement d'où ils venaient, avaient pris racine dans la fierté de son cœur.
§53 Les Valar furent alors courroucés et consternés, et4 Fëanor fut convoqué pour répondre de ses actes dans le Cercle de Justice ; et là les mensonges de Melkor furent dévoilés aux yeux de ceux qui en avait la volonté. Par décision des dieux, Fëanor fut banni de Túna pour vingt ans5, puisqu'il en avait dérangé la paix. Mais avec lui partit Finwë, son père, qui l'aimait plus que ses autre fils, et bien d'autres Gnomes également. Dans le nord de Valinor, dans les collines près des cavernes de Mandos, ils construisirent une place forte et une salle au trésor à Formenos,6 et ils y rassemblèrent une multitude de gemmes. Mais Fingolfin dirigeait les Noldor à Túna ; et ainsi les mots de Melkor semblèrent justifiés (bien que Fëanor eût causé leur accomplissement de par ses propres actions), et l'amertume que Melkor avait semée perdura, même si les mensonges avaient été révélés, et encore longtemps après exista-t-elle entre les fils de Fëanor et Fingolfin.
§54 En plein milieu de leur conseil, les Valar envoyèrent Tulkas mettre la main sur Melkor et l'amener pour qu'ils soit jugé une nouvelle fois, mais Melkor se cacha, et nul ne put découvrir où il était allé ; et les ombres de tout ce qui se tient debout semblèrent devenir plus grandes et plus ténébreuses à ce moment. On dit que pendant deux ans7 nul ne vit Melkor, jusqu'à ce qu'il apparût à Fëanor seul, feignant l'amitié par un discours rusé, et le pressant de fuir comme il l'avait auparavant imaginé. Mais sa ruse l'emmena plus loin que son but ; car, sachant que le cœur de Fëanor était esclave des joyaux, il finit par dire : « C'est une place forte et bien gardée ici, mais ne pense pas que les Silmarils reposeront en sécurité dans aucune salle au trésor qui sera à la portée des Valar ! »
Alors dans le cœur de Fëanor, des flammes s'allumèrent, et ses yeux étincelèrent, et il vit à travers les beaux aspects de Melkor jusqu'au plus profond de son esprit, où il perçut son désir féroce des Silmarils. Alors la haine de Fëanor surpassa sa peur, et il parla de façon méprisante à Melkor, lui disant : « Disparais, clochard ! Charognard des prisons de Mandos ! » Et il claqua la porte de sa maison au nez du plus puissant des habitants d'Ëa, comme si c'était un mendiant. Et Melkor partit honteux, car il était lui-même en danger, et ne voyait pas encore le temps de sa vengeance ; mais son cœur était noir de colère. Et Finwë fut empli de terreur, et envoya en hâte des messagers aux Valar.
§55 A présent les dieux étaient assis en assemblée devant leur portes, redoutant l'allongement des ombres, quand le messager de Finwë vint, mais avant que Tulkas n'ait pu se mettre en route, d'autres vinrent, amenant des nouvelles d'Eldanor. Car Melkor avait fui à travers le Kalakirya, et les Elfes l'avaient vu passer furieux depuis la colline de Túna, tel un nuage noir. Ainsi, Melkor partit, et pour un temps les Arbres brillèrent de nouveau sans être assombris, et Valinor était belle ; cependant, tel un nuage lointain qui se dessine, toujours plus haut, porté par un lent vent froid, à présent un doute ternissait la joie de tous les habitants d'Aman, les terrifiant, car il ne savaient pas quel mal pourrait encore advenir. Et les Valar cherchèrent toujours des nouvelles de Melkor, en vain. Mais il partit d'Eldanor et8 vint dans cette région appelée Arvalin, qui s'étend au sud de la baie d'Elendë, et qui est une terre étroite située sous les racines orientales des Montagnes d'Aman. Là se trouvaient les ombres les plus profondes et les plus épaisses du Monde. Dans ce pays secret et inconnu résidait Ungoliantë, sous la forme d'araignée, la tisseuse de toiles sombres. Il n'est pas dit d'où elle venait ; peut-être des Tenèbres Extérieures, qui s'étendent en Eä au-delà des murs du Monde. Elle vivait dans un ravin, et filait ses toiles dans une falaise des montagnes ; car elle aspirait la lumière et les choses brillantes pour les tisser de nouveau en rets noirs de pénombre étouffante et de brouillard collant. Elle était sans cesse affamée.
§56 Melkor rencontra Ungoliantë en Arvalin, et avec elle il complota sa revanche ; mais elle exigea une grande et terrible rétribution, avant de vouloir oser affronter les périls de Valinor et le pouvoir des dieux. Alors, quand Melkor eut juré de lui donner tout ce qu'elle désirait, elle tissa de grandes ténèbres autour d'elle pour les protéger, et des cordes noires fila-t-elle, et lança-t-elle de pic rocheux en pic rocheux ; et de cette façon elle escalada en fin de compte le plus haut sommet des montagnes ; loin au sud du Taniquetil. Dans cette région, la vigilance des Valar était moindre, car les bois sauvages d'Oromë s'étendaient au Sud de Valinor, et les murs des montagnes regardait à cet endroit à l'est par-dessus les contrées inexplorées et les mers vides ; et les dieux montaient la garde plutôt au Nord, où depuis longtemps Melkor avait creusé sa forteresse et son trône profond.
Pour les §§57-9 voir la fin du commentaire de ce chapitre, p. 193.

* [note de bas de page au texte] C'est-à-dire Byrde Míriel (la Tisseuse) : dixit Ælfwine.
1 Ce passage, concernant les gemmes fabriquées par Fëanor (qui suit « cependant ce fut le moindre de ses travaux ») fut une addition secondaire (voir p. 184). Voir le commentaire au §46c.
** Le début de ce paragraphe correspond de par son contenu à la fin du QS §49.
2 À partir de cet endroit, le texte, nouvellement écrit et quasiment continu, se transforme en un traitement du manuscrit du QS lourdement modifié et interpolé (p. 184).
3 « tira son épée contre lui » fut d'abord « le menaça de son épée ».
4 « Les Valar furent alors courroucés et consternés, et » fut une addition secondaire.
5 « vingt ans » fut d'abord « dix ans ».
6 « à Formenos » fut une addition secondaire.
7 « deux ans » fut d'abord « une longue période ».
8 À partir de cet endroit, le nouveau travail sur le chapitre cesse complètement, et les quelques différences d'avec le QS proviennent du précédent ensemble de modifications qui avaient été conservées dans LQ 1 ; mais je fais part du texte jusqu'au §56 dans le but d'inclure la majorité de ces changements plus anciens.

Commentaire du Chapitre 6, « Des Silmarils et de l'enténèbrement de Valinor »


Une comparaison montrera que les nouveaux écrits de LQ sont en relation étroite avec leur part correspondante des AAm. Des nouveaux éléments de LQ apparaissent également dans AAm, comme la mère de Fëanor, Míriel (§78, p. 92), le création des lettres par Rúmil et Fëanor (§§80, 83), ou le moment de la fabrication des Silmarils placé après le libération de Melkor (p. 104, §92). Il y a constamment des similarités d'expression et beaucoup de phrases totalement identiques (notamment dans la rencontre entre Fëanor et Melkor à Formenos, LQ §54, AAm §102).
Peut-on établir une préséance entre les deux ? Il n'est guère possible de le démontrer d'une façon ou d'une autre, car il y a des détails isolés qui parlent en faveur des deux possibilités. Ainsi, le mot de Fëanor à Melkor, « clochard » fut le premier écrit dans LQ, tandis que dans AAm il remplaça « mendiant » ; mais « les Valar furent alors courroucés et consternés » est un ajout à LQ (note 4), tandis que « les dieux furent en colère » dans les AAm (§99) ne l'était pas. Le changement dans LQ de « dix ans » en « vingt ans » pour la durée du bannissement de Fëanor de Tirion (note 5) est aussi présent dans les AAm (§99 et note 10), et le nom Formenos est un ajout dans les deux. Je pense en fait que les deux textes étaient relativement contemporains. On verra qu'après que la révision de LQ fut finie, les AAm continuèrent (à partir du §105) de la même façon, plus large et expansive, fondée structurellement de manière évidente sur la tradition du Quenta : et en conséquence, peut-être que le texte LQ tourna court parce que les « Annales » (qui n'étaient alors plus tellement alors des « Annales ») avaient eu la préférence de mon père.
Il semble impossible de dire comment il conçut la relation entre les deux à ce moment. Comme je l'ai dit (p. 102), « nous pouvons voir disparaître la forme annale avec une narration bien fournie qui émerge » ; et la narration des AAm, tout en n'ayant aucune phrase en commun avec la version du Silmarillion, est néanmoins de manière très évidente « la même ». Elle lui est certainement trop similaire pour être considérée comme la représentation d'une tradition séparée de savoir et de mémoire, ou même comme le travail d'un « savant » différent. Il y a seulement des variations des plus mineures dans les deux narrations (par exemple, dans LQ les messagers vinrent à Valinor en disant que Melkor avait fui à travers le Kalakirya avant que Tulkas ait pu le poursuivre (§55), tandis que dans les AAm les messagers vinrent « avant qu'Oromë et Tulkas ne fussent allés loin » (§104)) ; et il y a constamment un écho de vocabulaire et d'expression. Voir à ce sujet plus loin pp.289-91.
§46b Byrde Míriel (en note en bas de page au texte) : cf. AAm §78 (p.92), où la mère de Fëanor (dans un entrée de remplacement) se voit donner, de façon étrange, en ancien anglais, le «surnom » Byrde, pas Serende, dans le texte lui-même, et sans référence à Ælfwine.
§46c Le passage dans les AAm §83 (p. 92 et note 5) concernant l'étude de Fëanor de la fabrication des gemmes par habileté fut un ajout, comme ce le fut dans le présent texte (note 1 ci-dessus) ; l'idée est associée au changement voulant que les gemmes ne fussent plus conçues par les Noldor, mais tirées du sol d'Aman (voir LQ §40 et commentaire).
Pour la mention des « cristaux, dans lesquels on pouvait apercevoir, petites mais nettes, des choses lointaines » (auxquels il n'est pas fait référence dans les AAm) cf. les paroles de Gandalf dans Les Deux Tours (III. 11) : « Les palantíri venaient d'au-delà de l'Ouistrenesse, d'Eldamar. Les Noldor les fabriquèrent. Il se peut que Fëanor lui-même les ait conçus, en des jours si lointains que le temps ne peut être mesuré en années. »
§49a Cf. AAm §123 (p.108) : « Alors Fëanor s'éleva et maudit Melkor, l'appelant Morgoth ». Dans les AAm Melkor est utilisé tout du long, jusqu'au moment où Fëanor le nomme Morgoth (p. 123, §123) ; donc de même dans la révision du QS l'utilisation de Morgoth avant ce moment de la narration fut changée en Melkor.
§49b Le passage concernant les Silmarils correspond (dans son contenu) à la dernière partie du §46 du QS ; car, dans les AAm, la fabrication des Silmarils vient à présent après la libération de Melkor.
§50 Le passage sur l'armement des Elfes n'est plus donné en note, et est déplacé à un autre endroit que celui du QS (§49) ; mais il est mis entre crochets et attribué à Pengoloð. En tout cas le texte est à ce moment extrêmement désordonné, puisqu'il est constitué d'une part d'une réécriture et
d'autre part de passages du texte originel du QS, conservés. La vieille note fut globalement réécrite
sous une nouvelle forme, bien qu'elle ne fusse pas énormément modifiée par rapport à la forme plus ancienne : la différence principale étant que tandis qu'il est dit dans le QS que les Elfes avaient auparavant possédé des « armes de chasse, des lances, des arcs et des flèches », il est maintenant dit (comme dans les AAm, p. 96, §97) qu'ils n'eurent pas d'armes auparavant. Voir plus loin p.281.
§52 À propos de Fëanor tirant son épée contre Fingolfin voir p.104, §98. - Il est curieux que (malgré §46b « à Tirion au sommet de Túna ») ici « les Silmarils reposent à Túna », et de nouveau au §53 « Fingolfin dirigeait les Noldor à Túna ». On retrouve la même chose dans les AAl (p.90, §67), et bien plus tard (voir p. 282).
§55 Les mots « en Eä », qu'on ne trouve pas dans LQ 1, appartiennent au travail tardif apporté au manuscrit du QS, tel qu'il fut présenté dans le texte donné ci-dessus (voir note 8). Concernant les mots « des Tenèbres Extérieures, qui s'étendent en Eä au-delà des murs du Monde » voir pp. 62-4.
§§57-9 Dans les derniers paragraphes du chapitre, qui ne sont pas donnés dans le texte (p. 191), les changements apportés au QS furent :
    §57 Morgoth > Melkor, et à toutes les occurrences qui suivent.
    §58 Tûn > Túna ; les côtes d'Elvenhome > les côtes d'Eldamar ;
    Silpion > Telperion ; protégé par le destin omis ; avec sa lance noire >
    soudainement avec sa lance noire ; feuille et branche et racine > racine et
    feuille et branche
    [NdT : à noter qu'en VO Tolkien utilise ici deux mots différents pour « branche » : « branch » la première fois, et « bough » la seconde] ; et à la fin du paragraphe (après elle enfla en une forme monstrueuse) fut ajouté : mais elle était toujours assoiffée. Elle but alors aussi le contenu des vasques de Varda, et les assécha entièrement.
    §59 leurs pieds > les pieds des chasseurs ; échappèrent à la chasse > leur échappèrent.

J'ai noté plus haut (p. 142) que bien plus tard (après la réédition du Seigneur des Anneaux) mon père introduisit la nouvelle narration dans le corps du Quenta Silmarillion : en commençant par le Chapitre 1, qui devint le Valaquenta, et ensuite en sautant au présent chapitre, 6. Une nouvelle histoire d'implications divergentes, celle de la mort de la mort de Míriel, la mère de Fëanor, et du second mariage de Finwë avec Indis des Vanyar, est maintenant présente ; mais ce développement final et complémentaire, n'est pas traité ici mais le sera plus loin (voir pp. 205 sqq.).


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MessagePosté le: 23 Avr 2007 0:56     Sujet du message: Répondre en citant

7. DE LA FUITE DES NOLDOR


L'histoire textuelle de ce chapitre est relativement simple (pour la réecriture tardive qui vient d'être mentionnée, qui s'y étend légèrement, voir pp. 292 sqq.). Le chapitre originel du QS (V.232-8, où il est numéroté 5) fut corrigé, de manière pas très exhaustive, au moment de la révision de 1951, et fut tapé corrigé sur le texte dactylographié LQ 1. Celui-ci ne reçut aucune correction, mais sur le tapuscrit dactylographié tardif LQ 2 mon père fit quelques changements, principalement les altérations classiques de noms. Dans ce cas je ne donne pas le texte révisé, mais je répertorie individuellement les changements significatifs apportés au QS. Des petits changements variés d'expression ne sont pas mentionnés, non plus que les changements standards de noms tels que Melko > Melkor, Tûn > Túna ou Tirion, Kôr > Túna, la passe de Kôr > la passe de Kalakiryan, Elwë > Olwë. Au §69 western land > Westland et Helkaraksë > Helkaraxë (ainsi écrit dans les AAm), au §70 rivages d'Elvenhome > rivages d'Eldanor, et au §71 Eruman > Araman (cf. AAm §125, pp. 108,123).
§60 Aux trois premières occurrences, « Morgoth » > « Melkor », et à la fin du paragraphe, après « la violence de Melkor », il fut ajouté : « car tel fut son nom à partir de ce jour parmi les Gnomes » ; et à partir de là « Morgoth » fut maintenu. En bas de la page, mon père nota : « Dans une forme plus ancienne, Moringotto ». Ce fut ici que fut introduite l'histoire qui voulut que Melkor reçût le nom Morgoth à ce moment, bien qu'il n'y eût pas encore de suggestion que ce fut Fëanor qui le lui donnât. Ceci fut introduit dans les AAm (§ 123) et dans la réécriture contemporaine du Chapitre 6 (p. 186, §49a) ; il n'y a aucun doute que mon père raya au même moment sur le manuscrit du QS l'ajout qui vient d'être donné, et y substitua : « Ainsi Fëanor le nomma en cette heure : l'Ennemi Noir, et il porta par la suite toujours ce nom parmi les Noldor. » Morgoth fut traduit « l'Ennemi Ténébreux » [NdT : Tolkien utilise ici deux mots différents pour dire « ennemi » : « enemy » et « foe »] dans le passage des AAm, mais pour une raison quelconque ce fut rejeté (p. 120, note 2).
La phrase dans le §60 « une chose qui n'avait pas encore été vue, et qui dans la nuit tombante avait semblé être une araignée d'une forme monstrueuse » fut changée en « une chose qui n'avait pas encore été vue et pour laquelle il n'y avait pas de nom, une vaste forme de ténèbres noires dans la nuit tombante » ; cf. AAm §122. Les Valar sont censés tout ignorer de la nature de l'aide qu'avait invoquée Melkor (cf. AAm §124), et les Ténèbres (ou la « non-Lumière ») d'Ungoliantë devient une idée centrale de la légende.
§62 Le passage concernant les Orcs, à partir de « il donna naissance à la race des Orcs » fut réécrit tel qu'il suit :
    il donna naissance à la race des Orkor,* et ils grandirent et se multiplièrent dans les entrailles de la terre. Morgoth fit ces créatures par jalousie et moquerie des Elfes. Par conséquent, de forme, ils étaient comme les Enfants d'Ilúvatar, cependant considérés comme immondes ; car ils étaient faits de haine, et de haine étaient emplis. Leur voix étaient comme des fracas de pierre, et il ne riaient pas, sauf du tourment et des actions mauvaises. Les Noldor les appelèrent Glamhoth, les hôtes du tumulte.
      * [note au texte en bas de page] Dans le langage Gnomique ce nom est orch pour un, yrch pour beaucoup. Nous pouvons les nommer Orcs, car dans les jours anciens ils étaient forts et cruels comme des démons ; cependant ils étaient d'une autre espèce, une progéniture de terre corrompue par le pouvoir de Morgoth, et ils pouvaient être tués ou détruits par les vaillants : dixit Ælfwine.

Tel qu'écrit au départ, ceci est relié de façon proche au §127des AAm (voir pp. 120-1, notes 5-7, et commentaire p. 123), et contient les mêmes conjonctions de deux théories apparemment différentes : que les Orcs furent « faits » par Morgoth et qu'il étaient « une progéniture de terre » corrompue par lui.
Mon père modifia alors le passage en supprimant la note en bas de page d'Ælfwine concernant le mot Orkor, mais en ajoutant un passage assez similaire dans le corps du texte, ainsi :
    Les Noldor les appelèrent Glamhoth, les hôtes du tumulte. Nous pouvons les nommer Orcs ;* car dans les jours anciens ils étaient forts et cruels comme des démons. Cependant ils n'étaient pas de l'espèce des démons, mais une progéniture de terre corrompue par Morgoth, et ils pouvaient être tués ou détruits pas les vaillants avec des armes de guerre.
      * [note au texte en bas de page] dixit Ælfwine.


Le réarrangement est curieux, car la contribution d'Ælfwine peut difficilement être limitée aux mots « Nous pouvons les nommer Orcs » (voir p. 124) ; mais peut-être qu'en plaçant l'astérisque à cet endroit mon père voulait indiquer que tout ce qui la suit était ajouté par Ælfwine. Sur le tapuscrit du LQ il le changea de nouveau, mettant tout le passage depuis « Nous pouvons les nommer Orcs » en tant que note en bas de page.
Sur le manuscrit du QS, il griffonna plus tard, à côté de la première partie du passage, à propos de la création des Orcs : « Changer ceci. Voir Annales. » Ceci fait référence au changement introduit dans les AAm, dans lequel les Orcs avaient été élevés à partir de Quendi capturés de nombreux âges auparavant : voir le commentaire sur le § 127 des AAm (p. 123).
§67 « maîtres de la lumière enchantée » > « maîtres de la Lumière immaculée » ; cf. AAm §133 « seigneurs de la Lumière immaculée ».
§68 « Mais parmi ses propres fils, seul Inglor prit son parti [à Finrod] ; Angrod et Ægnor se rangèrent du côté de Fëanor, et Orodreth resta à part. » > « Mais parmi ses propres enfants, seul Inglor parla comme lui ; car Angrod et Egnor et Galadriel étaient du côté de Fingon, tandis qu'Orodreth resta à part et ne parla pas. » A la première écriture des AAm, le même compte-rendu des associations des princes Noldorin fut donné, mais il fut immédiatement changé : voir AAm §136 (pp. 112,125), et p. 121, note 12.
« et avec Fingolfin il y avait Finrod et Inglor » > « et avec Fingolfin il y avait Finrod et sa maison »
§72 La totalité de ce paragraphe fut réécrit tel qu'il suit :

Alors Finrod s'en retourna, étant empli de peine et d'amertume envers la maison de Fëanor en raison de sa parenté avec Olwë d'Alqualondë ; et nombre de ses gens allèrent avec lui, revenant sur leur pas dans le chagrin, jusqu'à contempler une nouvelle fois le trait lointain de Mindon sur Túna, brillant toujours dans la nuit, et ils revinrent ainsi enfin à Valinor. Et ils reçurent le pardon des Valar, et Finrod fut désigné pour gouverner les Noldor restants du Royaume Béni. Mais ses fils n'étaient pas avec lui, car ils n'auraient pas abandonné les fils de Fingolfin ; et tout le peuple de Fingolfin continua de l'avant, redoutant d'affronter le jugement des dieux, puisque tous n'étaient pas innocents du massacre d'Alqualondë. De plus, Fingon et Turgon, bien qu'il n'eussent pas prit part dans cette action, étaient intrépides et enflammés de cœur et rechignaient à abandonner toute tâche qu'ils s'étaient assignée avant sa fin amère, si amère elle devait être. Ainsi, la plupart du groupe continua, et le mal qui avait été prédit commença son œuvre bien trop rapidement.

Ceci est presque mot pour mot le même passage que dans le §156 des AAm, la seul véritable différence étant ici la mention du fait que Fingon et Turgon n'avaient pas pris part au fratricide. Cependant, on voit que la réécriture du QS précéda ce passage dans les AAm par le fait qu'Olwë est ici un changement tardif d'Elwë.
§73 « et ils emmenèrent avec eux seulement ceux qui étaient fidèles à leur maison, parmi lesquels se trouvaient Angrod et Egnor. » fut laissé inchangé, par inadvertance, et survécut dans le tapuscrit LQ 2. L'association d'Angrod et Egnor avec les Fëanoriens (de telle sorte qu'ils se sont vus accorder le passage en Terre du Milieu à bord des bateaux) avait été abandonnée dans les réécritures du QS §§68,72, donné ci-dessus.
« un grand incendie, terrible et flamboyant » > « un grand incendie, terrible et flamboyant, au lieu qui fut plus tard appelé Losgar, à l'embouchure de l'Estuaire du Drengist ». Le même ajout fut apporté aux AAm (§162, pp. 120, 127, et p.122 note 20).
« Par conséquent mené par Fingolfin, et Fingon, Turgon, et Inglor » > « Par conséquent mené par Fingolfin et ses fils, et par Inglor et la belle et vaillante Galadriel » ; ceci est quasiment le texte des AAm (§163, p. 120).
« et arriva en Beleriand au lever du soleil » > « et arriva en Terre du Milieu au lever de la Lune » ; cf. AAm §163 (pp. 120, 127).
Des modifications effectuées sur l'une des copies du tapuscrit LQ 2 donnent les noms ou les formes des noms tardifs de certains des princes Noldorins, comme dans le Chapitre 5 (pp. 177, 181, §§41-2) : Finrod > Finarphin et Finarfin, Inglor > Finrod, Egnor > Ægnor (comme modifié dans le Chapitre 5, écrit Aegnor). - Dans « son ancienne forteresse, Utumno dans le Nord » (§62) Utumno > Angband ; ceci reflète l'histoire tardive qui veut qu'Utumno et Angband furent toutes deux construites dans les jours anciens (voir p. 156, §12) - et ce fut bien évidemment dans sa forteresse occidentale, Angband, que Melkor retourna et qu'il reconstruit à partir de ses ruines.
A côté du passage du §68 « La plus grande partie suivait Fingolfin, qui, avec ses fils, se joignaient à l'avis général contre leur propre sagesse, car ils ne voulaient pas déserter leur peuple » mon père nota sur une copie du LQ 2 : « aussi à cause de la promesse faite par Fingolfin (au-dessus) » Ceci fait référence à un passage de la dernière réécriture du chapitre précédent (p. 287, §58c), où Fingolfin dit à Fëanor devant Manwë : « Tu prendras la tête et je suivrai. » Le mot « au-dessus » veut dire que le texte final était existant et avait été incorporé au tapuscrit LQ 2.


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MessagePosté le: 23 Avr 2007 1:07     Sujet du message: Répondre en citant

8. DU SOLEIL, DE LA LUNE, ET DE LA DISSIMULATION DE VALINOR


La situation textuelle ici est la plus simple ayant été vue jusqu'à présent : nous avons le chapitre dans le QS (V.239-43), et les modifications apportées au QS en 1951, prises en compte dans le tapuscrit LQ 1, qui ne fut pas modifié par la suite. (Quelques altérations écrites d'un trait léger de crayon ne furent pas incorporées dans LQ 1, soit parce que le dactylo n'a pu les interpréter, ou parce qu'elles ne furent inscrites sur le manuscrit que par la suite.) Tout comme dans le chapitre 6 (p. 184) le tapuscrit tardif LQ 2 est inexistant. L'histoire de ce chapitre dans Le Silmarillion se termine par conséquent par les quelques changements apportés au QS en 1951 ; il y a aussi le récit dans les AAm §§164-81, qui était lui-même un dérivé proche du QS, avec des changements et des omissions. Dans ce cas, de nouveau, je donne les changements significatifs apportés au QS, et non le texte en entier. Les changements standards de noms sont (§79) Kalakilya > Kalakiryan, la colline de Kôr > la colline de Túna.
§74 Le passage commençant par « Et Manwë pria Yavanna ...» fut changé en une forme presque identique à celle du §167 des AAm (p. 129) :
    Alors Manwë pria Yavanna et Niënna de déployer tous leurs pouvoirs de croissance et de guérison; et elle déployèrent tous leurs pouvoirs sur les Arbres. Mais les larmes de Niënna ne furent pas efficaces pour guérir leurs blessures mortelles ; et pendant un long moment, Yavanna chanta seule dans les ombres. Et alors même que l'espoir faiblissait et que son chant hésitait, voyez ! Telperion produisit enfin sur une branche sans feuille une grande fleur d'argent, et Laurelin un unique fruit d'or.
§75 Le passage faisant part des noms du Soleil et de la Lune fut changé en une forme intermédiaire, entre celle du QS et celle des AAm §171 :
    Isil la Brillante fut le nom donné par les dieux anciens à la Lune à Valinor, et Anar Feu-Doré celui donné au Soleil ; mais les Eldar les nommèrent aussi Rána le versatile, celui qui donne des visions, et [Úrin >] Naira, le cœur de flammes, celle qui éveille et consume.
Ainsi, Úrin > Anar (avec un sens différent, « Feu-Doré »), comme dans les AAm, mais celui-ci et Isil restent des noms donnés par les Dieux, pas par les Vanyar ; Úrin fut tout d'abord changé en Anar et devint le nom eldarin du Soleil, mais fut ensuite remplacé par Naira (Vása dans les AAm). Rána (remplaçant Răna) et Naira restent des noms eldarins, tandis que dans les AAm Rána et Vása sont noldorins.
« La demoiselle choisie par les Valar parmi leur propre peuple » > « La demoiselle que les Valar choisirent parmi les Maiar » (en accord avec les AAm §172).
A côté d'Arien, crayonné dans la marge (au-dessus de l'insertion originelle par Ælfwine dans la marge : hyrned « cornu » à côté du nom Tilion, V.240, note en bas de page) il y a le mot de vieil anglais Dægbore (« porteur-du-Jour », féminin) non répertorié. Dans les AAm (§172, notes dans la marge) les mots de vieil anglais fournis par Ælfwine sont hyrned et dægred (aurore, aube).
« les vasques allumées par la lumière tremblante de Silpion » > « les vasques d'Estë dans les lueurs tremblantes de Telperion » (en accord avec les AAm §172). Silpion > Telperion par la suite (voir p. 59, §5).
§76 « Rãna fut ouvragé en premier » > « Isil fut ouvragée en premier » (comme dans les AAm §173).
« Melko » > « Morgoth », parce qu'il est connu sous le nom de Morgoth dans la narration à partir du moment où on lui donne ce nom (p. 194, §60).
§77 « les prières de Lórien et Nienna » > « les prières de Lórien et d'Estë » (comme dans les AAm §175).
« Varda changea son dessein » > « Varda changea d'avis » (comme dans les AAm §175).
La totalité du passage commençant par « est l'heure de la plus belle lumière » et continuant jusqu'au §79 « les Valar conservèrent le rayonnement du Soleil dans de nombreux vaisseaux » fut mis au passé (cf. AAM §§175-8).
§78 Eruman > Aruman (pas Araman). Comme Eruman fut changé en Araman dans la révision effectué au même moment dans une page précédente du QS (§71) Aruman est ici sans aucun doute simplement une altération incomplète.
§79 La réécriture du passage du QS commençant par « Cette lumière ne survit que dans les Silmarils » élimina enfin l'idée ancienne du « rallumage » de « l'Ancienne Lune et l'Ancien Soleil, que sont les Arbres » (pour l'histoire de ceci voir II.285-6, IV.20, 49, 98), ou tout du moins le restreignit en une prédiction de la reconquête des Silmarils ; mais la prophétie étrange d'Ulmo selon laquelle cela ne se produirait qu'avec l'aide des Hommes fut maintenue. Il n'y a rien dans les AAm qui corresponde à ceci. Le passage modifié dit :
    Cette lumière ne survit plus maintenant que dans les Silmarils ; bien qu'un temps doive peut-être venir, où ils seront retrouvés et leur feu libéré, et la joie et la gloire anciennes reviendront. Ulmo prédit aux Valar...»
Cette phrase (inexistante dans les AAm, §180) « la flotte des Teleri tenait les côtes » fut changé en « reconstruite avec l'aide d'Ossë, la flotte des Teleri tenait les côtes ».
§80 « la Baie d'Elvenhome » > « la Baie d'Eldanor ».
Il me semble très probable que mon père effectua ses changements au QS avant d'écrire le passage sur le Soleil et la Lune dans les Annales d'Aman ; dans tous les cas ils furent sans aucun doute très proches dans le temps.


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MessagePosté le: 23 Avr 2007 9:03     Sujet du message: Répondre en citant

(II) La Seconde Phase


Un problème aigu de présentation surgit dans le traitement de la dernière version étendue du Chapitre 6 Des Silmarils et de l'Enténèbrement de Valinor (voir pp. 142, 184 et suivantes), en ce que la première partie du nouveau texte était basée sur et développée par étapes à partir d'une étude majeure et indépendante au sujet de la nature des Eldar. Naissant d'un récit de leurs lois et coutumes relatives au mariage, cette discussion s'étend en une longue analyse sur la signification de la mort, de l'immortalité et de la re-naissance en ce qui concerne les Elfes. J'ai trouvé que donner le dernier texte narratif du Chapitre 6 en suivant immédiatement le texte de la version "première phase", en reportant le long et remarquable essai dont il dérive, était extrêmement déconcertant; alors qu'introduire l'essai dans la série des chapitres "première phase" empirait les choses. Pour cette raison, j'ai divisé cette partie du livre en deux sections, et donne ici séparément les dernières versions narratives des Chapitres 1, 6 et une partie du 7 avec l'essai sur les Eldar. Dater ces écrits (et ceux donnés en Partie IV) avec une quelconque précision véritable semble impossible sur la base des preuves dont j’ai connaissance, mais ce qui en tient lieu indique clairement dans la plupart des cas la fin des années cinquante et pas beaucoup plus tard (pour une discussion détaillée, voir p. 300).
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MessagePosté le: 23 Avr 2007 9:03     Sujet du message: Répondre en citant

LE VALAQUENTA


De la forme finale et étendue de l'ancien Chapitre 1, le Valaquenta (abrégé Vq), il existe deux textes, tous deux des tapuscrits réalisés par mon père (Vq1 et Vq2). Vq1 commence comme une copie du LQ2, mais diverge très vite, et, avec l'introduction de beaucoup de nouveaux sujets, s'en distingue entièrement par endroits. Bien que dactylographié, il s'agit principalement d'un texte brouillon, confus et (en tout cas tel qu'il existe à présent) incomplet. Il fut suivi immédiatement, je pense, par le texte fini Vq2.
Vq1 est intitulé comme les versions précédentes, "QUENTA SILMARILLION. Ici commence le Silmarillion, ou l'Histoire des Silmarils. I. Des Valar." Vq2, d'un autre côté, est intitulé "VALAQUENTA. Ici se trouve le Compte des Valar et des Maiar selon le Savoir des Eldar." Que le premier chapitre originel du Silmarillion fût devenu une entité séparée comme l'Ainulindalë est indiqué, en dehors du nouveau titre, par le fait qu'au texte final (LQ2) du chapitre suivant, De Valinor et des Deux Arbres, une page de titre (avec une page comportant le préambule, la note d'Ælfwine, et la note du traducteur) fut attachée, et le chapitre numéroté "1". Cette page de titre est virtuellement la même que celle dans l'ancien tapuscrit QS (voir V.202), avec le titre "Eldanyárë" et en dessous "Quenta Silmarillion", la division en trois parties, et les formes Pennas Silevril, Yénie Valinóren, Inias Valannar (là où cependant l'ancien tapuscrit avait été changé en Balannor), et Inias Beleriand. Le fait que ce fut repris du texte originel "Eldanyárë" suggère qu'elle appartenait réellement au LQ1 (dont la page de titre est manquante, p. 143). Il est vrai qu'elle fut dactylographiée au même moment que le reste du LQ2, mais j'imagine que (ayant décidé de séparer le Valaquenta) mon père à ce moment donna la page de titre du LQ1 à copier au dactylographe du LQ2, après quoi elle fut égarée ou perdue. Il semble étrange qu'il ait dû faire ceci; au moins, on pourrait s'être attendu à ce qu'il change le deuxième élément de Les Annales de Valinor en Les Annales d'Aman. Il y fit en effet quelques corrections au crayon : Yénie Valinóren en Yénie Valinóreo (et sous ceci Valinóre Yénie), et Inias Valannar en Ínias Dor-Rodyn.
Essentiellement, Vq1 fut la version innovatrice, et Vq2 affina stylistiquement le nouveau matériau, bien que, dans quelque cas que ce soit, il soit possible que Vq1 était comme LQ2 et que Vq2 introduisit le nouveau texte; cependant je traite ce détail comme largement négligeable. Dans ce qui suit, je commente les caractéristiques notables se dégageant d'une comparaison entre le Valaquenta et LQ (c'est-à-dire, le texte corrigé du LQ1 donné pp. 144-7, en référence aux paragraphes numérotés, avec les corrections faites à sa copie LQ2 données pp. 148-9). Le texte du Valaquenta se trouve dans le Silmarillion publié (les références se rapportent à l'édition originale cartonnée, 1977). Étant donné qu'un certain nombre de changements éditoriaux a été apporté au texte du Valaquenta, je rends compte de certains points de substance dans lesquels ils diffèrent.

§1 Les mots "Que cela soit !" ne furent pas inclus dans les textes Vq (voir p. 148, §1).
§2 La presque totalité de ce paragraphe concernant les Maiar et la confusion avec les Elfes (comme corrigé dans LQ2) subsistait encore dans Vq1, mais fut éliminée dans Vq2 (la première partie réapparaissant, réécrite, au début de la section "Des Maiar"). La fin du paragraphe, concernant la création des Enfants d'Eru, fut éliminée en Vq2 et ne réapparaît pas.
§3 Tel que dactylographié, Vq1 reprenait exactement LQ dans la liste des "chefs des Valar" (avec Lóriën comme dans LQ2 pour le précédent Lorien), mais une liste des sept reines (Valier) est également donnée : Varda, Yavanna, Niënna, Vána, Vairë, Nessa, Uinen (s'accordant avec le tableau donné en p. 151). Dans Vq1, les neuf "chef" devinrent par correction sept : Melkor et Ossë furent retirés (et la place d'Oromë changée, de sorte qu'il figure après Aulë); ceci est le nombre et l'ordre des "Seigneurs des Valar" dans Vq2 et dans l'œuvre publiée (p. 25) Également par correction au Vq, les reines perdent Uinen mais gagnent Estë, qui est placée après Niënna, et Vána est placée après Vairë; ceci, à nouveau, fut la forme finale. Ces changements, à la fois aux Valar et aux Valier, furent également effectués sur le tapuscrit d'AAm (p. 69, §§1-2). Les noms Vána et Niënna sont donnés ainsi dans Vq2.
La phrase dans LQ "bien qu'ils aient d'autres noms ou des noms altérés dans la langue des Sindar" fut conservée dans Vq1 avec l'ajout de "en Terre du Milieu", mais changée dans Vq2 en "bien qu'ils aient d'autres noms dans la langue des Elfes en Terre du Milieu."
§4 (Varda) L'histoire de la phrase "Avec Manwë demeure Varda" (Le Silmarillion p. 26) est curieuse. QS §4 a "Avec lui demeure en tant que femme Varda ..."; par correction , dans LQ1 elle devint "Avec lui en Arda demeure en tant que compagne Varda ..."; et dans Vq, c'est "Avec Manwë demeure à présent en tant que compagne Varda ..." En 1975, lorsque le travail principal sur le texte du Silmarillion publié était fini, étant alors bien moins lucide que je ne le suis devenu depuis au sujet de certaines dates et relations textuelles (et ignorant de l'existence de quelques textes), je ne vis pas que ce "à présent" pouvait avoir une importance, et en outre, il contribuait au problème de temps dans le Valaquenta, qui est discuté ci-dessous; par conséquent, je l'omis. Il est cependant sans aucun doute significatif. En AAm, il est dit (p. 49, §3) : "Varda était la compagne de Manwë depuis le début", en contraste avec l'"union" ultérieure de Yavanna et d'Aulë "en Ëa" (sur laquelle voir sous §5 ci-dessous). Mais le texte tapuscrit d'AAm fut corrigé (p. 69, §3) en "Varda était la compagne de Manwë depuis le début d'Arda", ce qui indique qu'une conception complexe était présente (bien que jamais vraiment exprimée) concernant le moment de l'union" des grands esprits.
Dans le nouveau passage bien élargi concernant Varda, Vq1 a "Elle parle rarement en mots, sauf à Manwë", là où Vq2, suivi par le texte publié (p. 26), a "Manwë et Varda se séparent rarement et vivent en Valinor."
(Ulmo) Le long nouveau passage concernant Ulmo apparut en Vq1, qui comporte quelques différences intéressantes par rapport à la forme finale : il est dit qu'Ulmo "avait moins besoin de la lumière des Arbres ou de quelque lieu de repos", et que "ses conseils s'écartaient toujours de l'avis de Manwë (auquel il obéissait néanmoins)" : cf. l'Ainulindalë (p. 13, §18), "Manwë et Ulmo ont été alliés depuis le début, et en toutes choses ont servi le plus fidèlement les desseins d'Ilúvatar". Dans les deux textes Vq, ses trompes sont appelées Falarombar, changé sur le tapuscrit Vq2 en Ulumúri; cf. le nom originel du cor d'Oromë, Rombaras (p. 35, §34), et les Étymologies, V.384, racine ROM.
(Ossë et Uinen) Le passage concernant Ossë et Uinen, fort étendu, apparaît à présent dans la section "Des Maiar", étant donné qu'ils ont cessé d'être comptés parmi les Valar (voir sous §3 ci-dessus).
§5 (Aulë) Dans les mots (se référant à Melkor et à Aulë) "Tous les deux, semblablement, désiraient créer du neuf et de l’inattendu, ce à quoi d’autres n’auraient pas encore pensé" (Le Silmarillion p. 27), il y a très probablement un reflet de la légende de la création des Nains par Aulë.
(Yavanna) Ici à nouveau, comme avec Varda (§4 ci-dessus), j'ai changé à tort le texte concernant l'union de Yavanna avec Aulë. Les deux textes Vq ont "La compagne d'Aulë en Arda est Yavanna", et les mots "en Arda" sont certainement significatifs (voir V.120).
"Il en est certains qui l'ont vue se dresser comme un arbre sous le ciel" rappelle les versions tardives de l'Ainulindalë, où c'est Pengoloð lui-même qui déclare à Ælfwine qu'il l'a vue ainsi "il y a de nombreuses années, au pays des Valar" (p. 15, §25).
Le nom Kementári apparaît comme une correction de Palúrien dans LQ2, Chapitre 2 (p. 157, §14).
§6 (Mandos) Le changement éditorial de "au nord" en "à l'ouest" dans "L’aîné, Námo, est en Mandos, à l’ouest de Valinor" dans le texte publié (p. 28) est une erreur regrettable, que j'ai expliquée en I.82. - On peut noter ici que, dans le passage au §9 concernant Niënna, le changement de "les halls de Mandos, plus près et pourtant plus au nord" (trouvé du QS au LQ2) en "les halls de Mandos, plus près des siens" n'est pas éditorial, mais se trouve dans les textes Vq.
§7 (Tulkas) La phrase "[il] vint en dernier sur Arda pour aider les Valar dans les premières guerres contre Melkor " n'apparut qu'avec le texte Vq2, mais dérive de la dernière Ainulindalë (§31).
§8 (Oromë) lors d'une correction à une seule des copies du LQ2, le nom Aldaron d'Oromë fut perdu (voir p. 149, §8), et il n'apparaît dans un aucun des textes du Vq. Il n'aurait pas dû être réintroduit dans le texte publié (p. 29). La phrase (ibid.) "et les Sindar l’appellent Tauron" dérive du LQ2 et du Vq1, mais fut en fait modifiée dans Vq2 en "Tauron est-il appelé en Terre du Milieu"; cf. sous §3 ci-dessus, où "Sindar" fut également retiré dans Vq2. La traduction de Tauron devrait être "le Seigneur des Forêts" [NdTr : la version anglaise du Silmarillion publié donne "le Seigneur de Forêts"].
Le nom Nahar du cheval d'Oromë apparaît en premier en AAm §31 (p. 70). - Après les mots "à poursuivre les créatures malfaisantes de Melkor" (Le Silmarillion, p. 29), les textes Vq ont "Mais le Valaróma ne retentit plus, et Nahar ne galope plus en Terre du Milieu depuis le changement du monde et la disparition des Elfes, qu'il aimait." Cette phrase remonte à travers les versions au QS (bien que le Valaróma n'y apparaisse pas jusqu'au LQ2, de même que Nahar jusqu'au Vq), et je regrette son exclusion du Silmarillion.
§9 (Niënna) Le passage sur Niënna apparaît à un endroit plus avancé dans Vq (suivant les Fëanturi, auxquels elle est à présent "apparentée") qu'il ne le faisait dans les versions précédentes. Les mots "sœur des Fëanturi" sont un changement éditorial du Vq "sœur de Námo" (voir p. 151, §9).

À la fin du compte des Valar et des Valier apparaît le nom et le concept des Aratar, les Éminences d'Arda, qui sont huit après le retrait de Melkor. Ceci contraste avec le concept des "Sept Grands du Royaume d'Arda" (p. 147, §10a), parmi lesquels Melkor est compté, mais pas Oromë, ni Mandos.
§§10a, b Des Maiar. Les mots dans le texte publié (p. 30) concernant Eönwë, "dont nul sur Arda ne surpasse la vaillance au combat", furent un ajout éditorial, effectué afin de préparer à sa direction des armées de l'Ouest lors de la Grande Bataille (Le Silmarillion, pp. 251-2). Pour la fin des Jours anciens, il n'y a pratiquement aucun matériau de la période suivant Le Seigneur des Anneaux.
(Melian) Dans LQ2, Melian était dite être "du peuple de Yavanna"; voir p. 147, §10b.
(Olórin) À la fin du passage sur Olórin, il est gribouillé sur le tapuscrit Vq1: "Il était humble au Pays des Bénis; et en Terre du Milieu, il ne chercha pas le renom. Son triomphe était dans le soulèvement de ceux qui sont tombés, et sa joie était dans le renouveau de l'espoir." Ceci apparaît dans Vq2, mais mon père le plaça subséquemment entre guillemets. Il fut omis, à tort, dans Le Silmarillion (p. 31).
Des Ennemis. Dans cette section presque entièrement nouvelle apparaît le concept selon lequel les Balrogs (Valaraukar) étaient des esprits puissants d'avant le Monde; ainsi, également en AAm* (p. 79, §30), les Balrogs sont décrits comme les principaux des "esprits maléfiques qui avaient suivi [Melkor], les Úmaiar". Voir en outre p. 165, §18.
Les textes Valaquenta se terminent ainsi, et parlent du Marrissement d'Arda, la préoccupation sous-jacente de nombre des écrits donnés subséquemment dans ce livre :
    Ici se termine Le Valaquenta. De la grandeur et de la beauté il est descendu jusqu'à la ruine et aux ténèbres qui furent jadis le sort d'Arda Marrie. Si cela doit changer, si le Marrissement doit être guéri, Manwë et Varda le savent peut-être, mais ils ne l'ont pas annoncé, non plus que les sentences de Mandos.
La Seconde Prophétie de Mandos (V.333) avait dès lors à présent définitivement disparu. Ce passage fut utilisé pour former une conclusion au Silmarillion publié (p. 255).

Dans ma préface au Silmarillion, j'écrivais que dans le Valaquenta, "nous devons admettre que si ce récit contient des matériaux qui remontent aux premiers jours des Eldar en Valinor, ils furent remaniés à une époque plus tardive, ce qui explique les changements continuels de temps et de point de vue, de sorte que les puissances divines semblent tantôt présentes et actives dans le monde, tantôt lointaines, souvenir d’une ère révolue."
Le problème de temps dans cette œuvre est certainement très difficile. Déjà dans Q (IV.78-9), le changement du passé au présent apparaît, là où Ossë, Uinen et Nienna sont décrits au présent, en contraste avec tous les autres, alors qu'Ulmo "était" le suivant de Manwë en puissance, mais qu'il "demeure" seul dans les Mers Extérieures. Dans QS (voir V.208), le présent est utilisé, principalement bien que pas exclusivement - mais "Tulkas avait beaucoup d'amour pour Fionwë" devint vite "a", et "Oromë était un seigneur puissant" devint "Oromë est" lors de la révision de 1951.
Avec les ajouts et les modifications réalisés au cours de cette révision, les variations continuent. Dans LQ §10a, par exemple, "il y a neuf Valar", contrastant avec le passage originel en §3, "Les chefs des Valar étaient neuf", qui remonte via QS au Q; ou dans le passage au sujet des Maiar en §10b "Parmi eux, Ëonwë ... et Ilmarë ... étaient les principaux", mais "De nombreux autres y en a-t-il" (changé de "avait"). Le même mélange de présent et de passé se retrouve en AAm* (p. 65, §3).
La situation reste la même dans les textes Vq, et, en préparant le Valaquenta à la publication, j'ai modifié (avec hésitation et doute) certains des temps. Les passages de l'œuvre publiée qui furent modifiés par rapport à ceux dans Vq sont :
p. 25 : "Les Seigneurs des Valar sont sept, et les Valier sont sept aussi"; "Les noms des Seigneurs, dans le bon ordre, sont"; "Les noms des Reines sont"
p. 26 : "Manwë est plus cher au cœur d’Ilúvatar et comprend mieux ses intentions"; "il la haïssait et la craignait"
p. 27 : "Ulmo aime autant les Elfes que les Hommes"
p. 28 : "Les Fëanturi sont deux frères"
p. 30 : "Bien qu’il en soit autrement en Aman" [NdTr : erreur de temps dans la version française]; "Les premiers des Maiar ... sont Ilmarë ... et Eönwë"
Dans tous les cas, excepté "il la haïssait et la craignait" en p. 26, le temps fut changé du passé au présent. Le changement en p. 28 paraît en tout cas erroné (cf. p. 26, "Manwë et Melkor étaient frères dans l’esprit d’Ilúvatar"); et faire n'importe lequel d'entre eux était probablement une erreur de jugement. Mais le problème est réel. Une considération directrice dans la préparation du texte fut la réalisation de la cohérence et de la consistance; et un problème fondamental était l'incertitude quant au mode par lequel, dans la pensée ultérieure de mon père, le "Savoir des Eldar" avait été transmis. Mais je pense à présent que j'attachais trop d'importance au but de la consistance, qui peut être présente quand elle n'est pas évidente, et étais trop disposé à m'occuper des "difficultés" simplement en les éliminant.
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MessagePosté le: 23 Avr 2007 9:03     Sujet du message: Répondre en citant

LA PREMIÈRE VERSION DE L'HISTOIRE DE FINWË ET MÍRIEL


L'histoire de Finwë et Míriel, qui prendra une importance extraordinaire dans le travail ultérieur de mon père sur Le Silmarillion, commence comme une annexe manuscrite à la révision "première phase" du chapitre 6, Des Silmarils et de l'Enténèbrement de Valinor; elle fut insérée après l'exposé de l'habilité merveilleuse de Míriel, appelée Serende "la Brodeuse", mère de Fëanor, à la fin de LQ §46b (p. 185). Je me référerai à cette annexe comme "FM1" (i.e. le premier texte traitant de l'histoire de Finwë et Míriel dans le Quenta Silmarillion).
Un aspect curieux de ce texte est la présence de dates dans la marge; et trois insertions tardives aux Annales d'Aman (p. 101, note 1 et 4) lui sont étroitement associées. L'entrée en AAm pour l'Année valienne 1179 (p. 92) donnait la naissance de Fëanor à Tirion et le nom de sa mère, Byrde Míriel. Par après, mon père changea cette date en 1169, et en même temps ajouta ces nouvelles annales :
    1170 Míriel tombe endormie et s'en va en Mandar
    1172 Sentence de Manwë au sujet du mariage des Eldar
    1185 Finwë épouse Indis des Vanyar
Dans la présente annexe au LQ, les dates, qui furent bien des fois changées, sont les mêmes, ou les mêmes à un ou deux ans près. Il est évident que les insertions dans AAm et l'annexe au LQ sont contemporaines; et alors que mon père n'inscrivit les dates dans cette dernière probablement que comme un guide de sa pensée (elles sont absentes des textes subséquents de Finwë et Míriel), le fait qu'il ait agi ainsi semble être un témoignage de la proximité que les deux "modes" présentaient alors pour lui.
Le texte FM1 fut subséquemment corrigé au stylo à bille; les passages changés sont indiqués dans le texte qui suit maintenant. On peut noter ici qu'aux trois premières occurrences du nom, mon père écrivit Mandar, le changeant avant que le texte ne fût achevé en Mandos. L'entrée insérée en AAm pour l'année 1170, citée ci-dessus, a aussi Mandar. Ainsi, même ce nom, établi depuis très longtemps, remontant à la toute première forme des légendes, était toujours susceptible de changer; mais ce fut un mouvement passager et il n'apparaît plus.


À présent il est dit que durant sa grossesse de son fils, Míriel fut consumée en esprit et en corps; et qu'après sa naissance, elle aspira au repos du labeur de vivre. Et elle dit à Finwë : "Jamais plus ne porterai-je d'enfant; car la force qui aurait nourri la vie de beaucoup s'est déversée en Fëanáro."* Alors Manwë accéda à la prière de Míriel. Et elle se rendit en Lorien, et s'allongea pour dormir sur un lit de fleurs [> sous un arbre argenté]; et là son beau corps resta sans flétrir sous la garde des demoiselles d'Estë. Mais son esprit s'en alla reposer dans les halls de Mandos.
Le chagrin de Finwë fut grand, et il donna à son fils tout l'amour qu'il avait pour Míriel; car Feänáro ressemblait à sa mère en voix et en figure. Pourtant, Finwë n'était pas heureux, et il désirait avoir plus d'enfants. Par conséquent, il parla [> Après quelques années, par conséquent, il parla] à Manwë, disant : "Seigneur, vois ! Je suis dépossédé; et seul parmi les Eldar, je suis sans épouse, et ne dois espérer aucun fils excepté un, et aucune fille. Alors qu'Ingwë et Olwë engendrent de nombreux enfants dans la félicité d'Aman. Dois-je rester ainsi à jamais ? Car j'estime que Míriel ne reviendra jamais de la maison de Vairë."
Alors Manwë considéra les mots de Finwë; et après un temps, il convoqua tous les conseillers des Eldar, et en leur présence, Mandos prononça cette sentence : "Telle est la loi d'Ilúvatar pour vous [> Tel est le mode de vie qu'Ilúvatar a décrété pour vous], ses enfants, comme vous le savez bien : les Premiers-nés ne prendront qu'une épouse et n'en auront pas d'autre dans cette vie, tant qu'Arda perdure. Mais cette loi ne tient pas compte [> Mais en cela il n'est pas tenu compte] de la Mort. Par conséquent, cette sentence est à présent rendue, par le droit de légiférer qu'Ilúvatar confia à Manwë : que si l'esprit d'un conjoint, mari ou femme, abandonnant le corps, vient pour quelque cause à passer sous la garde de Mandos, alors le vivant sera autorisé à prendre un nouveau conjoint. Mais cela ne peut être que si la première union est dissoute à jamais. Par conséquent, celui qui est sous la garde de Mandos devra y rester jusqu'à la fin d'Arda, et ne s'éveillera pas à nouveau ni ne prendra de forme corporelle. Car nul parmi les Quendi n'aura deux conjoints en même temps vivants et éveillés. Mais, étant donné qu'il ne peut être pensé que le vivant confinera, par sa propre volonté seulement, l'esprit de l'autre en Mandos, cette désunion ne surviendra que du consentement des deux. Et après le délivrement du consentement, dix années des Valar passeront avant que Mandos le confirme. Pendant ce temps, chaque partie peut révoquer ce consentement; Mais quand Mandos l'a confirmé, et que le conjoint vivant en a épousé un autre, il sera irrévocable jusqu'à la fin d'Arda. Telle est la sentence de Námo sur la question."
Il est dit que Míriel répondit à Mandos, disant : "Je vins ici pour échapper au corps, et ne désire jamais lui revenir"; et après dix années, la sentence de désunion fut prononcée. [ajouté : Et Míriel est à jamais demeurée depuis dans la maison de Vairë, et son rôle est d'y consigner les histoires de la parentèle de Finwë et tous les faits des Noldor.] Et dans les années suivantes [> Mais quand trois années supplémentaires furent passées], Finwë prit comme seconde épouse Indis des Vanyar, de la parentèle [> sœur] d'Ingwë; et elle donna naissance à cinq beaux enfants, dont ses deux fils sont les plus renommés dans les histoires des Noldor. Mais son enfant aîné était une fille, Findis, et elle mit également au monde deux autres filles : Írimë et Faniel [> Faniel et Írimë].
Le mariage du père ne fut guère plaisant pour Feänáro; et bien que l'amour entre eux ne fût pas diminué, Feänáro n'avait pas beaucoup d'amour pour Indis ou ses enfants, et aussitôt qu'il le pouvait, il vivait séparé d'eux, étant occupé depuis sa tendre enfance par le savoir et la technique auxquels il prenait, et il œuvrait à de nombreuses tâches, étant en toute activité enthousiaste et rapide.

Ici se trouve une direction pour retourner au LQ (au début du §46c, p. 185) aux mots "Car il grandit rapidement ..."

* [Note de bas de page au texte] Ainsi nomma-t-elle son fils : Esprit-de-Feu : et par ce nom était-il connu parmi les Eldar. [Fëanáro est épelé ainsi ici, mais Feänáro subséquemment.]


[NdTr : HoMe X, Morgoth's Ring, présente en cet endroit le texte Lois et coutumes parmi les Eldar, avant de poursuivre l'étude du Quenta Silmarillion tardif.]
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MessagePosté le: 23 Avr 2007 9:07     Sujet du message: Répondre en citant

VERSIONS ULTÉRIEURES DE L'HISTOIRE DE FINWË ET MÍRIEL
DANS LE QUENTA SILMARILLION


La version suivante de l'histoire est un court tapuscrit étroitement dérivé pour la majeure partie de celui dans Lois et coutumes parmi les Eldar (pp. 236-9); il s'intitule De Finwë et Míriel, et commence : "Finwë, premier seigneur des Noldor, avait pour femme Míriel, appelée la Serindë ..." (cf. p. 236). Il n'y a pas d'indication comme quoi il avait pour but de figurer dans le texte du Quenta Silmarillion, mais il peut difficilement y avoir un doute sur le fait que mon père l'entendait ainsi; je m'y référerai donc comme "FM2".
La divergence la plus importante en FM2, par rapport au texte dans Lois et coutumes se trouve aux mots (p. 237) : "Alors Manwë prit Finwë en pitié et prit sa requête en considération, et quand Mandos prononça sa sentence, comme il a été écrit, Manwë appela Finwë à lui ..." Dans le but d'inclure l'histoire dans la narration du Quenta Silmarillion, le jugement de Mandos devait évidemment être donné à cet endroit (comme il l'avait été dans la version originale, FM1, p. 206); et en FM2, le jugement fut précédé d'une référence au Débat des Valar et de quelques indications sur la nature de leur préoccupation. Le mot "Statut" est employé ici dans un sens plus large et dans un sens plus étroit : comme le nom du compte-rendu réalisé par les Eldar de toutes les questions applicables au jugement de Mandos, ainsi que comme le titre du jugement en question.


Alors Manwë prit Finwë en pitié et prit sa requête en considération. Mais, parce que ceci lui semblait être une grande question, à ne pas juger à la légère, il convoqua les Valar en Conseil. Du long débat qu'ils tinrent, les Elfes écrivirent un compte-rendu, car leurs chefs furent autorisés à être présents.1 Ceci fut nommé "Le Statut de Finwë et Míriel" et fut préservé parmi les principaux de leurs livres de droit; car lors du débat, avant que le Statut ne fût enfin établi par la sentence de Námo Mandos, de nombreuses questions concernant les Eldar, leur destin en Arda, leur mort et re-naissance et la nature de leur mariage, furent examinées et jugées. Et les Valar étaient grandement préoccupés de voir que tout leur travail pour la garde de Valinor était vain, pour protéger du mal et de l'ombre de Melkor, si toute chose, vivante ou non vivante, y était amenée de la Terre du Milieu et y était laissée libre ou non gardée; et ils perçurent enfin combien grand était le pouvoir de Melkor en Arda, dans la création de laquelle, telle qu'elle était,* sa part était telle que toutes les choses, excepté seulement en Aman, avaient une inclination pour le mal et la perversion, à partir de leurs justes formes et cours. C'est pourquoi ceux dont l'existence commença en Arda, et qui étaient en outre par nature une union d'un esprit et d'un corps, tirant la nourriture de ce dernier d'Arda Marrie, doivent toujours être, à un certain degré, sujets au chagrin, à faire ou à souffrir de choses non naturelles; et bien que demeurant en Aman, il puisse être une garde contre ce mal, il ne s'agissait pas d'une cure complète, à moins qu'en de longs âges. Et à cette pensée, une ombre passa sur les cœurs des Valar, même à l'apogée du Royaume Béni, présage des peines que les Enfants devront amener dans le monde.
À présent, tel était la sentence de Námo sur ce cas, et sur tous les cas où un mariage des Eldar pourrait être désuni par la mort d'un seul des partenaires. 'Le Mariage parmi les Eldar est par et pour les Vivants ...'"

La sentence de Mandos, en FM2, ne diverge par rapport à la forme dans Lois et coutumes (pp. 225-6) que dans le détail de l'expression et pas du tout en substance, excepté pour une extension à la toute fin.

"... Car il doit être clairement compris que, quand cette volonté de ne pas revenir a été solennellement déclarée et ratifiée par Mandos, alors le partenaire vivant peut prendre un autre conjoint légalement. Car il est contraire à la nature des Eldar de vivre célibataire, et le Mort ne peut contraindre le Vivant à rester solitaire contre son gré. Si, par conséquent, le Vivant prend un autre partenaire, la volonté du Mort ne sera pas révoquée, mais sera une sentence de Mandos. Car il ne permettra à aucun des Eldar de marcher vivant dans le corps qui a deux conjoints vivant aussi."
Ceci, en bref, fut la Sentence de Mandos, qui fut par après appelée le Statut de Finwë et Míriel. Et lorsque Mandos eut parlé en tant que Bouche de Manwë, les Eldar qui l'entendirent demandèrent : "Comment la volonté ou la sentence seront-elles connues ?", et il fut répondu : "Uniquement par recours à Manwë et par la déclaration de Mandos. En ce domaine, il ne sera légal pour aucun des Eldar de juger de son propre cas. Car qui parmi les Vivants peut découvrir les pensées des Morts ou présumer des jugements de Mandos ?"
Alors Manwë appela Finwë à lui ...

* [Note de bas de page au texte] Arda Hastaina, ou "Arda Marrie", comme ils l'appelaient. Car Arda, ou en entier Arda Alahasta, l'"Immarrie", nomment-ils la pensée qu'ils avaient, chacun séparément, ou en tant que Conseil sous Manwë, de cette Arda dans laquelle Melkor n'avait aucune part.

D'autres divergences par rapport au texte de Lois et coutumes en FM2 furent reprises dans le texte final (FM4), qui est donné en entier aux pp. 256 et suivantes, et n'ont pas besoin d'être exposées ici, ou, si perdues par rapport au texte final, sont données en ses notes.
FM2 fut suivi d'un tapuscrit supplémentaire, "FM3", réalisé sur une machine différente (voir p. 300). Il s'agit expressément d'un chapitre du Quenta Silmarillion, avec le titre tel que dactylographié De Fëanor et de l'Enténèbrement de Valinor, changé ultérieurement en De Finwë et Míriel. Cette version fut assez bien réduite par omissions, et mon père la trouva manifestement insatisfaisante, car il en vint à réaliser une version supplémentaire et bien plus substantielle, "FM4", avec laquelle l'histoire textuelle du récit de Finwë et Míriel arrive à sa fin.
Il est clair que, quand il réalisa FM3 et FM4, il avait les textes précédents en face de lui, et qu'il fit une sélection variée à partir d'eux alors qu'il cherchait à achever une forme satisfaisante. Exposer tout le détail de ce développement prendrait beaucoup d'espace mais ne servirait peu, étant donné que bien peu fut en fait omis du texte final, "ré-étendu" FM4; et je donne ici ce texte en entier.
FM4 a un titre général, Des Silmarils et de l'Enténèbrement de Valinor, avec un sous-titre De Finwë et Míriel (le tapuscrit continue alors avec des "sous-chapitres" supplémentaires, auxquels cependant mon père donna subséquemment des numéros en tant que chapitres à part entière : voir p. 299). Les numéros de paragraphe donnés pour les références ne sont reliés à aucun numéro précédemment utilisé, étant donné qu'après l'ouverture, le texte est entièrement différent; pour la version "LQ" (1951) de l'ouverture du chapitre, voir pp. 184-5, §§46, 46a-b.


Des Silmarils et de l'Enténèbrement de Valinor
De Finwë et Míriel


§1 À présent, les trois clans des Eldar étaient enfin réunis en Valinor, et Melkor était enchaîné. C'était l'Apogée du Royaume Béni, la plénitude de sa gloire et de sa félicité, longue dans le conte des années, mais trop brève dans la mémoire. En ces jours, les Eldar finirent leur croissance en stature de corps et d'esprit, et les Noldor progressaient sans cesse en habileté et connaissance; et les longues années s'emplissaient de leurs joyeux labeurs, durant lesquels de nombreuses choses nouvelles et belles furent conçues. Ce fut durant cette époque que les Noldor créèrent des lettres pour la première fois, et Rúmil de Túna était le nom du savant qui obtint en premier des signes convenant à la consignation du langage et du chant, quelques-uns pour graver dans le métal ou la pierre, d'autres pour tracer avec un pinceau ou un crayon.
§2 Il advint qu'en Eldamar, au sein de la maison du roi Finwë à Tirion, naquit l'aîné des fils de Finwë, et le plus aimé. Kurufinwë était son nom, mais il était appelé par sa mère Fëanor,** Esprit de Feu, titre par lequel il est remémoré dans tous les contes des Noldor.
§3 Míriel était le nom de sa mère. Sa chevelure était comme l'argent; et elle était svelte comme une blanche fleur dans l'herbe. Tendre et douce était sa voix, et elle chantait comme elle travaillait, telle l'eau ondulante, en une musique sans mots. Car ses mains étaient plus habiles à créer des choses fines et délicates qu'aucune autre main, même parmi les Noldor. Par elle l'art de la couture fut conçu; et si un seul des fragments des broderies de Míriel était vu en Terre du Milieu, il serait considéré comme plus cher que le royaume d'un roi; car la richesse de ces motifs et le feu de ses couleurs étaient aussi diverses et aussi éclatantes que l'abondance de feuilles et de fleurs et de plumage dans les champs de Yavanna. Par conséquent, elle était appelée Serinde.***
§4 L'amour de Finwë et Míriel était grand et empli de joie, car il commença au Royaume Béni et en des jours de plaisir. Mais durant sa grossesse de son fils, elle fut consumée en esprit et en corps, de telle sorte que presque toute force sembla l'avoir quittée; et quand elle l'eut nommé,2 elle dit à Finwë : "Jamais plus ne porterai-je d'enfant, car la force qui aurait nourri la vie de beaucoup s'est déversée en Fëanor."
§5 Finwë fut grandement peiné, car les Noldor étaient dans la jeunesse de leurs jours, mais ils étaient toujours peu nombreux, et il désirait engendrer de nombreux enfants dans la félicité d'Aman. Il dit dès lors : "Sûrement la guérison existe-t-elle en Aman ? Ici, toute fatigue peut trouver du repos."
§6 Mais alors que Míriel se languissait encore, Finwë chercha le conseil de Manwë, et Manwë la remit aux soins d'Irmo en Lorien.3 À leur séparation (pour un petit temps, comme il le pensait), Finwë était triste, car il semblait être une fortune malheureuse que la mère dût partir et manquer le début au moins des jours de l'enfance de son fils.
§7 "Malheureux est-ce en effet," dit Míriel, "et je verserais des larmes si je n'étais si lasse. Mais ne me blâme pas pour cela, ni pour tout ce qui pourrait en découler. Me reposer maintenant je dois. Adieu, cher Seigneur !"
§8 Elle ne fut pas plus claire que cela à ce moment, mais en son cœur elle n'aspirait pas seulement au sommeil et au repos, mais à la délivrance des labeurs de la vie. Elle s'en alla alors en Lorien et s'allongea pour dormir sous un arbre argenté; mais bien qu'elle semblât dormir, en fait son esprit quitta son corps et s'en alla en silence sous la garde de Mandos, et demeura dans la maison de Vairë.4 Les demoiselles d'Estë s'occupèrent de son beau corps afin qu'il ne se flétrît point, mais elle ne revint pas.
§9 Finwë vivait dans le chagrin; et il allait souvent aux jardins de Lorien et, assis sous les saules argentés auprès du corps de sa femme, il l'appelait par ses noms. Mais cela était sans effet, et lui seul dans tout le Royaume Béni était privé de joie. Après un temps, il ne vint plus en Lorien, car voir la belle forme de Míriel qui n'entendait pas son appel ne faisait qu'accroître sa peine. Tout son amour, il le donna à son fils; car Fëanor, dans son enfance, ressemblait à sa mère en voix et expression, et Finwë était pour lui à la fois père et mère, et un double lien d'amour les liait.
§10 Mais Finwë n'était pas satisfait, étant jeune et ardent; et il désirait toujours avoir plus d'enfants apportant la joie dans sa maison. Dès lors, quand douze années furent passées, il revint vers Manwë : "Monseigneur," dit-il, "vois ! Je suis dépossédé. Seul parmi les Eldar je n'ai pas d'épouse, et ne puis espérer de fils sauf un, ni de fille. Alors qu'Ingwë et Olwë engendrent de nombreux enfants dans la félicité d'Aman. Dois-je rester ainsi à jamais ? Car mon cœur m'avertit que Míriel ne reviendra jamais de la maison de Vairë."
§11 Alors Manwë prit Finwë en pitié. Mais, parce que ceci lui semblait être une grande question, et que l'arrivée de la mort (même si de plein gré) au Royaume Béni lui semblait être un grave présage à ne pas juger à la légère, il convoqua les Valar en Conseil, et pria les chefs et les savants des Eldar d'être également présents. Du long débat des Valar, les Elfes écrivirent un compte-rendu. Ceci, ils le nommèrent Namna Finwë Míriello, le Statut de Finwë et Míriel,5 et il fut préservé parmi les livres de leur Droit; car lors du débat, de nombreuses questions concernant les Eldar, leur destin en Arda, et leur mort et re-naissance, furent examinées et jugées. Car les Valar étaient grandement préoccupés de voir que tout leur travail pour la garde de Valinor était vain, si toute chose, vivante ou non vivante, y était amenée de la Terre du Milieu, et ils perçurent alors plus clairement combien grande était la blessure que Melkor avait jadis causé à la substance d'Arda, de telle sorte que tous ceux qui étaient incarnés et tiraient la nourriture de leurs corps d'Arda Marrie, doivent toujours être sujets au chagrin, à faire ou à souffrir de choses non naturelles en Arda Immarrie. Et ce marrissement ne pouvait à présent pas complètement être défait, même pas par Melkor repentant; car du pouvoir s'en était allé de lui et ne pouvait être rappelé, mais continuerait d'œuvrer selon la volonté qui l'avait mis en mouvement. Et à cette pensée, une ombre passa sur les cœurs des Valar, présage des peines que les Enfants devraient amener dans le monde.
§12 Mais quand tout fut dit, Manwë ordonna à Mandos de parler et d'annoncer son jugement. Alors Mandos se tint debout sur la colline de Justice et dit :
"Tel est le mode de vie qu'Ilúvatar a décrété pour vous, ses enfants, comme vous le savez bien, que la vie des Quendi ne se terminera pas avant la fin d'Arda; et qu'ils ne prendront chacun qu'un conjoint et n'en auront pas d'autre dans leur vie, tant qu'Arda perdure. Mais en cela il n'est pas tenu compte de la Mort, qui vient du marrissement d'Arda. Par conséquent, cette sentence est à présent rendue par le droit de légiférer qu'Ilúvatar confia à Manwë.
Lorsque l'esprit d'un conjoint, mari ou femme, vient pour quelque cause à passer sous la garde de Mandos, alors le vivant pourra être autorisé à prendre un autre conjoint, si la première union est dissoute à jamais.
§13 "Comment un mariage se terminera-t-il à jamais ? Par la volonté des Morts, ou par sentence de Mandos. Par la volonté des Morts, s'ils refusent à jamais de revenir à la vie dans le corps, par sentence de Mandos, s'il ne les autorisera pas à revenir. Car une union qui était pour la vie d'Arda est terminée, si elle ne peut être continuée à l'intérieur de la vie d'Arda.
§14 "Nous disons 'par la volonté des Morts', car il serait injuste que les Vivants puissent, pour leurs propres desseins, confiner les Morts en Mandos, leur déniant tout espoir de retour. Il serait également injuste que les Morts, par refus de la vie, puissent obliger les Vivants à rester solitaires jusqu'à la Fin; et, par conséquent, nous avons déclarés que, dans de tels cas, les Vivants puissent prendre un nouveau conjoint. Mais comprenez bien que si ceci est fait, alors le refus de la vie par les Morts sera irrévocable, et ils ne retourneront jamais à la vie dans le corps. Car nul parmi les Quendi n'aura deux conjoints en même temps éveillés et vivants. Telle est la sentence de Námo Mandos sur la question."

§15 Et lorsque Mandos eut ainsi parlé, les Eldar qui étaient présents demandèrent : "Comment alors la volonté ou la sentence seront-elles connues ?" Il fut répondu : "Uniquement par recours à Manwë, et par la déclaration de Mandos. Car qui parmi les Vivants peut découvrir les pensées des Morts, ou présumer des jugements de Mandos ?"
§16 Alors Manwë appela Finwë à lui, et dit : "Tu as entendu la sentence qui a été prononcée. Si Míriel, ton épouse, ne veut pas revenir, votre6 mariage est terminé, et tu es libre de prendre une autre femme. Mais ceci est une permission, non un conseil. Car la séparation provient du marrissement d'Arda; et ceux qui acceptent cette permission acceptent le marrissement, alors que les dépossédés qui restent constant appartiennent en esprit et en volonté à Arda Immarrie. Il s'agit s'une question grave dont le sort de beaucoup peut dépendre. Ne te hâte pas !"
§17 Finwë répondit : "Je ne suis aucunement pressé, Monseigneur, et mon cœur n'a nul désir, sauf l'espoir que lorsque cette sentence sera claire pour Míriel, elle pourra encore se laisser fléchir et mettre un terme à mon deuil."
§18 Vairë, avec qui Míriel demeurait, lui fit connaître la sentence,7 et parla également du chagrin de Finwë. Mais Míriel répondit : "Je vins ici pour échapper au corps, et je ne désire jamais lui revenir. Ma vie s'en est allée en Feänáro, mon fils. Ce don, je lui ai donné à lui que j'aimais. Je ne peux donner plus. Au-delà d'Arda cela pourrait être guéri, mais pas en elle."
§19 Alors Vairë dit à Mandos : "L'esprit de Míriel est demeuré avec moi, et je le connais. Il est petit, mais est fort et opiniâtre : l'un de ceux qui, ayant dit je ferai ceci, font de leurs mots des sentences irrévocables pour eux-mêmes. À moins que forcée, elle ne reviendra pas à la vie ou à Finwë, pas même s'il devait attendre le vieillissement du monde."8
§20 Mais Mandos dit : "Il n'est pas légal pour les Valar de contraindre les Morts à revenir"; et il convoqua l'esprit de Míriel à apparaître devant lui. "Ta volonté doit être en maîtresse en cette matière, esprit de Míriel, jadis épouse de Finwë", dit-il. "En Mandos tu résideras. Mais prends garde ! Tu es des Quendi, et même si tu refuses le corps, tu dois rester en Arda et à l'intérieur du temps de son histoire. Les Eldar ne sont pas comme les Valar. Leurs esprits sont moins forts à persister que tu ne l'estimes. Ne t'étonne pas, alors, si ta volonté change dans le temps, et si cette sentence que tu t'imposes te devient pénible. Oui, ainsi qu'à beaucoup d'autres !"
§21 Mais l'esprit de Míriel resta silencieux. Mandos accepta dès lors son choix, et elle se rendit alors aux Halls de l'Attente destinés aux Eldar et fut laissée en paix.§9 Néanmoins, Mandos déclara qu'un espace de douze ans devait s'écouler entre la déclaration de la volonté du Mort et le prononcé de la sentence de désunion.
§22 Pendant ce temps, Fëanor demeurait aux soins de son père. Tôt il commença à montrer les dons manuels et spirituels d'à la fois Finwë et de Míriel. Comme il sortait de l'enfance, il devenait toujours plus semblable à Finwë en stature et en visage, mais d'humeur, il ressemblait plutôt à Míriel. Sa volonté était forte et déterminée, et il poursuivait tous ses buts avec enthousiasme et constance. Peu changèrent jamais ses desseins par le conseil, aucun par la force.
§23 Il advint qu'après trois années supplémentaires, Finwë prit pour seconde épouse Indis la belle. Elle était différente de Míriel en tout. Elle n'était pas des Noldor mais des Vanyar, étant la sœur d'Ingwë; et elle avait des cheveux d'or, était grande, et extrêmement rapide. Elle ne travaillait pas de ses mains, mais faisait de la musique et tissait des mots en chansons; et il y eut toujours de la lumière et de la joie autour d'elle tant que dura la félicité d'Aman.
§24 Elle aimait Finwë tendrement; car son cœur s'était tourné vers lui depuis longtemps, quand les Vanyar vivaient encore avec les Noldor à Túna. En ces jours elle avait contemplé le Seigneur des Noldor, et il lui semblait le plus beau et le plus noble des Eldar, aux cheveux noirs et au front blanc, au visage ardent mais au regard fort pensif; et sa voix et sa maîtrise des mots l'enchantaient. Elle resta par conséquent célibataire quand son peuple se retira en Valinor, et elle marcha souvent seule dans les champs et les clairières des Valar, les emplissant de musique.
§25 À présent, Ingwë, apprenant l'étrange chagrin de Finwë, et désirant soulager son cœur et le détourner de son deuil vain en Lorien, avait envoyé des messages l'invitant à quitter Túna pour un temps, et à venir s'établir une saison dans la pleine lumières des Arbres. Finwë le remercia mais n'y alla pas, tant qu'il y avait encore de l'espoir que Míriel puisse revenir. Mais lorsque la sentence de Mandos fut prononcée, il vint en son cœur qu'il devait chercher à refaire sa vie. "Peut-être y a-t-il de la guérison dans la lumière de Laurelin et de l'espoir dans la fleur de Telperion," dit-il. "Je suivrai le conseil d'Ingwë."
§26 Par conséquent, un jour, quand Fëanor était au loin, marchant dans les montagnes dans la force de sa jeunesse, Finwë se leva et partit seul de Túna, et il passa à travers le Kalakiryan, et se dirigea vers la maison d'Ingwë, sur le versant ouest d'Oiolossë. Son arrivée n'était ni annoncée ni prévue; et quand Indis vit Finwë gravir les chemins de la Montagne, et la lumière de Laurelin était derrière lui comme une gloire, sans y penser elle chanta soudainement en grande joie, et sa voix s'éleva comme un chant du lirulin# dans le ciel. Et Finwë entendit ce chant venant d'en haut, et il leva les yeux et vit Indis dans la lumière dorée, et il sut à ce moment qu'elle l'aimait, et ce depuis longtemps. Alors son cœur enfin se tourna vers elle; et il crut que cette chance, à ce qu'il semblait, avait été accordée pour leur réconfort mutuel. "Vois !" dit-il. "Il y a en effet guérison du chagrin en Aman !"
§27 Une année après leur rencontre sur la Montagne, Finwë, Roi des Noldor, épousa Indis, sœur d'Ingwë; et les Vanyar et les Noldor se réjouirent pour la plupart. En Indis pour la première fois se révéla vrai le dicton : La perte de l'un peut être le gain d'un autre; mais ce dicton, elle le trouva vrai aussi : La maison se souvient du bâtisseur, même si d'autres l'occupent par après. Car Finwë l'aimait chèrement, et était heureux à nouveau; et elle lui donna cinq enfants qu'il aimait;##10 pourtant, l'ombre de Míriel ne quitta pas la maison de Finwë, ni son cœur; et de tous ceux qu'il aimait, Feänáro avait la part principale de ses pensées.
§28 Le mariage du père ne fut guère plaisant pour Fëanor; et bien que l'amour entre eux ne fût pas diminué, Feänáro n'avait pas beaucoup d'amour pour Indis ou ses enfants. Aussitôt qu'il le pût, il vécut séparé d'eux, explorant le pays d'Aman, ou s'occupant par la connaissance et l'artisanat, auxquels il prenait plaisir. Dans ces choses malheureuses qui advinrent ultérieurement, et dans lesquelles Feänáro fut le meneur, beaucoup virent les effets de cette rupture dans la maison de Finwë, estimant que si Finwë avait supporté sa perte et s'était contenté de la paternité de son puissant fils, le cours de la vie de Fëanor aurait été différent, et une grande peine et un grand mal auraient pu être empêchés. Pourtant, les enfants d'Indis furent grands et glorieux, et leurs enfants aussi; et s'ils n'avaient vécu, l'histoire des Eldar aurait été plus pauvre.11

1 Voir la Note (i) suivant Lois et coutumes et le commentaire de mon père à ce sujet, pp. 250-1.
** [Note de bas de page] Fëanáro dans la forme du langage de ces jours.
*** [Note de bas de page] Míriel Serinde : c'est-à-dire Byrde Míriel (Míriel la Brodeuse) : selon Ælfwine.
2 En FM2, il est dit, suivant Lois et coutumes p. 236, que Míriel donna le nom Fëanáro à son fils "à la naissance", et en cet endroit est ajoutée une longue note de bas de page sur le sujet du don du nom :
    Selon la coutume des Eldar. En plus de leurs "vrais noms", qui étaient leur patronyme et leur nom choisi, ils recevaient souvent d'autres noms ou "noms ajoutés". Parmi ceux-ci, les plus importants étaient les matronymes. Les mères donnaient souvent à leurs enfants des noms spéciaux de leur propre choix, dont les plus remarquables étaient les "noms de vue". À l'heure de la naissance, ou lors d'une autre occasion, une mère pouvait donner à son enfant un nom qui se référait à des caractéristiques dominantes de sa nature telle qu'elle la percevait, ou qui provenait de la prescience et se référait à sa destinée spécifique. Les noms de ce genre pouvaient devenir plus largement utilisés que le patronyme (qui n'était souvent que le nom du père répété ou modifié); et si l'enfant adoptait un matronyme en tant que "nom choisi", alors il devenait également un "vrai nom". Curufinwë prit Fëanáro en tant que son nom choisi. Fëanor est la forme que ce nom prit dans le langage ultérieur des Noldor exilés.
Ceci représente une compression extrême de la section Du don du nom dans Lois et coutumes, pp. 214 et suivantes.
3 Lorien était toujours la forme dans Lois et coutumes et dans les textes FM2 et FM3; dans le présent texte FM4, mon père dactylographia Lórien mais le remodifia ensuite en Lorien.
4 et demeura dans la maison de Vairë : ces mots apparaissent pour la première fois dans le présent texte; voir note 9.
5 Sur l'application du terme "Statut" ici, voir p. 254.
6 Voir p. 252, note 4.
7 FM2, tel que dactylographié, avait ici, étendant le passage dans Lois et coutumes, p. 237 : "Mais Mandos convoqua Míriel, et lui fit connaître la Sentence ..." Ceci fut ultérieurement corrigé pour se lire : "Vairë, avec qui Míriel demeurait, lui fit connaître la Sentence ..."
8 Ces mots de Vairë sont dérivés de son intervention dans le Débat des Valar dans Lois et coutumes, p. 244.
§ [Note de bas de page] Mais il est dit qu'après un moment, elle fut autorisée à retourner à la maison de Vairë, et son rôle était d'y consigner dans des tapisseries et des broderies toutes les histoires de la Parentèle de Finwë et les faits des Noldor.
9 Cette note de bas de page, en cet endroit, est dérivée de Lois et coutumes (pp. 249-50), bien que l'entrée de Míriel dans la maison de Vairë y figure à la fin d'un long récit rapportant l'arrivée de Finwë aux halls de Mandos, son renoncement à la re-naissance, et la ré-entrée de la fëa de Míriel en son corps qui reposait toujours en Lorien. En FM2, il n'y a pas de mention de Míriel après les mots " elle se rendit alors aux Halls de l'Attente destinés aux Eldar et fut laissée en paix." En FM3, le texte en cet endroit est très compressé, et se lit (en place de FM4, §§18-23, qui sont tous présents en FM2 excepté la présente note de bas de page) :
    ... "Je vins ici pour échapper au corps, et ne désire jamais lui revenir"; et après que dix années eurent passé, la sentence de désunion fut prononcée. Et Míriel est à jamais demeurée depuis dans la maison de Vairë, et son rôle est d'y consigner les histoires de la Parentèle de Finwë et tous les faits des Noldor.
    Il advint qu'après trois années supplémentaires, Finwë prit comme seconde épouse Indis la Belle ...
Ces textes sont donc totalement inconsistants sur le sujet du sort ultime de Míriel. En particulier, les références à la Maison de Vairë sont déconcertantes. Il était dit en AAm (p. 49, §3) que "Vairë la Tisseuse habite avec Mandos", et la même chose est suggérée en QS §6 (V.205, conservé pratiquement inchangé dans le Valaquenta) : "Vairë la tisseuse est sa femme, qui tisse toutes les choses qui ont eu lieu dans le temps dans ses tapisseries historiées, et les halls de Mandos ... en sont habillés." Dans Lois et coutumes (p. 236), l'esprit de Míriel quitta son corps en Lorien "et s'en alla en silence vers les halls de Mandos", et Finwë dit à Manwë "mon cœur m'avertit que Míriel ne reviendra pas de la maison de Vairë"; lors du débat des Valar avant la déclaration du "Statut", Vairë dit que "la fëa de Míriel est avec moi" (p. 244). Mais par la suite, Niënna demanda à Mandos que Míriel puisse être autorisée à "sortir des Halls de l'Attente, et entrer au service de Vairë" (p. 248); ceci fut refusé, et lorsque Finwë fut tué, leurs fëar se rencontrèrent "en Mandos". Par la suite, la fëa de Míriel fut "libérée", et réunie à son corps, "elle se rendit devant les portes de la Maison de Vairë et supplia qu'on l'admît; et ce vœu fut accordé, bien que dans cette Maison nul Vivant ne résidât ni n'y fût entré en possession de son corps." Ainsi, dans le même texte, "la maison de Vairë" est à la fois assimilée aux "halls de Mandos" et distinguée d'eux.
Dans FM4 (§8), l'esprit de Míriel "s'en alla en silence sous la garde de Mandos, et demeura dans la maison de Vairë" (voir note 4 ci-dessus); et en §18, "Vairë, avec qui Míriel demeurait, lui fit connaître la sentence." Après le refus de Míriel de revenir, "elle se rendit alors aux Halls de l'Attente destinés aux Eldar et fut laissée en paix" (§21), mais (selon la note de bas de page à ce paragraphe) "après un moment, elle fut autorisée à retourner à la maison de Vairë". Donc, dans ce texte final, il semble certain que Vairë, dans un certain sens, réside à part.
Très curieusement, mon père plaça subséquemment la note de bas de page entre crochets et écrivit à côté "À omettre", commentant : "À altérer. Que se passa-t-il lorsque Finwë alla en Mandos ?" Pourtant, il avait déjà très largement répondu à cette question dans Lois et coutumes, où, en effet, c'était le fait même de l'arrivée de Finwë dans les halls de Mandos qui conduisit à la libération de Míriel et à son admission dans la maison de Vairë.
# [Note de bas de page] L'alouette.
## [Note de bas de page] Findis, Fingolfin, Finvain, [Finarphin >] Finarfin et Faniel : trois filles, et deux fils (Fingolfin et Finarfin).
10 En FM2, la note en bas de page sur les noms des enfants d'Indis se lisait ainsi :
    Trois filles et deux fils, dans cet ordre : Findis, Nolofinwë, Faniel, Arafinwë, et Írimë. Le matronyme de Nolofinwë était Ingoldo, signifiant qu'il venait à la fois de l'espèce des Ingar et de celle des Noldor. Le matronyme d'Arafinwë était Ingalaurë, car il avait les cheveux dorés du peuple de sa mère, et cela perdura dans sa lignée par après.
Ceci était dérivé d'un passage du texte A de Lois et coutumes (p. 230 note 22) qui fut omis en B : dans celui-ci, les filles n'étaient cependant pas mentionnées. Le nom Írimë (pour, par après, Finvain) remonte au texte originel FM1 (p. 207). Dans la note dans FM3, les noms sont comme dans FM4, mais ceux des fils sont épelés Fingolphin et Finarphin, et ce commentaire est ajouté : "Ces noms sont donnés dans les formes de la langue tardive en Terre du Milieu (excepté Findis et Faniel qui ne quittèrent pas Valinor)."
Dans un essai très tardif (1968 ou plus tard, en référence en IV.174), mon père dit que le matronyme de Finrod Felagund était Ingoldo, mais il lui donne une signification tout à fait différente. Le terme Ingar ("gens d'Ingwë"), apparaissant dans le texte A de Lois et coutumes (p. 230 note 22) et ici, n'a pas été trouvé auparavant.
11 FM2 se termine différemment après "auraient pu être empêchés" :
    Ainsi est-il que les cas dans lesquels les Eldar peuvent se remarier ou désirer le faire sont rares; et plus rares encore sont ceux qui le font même lorsque c'est légal; car le chagrin et la lutte dans la maison de Finwë sont gravés dans la mémoire des Elfes Noldor.
Ceci dérive de Lois et coutumes, p. 239. Dans FM3, la conclusion est comme dans FM4, mais après "une grande peine et un grand mal auraient pu être empêchés", elle continue : "Mais ce jugement n'était qu'une supposition. Il est certain que les enfants d'Indis furent grands et glorieux ..." La dernière fin dérive par l'idée de la prophétie de Mandos dans Lois et coutumes (p. 247) lors de la proclamation finale du "Statut de Finwë et Míriel".

Une note sur certaines conceptions dans l'histoire de Finwë et Míriel


La nature de l'"immortalité" et de la "mort" elfes fut affirmée très longtemps auparavant dans Le Livre des Contes perdus (I.76) :
    Là, en jours tardifs allèrent les Elfes de tous clans qui furent par malheur tués par des armes ou qui moururent de chagrin pour ceux qui avaient été tués – et ainsi seulement pouvaient mourir les Eldar, et alors ce n’était que pour un temps. Là, Mandos disait leur destin, et là ils attendaient dans l’obscurité, rêvant de leurs faits et gestes passés, jusqu’en un temps qu’il désignait où ils pourraient renaître en leurs enfants, et sortir et rire et chanter à nouveau.
Et dans la Musique des Ainur originelle (I.59), il est dit des Elfes que "en mourant ils renaissent en leurs enfants, de sorte que leur nombre ne diminue point, ni ne grandit."
Dans le Quenta (IV.100, dérivant de l'"Esquisse de la Mythologie", IV.21), l'idée de re-naissance est qualifiée :
    Immortels étaient les Elfes, et leur sagesse croissait et grandissait d'âge en âge, et ni maladie ni pestilence ne leur apportaient la mort. Mais ils pouvaient être tués avec des armes en ces jours, même par des Hommes mortels, et certains déclinaient et se perdaient par chagrin jusqu'à ce qu'ils disparaissaient de la terre. Tués ou disparaissant, leurs esprits retournaient aux halls de Mandos y attendre mille ans, ou le plaisir de Mandos, selon leurs mérites, avant qu'ils ne fussent rappelés à la vie libre en Valinor, ou re-nés, dit-on, dans leurs propres enfants.
En QS, le passage correspondant (§85, V.246) fut grandement élargi :
    Immortels étaient les Elfes, et leur sagesse croissait d'âge en âge, et ni maladie ni pestilence ne leur apportaient la mort. Pourtant leurs corps étaient de la matière de la terre et pouvaient être détruits, et en ces jours ils ressemblaient plus aux corps des Hommes, et à la terre, étant donné qu'ils n'avaient pas encore été si longtemps habités par le feu de l'esprit, qui les consume de l'intérieur au fil du temps. C'est pourquoi ils pouvaient périr dans les tumultes du monde, et la pierre et l'eau avaient pouvoir sur eux, et ils pouvaient être tués avec des armes en ces jours, même par des Hommes mortels. Et en dehors de Valinor, ils goûtaient un chagrin amer, et certains déclinaient et se perdaient par chagrin jusqu'à ce qu'ils disparaissaient de la terre. Telle était la mesure de leur mortalité prédite dans la Prophétie de Mandos énoncée en Eruman. Mais s'ils étaient tués ou se perdaient par chagrin, ils ne mouraient pas sur terre, et leurs esprits retournaient aux halls de Mandos, et y attendaient, des jours ou des années, même un millier, selon la volonté de Mandos et leurs mérites. De là, ils sont rappelés enfin à la liberté, soit en tant qu'esprits, prenant forme selon leur propre pensée, comme le peuple moindre de la race divine; ou alors, dit-on, ils re-naissent dans leurs propres enfants, et l'antique sagesse de leur race ne périt ni ne diminue.
À la fin de l'Ainulindalë, il est dit (je cite le texte final D, p. 37, mais le passage remonte presque inchangé à la version pré-Seigneur des Anneaux, V.163) :
    Car les Eldar ne meurent pas jusqu'à ce que le monde meure, sauf s'ils sont tués ou s'ils se perdent de chagrin (et à ces deux morts apparentes sont-ils soumis); tout comme l'âge ne réfrène pas leur force, à moins que l'un ne devienne las de dix mille années; et en mourant, ils sont rassemblés dans les halls de Mandos en Valinor, d'où souvent ils reviennent et re-naissent parmi leurs enfants.
Et dans la Malédiction des Noldor comme elle apparaît en AAm (§154, p. 117), il était déclaré :
    Car sachez à présent que bien qu'Eru vous ait conçus pour ne pas mourir en Eä, et que nulle maladie ne puisse vous attaquer, pourtant tués vous pouvez être, et tués vous serez : par les armes et par le tourment et par la peine; et vos esprits sans logis viendront alors en Mandos. Là longtemps vous demeurerez et vous languirez de vos corps et trouverez peu de miséricorde quand bien même tous ceux que vous avez tués intercèderaient pour vous.
La signification de ceci, je le ressens de manière certaine, est : Il est en effet contraire à la "vraie nature" des Elfes qu'ils doivent mourir, mais néanmoins la mort peut venir à eux.
Le témoignage de tous ces passages (et d'autres non cités), anciens et tardifs, est que la "mort" elfe (ou "mort apparente", dans les mots de l'Ainulindalë) était toujours un sort possible, dérivant de leur nature d'être incarnés. Mais il y a une menace constante d'ambiguïté imposée par les mots qui doivent être utilisés. Les Elfes ne peuvent "mourir" dans le sens où les Hommes "meurent", étant donné que les Hommes (par le Don d'Ilúvatar) quittent le "monde" pour n'y jamais revenir, alors que les Elfes ne peuvent le quitter aussi longtemps qu'il dure. Dans la légende de Beren et Lúthien, Mandos lui offre un choix : et le sort qu'elle choisit était que la destinée décrétée par sa nature fût changée. "Ce fut donc la seule des Eldalië à mourir et, de fait, il y a longtemps qu’elle a quitté ce monde" (Le Silmarillion, p. 187). Mais les Elfes peuvent toutefois subir la séparation de l'esprit du corps, qui est la "mort". Donc on peut dire que la distinction essentielle entre la mort (possible) des Elfes et la mort (inévitable) des Hommes est une différence de destinée après la mort. Voir V.304; et cf. Lois et coutumes, p. 218 : "Depuis leurs débuts, la principale différence entre les Elfes et les Hommes réside dans le destin et dans la nature de leurs esprits. Les fëar des Elfes furent destinées à résider en Arda pour toute la durée d'Arda, et la mort de la chair n'abrogeait pas cette destinée."

Dans un brouillon d'une lettre écrit en octobre 1958 (voir p. 300), mon père discutait de la signification de l'"immortalité" des Elfes (Lettres n° 212) :
    Dans cette « préhistoire » mythique, l’immortalité, au sens strict une longévité coextensive à la durée de vie d’Arda, faisait partie de la nature reçue par les Elfes; après la Fin, rien n’était connu. Il est dit que la mortalité, c’est-à-dire une brève durée de vie n’ayant aucun rapport avec la vie d’Arda, était la nature reçue par les Hommes ...
    Les légendes elfes rapportent un cas étrange d’une Elfe (Míriel, la mère de Fëanor) qui a tenté de mourir, ce qui a eu des conséquences désastreuses, débouchant sur la « Chute » des Hauts-Elfes. Les Elfes n’étaient pas exposés aux maladies, mais pouvaient être « tués » : c’est-à-dire que leur corps pouvait être détruit, ou mutilé au point de ne plus pouvoir conserver la vie. Mais cela ne débouchait pas naturellement sur la « mort » : ils étaient restaurés, ils naissaient de nouveau avant de finalement retrouver la mémoire de leur passé – ils demeuraient « identiques ». Mais Míriel a souhaité cesser d’être et refusé de renaître.
"Mais Míriel a souhaité cesser d’être" : c'est une sombre parole. Il n'y a rien dans tous les récits pour suggérer qu'elle désirait l'annihilation, la fin de son existence sous toute forme. Dans Lois et coutumes (p. 222), mon père écrivit que "certaines fëar en peine ou lassées abandonnèrent l'espoir, et se détournant de la vie, quittèrent leur corps, même s'il aurait pu être guéri ou n'était pas blessé. Peu d´entre eux désirèrent ... re-naître, ou en tout cas pas avant d'avoir longtemps connu l'Attente; certains ne revinrent jamais." Ceci s'accorde certainement avec ce qui est dit de la mort de Míriel.
Il semble, en tout cas, que lorsque mon père disait que Míriel "a tenté de mourir", il voulait dire qu'elle cherchait une "vraie mort", pas une "mort apparente", mais un départ pour toujours hors d'Arda. Pourtant cela ne pouvait être : car la mort dans ce sens était contraire "la nature reçue par les Elfes", fixée par Ilúvatar; et en effet, dans De Finwë et Míriel (§20), Mandos parla à la fëa de Míriel, disant : "En Mandos tu résideras. Mais prends garde ! Tu es des Quendi, et même si tu refuses le corps, tu dois rester en Arda et à l'intérieur du temps de son histoire."
Mais la "mort apparente" à laquelle les Elfes sont soumis n'était encore jamais apparue en Aman, dans toutes les longues années depuis que les Vanyar et les Noldor arrivèrent en Eldamar. Dans les Annales d'Aman, écrites avant que l'histoire de Míriel ne fût apparue, Fëanor parlait devant les Valar après la Mort des Arbres (§§120-1, p. 107) :
    "... Peut-être puis-je ouvrir mes joyaux, mais plus jamais je n'en ferai de semblables; et s'ils doivent être brisés, alors brisé sera mon cœur, et je mourrai : de tous les Enfants d'Eru, le premier."
    "Pas le premier," dit Mandos, mais ils ne comprirent pas ses mots ...
Mandos savait que Morgoth avait assassiné Finwë à Formenos, " et répandu le premier sang des Enfants d'Ilúvatar" (§122).
À côté des mots de Mandos, mon père nota ultérieurement sur le tapuscrit d'AAm (p. 127, §120) : "Ceci ne va plus même par rapport aux Eldar de Valinor. Finwë, père de Fëanor, fut le premier des Hauts Elfes à être tué, Míriel, mère de Fëanor, la première à mourir", et dans le texte lui-même, il changea les mots de Fëanor "je mourrai" en "je serai tué". Il pourrait sembler qu'une distinction est faite entre "mourir" et "être tué", mais je ne pense pas que ce soit le cas. Ce que cela signifie est simplement que Míriel fut la première à mourir, et Finwë fut le second à mourir - mais le premier à être tué. Après que l'histoire de Míriel fut intégrée, Fëanor ne pouvait plus dire "je mourrai : de tous les Enfants d'Eru, le premier"; mon père, dès lors, souhaitant conserver les mots lourds de sens de Mandos "Pas le premier", modifia ceux de Fëanor en "je serai tué".
Bien plus tard, ce passage en AAm fut réutilisé lors du nouveau travail sur le Quenta Silmarillion (voir p. 293), prenant cette forme :
    "... et je serai tué, le premier de tout les Enfants d'Eru."
    "Pas le premier," dit Mandos, mais ils ne comprirent pas ses mots, pensant qu'il parlait de Míriel.
La signification semble ici être que ceux qui entendirent les mots de Mandos (parlant du meurtre de Finwë comme pourtant non connu d'eux) pensèrent qu'il parlait de Míriel, parce qu'elle était la seule des Eldar qu'ils connaissaient à être morte; mais étant donné que Míriel n'avait pas été tuée, "ils ne comprirent pas ses mots". Même ainsi, on ne peut supposer que Finwë fut le premier à être tué parmi les Enfants d'Eru; cf. la note de mon père sur le tapuscrit d'AAm "Ceci ne va plus même par rapport aux Eldar de Valinor", et le passage dans Lois et coutumes, p. 218 : "Cette destruction de la hröa, causant la mort ou le délogement de la fëa, fut très tôt vécue par les immortels Eldar, quand ils se réveillèrent dans le royaume marri et obscurci d'Arda."

Il est rendu évident dans Lois et coutumes et dans le nouveau "sous-chapitre" du Quenta Silmarillion que la portée primaire de la mort de Míriel est qu'il s'agissait de la première apparition de la mort en Aman; et le débat s'était rapporté à cet événement inattendu, et à ses implications sur les lois qui gouvernaient la vie d'Aman sans mort. Dans Lois et coutumes (p. 241), Yavanna déclara que "l'Ombre ... a marri le hrón même d'Arda, et toute la Terre du Milieu est pervertie par la malice de Melkor ... Dès lors, aucun de ceux qui s'éveillèrent en Terre du Milieu, et y résidèrent avant de venir ici, n'est venu ici entièrement libre. La défaillance de la force du corps de Míriel peut donc être attribuée, assez raisonnablement, au mal d'Arda Marrie, et sa mort est une chose non naturelle." Dans FM2 (p. 254), cette pensée, représentée comme une nouvelle perception de la part des Valar, prend cette forme :
    Et les Valar étaient grandement préoccupés de voir que tout leur travail pour la garde de Valinor était vain, pour protéger du mal et de l'ombre de Melkor, si toute chose, vivante ou non vivante, y était amenée de la Terre du Milieu et y était laissée libre ou non gardée; et ils perçurent enfin combien grand était le pouvoir de Melkor en Arda, dans la création de laquelle, telle qu'elle était, sa part était telle que toutes les choses, excepté seulement en Aman, avaient une inclination pour le mal et la perversion, à partir de leurs justes formes et cours. C'est pourquoi ceux dont l'existence commença en Arda, et qui étaient en outre par nature une union d'un esprit et d'un corps, tirant la nourriture de ce dernier d'Arda Marrie, doivent toujours être, à un certain degré, sujets au chagrin, à faire ou à souffrir de choses non naturelles; et bien que demeurant en Aman, il puisse être une garde contre ce mal, il ne s'agissait pas d'une cure complète, à moins qu'en de longs âges.
Ceci fut largement conservé dans le texte final FM4 (p. 258, §11), bien que sans les références à Aman, et Mandos déclara expressément que la Mort (i.e. des Premiers-nés) est une conséquence du Marrissement d'Arda (§12).
Dans le brouillon de lettre de 1958 cité ci-dessus en référence à la mort de Míriel, mon père continuait :
    Je suppose qu’une différence entre ce Mythe et ce que l’on peut peut-être appeler la mythologie chrétienne tient en ceci. Dans la seconde, la Chute de l’Homme est postérieure, et est une conséquence de la « Chute des Anges » : une rébellion du libre arbitre qui a été créé, à un niveau supérieur à celui de l’Homme; mais il n’est pas clairement dit (et dans nombre de versions, cela n’est pas dit du tout) que cela a affecté le « Monde » dans sa nature : le mal a été apporté de l’extérieur, par Satan. Dans ce Mythe-ci, la rébellion du libre arbitre qui a été créé précède la création du Monde (Eä); et Eä a déjà en soi, introduits par la sub-création, le Mal, des rébellions, des éléments discordants appartenant à sa propre nature, lorsque Ainsi soit-il est prononcé. La Chute, ou corruption de toutes choses qui s’y trouvent et tous ceux qui y demeurent, est donc possible, sinon inévitable.

Dans De Finwë et Míriel, tout ceci est présenté comme une nouvelle perception, ou au moins comme une perception grandement affinée, par les Valar; et "à cette pensée, une ombre passa sur les cœurs des Valar, présage des peines que les Enfants devraient amener dans le monde." On pourrait s'étonner qu'il fallut la mort de Míriel pour amener les Puissances d'Arda à cette perception. On pourrait aussi se demander comment il se put que, même en Aman, aucun des Eldar ne se fut noyé dans la mer ou n'eurent perdu pied dans les montagnes et ne furent tombés d'une grande hauteur. Cette dernière considération est en effet contrée à un certain degré par ce qui est dit de la nature physique des Elfes. Leurs corps sont décrits comme étroitement analogues à ceux des Hommes mortels, mais à l'encontre de ceci doit être mentionné le passage suivant de Lois et coutumes (p. 218) :
    Les fëar des Elfes furent destinées à résider en Arda pour toute la durée d'Arda, et la mort de la chair n'abrogeait pas cette destinée. Leur fëar s'accrochaient dès lors opiniâtrement à la vie "dans les vêtements d'Arda", et surpassaient de loin les Hommes dans leur pouvoir sur ces "vêtements", même dans les premiers jours, protégeant leurs corps de nombreux maux et attaques (telle la maladie), et les guérissant rapidement de leurs blessures, leur permettant de se rétablir de blessures qui auraient été fatales aux Hommes.
Ceci, cependant, bien que diminuant la vulnérabilité physique des Elfes tels que comparés aux Hommes, ne modifie pas le fait que la destruction effective de tels corps par la violence est une possibilité inhérente dans la nature d'Arda : "bien que la fëa ne puisse être brisée ou anéantie par violence, la hröa peut être blessée et même finalement détruite" (ibid.). Très explicites sont les mots de Manwë dans son adresse finale aux Valar, avant la proclamation du Statut (p. 244 :
    [Les Elfes] arrivèrent en Arda Marrie, comme ils y étaient destinés, tout comme à endurer le Marrissement, même s'ils vinrent dans leur commencement d'au-delà d'Eä... Nous pouvons dire, dès lors, que les Elfes sont destinés à connaître la 'mort' à leur façon, étant envoyés dans un monde qui contient la 'mort', et ayant une forme pour laquelle la 'mort' est possible. Car, bien que, par leur prime nature, immarrie, ils vivent justement comme esprit et corps cohérents, il y a là pourtant deux choses, non identiques, et leur séparation (qui est la 'mort') est une possibilité inhérente à leur union.
Mais il est rendu clair que, pendant que, d'un côté, cette possibilité de "mort" pour les Elfes était une conséquence du Marrissement d'Arda par Melkor, d'un autre côté, la mort de Míriel troubla si fortement les Valar parce qu'elle était la première qui eut lieu en Aman. Faut-il supposé, alors, que jusqu'à ce moment les Valar s'étaient bercés d'illusions, croyant erronément que les Elfes incarnés, par le fait de leur séjour en Aman, étaient protégés de toute possibilité de séparation de l'esprit et du corps, de toutes les manières dont une telle séparation peut advenir en Terre du Milieu - croyant en effet que le Marrissement d'Arda et la possibilité de la mort pour les incarnés n'avaient d'effet qu'à l'est de la Grande Mer, et ne découvrant que à présent la fausseté de cette croyance lorsque Míriel mourut ? (Voir le passage du "texte VII" en p. 400.)

L'"immortalité" des Elfes (de même durée que la "vie" d'Arda), leurs morts et renaissances, étaient profondément ancrés et des éléments fondamentaux dans la conception de mon père. À cette époque, il était en train de soumettre ces idées à une analyse élaborée, et en train d'étendre cette analyse aux idées d'"Aman sans mort" et de l'importance de Melkor dans la perversion de la Création telle qu'elle avait été exposée aux Ainur par Ilúvatar au Commencement. Cette analyse est, en partie, présentée comme un débat entre les Valar eux-mêmes, au cours duquel ils aboutissent à de nouvelles perceptions concernant la nature d'Arda; mais la discussion théorique des lois morales et naturelles reçoit une dimension immédiate de sa provenance de l'étrange histoire des chagrins de Finwë et Míriel. Cette histoire fut conservée dans le Silmarillion publié, mais sans indication de ses implications pour les Dirigeants d'Arda et pour les savants des Elfes.
Dans ces écrits, on voit la préoccupation de mon père, dans les années suivant la publication du Seigneur des Anneaux, au sujet des aspects philosophiques de la mythologie et de sa systématisation. Des délibérations des Dieux, les sages des Eldar conservèrent un compte-rendu parmi les livres de leur droit. Combien loin de ces graves Docteurs semble la "lune cornue" qui chevauchait au-dessus du navire d’Ælfwine le long des côtes de l’Île Solitaire (II.321), comme "la longue nuit de Faërie s’étendait" ! Ælfwine est toujours présent en tant que communicateur et commentateur; mais il y a eu de grands changements en Elfinesse.
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MessagePosté le: 28 Avr 2007 10:45     Sujet du message: Répondre en citant

DE FËANOR ET DU DÉSENCHAÎNEMENT DE MELKOR


Le précédent "sous-chapitre", De Finwë et de Míriel, n'apparaissait, dans le contenu de l'ancien Chapitre 6, qu'à la fin du §46b (p.185). Pour la section suivante, il n'existe que deux textes tardifs, constituant la suite directe, et figurant sur les tapuscrits que j'ai appelés FM 3 et FM 4 (pp.255-6) : à partir de maintenant, il est plus pratique de les appeler "A" et "B". Bien qu'étant un texte finalisé, A est en effet un brouillon du second tapuscrit (B), qui de toute évidence le reprenait strictement, et l'étudier ne présente plus d'utilité une fois noté qu'il ne contient pas le nouveau passage concernant l'épouse de Fëanor, et que le titre en est De Fëanor et des Silmarils, et de l'Enténèbrement de Valinor : ce texte ne provoque pas de subdivisions supplémentaires.
Dans cette section, mon père ne modifia pas grandement (si ce n'est par l'ajout concernant l'épouse de Fëanor) le texte du LQ, §§46c-48, et les changements peuvent être indiqués sans qu'il soit besoin de redonner le texte complet. Certaines différences, très mineures, ne sont pas mentionnées.
§46c. La seule différence ici avec le LQ est que les cheveux de Fëanor sont dits être "d'un noir de jais". Mais à la fin du paragraphe, après "Rarement la main et l'esprit de Fëanor se reposaient-ils", le passage suivant fut ajouté :


Alors qu'il était encore dans sa prime jeunesse, Fëanor épousa Nerdanel, une damoiselle des Noldor ; ce qui en intrigua beaucoup, car elle ne faisait pas partie des plus belles de son peuple. Mais elle était forte, et avait l'esprit libre et empli du désir de la connaissance. Dans sa jeunesse, elle aimait s'aventurer loin des demeures des Noldor, que ce soit vers les longs rivages de la Mer ou dans les collines ; et Fëanor et elle s'étaient ainsi rencontrés, et ils furent compagnons en maints voyages. Son père, Mahtan, était un grand forgeron et était celui qui, parmi tous ceux des Noldor, était le plus cher au cœur d'Aulë. De Mahtan, Nerdanel apprit beaucoup des arts que les femmes des Noldor utilisaient rarement : la fabrication de choses en métal et en pierre. Elle réalisa des icônes, certaines représentant les Valar dans leur forme visible, et nombre d'autres figurant des hommes et des femmes des Eldar, et ceux-ci étaient si ressemblants que leurs amis, s'ils n'avaient pas connaissance de son art, voulaient leur parler ; mais elle ouvra également maintes choses issues de sa propre pensée, avec des formes étranges et fortes, mais néanmoins belles.
Elle possédait aussi une volonté ferme, mais était plus lente et plus patiente que Fëanor, désirant plutôt comprendre les esprits que les dominer. Quand elle se trouvait en compagnie d'autres personnes, elle s'asseyait souvent, écoutant toujours leurs paroles, et observant leurs gestes et les mouvements de leur visage. Son humeur, elle la transmit en partie à certains de ses fils, mais pas à tous. Sept fils donna-t-elle à Fëanor, et il n'est pas consigné dans les histoires d'antan qu'un seul autre Eldar ait eu autant d'enfants. Grâce à sa sagesse, elle put au début contenir Fëanor, quand le feu de son cœur devenait trop ardent ; mais plus tard ses actes la peinèrent, et ils s'éloignèrent l'un de l'autre.
A présent, alors même que Fëanor et les artisans des Noldor œuvraient avec plaisir, ne voyant aucune fin à leurs labeurs, et alors que les fils d'Indis arrivaient à l'âge adulte, le Zénith de Valinor se rapprochait de son terme.

Le texte se poursuit alors comme dans le §47 du LQ §47 (p.185). – Le nom de l'épouse de Fëanor, Nerdanel, était une correction : le nom originel, tel qu'il fut tapé, était Istarnië.
§47. "aux pieds des dieux" du LQ devient "aux pieds des Puissants".
§48. "et plus que tout dans la guérison des maintes blessures qu'il avait infligées au monde. Nienna répondit à sa prière, mais les autres restèrent silencieux."
À partir de "C'est pourquoi au bout d'un certain temps il fut autorisé à circuler librement dans le pays" dans le LQ, le texte fut changé :


Par conséquent, après un temps, Manwë lui donna la permission de circuler librement dans le pays. Le mal que Melkor avait jadis ouvré, dans sa colère et sa malice, ne pouvait être totalement guéri [cf. p.259, §11], mais son aide, si réellement il avait voulu l'apporter, aurait été plus utile plus qu'aucune autre chose au remaniement du monde. Car Melkor était, à son commencement, le plus grand des Pouvoirs, et Manwë croyait que, s'il se repentait, il regagnerait en grande partie la puissance et la sagesse qui avaient été les siennes à l'origine. Il estimait que Melkor était à présent sur cette voie-là, et qu'il persévèrerait s'il était traité sans rancune. La jalousie et la rancœur, Manwë était lent à les percevoir, car il ne les connaissait pas en lui-même ; et il ne réalisa pas que, dans l'esprit de Melkor, tout amour avait à jamais disparu.
Ulmo, est-il dit, ne se laissa pas abuser ; et Tulkas serrait les poings à chaque fois qu'il voyait partir Melkor, son ennemi, car si Tulkas long à la colère, il l'est également à oublier. Mais ils respectaient les ordres de Manwë ; car ceux qui défendent l'autorité contre la rébellion ne peuvent eux-mêmes se rebeller.


Dernière édition par Eru le 01 Mai 2007 12:15; édité 2 fois
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MessagePosté le: 28 Avr 2007 10:46     Sujet du message: Répondre en citant

DES SILMARILS ET DE L'INQUIÉTUDE DES NOLDOR


Ce titre de chapitre est uniquement présent dans le second des deux tapuscrits tardifs (B), et il y fut inscrit subséquemment. Le premier des deux textes (A) restait assez proche des §§49-54 du LQ ; bien que de nombreuses modifications aient été apportées, elles n'influent que peu ou pas sur la narration. Ici encore, il s'agissait d'un brouillon du second texte, et il ne mérite pas d'être étudié plus avant. Le second texte, toutefois, fut largement modifié et développé dans la dernière partie du "sous-chapitre".

§49. Melkor avait une contenance des plus aimables devant les Eldar, et il les aida dans maints travaux, quand ils le laissaient faire. Les Vanyar se méfiaient en effet de lui, car ils résidaient dans la lumière des Arbres et en étaient heureux ; et il prêtait peu d'attention aux Teleri, les estimant peu dignes d'intérêt, des instruments trop faibles pour ses desseins. Mais les Noldor prenaient plaisir au savoir caché qu'il pouvait leur révéler ; et certains prêtèrent attention à des paroles qu'il eût mieux valu pour eux qu'ils n'entendissent jamais.
§49a. Par la suite Melkor déclara en effet que Fëanor, en secret, avait appris de lui beaucoup de son art ; mais il s'agissait seulement là d'un des nombreux mensonges de Melkor, qui enviait le talent de Fëanor et qui désirait revendiquer un rôle dans ses œuvres. Car nul parmi les Eldalië ne haït jamais autant Melkor que Fëanor fils de Finwë, et bien qu'il se trouvât pris dans les toiles tissées par la malice de Melkor contre les Valar, il ne conversait pas avec lui en personne, et ne prenait aucun conseil auprès de lui. En effet, il ne recherchait le conseil d'aucun de ceux qui résidaient en Aman, grand ou petit, hormis seulement celui de son épouse, Nerdanel la sage, et cela ne dura pas.
§49b. A cette époque, mais avant que Melkor n'obtînt sa liberté au sein du pays d'Aman, furent ouvrées ces choses qui par la suite devinrent les plus renommées de toutes les œuvres du peuple elfe. Car Fëanor, ayant à présent atteint sa pleine maturité, fut envahi par une nouvelle pensée, ou peut-être l'ombre de quelque prédiction, concernant le destin qui se rapprochait, lui était-elle venue ; et il se demanda comment la Lumière des Arbres, la gloire du Royaume Béni, aurait pu être conservée de manière impérissable. Alors il entama un long et secret labeur, et il fit appel à tout son savoir, et à tout son pouvoir, et à toute la finesse de son art, pour concevoir des joyaux plus merveilleux que tous ceux ayant jamais été imaginés, et dont la beauté perdurerait au-delà de la Fin.
Trois joyaux conçut-il, et il les nomma les Silmarils. Un feu vivant brûlait en eux, qui était un mélange de la Lumière des Deux Arbres. Ils brillaient de leur propre éclat, même dans l'obscurité de la plus profonde salle de trésor ; pourtant toutes les lumières qui les touchaient, même faibles, ils les absorbaient et les renvoyaient en de merveilleuses teintes auxquelles leur propre feu intérieur donnait une beauté prodigieuse. Nulle chair mortelle, nulle main impure, nulle chose à la volonté maléfique ne pouvait les toucher, sans être brûlée et desséchée ; non plus qu'ils ne pouvaient brisés par aucune force du Royaume d'Arda. Les Silmarils, les Eldar les vénéraient au-delà de tous les autres trésors d'Aman ou de la Terre ; et Varda les consacra, et Mandos prédit que les destins d'Arda, terre, mer, et air, se trouvaient renfermés en eux. Le cœur de Fëanor se trouva rapidement lié à ces choses qu'il avait lui-même conçues.
§50. Alors Melkor convoita également les Silmarils, et à partir de cet instant, enflammée par son désir, la malice de son coeur grandit, bien que rien n'en transparût dans l'apparence qu'il se donnait, ou dans la forme avenante qu'il affectait, à la manière de ses frères les Valar.
Par conséquent, à chaque fois que l'occasion se présenta à lui, il commença à semer mensonge et conseils malveillants parmi tous ceux qui étaient ouverts à son discours. Mais il le fit sournoisement, de telle sorte que rares furent ceux qui entendirent ces mensonges en les recevant de ses propres lèvres : ils se transmirent d'ami en ami, tels des secrets dont la connaissance démontrait la sagesse de celui qui les racontait ; et dans leur récit ils grossirent et se répandirent, comme des mauvaises herbes envahissant progressivement des endroits lugubres. Par la suite, amèrement le peuple des Noldor regretta-t-il la folie qui l'avait poussé à écouter.
Quand il constata que beaucoup se tournaient vers lui, Melkor s'en alla souvent marcher parmi eux, prononçant toujours des paroles de grand éloge, un miel doux mais empoisonné ; car au milieu des belles paroles, d'autres étaient si subtilement tissées que nombre de ceux qui les entendirent crurent, en y repensant, qu'elles étaient nées de leur propre pensée. Il pouvait évoquer dans leurs cœurs des visions des puissants royaumes qu'ils auraient pu diriger à leur propre guise dans l'Est, en êtres puissants et libres ; et alors des rumeurs se répandirent, selon lesquelles les Valar avaient fait venir les Eldar en Aman par jalousie, craignant que la beauté des Quendi et le pouvoir de création qu'Ilúvatar leur avait accordé ne devinssent trop importants à gérer pour les Valar, comme le peuple elfe croissait et se disséminait sur les vastes terres du monde.
En ces jours, en outre, si les Valar avait en effet connaissance de la venue des Hommes qui devaient naître, les Elfes eux n'en savaient encore rien ; car Manwë ne leur avait pas révélé, et le temps n'était pas encore approchant. Mais Melkor leur parla secrètement des Hommes Mortels, percevant la manière dont le silence des Valar pouvait être converti en mal. Peu de choses savait-il pourtant des Hommes car, absorbé par sa propre pensée dans la Musique, il avait prêté peu d'attention au Deuxième Thème d'Ilúvatar ; mais à présent la rumeur courut parmi les Elfes que Manwë les maintenait captifs, pour que les Hommes puissent venir les supplanter dans les domaines de la Terre du Milieu. Car les Valar perçurent que cette race, plus faible et à la vie plus courte, serait plus aisée à assujettir. Las ! Rarement les Valar se sont-ils prévalus d'influer sur les volontés des Hommes ; mais nombre de Noldor crurent, ou crurent à moitié, en ces paroles maléfiques.
§51. Ainsi, avant même que les Valar n'en eussent conscience, la paix de Valinor se trouva envenimée. Les Noldor commencèrent à murmurer contre eux et toute leur espèce ; et beaucoup se gonflèrent de vanité, oubliant comment nombre des choses qu'ils possédaient ou avaient apprises leur étaient venues, par un don des Valar. Le cœur avide de Fëanor brûla on ne peut plus ardemment de la flamme du désir de liberté et de royaumes plus vastes ; et Melkor riait dans l'ombre, car c'est dans ce but que ses mensonges avaient été prêchés, haïssant par dessus tout Fëanor, et convoitant toujours les Silmarils. Mais ceux-ci, il n'était pas autorisé à les approcher. Car bien que lors de grands festins Fëanor les arborât sur son front, flamboyants, ils étaient le reste du temps étroitement surveillés, enfermés dans les chambres profondes de son trésor, à Túna. Il n'y avait pas encore de voleurs en Valinor ; mais Fëanor commença à aimer les Silmarils d'un amour cupide, et dénia à tous le droit de les regarder, hormis à son père ou à ses fils. Rarement se rappelait-il à présent que la lumière qui les illuminait ne lui appartenait pas.
§52. De hauts princes Fëanor et Fingolfin, les fils aînés de Finwë, étaient-ils, honorés par tous en Aman ; mais à présent ils devenaient fiers et jaloux de leurs propres droits et possessions. Et ô ! Melkor répandit alors de nouveaux mensonges et des rumeurs parvinrent à Fëanor, selon lesquelles Fingolfin et ses fils complotaient pour usurper le commandement de Finwë et de la lignée de l'aîné, Fëanor, et pour les supplanter avec l'accord des Valar : car les Valar étaient mécontents de ce que les Silmarils reposassent à Túna et ne fussent pas confiés à leur garde. Mais à Fingolfin et à Finarfin il fut dit : "Prenez garde ! Peu d'amour l'orgueilleux fils de Míriel a-t-il jamais porté aux enfants d'Indis. Il est à présent devenu grand, et il tient son père dans sa main. Il s'écoulera peu de temps avant qu'il ne vous chasse de Túna !"
§52a. Il est également raconté que, quand Melkor vit que ces mensonges couvaient, il commença à parler, tout d'abord aux fils de Fëanor, puis à d'autres moments à ceux d'Indis, d'armes et d'armures, et du pouvoir qu'elles confèrent à celui qui les possède, pour défendre ses biens (disait-il). Or les Quendi avaient possédé des armes en Terre du Milieu, mais pas de leur propre création. Elles avaient été conçues par Aulë et envoyées comme présents par la main d'Oromë, quand les Valar avaient appris que les Quendi étaient attaqués par des êtres malfaisants qui, maraudant, avaient découvert leurs lieux de résidence, à côté de Cuiviénen ; et d'autres furent envoyées par la suite pour la défense des Eldar dans la Grande Marche vers les rivages de la Mer. Mais toutes ces armes étaient inutilisées depuis longtemps, et elles étaient amassées comme des souvenirs de jours anciens à moitié oubliés ; et depuis l'enchaînement de Melkor, les armureries des Valar avaient également été fermées.
§52b. Mais à présent les seigneurs des Noldor reprirent leurs épées et leurs lances et les affûtèrent, recordèrent leurs arcs et remplirent leurs carquois de flèches. Et, durant ces jours, ils fabriquèrent des boucliers et les armorièrent d'or et d'argent et de gemmes. Ils ne portaient ceux-ci qu'à l'extérieur, et n'évoquaient pas d'armes autres, car chacun pensait être le seul à avoir été averti. Mais quand Fëanor eut vent de ce qui se préparait, il se construisit une forge secrète, dont même Melkor n'eut pas connaissance ; et là il forgea des épées cruelles en acier trempé, pour lui-même et pour ses sept fils, et des heaumes de haute taille empennés de rouge. Amèrement Mahtan déplora-t-il le jour où il avait enseigné à l'époux de Nerdanel, sa fille, toute la connaissance de l'ouvrage du métal qu'il avait acquise d'Aulë.
§52c. Ainsi, avec des mensonges, des rumeurs malveillantes et des conseils perfides, Melkor alluma la flamme du conflit dans les cœurs des Noldor ; et leurs querelles amenèrent en fin de compte l'achèvement des hauts jours de Valinor, et le crépuscule de sa gloire ancienne. Car à présent Fëanor commença à évoquer ouvertement une rébellion contre les Valar, criant haut et fort qu'il quitterait Valinor et retournerait vers le monde extérieur, et délivrerait les Noldor de la servitude (disait-il), s'ils voulaient le suivre.
§52d. Alors il y eut une grande inquiétude à Túna, et Finwë fut troublé, et il convoqua tous ses seigneurs à un conseil. Mais Fingolfin se pressa vers ses halls et se dressa devant lui, disant : "Mon roi et père, ne contiendras-tu point la fierté de notre frère, Curufinwë, qui est trop justement appelé l'Esprit de Feu ? De quel droit parle-t-il au nom de tout notre peuple, comme s'il en était le roi ? Ce fut toi qui jadis parlas devant les Quendi, leur demandant d'accepter l'hospitalité des Puissants en Aman. Ce fut toi qui, sur la longue route, menas les Noldor jusqu'à la lumière d'Eldanor, à travers la périlleuse Terre. Si à présent point ne t'en chaut, au moins deux fils as-tu qui honoreront tes paroles !"
§52e. Mais tout comme il parlait, Fëanor apparut soudainement, et il entra dans la chambre à grandes enjambées, altier et menaçant. Un feu de colère se lisait dans ses yeux, et il était en complet armement : son heaume élevé sur la tête, et à son côté une puissante épée. "Ainsi en est-il, tout comme je l'avais supposé," dit-il : "que mon demi-frère voudrait me devancer avec mon père, en ceci comme en toute autre affaire. Qu'il ne voudrait pas attendre le conseil, où toutes les paroles seraient entendues de tous, et auxquelles il serait répondu. Qu'il parlerait contre moi en secret. Ceci, je ne le souffrirai pas !" cria-t-il, se tournant vers Fingolfin. "Pars, et retourne à la place qui doit être la tienne !" Alors, comme dans un éclair de flamme, il tira son épée. "Pars et ne défie plus mon courroux !"
§52f. Alors Fingolfin s'inclina devant Finwë, et sans un mot à Fëanor, et sans même lui adresser un regard, il sortit de la chambre. Mais Fëanor le suivit, et à la porte de la maison du roi il l'arrêta. Il posa la pointe de sa brillante épée sur la poitrine de Fingolfin. "Vois, demi-frère !" dit-il. "Ceci est plus acéré que ta langue. Essaie ne serait-ce qu'une fois de plus d'usurper ma place et l'amour de mon père, et peut-être cela débarassera-t-il les Noldor d'un esclavagiste en puissance."
§52g. Ces paroles furent entendues de beaucoup, car la maison de Finwë était située sur la grande place sous le Mindon, et une grande foule était rassemblée là. Mais Fingolfin, de nouveau, ne répondit pas, et traversant l'assistance en silence il partit chercher son frère Finarfin.
§52h. L'inquiétude des Noldor n'était pas en fait dissimulée aux Valar ; mais son germe avait était semé dans l'ombre ; et par conséquent, puisque Fëanor fut le premier à parler ouvertement contre les Valar, ils estimèrent qu'il était le fauteur de troubles, étant connu pour son front et son arrogance, bien que tous les Noldor fussent devenus fiers. Il était peut-être dans la nature des Enfants de devenir effrontés en grandissant, et de vouloir échapper à la tutelle, s'en souvenant avec peu de gratitude. Par conséquent Manwë fut peiné, mais il observa et ne dit mot. Les Valar avaient fait venir librement les Eldar jusqu'à leur pays, pour y résider ou pour en partir ; et bien qu'ils pussent juger que partir serait une folie, il n'eût pas été légitime de les en empêcher, dans le cas où un sage conseil se serait avéré insuffisant.
§53. Mais à présent les actes de Fëanor ne pouvaient plus être négligés, et les Valar étaient courroucés ; et également abattus, percevant que l'effronterie de la jeunesse n'était pas la seule à l'œuvre. Par conséquent Manwë somma Fëanor d'apparaître devant les Valar, pour répondre de toutes ses paroles et de tous ses actes, et il fut amené aux portes de Valmar. Furent aussi mandés là-bas tous ceux qui avaient joué un rôle quelconque dans cette affaire, ou qui en avaient quelque connaissance, ou qui avaient quelque grief personnel à formuler.
§53a. Alors Mandos plaça Fëanor devant lui dans le Cercle de Justice, et lui demanda de répondre à tout ce qui lui était demandé. Grands doivent être le pouvoir et la volonté de quiconque mentirait à Mandos, ou même refuserait son questionnement. Mais Fëanor n'y songea pas. Il était tellement aveuglé par les mensonges de Melkor, qui s'étaient enracinés dans son cœur orgueilleux (bien qu'il ne perçût pas encore clairement leur origine), qu'il se pensait légitimé en tout point dans sa façon d'agir, et méprisait tout autre jugement.
§53b. Mais quand tout fut dit, et que tous les témoignages furent donnés, et que toutes les paroles et tous les actes furent amenés de l'ombre à la lumière, alors en fin de compte la racine fut mise à nu : la malice de Melkor fut révélée, et ses mensonges et demi-mensonges rendus évidents à reconnaître pour tous ceux qui voulaient bien ouvrir les yeux. Tulkas fut immédiatement envoyé par le conseil pour mettre la main sur Melkor et le ramener, afin qu'il soit de nouveau jugé. Mais Fëanor ne fut pas reconnu comme complètement innocent intérieurement. Car il avait secrètement forgé des épées, et en avait tiré une dans une colère infondée, menaçant la vie de son parent.
§53c. Par conséquent, Mandos lui dit : "Tu parles de servitude. Si servitude il y a, tu ne peux t'en délivrer. Car Manwë est Roi d'Arda, et non seulement d'Aman. Et cet acte était illégitime, que ce fût en Aman ou point en Aman. Bien que plus impudent en Aman, car il s'agit d'une terre consacrée. Par conséquent, cette sentence est-elle à présent décidée : pendant douze années devras-tu quitter Túna, où cette menace fut exprimée. Pendant ce temps-là, médite avec toi-même, et souviens-toi de qui tu es et de ce que tu es. Mais une fois ce temps écoulé, cette affaire sera apaisée et tenue pour réparée, si les autres t'absolvent."
§53d. Alors Fingolfin se leva et dit : "J'absoudrai mon frère." Mais Fëanor ne répondit mot ; et, après s'être tenu silencieux pendant un moment devant les Valar, il se retourna et quitta le conseil, puis partit de Valmar. Il retourna immédiatement à Túna, et avant le terme du délai de sept jours qui avait été donné, il rassembla ses biens et ses trésors, puis abandonna la cité et s'en alla, loin. Avec lui partirent ses sept fils, et son père Finwë, qui ne voulaient pas se séparer de lui, qu'il fût fautif ou innocent, ainsi que d'autres Noldor. Mais Nerdanel ne voulut pas partir avec lui, et elle demanda à pouvoir demeurer avec Indis, qu'elle avait toujours estimée, bien que Fëanor ne goutât que peu cela. Dans le Nord de Valinor, dans les collines proches des halls de Mandos, Fëanor et ses fils édifièrent une place forte et une salle de trésor à Formenos, et y amassèrent une multitude de gemmes, ainsi que des armes : il ne laissèrent pas de côté les épées que Fëanor avait forgées. Mais à Túna Fingolfin dirigeait à présent les Noldor ; et ainsi les paroles mêmes de Melkor semblaient s'être accomplies (bien que ce fût Fëanor qui, par ses propres actes, avait permis que cela advienne) ; et l'amertume que Melkor avait semée perdura, même si ses mensonges avaient été mis en évidence. Par la suite, elle exista encore longtemps entre Fëanor et les fils d'Indis.
§54. Or, il survint pire. En vain Tulkas avait-il recherché Melkor. Car Melkor, sachant que ses machinations avaient été révélées, se cacha et passa d'un endroit à l'autre, comme un nuage dans les collines. Et bien que nul ne pût découvrir vers où il était parti, la lumière de Valinor parut voilée, et les ombres de toutes choses dressées devinrent plus longues et plus obscures à cette époque. Il est dit qu'en Valinor nul ne revit Melkor pendant deux ans, ni n'entendit de rumeurs à son sujet, jusqu'à ce qu'il se mît subitement à rechercher Fëanor. Il arriva secrètement à Formenos, déguisé comme un voyageur qui cherche un logis ; et il parla avec Fëanor sur le pas de sa porte. Il feignit l'amitié, usant d'arguments fallacieux, le pressant à en revenir à son ancienne pensée, à fuir les trémails des Valar.
"Constate la véracité de mes dires, et comment en vérité tu te retrouves injustement banni," dit-il. "Mais si le cœur de Fëanor est encore demeure indompté, comme cela était le cas à Túna, alors je l'aiderai et l'amènerai loin de pays fermé. Car ne suis-je point également Vala ? Si fait, et plus encore que ceux qui siègent ici, fièrement. J'ai toujours été l'ami des Noldor, reconnaissant leur valeur : le plus talentueux et le plus vaillant de tous les peuples d'Arda."
Or le cœur de Fëanor était toujours amer de son humiliation devant Mandos, et pendant un instant il s'interrompit et regarda Melkor en silence, se demandant si réellement il pouvait avoir confiance en lui, ne serait-ce que pour l'aider dans sa fuite. Mais la fourberie de Melkor dépassa ses propres espérances et, voyant Fëanor hésiter, et sachant que les Silmarils asservissaient son cœur, il dit enfin : "C'est ici une place forte et bien gardée, mais ne t'imagine pas que les Silmarils seront à l'abri dans quelque salle de trésor que ce soit, au sein du royaume des Valar !"
Alors les feux du cœur de Fëanor s'embrasèrent, et ses yeux flamboyèrent ; et son regard brûlant transperça l'apparence avenante de Melkor, jusqu'aux sombres profondeurs de son esprit, percevant là son farouche désir des Silmarils. Alors la haine de Fëanor surpassa sa peur, et il parla de manière ignominieuse à Melkor, disant : "Hors de mes portes, toi clochard ! Toi charognard des prisons de Mandos !" Et il claqua sa porte à la figure du plus puissant de tous les habitants d'Ëa.
Alors Melkor partit, honteux, car il était lui-même en danger, et il voyait que ce n'était pas encore l'heure de sa vengeance ; mais son cœur était noir de colère. Et une grande peur envahit Finwë, et il dépêcha des messagers auprès de Manwë, à Valmar.


Commentaire

Dans la première partie de ce "sous-chapitre", Des Silmarils et de l'Inquiétude des Noldor, l'histoire, telle qu'elle était racontée dans le LQ (pp.184 et s.), fut très peu modifiée même dans les détails, malgré les nombreux changements de vocabulaire introduits dans cette dernière version – hormis en ce qui concerne les armes des Eldar (§§52a, b). Dans le QS, où le sujet fut introduit pour la première fois ([HoMe] V, p.228, note de Pengolod au §49), il était dit que "les Elfes n'avaient auparavant possédé que des armes de chasse, des lances et des arcs et des flèches", mais qu'à présent, sous l'influence de Melkor, les Noldor "apprirent à façonner des épées en acier trempé, et à fabriquer des cottes de mailles et des boucliers". Ceci fit l'objet d'une réécriture dans le §50 du LQ (p.188), toujours en tant qu'observation de Pengolod, pour laisser apparaître que les Elfes n'avaient à l'origine possédé aucune arme, et qu'à présent ils avaient appris à fabriquer toutes sortes d'armes, des épées, des lances, des arcs et des flèches. De la même manière, dans le §97 des AAm (p.96) : "Melkor apprit aux Eldar à faire des armes, choses qu'ils n'avaient pas auparavant possédées ou connues" ; mais mon père nota par la suite sur le tapuscrit des AAm (p.106, §97) : "Non ! Ils durent avoir des armes au long du Grand Voyage." Ressentant le besoin d'expliquer comment les Quendi avaient survécu "au milieu des tromperies de la lumière stellaire", et concluant qu'ils avaient dû être armés en Terre du Milieu, il adopta (à mon sens) le procédé narratif, quelque peu mécanique, qui est introduit ici (§52a).
Des explications, dans un monde tel que celui-ci, peuvent provoquer des réflexions inutiles. Le passage d'Oromë, d'Aman en Terre du Milieu sur son cheval Nahar, n'est jamais décrit, et (dirais-je) il n'a pas besoin de l'être, et ne devrait pas l'être ; les déplacements des grands Valar (et en vérité ceux des divinités moindres, comme Melian) constitue un mystère que nous ne cherchons pas à percer. Ils viennent d'au-delà d'Arda et n'en sont pas issus. Dans l'histoire (très ancienne) du transport des trois "ambassadeurs" Elfes originels, de Kuivienen en Valinor, nous pouvons nous demander avec plus de justesse, peut-être, comment ils voyagèrent, car les Elfes, quels que soient leurs pouvoirs, sont des Enfants de la Terre, et ils doivent vivre et se déplacer au sein du monde physique d'Arda. Mon père n'en dit jamais plus sur ce sujet ; et nous pouvons supposer, si nous le voulons, qu'ils franchirent le Détroit de Glace, portés par Nahar.1 Mais il ressort, au travers de cette histoire selon laquelle Oromë apporte aux Eldar une grande réserve d'armes fabriquées en Valinor, qu'il perçut le besoin de répondre, à un certain niveau, à ce genre de spéculations — car cette réserve devait être importante pour servir à la protection d'une telle troupe.
Dans la dernière partie de la nouvelle version l'histoire est grandement développée, et cependant pas au point de contredire les versions précédentes — qui peuvent être lues comme un synopsis de la dernière. Il se peut en effet que l'histoire de la confrontation abrupte de Fëanor avec Fingolfin, dans la maison de Finwë, ait été déjà présente dans l'esprit de mon père quand il écrivit le LQ (fin du §52), bien qu'il ne la racontât vraiment que beaucoup plus tard.
Il convient de remarquer que pendant qu'il écrivait la nouvelle version, il gardait aussi un œil sur les AAm ; ainsi dans le §54 il puisa les paroles de Melkor à Fëanor, à Formenos, dans le §101 des AAm (p.97) – bien qu'en enlevant la phrase "Et ne croyez pas que les Silmarils soient en sûreté où que ce soit dans le royaume des dieux" de la place qui était la sienne dans les AAm, et en l'utilisant comme dans le LQ, comme preuve soudaine pour Fëanor des intentions réelles de Melkor.
Il reste quelques points isolés. Dans les deux textes de la dernière version apparaît la phrase du §49b : "Les Silmarils, les Eldar les vénéraient au-delà de tous les autres trésors d'Aman ou de la Terre". Cette utilisation remonte à très loin (voir l'Index du Vol.IV, entrées Terre et Monde), aussi inadaptée qu'elle puisse paraître au monde dans lequel Aman était physiquement accessible en traversant la Mer. Mais la Terre et la Terre du Milieu : ce n'est pas l'équivalent d'Arda ; cf. également le §52d : "Ce fut toi qui, sur la longue route, menas les Noldor jusqu'à la lumière d'Eldanor, à travers la périlleuse Terre."
Il est curieux également que Túna soit à présent utilisé à chaque occurrence, et pas Tirion ; voir p.90, §67, et p.193, §52.
Dans le §50, il est dit de Melkor que "Peu de choses savait-il pourtant des Hommes car, absorbé par sa propre pensée dans la Musique, il avait prêté peu d'attention au Deuxième Thème d'Ilúvatar". Cela contraste avec l'Ainulindalë (à la fois le texte С et le texte D), §13 : les enfants d'Ilúvatar "étaient arrivés avec le Troisième Thème", et §24 : Manwë "était l'instrument principal du second Thème qu'avait fait naître Ilúvatar, contre la dissonance de Melkor." Voir plus loin p.358, note 10.
Les noms Fingolfin et Finarfin sont ainsi épelés dans B, mais dans A, Fingolphin et Finarphin (voir p.265, note 10). Dans la Seconde Edition du Seigneur des Anneaux (1966), Finarphin était ainsi épelé, et changé plus tard en Finarfin, selon ce que j'avais suggéré (Appendice F, Les Elfes).

1 Cf. L'histoire à laquelle il est fait référence dans l'ancienne "Esquisse de la Mythologie", et selon laquelle "Lúthien se rendit au-delà du Detroit de Glace, aidée par le pouvoir sa mère divine, Melian, jusqu'aux halls mêmes de Mandos" ([HoMe] IV, p.25,55).


Dernière édition par Eru le 01 Mai 2007 12:54; édité 3 fois
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