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[Traduction - HoMe XI] Les Annales Grises

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Eru

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MessagePosté le: 21 Mar 2006 21:55     Sujet du message: [Traduction - HoMe XI] Les Annales Grises Répondre en citant

AVANT-PROPOS


La Guerre des Joyaux est le frère et la continuation de L'Anneau de Morgoth, Volume 10 de L'Histoire de la Terre du Milieu. Comme je l'ai expliqué dans ce livre, les deux réunis constituent virtuellement l'ensemble des écrits narratifs de mon père sur le thème des Jours Anciens, datant des années qui suivirent le Seigneur des Anneaux, mais la séparation entre les deux est "transversale" : entre la première partie du "Silmarillion" ("les Légendes d'Aman") et la deuxième ("les Légendes du Beleriand"). J'utilise le terme "Silmarillion", bien sûr, dans un sens très large : ce bien qu'une éventuelle confusion puisse être imposée par la relation extrêmement complexe entre les différents "travaux" - en particulier, mais pas uniquement, ceux du Quenta Silmarillion et des Annales ; et mon père lui-même employait ce nom dans ce sens. La séparation de l'ensemble du corpus en deux parties est en fait naturelle : la Grande Mer marque la frontière. Le titre de cette seconde partie, La Guerre des Joyaux, est une expression que mon père utilisait souvent pour décrire les six derniers siècles du Premier Âge : de l'histoire du Beleriand après le retour de Morgoth en Terre du Milieu et l'arrivée des Noldor, jusqu'à sa fin.

Dans l'avant-propos de L'Anneau de Morgoth, j'insistai sur la distinction entre la première période d'écriture qui suivit au début des années 1950 l'achèvement même du Seigneur des Anneaux, et le travail postérieur qui suivit sa publication ; dans ce livre aussi, donc, deux phases distinctes sont présentées.

Le nombre de travaux dans lesquels mon père s'était investi dans cette première "phase", hautement créatifs mais tous trop brefs, est stupéfiant. Il y avait là le nouveau Lai de Leithian, dont tout ce qu'il avait écrit avant de l'abandonner fut publié dans Les Lais du Beleriand ; les Annales d'Aman et de nouvelles versions de l'Ainulindalë ; les Annales Grises, abandonnées à la fin du récit de Túrin ; le nouveau Récit de Tuor et la Chute de Gondolin (publié dans les Contes et Légendes Inachevés), abandonné avant que Tuor ne fût réellement entré dans la cité ; et tout le nouveau récit de Túrin et Niënor à partir du retour de Túrin à Dor-lómin jusqu'à leurs morts en Brethil (voir p.144). Il y avait également une saga abandonnée de Beren et Lúthien en prose (voir [HoMe] V, p.295) ; l'histoire de Maeglin ; et une vaste révision du Quenta Silmarillion, l'œuvre centrale de la période précédant immédiatement le Seigneur des Anneaux, interrompue en 1937 peu après le début du récit de Túrin et jamais conclue.

Dans l'avant-propos de L'Anneau de Morgoth, j'ai exposé le point de vue que "le désespoir de ne pouvoir publier au final sous la forme qu'il considérait comme essentielle" (i.e. la conjonction du Silmarillion et du Seigneur des Anneaux dans une œuvre unique) fut la cause fondamentale de l'échec de cette nouvelle tentative ; et que cette cassure annihila toute perspective d'achèvement de ce qui aurait pu être "le Silmarillion Ancien". Dans L'Anneau de Morgoth, j'ai décrit l'énorme bouleversement qui était intervenu, dans les années qui suivirent, dans sa façon de concevoir les mythes anciens : un bouleversement qui ne déboucha jamais sur une forme nouvelle et sûre. Mais nous arrivons maintenant à la dernière époque des Jours Anciens, au moment où la toile de fond devient la Terre du Milieu et où l'élément mythique s'éloigne : les Hauts-Elfes traversent de nouveau la Grande Mer pour faire la guerre à Morgoth, les Nains et les Hommes arrivent par-delà les montagnes en Beleriand, et au cœur de cette histoire du mouvement des peuples, des politiques des royaumes, des batailles importantes et des défaites ruineuses, se trouvent les récits héroïques de Beren Main-Unique et de Túrin Turambar. Dans La Guerre des Joyaux, l'histoire est encore complétée par tout le travail effectué par mon père sur cette histoire dans les années suivant la publication du Seigneur des Anneaux ; et malgré tout le labeur fourni dans l'élaboration de certaines parties de "la Saga de Túrin", il est évident que cela n'était pas à la hauteur de ses intentions ni en fait de ce qu'il avait accompli au début des années 1950.

Dans la Deuxième Partie de ce livre, on constatera que dans cette phase suivante de son travail le Quenta Silmarillion ne fut que rarement l'objet de réécriture significative ou de rajouts, autres que l'introduction d'un nouveau chapitre De l'Arrivée des Hommes dans l'Ouest comprenant le récit originel considérablement modifié des Edain en Beleriand ; et que (fait le plus remarquable dans toute l'histoire du Silmarillion) les derniers chapitres (le récit de Húrin et l'or du dragon de Nargothrond, le Collier des Nains, la ruine de Doriath, la chute de Gondolin, les Massacres Fratricides) conservèrent la forme du Quenta Noldorinwa de 1930 et ne furent jamais plus modifiés. On trouve simplement quelques allusions dans des écrits ultérieurs.

Il ne peut y avoir une explication simple à cela, mais il me semble qu'un élément à prendre en compte est le fait que mon père accordait une place centrale à l'histoire de Húrin et Morwen et de leurs enfants, Túrin Turambar et Niënor Niniel. Celle-ci devint pour lui, je crois, l'histoire dominante et la plus prenante de la fin des Jours Anciens, dont la complexité des motivations et des personnages, pris au piège dans les mystérieux effets de la malédiction de Morgoth, en fait un ensemble à part. Il n'acheva jamais en fin de compte certains passages importants de la vie de Túrin ; mais il prolongea la "grande saga" (comme il la nommait à juste titre) avec "les Errances de Húrin", d'après le récit ancien selon lequel Húrin avait été libéré par Morgoth de sa captivité en Angband à la suite de la mort de ses enfants, et qu'il s'était rendu en premier lieu dans les salles en ruine de Nargothrond. La dominance du thème sous-jacent mena à une nouvelle histoire, une nouvelle dimension à la ruine que la libération de Húrin amènerait : son entrée catastrophique dans le pays du Peuple de Haleth, la Forêt de Brethil. Il n'y avait aucun antécédent que ce soit à ce récit ; mais l'on trouve des préalables à la façon d'aborder sa narration dans la "saga" en prose des Enfants de Húrin (Narn i Chin Húrin, présenté dans les Contes et Légendes Inachevés), dont "Húrin en Brethil" est un prolongement ultérieur. Les fondations de cette "saga" se retrouvent dans le Livre des Contes Perdus, mais la phase la plus importante de son élaboration se situe pour grande part dans la période suivant la publication du Seigneur des Anneaux ; et dans son développement ultérieur apparurent alors une spontanéité dans la narration et une ampleur dans la retranscription des évènements et dans les dialogues qui doivent être considérées comme participant d'un nouvel élan narratif : si l'on compare avec le style du "Quenta", c'est comme si la mise au point de l'écran par lequel on percevait les âges lointains avait été brusquement modifiée.

Mais avec Húrin quittant, de manière effrayante voire même démoniaque, les ruines de Brethil et Manthor agonisant, cet élan s'arrêta - à ce qu'il semble. Húrin ne revint jamais à Nargothrond ni à Doriath ; et nous sommes privés, dans ce style de narration-là, d'un rendu de ce qui devrait être le point d'orgue de la saga après la mort de ses enfants et de sa femme - sa confrontation avec Thingol et Melian dans les Milles Voûtes.

Il se peut, donc, que mon père ne fût pas enclin à revenir au Quenta Silmarillion, et à son style caractéristique, avant d'avoir narré le récit complet des "errances" tragiques et destructrices de Húrin sur une large échelle, et avec la même spontanéité que celui de son séjour à Brethil - et également leurs conséquences : car il faut se rappeler que le fait qu'il ait ramené le trésor de Nargothrond à Doriath conduira au meurtre de Thingol par les Nains, au saccage de Menegroth, et à toute la chaîne d'événements qui provoquera l'attaque des Fëanoriens sur Dior l'héritier de Thingol à Doriath et, au bout du compte, la destruction des Havres du Sirion. Si mon père avait accompli cela, alors il en aurait résulté, je suppose, la création de nouveaux chapitres du Quenta Silmarillion, et un retour à cette qualité présente dans les écrits plus anciens que je me suis efforcé de décrire dans mon avant-propos au Livre des Contes Perdus : "La forme et le ton concis ou abrégé du Silmarillion, avec en toile de fond son esquisse d'âges de poésie et de "connaissance", évoquent fortement un sentiment de "contes inédits", même lorsqu'ils sont racontés… Il n'y a pas d'urgence narrative, de pression ou de peur d'un événement subit ou inconnu. A vrai dire nous ne voyons pas les Silmarils comme nous voyons l'Anneau."

Mais ceci est totale spéculation, car rien de tout cela n'arriva : ni la "grande saga" ni le Quenta Silmarillion ne virent leur conclusion. Si librement que mon père eut écrit au sujet de son travail, il ne dévoila jamais vraiment ses intentions principales quant à la structuration de l'ensemble. Je pense que l'on peut dire que nous nous retrouvons, en fin de compte, abandonnés dans le noir.

"Le Silmarillion", pris encore une fois dans le sens le plus large, est de manière très évidente une entité littéraire d'une nature singulière. Je dirais qu'il ne peut être défini que dans le contexte de son histoire ; et cette histoire est complétée de manière importante par le présent livre ("de manière importante", car je ne me suis pas aventuré plus loin dans les complexités du récit de Túrin en ce qui concerne les parties que mon père laissa dans l'embarras et l'incertitude, comme expliqué dans les Contes et Légendes Inachevés, p.6). C'était en fait la seule "complétion" possible, car elle était sans arrêt "en cours d'avancement" ; l'œuvre publiée n'est en aucune manière une complétion, mais une construction extrapolée à partir des textes existants. Ces textes sont maintenant rendus accessibles, exception faite seulement de quelques cas particuliers et du matériau de base de "Túrin" qui vient d'être mentionné ; et en s'aidant d'eux une critique du Silmarillion "construit" devient possible. Je n'entrerai pas dans ces considérations ; bien qu'il apparaîtra dans ce livre qu'il y a des aspects de la construction que je regarde avec regret.

Dans La Guerre des Joyaux j'ai inclus, comme Quatrième Partie, un long essai de nature très différente : Quendi et Eldar. S'il était impossible de faire également de l'Histoire de la Terre du Milieu une histoire des langues, je n'ai pas voulu les exclure pour autant, quand bien même ne seraient-elles pas essentielles à la narration (comme l'adunaïque l'est dans The Notion Club Papers) ; j'ai souhaité donner quand même quelques indications à différents moments sur la présence de cet élément vital et évolutif, en particulier par respect de la signification des noms - d'où les appendices du Livre des Contes Perdus et les Etymologies dans La Route Perdue. Quendi et Eldar illustre peut-être plus qu'aucun autre écrit de mon père la signification des noms, et du changement linguistique affectant les noms, dans ses histoires. Il livre également un exposé d'éléments ne se trouvant nulle part ailleurs, comme le langage gestuel des Nains, et de tout ce qui pourra jamais être connu, je crois, du valarin, la langue des Valar.

Je saisis cette opportunité pour donner le texte exact d'un passage de L'Anneau de Morgoth. A la suite d'une erreur intervenue à un stade tardif et qui n'a pu être discernée, une ligne a disparu et une autre a été répétée dans la note 16 page 327 ; le texte doit être lu de la manière suivante :
    On a vu des suggestions plus haut dans l'Athrabeth qu'Andreth se référait à une période beaucoup plus ancienne pour l'Éveil des Hommes (ainsi parle-t-elle de "légendes des jours où la mort venait moins rapidement et où notre longévité était encore bien longue", p. 313); dans ses mots ici, "une rumeur qui est venue des années innombrables", un profond changement de la conception semble clair.

J'ai reçu une communication de M. Patrick Wynne au sujet du Volume IX, Sauron Defeated, que j'aimerais retranscrire ici. Il soulignait que plusieurs des noms figurant dans le récit de Michael Ramer sur ses expériences au Notion Club n'étaient pas "seulement hongrois dans le style mais réellement des mots hongrois" (Ramer est né et passa sa plus jeune enfance en Hongrie, et il fait allusion à l'influence du magyar sur son "goût linguistique", Sauron Defeated pp.159, 201). Ainsi le monde décrit dans l'histoire qu'il écrivit et qu'il lut au Club fut d'abord nommé Gyönyörü (ibid. p.214, note 28), qui signifie "charmant". Le nom qu'il donna à la planète Saturne fut tout d'abord Gyürüchill (p.221, note 60), composé à partir des mots hongrois gyürü "anneau" et csillag "étoile" (où cs se prononce comme le ch anglais dans church) ; Gyürüchill céda alors la place à Shomorú, probablement dérivé du mot hongrois szomorú "triste" (qui pourtant se prononce "somorú"), et, si c'est le cas, par allusion à la croyance astrologique selon laquelle le tempérament de ceux qui sont nés sous l'influence de cette planète est froid et mélancolique. Par la suite ces noms furent remplacés par d'autres (Emberü, et Eneköl pour Saturne) qu'on ne peut expliquer de la même manière.

Partant de là, M. Carl F. Hostetter observa que le nom d'étoile elfique Lumbar donné à Saturne (que ce fût ou non l'intention mon père, voir L'Anneau de Morgoth, pp.434 et 435) pouvait être expliqué de la même façon que le Shomorú de Ramer, au regard du mot quenya lumbë, "obscurité, ombre", inscrit dans les Etymologies elfiques (La Roue Perdue et Autres Ecrits, p.170).

M. Hostetter fit également remarquer que le nom Byrde donné à Miriel, la première épouse de Finwë, dans les Annales d'Aman (L'Anneau de Morgoth, pp.92 et 185) n'est pas, comme je l'ai dit (p.103), un mot de vieil anglais signifiant "brodeuse", car on ne le trouve pas en vieil anglais. En vérité le nom repose sur un argument avancé (basé sur de très bonnes preuves) par mon père, selon lequel le mot byrde "brodeuse" devait avoir en fait existé dans la langue ancienne, et qu'il avait survécu dans le mot de moyen-anglais burde "dame, demoiselle", son sens spécifique original ayant disparu et été oublié. Son explication peut être trouvée dans son article Contributions à la Lexicographie du Moyen-Anglais (The Review of English Studies 1.2, avril 1925).

Je suis très reconnaissant au Dr Judith Priestman de m'avoir généreusement aidé, en me procurant des copies de textes et de cartes à la Bodleian Library. Le travail de M. Charles Noad, généreusement donné et grandement apprécié, a permis d'améliorer considérablement l'exactitude de ce texte complexe. Il a lu la première épreuve avec une extrême attention et une compréhension critique, et a apporté de nombreuses améliorations ; parmi celles-ci se trouve une interprétation de la façon dont le sentier étroit suivi par Túrin, puis par Brandir le Boiteux, descendait à travers les bois surplombant le Taeglin jusqu'à Cabed-en-Aras : une interprétation qui justifie certaines assertions de mon père que j'avais simplement considérées comme erronées (pp.157, 159).

Il reste un certain nombre d'écrits de mon père, autres que ceux qui sont expressément philologiques, que je crois devoir être inclus dans cette Histoire de la Terre du Milieu, et j'espère être capable de publier un autre volume dans les deux années qui viennent.


Dernière édition par Eru le 25 Juin 2007 17:02; édité 25 fois
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MessagePosté le: 21 Mar 2006 22:01     Sujet du message: Répondre en citant

LES ANNALES GRISES


L'histoire des Annales du Beleriand commença vers 1930, quand mon père écrivit la première version (AB 1) avec celle des Annales de Valinor (AV 1). Celles-ci furent éditées dans le [HoMe] Vol. IV, La Formation de la Terre du Milieu ; je remarquai là que "les Annales furent créées, peut-être, en parallèle avec le Quenta comme un moyen commode de mener de front et de garder une trace des différents éléments dans la toile narrative sans cesse plus complexe". Les secondes versions des deux séries d'Annales furent composées plus tard dans les années 1930, comme parties d'un groupe de textes comprenant également le Lhammas ou Exposé des Langues, une nouvelle version de l'Ainulindalë, et l'œuvre centrale de cette époque : une nouvelle version du "Silmarillion", à proprement parler l'inachevé Quenta Silmarillion (QS). Ces secondes versions, comme les autres textes de cette période, furent publiés dans le [HoMe] Vol. V, La Route Perdue et Autres Textes, avec pour titres Les Annales Tardives de Valinor (AV 2) et Les Annales Tardives du Beleriand (AB 2).

Quand mon père se tourna de nouveau, en 1950-1951, vers le sujet des Jours Anciens après l'achèvement du Seigneur des Anneaux, il commenca de nouveau à travailler sur les Annales en reprenant les manuscrits des AV 2 et AB 2, vieux de quinze ans, et en s'en servant pour le guider dans la révision et la réécriture. Dans le cas des AV 2, la correction de l'ancien texte se limita aux annales introductives, et ainsi l'ébauche d'une nouvelle version écrite sur les versos vierges de ce manuscrit s'épuisa très rapidement, et par conséquent il n'était pas besoin d'accorder une trop grande importance à ce travail préliminaire ([HoMe] X, p.47). Dans les AB 2, par contre, les étapes préparatoires furent beaucoup plus vastes et substantielles.

En premier lieu, la révision du texte original d'AB 2 va beaucoup plus loin - bien que concrètement cela puisse être largement mis de côté, à partir du moment où le contenu de la révision apparaît dans des textes ultérieurs. (dans certains cas, comme dit dans [HoMe] V, p.124, il n'est pas facile de distinguer révisions "pré-Seigneur des Anneaux" et ajouts "récents" (ceux du début des années 1950)). En second lieu, le commencement d'une version nouvelle et beaucoup plus riche des Annales du Beleriand sur les versos vierges des AB 2 est d'un volume considérable (13 pages de manuscrit) - et sa première partie est écrite dans un style si soigné, avant qu'il ne commence à se dégrader, qu'on peut penser que mon père ne le voyait pas au début comme un brouillon. C'est intitulé "Les Annales du Beleriand", et on pourrait ainsi le qualifier d' "AB 3", mais en fait je le nommerais plutôt "AG 1" (voir ci-dessous).

Le texte final est un manuscrit bien lisible portant le titre "Les Annales du Beleriand ou les Annales Grises". J'ai choisi d'appeler cet ouvrage les Annales Grises, en abrégé "AG", pour mettre en évidence sa différence de nature par rapport aux formes plus anciennes des Annales de Beleriand et son lien étroit avec les Annales d'Aman (AAm), qui porte également un titre différent de celui de ses versions précédentes. La première version abandonnée qui vient d'être mentionnée mérite plus dès lors d'être appelée "AG 1" que "AB 3", puisque la plupart de son contenu est reprise de manière très proche dans le texte final, et doit être regardée comme une variante légèrement antérieure : il sera nécessaire de s'y référer et d'en mentionner des passages, mais il n'est pas besoin de la citer entièrement. Là où il deviendra nécessaire de distinguer le texte final de la version avortée, j'appellerai le premier "AG 2".

Il semble relativement évident que les Annales Grises suivirent les Annales d'Aman (dans sa forme primitive), mais les deux travaux étaient, j'en suis certain, très proches dans le temps en ce qui concerne leur composition. Dans la structure de l'histoire du Beleriand les Annales Grises constituent le texte primitif, bien que la dernière partie de ce travail ait été reprise largement dans le Silmarillion publié sans grand changement, je le concède pleinement. Ceci est vraiment essentiel d'un point de vue pratique, mais aussi pour poursuivre mon idée directrice dans cette "Histoire", dans laquelle j'ai tracé le développement du Sujet des Jours Anciens du début à la fin en me guidant avec les écrits authentiques de mon père : de ce point de vue l'œuvre publiée ne constitue pas sa fin, et je ne me sers pas en premier lieu de ses écrits ultérieurs pour établir un lien avec ce qui a été utilisé, ou avec la façon dont cela a été utilisé, dans "Le Silmarillion". - Il est très regrettable qu'il ait abandonné les Annales Grises au moment de la mort de Túrin - toutefois, comme nous le verrons plus tard, (p.251 et s.), il ajouta des éléments pour une possible continuation.

Je n'ai pas, comme dans le cas des Annales d'Aman, divisé les Annales Grises en sections, et le commentaire, se référant aux paragraphes numérotés, est placé à la fin du texte (p.103). Les changements ultérieurs apportés au manuscrit, qui par endroits étaient importants, sont annotés de la même manière.

En haut de la première page de l'ancien texte des AB 2, sans aucun doute avant qu'il ne commençât à travailler sur la nouvelle version considérablement élargie, mon père griffonna ces notes : "Faire de celles-ci les Annales Sindarines de Doriath et abandonner la plupart du …" (là on trouve deux mots qu'on peut probablement lire "contenu Nold[orin]") ; et "Introduire des notes sur Denethor, Thingol, etc… à partir des "AV".

Deux autres éléments dans l'ensemble de documents constituant les Annales Grises n'ont pas encore été mentionnés. Il y a un certain nombre de pages ébauchées portant les mots "Ancienne base des Annales Grises" (voir p.29) ; et il y a un tapuscrit dicté, en original et carbone, qui correspond clairement à celui des Annales d'Aman, que j'ai provisoirement daté de 1958 ([HoMe] X, p.47).

_________________
Le jour est venu ! Ô, peuple des Eldar et vous, Pères des Hommes, le jour est venu !.


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MessagePosté le: 21 Mar 2006 22:09     Sujet du message: Répondre en citant

LES ANNALES DU BELERIAND
OU
LES ANNALES GRISES



§1. Voici les Annales du Beleriand, telles qu'elles furent établies par les Sindar, les Elfes Gris de Doriath et des Havres, et enrichies des archives des derniers Noldor de Nargothrond et de Gondolin aux Bouches du Sirion, d'où elles furent ramenées dans l'Ouest.

§2. Beleriand est le nom du pays qui s'étendait sur chaque côté du fleuve Sirion avant que ne s'achevassent les Jours Anciens. Ce nom qu'il porte provient des plus anciennes archives existantes, et il est ici retenu sous cette forme, bien que maintenant on l'appelle Belerian. Dans la langue de cette contrée ce nom signifie : le pays de Balar. Car ce fut le nom que les Sindar donnèrent à Ossë, qui venait souvent sur ces côtes, et se lia là d'amitié avec eux. Au début, donc, ce nom fut donné au pays côtier, situé de part et d’autre des bouches du Sirion, qui faisaient face à l'Ile de Balar, mais il s'étendit jusqu'à inclure dans sa totalité l'ancienne côte du Nord-Ouest de la Terre du Milieu au Sud du Golfe de Drengist et toutes les terres intérieures au Sud de Hithlum jusqu'au pied de l'Eryd Luin (les Montagnes Bleues). Mais au sud des bouches du Sirion il n'avait pas de frontières certaines ; car il y avait en ces temps des forêts impénétrables entre les rivages inhabités et les eaux du Gelion, situées plus au sud encore.


1050ème Année des Valar

§3. C'est vers cette époque, dit-on, que Melian la Maia arriva de Valinor, quand Varda créa les grandes étoiles. A cette même époque les Quendi s'éveillèrent à Kuivénen, comme il est dit dans la Chronique d'Aman.


1080

§4. A cette époque, les espions de Melkor trouvèrent les Quendi et les persécutèrent.


1085

§5. Au cours de cette année Oromë trouva les Quendi, et se lia d'amitié avec eux.


1090

§6. A cette époque les Valar vinrent d'Aman pour assiéger Melkor, dont le bastion se situait dans le Nord au-delà d'Eryd Engrin (les Montagnes de Fer). Dans ces régions, donc, eurent lieu les premières batailles entre les Pouvoirs de l'Ouest et du Nord, et toute cette contrée s'en trouva largement défigurée, et prit alors cette forme qu'elle conserva jusqu'à l'arrivée de Fionwë. Car la Grande Mer déferla sur les côtes et créa un Grand Golfe en direction du sud, et beaucoup de baies plus petites naquirent entre le Grand Golfe et Helkaraxë loin au nord, là où la Terre du Milieu et Aman se rejoignaient. De toutes ces baies, la Baie de Balar était la principale ; et le puissant fleuve Sirion s’y déversait, venant des terres nouvellement érigées au nord : Dorthonion et les montagnes en Hithlum. Au début ces terres situées sur chaque côté du Sirion n'étaient que ruine et désolation à cause de la Guerre des Pouvoirs, mais bientôt des pousses y apparurent, alors que la plus grande partie de la Terre du Milieu dormait encore dans le Sommeil de Yavanna, car les Valar du Royaume Béni les avaient foulées ; et il y avait là de jeunes forêts sous les étoiles brillantes. Celles-là, Melian la Maia les favorisa ; et elle établit sa demeure dans les clairières de Nan Elmoth à côté de la Rivière Celon. Là aussi restèrent ses rossignols.


1102-1105

§7. Ingwë, Finwë, et Elwë furent conduits en Valinor par Oromë en tant qu'ambassadeurs des Quendi ; et ils portèrent leur regard sur la Lumière des Arbres et en furent pris d'un profond désir. Au retour ils conseillèrent aux Eldar de se rendre au Pays d'Aman, en réponse à l'appel des Valar.


1115

§8. Tout comme les Valar arrivèrent d'abord en Beleriand, se dirigeant vers l'est, ainsi plus tard Oromë, menant les nombreuses troupes des Eldar vers l'ouest en direction d'Aman, les amena vers les rives du Beleriand. Car là la Grande Mer était moins large et encore exempte des périls de la glace qui s'entendait plus loin au nord. En cette année des Valar, donc, les premières compagnies des Vanyar et des Noldor traversèrent la vallée du Sirion et arrivèrent au bord de mer entre Drengist et la Baie de Balar. Mais à cause de leur peur de la Mer, qu'ils n'avaient jamais vue ou même imaginée auparavant, les Eldar s'en retournèrent vers les forêts et les hautes terres. Et Oromë partit et retourna à Valinor et les abandonna là pour un temps.


1128

§9. Au cours de cette année les Teleri, qui s'étaient attardés en chemin, arrivèrent enfin eux aussi par-delà l'Eryd Luin jusqu'au Beleriand septentrional. Là ils firent halte et demeurèrent un certain temps entre la Rivière Gelion et l'Eryd Luin. A cette époque de nombreux Noldor vivaient à l'ouest des Teleri, dans ces régions où plus tard on devait trouver les forêts de Neldoreth et Region. Finwë était leur seigneur, et Elwë, seigneur des Teleri, était en grande amitié avec lui ; et Elwë avait souvent pour habitude de rendre visite à Finwë dans les demeures des Noldor.


1130

§10. Ce fut l'année où le Roi des Teleri, Elwë Singollo, se perdit dans la nature. Comme il était sur le chemin du retour après une rencontre avec Finwë, il passa près de Nan Elmoth et entendit les rossignols de Melian la Maia, et les suivit jusque loin dans les clairières. Là il aperçut Melian se tenant sous les étoiles, et une brume blanche l'entourait, mais la Lumière d'Aman rayonnait sur son visage. Ainsi naquit l'amour entre Elwë Robegrise et Melian de Valinor. Main dans la main ils se tinrent silencieusement au milieu les bois, le temps que les étoiles parcourent de nombreuses années et que les jeunes arbres de Nan Elmoth deviennent hauts et sombres. Longtemps en vain son peuple rechercha Elwë.


1132

§11. A présent, Ulmo, à la tête des Valar, arriva sur les rivages du Beleriand et appela les Eldar à le rencontrer ; et il leur parla, et joua de la musique avec ses trompes, et changea la peur de tous ceux qui l'avaient écouté en ardent désir de la Mer. Alors Ulmo et Ossë prirent une île qui se trouvait au loin dans la Mer, et ils la firent bouger et l'amenèrent, telle une puissante nef, jusqu'à la Baie de Balar ; et les Vanyar et les Noldor y embarquèrent, et furent conduits par-delà la Mer, jusqu'à ce qu'ils arrivassent enfin au Pays d'Aman. Mais une partie de cette île, qui était profondément ancrée dans les bancs des bouches du Sirion, se brisa et resta là ; et c'était là l'Ile de Balar sur laquelle Ossë venait souvent.

§12. Car les Teleri n'embarquèrent point, mais restèrent en arrière. Un grand nombre d'entre eux habitaient à ce moment-là loin de là dans le Beleriand oriental et n'entendit les appels d'Ulmo que trop tard ; et nombre d'autres recherchaient toujours leur roi Elwë, et ne désiraient pas partir sans lui. Mais quand les Teleri apprirent que leurs semblables, les Vanyar et les Noldor, étaient partis, la plupart se hâta vers le rivage et s'établit dès lors aux alentours des bouches du Sirion, dans la nostalgie de leurs amis qui les avaient quittés. Et ils prirent Olwë, le frère d'Elwë, pour seigneur. Alors Ossë et Uinen vinrent à eux, et demeurèrent sur l'Ile de Balar, devinrent les amis des Teleri et leur enseignèrent tout des traditions et de la musique de la Mer.


1149-1150

§13. En cette année Ulmo revint au Beleriand. Son retour fut principalement provoqué par les suppliques des Noldor et de leur roi Finwë, qui se désolaient de leur séparation d'avec les Teleri, et qui implorèrent Ulmo d'amener Elwë et son peuple en Aman, si tel était leur désir. Et tous ceux qui avaient suivi Olwë étaient à présent désireux de partir ; mais Ossë avait le cœur triste. Car il allait rarement jusqu'aux rivages d'Aman, et aimait les Teleri, et il ne lui plaisait pas que leurs belles voix ne fussent plus entendues sur les rivages de la Terre du Milieu, qui était son domaine.

§14. Ossë persuada donc beaucoup d'entre eux de rester au Beleriand, et quand le Roi Olwë et sa troupe furent embarqués sur l'île et franchirent la Mer, ils restèrent à observer depuis le rivage ; et Ossë revint vers eux et continua à être leur ami. Et il leur enseigna la construction de navires et la navigation ; et ils devinrent un peuple de marins, le premier en Terre du Milieu, et ils eurent de beaux havres à Eglarest et Brithombar ; mais quelques-uns continuèrent à vivre sur l'Ile de Balar. Círdan le Charpentier des Navires était le seigneur de ce peuple, et tout ce pays côtier situé entre Drengist et Balar qu'il dirigeait était appelé les Falas. Mais aucun Teler n'avait le cœur suffisamment vaillant, et aucun de leurs bateaux n'était assez robuste et rapide pour pouvoir défier les profondeurs de la Grande Mer ou apercevoir ne fut-ce que de loin le Royaume Béni et la Lumière des Arbres de Valinor. C'est pourquoi ceux qui restèrent en arrière furent appelés Moriquendi, les Elfes de l'Obscurité.


1150

§15. Les amis et familiers d’Elwë restèrent aussi ; mais ils auraient été heureux de partir pour Valinor et la Lumière des Arbres (qu'Elwë vit en vérité), si Ulmo et Olwë avaient bien voulu attendre plus longuement alors qu'ils recherchaient Elwë. Mais après avoir attendu toute une année (et la longueur d'une année des Valar équivaut à peu près à celle de dix de nos années), Ulmo partit, et les amis d'Elwë furent laissés en arrière. Ils se nommèrent donc eux-mêmes les Eglath, le Peuple Abandonné ; et bien qu'ils préférassent établir leurs demeures dans les bois et les collines plutôt que près de la Mer, qui les emplissait de chagrin, ils eurent toujours au plus profond du cœur le désir ardent d'aller vers l'Ouest.


1152

§16. Ce fut le moment où, dit-on, Elwë Singollo s'éveilla de sa longue transe. Et il revint de Nan Elmoth avec Melian, et dès lors ils s'établirent dans les bois au centre du pays ; et bien qu'Elwë eût grandement désiré revoir une nouvelle fois la Lumière des Arbres, il vit se refléter comme sur un miroir sans ombres la Lumière d'Aman sur le visage de Melian la belle, et dans cette lumière il trouva le contentement. Alors son peuple se rassembla autour de lui dans la joie ; et ils furent stupéfaits, car si beau et noble qu'il eût pu être, il ressemblait dès lors à un seigneur des Maiar, les plus grands de tous les Enfants d'Ilúvatar, les cheveux comme de gris argent, et les yeux inaccessibles tels des étoiles. Il devint Roi des Eglath, et Melian fut sa Reine, plus sage qu'aucune des filles de la Terre du Milieu.


1200

§17. Personne parmi les Elfes ni les Hommes ne sait quand vint au Monde Lúthien, fille unique d'Elwë et de Melian, la plus belle de tous les Enfants d'Ilúvatar qui fut ou qui sera. Mais il était considéré que ce fut à la fin du premier âge de l'Enchaînement de Melkor, quand toute la Terre vivait en grande paix et que la gloire de Valinor était à son zénith, et ce bien que la Terre du Milieu reposât en grande [partie] dans le Sommeil de Yavanna, qu'il y eut en Beleriand sous le pouvoir de Melian de la vie et de la joie et que les brillantes étoiles étincelèrent comme des feux argentés. Il est dit qu'elle naquit dans la Forêt de Neldoreth et qu'elle fut bercée sous les étoiles du ciel, et que les blanches fleurs de niphredil apparurent pour l'accueillir, telles des étoiles terrestres.


1200-1250

§18. Durant cette période le pouvoir d'Elwë et Melian s'étendit à tout le Beleriand. Il était appelé Elu Thingol dans la langue de son peuple, le Roi Robegrise, et tous les Elfes du Beleriand, des marins de Círdan aux chasseurs errants des Montagnes Bleues, le prirent pour seigneur. Et ils sont donc les Sindar, les Elfes Gris du Beleriand étoilé. Et bien qu'étant des Moriquendi, ils devinrent sous le règne de Thingol et les enseignements de Melian les plus justes et les plus sages et les plus habiles de tous les Elfes de la Terre du milieu.


1250

§19. En cette année, le Peuple Norn arriva pour la première fois en Beleriand, franchissant les montagnes. Les Noldor les nommèrent plus tard les Naugrim, que certains Hommes appellent Nains. Leurs plus anciennes demeures se trouvaient loin à l'est, mais ils avaient creusé pour leur propre compte, à la manière de leur race, de grandes salles et de grands palais sur la face est de l'Eryd Luin, au nord et au sud du Mont Dolmed, en ces lieux que les Eldar baptisèrent Belegost et Nogrod (mais les Nains les appelaient Gabilgathol et Tumunzahar). Puis partant de là ils avancèrent et se firent connaître des Elfes ; et les Elfes furent stupéfaits, car ils pensaient être les seules formes vivantes en Terre du Milieu à s'exprimer avec des mots ou à écrire avec leurs mains ; et que toutes les autres étaient uniquement des bêtes et des oiseaux.

§20. Cependant ils ne comprenaient pas le moindre mot de la langue des Naugrim, qui leur était lourde et déplaisante à entendre ; et peu d'Eldar arrivèrent jamais à en acquérir la maîtrise. Mais les Nains apprenaient vite (apparemment), et en vérité étaient plus désireux de connaître la langue des Elfes que d'enseigner la leur aux autres ; et il y eut bientôt de grands pourparlers entre les peuples. Leur amitié fut toujours froide, même s'ils tiraient grand profit les uns des autres. Mais à ce moment-là les griefs qui les séparent aujourd'hui n'étaient pas encore intervenus, et ils étaient bien accueillis chez le Roi Thingol.

§21. Comment les Nains arrivèrent au monde, les Eldar ne le savaient pas de manière certaine, bien que les savants eussent eux-mêmes consigné ailleurs les récits des Naugrim (ceux qu'ils ont bien voulu révéler) concernant leur naissance. Ils disent qu'Aulë le Père, qu'ils nommaient Mahal, leur donna la vie ; que ce soit vrai ou non, il est certain qu'ils étaient de grands forgerons et de grands maçons, bien que de mémoire leurs réalisations n'eussent jamais été très belles. Ils préféraient travailler le fer et le cuivre plutôt que l'argent ou l'or, et la pierre plutôt que le bois.


1300
De la construction de Menegroth.

§22. Melian, comme tous les Maiar, les gens de Valinor, avait une grande clairvoyance. Et quand deux âges de l'Enchaînement de Melkor se furent écoulés, elle fit part à Thingol de son sentiment que la Paix d'Arda ne durerait pas éternellement ; il réfléchit par conséquent à la manière de se construire une demeure digne d'un roi, et de se doter d'une place forte, dans l'éventualité où le mal s'éveillerait à nouveau en Terre du Milieu. Il s'arrêta donc chez les Enfeng, les Longuesbarbes de Belegost, avec lesquels il s'était lié d'amitié, et chercha à obtenir leur aide et leurs conseils. Et ils les lui donnèrent de bonne grâce, car en ces temps ils étaient infatigables, et impatients de réaliser de nouveaux travaux. Et bien que les Nains eussent toujours réclamé une rétribution pour tous leurs travaux, qu'ils y prissent du plaisir ou non, là ils ne demandèrent rien. Car Melian leur fit acquérir une grande sagesse, laquelle ils recherchaient ardemment ; cependant Thingol leur donna en remerciement un grand nombre de jolies perles. Celles-ci lui avaient été données par Círdan, car on les trouvait en quantité dans les eaux profondes près de l'Ile de Balar ; mais les Naugrim n'avaient jamais rien vu de tel, et ils les chérirent. Et l'une d'elles était aussi grande qu'un œuf de colombe, et son éclat était semblable à celui des étoiles sur l'écume de la mer ; on l'appelait Nimphelos, et le chef de la tribu des Enfeng l'estima plus qu'une montagne de richesses.

§23. Les Naugrim œuvrèrent donc longuement et avec plaisir pour Thingol, et conçurent pour lui des palais dans le style de leur peuple, enfouis profondément dans la terre. Sur le cours de la Rivière Esgalduin, qui séparait Neldoreth de Region, il y avait au milieu de la forêt une colline rocheuse, et la rivière se jetait à son pied. Ils élevèrent là les portes d'entrée des halls de Thingol, et ils construisirent un pont de pierre sur la rivière, le seul passage par lequel les portes pouvaient être franchies. Mais au-delà des portes, de vastes passages descendaient beaucoup plus bas jusqu'à de grandes salles et de grands appartements taillés dans la vivante pierre, si nombreux et si vastes que ces demeures furent nommées Menegroth, les Mille Voûtes.

§24. Mais les Elfes eurent aussi leur part dans cette œuvre, et Elfes et Nains ensemble, usant chacuns de leur propre savoir, firent là prendre forme aux visions de Melian, reflets du beau et prodigieux Valinor d'au-delà de la Mer. Les piliers de Menegroth étaient taillés à l'image des hêtres d'Oromë, de leurs troncs, branches et feuilles, et des lanternes les illuminaient d'or. Les rossignols y chantaient, comme dans les jardins de Lórien ; et il y avait des fontaines argentées, et des bassins en marbre, et par terre des pierres multicolores. Des formes sculptées de bêtes et d'oiseaux couraient sur les murs, ou grimpaient aux piliers, ou observaient immobiles à travers les branches, brodées de fleurs. Et les années passant, Melian et ses suivantes garnirent les salles de fresques aux multiples couleurs, sur lesquelles on pouvait voir la geste des Valar, et nombre d'événements qu'avait connus Arda depuis son commencement, et l'esquisse de choses qui étaient encore à venir. C'était la plus belle demeure qu'aucun roi ayant vécu à l'est de la Mer eût jamais possédée.


1300-1350

§25. Une fois la construction de Menegroth achevée, la paix régna dans le royaume de Thingol. Les Naugrim prirent bientôt l'habitude de passer les montagnes et de visiter Menegroth et de circuler à travers le pays, encore qu'ils se rendissent rarement aux Falas, car ils détestaient le son de la Mer et craignaient de la regarder ; mais hormis cela, ni rumeur ni nouvelles d'évènements en provenance du monde extérieur ne parvenaient au Beleriand. Mais à un moment donné les Nains s'inquiétèrent, et parlèrent au Roi Thingol, lui disant que les Valar n'avaient pas complètement éradiqué les démons du Nord, et qu'à présent ceux qui restaient, après s'être considérablement multipliés dans l'obscurité, s'étaient encore une fois remis en marche et rôdaient un peu partout. "Il y a des monstres sans pitié" dirent-ils, "là-bas dans les pays à l'est des montagnes, et les Elfes Noirs qui y habitent, votre ancien peuple, fuient des plaines vers les collines."


1330

§26. Et avant longtemps (en 1330 d'après les annales provenant de Doriath), les créatures du mal arrivèrent au Beleriand, passant outre les montagnes, ou venant du sud à travers les sombres forêts. Il y avait là des Loups, ou des créatures qui marchaient tels des loups, et d'autres abjects êtres de l'ombre.

§27. Parmi ceux-ci se trouvaient en fait les Orkor, qui plus tard œuvrèrent à la ruine du Beleriand ; mais ils étaient encore peu nombreux et prudents et ne faisaient que repérer les chemins du pays, dans l'attente du retour de leur Seigneur. Quand ils étaient arrivés, ou même ce qu'ils étaient, les Elfes ne le savaient pas alors, estimant qu'ils devaient être des Avari, peut-être devenus féroces et mauvais dans les régions sauvages. Ce en quoi leurs présomptions étaient presque bonnes, dit-on.

§28. Par conséquent Thingol pensa [en lui-même] à se doter d'armes, dont son peuple n'avait jamais eu besoin auparavant, et celles-ci furent au départ forgées pour lui par les Nains. Car ils avaient un grand savoir dans ce domaine-là, bien qu'aucun d'entre eux ne surpassât les artisans de Nogrod, parmi lesquels Telchar le Forgeron était le plus renommé. Les Naugrim étaient depuis longue date un peuple guerrier, et ils auraient combattu férocement quiconque leur eût causé du tort : des gens de Melkor, ou des Eldar, ou des Avari, ou des bêtes sauvages, ou de temps en temps ceux de leur propre race, des Nains appartenant à d'autres maisons ou servant d'autres seigneurs. En fait les Sindar se mirent rapidement à apprendre leur art de la forge ; toutefois les Nains étaient les seuls de tous les artisans à n'avoir été jamais surpassés dans le trempage de l'acier, fût-ce par les Noldor, et dans la fabrication de cottes de mailles faites d'anneaux reliés (que les Enfeng furent les premiers à réaliser), leur ouvrage n'avait pas de rival.

§29. Les Sindar étaient donc bien armés à cette époque, et ils repoussèrent toutes les créatures du mal, et connurent de nouveau la paix ; pourtant les magasins d'armes de Thingol étaient encore remplis de haches (les armes principales des Naugrim et des Sindar), et de lances et d'épées, et de grands heaumes et de longues tuniques de mailles brillantes : car les hauberts des Enfeng étaient faits de telle façon qu'ils ne rouillaient pas et qu'ils brillaient toujours, comme venant d'être polis. Tout cela fut très utile à Thingol dans les temps qui devaient suivre.


1350
L'Arrivée de Denethor.

§30. A présent, comme il est rapporté par ailleurs, un certain Dân de la troupe d'Olwë abandonna la marche des Eldar au moment où les Teleri étaient stationnés vers les rivages du Grand Fleuve sur les bordures des terres occidentales de la Terre du Milieu. Et il en incita de nombreux à le suivre et partit vers le sud le long du fleuve, et on ne connaît aujourd'hui que peu de choses des pérégrinations de ce peuple, les Nandor. Certains, dit-on, demeurèrent pendant tout un âge dans les bois situés dans le Val du Grand Fleuve, certains atteignirent enfin l'embouchure de l'Anduin, et résidèrent près de la Mer, et d'autres, passant par les Montagnes Blanches, rejoignirent le nord et pénétrèrent dans le désert d'Eriador entre Eryd Luin et les lointains Monts Brumeux. C'était un peuple sylvestre et il ne possédait aucune arme faite de métal, et l'arrivée des bêtes cruelles du Nord le terrifia fortement, ainsi que le rapportèrent les Naugrim. Par conséquent Denethor, le fils de Dân, entendant des rumeurs sur la puissance et la majesté de Thingol, et sur la paix dont jouissait son royaume, rassembla autant qu'il le put son peuple éparpillé en une troupe qu'il mena par-delà les montagnes au Beleriand. Là, ils furent bien accueillis par Thingol, comme des frères perdus depuis longtemps et qui reviennent, et ils demeurèrent en Ossiriand dans le sud de son royaume. Car c'était une grande contrée, et encore faiblement peuplée ; et elle était ainsi nommée, le Pays des Sept Rivières, car elle s'étendait entre le flot puissant du Gelion et les montagnes, à partir desquelles affluaient vers le Gelion les rivières rapides : Ascar, Thalos, Legolin, Brilthor, Duilwen, et Adurant. Dans cette région les forêts devinrent par la suite hautes et vertes, et les gens de Denethor y résidèrent, précautionneux et rarement visibles, leur habillement étant de la couleur des feuilles ; et c'est pourquoi ils furent appelés les Elfes Verts.

§31. Peu de contes narrent les longues années de paix qui suivirent l'arrivée de Denethor ; car bien qu'on raconte qu'en ce temps Dairon le ménestrel, qui était le premier savant dans le royaume de Thingol, imagina les Runes,* [ajouté plus loin dans la marge : Cirth] celles-ci étaient rarement utilisées par les Sindar pour consigner les récits, jusqu'aux jours de la Guerre, et beaucoup de ce qui avait été conservé de mémoire périt dans la ruine de Doriath. Encore qu'il y a peu de choses à dire sur une vie de bonheur sans partage, avant qu'il ne s'achève ; comme les œuvres belles et merveilleuses, qui tant qu'elles supportent le regard, sont leur propre mémoire, et qui seulement quand elles sont en péril ou détruites à jamais deviennent des chansons. En ces temps-là au Beleriand les Elfes marchaient, et les rivières suivaient leur cours, et les étoiles brillaient, et les fleurs de la nuit proposaient leurs senteurs ; et la beauté de Melian était à son zénith, et la beauté de Lúthien était comme une aube au printemps. Au Beleriand, le Roi Thingol était, sur son trône, tel les fils des Valar ; dont le pouvoir est au repos, dont la joie est comme un air qu'ils respirent leurs jours durant, dont la pensée coule comme une vague sereine, des hauteurs vers les profondeurs. Au Beleriand, Oromë le grand chevauchait toujours de temps en temps, passant comme le vent sur les montagnes, et le son de son cor parcourait les lieues d'une lumière d'étoile, et les Elfes le craignaient pour la splendeur de son apparence et la charge de Nahar ; mais quand le Valaróma résonnait dans les collines, ils savaient bien que toutes les créatures du mal étaient repoussées au loin.

* Celles-ci, est-il dit, il les conçut tout d'abord avant la construction de Menegroth, et ensuite il les améliora. Les Naugrim qui, de fait, se joignirent à Thingol, apprirent les Runes de Dairon, et apprécièrent grandement cet outil, portant une plus grande estime à l'art de Dairon que ne le firent les Sindar, son propre peuple ; et par les Naugrim elles [plus tard> les Cirth] furent apportées à l'est, par-delà les montagnes, et entrèrent dans la connaissance de beaucoup de peuples.


1495

§32. Le Grand Bonheur arriva en fin de compte à toucher à sa fin, et de son apogée, Valinor versait vers son crépuscule. Car cela est connu de tous, étant mentionné ailleurs dans la tradition et chanté dans bien des chansons, que Melkor détruisit les Arbres des Valar avec l'aide d'Ungoliantë, et s'enfuit et s'en retourna au nord de la Terre du Milieu. Et par la suite il sera connu par le nom que Fëanor lui donna, le Sombre Ennemi, Morgoth le Maudit.

§33. La querelle entre Morgoth et Ungoliantë eut lieu loin dans le Nord ; mais le grand cri de Morgoth résonna à travers le Beleriand, et son peuple tout entier recula sous la peur ; car si peu d'entre eux surent ce que ce cri augurait, ce fut le héraut de la mort qu'il entendirent là.

§34. En fait, Ungoliantë fuit, peu de temps après, le Nord et pénétra dans le royaume du Roi Thingol, et une terreur obscure l'accompagnait. Mais le pouvoir de Melian l'arrêta, et elle ne put entrer dans Neldoreth, mais elle demeura longtemps sous l'ombre des précipices dans lesquels Dorthonion se jetait en direction du sud. Ils furent dès lors connus sous le nom d'Eryd Orgoroth, les Montagnes de la Terreur, et personne n'osait s'y rendre, ni les approcher de trop près ; car même après qu'Ungoliantë fût elle-même partie, retournant quelque part dans le Sud oublié du monde, ses atroces rejetons y restèrent sous la forme d'araignées et y tissèrent leurs toiles hideuses. La lumière et la vie étaient là-bas étouffées, et toutes les eaux empoisonnées.

§35. Toutefois Morgoth ne vint pas lui-même au Beleriand, mais se rendit aux Montagnes de Fer, et là avec l'aide de ses serviteurs, qui étaient venus à sa rencontre, il y excava de nouveau de vastes souterrains et des cachots. Par la suite, les Noldor nommèrent ceux-ci Angband : la Prison de Fer ; et au-dessus de ses portes Morgoth érigea les trois immenses pics du Thangorodrim, et une grande exhalaison de fumée sombre les couronnait en permanence.


1497

§36. En cette année Morgoth lança son premier assaut contre le Beleriand, qui se trouvait au sud d'Angband. En fait il est dit que les portes de Morgoth étaient distantes d'à peu près cent cinquante lieues du pont de Menegroth ; loin mais encore trop près.

§37. Les Orcs, qui s'étaient multipliés dans les entrailles de la terre, étaient à présent devenus forts et cruels, et leur sombre seigneur les avait emplis d'un grand désir de destruction et de mort ; et ils franchirent les portes d'Angband sous les nuages que Morgoth avait lancés, et entrèrent silencieusement dans les hautes terres du nord. Alors une grande armée pénétra soudainement au Beleriand et assaillit le Roi Thingol. Dans son vaste royaume beaucoup d'Elfes erraient librement dans la nature ou vivaient en paix par petits groupes tranquilles très éloignés les uns des autres. Il n'y avait de fortes populations que dans le centre du pays autour de Menegroth, et le long des Falas dans la contrée des marins ; mais les Orcs s'abattirent de toutes parts sur Menegroth, et à partir de camps situés à l'est entre le Celon et le Gelion, et à l'ouest dans les plaines entre le Sirion et le Narog, ils se livrèrent à un très vaste pillage ; et Thingol se trouva coupé de Círdan à Eglarest.

§38. Il fit donc appel à Denethor, et les Elfes arrivèrent en force de Region sur l'Aros et d'Ossiriand, et livrèrent la première bataille des Guerres de Beleriand. Et la troupe orientale des Orcs se trouva prise entre les armées des Eldar, au nord de l'Andram et à mi-chemin entre l'Aros et le Gelion, et ils subirent là une défaite totale, et ceux qui, échappant au grand massacre, avaient fuit vers le nord, tombèrent sur les haches des Naugrim venus du Mont Dolmed : peu revinrent en Angband.

§39. Mais la victoire des Elfes fut chèrement acquise. Car les Elfes d'Ossiriand étaient légèrement armés, et ne pouvaient se mesurer aux Orcs, qui portaient chausses et protections de fer et arboraient de grandes lances aux larges lames. Et Denethor se retrouva isolé et encerclé sur les collines d'Amon Ereb ; et là il tomba et avec, autour de lui, ses plus proches parents, avant que la troupe de Thingol n'eût pu venir à son secours. Bien que sa mort fût cruellement vengée, quand Thingol tomba sur l'arrière-garde des Orcs et en abattit un très grand nombre, les Elfes Verts ne cessèrent de le pleurer et ne prirent plus jamais de roi. Après la bataille certains retournèrent en Ossiriand, et les nouvelles qu'ils rapportèrent emplirent le restant de leur peuple d'une grande peur, c'est pourquoi dès lors ils ne participèrent jamais plus à une guerre ouverte, mais agirent avec précaution et dans le secret. Et nombre d'entre eux gagnèrent le nord et entrèrent dans le royaume bien gardé de Thingol et se mêlèrent à son peuple.

§40. Et quand Thingol rentra à Menegroth il apprit que la troupe occidentale des Orcs avait été victorieuse et avait obligé Círdan à se replier sur le bord de la Mer. Par conséquent il demanda à tous ceux de ses sujets de Neldoreth et de Region qu'il pouvait atteindre avec célérité de se replier vers lui, et Melian usa de son pouvoir et encercla tout le domaine alentour d'un invisible mur d'ombre et d'enchantement : la Ceinture de Melian, que dès lors nul ne put franchir contre sa volonté ou celle du Roi Thingol (à moins que quelqu'un n'arrivât avec un pouvoir supérieur à celui de Melian la Maia). Dès lors ce pays caché qui fut longtemps appelé Eglador, devint Doriath, le royaume surveillé, Pays de la Ceinture. En son sein il régnait cependant une paix vigilante ; mais au dehors le danger et une grande peur étaient présents, et les serviteurs de Morgoth maraudaient à l'envi, sauf au-delà des murs des havres des Falas.


De l'Arrivée des Noldor

§41. Mais de nouveaux évènements étaient sur le point de se passer, que nul en Terre du Milieu n'avait prédits, ni Morgoth dans ses basses-fosses ni Melian à Menegroth ; car aucune nouvelle ne sortit d'Aman, que ce soit par un messager ou par l'esprit, ou par une vision en rêve, après la mort des Arbres et la dissimulation de Valinor. En cette même année des Valar (mais quelques sept années plus tard dans le comput ultérieur) Fëanor, traversant la Mer sur les nefs blanches des Teleri, débarqua dans le Golfe de Drengist, et là à Losgar il incendia les bateaux.

§42. Les flammes de cet incendie pouvaient à présent être aperçues non seulement par Fingolfin, que Fëanor avait abandonné, mais aussi par les Orcs et les observateurs de Morgoth. Aucun récit ne narre ce que le cœur de Morgoth ressentit en apprenant que Fëanor, son ennemi le plus acharné, avait amené de l'Ouest une armée. Peut-être le craignait-il peu, car il n'avait pas encore goûté aux épées des Noldor, et on put s'apercevoir bientôt que son dessein était de les renvoyer à la Mer.

§43. Drengist est un long golfe qui traverse les Collines de l'Echo d'Eryd Lómin, qui sont la barrière occidentale de la grande contrée de Hithlum. Ainsi l'armée de Fëanor put passer des rivages aux régions intérieures de Hithlum, et avançant vers l'extrémité septentrionale des Montagnes de Mithrim elle campa sur ce plateau qu'on appelait Mithrim et qui s'étendait autour du grand lac situé au milieu des montagnes du même nom.

§44. Mais l'armée de Melkor, des orcs et des loups-garous, traversa les cols d'Eryd-wethrin et assaillit soudainement Fëanor, avant que son camp ne fût entièrement bâti ou paré à la défense. Là sur les champs gris de Mithrim eut lieu la seconde bataille des Guerres de Beleriand, et la première rencontre entre la puissance de Morgoth et la valeur des Noldor. On l'appelle Dagor-nuin-Giliath, la Bataille sous les Etoiles, car la Lune ne s'était pas encore levée. Bien qu'ils furent dépassés en nombre et pris au dépourvu, les Noldor obtinrent une rapide victoire dans cette bataille. Forts et beaux étaient-ils encore, car la lumière d'Aman ne s'était pas encore voilée dans leurs yeux ; ils étaient prompts, et mortels dans leur colère, et longues et terribles étaient leurs épées. Les Orcs fuirent devant eux, et furent repoussés de Mithrim dans un grand carnage, et pourchassés jusqu'au-delà de cette grande plaine qui s'étendait au nord de Dorthonion, et qu'on appelait alors Ardgalen. Alors les armées qui étaient passées au sud dans les vallées du Sirion et avaient assiégé Círdan vinrent à leur secours, et furent prises dans leur débâcle. Car Celegorn fils de Fëanor, ayant appris leur arrivée, les prit en embuscade avec une partie de l'armée elfe, et leur tombant dessus des collines près d'Eithel Sirion, les amena dans le Marais de Serech. Néfastes en vérité furent les nouvelles qui parvinrent en fin de compte en Angband, et Morgoth en fut atterré. Dix jours dura cette bataille, et de toutes les troupes qu'il avait préparées pour la conquête des royaumes des Eldar, ne renvinrent tout au plus qu'une poignée de phalanges.

§45. Encore qu'il eût des raisons de se réjouir grandement, bien que celles-ci lui fussent encore dissimulées un certain temps. Car le cœur de Fëanor, dans sa colère contre l'Ennemi, s'embrasa tel un feu, et il ne stoppa pas son élan, mais poursuivit le restant des Orcs, pensant, dit-on, atteindre Morgoth en personne. Et il partit d'un rire sonore comme il brandissait son épée, et se réjouit d'avoir bravé la colère des Valar et tous les maux qu'il fut amené à croiser sur le chemin, en cette heure de sa vengeance. Il ne connaissait rien d'Angband, ni des grandes défenses que Morgoth avait si promptement mises en place ; mais l'aurait-il su que cela ne l'aurait point dissuadé, car il était destiné à mourir, consumé par les flammes de sa propre colère. Il advint donc qu'il devança largement la tête de ses troupes, et voyant cela les serviteurs de Morgoth firent volte-face pour hurler, et là des Balrogs jaillirent d'Angband pour leur prêter assistance. Là-bas, aux confins de Dor Daedeloth, le pays de Morgoth, Fëanor se trouva encerclé avec seulement quelques uns de ses amis. Bientôt il se tint seul ; mais longuement il combattit, et, jamais découragé, il rit, bien que pris dans un tourbillon de feu et maintes fois blessé. Mais Gothmog,* le Seigneur des Balrogs, le jeta finalement à terre, et il eût péri là si Maidros et trois autres de ses fils n'étaient pas à ce moment-là accourus avec force à son aide, et les Balrogs se replièrent vers Angband.

* [ Note en marge :] lequel fut par la suite abattu par Ecthelion à Gondolin.

§46. Alors ses fils soulevèrent leur père et le portèrent, retournant vers Mithrim. Mais alors qu'ils approchaient d'Eithel Sirion et montaient le chemin menant à la passe traversant les montagnes, Fëanor leur demanda de s'arrêter. Car ses blessures étaient mortelles, et il savait que son heure était venue. Et observant depuis les pentes d'Eryd-wethrin, il contempla une dernière fois les pics lointains du Thangorodrim, les plus puissantes des tours de la Terre du Milieu, et sut, avec la prescience qu'apporte la mort, qu'aucun pouvoir des Noldor ne pourrait jamais les jeter à bas ; mais il maudit le nom de Morgoth, et somma ses fils de tenir leur serment, et de venger leur père. Puis il mourut ; mais il n'eut ni tombe ni funérailles, car si ardent était son esprit que, lorsqu'il disparut, son corps tomba en cendres et fut emporté comme fumée, et son être n'a jamais reparu en Arda, pas plus que son esprit n'a quitté le royaume de Mandos. Ainsi finit le plus puissant des Noldor, dont les actes amenèrent leur renommée la plus grande et leur affliction la plus profonde.

§47. Des nouvelles concernant ces grands faits arrivèrent à Menegroth et à Eglarest, et les Elfes Gris furent emplis d’émerveillement et d’espoir, car ils espéraient un grand secours dans leur défense contre Morgoth de la part de leurs puissants pairs revenus ainsi de l’Ouest de manière inattendue, en cette heure où leur nécessité était grande, croyant en fait à l'origine qu'ils arrivaient en tant qu’émissaires des Valar pour délivrer leur peuple du mal. Cela dit les Elfes Gris étaient de la race des Teleri, et Thingol était le frère d’Olwë d’Alqualondë, mais rien n’était encore connu du Massacre, ni des conditions de l’exil des Noldor, et du serment de Fëanor. Cependant, bien qu’ils ignorassent tout de la Malédiction de Mandos, les effets de celle-ci se firent rapidement sentir au Beleriand. Car le cœur du Roi Thingol se prit à regretter les jours de paix où il était le haut seigneur de tout le pays et de ses peuples. Vastes étaient les contrées du Beleriand, dont beaucoup étaient inhabitées et sauvages, et pourtant il n’accueillit pas de son plein cœur l’arrivée de l’Ouest de tant de princes en puissance, avides de nouveaux royaumes.

§48. Ainsi il régna dès le départ une certaine froideur entre les fils de Fëanor et lui, alors que l’amitié la plus proche était réclamée, s’ils devaient avoir à résister à Morgoth ; car les fils [Maison>] de Fëanor n’étaient pas enclins à accepter la suzeraineté de Thingol, et n'auraient demandé de permission ni pour s’installer ni pour circuler. Par conséquent, quand avant longtemps (par traîtrise et mauvaise intention, comme il sera dit plus tard), le récit complet de ce qui s’était passé à Valinor fut connu en Beleriand, il y eut plus d’inimitié que d’alliance entre Doriath et la Maison de Fëanor ; et cette amertume, Morgoth l’attisa ardemment par tous les moyens qu’il put trouver. Mais ce mal appartenait encore aux jours à venir, et la première rencontre entre les Sindar et les Noldor eut lieu dans la joie et l’excitation, bien qu’au début leurs discussions ne fussent pas aisées, car au cours de leur longue séparation, les langues des Kalaquendi à Valinor et des Moriquendi au Beleriand s’étaient considérablement éloignées l’une de l’autre.

_________________
Le jour est venu ! Ô, peuple des Eldar et vous, Pères des Hommes, le jour est venu !.


Dernière édition par Eru le 04 Déc 2006 13:29; édité 12 fois
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MessagePosté le: 07 Mai 2006 17:16     Sujet du message: Répondre en citant

Excursus sur les langues du Beleriand

J’interromps ici le texte, vu que le contenu divergent, fort complexe, qui suit dans les deux manuscrits ne peut pas être bien intégré dans le commentaire.
A la place du §48 des AG 2 qui vient d’être donné, les AG 1 (sans faire référence à l’hostilité active qui s’était établie entre Thingol et les Fëanoriens) proposaient seulement ce qui suit (après "avides de nouveaux royaumes") :
    De plus au cours de leur longue séparation les langues des Sindar et des Noldor s’étaient éloignées l’une de l’autre, et au début leurs discussions n’étaient pas aisées.
Ceci se poursuit par un long "excursus" (signalé dans le manuscrit comme une intervention dans le texte principal) sur le développement et les relations du Noldorin et du Sindarin au Beleriand, dont la conclusion est également celle des AG 1. Cette explication apparaît de nouveau, réécrite, dans les AG 2, et à cette occasion cette forme remaniée fut elle-même substantiellement modifiée. Il semble souhaitable de donner toutes les versions de ce passage, dont l’importance est centrale dans l’histoire linguistique de la Terre du Milieu. Les notes numérotées dans cette section peuvent être trouvées p.28.
La version originale dans les AG 1 se présente comme suit.


Quand Fëanor accosta, cela faisait en fait trois cent soixante-cinq des longues années des Valar 1 que les Noldor avaient franchi la Mer et abandonné les Teleri derrière eux. Cela équivalait presque en durée à trois mille cinq cents des années du Soleil. Sur une telle période, les langues des Hommes mortels qui étaient séparés par une longue distance auraient en vérité évolué en dehors de toute connaissance, si ce n'est en tant que consignation par écrit du chant et de la sagesse. Mais à Valinor, durant les jours des Arbres, le changement était très peu perceptible, exception faite de celui qui intervenait par volonté et dessein, pendant qu’en Terre du Milieu sous le Sommeil de Yavanna il en était de même, bien qu’au Beleriand, avant le Lever de la Lune, toutes choses eussent été sorties de l’endormissement, comme il a déjà été dit.2 Par conséquent, alors que la langue des Noldor avait connu peu d’évolutions par rapport à la langue ancienne des Eldar du temps de leur marche – et son altération résultait en majeure partie de la création de mots nouveaux (pour les choses anciennes et nouvelles) et l’adoucissement et l’harmonisation des sons de la langue Quendienne pour obtenir des formes qui semblaient plus belles aux Noldor – la langue des Sindar avait elle beaucoup évolué, en une croissance inobservée à l’instar d’un arbre qui change imperceptiblement de forme : autant peut-être qu’une langue non écrite des mortels puisse changer en cinq cents ans ou plus.3 C’était, même avant le Lever du Soleil, un parler qui différait grandement à l’oreille du Noldorin, et après ce Lever les changements se succédèrent rapidement, très rapidement en fait durant une période du second Printemps d’Arda. A l’oreille, donc, car bien que Dairon le ménestrel et savant de Menegroth eût déjà conçu ses Runes aux alentours de la 1300ème année des Valar (et par la suite les améliora grandement), il n’était pas coutume chez les Sindar de consigner par écrit leurs chansons ou leurs mémoires, et les Runes de Dairon (sauf à Menegroth) étaient principalement utilisées pour les noms et pour de courtes inscriptions sur du bois, de la pierre ou du métal. (Les Naugrim4 apprirent les Runes de Dairon à Menegroth, appréciant grandement cet outil et portant plus grande estime à Dairon que [ne le fit] son propre peuple ; et par les Naugrim furent-elles apportées à l’est, par-delà les montagnes.)5
Bientôt, toutefois, il advint que les Noldor usèrent au quotidien de la langue Sindarine, et cette langue, enrichie de mots et de structures du Noldorin, devint la langue commune à tous les Eldar au Beleriand (sauf dans le pays des [Elfes] Verts) et la langue de tous les Eldar, que ce soient ceux de la Terre du Milieu, ou ceux qui (comme cela sera dit) rentrèrent dans l’Ouest de leur exil et qui résidèrent et résident encore en Eressëa. En Valinor le parler ancien des Elfes existe toujours, et les Noldor ne l’abandonnèrent jamais ; mais il cessa d’être pour eux une langue du berceau de leurs origines, une langue mère, mais une langue enseignée pour le savoir et le haut chant, et d’usage noble et solennel. Peu parmi les Sindar l’apprenaient, sauf quand ils se trouvaient constituer, en dehors de Doriath, un seul et même peuple avec des Noldor et suivaient leurs princes ; ce qui se trouva être bientôt le cas, hormis pour quelques compagnies de Sindar éparpillées dans des forêts montagneuses, et hormis aussi pour le royaume de Círdan, et celui surveillé de Thingol.
Cela dit ce changement de langue parmi les Noldor eut lieu pour moult diverses raisons. La première est que bien que les Sindar fussent peu nombreux, ils dépassaient très largement en nombre les troupes de Fëanor et Fingolfin, celles qui au final survécurent à leur terrifiant voyage et gagnèrent le Beleriand. La deuxième et non la moindre : que les Noldor qui avaient abandonné Aman devinrent eux-mêmes sujets à un changement imprévu alors qu’ils effectuaient encore leur marche, et qu’au Lever du Soleil ce changement s’accéléra – et l’évolution de leur langue usuelle fut telle, qu'en raison soit d'un climat et d'un environnement semblables, et de fortunes similaires, soit d'unions et de mélange de sangs, elle se modifia en suivant la même voie que le Sindarin, et les deux langues se rapprochèrent l'une de l'autre. Il se trouva ainsi que des mots empruntés au Noldorin par le Telerin ne cadrassent pas avec les formes authentiques du Haut Parler, comme s'il y avait eu modification et mise en concordance avec les particularités de la langue du Beleriand. Troisièmement : parce que, après la mort de Fëanor, la suzeraineté sur les Exilés (comme il sera dit plus tard) revint à Fingolfin, et que celui-ci, étant d'un caractère différent de Fëanor, reconnut la haute royauté de Thingol et Menegroth, étant réellement en admiration devant ce roi, le plus puissant des Eldar hormis seulement Fëanor, et pas moins devant Melian. Mais bien qu'Elu-Thingol, dont la mémoire était grande, pût se rappeler la langue des Eldar telle qu'elle était avant que, quittant le camp de Finwë, il n'entendît les oiseaux de Nan Elmoth, à Doriath la langue Sindarine était la seule à être parlée, et tous ceux qui avaient à y traiter avec leurs semblables devaient l'apprendre.
Il est dit que ce fut après la Troisième Bataille, Dagor Aglareb,6 que les Noldor commencèrent pour la première fois à adopter largement le Sindarin, alors qu'ils s'installaient et établissaient des royaumes au Beleriand ; bien que le Noldorin ait peut-être survécu (notamment à Gondolin) jusqu'à Dagor Arnediad7 ou jusqu'à la Chute de Gondolin - survécu, c'est-à-dire, sous la forme parlée qu'il avait au Beleriand et qui était différente à la fois du Quenya (ou Noldorin Ancien) et du Sindarin : car le Quenya ne disparut jamais et est encore connu et utilisé par tous ceux qui franchirent la Mer avant que les Arbres ne fussent détruits.

Ceci est le premier exposé linguistique général depuis le Lhammas, écrit longtemps auparavant, et il y a là des changements majeurs par rapport à la théorie précédente. La troisième version du Lhammas, "Lammasethen", la dernière et plus courte des trois, offre un exposé clair de ce qui est dit plus diffusément dans les versions plus longues, et j'en cite une partie (extrait de [HoMe] V, p.193-4) :
    Alors le Noldorin ancien, tel qu'il fut utilisé et écrit en les jours de Fëanor à Tûn, continua à être parlé par les Noldor qui ne quittèrent pas Valinor lors de son assombrissement, et il y existe toujours, sans grand changement, et ne différant pas beaucoup du Lindarin. Il est appelé Kornoldorin, ou Finrodien car Finrod et la plupart de ses gens retournèrent à Valinor et n'allèrent point au Beleriand. Mais la plupart des Noldor se rendirent au Beleriand, et au cours des 400 années que durèrent leurs guerres contre Morgoth, leur langue évolua considérablement. Pour trois raisons : parce que cela ne se passait pas en Valinor ; parce que parmi les Noldor régnaient la guerre et la confusion, et largement la mort, de telle façon que leur langue fut soumise aux mêmes variations que celles des Hommes mortels ; et parce que dans le monde entier, mais particulièrement en Terre du Milieu, il y eut beaucoup de changement et de développement dans les premières années du Soleil. Au Beleriand aussi la langue et les dialectes des Elfes Ilkorins de la race des Teleri étaient courants, et leur roi Thingol était très puissant ; et le Noldorin du Beleriand emprunta beaucoup au Beleriandique, surtout celui de Doriath. La plupart des noms et lieux de ce pays furent donnés sous la forme Doriathrine. Le Noldorin revint dans l'Ouest, après que Morgoth fut renversé, et survit encore à Tol-Eressëa, où son évolution est maintenant lente ; et cette langue est principalement dérivée de celle de Gondolin, d'où vint Eärendel ; mais elle est largement teintée de Beleriandique, car son épouse Elwing était la fille de Dior, héritier de Thingol ; et elle contient un peu d'Ossiriand, car Dior était le fils de Beren qui vécut longtemps en Ossiriand.

Il y avait aussi la langue littéraire, "Latin des Elfes", Quenya, au sujet de laquelle le Lammasethen donne un rendu différent de celui des autres versions (voir [HoMe] V, p.195). Le "Latin des Elfes", dit-on ([HoMe] V, p.172), fut amené en Terre du Milieu par les Noldor, il en arriva à être utilisé par tous les Ilkorindi, "et tous les Elfes le connaissent, même ceux qui s'attardent encore dans les Terres de ce côté-ci de la Mer".
Ainsi dans le récit du Lhammas nous trouvons trois langues au Beleriand, après le Retour des Noldor :

Quenya, la haute langue et langue littéraire, amenée de Valinor par les Noldor ;
Noldorin, la langue des Noldor en Kôr, profondément modifiée au Beleriand et très influencée par le parler Ilkorin, surtout celui de Doriath. (Il est dit dans le Lhammas, [HoMe] V, p.174, que la langue Noldorine de Kôr, le Korolambë ou Kornoldorin, s'était elle-même beaucoup transformée depuis les temps anciens grâce à l'extraordinaire créativité des Noldor.)
Beleriandique, la langue Ilkorine du Beleriand, qui était devenue à travers de longs âges très différente des langues de Valinor.
Le parler Noldorin de Gondolin était la langue qui survécut en Tol Eressëa après l'achèvement des Jours Anciens, bien qu'influencée par d'autres parlers, notamment l'Ilkorin de Doriath durant le séjour aux Bouches du Sirion (voir [HoMe] V, p.177-8).

Dans les AG 1, nous trouvons encore l'idée que la langue des Noldor en Valinor fut modifiée par la créativité des Noldor, bien qu'il soit mis en avant qu'elle n'avait subi que peu de modifications "par rapport à la langue ancienne des Eldar du temps de la marche" ; et la différence profonde entre le Noldorin des Exilés revenus de Valinor et l'ancienne langue Telerienne du Beleriand (appellée à présent Sindarin) subsiste de même - c'est en vérité cette constatation qu'au départ la communication entre Noldor et Sindar n'était pas aisée qui conduit à cet excursus. Mais dans les AG 1 il est dit que, même si la langue Sindarine s'était "enrichie de mots et structures du Noldorin", le Sindarin devint toutefois la langue de tous les Eldar de la Terre du Milieu et fut celle de Tol Eressëa après le Retour, alors que le Noldorin de Valinor était devenu une langue "apprise" - au même titre que le "Latin des Elfes" ou Quenya du Lhammas, mais acquise par peu des Sindar ; et en fait le "Noldorin Ancien" est assimilé au Quenya (p.22, à la fin du texte). Parmi les raisons données pour cette évolution, il y a celle que le Noldorin parlé du Beleriand et le Sindarin "se rapprochèrent" l'un de l'autre, et il apparaît clairement dans le dernier paragraphe du texte qu'il y avait à la fin des Jours Anciens une profonde différence entre le Noldorin parlé du Beleriand, là où il subsista, et le "Noldorin Ancien" ou Quenya.
L'affirmation que Fingolfin, en tant que "suzerain" des Exilés, "reconnut la haute royauté de Thingol et Menegroth", étant "en grande admiration devant ce roi", est importante (cf. QS §121 : "et bien que les Rois des Noldor fussent puissants en ces temps ... le nom de Thingol était, parmi eux, tenu en admiration"). C'est en fait une des raisons avancées pour l'adoption du Sindarin par les Noldor au Beleriand - car dans le domaine de Thingol, seul le Sindarin pouvait être utilisé ; mais il est évident qu'à ce moment-là l'idée d'interdire effectivement l'utilisation du parler Noldorin parmi les Sindar n'était pas née.
A la fin de ce passage linguistique dans les AG 1, mon père écrivit hâtivement au crayon :

    Modifier ceci. Permettre que les Sindar et les Noldor parlent des langues beaucoup plus proches grâce à (a) moins d'évolutions en Valinor (b) une évolution lente en Terre du Milieu (c) la longue mémoire des Elfes. Mais il y avait bien sûr des différences - de nouveaux mots en Noldorin et en Sindarin. Dans les deux cas plus par invention qu'involontairement. Mais après le Lever du Soleil le changement fut soudain et rapide - et les Noldor amenèrent avec eux un sort particulier de changement récurrent (dans le dessein de les empêcher de communiquer avec Valinor ?). Les deux langues se modifièrent là et se rapprochèrent au travers de leurs évolutions. Au Beleriand, un Sindarin (légèrement) Noldorisé était généralement parlé. En Doriath moins de Noldorin si ce n'est pas du tout. [?Ossiriand] pour ressembler au Beleriandique.


La démarcation ici par rapport au texte primitif repose sur l’absence de différence significative entre la langue du Beleriand et celle des arrivants Noldor, l’histoire qui s’ensuit en étant (à ce qu’il semble, d’après l’écriture brève et rapide) plus une sur la convergence des langues que sur l’abandon du Noldorin.

L’excursus sur les langues dans les AG 2, écrit en beaucoup plus petit que ne l’est le corps principal du texte, se lit comme suit.


A l’accostage de Fëanor, cela faisait en fait trois cent soixante cinq longues années des Valar que les Noldor avaient franchi la Mer et laissé les Sindar derrière eux. Cette durée de temps était alors bien proche de celle de trois mille cinq cents années du Soleil. Sur une telle période, les langues des Hommes qui étaient séparés par une longue distance auraient en effet changé en dehors de toute connaissance, hormis ce qui avait été conservé par écrit du chant et de la sagesse. Mais en Valinor, durant les jours des Arbres, l’évolution était peu perceptible, hormis celle qui résultait de la volonté ou d’un dessein, pendant qu’en Terre du Milieu sous le Sommeil de Yavanna le changement de croissance était également lent. Néanmoins, au Beleriand le Sommeil précédant l’arrivée du Soleil avait été agité (comme il est dit par ailleurs) et la langue des Sindar avait, au cours des longues années, énormément changé, y compris dans une croissance inobservée, comme un arbre peut imperceptiblement changer de forme : autant, peut-être, qu’une langue non écrite appartenant à des jours plus récents pourrait changer en cinq cents ans ou plus. Alors que la langue Noldorine, bien qu'encore sous bien des aspects beaucoup plus proche de l'ancien parler commun des Eldar, fut modifiée volontairement (en des formes qui semblaient à ceux d'Aman plus douces au parler ou à l'oreille) et par la création de maints nouveaux mots inconnus des Sindar. Mais la communication entre les deux peuples devint de cette façon aisée et libre. En premier lieu car après le Lever du Soleil, l'évolution de toutes choses en Arda fut soudaine et rapide, et aux jours des Guerres, la langue des Noldor ainsi que celle des Sindar se modifièrent grandement : en outre, que ce fût en raison d'un même climat, d'un même sol, et de fortunes semblables, ou par union et mélange des peuples, les deux langues évoluèrent de manière similaire et se rapprochèrent de nouveau. Deuxièmement parce que, rimant avec cela, il vint à arriver que la plupart des Noldor abandonnèrent en fait au quotidien leur propre langue et prirent en lieu et place celle du Beleriand, bien que l’enrichissant de beaucoup de leurs propres mots. Il n’y eut qu’à Gondolin, qui fut très tôt peuplée (uniquement par des Noldor)8 et privée d’échanges avec les autres, que la langue Noldorine avait survécu jusqu’à la fin de la cité ; tandis qu’il n’y eut qu’en Doriath que la langue Sindarine demeura vierge de tout Noldorin et évolua moins que la langue de ceux qui se trouvaient à l’extérieur. L’évolution du parler des Noldor se produisit alors de cette manière. Premièrement : bien que les Sindar ne fussent pas nombreux, ils dépassaient largement en nombre les troupes de Fëanor et Fingolfin, celles qui survécurent à leur terrifiant voyage. Deuxièmement : à cause du mélange des peuples, dans toutes les contrées, hormis seulement en Doriath, bien que les princes des Noldor fussent les rois, leurs suivants étaient largement de la race Sindarine. Troisièmement : car après la mort de Fëanor la suzeraineté des Exilés revint à Fingolfin (sauf pour les suivants des fils de Fëanor), et il reconnut la haute royauté de Thingol, étant en vérité en adoration devant ce roi, le plus puissant des Eldar hormis Fëanor, et tout autant devant Melian. Mais Thingol, en raison des griefs des Teleri envers les Noldor, ne voulut pas parler la langue Noldorine et interdit à ses sujets de le faire. Qui plus est, il advint que les Noldor, ayant de leur propre gré abandonné Aman par rébellion, devinrent sujets à un changement imprévu allant au-delà même de celui subi par les Sindar, et leur propre langue usuelle se différencia rapidement de la haute langue de Valinor. Mais les Noldor, étant savants, conservèrent cette haute langue dans la tradition, et ne cessèrent pas de l’utiliser, à des fins nobles et pour l’enseigner à leurs enfants. Par conséquent la forme usuelle de leur parler en vint à être considérée comme dénaturée, et les Noldor utilisèrent soit la Haute Langue comme une langue enseignée, soit sinon, pour les affaires de tous les jours et, pour tout ce qui concernait l’ensemble des Eldar du Beleriand, en général ils utilisaient plutôt la langue de ce pays. Il est dit que ce fut après la Troisième Bataille, Dagor Aglareb, que les Noldor commencèrent pour la première fois à adopter largement la langue Sindarine, comme ils s’installaient et établissaient leurs royaumes au Beleriand.

Cette restructuration du texte et sa réécriture partielle ne changent pas substantiellement les idées exprimées dans sa forme précédente : mon père ne reprit pas sa note au crayon sur les modifications envisagées, donnée p.24. Le passage concernant Dairon et les Runes est omis, mais il avait été présenté plus tôt dans les AG 2 (§31). Il est à présent mis en avant que le Sindarin de Doriath était d’une certaine manière archaïque, et "vierge" de tout Noldorin : ceci n’est pas mentionné dans les AG 1, bien qu’il soit dit que "en Doriath seule la langue Sindarine était parlée". La reconnaissance par Fingolfin de la "haute royauté" de Thingol est maintenue (avec la réserve "sauf pour les suivants des fils de Fëanor"), mais apparaît à présent l’interdiction de la langue Noldorine imposée par Thingol à ses sujets quand il eut pris connaissance du Massacre à Alqualondë comme une des raisons de l’abandon par les Noldor de leur propre langue. Le Noldorin est maintenant présenté comme ayant évolué plus rapidement encore que le Sindarin en Terre du Milieu après le Lever du Soleil, et ceci est associé à leur rébellion en Aman (cf. les mots dans les commentaires au crayon à la fin du texte des AG 1, p.24 : "les Noldor amenèrent avec eux un sort particulier de changement récurrent") ; cependant l’opinion tendant à être adoptée parmi les Noldor eux-mêmes, que leur langue parlée avait été dénaturée, amène une explication supplémentaire de son abandon.
Mon père rejeta alors (probablement après un temps assez court) l’ensemble de son second texte qui se situait après les mots "et par la création de maints nouveaux mots inconnus des Sindar" (p.24) et le remplaça comme suit :


Mais avant longtemps il vint à arriver que les Exilés adoptèrent la langue du Beleriand comme langue usuelle, et leur ancienne langue fut seulement conservée comme haut parler et langue du savoir, notamment dans les maisons des seigneurs Noldorins et parmi les sages. Ce changement de langue s'effectua alors pour diverses raisons. Premièrement, les Noldor étaient moins nombreux que les Sindar, et, hormis en Doriath [enlevé plus tard : et Gondolin],9 bientôt les peuples se mélêrent grandement. Deuxièmement, les Noldor apprirent la langue Sindarine beaucoup plus aisément que les Sindar ne purent apprendre le parler ancien ; en outre, après que le massacre fût connu, Thingol ne voulut tenir aucune discussion avec quinconque aurait parlé dans la langue des assassins d'Alqualondë, et il interdit à son peuple de le faire. Ainsi il se trouva que le parler commun du Beleriand, après la Troisième Bataille, Dagor Aglareb, fut le parler des Elfes Gris, bien qu'enrichi de mots et structures tirés du Noldorin (hormis en Doriath où la langue resta plus pure et moins affectée par le temps). [Enlevé plus tard : Il n'y eut qu'en Gondolin que la langue des Noldor fut maintenue dans un usage quotidien jusqu'à la fin de cette cité ; car elle fut tôt peuplée par Turgon avec seulement des Noldor, du Nord-Ouest du pays, et demeura longtemps cachée et coupée de toute communication avec les autres.10 Le passage de substitution suivant était écrit dans la marge : [Mais les Noldor conservèrent toujours le Haut Parler de l'Ouest comme langue du savoir, et dans cette langue ils donneraient encore des noms aux hommes puissants ou aux lieux dignes de renom. / Mais tous les jours des Guerres du Beleriand, qui ont duré [bien près >] plus de six cents ans, furent des temps de grande évolution, non seulement à cause des œuvres et des troubles de ces années, mais parce que dans les premières années du Soleil et le second Printemps d'Arda la croissance et l'évolution de toutes choses vivantes furent soudaines et rapides. A la fin des Guerres, très dissemblables étaient [les langues Sindarine et Noldorine plus tard >] les langues du Beleriand11 de ce qu'elles furent à l'accostage de Fëanor, et seul le Haut Parler, étant de nouveau appris à partir des écrits, demeura inchangé. Mais ces histoires furent conçues après la Dernière Bataille et la fin des Jours Anciens, et par conséquent elles le furent dans la langue des Elfes restants telle qu'elle était alors, avant qu'ils ne partissent de nouveau vers l'Ouest, et les noms de ceux qu'elles immortalisent et des lieux qui restent dans les mémoires ont pour la plupart cette forme qu'ils avaient à la fin dans le dialecte parlé.
    Ici s'achève cette partie qui était tirée principalement des Annales Grises, et suit là un contenu extrait sommairement du Quenta Noldorinwa, et mélangé avec les traditions de Doriath.12


Dans cette version révisée, rien n’est repris concernant le Sindarin et le Noldorin “se rapprochant l’un de l’autre”, et ne figure aucune suggestion que la langue ultérieure des Noldor en arriva à être perçue comme "dénaturée" ; le Noldorin parlé perdura exclusivement (tel que fut écrit le passage à l’origine) dans la cité Noldorine de Gondolin jusqu’à sa chute. La conception d’ensemble devient en fait beaucoup plus simple : les Noldor conservèrent leur propre langue comme un Haut Parler, mais le Sindarin devint leur langue usuelle (et ceci à cause de l’infériorité numérique des Noldor et du métissage des peuples en dehors de Doriath, de la difficulté qu’éprouvèrent les Sindar pour apprendre le Haut Parler, et du bannissement imposé par Thingol). Le Sindarin accueillit des "noms empruntés" au Noldorin, mais pas en Doriath, où la langue resta quelque peu archaïque. Par des changements ultérieurs au texte (voir notes 8-11), l’idée que le Noldorin restât d’usage quotidien en Gondolin fut abandonnée.
Il est intéressant de lire, à la fin de cette dernière version, que "ces histoires" furent conçues "après la Dernière Bataille et l’achèvement des Jours Anciens, et par conséquent elles le furent dans la langue des Elfes restants telle qu’elle était alors, avant qu’ils ne partissent de nouveau vers l’Ouest."




NOTES


1 365 années des Valar : 1132-1497 (voir AG, §11).
2 Sur l’éveil du Beleriand du Sommeil de Yavanna voir §§6, 17, et le commentaire des §§6, 10.
3 Il existe un brouillon grossier de ce passage, et il dit ici :
    Par conséquent, alors que la langue des Noldor s’était modifiée en grande part par la seule création de mots nouveaux (pour des choses nouvelles et anciennes), et par la modification en pleine conscience de la langue ancienne des Quendi vers des formes et trames qui paraissaient plus belles aux Eldar – ce en quoi les Vanyar, les Noldor et les Teleri se différencièrent et divergèrent –, la langue des Sindar avait changé tout comme les choses vivantes avaient changé par croissance – quoique seulement comme s’écouleraient 400 années du monde tel qu’il sera par la suite.

4 Plus tôt dans les AG 1 la forme est Nauglath : voir le commentaire du §19.
5 Pour ce passage concernant les Runes de Dairon voir le §31 et le commentaire.
6 Dagor Aglareb, la Bataille Glorieuse, était dans sa forme précédente la Deuxième Bataille (voir commentaire des §§36 et s.).
7 Dagor Arnediad : la Bataille des Larmes Innombrables (Nírnaith Arnediad).
8 Ceci représente la vision originelle de mon père, qu’il ne se trouvait aucun Elfe Gris parmi le peuple de Gondolin ; voir note 9.
9 Le retrait des mots "et Gondolin" montre l’apparition de l’idée plus tardive (voir note 8) que certains Sindar qui demeuraient en Nivrost lors de l’arrivée des Noldor prirent Turgon comme seigneur, et qu’il y avait en fait plus d’Elfes d’origine Sindarine que Noldorine dans le peuple de Gondolin ; voir §§107, 113 et commentaire.
10 Ce passage fut retiré au même moment et pour la même raison que les mots "et Gondolin" plus tôt dans le texte révisé (note 9).
11 Le remplacement de "les langues Sindarine et Noldorine" par "les langues du Beleriand" fut effectué plus tardivement que les changements auxquels il est fait référence dans les notes 9 et 10, mais probablement pour la même raison, étant donné que la référence concernait alors le Noldorin parlé de Gondolin. Les multiples "langues" dans le texte révisé sont plutôt déconcertantes ; peut-être que mon père réfléchissait au parler des Elfes Verts d’Ossiriand, ou éventuellement voulait-il expliquer les diversités (dialectes) du Sindarin.
12 Le terme Quenta Noldorinwa apparaît dans le titre du Q ([HoMe] IV, p.77). Je ne saurais dire quel concept avait développé mon père concernant la tradition historique au moment où il rédigea ces mots de conclusion.

Comme je l’ai dit, le manuscrit des AG 1 ne se poursuit pas au-delà de la fin de l’exposé sur les langues, mais pour la section suivante des AG 2 il y a un texte sur des pages volantes qui pourrait être considéré comme une continuation des AG 1. Il forme part du contenu désigné "Ancienne base des Annales Grises" mentionné p.4. Ce texte démarre à partir du (second) début de l’année 1497 ("Alors Morgoth, étant abattu...") jusqu’à la fin de la 20ème année du Soleil (et pour les années 6 et 7 il y a également un très grossier brouillon préliminaire). Le manuscrit des AG 2 est très proche de ce texte, et offre rarement mieux qu’une propre retranscription avec des réécritures ici ou là ; on ne remarque dans le commentaire qu’un petit nombre de points de divergence.
Je reviens à présent au texte des AG 2, qui dès maintenant n’a plus besoin d’être distingué par un numéro.

_________________
Le jour est venu ! Ô, peuple des Eldar et vous, Pères des Hommes, le jour est venu !.


Dernière édition par Eru le 17 Nov 2006 15:08; édité 25 fois
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MessagePosté le: 26 Mai 2006 14:19     Sujet du message: Répondre en citant

1497

§49. A présent Morgoth, étant abattu par la déroute de ses armées et la vaillance insoupçonnée des Noldor, et voulant du temps pour de nouveaux desseins, envoya des émissaires à Maidros, et affecta de vouloir traiter avec lui. Et Maidros laissa croire que lui de son côté le voulait aussi, et chacun eut pour but la ruine de l'autre. Par conséquent, contrairement à ce qui avait été convenu, chacun se présenta aux pourparlers avec une force imposante, mais Morgoth avec celle qui l'était le plus, et Maidros fut vaincu et fait prisonnier.

§50. Alors Morgoth tint Maidros en otage, et jura seulement de le relâcher si les Noldor s'en allaient, soit en Valinor, soit ailleurs, loin du Beleriand, au Sud du Monde ; et s'ils n'en faisaient rien, alors il soumettrait Maidros à la torture. Mais les autres fils de Fëanor savaient que Morgoth les trahirait, et ne relâcherait pas Maidros, quoi qu'ils pussent faire ; et ils étaient tenus aussi par leur serment, et n'auraient pu, pour quelque cause que ce fût, abandonner la guerre contre leur Ennemi.


1498

§51. Donc Morgoth prit Maidros, et enserrant son poignet droit avec un bracelet d'acier infernal, le suspendit par ce moyen au-dessus d'un précipice sur la tour ouest du Thangorodrim, où nul n'aurait pu l'atteindre. Mais ses gens se retirèrent et fortifièrent un grand camp en Hithlum.


1500

§52. Dans le même temps Fingolfin et ceux qui le suivaient traversèrent le Chaos de Glace de l'Helkaraxë, et arrivèrent ainsi enfin avec une grande affliction et de grandes pertes dans le Nord d'Endar ; et leurs cœurs étaient emplis d'amertume. Et tout comme ils posaient le pied sur la Terre du Milieu, les âges des Etoiles prirent fin, et le temps du Soleil et de la Lune commença, comme il est dit dans la Chronique d'Aman.


1ère Année du Soleil

§53. Ici le Soleil et la Lune, conçus par les Valar après la mort des Arbres, se levèrent pour la première fois dans le ciel. La Lune arriva en premier, et tout comme elle sortait de l'obscurité dans l'Ouest, Fingolfin fit sonner ses trompettes d'argent, et commença sa marche vers la Terre du Milieu ; et les ombres de ses gens s'étiraient, longues et noires, devant eux.

§54. Les Elfes de la Terre du Milieu relevèrent la tête avec espoir et ravissement vers cette nouvelle chose ; mais les serviteurs de Morgoth furent stupéfaits ; et Morgoth envoya des esprits de l'ombre pour assaillir Tilion, le gardien de la Lune, et il y eut combat dans le ciel. Mais peu de temps après arriva là la première Aube du Soleil, et elle était pareille à un grand feu sur les tours des Pelóri, et les nuages de la Terre du Milieu s'enflammèrent, et toutes les brumes du monde fumèrent et brillèrent comme or. Alors Fingolfin déploya ses bannières bleues et argent, et des fleurs s'éveillèrent du Sommeil de Yavanna et s'épanouirent sous les pieds de sa troupe.

§55. Alors Morgoth fut réellement effondré, et il descendit vers les plus lointaines profondeurs d'Angband, et replia ses serviteurs, envoyant une grande fumée et un nuage sombre pour cacher son pays de la lumière de l'Etoile du Jour. Par conséquent Fingolfin, venant du Nord, marcha sans trouver d'opposition à travers les défenses du royaume de Morgoth, et il franchit Dor-Daedeloth, et ses ennemis se dissimulèrent sous la terre ; mais les Elfes arrivèrent en force sur les portes d'Angband, et le défi porté par leurs trompettes secoua les tours du Thangorodrim. Et Maidros les entendit dans son tourment et cria fort, mais sa voix se perdit dans les échos de la pierre.

§56. C'est à partir de ce moment que sont comptées les Années du Soleil. Plus rapides et plus courtes sont-elles en comparaison des longues Années des Arbres en Valinor. Ô ! À cette époque la croissance et l'évolution et le vieillissement de toutes choses furent extrêmement accélérés ; et toutes les choses vivantes jaillirent et se multiplièrent dans le Second Printemps d'Arda, et les Eldar s'accrurent, et le Beleriand devint vert et beau.

§57. Au premier Lever du Soleil, est-il dit, les Hommes, les plus jeunes des enfants d'Ilúvatar, s'éveillèrent en Hildórien, dans les régions les plus centrales du monde. Les Atani furent-ils nommés ; mais les Eldar les appelèrent également les Hildi, les Suivants. Dans le récit du Beleriand, ils arrivèrent avant son achèvement.


2

§58. A présent Fingolfin, étant d'une autre trempe que Fëanor, et prudent face aux artifices de Morgoth, après avoir clamé son défi se retira de Dor-Daedeloth et tourna vers Mithrim, car il avait entendu des nouvelles disant que là-bas, il trouverait les fils de Fëanor, et il souhaitait également avoir la protection des montagnes, pendant que son peuple se reposait et se renforçait ; car il avait vu la force d'Angband et estimait qu'elle ne tomberait pas au seul son des trompettes. Alors, arrivant en fin de compte en Hithlum, il établit son premier camp et sa résidence sur le rivage nord du Lac Mithrim.

§59. Mais il n'y avait là, dans le cœur de Fingolfin et de ceux de son peuple, aucun amour pour le peuple de Fëanor ; et bien que Fingolfin apprît que Fëanor était mort, il tint ses fils pour complices de leur père, et il y avait un risque de guerre entre les deux troupes. Aussi graves que fussent ses pertes sur la route, le peuple de Fingolfin et d'Inglor fils de Finrod était toujours plus nombreux que les suivants de Fëanor ; par conséquent ils se replièrent devant Fingolfin et déplacèrent leurs demeures vers le rivage sud, et le Lac sépara les deux peuples.

§60. En vérité beaucoup des gens de Fëanor se repentirent avec douleur de ce qui était arrivé à Losgar, et furent stupéfaits de la vaillance qui avait porté les amis qu'ils avaient abandonnés au travers de la Glace du Nord, et ils les auraient accueillis humblement, eussent-ils pu affronter la honte. Ainsi, à cause de la malédiction qui pesait sur eux, les Noldor n'accomplirent rien alors même que Morgoth était abattu et ses serviteurs encore effrayés par la soudaine lumière. Et Morgoth fabriqua de grandes fumées et vapeurs dans les fosses d'Angband, et elles émanèrent des sommets fumants des Montagnes de Fer, et le vent d'est les porta au-delà de Hithlum et obscurcit le soleil nouveau, et elles tombèrent, couvrant sol et creux, et s'étendant, mornes et putrides, sur les eaux du Mithrim.


5

§61. Ici Fingon le Valeureux résolut de remédier à l'hostilité qui divisait les Noldor, avant que leur Ennemi ne fût prêt pour la guerre ; car la terre trembla dans les contrées du nord avec le tumulte des forges de Morgoth. En outre la pensée de son ancienne amitié avec Maiðros frappa son cœur de chagrin (bien qu'il ne sût pas encore que Maidros ne l'avait pas oublié à l'incendie des bateaux). Par conséquent il osa un acte qui est renommé à juste titre parmi les exploits des princes des Noldor : seul, et sans le conseil de quiconque, il partit à la recherche de Maidros ; et avec l'aide de l'obscurité même que Morgoth avait créée, il passa, inaperçu, au travers des défenses de ses ennemis. Dans le Quenta il est raconté comment en fin de compte il trouva Maidros, en chantant un chant de Valinor seul dans les montagnes sombres, et fut aidé par Thorondor l'Aigle, qui le porta très haut jusqu'à Maidros ; mais d'aucune façon il ne put défaire le bracelet de fer et dut trancher la main qu'il enserrait. Ainsi il libéra son ami de longue date du tourment, et leur amour s'en trouva renoué ; et la haine entre les maisons de Fingolfin et de Fëanor fut apaisée. Par la suite Maidros mania son épée de la main gauche.


6

§62. A présent les Noldor, étant de nouveaux unis, se mirent à surveiller les frontières de Dor-Daedeloth, et tinrent leur force principale au nord du pays, mais ils envoyèrent des messagers partout au loin pour explorer les contrées du Beleriand et traiter avec les peuples qui demeuraient là-bas.

§63. Au-delà de la Ceinture de Melian, ceux de la maison de Finrod étaient autorisés à passer, car ils pouvaient revendiquer une proche parenté avec le Roi Thingol lui-même (leur mère Ëarwen étant la fille de son frère). A présent, Angrod fut le premier des Exilés à venir à Menegroth, en tant que messager d'Inglor, et il discuta longuement avec le Roi, lui parlant des choses accomplies par les Noldor dans le Nord, et de leur nombre, et de l'ordonnancement de leurs forces ; mais étant sincère et sage de cœur, et estimant tous les griefs à présent pardonnés, il ne parla point des actes de Fëanor hors sa mort valeureuse.

§64. Et le Roi Thingol écouta, et il dit à Angrod avant qu'il ne partît : "Ainsi vous parlerez de ma part à ceux qui vous envoyèrent. En Hithlum en vérité les Noldor ont la permission de faire ce que bon leur semble, et en Dor Thonion ils pourraient s'établir, et dans les contrées à l'est de Doriath, même au pied des montagnes d'Eryd Luin, il y a de la place et de quoi partager. Mais ailleurs se trouvent nombre de mes gens, et je ne pourrais restreindre leurs libertés, encore moins les chasser de leurs demeures. Prenez donc garde à la manière dont vous, princes de l'Ouest, vous comportez, car je suis le Seigneur du Beleriand et tous ceux qui cherchent à y demeurer devront écouter ma parole. En Doriath personne ne viendra résider, hormis seulement ceux que j'invite, ou qui me cherchent en grande nécessité."


7

§65. A présent, les Noldor tinrent conseil en Mithrim pour réfléchir à toutes ces questions, et pour décider de la manière dont ils s'arrangeraient pour être amis avec les Elfes Gris, et aussi de comment mieux rassembler leurs forces et les disposer pour la guerre contre Morgoth. Ils étaient venus en Terre du Milieu pour cela ; pourtant pour nombre d'entre eux les terres du nord paraissaient froides et les contrées du sud plus agréables, et ils aspiraient grandement à de nouvelles demeures où leur peuple aurait pu croître en paix loin des camps de guerre dans les hautes terres.

§66. A ce conseil arriva Angrod, venant de Doriath et portant les paroles du Roi Thingol, et leur bienvenue sembla froide aux Noldor. Les fils de Fëanor en furent vraiment courroucés ; et Maidros rit, disant : "C'est un roi qui sait tenir ce qui lui appartient, ou sinon son titre est vain. Mais Thingol ne fait que nous accorder des terres où son pouvoir n'a pas cours. En vérité seul Doriath constituerait aujourd'hui son royaume, n'était la venue des Noldor. Par conséquent laissez-le régner sur Doriath, et être heureux d'avoir les fils de Finwë pour voisins, et pas les Orcs de Morgoth que nous avons rencontrés. Ailleurs il en sera comme bon nous semblera."

§67. Mais Cranthir, qui n'aimait pas les fils de Finrod, et qui était le plus virulent des frères et le plus prompt à l'emportement, cria haut et fort : "Oui et plus encore ! Ne laissez pas les fils de Finrod aller et venir avec leurs fables chez cet Elfe Sombre dans ses grottes ! Qui a fait d'eux nos émissaires pour négocier avec lui ? Et s'ils sont tout de même venus au Beleriand, ne les laissez pas si vite oublier que leur père était un seigneur des Noldor, bien que leur mère fût d'une autre race."

§68. Alors Angrod fut extrêmement courroucé et quitta le conseil. Maidros réprimanda vraiment Cranthir ; mais la plus grande partie des Noldor, des deux suites, entendant ses paroles, eurent le cœur troublé, craignant l'esprit féroce des fils de Fëanor qui, semblait-t-il, était toujours sur le point d'éclater en paroles impétueuses ou en violence.

§69. Par conséquent, quand le conseil en arriva à choisir quelqu'un pour être le suzerain des Exilés et le chef de tous leurs princes, le choix de tous hormis quelques uns se porta sur Fingolfin. Et tout comme le choix fut donné à connaître, tous ceux qui l'entendirent se rappelèrent les paroles de Mandos comme quoi la Maison de Fëanor devrait pour toujours être appelée les Dépossédés. S'ils en furent fort affligés, les fils de Fëanor ne firent pas moins ce choix, hormis le seul Maidros, bien qu'il fût le premier concerné. Mais il contint ses frères, disant à Fingolfin : "Si aucun grief ne nous sépare, seigneur, alors le choix se sera à juste titre porté sur vous, de la maison de Finwë ici le plus ancien, et non le moins sage."

§70. Mais les fils de Fëanor quittèrent alors le conseil, et peu de temps après ils partirent de Mithrim et se dirigèrent à l'est vers les vastes et sauvages contrées situées entre Himring et le Lac Helevorn au pied du Mont Rerir. Cette région fut nommée par la suite la Marche de Maidros ; car il n'y avait là que peu de protection par colline ou rivière contre un assaut en provenance du Nord ; et là Maidros et ses frères maintinrent une surveillance, accueillant tous ceux qui auraient voulu les rejoindre, et ils eurent peu d'échanges avec ceux de leur race à l'ouest, sauf en cas de nécessité.

§71. Il est dit, en effet, que Maidros conçut lui-même ce plan, pour réduire les risques de combat, et parce qu'il souhaitait fortement que le risque principal d'attaque (à ce qui semblait) tombât sur lui ; et il resta de son côté en amitié avec les maisons de Fingolfin et Finrod, et se joindrait à eux à certains moments pour un conseil commun. Pourtant il était aussi tenu par le Serment, bien qu'il fût mis à présent pour quelque temps en sommeil.


20

§72. En cette année Fingolfin, Roi des Noldor, convoqua un grand conseil et organisa une grande fête, qui fut longtemps après retenue sous le nom de Mereth Aderthad, la Fête de la Réunion. Et elle se tint près des belles sources d'Ivrin (où naissait le rapide Narog), car là les terres étaient vertes et belles au pied des montagnes qui les protégeaient du Nord. Là-bas arrivèrent une grande partie des capitaines et du peuple de Fingolfin et d’Inglor ; et les fils de Fëanor, Maidros et Maglor, avec des guerriers de la Marche ; et là ils furent rejoints par Círdan et de nombreux gens des Havres, et une grande assemblée d’Elfes Gris en provenance des forêts et des plaines, lointaines ou proches, et même d’Ossiriand arrivèrent là quelques uns des Nandor, représentant leur peuple. Mais Thingol ne vint pas en personne de Doriath, et n’envoya que deux messagers, Dairon et Mablung, apportant ses salutations. A Mereth Aderthad de nombreux conseils furent pris en toute bonne volonté, et des serments d’alliance et d’amitié furent prêtés, et il y avait beaucoup de gaieté et un bel espoir ; et il s'ensuivit en vérité par la suite un agréable temps de paix, de croissance et d’épanouissement, et tout le pays était heureux, bien que l’Ombre couvât toujours dans le Nord.

§73. (A cette fête, il est consigné que la langue des Elfes Gris fut la plus parlée y compris par les Noldor, car alors que les Noldor apprirent aisément le parler du pays, les Sindar étaient lents à maîtriser la langue d’Aman.)


50

§74. Ici, après une longue paix, comme Inglor et Turgon voyageaient ensemble, et s’établissaient pour la nuit près des Lacs de l'Obscurité [NdT : L’Aelin-uial, ensemble de marais et de lacs formés par la rencontre de l’Aros et du Sirion, dans les régions centrales du Beleriand, au sud-ouest de Doriath.], Ulmo les plongea dans un profond sommeil et les tourmenta en rêves. Et dès lors, chacun rechercha de son côté des places fortes, où se refugier, de peur que Morgoth ne surgît d'Angband comme leurs rêves l'avaient laissé présager. [Ajouté plus tard : Mais Turgon ne trouva pas ce qu'il cherchait, et retourna à Nivrost.]


52

§75. En cette année Inglor et sa sœur Galadriel furent longuement les invités de leur parent Thingol. Et Inglor était empli d'émerveillement devant la beauté et la puissance de Menegroth, et il désira grandement construire pour lui-même une place forte dans le même style. Par conséquent il ouvrit son cœur à Thingol, lui parlant de ses rêves ; et Thingol lui parla des grottes sous le Haut Faroth sur la rive ouest du Narog, et quand il partit, lui donna des guides pour le conduire à cet endroit que peu encore connaissaient. Ainsi Inglor arriva aux grottes du Narog et commença là à construire de profondes salles et des magasins d'armes, à la façon de Menegroth ; et cette forteresse fut nommée Nargothrond. En conséquence les Noldor l'appelèrent Felagund, le Seigneur des Grottes, et ce nom porta-t-il jusqu'à sa fin. Mais Galadriel ne partit pas [ajouté plus tard : de Doriath], et demeura longtemps avec Melian, car il y avait beaucoup d'amour entre elles.


53

§76 [Turgon voyageant seul, par la faveur d'Ulmo plus tard >] En cette année, Ulmo apparut à Turgon sur les rivages de Nivrost, et à son appel il partit seul, et par la faveur d'Ulmo il / découvrit cette vallée cachée au milieu du cercle de montagnes où plus tard Gondolin fut construite. De cela il ne parla encore à personne, mais commença secrètement à concevoir le plan d'une cité à la façon de Tirion sur Túna, après laquelle son cœur, à présent en exil, languissait.


60
La Troisième Bataille

§77. Ici Morgoth, considérant le rapport de ses espions disant que les seigneurs des Eldar s'aventuraient hors de chez eux sans vraiment penser à la guerre, éprouva la force et la vigilance de ses ennemis. Une fois de plus, sans réellement prévenir, sa puissance fut réveillée, et soudainement la terre trembla dans le Nord, et des feux jaillirent des crevasses de la terre, et les Montagnes de Fer vomirent des flammes ; et une armée d'Orcs dévala dans la Vallée du Sirion et tenta de percer vers le cœur du Beleriand. Mais Fingolfin et Maidros ne dormaient pas, et rassemblant promptement à la fois Noldor et Sindar en une grande force, ils anéantirent tous les groupes dispersés des Orcs qui avaient déferlé sur le pays ; mais ils repoussèrent l'armée principale, et la chassèrent jusque sur les champs d'Ardgalen, et là l'encerclèrent et les anéantirent tous, jusqu'au dernier, sous le regard d'Angband. Ce fut la Troisième Bataille des Guerres, et elle fut nommée Dagor Aglareb, la Bataille Glorieuse.

§78. Une victoire ce fut, et toutefois un avertissement ; et les capitaines y prêtèrent attention, et dès lors rapprochèrent leur camp de siège, et renforcèrent et organisèrent leur surveillance, mettant en place le Siège d'Angband, qui dura bien près de quatre cents ans. Et Fingolfin se vanta de ce que (sauf par trahison en leur sein) Morgoth ne pourrait jamais à nouveau briser le siège des Eldar. Pas plus, cependant, que les Noldor ne pourraient prendre Angband ni récupérer les Silmarils. Et la guerre ne cessa jamais totalement durant tout le temps du Siège ; car Morgoth forgeait secrètement de nouvelles armes, et il éprouverait encore et toujours ses ennemis. En outre, il n'était pas encerclé à l'extrême nord ; et bien que la glace et la neige empêchassent ses ennemis d'exercer une vigilance sur les sauvages contrées glacées, cela n'entravait pas ses espions et messagers dans leurs secrètes allées et venues.


    Le passage suivant, tel que le texte fut écrit à l'origine, commençait ainsi :
    '"A cette époque Morgoth mit en place un nouveau maléfice. Il demanda à ses serviteurs de prendre vivants tous les Eldar ..." Ceci fut remplacé par le long rajout (écrit sur une page à part) qui suit ici (§§79-81), revenant au texte original à "Il demanda à présent aux Orkor de prendre vivants tous les Eldar", la deuxième phrase du §81.

§79. Ni lui-même, et il aurait pu partir. En effet, nous apprenons à présent en Eressëa par les Valar, à travers ceux de notre race qui demeurent encore en Aman, qu'après Dagor-nuin-Giliath Melkor tarda tant à attaquer les Eldar avec force car il était lui-même sorti de l'encerclement, pour la dernière fois. Tout comme avant l'éveil des Quendi, ses espions furent vigilants, et des nouvelles lui parvinrent bientôt de la naissance des Hommes. Ceci lui parut d'un intérêt si grand que secrètement, sous couvert d'ombre, il pénétra en Terre du Milieu, laissant le commandement de la Guerre à Sauron, son lieutenant. De ses échanges avec les Hommes, les Eldar ne connurent rien à cette époque, et en connaissent peu à présent, car ni les Valar ni les Hommes ne leur ont parlé clairement de ces choses.

§80. Mais qu'une certaine obscurité pesât sur le cœur des Hommes (comme l'ombre du massacre et la malédiction de Mandos pesaient sur les Noldor), les Eldar le perçurent clairement, même au sein du beau peuple des Amis des Elfes qu'ils connurent en premier. Corrompre ou détruire tout ce qui pouvait apparaître de nouveau et de beau était constamment le plus grand désir de Morgoth ; mais en ce qui concerne les Eldar, nul doute qu'il avait aussi ce dessein à l'esprit : par la peur et le mensonge, faire des Hommes leurs ennemis, et les amener de l'Est contre le Beleriand. Mais ce plan était long à mûrir, et ne fut jamais totalement concrétisé, car les Hommes (est-il dit) étaient au départ peu nombreux, quand en vérité Morgoth était de plus en plus effrayé par les nouvelles concernant le pouvoir et l'union grandissants des Eldar, et il regagna Angband, ne laissant alors derrière lui que quelques serviteurs, et ceux qui étaient les moins puissants et rusés.

§81. Il est certain qu'à cette époque (qui était l'époque de son retour, si le récit antérieur est vrai, comme nous devons le croire) Morgoth mit en place un nouveau maléfice, désirant par dessus tout semer la peur et la désunion parmi les Eldar au Beleriand. Il demanda à présent aux Orkor de capturer vivants les Eldar qu'ils pouvaient et de les ramener attachés en Angband. Car c'était son intention d'utiliser leur savoir et leur art sous la contrainte à ses propres fins ; qui plus est il prit plaisir à les torturer, et par la douleur il leur extorquerait aussi parfois des informations sur les actes et les conseils de ses ennemis. Certains en vérité, il les brisa à tel point par la terreur de ses yeux qu’ils n’eurent plus besoin de chaînes, mais marchèrent à jamais dans la peur de son ombre, accomplissant sa volonté où qu’ils pussent se trouver. Ceux-là il les détacherait et les laisserait rentrer pour opérer par trahison au sein de leur propre race. En ce sens s’accomplissait également la malédiction de Mandos, car passé un certain temps les Elfes se méfièrent de plus en plus de ceux qui clamaient s’être libérés de l’esclavage, et souvent ces infortunés que les Orcs avaient piégés, même s’ils s’étaient libérés de leurs chaînes, ne feraient dès lors qu’errer sans abri ni amis, devenant des proscrits, dans les bois.

§82. Et bien que ce fût longtemps avant que ces maux ne commençassent à apparaître, il est dit que même après la victoire de la Troisième Bataille, certains Eldar (soit capturés par des bandes de pillards dans les bois, soit après une chasse effrénée de l’ennemi) furent ainsi pris et amenés à Morgoth. Et de cette manière il apprit beaucoup de ce qui était survenu depuis la rébellion de Fëanor, et se réjouit, y voyant là le germe de nombreuses dissensions au sein de ses ennemis. Mais par là même il vint à la connaissance des Eldar que les Silmarils vivaient encore, et étaient sertis sur la Couronne de Fer que Morgoth portait sur son sombre trône. Car les Noldor étaient encore une race puissante, et peu d’entre eux pouvait-il briser au point qu’ils exécutassent sa volonté, mais, s’échappant, ils devenaient souvent ses ennemis les plus mortels.

§83. Dans le Quenta Noldorinwa il est relaté de quelle manière, après Dagor Aglareb, les seigneurs des Noldor et des Sindar ordonnèrent le pays, durant le Siège d’Angband. Ici il suffit de dire que [ajouté : à l’extrême ouest Turgon résida au début à Nivrost au sud de Drengist, entre Eryd Lómin et la Mer ; mais] Fingolfin et Fingon occupèrent Hithlum et eurent leur demeure et forteresse principale à Eithel Sirion ; et il eurent aussi des cavaliers qui chevauchaient sur les champs d’Ardgalen, car à partir de peu le nombre de leurs chevaux s’était rapidement accru, et l’herbe d’Ardgalen était encore abondante et verte. De ces chevaux-là, nombre d’ascendants étaient venus de Valinor, et furent donnés à Fingolfin par Maidros en réparation de ses pertes, car ils avaient été amenés par bateau jusqu’à Losgar.

§84. Les fils de Finrod tinrent le pays à partir de Hithlum jusqu’à la limite orientale de Dorthonion. Inglor et Orodreth tinrent la passe du Sirion, mais Angrod et Egnor tinrent les pentes nord de Dorthonion jusqu’à Aglon où commençait la Marche de Maidros antérieurement mentionnée.

§85. Au-delà de cet encerclement, de la Mer jusqu'à Eryd Luin les vastes contrées du Beleriand, à l'ouest et à l'est du Sirion, furent occupées de cette manière. Bien que Fingolfin de Hithlum fût suzerain de tous les Noldor, Inglor, très aimé de tous les Elfes, devint en vérité le plus grand prince du pays. Car le Roi Felagund était-il en Nargothrond, alors que ses frères Angrod et Egnor étaient seigneurs de Dorthonion et ses vassaux ; et il avait également un bastion et place forte dans le nord, dans la large passe entre Eredwethrin et Dorthonion, par laquelle le Sirion coulait vers le sud. Là se trouvait une île au milieu du fleuve, et dessus Inglor érigea une puissante tour de garde : Minnas-tirith : et, une fois Nargothrond construite, il y installa Orodreth comme gardien. Mais des deux côtés du Narog, tous les gens de chaque race qui habitaient dans les terres le prirent pour seigneur, aussi loin au sud que les Bouches du Sirion, et de Nenning dans l'Ouest jusqu'aux frontières de Doriath à l'est. Mais à Eglarest, et à l'ouest de Nenning jusqu'à la Mer, Círdan le Charpentier des Navires était le seigneur, bien qu'il fût toujours en proche amitié avec Nargothrond.

§86. Doriath, au centre du pays, était le royaume du Roi Thingol ; et à l'est les vastes contrées au sud de la Marche de Maidros, jusqu'aux frontières mêmes d'Ossiriand, étaient considérées comme le domaine des fils de Fëanor. Mais peu résidaient là-bas hormis des chasseurs et des Elfes Gris errant, et là s'établirent Damrod et Díriel et ils se rendirent rarement au nord tant que dura le Siège. De ce côté-là d'autres seigneurs des Elfes chevaucheraient parfois, venant même de loin, pour chasser dans les vertes forêts ; mais nul ne passa jamais à l'est au-delà d'Eryd Luin ni ne posa un regard sur Eriador, hormis les seuls Elfes Verts, qui avaient des parents lointains qui étaient encore établis dans les terres d'au-delà. Ainsi peu de nouvelles parvinrent, et tardivement, au Beleriand de ce qui s'était passé dans les régions de l'Est.


60-445

§87. Dans sa plus grande part, l'époque du Siège d'Angband fut une époque de joie, et la terre connut la paix sous la lumière nouvelle, pendant que les épées des Noldor contenaient la malveillance de Morgoth, et sa pensée se concentrant sur leur ruine, il ne manifesta que peu d'intérêt pour quiconque d'autre en Terre du Milieu. A cette époque, donc, les Hommes crûrent et se multiplièrent, [et ils s'entretinrent avec les Elfes Sombres des terres de l'Est >] et parmi eux il s'en trouvait qui eurent des conversations avec les Elfes de la Terre du Milieu, / et apprirent beaucoup d'eux. [D'eux, il est dit qu'ils tirèrent les prémices des diverses langues des Hommes. De cette manière ils entendirent parler des Royaumes Bénis [sic] de l'Ouest et des Pouvoirs qui y résidaient, et de nombreux Pères des Hommes, les Atanatári, dans leurs pérégrinations partirent pour toujours vers l'ouest. Ce passage a été réécrit pour se lire :] D'eux, il est dit qu'ils tirèrent les prémices des langues occidentales des Hommes ; et par eux ils entendirent également parler des Royaumes Bénis de l'Ouest et des Pouvoirs de la Lumière qui y résidaient. Par conséquent de nombreux Pères des Hommes, les Atanatári, dans leurs pérégrinations partirent pour toujours vers l'ouest, fuyant l'ombre qui les avait pris au piège. Car ces Amis des Elfes étaient des Hommes qui s'étaient repentis et qui s'étaient rebellés contre le Pouvoir Sombre, et qui avaient été cruellement pourchassés et opprimés par ses serviteurs, et par ceux qui le vénéraient.


64

§88. A présent, l'inquiétude qu'Ulmo avait semée dans son cœur se rappela à Turgon à Nivrost, et il rassembla donc l'ensemble de son peuple, et l'équivalent du tiers des Noldor du peuple de Fingolfin (et ne se trouvait parmi eux aucun Sindar), et avec leurs épouses et leurs biens ils partirent en secret par le sud d'Ered-wethrin, et peu surent vers où ils étaient partis. Mais Turgon arriva à Gondolin, et là son peuple s'activa dans la construction de la cité qu'il avait conçue en son cœur ; et ils y établirent une garde de telle manière que nul ne pût la surprendre, venant de l'extérieur. [Cette annale fut modifiée plus tard pour se lire :]

§89. A présent, l’inquiétude qu’Ulmo avait semé dans son cœur se rappela à Turgon à Nivrost, et il rassembla donc tous ses gens les plus habiles et les conduisit secrètement vers Gondolin, et là ils entamèrent la construction de la puissante cité que Turgon avait conçue en son cœur ; et ils y établirent une surveillance, de telle manière que nul ne pût les surprendre dans leur œuvre, qui viendrait de l’extérieur.


65

§90. Ici, avec l’aide des Noldor (dont l’habileté dépassait de loin celle des Sindar), Brithombar et Eglarest furent ceintes de grands murs, et de belles villes furent érigées en leur sein, ainsi que des havres avec des jetées et des quais faits de pierre. Et la Tour d’Ingildon fut dressée sur le cap à l’ouest d’Eglarest afin d’observer la Mer ; bien qu’inutilement, comme il s’avéra. Car à aucun moment Morgoth n’essaya de construire des navires ou de mener une guerre sur les flots. L’eau, tous ses serviteurs l’évitaient, et de la Mer nul n’était désireux de s’approcher, sauf en cas de grande nécessité.


66

§91. A présent, Galaðriel, fille de Finrod, comme il a été dit, demeura avec Melian, et lui était chère. Et de temps en temps elles parlèrent ensemble de Valinor et du grand bonheur d’antan ; mais plus loin que l’heure sombre de la mort des Arbres, Galadriel n’alla point, mais resta toujours silencieuse.

§92. Et Melian dit une fois : "Une affliction pèse sur toi et sur ceux de ta race. Cela, je peux le voir en toi, mais tout le reste m’est dissimulé ; car par aucune vision ni pensée ne puis-je rien percevoir de ce qui s’est passé ou qui se passe dans l’Ouest : une ombre repose sur tout le Pays d’Aman, et s’étend jusque loin au-delà de la Mer. [Ne me narrerais-tu point >] Pourquoi ne m’en narrerais-tu point davantage ?"
"Car cette affliction appartient au passé", répondit Galadriel ; "et je puiserais ici toute joie, laissée en paix par ma mémoire. Et peut-être y a-t-il suffisamment d’affliction encore à venir, bien que l’espoir puisse encore sembler lumineux."

§93. Alors Melian la regarda dans les yeux, et dit : "Je ne crois pas que les Noldor soient venus en tant que messagers des Valar, comme il fut avancé au départ : non, bien qu'ils soient arrivés à l’heure exacte de notre nécessité. Car ô ! Ils ne parlent jamais des Valar, ni n’ont apporté leurs hauts seigneurs un quelconque message à Thingol, que ce soit de Manwë, ou d’Ulmo, ou même d’Olwë le frère du roi et de son peuple qui partit pour au-delà de la Mer. Pour quelle raison, Galaðriel, le haut peuple des Noldor a-t-il été banni d’Aman ? Ou quel mal pèse-t-il sur les fils de Fëanor, pour qu’ils soient si hautains et cruels ? Ne touche-je point de près à la vérité ?"

§94. "De près, ma dame," répondit Galadriel, "si ce n'est que nous n’avons pas été chassés, mais sommes venus de notre propre gré, et à l’encontre de celui des Valar. Et au travers de grands dangers et en dépit des Valar, dans ce but nous sommes venus : prendre notre revanche sur Morgoth, [ou >] et récupérer ce qu’il a dérobé." Alors Galaðriel parla à Melian des Silmarils, et du meurtre du Roi Finwë. Mais elle ne parla toutefois pas du Serment, ni du Massacre, ni de l’incendie des navires.

§95. Mais Melian, qui ne cessait pas de la regarder dans les yeux tout comme elle parlait, dit : "A présent tu m’en as beaucoup dit, et plus encore je perçois. Un voile jettes-tu encore sur la longue route depuis Tirion, mais je vois là-bas un mal, que Thingol devrait apprendre pour sa gouverne."
"Peut-être," dit Galaðriel, "mais pas de moi."

§96. Et Melian alors ne parla plus de ces sujets avec Galaðriel ; mais elle raconta au Roi Thingol tout ce qu’elle avait entendu au sujet des Silmarils. "C’est un sujet d’importance," dit-elle, "de plus grande importance en vérité que ce qu’en comprennent les Noldor eux-mêmes. Car ô ! La Lumière d’Aman et le destin d’Arda sont à présent scellés dans ces choses, l’œuvre de Fëanor, qui a disparu. Ils ne seront point recouvrés, je le prédis, par aucun pouvoir des Eldar ; et le monde sera brisé dans des batailles qui sont à venir, avant qu’ils ne soient arrachés à Morgoth. Voyez à présent ! Fëanor ont-ils tué (et nombre d’autres je suppose) ; mais la plus importante des morts qu’ils ont apporté et qu’ils apporteront encore fut celle de Finwë votre ami. Morgoth l’a assassiné avant de fuir Aman."

§97. Alors Thingol demeura un temps silencieux dans la douleur et la réflexion ; mais il finit par dire : "A présent je comprends enfin la venue de l’Ouest des Noldor, au sujet de laquelle je m’étais déjà beaucoup interrogé. A notre secours, ils ne vinrent point (si ce n’est fortuitement) ; car ceux qui demeurent encore en Terre du Milieu, les Valar les laisseront à leurs propres agissements, dans l’attente d'un besoin absolu. Pour la vengeance et la réparation de leur perte les Noldor sont-ils venus. Encore que les alliés les plus sûrs seront-ils contre Morgoth, avec lequel on ne peut à présent penser qu’ils concluront jamais un traité."

§98. Mais Melian dit : "Véritablement, pour ces raisons ils vinrent ; mais pour d’autres également. Méfiez-vous des fils de Fëanor ! L’ombre de la colère des Dieux pèse sur eux ; et ils ont accompli du mal, je le perçois, à la fois en Aman et envers leur propre race. Un grief qui n'est qu'assoupi s’interpose entre les princes des Noldor."

§99. Et Thingol dit : "En quoi cela me concerne-t-il ? Sur Fëanor je n’ai entendu qu’un récit, qui le grandit en vérité. De ses fils, je n’entends que peu qui soit à mon goût ; si ce n’est qu’ils pourraient s’avérer les ennemis les plus mortels de notre ennemi."
"Leurs paroles et leurs conseils pourraient être à double tranchant", dit Melian ; et après cela ils ne parlèrent plus jamais de ce sujet.


67

§100. Il s'écoula peu de temps avant que ne commençassent à se répandre parmi les Sindar des rumeurs de contes concernant les actes des Noldor avant leur arrivée au Beleriand. D'où elles provinrent, cela est à présent clair (bien qu'alors il n'en fût pas ainsi) et, comme on devrait à juste titre le penser, l'horrible vérité avait été exagérée et envenimée par des mensonges. Morgoth choisit les Sindar pour ce premier assaut de sa malice, car ils ne le connaissaient pas, et étaient encore imprudents et confiants dans les discours. Par conséquent Círdan, entendant ces sombres contes, en fut perturbé. Sage était-il, et il perçut rapidement que, véridiques ou mensongers, ces contes avaient alors été propagés par malveillance ; mais il considéra que cette malveillance était celle des princes des Noldor, due à la jalousie entre leurs maisons. En conséquence il envoya des messagers à Thingol pour raconter tout ce qu’il avait entendu.

§101. Et il se trouva qu’à cette époque les fils de Finrod étaient de nouveau les invités de Thingol, car ils désiraient rendre visite à leur sœur Galaðriel. Alors Thingol, étant grandement bouleversé, s’adressa en ire à Inglor, disant : "La plus grande peine m’as-tu infligé, parent, en me celant de si grands sujets. Car vois ! J’ai tout appris des actes horribles des Noldor."

§102. Mais Inglor répondit : "Quelle peine t’ai-je donc infligé, seigneur ? Ou quel acte horrible les Noldor ont-ils perpétré dans tout ton royaume pour provoquer ton ressentiment ? Ni contre ton royaume, ni contre aucune de tes gens ils n’ont conjecturé le mal ni fait le mal."

§103. "Je m’émerveille devant toi, fils d’Ëarwen," dit Thingol, "que tu sois ainsi venu à la table de ton parent, les mains encore rouges du massacre du peuple de votre mère, et pourtant ne dises rien pour ta défense, ni encore n'implores le moindre pardon !"

§104. Et Inglor fut douloureusement touché, mais il resta silencieux, car il ne pouvait se défendre, si ce n’est en accusant les autres princes des Noldor ; et ceci, réticent fut-il à le faire devant Thingol. Mais dans le cœur d’Angrod, le souvenir des paroles de Cranthir rejaillit avec amertume, et il cria : "Seigneur, je ne sais quels mensonges tu as entendus, ni qui en est à l'origine. Mais nous n’arrivons pas les mains couvertes de sang. Innocents nous nous présentons, si ce n’est peut-être de folie, d'avoir prêté attention aux paroles du cruel Fëanor, et d'être devenu pareil à un peuple qui se serait enivré par le vin, et de manière tout aussi brève. Aucun mal n’avons-nous perpétré sur notre route, mais avons nous-mêmes souffert un grand préjudice. Et l’avons pardonné. Pour cela nous traite-t-on d’affabulateurs auprès de toi et de déloyaux aux Noldor. A tort, comme tu le sais, car par loyauté nous sommes restés silencieux devant toi, et ainsi avons récolté ta colère. Mais dorénavant ces accusations n’ont plus à être supportées, et la vérité vas-tu connaître." Il parla alors durement contre les fils de Fëanor, évoquant le sang versé en Alqualondë, et la malédiction de Mandos, et l’incendie des navires à Losgar. "Pour quelle raison devraient ceux qui, comme nous, ont dû endurer le Chaos de Glace, porter les noms d’assassins et de traîtres ?" cria-t-il.

§105. "Toutefois l’ombre de Mandos pèse aussi sur vous", dit Melian. Mais Thingol demeura longtemps silencieux avant de parler. "Partez à présent !" dit-il. "Car au fond de moi j'ai le cœur ardent. Plus tard pourrez-vous revenir, si tel est votre désir. Car à vous mes parents je ne fermerai point pour toujours mes portes, qui fûtent pris dans un mal auquel vous ne contribuâtes point. Avec Fingolfin et son peuple je resterai aussi en amitié, car durement ont-ils expié toute l’affliction qu’ils ont causée. Et dans notre haine pour le Pouvoir qui ouvra toute cette souffrance iront se perdre tous nos ressentiments."

§106. "Mais entendez ceci ! Jamais plus de mes oreilles ne sera ouïe la langue de ceux qui massacrèrent mon peuple à Alqualondë ! Ni dans tout mon royaume ne devra cette langue être ouvertement parlée, tant que durera mon pouvoir. Tous les Sindar devront entendre mon ordre les enjoignant à ne plus parler dans la langue des Noldor ni à y répondre. Et tous ceux qui en useront seront tenus pour assassins de leurs pairs et traîtres à leur race sans remords."

§107. Alors les fils de Finrod quittèrent Menegroth le cœur lourd, comprenant que les mots de Mandos se vérifieraient toujours, et qu'aucun des Noldor qui suivit Fëanor ne pourrait échapper à l'ombre qui s’étend sur sa maison. Et il advint cela même que Thingol avait dit ; car les Sindar entendirent sa parole et dès lors dans tout le Beleriand ils rejetèrent la langue des Noldor, et évitèrent ceux qui la parlaient à haute voix ; mais les Exilés adoptèrent la langue Sindarine dans tous leurs usages quotidiens, [hormis seulement en Gondolin où les Noldor s'établirent sans se mélanger, mais celle-ci était encore dissimulée. >] et le Haut Parler de l'Ouest fut uniquement parlé par les seigneurs des Noldor entre eux, bien qu'il survécût toujours comme une langue du savoir où que demeurât un seul des Noldor.


102

§108. Vers cette époque, il est consigné que Nargothrond fut achevée, et les fils de Finrod furent réunis là pour une fête et Galadriel arriva de Doriath et y résida un temps. A présent, le Roi Inglor Felagund n'avait pas d'épouse, et Galadriel lui demanda pour quelle raison ; mais une vision s'imposa à Felagund comme il parlait, et il dit : "Un serment prononcerai-je aussi, et je devrai être libre pour pouvoir l'accomplir et pénétrer l'ombre. Et de mon royaume rien ne subsistera dont un fils pourrait hériter."

§109. Mais il est dit qu’il n’avait jamais été envahi par de si froides pensées jusqu’à cette heure ; car en vérité, celle qu’il avait aimée était Amárië des Vanyar, et il ne lui fut pas permis de l’accompagner dans l’exil.

_________________
Le jour est venu ! Ô, peuple des Eldar et vous, Pères des Hommes, le jour est venu !.


Dernière édition par Eru le 17 Nov 2006 17:04; édité 8 fois
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MessagePosté le: 23 Juil 2006 17:26     Sujet du message: Répondre en citant

116

§110. En cette année, d’après les archives de cette cité, Gondolin fut achevée, cinquante ans après que Turgon fut arrivé de Nivrost. Mais à ce sujet, aucune information ne parvint au-delà des montagnes, et aucun des parents de Turgon ne fut invité à une fête. [Cette annale fut plus tard enlevée et remplacée par le rajout suivant, §§111-113 :]

§111. En cette année Gondolin fut achevée, après cinquante [ajouté: et 2] années de secret labeur. A présent Turgon se prépara donc à quitter Nivrost, et à abandonner ses belles salles en Vinyamar sous le Mont Taras ; et alors [pour la dernière fois Ulmo vint à lui en personne >] Ulmo vint à lui une seconde fois / et dit : "A présent tu dois enfin te rendre à Gondolin, Turgon ; et j'installerai mon pouvoir dans la Vallée du Sirion, de telle manière que nul ne remarquera ton passage, ni ne pourra trouver là-bas contre ta volonté l'entrée dissimulée de ton pays. Plus longtemps qu'aucun des royaumes des Eldalië se dressera Gondolin contre Melkor. Mais ne la chéris point trop, et souviens-toi que le véritable espoir des Noldor repose en l'Ouest et provient de la Mer."

§112. Et Ulmo prévint Turgon que lui aussi se trouvait sous le coup de la malédiction de Mandos, qu'Ulmo n'avait pas le pouvoir de retirer. "Ainsi pourrait-il advenir," dit-il, "que la malédiction des Noldor te rattrape avant la fin, et que la trahison s'éveille à l'intérieur de tes murs. Alors subiront-ils le péril du feu. Mais si ce péril s'approche, alors de Nivrost même en viendra un pour te prévenir et de lui, par delà la ruine et le feu, naîtra l'espoir pour les Elfes et les Hommes. Laisse, par conséquent, dans cette maison une armure et une épée, pour que dans les années à venir il puisse les trouver, et ainsi le reconnaîtras-tu et ne seras point trompé." Et Ulmo montra à Turgon de quelle sorte et de quelle taille devraient être le haubert et le heaume et l'épée, qu'il laissa en arrière.

§113. Alors Ulmo retourna à la Mer ; et Turgon mit en branle tout son peuple (l'équivalent d'un tiers des Noldor de la maison de Fingolfin, et une troupe plus grande encore de Sindar), et ils partirent, compagnie par compagnie, secrètement, sous les ombres d'Eryd Wethion, et arrivèrent inaperçus avec leurs épouses et leurs biens en Gondolin, et nul ne sut de quel côté ils étaient partis. Et, dernier de tous, Turgon se dressa et passa silencieusement avec ses seigneurs et serviteurs au travers des collines et franchit les portes dans les montagnes, et elles furent closes. Mais Nivrost se trouva vide de monde et demeura ainsi jusqu'à la ruine du Beleriand.


150

§114. Le peuple de Cranthir, fils de Fëanor, résidait au-delà des eaux supérieures du Gelion, vers le Lac Helevorn sous l’ombre des Montagnes Bleues. A cette époque, il est dit qu’ils escaladèrent pour la première fois les montagnes et regardèrent vers l’est, et vaste et sauvage leur parut la Terre du Milieu. Ainsi fut-il que les gens de Cranthir tombèrent tout d'abord sur les Naugrim, qui suite à l’offensive de Morgoth et à l’arrivée des Noldor avaient cessé de circuler dans le Beleriand. A présent, bien que chacun des peuples aimât l’artisanat et fût impatient d’apprendre, il y avait peu d’amour entre les Noldor et les Nains. Car les Nains étaient secrets et prompts au ressentiment, alors que Cranthir était hautain et dissimulait rarement son mépris pour la disgrâce des Naugrim, et son peuple suivait son seigneur. Cependant, comme les deux peuples craignaient et haïssaient Morgoth, ils firent alliance, et en tirèrent grand profit. Car les Naugrim apprirent de nombreux secrets d’artisanat en ces jours-là, de telle sorte que les forgerons et les maçons de Nogrod et de Belegost devinrent renommés au sein de leur race ; mais les Noldor se procurèrent une grande quantité de fer, et leurs armureries se remplirent de réserves d’armes et de baudriers de guerre. En outre, par la suite, jusqu’à ce que le pouvoir de Maidros fût renversé, tout le commerce des mines des Nains passa en premier lieu par les mains de Cranthir, et ainsi il s’adjugea de grandes richesses.


155

§115. Ici, après une longue paix, Morgoth entreprit de prendre Fingolfin par surprise (car il était informé de la vigilance de Maidros) ; et il expédia une armée dans le blanc nord, et elle tourna alors vers l’ouest et de nouveau au sud et arriva par les côtes du golfe de Drengist, et ainsi pénètrerait au cœur du royaume de Hithlum. Mais elle fut repérée à temps et prise dans un piège au milieu des collines à l'entrée du golfe, et la plupart des Orcs furent jetés à la Mer. Celle-ci n’est pas comptée parmi les grandes batailles, et elle n’était que la plus dangereuse des multiples épreuves et coups de boutoir qu’Angband ferait subir de temps à autre à l’encerclement. Par la suite il y eut la paix durant de nombreuses années, et pas ouvertement d’assaut ; car Morgoth comprit à present que, sans aide, les Orcs ne pouvaient se mesurer aux Noldor, hormis par un nombre tel qu’il ne pouvait encore rassembler. Par conséquent il rechercha en son cœur un nouveau conseil, et il réfléchit en lui-même à des dragons.


260

§116. Ici Glaurung, le premier des Urulóki, les dragons de feu du Nord, jaillit de nuit par la porte d’Angband. Il était encore jeune et à peine à la moitié de sa croissance (car longue et lente est la vie de ces vers), mais les Elfes s’enfuirent devant lui vers Erydwethrin et Dorthonion, dans l’effroi ; et il souilla les champs d’Ardgalen. Alors Fingon, prince de Hithlum, chevaucha à son encontre avec des archers en croupe, et le circonvint avec un cercle de rapides cavaliers. Et à son tour Glaurung fut épouvanté, car il ne pouvait endurer leurs traits, n’étant pas encore arrivé à sa pleine armure ; et il s’enfuit, retournant vers l’enfer, et ne resurgit plus pendant de nombreuses années. Mais Morgoth goûta peu que Glaurung se fût révélé trop tôt ; et après sa défaite il y eut la longue paix pendant bien près de deux cents ans. A cette époque il n’y avait que quelques escarmouches sur les marches du nord, et tout le Beleriand prospéra et s’enrichit, et les Noldor construisirent de nombreuses tours et belles demeures et conçurent nombre d’objets de beauté, et nombre de poésies et d’histoires et de livres de savoir. Et dans maints endroits du pays, les Noldor et les Sindar se retrouvèrent mêlés en un seul peuple et parlèrent la même langue ; bien que toujours persistât cette différence entre eux, que les Noldor de sang plus pur avaient un plus grand pouvoir d’esprit et de corps, étant à la fois les guerriers et les sages les plus puissants, et ils construisaient avec de la pierre, et préféraient les flancs des collines et les territoires ouverts. Alors que les Sindar avaient les plus belles voix et étaient davantage versés dans la musique (hormis seulement Maglor fils de Fëanor), et aimaient les bois et les berges des rivières, et il y en aurait toujours qui s’aventureraient partout au loin sans demeure établie, et ils chantaient comme ils allaient.


[Isfin et Ëol]



§117. [Annale rejetée pour l’année 471] En cette année Isfin la Blanche, sœur de Turgon, se lassant de la cité, et désirant revoir son frère Fingon, partit de Gondolin contre la volonté et le conseil de Turgon ; et elle erra en Brethil et se perdit dans la sombre forêt. Là Ëol, l'Elfe Sombre, qui résidait dans la forêt, la trouva et la prit pour épouse. Dans les profondeurs de la forêt il vivait et évitait le soleil, n'ayant de désir que pour la lumière d'étoile d'antan ; car ainsi avait-il vécu depuis la découverte du Beleriand, et il ne prit aucune part dans toute la geste de ceux de sa race.


316

§118. Ici Isfin la Blanche, sœur de Turgon, se lassant de la cité, partit de Gondolin contre le [volonté >] souhait de Turgon. Et elle n'alla pas à Fingon, comme il l'avait proposé, mais explora les chemins allant vers l'Est, vers le pays de Celegorm et de ses frères, ses amis d'antan en Valinor. Mais elle s'écarta de son escorte dans les ombres de Nan Dungorthin, et continua seule ; et elle arriva en fin de compte en Nan Elmoth. Là-bas elle fut prise dans les enchantements d'Ëol, l'Elfe Sombre, qui résidait dans la forêt et évitait le soleil, n'ayant de désir que pour la lumière d'étoile d'antan. Et Ëol la prit pour épouse, et elle demeura avec lui, et aucune nouvelle d'elle ne parvint à aucun des siens ; car Ëol ne lui permettait pas de s'aventurer au loin, ni de voyager à l'extérieur, sauf dans l'obscurité ou au crépuscule.


320

§119. Ici Isfin la Blanche donna en Nan Elmoth un fils à Ëol l'Elfe Sombre ; et elle l'aurait nommé (?) Fingol [ajouté : dur], mais Ëol le nomma Glindûr [plus tard > Maeglin] ; car c'était le nom du métal d'Ëol, qu'il avait lui-même conçu, et il était sombre, souple, et cependant résistant ; et tel fut son fils.


400

§120. Ici Isfin et son fils Glindûr [plus tard > Maeglin] fuirent Ëol l'Elfe Sombre de Nan Elmoth, et arrivèrent en Gondolin, et ils furent accueillis dans la joie par Turgon, qui avait pensé sa sœur morte ou disparue à jamais. Mais Ëol, les suivant discrètement, trouva le Chemin Dissimulé, et fut amené par la Garde devant Turgon. Turgon le reçut convenablement, mais il était en colère et empli de la haine des Noldor, et parla abominablement, et demanda à partir avec son fils. Et quand cela lui fut refusé il chercha à assassiner Glindûr [inchangé] d'un trait empoisonné, mais Isfin se jeta devant son fils, et fut blessée, et mourut ce jour-là. Par conséquent Ëol fut condamné à mourir, et jeté des hauts murs de Gondolin ; et il maudit son fils comme il mourait, prévoyant qu'il connaîtrait la même mort. Mais Glindûr [plus tard > Maeglin] s'installa en Gondolin et devint grand parmi ses seigneurs.


370

§121. Ici Bëor, l'aîné des Pères des Hommes de l'Ouest, naquit à l'est des montagnes.


388

§122. Ici Haleth le Chasseur naquit en Eriador.


390

§123. Ici aussi en Eriador naquit Hador aux Cheveux d'Or, dont la maison fut plus tard la plus renommée de toutes les familles des Amis des Elfes.


400

§124. Ici le Roi Inglor Felagund partit chasser dans les forêts orientales, comme dit dans le Quenta, et il passa en Ossiriand, et là tomba sur Bëor et ses hommes, qui étaient des nouveaux arrivants au-delà des montagnes. Bëor devint vassal de Felagund, et retourna avec lui dans la contrée occidentale, et demeura avec lui jusqu'à sa mort. Il y avait un grand amour entre eux. Dans le Beleriand oriental naquit Bregolas fils de Bëor.


402

§125. Ici, il y eut des combats sur les marches du nord, plus durs que ceux qui s'étaient déroulés depuis la déroute de Glaurung ; car les Orcs tentèrent de traverser la passe d'Aglon. Là-bas Maidros et Maglor furent soutenus par les fils de Finrod, et Bëor était avec eux, le premier des Hommes à tirer l'épée pour les Eldar. En cette année, Barahir fils de Bëor vit le jour, lui qui plus tard résida en Dorthonion.


413

§126. Hundor fils de Haleth vit le jour.


417

§127. Galion le Grand, fils de Hador, naquit [sous les ombres d'Eryd Lindon >] en Eriador.


419

§128. Gundor fils de Hador naquit sous les ombres d'Eryd Lindon.


420

§129. En cette année Haleth le Chasseur arriva en Beleriand, venant d'Eriador. Peu de temps après arriva aussi Hador aux Cheveux d'Or avec de grandes compagnies d'Hommes. Haleth resta dans la Vallée du Sirion, et son peuple partait souvent à l'aventure pour chasser, ne devant allégeance à aucun prince ; mais leurs demeures se situaient dans les profondeurs de la forêt de Brethil, entre le Taiglin et le Sirion, où nul auparavant n'avait vécu, en raison de la hauteur et de l'obscurité des arbres. Hador, entendant qu'il y avait de la place et un besoin de gens en Hithlum, et étant issu d'un peuple des terres du nord, devint vassal de Fingolfin ; et il renforça grandement les armées du roi, et se vit octroyer de vastes terres en Hithlum dans la contrée de Dor-Lómin. Il y eut toujours un grand amour entre les Eldar et ceux de la maison de Hador, et les gens de Hador furent les premiers des Hommes à abandonner leur propre langue et à parler la langue elfique du Beleriand.

§130. Il est dit que sur ces sujets, nul hormis Inglor ne prit conseil auprès du Roi Thingol. Et il était mécontent, pour cette raison et parce qu'il était perturbé par des rêves concernant l'arrivée des Hommes, avant même que ne fussent entendues les premières nouvelles à leur sujet. Par conséquent, il ordonna que les Hommes ne prissent aucune terre pour y résider, sauf dans le nord en Hithlum et en Dorthonion, et que les princes qu'ils servaient devraient répondre de tous leurs actes. Et il dit : "En Doriath, nul Homme ne viendra tant que durera mon royaume, pas même ceux de la maison de Bëor qui servent Inglor le bien-aimé."

§131. Melian ne lui en toucha pas mot à cette époque, mais plus tard elle dit à Galadriel: "A présent le monde court rapidement vers de grands évènements. Et ô! l'un des Hommes, de la maison même de Bëor, viendra en vérité, et la Ceinture de Melian ne le retiendra point, car un destin plus grand que mon pouvoir le portera ; et les chansons qui naîtront de cette arrivée perdureront, quand toute la Terre du Milieu se trouvera modifiée."


422

§132. Ici, à la supplique d'Inglor, Thingol permit au peuple d'Haleth de vivre en Brethil ; car ils étaient en bonne amitié avec les Elfes sylvains.

§133. A cette époque, la force des Hommes s'ajoutant à celle des Noldor, leur espoir grandit fortement, et Morgoth se trouva plus étroitement encerclé ; car le peuple de Hador, étant endurant à supporter le froid et les longs déplacements, ne craignait pas parfois de s'aventurer loin dans le Nord et de continuer à surveiller tout mouvement de l'Ennemi. A présent, Fingolfin commença à réfléchir à un assaut contre Angband ; car il savait qu'ils vivaient dans le danger pendant que Morgoth était libre d'œuvrer dans ses profondes mines, concevant des maléfices que nul ne pouvait prévoir avant qu'il ne les dévoilât. Mais, le pays étant devenu si beau, la plupart des Eldar se satisfaisait de la manière dont se passaient les choses et tarda à lancer un assaut au cours duquel sûrement beaucoup périraient, que ce fût dans la victoire ou dans la défaite. Par conséquent ses desseins furent remis à plus tard et se réduisirent en fin de compte à néant.

§134. Les Hommes des Trois Maisons s'accrurent à présent et se multiplièrent ; et ils apprirent la sagesse et l'art et la belle langue des Eldar, et devinrent plus semblables à eux qu'aucune autre race ne l'avait été, étant pourtant sujets de gré des Seigneurs elfes, et loyaux ; et il n'y avait encore aucun grief entre les deux races.

§135. Les hommes de Bëor avaient les cheveux noirs ou bruns, mais étaient beaux de visage, avec les yeux gris ; aux formes bien faites, courageux et endurants, bien qu'ils ne fussent pas de stature plus grande que les Eldar de cette époque. Car les Noldor étaient réellement aussi grands que ne le sont dans les jours plus récents les hommes de grande puissance et de grande majesté. Mais les gens de Hador étaient d'une force et d'une stature encore plus grandes, puissants parmi les Enfants d'Eru, vifs d'esprit, intrépides et inébranlables. Blonds étaient-ils pour la plupart et ils avaient les yeux bleus*, et leurs femmes étaient grandes et belles. Semblables à eux étaient les forestiers de Haleth, encore qu'un peu plus larges et moins grands.


    * Tel n'était pas Túrin, mais sa mère était de la maison de Bëor.

423

§136. Le peuple de Hador entra en Dorlómin. [Cette annale était un ajout ultérieur au crayon.]


[425 >] 424

§137. Baragund, fils de Bregolas, fils de Bëor, naquit en Dorthonion.


428

§138. Belegund, son frère, naquit.


432

§139. Beren, fils de Barahir, fils de Bëor, naquit en Dorthonion, lui qui fut par la suite appelé Erchamion à la Main-Unique et Camlost le Main-Vide. Sa mère était Emeldir au Cœur d'Homme.


436

§140. Hundor, fils de Haleth, épousa Glorwendil, fille de Hador.


441

§141. Húrin l'Inébranlable, fils de Galion, fils de Hador naquit en Hithlum. Au cours de la même année naquit Handir, fils de Hundor.


[445 >] 443

§142. Morwen Eleðwen, l'Eclat des Elfes, fille de Baragund, naquit. Elle fut la plus belle de toutes les damoiselles des mortels des Jours Anciens.


444

§143. Huor, frère de Húrin, naquit.


450

§144. Rían, fille de Belegund, mère de Tuor le Béni, naquit. Au cours de cette année, Bëor l'Ancien, père des Hommes, mourut de [vieillesse >] son âge. Les Eldar virent alors pour la première fois [la mort par lassitude, sans blessure ni maladie ; par une modification ultérieure au crayon >] le déclin rapide de la vie des Hommes et l'arrivée de la mort sans blessure ni chagrin ; et ils s'interrogèrent sur le destin des Hommes, s'attristant fortement du court laps de temps qui leur était accordé. Bregolas dirigea alors le peuple de Bëor.


455

§145. L'Année Terrible. Ici la paix et la joie connurent un terme. Au cours de l'hiver, au commencement de l'année, Morgoth déchaîna enfin la force qu'il avait longuement rassemblée, et chercha à présent à rompre d'un seul souffle l'encerclement d'Angband, et à écraser les Noldor et à détruire complètement le Beleriand. La Bataille commença soudainement dans la nuit du milieu de l'hiver, et toucha en premier et le plus lourdement les fils de Finrod. Elle est appelée la Dagor Bragollach, la Bataille de la Flamme Soudaine. Des rivières de feu dévalèrent du Thangorodrim, et Glaurung, le Père des Dragons, jaillit dans sa pleine puissance. Les plaines vertes d'Ardgalen furent réduites en cendres et devinrent un désert lugubre où plus rien ne poussa ; et par après elles furent nommées Anfauglith, la Poussière Stagnante.

§146. Au cours de l'assaut contre les défenses de Dorthonion, Angrod et Egnor, fils de Finrod, tombèrent, et avec eux Bregolas fut tué, ainsi qu'une grande partie des guerriers du peuple de Bëor. Mais Barahir, son frère, livrait combat plus à l'ouest près des passes du Sirion. Là-bas, le Roi Inglor Felagund, venant en hâte du sud, fut défait et se trouva encerclé avec une petite compagnie dans le Marais de Serech. Mais Barahir arriva de ce côté-là avec ses hommes les plus courageux, et rompit le cercle des Orcs et sauva le Roi Elfe. Alors Inglor donna à Barahir son anneau, un héritage de sa maison, en gage du serment qu'il prêta à Barahir de répondre à quelque service qui lui serait demandé en temps de nécessité, par lui ou par quiconque appartiendrait à sa parentelle. Alors Inglor partit au sud vers Nargothrond, mais Barahir retourna à Dorthonion pour sauver ce qu'il pourrait du peuple de Bëor.

§147. Fingolfin et Fingon étaient en effet partis de Hithlum pour aider les fils de Finrod, mais ils furent repoussés jusqu'aux montagnes avec de douloureuses pertes. Hador, à présent âgé [plus tard > vieux et "65" ajoutés], tomba en défendant son seigneur à Eithel Sirion, et avec lui tomba Gundor, son [ajouté plus tard : plus jeune] fils, transpercé de nombreux traits. Alors Galion le Haut devint le seigneur de la Maison de Hador.

§148. Contre la Marche de Maidros arriva là aussi une grande armée, et les fils de Fëanor furent submergés. Maidros et Maglor résistèrent vaillamment sur la Colline de Himring, et Morgoth ne put pas encore prendre la grande forteresse qu'ils avaient construite là-bas ; mais les Orcs percèrent de chaque côté, par Aglon et entre le Gelion et le Celon, et ils pénétrèrent loin dans le Beleriand Oriental, poussant les Eldar devant eux, et Cranthir et Damrod et Díriel s'enfuirent dans le sud. Celegorn et Curufin tenaient de grandes forces derrière Aglon, et de nombreux archers montés, mais ils furent vaincus, et Celegorn et Curufin s'échappèrent de justesse, et passèrent à l'ouest le long des frontières nord de Doriath, suivis d'autant de cavaliers qu'ils avaient pu en sauver, et arrivèrent ainsi en fin de compte dans le val du Sirion.

§149. Turgon ne prit pas part à cette bataille, non plus que Haleth ni aucun des hommes de Haleth, exceptés quelques uns. [Le passage suivant, jusqu'à la fin du §150, fut enlevé plus tard : Il est dit que pendant l'automne précédant la Flamme Soudaine, Húrin, fils de Galion, demeurait, en tant que filleul (comme le voulait la coutume parmi les hommes du nord), avec Haleth, et Handir et Húrin, étant d'âges proches, partaient souvent ensemble ; et, alors qu'ils chassaient dans le val du Sirion, ils trouvèrent [par chance ou par destin plus tard >] par destin ou par la volonté d'Ulmo / l'entrée cachée de la vallée de Tumladin où se trouvait Gondolin, la cité gardée. Là ils furent pris par la garde et amenés devant Turgon, et ils posèrent leur regard sur la cité dont aucun de ceux qui résidaient à l'extérieur ne savait encore rien, hormis Thorondor, le Roi des Aigles. Mais Turgon les accueillit avec bienveillance, car [des messages et des rêves envoyés par Ulmo, Seigneur des Eaux, par les flots du Sirion, l'avaient averti qu'un temps de douleur approchait, au cours duquel il nécessiterait l'aide des Hommes. >] Ulmo, Seigneur des Eaux, l'avait averti qu'il devait voir d'un bon œil les gens de la Maison de Hador, desquels un grand secours lui viendrait, en nécessité.

§150. Il est dit que Turgon portait une grande affection au jeune Húrin et qu'il souhaita le garder en Gondolin ; mais Thorondor apporta de terrifiantes nouvelles de la grande bataille, et Handir et Húrin souhaitèrent partir afin de partager les peines de leur peuple. Par conséquent Turgon les laissa aller, mais ils lui prêtèrent un serment de secret et ne révélèrent jamais Gondolin ; à ce moment, Húrin apprit quelque chose par les conseils de Turgon, bien qu'il le celât toutefois en son cœur.]

§151. Quand [plus tard > Mais quand] Turgon eut connaissance de la rupture de l'encerclement d'Angband, il envoya en secret des messagers aux bouches du Sirion et à l'Île de Balar, et là ils [le passage suivant fut enlevé puis remplacé au moment de l'écriture : construisirent de nombreux navires rapides. De là, beaucoup prirent la mer sur l'ambassade de Turgon, à la recherche de Valinor, pour demander le pardon et l'aide des Valar, mais aucun ne parvint jamais à l'Ouest, et peu revinrent.

§152. A présent il sembla à Fingolfin, Roi des Noldor, qu'il contemplait la ruine complète de son peuple, et la défaite au-delà de toute rémission de toutes ses maisons, et il était empli de colère et de désespoir. Alors il chevaucha seul jusqu'aux portes d'Angband] entreprirent la construction de navires qui seraient à même de naviguer jusqu'à l'Ouest le plus extrême sur l'ambassade de Turgon, à la recherche de Valinor, pour demander là-bas le pardon et l'aide des Valar. Mais les Noldor ne maîtrisaient pas l'art de la construction navale, et toutes les embarcations qu'ils avaient construites chavirèrent ou furent repoussées par les vents. Mais Turgon conserva toujours un refuge secret sur l'Île de Balar, et la construction de navires ne fut jamais totalement abandonnée.

§153 [Date originelle 456 retirée ici au moment de l'écriture] Morgoth, ayant à présent connaissance de la défaite des fils de Finrod, et de l'éparpillement du peuple de Fëanor, confina Fingolfin en Hithlum et envoya une grande force pour attaquer la passe occidentale menant aux vals du Sirion ; et Sauron, son lieutenant (qui, en Beleriand, était appelé Gorsodh), mena cet assaut, et ses troupes la traversèrent et assiegèrent la forteresse d'Inglor, Minnas-tirith sur Tolsirion. Et celle-ci, ils la prirent après d'âpres combats, et Orodreth, le frère d'Inglor, qui la tenait, en fut chassé. Là, il aurait pu être tué, mais Celegorn et Curufin arrivèrent avec leurs cavaliers, et avec autant d'autres forces qu'ils avaient pu rassembler, et ils combattirent férocement, et continrent la vague pour un temps ; et ainsi Orodreth s'échappa et arriva à Nargothrond. De ce côté-là fuirent aussi en fin de compte, devant la puissance de Sauron, Celegorn et Curufin avec un petit nombre de suivants ; et ils furent accueillis avec reconnaissance en Nargothrond, et les griefs qui opposaient les maisons de Finrod et de Fëanor furent, pour cette fois-là, oubliés.

§154. Mais Sauron prit Minnas-tirith et en fit une tour de garde pour Morgoth, et l'emplit de choses mauvaises ; car il était sorcier et maître des spectres et de la terreur. Et la belle île de Tolsirion devint maudite et fut nommée Tol-in-Gaurhoth, l'Île des Loups-Garous ; car Sauron nourrissait nombre de ces choses maléfiques.


456

§155. A présent Fingolfin, Roi des Noldor, contempla (à ce qu'il lui sembla) la ruine complète de son peuple, et la défaite au-delà de toute rémission de toutes ses maisons, et il était empli de colère et de désespoir. Par conséquent il se para de son armure d'argent, et prit son heaume blanc et son épée Ringil, et son bouclier bleu orné d'une étoile de cristal, et, montant Rochallor son grand coursier, il chevaucha seul, et nul n'aurait pu le retenir. Et il franchit l'Anfauglith comme un vent au milieu de la poussière, et tous ceux qui assistèrent à sa charge fuirent de stupéfaction, pensant qu'Oromë en personne était arrivé, car un grand déchaînement de colère était sur lui, de telle sorte que ses yeux brillaient comme les yeux des Valar. Ainsi il arriva seul à la porte d'Angband et chargea sur elle une fois de plus, et, clamant un défi de sa corne d'argent, il appela Morgoth lui-même à venir combattre, criant : "Viens céans, toi le roi des couards, te battre de ta propre main ! Habitant de Trou, manieur de serfs, menteur et intrigant, ennemi des Dieux et des Elfes, viens ! Que je puisse voir ta face de pleutre."

§156. Alors Morgoth vint. Car il ne put refuser un tel défi sous le regard de ses capitaines. Mais Fingolfin lui résista, bien qu'il se dressât au-dessus du Roi Elfe comme une tempête au-dessus d'un arbre solitaire, et son immense bouclier noir sans blason recouvrit d'ombre l'étoile de Fingolfin, comme un nuage orageux. Morgoth combattit avec un grand marteau, Grond, qu'il maniait comme une masse d'armes, et Fingolfin combattit avec Ringil. Prompt était Fingolfin, et, évitant les coups de Grond, laissant ainsi Morgoth ne fracasser que le sol (et à chaque choc, se créait une grande crevasse), il le blessa à sept reprises de son épée ; et les cris de Morgoth résonnèrent dans les terres du nord. Mais, épuisé, Fingolfin finit par tomber, mis à terre par le marteau d'Angband, et Morgoth posa un pied sur son cou et le broya.

§157. Dans sa dernière convulsion, Fingolfin planta au sol le pied de son Ennemi avec Ringil, et un sang noir jaillit et remplit les crevasses créées par Grond. Morgoth boîta toujours par la suite. A présent, soulevant le corps du roi mort, il l'aurait rompu et jeté à ses loups, mais Thorondor, arrivant soudainement, fondit sur lui et meurtrit son visage, et, aggripant le cadavre de Fingolfin, il le porta très haut jusqu'aux montagnes au loin et l'étendit sur une place haute au nord de la Vallée de Gondolin ; là les aigles édifièrent un grand cairn avec des pierres. Il y eut des lamentations en Gondolin quand Thorondor apporta les nouvelles, car [les gens de la cité cachée étaient, dans leur ensemble, plus tard >], en grande partie, les gens de la cité cachée étaient / des Noldor, de la maison de Fingolfin. A présent, Rochallor était resté aux côtés du roi jusqu'à la fin, mais les loups d'Angband l'assaillirent, et il leur échappa grâce à sa grande vélocité, et il galopa enfin jusqu'en Hithlum, et son cœur se brisa et il mourut. Alors, dans une profonde affliction, Fingon prit la gouvernance de la maison de Fingolfin et du royaume des Noldor. [Rajout tardif au crayon : Mais il envoya son jeune fils (?Findor) [sic] Gilgalad aux Havres.]

§158. A présent, le pouvoir de Morgoth recouvrait d'ombre les terres du nord, mais [enlevé : toutefois] Barahir ne battrait pas en retraite et il défendit sans cesse ce qui restait de son pays et de son peuple en Dorthonion. Mais Morgoth pourchassa tous ceux des Elfes et des Hommes qui étaient restés là, et il envoya Sauron contre eux ; et toute la forêt des pentes septentrionales de cette contrée fut transformée en une région soumise à un enchantement sombre et terrifiant, de telle manière qu'elle fut plus tard nommée Taur-nu-Fuin, la Forêt sous l'Ombre de la Nuit.

§159. En fin de compte, si désespéré était le cas de Barahir que son épouse, Emeldir au Cœur d'Homme (dont la pensée était plus de se battre aux côtés de son fils et de son mari que de fuir), rassembla toutes les femmes et tous les enfants qui restaient encore, et donna des armes à ceux qui voulaient les porter, puis les conduisit dans les montagnes qui se trouvaient derrière eux, et ce par de périlleux chemins, jusqu'à ce qu'enfin ils arrivassent en Brethil, avec pertes et misère. Et certains furent recueillis là au sein du peuple de Haleth, et d'autres gagnèrent Dorlómin et le peuple de Galion, fils de Hador. (Parmi ceux-ci se trouvaient Morwen Eledhwen, fille de Baragund, et Rían, fille de Belegund.) Mais nul ne revit jamais les hommes qu'ils avaient laissés derrière eux. Car ceux-ci furent tués l'un après l'autre, ou fuirent, jusqu'à ce qu'en fin compte il ne restât plus que Barahir et son fils Beren, et Baragund et Belegund, les fils de Bregolas, et avec eux [huit >] neuf hommes désespérés dont les noms furent longtemps remémorés en chants : Dagnir et Ragnor, Raðhruin et Dairuin et Gildor, Urthel et Arthad et Hathaldir ; et Gorlim le Malheureux. Des hors-la-loi sans espoir devinrent-ils, car leurs demeures avaient été détruites, et leurs épouses et enfants avaient été tués ou capturés, ou avaient fui avec Emeldir. Aucune aide ne leur parvint et ils furent pourchassés comme des bêtes sauvages.


458

§160. Ici Haleth et ses hommes combattirent les Orcs qui arrivèrent par le Sirion. Dans cette bataille, il reçurent de l'aide en provenance de Doriath (car ils demeuraient sur sa marche occidentale), et Beleg l'Archer, chef des gardiens des marches de Thingol, amena en Brethil une grande force d'Eglath armés de haches ; et, surgissant des profondeurs de la forêt, ils prirent par surprise une légion d'Orcs et l'anéantirent. Ainsi, pour un temps, la vague noire venant du Nord fut contenue dans cette région et par la suite, de nombreuses années durant, les Orcs n'osèrent plus traverser le Taiglin.


    A cet endroit mon père inséra un complément dans le manuscrit, remplaçant le passage rejeté de l'annale 455 (§§149-50). Ce complément fut écrit sur les versos de deux pages de l'agenda de 1951 (voir p.47), couvrant des semaines d'août-septembre et de décembre de cette année-là.


§161. Il est dit qu'à cette époque Húrin et Huor, les fils de Galion, résidaient avec Haleth [ajouté plus tard : leur parent] comme filleuls (comme le voulait alors la coutume parmi les Hommes du nord) ; et ils partirent ensemble au combat contre les Orcs, même Huor, car nul n'aurait pu le retenir, bien qu'il n'eût que treize ans. Et, se trouvant dans une compagnie qui avait été coupée du reste des troupes, ils furent poursuivis jusqu'au gué de Brithiach ; et là ils auraient été capturés ou tués, n'était le pouvoir d'Ulmo, qui était encore fort sur le Sirion. Par conséquent, une brume se leva de la rivière et les dissimula de leurs ennemis, et ils fuirent en Dimbar et errèrent dans les collines, sous les murs à pic du Crisaegrim. Là Thorondor les repéra, et envoya deux Aigles qui les prirent et les portèrent puis les amenèrent au-delà des montagnes jusqu'à la vallée secrète de Tumladen et la cité cachée de Gondolin, qu'aucun autre homme n'avait encore contemplée.

§162. Alors ils furent conduits devant le Roi Turgon, et il leur souhaita la bienvenue, car Ulmo lui avait conseillé de traiter amicalement avec la Maison de Hador, de laquelle une grande aide lui viendrait, en cas de nécessité. Et Húrin et Huor furent ses invités durant bien près d'une année ; et il est dit qu'à cette époque Húrin apprit quelque chose des conseils et des desseins de Turgon. Car Turgon avait beaucoup d'affection pour Húrin, et pour son frère Huor, et il s'entretint beaucoup avec eux ; et il voulait les garder à Gondolin, par amour et non seulement à cause de sa loi. A présent il s'agissait de la loi du roi stipulant qu'aucun étranger qui avait trouvé le chemin pour accéder, ou avait jeté un regard sur le royaume gardé, ne repartirait jamais tant que le roi n'aurait pas décidé [de ne plus se dissimuler >] d'ouvrir l'encerclement et tant que le peuple caché ne serait pas lui-même parti.

§163. Mais Húrin et Huor souhaitaient retourner vers les leurs et prendre part aux guerres et aux douleurs qui les frappaient à présent. Et Húrin dit à Turgon: "Seigneur, nous ne sommes que des hommes mortels, et différents des Eldar. Ils tiendraient de longues années, à attendre de combattre avec leurs ennemis, en quelque jour lointain. Mais le temps nous est court, et notre espoir et notre force déclinent rapidement. En outre, nous n'avons point découvert la route menant ici, et de fait nous ne savons pas de manière sûre où repose cette cité ; car nous fûmes portés, dans la peur et l'émerveillement, par les hauts sentiers de l'air, et par la grâce nos yeux furent voilés."

§164. Alors Turgon céda à leur requête, et dit : "Par ce même chemin qui vous mena jusqu'ici, vous êtes libres de repartir, si Thorondor y consent. Je pleure à cette séparation, bien que d'ici peu de temps, suivant le compte des Eldar, nous puissions bien nous rencontrer à nouveau."

§165. Mais il est dit que [Glindûr plus tard >] Maeglin, le fils-sœur du roi, ne regrettait pas du tout leur départ, [si ce n'est plus tard >] bien que cela lui fît mal au cœur / que, par là-même, le roi leur eût montré sa faveur, car il n'aimait pas la race des Hommes ; et il dit : "Votre faveur est plus grande que vous ne le pensez, et la loi est devenue moins sévère qu'elle ne le fut, sinon il ne vous serait laissé d'autre choix que de demeurer ici jusqu'à la fin de vos jours."

§166. "La faveur accordée par le Roi est grande en vérité," répondit Húrin ; "mais si de ta confiance nous ne pouvons jouir, lors des serments seront prononcés." Et les frères jurèrent de ne jamais révéler les conseils de Turgon et de celer tout ce qu'ils avaient vu dans son royaume. Alors ils prirent leur liberté, et les Aigles, arrivant, les emportèrent et les déposèrent en Dor Lómin ; et leurs gens se réjouirent de les voir, car des messages en provenance de Brethil avaient rapporté qu'ils avaient été tués ou capturés par les Orcs. Mais bien qu'ils racontassent avoir résidé un certain temps avec honneur dans les salles du Roi Turgon, à nul, parent ou étranger, ils ne voulurent pas parler des manières de ce pays, ou de son ordonnancement, ou de l'endroit sur terre où il pourrait être trouvé. Malgré tout, l'étrange fortune des fils de Galion, et leur amitié avec Turgon, devinrent fameuses partout au loin, et parvinrent aux oreilles des serviteurs de Morgoth.


    Le complément s'achève ici, et je retourne au texte original des Annales.


460

§167. La forêt de Dorthonion s'élevait au sud dans les plateaux montagneux. Là s'étendait un lac, Tarn-aeluin, à l'est de ces hautes terres, et autour de lui se trouvaient des landes sauvages, et tout ce pays était vide de chemins et indompté ; car, même dans les jours de la Longue Paix, nul ne s'y était établi. Mais les eaux du Tarn-aeluin étaient considérées avec révérence ; car elles étaient claires et bleues le jour, et de nuit elles formaient un miroir pour les étoiles. Melian elle-même, était-il dit, avait consacré cette eau aux jours d'antan. De ce côté-là se replièrent Barahir et ses hors-la-loi, et là-bas ils établirent leur repaire, et Morgoth ne put le découvrir. Mais les échos des actes de Barahir et de ses douze hommes se firent entendre partout au loin, et ils renforcèrent le cœur de ceux qui se trouvaient sous la domination de Morgoth ; et, par conséquent, il ordonna à Sauron de trouver et de détruire rapidement les rebelles. Ailleurs, dans le Quenta et dans le Lai de Leithian, ceci est grandement évoqué, de même que la façon dont Sauron piégea Gorlim, avec un spectre de son épouse Eilinel, et le tourmenta et le trompa, de telle manière qu'il révéla les caches de Barahir. Ainsi, en fin de compte, les hors-la-loi furent encerclés et tous tués, hormis Beren, fils de Barahir. Car Barahir, son père, l'avait envoyé pour une mission périlleuse, afin d'espionner les chemins de l'Ennemi, et il se trouvait loin de là quand le repaire fut pris, et il revint seulement pour découvrir les corps de ceux qui avaient été tués.

§168. Alors Beren poursuivit les Orcs qui avaient tué son père, et, tombant sur leur camp, au Puits de Rivil sur le Serech, il y pénétra et tua le capitaine, alors qu'il se vantait d'être celui qui avait tué Barahir ; et il lui arracha la main de Barahir, qui avait été coupée pour être donnée comme preuve à Sauron. Ainsi il récupéra l'Anneau de Felagund, que son père avait porté.

§169. Après avoir échappé aux Orcs, Beren continua à demeurer dans ces contrées comme un hors-la-loi solitaire, pendant quatre années, et accomplit de tels actes d'audace, par sa seule main, que Morgoth mit un prix sur sa tête qui n'était pas moindre que celui mis sur celle de Fingon, Roi des Noldor.


462

§170. Ici Morgoth renouvela ses assauts, cherchant à pénétrer plus avant dans le Beleriand et à rendre sûres ses positions vers le sud. Car si grande que fût sa victoire dans la Bragollach, et bien qu'il eût alors, ainsi que dans l'année qui suivit, infligé de graves dommages à ses ennemis, ses propres pertes n'en avaient pourtant pas été moindres. Et les Eldar s'étaient à présent remis de leur premier effondrement, et étaient en train de reprendre petit à petit ce qu'ils avaient perdu. Dorthonion tenait-il à présent, et il avait installé Sauron dans la passe du Sirion ; mais dans l'est il avait été déjoué. Himring tenait bon. L'armée qui avait pénétré dans le Beleriand Oriental avait été brisée par Thingol, aux frontières de Doriath, et une partie avait fui dans le sud pour ne jamais en revenir, une autre partie, en retraite vers le nord, avait été détruite par une sortie de Maidros, pendant que ceux qui s'étaient aventurés près des montagnes étaient pourchassés pas les Nains. Et, sur son flanc, Hitlum tenait toujours bon.

§171. Il résolut, par conséquent, d'envoyer à présent une force contre Hithlum ; car, dans la guerre à l'est, il espérait recevoir incessamment une aide que les Eldar n'avait pas prévue. L'assaut contre Hithlum fut rude, mais il fut repoussé depuis les passes de l'Erydwethrin. Là-bas, toutefois, dans le siège de la forteresse d'Eithel Sirion, Galion fut tué, car il la tenait au nom du Roi Fingon. Húrin, son fils, était alors tout juste devenu un homme, mais il était puissant et avait le cœur vaillant, et il mit les Orcs en déroute et, avec des pertes, les repoussa des murs vers les sables d'Anfauglith. Par la suite il dirigea la Maison de Hador. [Ajouté subséquemment :] Plus petit que son père était-il (ou que son fils après lui), mais au corps infatigable et endurant ; souple et rapide était-il, à la manière des parents de sa mère, la fille de Haleth.

§172. Mais le Roi Fingon, avec la plupart des Noldor, éprouva beaucoup de difficultés à repousser l'armée d'Angband qui était arrivée, en provenance du nord. La bataille se déclencha sur les plaines mêmes de Hithlum, et Fingon fut surpassé en nombre ; mais Círdan arriva à temps à la rescousse. Ses navires, en une grande flotte, firent voile jusqu'en Drengist et là-bas débarqua une force qui tomba sur le flanc ouest de l'ennemi, en cette heure de nécessité. Alors les Eldar emportèrent la victoire et les Orcs se désunirent et s'enfuirent, poursuivis par les archers montés jusqu'aux Montagnes de Fer elles-mêmes.

_________________
Le jour est venu ! Ô, peuple des Eldar et vous, Pères des Hommes, le jour est venu !.


Dernière édition par Eru le 18 Déc 2006 22:38; édité 11 fois
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MessagePosté le: 30 Juil 2006 17:26     Sujet du message: Répondre en citant

463

§173. Au cours de cette année, de nouvelles informations arrivèrent au Beleriand : les Hommes au Teint Sombre étaient sortis d'Eriador, et, passant au nord près de l'Eryd Luin, ils étaient entrés en Lothlann. Leur arrivée n'échappa pas à toute surveillance, car les Nains avaient prévenu Maidros que des troupes d'Hommes voyageaient vers le Beleriand, venant des régions plus à l'Est. Ils étaient courts et larges, avec des bras longs et puissants, et une pilosité abondante sur le visage comme sur le torse ; leurs tresses étaient sombres, tout comme leurs yeux, et leur peau était olivâtre ou basanée. Mais ils n'étaient pas tous de la même sorte, dans leur apparence ou dans leur tempérament ou par la langue. Certains n'étaient pas désagréables et étaient honnêtes en négoce ; certains étaient torves et disgrâcieux et de peu de confiance. Leurs maisons étaient nombreuses, et il régnait peu d'amour entre elles. Ils avaient peu de goût pour les Elfes, et, pour la plupart, ils préféraient les Naugrim des montagnes ; mais ils étaient intimidés par les seigneurs des Noldor, dont ils n'avaient rencontré auparavant aucun équivalent.

§174. Mais Maidros, connaissant la faiblesse des Noldor et des Amis des Elfes, alors que les basses-fosses d'Angband semblaient contenir des réserves inépuisables et perpétuellement renouvelées, fit alliance avec ces Hommes nouvellement arrivés, et leur donna des demeures à la fois en Lothlann, au nord de la Marche, et dans les terres plus au sud. A présent, les deux chefs


    A partir d'ici, il y a deux versions parallèles du texte (le restant de l'annale concernant les Hommes au Teint Sombre et l'histoire de Beren et Lúthien) ; sur le manuscrit, un secrétaire nota "Version I" (la première et bien plus courte version) et "Version II" (beaucoup plus longue), ainsi que, de manière similaire, sur le tapuscrit des Annales Grises, où les deux formes sont données. Il ne peut y avoir aucun doute sur le fait que la Version II fut écrite en second (quand bien même elle contienne la forme primitive Borthandos, alors que la Version I a la forme plus tardive Borthand), car la Version I est intégrale, avec le texte entier des Annales, alors que la Version II s'achève avant le bas d'une page. Je donne tout d'abord le texte complet de la Version I, qui continue à partir de l'endroit, dans l'annale pour 463 sur les Hommes au Teint Sombre, où le texte a été interrompu ci-dessus.


qui avaient les plus grandes suites et la plus grande autorité se nommaient Bór et Ulfang. Les fils de Bór étaient Borlas et Boromir et Borthand, et ils suivirent Maidros et furent loyaux. Les fils d'Ulfang le sombre étaient Ulfast et Ulwarth et Uldor le Maudit ; et ils suivirent Cranthir et lui prêtèrent allégeance et se montrèrent parjures.*

* Il fut plus tard pensé que le peuple d'Ulfang était déjà secrètement au service de Morgoth avant son arrivée au Beleriand. Pas comme le peuple de Bór, qui était un peuple digne de foi et qui cultivait la terre. D'eux, est-il dit, vinrent les plus anciens des Hommes qui résidèrent dans le nord d'Eriador, au Second Âge et [? lire dans] les jours qui suivirent.


464

§175. Au commencement de cette année, Beren était si durement pressé qu'en fin de compte il fut forcé de fuir Dorthonion. Par temps d'hiver et de neige, par conséquent, il abandonna le pays et la tombe de son père et escalada Eryd Orgorath, et à partir de là trouva un chemin qui descendait jusque dans Nan Dungorthin, et ainsi arriva, par des chemins qu'aucun autre Homme ou Elfe n'avait osé fouler, jusqu'à la Ceinture de Melian. Et il la franchit, tout comme Melian l'avait prédit, car un grand destin reposait sur lui. En cette année, au printemps, Húrin, fils de Galion de la Maison de Hador, épousa Morwen, l'Eclat des Elfes, fille de Baragund de la Maison de Bëor [cette phrase fut plus tard signalée pour une transposition au début de l'annale]. [Insertion plus tardive :] En cette année, Túrin, fils de Húrin, naquit en Dorlómin.

§176. Au cours de cette année, au milieu de l'été, Beren, fils de Barahir, rencontra Lúthien, fille de Thingol, dans la forêt de Neldoreth, et, en raison de sa grande beauté et de son amour, un sort d'hébétement se posa sur lui, et il erra longuement dans les bois de Doriath.


465

§177. Au cours de cette année, au début du printemps, Beren fut libéré de son sort, et parla à Lúthien, l'appelant Tinúviel, le Rossignol. Ainsi naquit l'amour de Beren le moult renommé et de Lúthien la très belle, au sujet duquel fut composé le Lai de Leithian.

§178. Beren fut amené devant le Roi Thingol, qui le méprisa, et, désirant l'envoyer à la mort, lui dit par moquerie qu'il devait ramener un Silmaril de la couronne de Morgoth comme prix pour épouser Lúthien. Mais Beren endossa la quête et partit, et arriva à Nargothrond et rechercha l'aide du Roi Felagund. Alors Felagund perçut que son serment se rappelait à lui pour l'envoyer à la mort, mais il souhaitait prêter à Beren tout le soutien de son royaume, aussi vain qu'il pût se révéler.

§179. [Celegorm >] Celegorn et Curufin entravèrent toutefois la quête, car leur Serment avait été tiré de son assoupissement ; et ils jurèrent que, quand bien même la quête serait menée à bien, ils tueraient quiconque conserverait le Silmaril, ou le confierait à d'autres mains que les leurs. Et, à cause de leurs terribles paroles, une grande peur s'abattit sur le peuple de Nargothrond, et il priva le roi de son soutien.

§180. Le Roi Inglor Felagund et Beren s'apprêtèrent, avec seulement dix compagnons, et partirent vers le nord ; mais ils furent pris en embuscade par Sauron et jetés dans une basse-fosse en Tol-in-Gaurhoth. Là ils furent dévorés un par un par les loups ; mais Felagund combattit le loup qui avait été envoyé pour dévorer Beren, et le tua, et fut tué. Ainsi disparut de la Terre du Milieu le plus beau des enfants de Finwë, et jamais il ne revint ; mais il demeure à présent à Valinor, en compagnie d'Amárië.

§181. Lúthien voulut suivre Beren, mais elle fut maintenue captive par son père, jusqu'à ce qu'elle s'échappât et partît dans la nature. Là elle fut trouvée par Celegorn et Curufin, et amenée à Nargothrond. Et le mal s'immisça dans le cœur des frères, et ils projetèrent de s'emparer de la royauté de Nargothrond, et d'unir Lúthien à Celegorn et de pousser Thingol à une alliance, et de faire ainsi de nouveau des fils de Fëanor la plus grande Maison des Noldor.

§182. Mais Lúthien leur échappa et arriva sur l'île de Sauron, et, avec l'aide de Húan, le Chien de Valinor, défit les loups-garous et Sauron lui-même, et secourut Beren. Et quand ces nouvelles furent entendues en Nargothrond, Orodreth prit la couronne de Felagund et chassa Celegorn et Curufin. Et, alors qu'ils chevauchaient en hâte vers l'est, ils trouvèrent Beren et Lúthien près des frontières de Doriath, et voulurent s'emparer de Lúthien. Mais ils furent repoussés, et s'enfuirent ; cependant Beren fut grièvement blessé.

§183. Quand Beren fut guéri, il conduisit Lúthien vers son propre pays et la laissa là, endormie, et poursuivit seul sa quête, mais Lúthien, le suivant, le surprit aux frontières de l'Anfauglith. [Ajouté :] Durant l'hiver de cette année, Túrin, fils de Húrin naquit sous des augures de tristesse. [Ecrit plus tard à côté de ceci : Placer sous 464]


466

§184. Déguisés, Beren et Lúthien arrivèrent en Angband, et Lúthien plongea Carcharoth, le gardien Loup de la porte, dans l'endormissement ; et ils descendirent jusqu'au trône de Morgoth. Là, Lúthien jeta son sort sur Morgoth lui-même, de telle sorte qu'il s'endormit contre sa volonté, et la Couronne de Fer tomba de sa tête et roula.

§185. Lúthien et Beren, portant un Silmaril, furent pris en embuscade à la porte par Carcharoth, et Carcharoth trancha la main de Beren qui tenait le joyau, et, empli de fureur, s'enfuit. Alors Thorondor et ses aigles soulevèrent Beren et Lúthien, et les emportèrent et les déposèrent à l'intérieur des frontières de Doriath. Longtemps Lúthien se battit-elle contre la mort, jusqu'à ce que Beren fût de nouveau guéri. Et, dans le printemps de l'année, elle le ramena à Menegroth. Et quand Thingol apprit tout ce qu'il leur était arrivé, son humeur fut apaisée, car il était empli d'émerveillement devant l'amour de Lúthien et de Beren, et perçut qu'aucun pouvoir au monde ne pourrait résister à leur destin. Car ainsi était-il écrit que les deux races, les plus anciens et les plus jeunes des enfants d'Eru, devaient être unis. Alors Beren prit la main de Lúthien devant le trône de son père.

§186. Mais peu après, Carcharoth, grâce au pouvoir du Silmaril, surgit dans Doriath, et la chasse au Loup fut lancée contre Carcharoth. A cette chasse participèrent le Roi Thingol, et Beren à la Main Unique, et Beleg et Mablung et Húan le Chien de Valinor. Et Carcharoth blessa Beren à mort, mais Húan le tua, et alors mourut. Du ventre du Loup, Mablung sortit le Joyau et Beren le prit et le donna à Thingol, et dit "A présent la Quête est accomplie", et après ne parla plus. Mais avant qu'il ne mourût, Lúthien lui fit ses adieux devant les portes de Menegroth, et lui dit : "Attends-moi au-delà de la Mer de l'Ouest."
Ainsi s'acheva la Quête du Silmaril.


    Comme il a été vu précédemment (p.61), la "Version II" commence à un endroit de l'annale 463 concernant les Hommes au Teint Sombre, à la suite des mots "A présent les deux chefs" ; mon père copia la fin de cette annale, simplement parce qu'elle se situait en haut de la page sur laquelle l'histoire de Beren et Lúthien commençait, telle qu'écrite à l'origine. Il introduisit inévitablement quelques différences, pourtant, et je présente le second texte en entier.


(Conclusion de l'annale 463 dans la Version II)
[A présent, les deux chefs] qui avaient les plus grandes suites et la plus grande autorité s'appelaient Bór et Ulfang. Les fils de Bór étaient Borlas et Boromir et Borthandos, et ils étaient hommes de bien, et ils suivirent Maidros et Maglor et furent loyaux. Les fils d'Ulfang le Sombre étaient Ulfast et Ulwarth et Uldor le Maudit ; et ils suivirent Cranthir et lui prêtèrent allégeance, et se montrèrent parjures. (Il fut pensé, par la suite, que le peuple d'Ulfang était déjà secrètement au service de Morgoth avant d'arriver au Beleriand.)*

* Du peuple de Bór, est-il dit, vinrent les plus anciens des Hommes qui résidèrent par la suite dans le nord d'Eriador au cours du Second Âge.


464

§187. Au commencement de cette année, Beren fut si durement pressé qu'en fin de compte, [au cours de l'hiver >] peu après le milieu de l'hiver, il fut forcé de choisir entre s'enfuir et être capturé. Il abandonna alors Dorthonion et passa dans l'Eryd Orgorath et trouva un chemin qui descendait dans Nan Dungorthin, et ainsi arriva, par des chemins qu'aucun autre Homme ou Elfe n'avait osé fouler, à la Ceinture de Doriath. Et il la traversa, tout comme Melian l'avait prédit à Galadriel ; car un grand destin reposait sur lui.
En cette année, au cours du printemps, Húrin de la Maison de Hador épousa Morwen, l'Eclat des Elfes du peuple de Bëor [cette phrase fut par la suite signalée pour une transposition au début de l'annale, comme dans le §175].

§188. Au cours de cette année, au milieu de l'été, Beren, fils de Barahir rencontra Lúthien, fille de Thingol, dans la forêt de Neldoreth, et, tombant amoureux d'elle, erra longuement dans les bois de Doriath, car un sort d'hébétement reposait sur lui. [Insertion ultérieure, comme dans le §175 :] Túrin, fils de Húrin, naquit à Dor Lómin.


465

§189. Au cours de cette année, au début du printemps, Beren fut libéré de son enchantement et parla à Lúthien, l'appelant Tinúviel, le Rossignol (car il ne connaissait pas encore son nom, ni qui elle était). Ainsi naquit l'amour entre Beren le béni et Lúthien la très belle, au sujet duquel le Lai de Leithian fut composé. Leurs rencontres étaient espionnées par Dairon le ménestrel (qui aimait aussi Lúthien) et furent révélées au Roi Thingol. Alors Thingol en fut réellement courroucé, mais Lúthien amena Beren à Menegroth, et Beren lui montra l'anneau d'Inglor, son parent. Mais Thingol parla, en colère, méprisant les Hommes mortels, disant que le service rendu par le père de Beren à un autre prince ne donnait au fils aucune légitimité pour circuler en Doriath, encore moins pour lever les yeux sur Lúthien. Alors Beren, étant irrité par son mépris, jura qu'aucun pouvoir d'enchantement, aucun mur, ni aucune arme ne le priverait de son amour ; et Thingol l'aurait jeté en prison ou envoyé à la mort, s'il n'avait juré à Lúthien qu'aucun mal ne serait fait à Beren. Mais, comme l'aurait fait le destin, une pensée vint en son cœur, et il répondit, en moquerie : "Si tu ne crains aucun enchantement, aucun mur ni aucune arme, comme tu l'as dit, alors va me chercher un Silmaril sur la couronne de Morgoth. Alors nous te donnerons un joyau contre un Joyau, mais tu gagneras le plus beau : Lúthien des Premiers Nés et des Dieux." Et ceux qui entendirent surent qu'il préserverait son serment, et pourtant enverrait Beren à la mort.

§190. Mais Beren plongea son regard dans celui de Melian, qui ne parla pas, et il endossa la Quête du Silmaril, et partit seul de Menegroth.

§191. A présent, Beren partit à l'ouest pour Nargothrond, et rechercha le Roi Felagund. Et quand Felagund entendit parler de la quête, il sut que le serment qu'il avait prêté se présentait à lui, le conduisant vers la mort (comme il l'avait dit longtemps auparavant à Galadriel). Mais il tint son serment, et il aurait rassemblé toute son armée pour aider Beren, aussi vaine que toute sa force pût être, dans une telle entreprise.

§192. Mais Celegorn et Curufin se trouvaient à Nargothrond (comme il a été dit précédemment), et la quête sortit de son sommeil le Serment de Fëanor. Et les frères parlèrent contre Felagund, et, avec leurs paroles, ils installèrent une telle peur dans les cœurs du peuple de Nargothrond qu'ils n'obéiraient point à leur Roi, pas plus que par la suite, pendant de nombreuses années, ils ne partiraient pour une quelconque guerre ouverte.

§193. Alors [Finrod >] Inglor jeta sa couronne et s'apprêta à partir seul avec Beren, mais dix de ses chevaliers les plus loyaux se tinrent à ses côtés, et Edrahil, leur chef, souleva la couronne et proposa au roi de la confier à la garde d'Orodreth, son frère. Mais Celegorn dit : "Sache ceci : ta partance est vaine ; car, pusses-tu accomplir cette quête qu'elle ne te rapporterait rien. Ni à toi, ni à cet Homme, nous ne permettrons de conserver ou de donner un Silmaril de Fëanor. A ton encontre, plutôt, viendraient tous les frères pour t'occire. Et Thingol l'obtiendrait-il, que nous brûlerions Doriath ou péririons en le tentant. Car nous avons prêté notre Serment."

§194. "J'ai aussi prêté un serment," dit Felagund, "et je ne cherche pas à m'en libérer. Mets le tien de côté, jusqu'à ce que tu en saches plus. Mais je te dirai ceci, [fils de Fëanor >] Celegorn le cruel, par la vision qui m'est donnée en cette heure, que ni toi, ni aucun fils de Fëanor, ne regagnera jamais les Silmarils jusqu'à la fin du monde. Et ce que nous recherchons à présent viendra en vérité, mais jamais dans vos mains. Non, votre serment vous dévorera, et confiera à une autre garde le prix pour épouser Lúthien."

§195. Ainsi, le Roi Felagund et Beren et leurs compagnons partirent, et, surprenant une compagnie d'Orcs au-delà du Taiglin, ils se dirigèrent vers [Tolsirion >] Tol-in-Gaurhoth, déguisés en soldats de Morgoth. Là-bas, ils furent questionnés et dépouillés par Sauron, et jetés dans une basse-fosse.

§196. A présent Lúthien résolut dans son cœur de suivre Beren, mais, cherchant le conseil de Dairon (qui était son ami de longue date), elle fut à nouveau trahie auprès de Thingol, et lui, effondré, l'envoya dans une prison, haut dans les arbres. Mais elle s'échappa, par des talents d'enchantement, avec une corde tressée de ses propres cheveux, et partit dans la nature. Là, elle fut trouvée par Celegorn et Curufin, alors qu'ils chassaient, et amenée à Nargothrond, et là étroitement gardée. Car Celegorn, étant épris de sa beauté, décida de l'épouser ; et de forcer l'assentiment du Roi Thingol.

§197. Mais Lúthien, avec l'aide de Húan, le chien de Valinor qui avait suivi Celegorn, mais était acquis à l'amour de Lúthien, s'échappa de Nargothrond et arriva à Tol-in-Gaurhoth.

§198. Là-bas, dans les basses-fosses de Sauron, un par un les douze compagnons furent tués et dévorés par les loups-garous, jusqu'à ce qu'en fin de compte seuls restassent Beren et Felagund. Mais nul ne les avait trahis, et Sauron ne put connaître la mission qui les avait amenés. Il laissa le Roi Elfe pour la fin, car il savait qui il était, et pensait qu'il était l'initiateur de quelque entreprise à avoir été conçue. Mais quand le loup se dirigea vers Beren, Felagund, avec ses dernières forces, brisa ses liens, et lutta à mains nues avec le loup et le tua, et fut tué.

§199. Ainsi périt Inglor Felagund, fils de Finrod, le plus beau et le plus aimé des enfants de Finwë, et il ne revint jamais en Terre du Milieu. Mais il est dit que, rapidement relâché de Mandos, il arriva à Valinor, et qu'il demeure là-bas, en compagnie d'Amárië.

§200. Beren plongea à présent dans des ténèbres de tristesse et de désespoir. En cette heure, Lúthien et Húan arrivèrent au pont qui menait à l'île de Sauron, et Lúthien chanta un chant de Doriath. Alors Beren s'éveilla de l'obscurité ; et les tours de Sauron tremblèrent, et il fit sortir Draugluin, le plus grand de ses loups-garous. Mais Húan tua Draugluin, et quand Sauron lui-même arriva, en arnachement de loup, il le domina. Ainsi Sauron fut-il contraint de rendre Tol-sirion, avant que, privé de sa forme physique, il s'en allât comme une ombre noire dans Taur-nu-Fuin.

§201. Ainsi Lúthien secourut Beren, et libéra nombre d'infortunés prisonniers de Sauron. Ces prisonniers, Húan les ramena à Nargothrond, car sa loyauté l'obligeait à revenir à Celegorn, son maître. Mais quand arrivèrent à Nargothrond des nouvelles de la mort de Felagund et des grands actes de la Damoiselle Elfe, alors Celegorn et Curufin furent haïs, et Orodreth prit la couronne de Nargothrond, et les chassa ; et ils fuirent à l'est, vers Himring.

§202. Lúthien et Beren errèrent ensemble dans la nature, dans une joie éphémère ; et Beren ramena Lúthien vers Doriath. Ainsi, par mauvaise fortune, Celegorn et Curufin tombèrent sur eux alors qu'ils chevauchaient vers les frontières nord avec Húan. Là-bas, Celegorn aurait fauché Beren, et Curufin se serait saisi de Lúthien ; mais Beren renversa Curufin, et prit son cheval et son poignard, et fut sauvé de la mort des mains de Celegorn par Húan ; qui, en cette heure, abandonna son maître et servit Lúthien. Alors Celegorn et Curufin s'enfuirent sur le dos d'un seul cheval, et Curufin, se retournant, tira et frappa Beren d'une flèche, et il tomba.


466

§203. Lúthien et Húan veillèrent sur Beren dans les bois, et Lúthien le fit revenir en fin de compte du seuil de la mort. Mais quand il fut guéri, et qu'ils furent entrés en Doriath, Beren, se rappelant son serment et ses mots fiers à Thingol, ne désira pas retourner à Menegroth, pas plus qu'il n'entraînerait Lúthien dans sa quête désespérée. Par conséquent, dans une grande affliction, il la quitta alors qu'elle dormait dans une clairière et, la confiant à la garde d'Húan, il partit, chevauchant vers le nord, sur le cheval qu'il avait pris à Curufin. Et comme Tol-in-Gaurhoth avait à présent été détruit, il arriva en fin de compte aux pentes nord de Taur-nu-Fuin et, à travers l'Anfauglith, il jeta un regard au Thangorodrim et désespéra.

§204. Là-bas, il renvoya son cheval, et dit adieu à la vie et à l'amour de Lúthien, et se prépara à partir seul à la mort. Mais Lúthien partit après lui, portée rapidement par Húan, et elle le rejoignit en cette heure, et ne se séparerait jamais de lui. Alors, avec l'aide d'Húan et avec ses talents, Lúthien déguisa Beren en loup à l'apparence de Draugluin, et elle-même prit l'apparence du vampire Thuringwethil, et ils franchirent Anfauglith et arrivèrent en Angband, mais Húan demeura dans les bois.

§205. A la porte d'Angband, Lúthien plongea le gardien de la porte, Carcharoth, le plus puissant de tous les loups, dans un profond hébétement, et Beren et Lúthien entrèrent dans le terrifiant royaume de Morgoth, et descendirent même jusqu'à la salle la plus profonde et arrivèrent devant son trône. Là Beren rampa comme un loup sous le siège même de Morgoth, mais le déguisement de Lúthien ne trompa pas Morgoth et elle lui fut dévoilée. Cependant elle esquiva son étreinte atroce, et, tout comme il la regardait danser, pris comme dans un enchantement par sa beauté, elle répandit un profond sommeil sur toute la salle, et en fin de compte Morgoth lui-même fut dompté et tomba de son siège, dans un sommeil profond, mais la Couronne de Fer tomba de sa tête et roula.

§206. Alors Lúthien réveilla Beren et, quittant son habit de loup, il prit le poignard nain de Curufin et détacha un Silmaril de la couronne de Morgoth. Mais, désirant soudain forcer le destin et récupérer tous les joyaux, il fut trahi par le poignard, qui se brisa, et un fragment toucha Morgoth et perturba son sommeil.

§207. Alors Beren et Lúthien s'enfuirent, mais aux portes ils trouvèrent Carcharoth, de nouveau éveillé, et il bondit sur Lúthien ; et, avant qu'elle ne pût user d'aucun artifice, Beren se jeta au-devant et voulut intimider le loup avec la main qui tenait le Silmaril. Mais Carcharoth saisit la main et la trancha, et immédiatement le Silmaril le brûla, et il fut pris de folie et s'enfuit ; mais ses hurlements réveillèrent tous ceux qui dormaient en Angband. Alors Lúthien s'agenouilla à côté de Beren, alors qu'il gisait évanoui, paraissant mort, et toute leur quête sembla en ruine. Mais alors qu'elle retirait le venin de la blessure de Beren avec ses lèvres, Thorondor arriva avec Lhandroval et Gwaihir, ses vassaux les plus puissants, et ils soulevèrent Lúthien et Beren et les portèrent vers le sud, haut par-delà Gondolin, et les déposèrent aux frontières de Doriath.

§208. Là-bas, Húan les trouva et de nouveau ils prirent soin de Beren et l'arrachèrent à la mort, et, alors que le printemps s'embellissait, ils entrèrent dans Doriath et arrivèrent à Menegroth. Joyeux fut leur accueil à Doriath, car un sort d'ombre et de silence s'était posé sur toute la contrée depuis que Lúthien s'était enfuie ; et Dairon, la cherchant, affligé, s'était aventuré au loin et s'était perdu.

§209. Ainsi, une fois de plus, Lúthien conduisit Beren au trône de son père et il s'émerveilla devant lui, mais n'était pas apaisé ; et il dit à Beren : "N'as-tu point affirmé que tu ne reviendrais point à ma vue, si ce n'est en possession d'un joyau de la couronne de Morgoth ?" Et Beren répondit : "Même à présent ma main renferme un Silmaril." Et Thingol dit : "Montre-le moi !" Mais Beren dit : "Cela, je ne puis le faire, car ma main ne se trouve point ici." Et il leva son bras droit ; et à compter de cette heure, il se nomma lui-même Camlost.

§210. Alors l'humeur de Thingol fut apaisée, car il lui sembla que cet Homme se différenciait de tous les autres, et figurait parmi les grands d'Arda, tandis que l'amour de Lúthien était d'une force plus grande que tous les royaumes de l'Ouest ou de l'Est. Et Beren prit la main de Lúthien et la posa sur sa poitrine devant le trône de son père, et ainsi ils se fiancèrent.
Mais à présent Carcharoth, par le pouvoir du Silmaril, surgit dans Doriath.


    Ici, la Version II s'interrompt de manière abrupte, et non au pied d'une page. La page sur laquelle s'achève la Version I, avec les mots "Ainsi s'acheva la Quête du Silmaril" (p.64), continue avec l'annale pour 467.


467

§211. Au cours de cette année, dans la première partie du Printemps, Lúthien Tinúviel fit reposer son corps sur l'herbe, telle une fleur flanche, et son esprit fuit la Terre du Milieu, et elle arriva jusqu'en Mandos, comme dit dans le Lai. Mais un hiver, tel que serait l'âge vénérable des Hommes mortels, s'abattit sur Thingol.


468

§212. A cette époque, Maidros entama ces conseils pour le relèvement des fortunes des Eldar, qui sont nommés l'Union de Maidros. Car un nouvel espoir parcourut le pays, grâce aux actes de Beren et de Lúthien, et il sembla à beaucoup que Morgoth n'était pas imprenable, et que seule la peur lui conférait son pouvoir. Pourtant, le Serment de Fëanor vivait encore et entravait tout bien, et le mal que Celegorn et Curufin avaient provoqué à cause de lui ne le faisait pas moins. Ainsi Thingol ne voulut prêter aucun soutien à un quelconque fils de Fëanor ; et peu d'aide provint de Nargothrond : là-bas, les Noldor se fiaient plus à la défense de leur forteresse cachée par le secret et la dissimulation. Mais Maidros eut le soutien des Naugrim, à la fois en force armée et en grandes réserves d'armes ; et il rassembla de nouveau tous ses frères et tous les gens qui voudraient les suivre ; et les hommes de Bór et d'Ulfang furent mobilisés et entraînés à la guerre, et se virent offrir de belles armes, et ils appelèrent encore plus de leurs gens à venir de l'Est. Et en Hithlum, Fingon, ami de toujours de Maidros, se prépara à la guerre, tenant conseil avec Himring. A Gondolin aussi, les nouvelles parvinrent jusqu'au roi caché, Turgon, et, également dans le secret, il se prépara pour une grande bataille. Et Haleth rassembla ses gens en Brethil, et ils affûtèrent leurs haches ; mais il mourut de vieillesse avant que ne vînt la guerre, et son fils Hundor dirigea son peuple.


469

§213. Dans le printemps de cette année, Maidros testa pour la première fois ses forces, bien que ses plans ne fussent pas encore totalement aboutis. Ce en quoi il commit une erreur, ne dissimulant pas son coup jusqu'à ce qu'il pût être donné soudainement et avec toutes ses forces, comme Morgoth l'avait fait. Car les Orcs furent en effet chassés une fois de plus du Beleriand, et même Dorthonion fut libéré pour un temps, de telle sorte que les frontières des Noldor furent de nouveau telles qu'avant la Bragollach, si ce n'est que l'Anfauglith était à présent un désert n'appartenant à aucun côté. Mais Morgoth, étant prévenu du soulèvement des Eldar et des Amis des Elfes, tint conseil contre eux, et envoya de nombreux espions et instigateurs de trahison parmi eux, étant à présent le plus apte à agir, car les traîtres qui lui avaient secrètement prêté allégeance se situaient encore plus profondément dans les secrets des fils de Fëanor.

§214. Au cours de cette année, a-t-il été [pensé >] dit, Beren et Lúthien revinrent au monde, pour un temps. Car Lúthien avait gagné ce destin de Manwë, que Beren pourrait de nouveau revenir à la vie, et elle avec lui ; mais seulement de telle sorte que, par la suite, elle devînt mortelle comme lui, et mourût vite en vérité et quittât le monde et ne comptât plus dans le nombre des Eldalië, à jamais. Ce destin choisit-elle. Et ils apparurent de nouveau, inattendus, en Doriath, et ceux qui les virent furent à la fois joyeux et effrayés. Mais Lúthien arriva à Menegroth et soigna l'hiver de Thingol par le contact de sa main ; cependant Melian la regarda dans les yeux et lut le destin qui y était inscrit, et se détourna : car elle sut qu'une séparation, au-delà de la fin du Monde, était survenue entre elles, et aucun sentiment de perte ne fut plus lourd que celui qu'éprouva le cœur de Melian [la] Maia en cette heure (à moins que ce ne fût la peine d'Elrond et d'Arwen). Mais Lúthien et Beren passèrent alors hors de la connaissance des Elfes et des Hommes, et demeurèrent un temps seuls auprès des eaux vertes d'Ossiriand, dans cette contrée que les Eldar nommèrent par conséquent Gwerth-i-Guinar, la contrée des Morts qui Vivent. Par la suite, Beren, fils de Barahir, ne parla plus à aucun Homme mortel.


470

§215. Au cours de cette année eut lieu la naissance de Dior Aranel le Magnifique, en Gwerth-i-Guinar, qui fut ensuite connu en tant que Dior l'héritier de Thingol, père des Semi-Elfes.


    L'annale qui suit à présent en AG, pour 471, concernant Isfin et Ëol, fut retirée ; la version révisée de l'histoire apparaît dans un complément inséré plus tôt, sous l'année 316 (voir §§ 117-118, où l'annale rejetée pour 471 a été donnée). Une nouvelle annale pour 471 fut plus tard ajoutée au crayon :


471

§216. Au cours de cette année, Huor épousa Rían, fille de Belegund.


472

§217. C'est l'Année de la Lamentation. Finalement, Maidros résolut d'assaillir Angband par l'est et par l'ouest. Avec la troupe principale qu'il avait rassemblée, Elfes et Hommes et Nains, il projeta de marcher ouvertement, avec des bannières déployées, à partir de l'est à travers l'Anfauglith. Mais quand il eut amené, comme il l'espérait, les armées de Morgoth à répondre, alors, répondant à un signal, Fingon sortirait des passes de Hithlum avec toute sa force. Ainsi ils pensaient en quelque sorte prendre la puissance de Morgoth entre le marteau et l'enclume, et de cette façon la broyer.

§218 [Huor, fils de Galion, épousa Rían, fille de Belegund, la veille de la bataille, et marcha avec Húrin, son frère, dans l'armée de Fingon. Modifié au crayon, pour se lire :] Huor, fils de Galion, épousa Rían, fille de Belegund, dans les premiers jours du printemps. Mais, alors qu'il n'était marié que depuis deux mois, les appels arrivèrent, pour la mobilisation des troupes, et Húrin partit avec son frère dans l'armée de Fingon.

§219. Ici, au milieu de l'été, fut livrée la Cinquième Bataille, Nírnaeth Arnediad, Les Larmes Innombrables, sur les sables de l'Anfauglith devant les passes du Sirion. [Enlevé plus tard : L'endroit du massacre principal fut longtemps signalé par un grand tertre où les morts, à la fois Elfes et Hommes, furent empilés : Hauð-na-Dengin, sur lequel seulement, dans tout l'Anfauglith, l'herbe poussa, verte.]

§220. Dans cette bataille les Elfes et les Hommes subirent une défaite totale, et la ruine des Noldor fut consommée. Car Maidros fut retardé lors de son départ par la fourberie d'Uldor le Maudit : tout d'abord il donna une fausse alerte d'une attaque en provenance d'Angband ; puis il dut patienter, car tous ses hommes ne voulaient pas se mettre en marche. Et l'armée située à l'Ouest attendit le signal, et il ne vint pas, et elle s'impatienta, et il y eut des rumeurs de trahison en son sein.

§221. A présent, l'armée de l'Ouest comprenait la troupe de Hithlum, à la fois Elfes et Hommes, et à elle s'ajoutaient des gens des Falas, et une grande compagnie en provenance de Nargothrond [et beaucoup des forestiers, sortis de Brethil. Ceci fut retiré et substitué par ce qui suit :] Et beaucoup des forestiers vinrent aussi avec Hundor de Brethil ; et avec lui marcha Mablung de Doriath, avec une petite force d'Elfes Gris, certains portant des haches, certains des arcs ; car Mablung refusait de ne pas prendre part à ces grands accomplissements, et Thingol lui donna la permission de partir, aussi longtemps qu'il ne servirait pas les fils de Fëanor. Par conséquent Mablung se joignit à la troupe de Fingolfin [lire : Fingon] et de Húrin. / Et ô! Pour la joie et l'émerveillement de tous, de grandes trompettes retentirent, et là s'en allait en guerre une troupe inattendue. C'était l'armée de Turgon, qui sortait de Gondolin, forte de dix mille soldats, en cottes de mailles brillantes et portant de longues épées ; et ils se positionnèrent au sud, surveillant les passes du Sirion.

§222. Alors Morgoth, qui en savait long sur ce qui se faisait, choisit son heure, et, confiant en ses serviteurs pour contenir Maidros et pour prévenir l'union de ses ennemis, envoya une force, en apparence considérable (et n'étant pourtant qu'une partie de toutes celles ce qu'il avait préparées) et la fit marcher sur Hithlum. Alors, le cœur brûlant, Fingon voulut l'attaquer sur la plaine, pensant qu'il possédait une force supérieure ; mais Húrin s'éleva contre cela, lui demandant d'attendre le signal de Maidros, et de laisser plutôt les Orcs se briser contre sa force rassemblée dans les collines.

§223. Mais le Capitaine de Morgoth dans l'Ouest avait reçu l'ordre d'amener rapidement Fingon à une bataille ouverte, par quelque moyen dont il pût user. Par conséquent, quand son avant-garde arriva à l'endroit même où le Rivil se jetait dans le Sirion, et que nul ne vint pour le contrer, il s'arrêta, et envoya des cavaliers avec des gages de pourparlers ; et ils chevauchèrent jusque près des lignes de leurs ennemis, sur la rive ouest du Sirion, au pied des montagnes.

§224. A présent, ils emmenaient avec eux Gelmir, fils de Guilin, un seigneur de Nargothrond, qu'ils avaient capturé dans la Bragollach et qu'ils avaient rendu aveugle ; et ils le montrèrent, criant : "Nous en avons beaucoup d'autres comme ça chez nous, mais vous devez vous hâter, si vous voulez les trouver. Car nous les tuerons à notre retour, de cette manière." Et ils tranchèrent les mains et les pieds de Gelmir, et enfin sa tête, sous le regard des Elfes.

§225. Mais, par malchance, de l'autre côté de l'eau se tenait Gwindor, le fils de Guilin, et lui, en vérité contre la volonté d'Orodreth, était parti à la guerre avec toute la force qu'il avait pu rassembler, à cause de son grief concernant son frère. Par conséquent, sa colère [enlevé : ne put pas être plus longtemps contenue, mais] s'enflamma, et les hommes de Nargothrond déferlèrent, croisant les flots, et tuèrent les cavaliers, et se lancèrent alors contre la troupe principale. Et, voyant cela, toute la troupe de l'Ouest s'embrasa, et Fingon fit retentir ses trompettes et bondit des collines dans un soudain et furieux assaut ; et nombre aussi de ceux de l'armée de Gondolin rejoignirent la bataille, avant que Turgon pût les en empêcher.

§226. Et voyez ! l'éclat du tirage des épées des Noldor ressembla à un feu dans un champ de roseaux ; et si terrible fut leur assaut que les desseins de Morgoth tournèrent presque mal. Avant que l'armée qu'il avait envoyée à l'ouest eût pu être renforcée, elle fut balayée ; [et, assaillie par l'ouest, elle fut démembrée sur place, et le plus grand des massacres d'Orcs à avoir eu lieu fut alors accompli. >] et les bannières de Fingolfin [? lire Fingon] traversèrent l'Anfauglith et furent levées devant les murs d'Angband. / Gwindor, fils de Guilin, et les gens de Nargothrond se trouvaient sur le front de cette bataille, et ils déferlèrent à travers les portes extérieures, et tuèrent les Orcs [y compris dans les tunnels mêmes de Morgoth >] à l'intérieur même de la forteresse de Morgoth, et il trembla sur son profond trône, les entendant battre ses portes.

§227. Mais en fin de compte Gwindor fut capturé et ses hommes furent tués ; car personne ne les avait suivis, et aucune aide n'arriva. Par d'autres portes secrètes des montagnes du Thangorodrim, Morgoth avait libéré sa troupe principale, qui se tenait dans l'attente, et Fingon fut repoussé des murs avec de grandes pertes.

§228. Alors, dans la plaine d'Anfauglith, le [troisième >] quatrième jour de la guerre, commença la Nírnaeth Arnediad, car aucune chanson ne peut porter toute sa douleur. La troupe de Fingon battit en retraite par delà les sables du désert, et là-bas tomba Hundor, fils de Haleth, [enlevé : à l'arrière-garde] ainsi que la plupart des hommes de Brethil. Mais, comme la nuit tombait, et qu'ils étaient encore loin de [Ered-wethion >] Eryd-wethrin, les Orcs encerclèrent l'armée de Fingon, et ils combattirent jusqu'au jour, pressés toujours plus étroitement. Même ainsi, tout n'était pas encore perdu. Au matin se firent entendre les cors de Turgon, qui amenait à présent sa troupe principale à la rescousse [enlevé : inattendue par les Orcs] ; et les Noldor de Gondolin étaient forts et parés de cottes de mailles, et ils percèrent [l'encerclement, et une fois de plus la puissance d'Angband fut vaincue. >] au travers des rangs des Orcs, et Turgon se fraya un chemin jusqu'à Fingon, son frère. Et il est dit que la rencontre de Turgon et de Húrin, qui se tenait près de son roi, fut joyeuse au milieu de la bataille. /

§229. Et en ce jour même, à la troisième heure du jour, ô! Finalement les trompettes de Maidros furent entendues, venant de l'est ; et les bannières des fils de Fëanor prirent l'ennemi à revers. Il a été dit que, même alors, les Eldar auraient pu gagner le jour, toutes leurs troupes se fussent-elles montrées loyales ; car les Orcs hésitèrent, et leur charge fut stoppée, et déjà certains se retournaient pour fuir.

§230. Mais, alors que l'avant-garde de Maidros tombait sur les Orcs, Morgoth libéra sa dernière force, et Angband se vida. Arrivèrent là des loups, et des chevaucheurs de loups, et arrivèrent là des Balrogs, un millier, et arrivèrent là des vers et des dragons, et Glaurung, le Père des Dragons. Et la puissance et la terreur du Grand Ver étaient à présent devenues grandes en vérité, et Elfes et Hommes disparurent devant lui ; et il arriva au milieu des troupes de Maidros et de Fingon et les balaya de chaque côté.

§231. Pourtant ni avec un loup, ni avec un balrog, ni avec un dragon, ne serait Morgoth arrivé à ses fins, mais par la perfidie des Hommes. En cette heure, les manigances d'Ulfang furent dévoilées ; car nombre des Orientaux se retournèrent et s'enfuirent, leur cœur étant empli de mensonges et de peur ; mais les fils d'Ulfang rejoignirent soudainement le côté de Morgoth et se jetèrent sur l'arrière-garde des fils de Fëanor. Et, dans la confusion qu'ils avaient provoquée, ils arrivèrent près de l'étendard de Maidros. Ils ne gagnèrent pas la récompense que Morgoth leur avait promise, car Maglor tua Uldor le Maudit, le meneur de la trahison, et Bór et ses fils tuèrent Ulfast et Ulwarth, avant d'être eux-mêmes tués. Mais une nouvelle force d'hommes mauvais, qu'Ulfang avait appelée et gardée cachée dans les collines à l'est, arriva, et la troupe de Maidros, étant à présent assaillie sur trois fronts, par les Orcs, et les bêtes, et les Hommes au Teint Sombre, se dispersa et s'enfuit de ci de là. Pourtant le sort sauva les fils de Fëanor ; et bien que tous fussent blessés, aucun ne fut tué, car ils partirent ensemble et, rassemblant autour d'eux un restant de Noldor et de Naugrim, ils se frayèrent un chemin hors de la bataille et s'enfuirent vers le Mont Dolmed.

§232. La dernière de toutes les forces de l'est à tenir ferme fut celle des Enfeng de [Nogrod >] Belegost, et ainsi ils gagnèrent leur renom. A présent les Naugrim continrent le feu plus hardiment que les Elfes ou les Hommes, et, en outre, il était coutume chez les Enfeng de porter de grands masques [enlevé : ou visières] dans la bataille, hideux à regarder, qui leur permettait de tenir en bonne position contre les dragons. Et, sans eux, Glaurung et sa progéniture auraient fait disparaître tout ce qui restait des Noldor. Mais les Naugrim formèrent un cercle autour de lui quand il les attaqua, et même sa puissante armure ne pouvait totalement résister aux coups de leurs grandes haches ; et quand, dans sa rage, il se retourna et jeta à terre Azaghâl de Belegost et rampa sur lui, d'un ultime coup Azaghâl lui planta un poignard dans le ventre et ainsi le blessa de telle sorte qu'il s'enfuit du champ, et les bêtes d'Angband, dans l'abattement, le suivirent. Azaghâl eût-il porté une grande épée, qu'il aurait épargné aux Noldor une grande affliction, qui vint par la suite, [ajouté :] mais son poignard ne pénétra pas assez profondément. / Mais alors les Enfeng soulevèrent le corps d'Azaghâl et l'emportèrent ; et, lentement, ils marchèrent à sa suite, chantant une complainte de leurs voix profondes, comme dans une cérémonie funéraire de leur propre pays, et ils ne prêtèrent plus attention à leur ennemis ; et en vérité nul n'osa les arrêter.

§233. Mais à présent, dans la bataille à l'ouest, Fingon était submergé par une vague d'ennemis trois fois supérieure à tout ce qui lui restait [enlevé : et les Balrogs vinrent l'affronter]. Là, en fin de compte, tomba le Roi des Noldor, et une flamme jaillit de son heaume quand il fut fendu. Il fut emporté par les Balrogs et fracassé à terre et ses bannières bleues et argent furent piétinées dans la poussière.

_________________
Le jour est venu ! Ô, peuple des Eldar et vous, Pères des Hommes, le jour est venu !.


Dernière édition par Eru le 09 Nov 2006 9:45; édité 4 fois
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MessagePosté le: 18 Sep 2006 17:40     Sujet du message: Répondre en citant

§234. La journée fut perdue, mais Húrin et Huor, avec les hommes de Hador, tenaient toujours bon, et les Orcs ne purent pas encore prendre les passes du Sirion. Ainsi la traîtrise d'Uldor fut réparée ; et la dernière résistance de Húrin et Huor constitue, parmi les Eldar, l'acte de guerre le plus renommé que les Pères des Hommes accomplirent à leur service. Car Húrin parla à Turgon, disant : "Pars maintenant, seigneur, tant qu'il est temps ! Car le dernier de la Maison de Fingolfin es-tu, et en toi survit le dernier espoir des Noldor. Tant que Gondolin se dressera, puissante et vigilante, le cœur de Morgoth connaîtra toujours la peur."
"Pourtant maintenant Gondolin ne peut plus demeurer longtemps celée, et, découverte, elle ne pourra que tomber," dit Turgon.

§235. "Pourtant, [elle doit tenir un temps," dit Húrin ; "car de Gondolin >] si elle tient ne serait-ce qu'un bref moment," dit [Húrin >] Huor, "alors, de [Gondolin plus tard >] ta maison / viendra l'espoir des Elfes et des Hommes. Ceci je te dis, seigneur, avec les yeux de la mort ; bien qu'ici nous nous séparions pour toujours, et que jamais je ne poserai les yeux sur tes murs blancs, de toi et de moi naîtra une nouvelle étoile. Adieu !"

§236. [Enlevé : Alors Turgon se replia et tous les Noldor de Gondolin s'en retournèrent, descendant le Sirion, et s'évanouirent dans les collines. Mais tout ce qui restait de la troupe de l'ouest se rassembla autour des frères et tint la passe derrière eux.]

§237. [Ajouté subséquemment :] Et [Glindûr plus tard >] Maeglin, le fils-sœur de Turgon, qui se tenait à proximité, entendit ces paroles et les nota bien, [enlevé plus tard : et fixa étroitement Huor,] mais ne dit rien.

§238. Alors Turgon accepta les valeureuses paroles des frères et, appelant tous ceux qui restaient des gens de Gondolin, et autant de ceux de la troupe de Fingon qui pouvaient être rassemblés, il [se replia >] se fraya un chemin vers le sud,/ et s'échappa, descendant le Sirion, puis s'évanouit dans les montagnes et se trouva dissimulé aux yeux de Morgoth. Car Húrin et Huor tinrent la passe derrière lui, de telle sorte qu'aucun ennemi ne pût le suivre, et ils s'entourèrent du restant des puissants hommes de Hithlum.

§239. Ils se replièrent lentement, jusqu'à arriver derrière le Marais de Serech, et jusqu'à ce qu'ils eussent le jeune flot du Sirion derrière eux, et alors ils s'arrêtèrent et ne cédèrent plus de terrain, car ils se trouvaient dans la gorge étroite de la passe. Alors tous les soldats de Morgoth se précipitèrent contre eux, et firent un pont sur le flot avec les morts, et encerclèrent les survivants de Hithlum, comme des vagues se massant autour d'un rocher.

§240. Huor tomba, l'œil percé d'une flèche empoisonnée, et tous les valeureux hommes de Hador furent massacrés autour de lui, s'amoncelant, et les Orcs tranchèrent leurs têtes et les empilèrent comme un monticule d'or ; car le soleil brillait en ce [quatrième >] sixième et dernier / jour de la bataille, et leurs tresses blondes brillaient au milieu du sang. Dernier de tous, Húrin se tenait seul. Alors il jeta de côté son bouclier et empoigna sa hache à deux mains ; et il est chanté que, dans cette dernière résistance, il tua lui-même une centaine d'Orcs. Mais ils le prirent vivant en fin de compte, sur l'ordre de Morgoth, qui pensait ainsi lui faire plus de mal que par la mort. Par conséquent ses serviteurs l'agrippèrent de leurs mains, qui s'accrochaient toujours à lui bien qu'il tranchât leurs bras ; et leur nombre se renouvela sans cesse, jusqu'à ce qu'en fin de compte il tombât, enseveli sous eux. Alors, l'enchaînant, ils le traînèrent jusqu'à Angband en le raillant. Ainsi prit fin la Nírnaeth Arnediad, et le soleil se coucha, rouge, par delà Hithlum, et alors vint une grande tempête par les vents de l'Ouest.

§241. Grand en vérité était à présent le triomphe de Morgoth ; et son dessein fut accompli selon les désirs de son propre cœur ; car des Hommes prirent des vies d'Hommes, et trahirent les Eldar, et la peur et la haine s'étaient éveillées au sein de ceux qui auraient dû être unis contre lui. A partir de ce jour, en vérité, les Elfes commencèrent à se distancer des Hommes, hormis seulement de ceux des Trois Maisons de Bëor, Hador, et Haleth, et de leurs enfants.

§242. La Marche de Maidros n'existait plus. Les cruels fils de Fëanor avaient été écrasés et erraient au loin dans les bois comme des feuilles dans le vent. La Gorge de l'Aglon se remplit d'Orcs, et la Colline de Himring fut garnie de soldats d'Angband ; la passe du Sirion fut percée et Tol-sirion reprise et ses terrifiantes tours rebâties. Toutes les portes du Beleriand se trouvaient sous le pouvoir de Morgoth. Le Royaume de Fingon n'existait plus [enlevé : car peu nombreux furent ceux de la troupe de Hithlum, Elfes ou Hommes, à revenir jamais, par delà les montagnes, vers leur pays]. A Hithlum, ne parvint jamais un seul de ceux de l'armée de Fingon, ni aucun des Hommes de Hador, ni aucune nouvelle de la bataille et du sort de leurs seigneurs.

§243. Doriath subsistait, en vérité, et Nargothrond était dissimulée, et Círdan tenait les Havres ; mais Morgoth ne leur accordait encore que peu d'attention, soit parce qu'il était peu informé à leur sujet, soit parce que leur heure n'était pas encore venue dans les obscures desseins de sa malice. Mais une pensée le perturbait profondément, et altérait son triomphe ; Turgon avait échappé à ses filets, lui qu'il désirait le plus capturer. Car Turgon était issu de la grande maison de Fingolfin, et était maintenant de droit le Roi de tous les Noldor, [enlevé : et depuis longtemps il le haïssait, à peine moins que Fëanor, et le craignait encore plus. Car à Valinor, jamais Turgon ne voulut le saluer, étant un ami d'Ulmo et de Tulkas ; et, qui plus est, avant pourtant que l'ombre ne l'envahît et que la malice ne l'aveuglât, il observa Turgon et sut que de lui viendrait, en un temps qui était encore entre les mains du destin, la fin de tout espoir.] et Morgoth craignait et haïssait plus que tout la maison de Fingolfin, car elle l'avait méprisé à Valinor, et avait l'amitié d'Ulmo, et à cause des blessures que Fingolfin lui avait infligées au combat. En outre, depuis longtemps son œil s'était posé sur Turgon, et une ombre dense était tombée sur son cœur, prévoyant que, en un temps encore celé par le destin, de Turgon lui viendrait la ruine.

§244. Par conséquent Húrin fut amené devant Morgoth, et le défia ; et il fut enchaîné et soumis au tourment. Mais Morgoth, qui voulait toujours commencer ses œuvres par des mensonges et par la tromperie, s'ils pouvaient lui être utiles, vint à lui à l'endroit où il reposait, dans la souffrance, et lui offrit la liberté, et le pouvoir et la richesse, comme un de ses grands capitaines, s'il entrait au service de ses armées et menait une troupe contre Turgon, ou même s'il révélait où le roi avait son bastion. Car il avait appris que Húrin était au fait des conseils secrets de Turgon. Mais une fois de plus Húrin l'Inébranlable se gaussa de lui.

§245. Alors Morgoth contint son courroux et parla de la femme et du fils de Húrin, à présent sans défense en Hithlum [écrit plus tard au-dessus : Dorlómin], et à sa merci pour en faire ce qu'il en voudrait.

§246. "Ils ne sont pas au fait des secrets de Turgon," dit Húrin. "Mais l'eussent-ils été que tu n'arriverais point jusqu'à Turgon de la sorte ; car ils appartiennent aux maisons de Hador et de Bëor, et notre parole n'est point à vendre, quels que puissent en être le prix, le profit, ou la souffrance."

§247. Alors Morgoth maudit Húrin et Morwen et leur descendance, et fit reposer sur eux un sort de tristesse et de ténèbres ; et, sortant Húrin de sa prison, il l'installa sur un siège de pierre, sur un haut lieu du Thangorodrim. Là il pourrait voir au loin le pays de Hithlum, à l'ouest, et les terres du Beleriand, au sud. Là Morgoth, se tenant à côté de lui, le maudit à nouveau, et fit peser son pouvoir sur lui, de telle sorte qu'il ne pût ni quitter cet endroit, ni mourir, à moins que Morgoth ne le relachât.

§248. "Assieds-toi là-bas maintenant !" dit Morgoth. "Observe ces contrées, où la pire des afflictions tombera sur ceux que tu avais délivrés de moi. Oui, en vérité ! Ne doute point du pouvoir de Melkor, Maître des destins d'Arda ! Et avec mes yeux le verras-tu, [enlevé : et rien ne te sera dissimulé, et tout ce qui frappe ceux que tu tiens pour chers te sera rapidement décrit] et avec mes oreilles entendras-tu toutes les nouvelles, et rien ne te sera caché !"

§249. Et cela se passa ainsi ; mais il n'est pas relaté que Húrin ne reclama jamais à Morgoth la pitié ou la mort, pour lui-même ou pour n'importe lequel de ses parents.

§250. A présent, les Orcs, comme preuve du grand triomphe d'Angband, rassemblèrent avec force peine tous les corps de leurs ennemis tués, et tous leurs baudriers et armes, et ils les empilèrent, Elfes et Hommes, dans un grand tertre au milieu de l'Anfauglith. [Hauð-na-D(engin) > Hauð-i-Nengin plus tard >] Hauð-ina-Nengin était le nom de ce monticule, et il ressemblait à une colline. Mais, dans tout le désert, là-bas seulement apparut l'herbe, et elle poussa à nouveau, haute et verte, et par la suite aucun Orc n'osa fouler la terre sous laquelle les épées des Noldor s'effritaient dans la rouille.

§251. Rían, l'épouse de Huor, n'entendant aucune nouvelle de son seigneur, partit dans la nature, et là donna naissance à Tuor, son fils ; et il fut adopté en tant que filleul par [les Elfes Sombres plus tard >] Annael, des Elfes Gris de Mithrim. Mais Rían arriva à [Hauð-i-Nengin plus tard > Hauð-na-nDengin >] Hauð-in-nDengin et s'étendit là et mourut. Et en Brethil, Glorwendil, la fille de Hador, mourut de chagrin. Mais Morwen, l'épouse de Húrin, résidait en Hithlum, car elle portait un enfant.

§252. Morgoth trahit à présent ses promesses aux Orientaux qui l’avaient servi, et leur refusa les riches terres du Beleriand qu’ils convoitaient, et renvoya ces mauvaises gens en Hithlum, et leur ordonna de résider là. Et malgré le peu d’amour qu’ils portaient à présent à leur nouveau roi, ils méprisèrent pourtant le restant du peuple de Hador (les personnes âgées et les femmes et les enfants pour la plupart), et les opprimèrent, et prirent leurs terres et leurs biens, et épousèrent de force leurs femmes, et asservirent leurs enfants. Et ceux des Elfes Gris qui avaient résidé là-bas s’enfuirent dans les montagnes, ou furent conduits aux mines du Nord et y travaillèrent comme serfs.

§253. Par conséquent, Morwen, refusant que son fils Túrin, alors âgé de sept ans, devînt un esclave, le fit partir avec deux serviteurs âgés, et elle leur demanda de trouver, s’il le pouvaient, un chemin jusqu’à Doriath, et de demander là l’adoption pour le fils de Húrin, et parent de Beren (car son père était son cousin).


473

§254. Au [ajouté :] tout/début de cette année, de Morwen Eclat des Elfes naquit une fille, celle de Húrin ; et elle fut nommée Niënor, ce qui signifie Deuil. Et à peu près à cette époque, Túrin arriva, au travers de grands dangers, à Doriath, et y fut reçu par Thingol, qui le prit à sa propre charge, comme un fils de roi, en mémoire de Húrin. Car l’humeur de Thingol avait à présent changé vis-à-vis des maisons des Amis des Elfes.

§255. Au cours de cette année, Morgoth, ayant fait reposer sa force et pris en considération ses propres dommages et ses propres grandes pertes, renouvela l’assaut sur le Beleriand, qui à présent lui était ouvert ; et les orcs et les loups pénétrèrent profondément dans les terres, jusqu’aux frontières mêmes d’Ossiriand d’un côté, et jusqu'à Nan Tathren de l’autre, et personne n’était en sécurité, sur son domaine ou dans la nature.

§256. A présent, beaucoup s'enfuirent vers les Havres et se réfugièrent derrière les murs de Círdan, et les marins remontèrent et redescendirent la côte et harcelèrent l'ennemi par de rapides débarquements. Par conséquent le premier assaut de Morgoth eut lieu contre Círdan ; et, avant que l'hiver ne fût arrivé, il envoya une grande force par delà Hithlum et Nivrost, et elle descendit le long des Rivières Brithon et Nenning, et ravagea tous les Falas, et assiégea les murs de Brithombar et d'Eglarest. Des forgerons et des mineurs et des maîtres du feu amena-t-elle avec elle, et elle mit en place de grandes machines, et bien que contre elle la résistance fût vaillante, elle brisa les murs en fin de compte. Alors les Havres furent laissés en ruine, et la Tour d'Ingildon jetée à bas, et tout le peuple de Círdan tué ou asservi, hormis ceux qui avaient embarqué et avaient fui par la mer [ajouté :] ainsi que quelques uns qui avaient fui au nord vers Mithrim.

§257. Alors Círdan recueillit par bateau ceux qui lui restaient, et ils naviguèrent jusqu'à l'Ile de Balar, [enlevé : et se joignirent là-bas aux avant-postes de Turgon,] et établirent un refuge pour tous ceux qui pourraient venir de ce côté-là. Car ils maintenaient aussi une tête de pont aux bouches du Sirion, et là de nombreux bateaux, légers et rapides, mouillaient dans les criques et dans les eaux où les roseaux étaient aussi denses qu'une forêt. [Et sept bateaux, à la demande de Turgon, Círdan envoya-t-il dans l'Ouest, mais ils ne revinrent jamais. >] Et quand Turgon en eut vent, il envoya de nouveau ses messagers aux Bouches du Sirion, et demanda l'aide de Círdan le Charpentier des Navires. Et à sa requête, Círdan construisit sept bateaux rapides, et ils firent voile vers l'Ouest, et on n'en entendit plus jamais parler – hormis d'un, et le dernier. A présent, le capitaine de ce bateau était Voronwë, et il trima sur la mer pendant de nombreuses années, jusqu'à ce que, s'en revenant en fin de compte, désespéré, son bateau sombrât dans une grande tempête, en vue des terres, et lui seul survécut, car Ulmo le sauva du courroux d'Ossë, et les vagues le portèrent et le jetèrent sur les rivages de Nivrost./


481

§258. Túrin devint beau et fort et sage en Doriath, mais il était marqué par la tristesse. En ceci, sa seizième année, il partit combattre sur les marches de Doriath, et devint le compagnon d'armes de Beleg l'Archer. [Ajout ultérieur au crayon :] Túrin se coiffa du Heaume du Dragon de Galion.


484

§259. Ici, Túrin était invité à Menegroth en honneur de ses actes valeureux. Mais il arrivait des terres sauvages, et il était peu présentable et son équipement et ses vêtements étaient usés. Et Orgof le brocarda, ainsi que les gens de Hithlum, et dans sa colère il frappa Orgof avec une coupe et le tua à la table du roi. Alors, craignant la colère de Thingol il fuit, et devint un hors-la-loi dans les bois, et réunit une bande de désespérés, d'Elfes et d'Hommes [enlevé : au-delà de la Ceinture de Melian].


487

§260. Ici, la bande de Túrin captura Beleg et l'attacha ; mais Túrin, revenant, le libéra, et ils renouvelèrent leur amitié. Et Túrin apprit le pardon du roi, mais ne voulut pas retourner à Menegroth, et resta sur les marches. Et comme aucun ennemi ne pouvait encore franchir la Ceinture de Melian, et qu'il désirait uniquement prendre sa revanche sur les Orcs, il établit un repaire dans les bois entre le Sirion et le Mindeb, dans la contrée de Dimbar.


    Le passage suivant fut réécrit plusieurs fois et il est impossible d'être parfaitement certain du détail du développement à chaque étape. Comme écrit au départ, il semble que cela se soit lu :


§261. Ici Tuor, fils de Huor, étant à présent âgé de quinze ans, arriva à Hithlum, à la recherche de ses parents, mais ils n'y étaient plus, car Morwen et Niënor avaient été emportées jusqu'à Mithrim et personne ne souvenait d'elles.


    Ceci semble avoir été supprimé aussitôt écrit, et une seconde forme se lit probablement ainsi :


§262. Ici, Tuor, fils de Huor, étant à présent âgé de quinze ans, arriva à Hithlum, à la recherche de ses parents, mais il ne les trouva pas. Car, bien que les Elfes qui l'avaient adopté connussent en effet leurs noms, ils ne savaient pas où ils habitaient avant, ni où ils habitaient à présent, avec la transformation du pays. Mais seules restaient Morwen et Niënor, et elles résidaient encore en Dor Lómin ; par conséquent Tuor chercha en vain à Hithlum, et les Orientaux se saisirent de lui et en firent un esclave. Mais il s'échappa et devint un hors-la-loi dans les terres sauvages aux abords du Lac Mithrim.


    Dans la forme finale du passage, la date 488 fut ajoutée :


488

§263. Ici Tuor, fils de Huor, étant à présent âgé de seize ans, cherchant à fuir Dorlómin, fut capturé et réduit à l'esclavage par Lorgan, chef des Orientaux ; et il endura l'esclavage pendant [sept ans immédiatement >] trois ans, avant qu'il ne s'échappât et devînt un hors-la-loi dans les collines de Mithrim.


[Enlevé : 488]

§264. Ici Haldir, le fils d'Orodreth de Nargothrond, fut piégé et pendu à un arbre par des Orcs. A partir de ce moment, les Elfes de Nargothrond devinrent encore plus précautionneux et secrets, et n'autoriseraient plus même les Elfes à s'aventurer sur leurs terres.


489

§265. Au cours de cette année, Gwindor, fils de Guilin, s'échappa d'Angband. Blodren, fils de Ban, était un Oriental, et, ayant été pris par Morgoth, et torturé parce qu'il était un des gens loyaux qui s'étaient opposés à Uldor, il entra au service de Morgoth et fut relâché, et envoyé à la recherche de Túrin. Et il intégra la compagnie cachée à Dimbar, et servit Túrin sans faillir pendant deux ans. Mais, voyant à présent sa chance, il révéla aux Orcs le refuge de Beleg et de Túrin, comme il en avait reçu l'ordre. Ainsi il fut encerclé et pris, et Túrin fut capturé vivant et emporté jusqu'à Angband ; mais Beleg fut laissé pour mort au milieu du massacre. Blodren fut tué par une flèche perdue, dans l'obscurité. [Griffonné à côté de cette annale : Qu'advint-il du Heaume du Dragon ?]

§266. Beleg fut trouvé par les messagers de Thingol, puis emporté à Menegroth et soigné par Melian. Il se mit immédiatement à la recherche de Túrin [griffonné dans la marge : portant le Heaume du Dragon que Túrin avait laissé à Menegroth]. Il tomba sur Gwindor, perdu dans Taur-na-Fuin (où Sauron résidait à présent), et ensemble ils poursuivirent les ravisseurs de Túrin. Dans un camp orc, en bordure du désert, ils le secoururent alors qu'il dormait, drogué, et le transportèrent vers un repli caché. Mais Beleg, alors qu'il œuvrait à libérer Túrin de ses entraves, piqua son pied, et il se réveilla et, rêvant qu'il était encerclé par des Orcs qui voulaient le torturer, il se saisit de l'épée de Beleg et le tua avant de l'avoir reconnu. Gwindor enterra Beleg, et emmena Túrin, car une folie hébétée de douleur reposait sur lui.


490

§267. Au travers de grands dangers, Gwindor conduisit Túrin vers Nargothrond, et ils arrivèrent aux sources d'Ivrin, et là Túrin pleura et fut guéri de sa folie. Gwindor et Túrin arrivèrent en fin de compte à Nargothrond, et furent admis ; car Finduilas, fille d'Orodreth, à qui Gwindor avait été fiancé, fut la seule de son peuple à le reconnaître après les tourments d'Angband.


490-5

§268. Durant cette période, Túrin résida à Nargothrond, et devint grand en conseil et en renom. Les Noldor prirent l'épée de Beleg, que Túrin avait gardée, et la reforgèrent, et elle fut transformée en épée noire aux rebords comme de feu. A présent, Túrin [ajouté :] avait demandé à Gwindor de taire son vrai nom, à cause de l'horreur qu'il éprouvait d'avoir tué Beleg et de la peur que cela se sût en Doriath ; et il / s'était présenté sous le nom de Iarwaeth [enlevé : le souillé de sang], mais à présent il avait changé pour Mormegil, l'Epée Noire, à cause de la rumeur de ses actes avec cette arme, en vengeance de Beleg ; mais l'épée elle-même, il la nomma Gurthang, Fer de Mort. Alors le cœur de Finduilas se détourna de Gwindor (qui, à cause de ses souffrances en Angband était à moitié infirme), et elle donna son amour à Túrin ; et Túrin l'aimait, mais ne parla pas, étant loyal à Gwindor. [Ajouté :] Alors Finduilas, ayant le cœur déchiré, devint triste ; et elle devint pâle et silencieuse. / Mais Gwindor, voyant ce qui s'était passé, eut le cœur amer, et maudit Morgoth, qui pouvait ainsi poursuivre ses ennemis avec l'affliction, où qu'ils pussent courir. "Et à présent en fin de compte" dit-il, "Je crois en le conte d'Angband d'après lequel Morgoth a maudit Húrin et tous les siens."

§269. Et une fois il parla à Finduilas, disant : "Fille de la Maison de Finrod, qu'aucun grief ne repose entre nous, car bien que Morgoth eût fait de ma vie une ruine, je t'aime encore. Mais pars vers où l'amour te mène ! Cependant prends garde ! Il n'est pas correct que les Aînés se penchent sur les plus Jeunes. Le sort ne le permettra point non plus, sauf à une ou deux occasions seulement, et uniquement pour quelque haute raison du destin. Mais cet Homme n'est point Beren. Un destin repose en vérité sur lui, comme des yeux observateurs pourraient justement le lire en lui, mais un destin sombre. N'y prends pas part ! Et si tu le devais, alors ton amour te trahirait, t'amenant vers l'amertume et la mort. Car entends ! Il n'est pas Iarwaeth ou Mormegil, mais Túrin, fils de Húrin."

§270. Et Gwindor raconta comment le tourment et la malédiction de Húrin étaient connus de tous en Angband ; et dit : "Ne doute pas du pouvoir de Morgoth Bauglir ! N'est-il point écrit en moi ?" Mais Finduilas resta silencieuse.

§271. Et plus tard, de la même manière, Gwindor parla à Túrin ; mais Túrin répondit : "En amour je te tiens pour m'avoir secouru et protégé. Et, n'en eût-il point été ainsi, que je ne te causerais aucune souffrance volontairement, toi qui a subi de si grands torts. En effet j'aime Finduilas, mais n'aie point de crainte ! Le maudit se mariera-t-il, et donnera-t-il en cadeau de mariage sa malédiction à quelqu'un qu'il aime ? Nenni, pas même à quelqu'un de son propre peuple. Mais à présent tu m'as causé du tort, ami, en révélant mon vrai nom, et en appelant mon destin sur moi, duquel je pensais me préserver."

§272. Mais quand il fut connu d'Orodreth [et du peuple de Nargothrond qu'Iarwaeth était en effet le fils de Húrin, alors en plus grand honneur encore fut-il tenu parmi eux, et ils auraient fait >] qu'Iarwaeth était en effet le fils de Húrin, il l'honora grandement, et fit / tout ce qu'il conseilla. Et lui, perturbé par ce nouveau grief (car l'amour de Finduilas, qu'il ne prendrait pas, grandissait sans cesse), trouva sa seule consolation dans la guerre. Et à cette époque le peuple de Nargothrond abandonna le secret, sa guerre d'embuscades et de chasse, et partit ouvertement à la bataille ; et ils [enlevé : s'allièrent avec Handir de Brethil, et] construisirent un pont sur le Narog depuis les grandes portes de Felagund, pour un passage plus rapide de leurs armes. Et ils chassèrent les Orcs et les bêtes d'Angband des terres situées entre le Narog et le Sirion à l'est, et à l'ouest vers le Nenning et les frontières des Falas à l'abandon. Ainsi Nargothrond fut dévoilée à la colère et à la malice de Morgoth, mais jamais le vrai nom de Túrin ne fut prononcé, à sa requête, et la rumeur évoqua seulement Mormegil de Nargothrond.


    L'entrée suivante, pour l'année 492, fut retirée plus tard. Ce qui l'a remplacée, une annale insérée pour l'année 400, a été donnée précédemment (§120).


§273 [Annale rejetée pour l'année 492] Ici Meglin, fils d'Ëol, fut envoyé par sa mère, Isfin, à Gondolin, et Turgon se réjouit d'entendre des nouvelles de sa sœur, qu'il avait considérée comme perdue, et il reçut Meglin avec honneur, en tant que fils-sœur. Mais il est dit que Meglin, ayant été nourri dans les ombres de Brethil, ne fut jamais totalement à l'aise dans la lumière de Gondolin.


494

§274. A cette époque, quand, grâce aux actes de Mormegil de Nargothrond, le pouvoir de Morgoth était contenu à l'ouest du Sirion, Morwen et Niënor s'enfuirent en fin de compte de Dor Lómin et arrivèrent à Doriath, à la recherche de nouvelles de Túrin. Mais elles constatèrent qu'il était parti, et en Doriath aucune nouvelle n'avait été entendue sur son nom, depuis que les Orcs l'avaient capturé cinq ans auparavant. [Ajouté :] Morwen et Niënor restèrent comme invitées de Thingol, et furent traitées avec honneur, mais elles étaient emplies de tristesse, et cherchèrent toujours désespérément des informations sur Túrin. /


495

§275. Ici [ajouté :] Handir de Brethil fut tué au printemps en combattant des Orcs qui avaient envahi son pays. Les Orcs se rassemblèrent dans les passes du Sirion. Tard dans l'année, ayant ainsi amassé une grande force / Morgoth attaqua Nargothrond. Glaurung l'Urulókë passa [en Hithlum et causa là un grand mal, et il arriva alors de Dorlómin par delà l'Erydwethrin >] par-delà Anfauglith, et parvint alors dans les vals du nord du Sirion, et causa là un grand mal, et de là il arriva sous les ombres de l'Erydwethrin / avec une grande armée d'Orcs dans son sillage, et il souilla les Eithil Ivrin. Alors il entra dans le royaume de Nargothrond, brûlant la Talath Dirnen, la Plaine Surveillée, entre le Narog et le Sirion. Alors Orodreth et Túrin [enlevé : et Handir de Brethil ; ajouté plus tard :] et Gwindor / partirent à son encontre, mais ils furent défaits sur le champ de Tum-halad ; et Orodreth fut tué [enlevé : ainsi que Handir. Ajouté plus tard :], ainsi que Gwindor. [Griffonné dans la marge : Túrin portait le Heaume du Dragon dans la bataille.] Túrin emporta Gwindor hors de la débâcle, et, fuyant jusqu'à une forêt, le déposa là sur l'herbe.

§276. Et Gwindor dit, "Qu'un fardeau paye l'autre ! Mais infortuné fut le mien, et vain est le tien. Car à présent mon corps est mutilé, et je dois quitter la Terre du Milieu ; et bien que je t'aime, fils de Húrin, je déplore pourtant ce jour où je t'ai repris aux Orcs. Mais, par ta prouesse, toujours aurais-je amour et vie, et Nargothrond devrait tenir. A présent, si tu m'aimes, abandonne-moi ! Cours à Nargothrond et sauve Finduilas. Et ceci je te dis enfin : elle seule se tient entre toi et ton destin. Si à elle tu faillis, lui ne manquera pas de te trouver. Adieu !"

§277. Par conséquent Túrin se hâta à présent de retourner à Nargothrond, rassemblant autant de ceux de la débâcle qu'il trouva sur son chemin. [Ajouté :] Et, comme ils allaient, les feuilles tombaient des arbres dans un grand vent, car l'automne cédait la place à un rude hiver. Et l'un d'eux, Ornil, dit : "Ainsi tombent aussi les gens de Nargothrond, mais pour eux aucun Printemps ne viendra." Et Túrin pressa le pas, / mais Glaurung et son armée furent sur place avant lui (à cause de son secours à Gwindor), et ils arrivèrent soudainement, avant que ceux qui avaient été laissés en surveillance ne fussent avisés de la défaite. Ce jour-là, le pont que Túrin avait fait bâtir sur le Narog s'avéra être un mal ; car il était grand et solidement construit, et ne pouvait être rapidement détruit, et ainsi l'ennemi franchit aisément la profonde rivière, et Glaurung arriva de son plein feu contre les Portes de Felagund, et les jeta à bas, et entra.

§278. Et, au moment même où Túrin arriva, l'atroce saccage de Nargothrond était bien près d'être terminé. Les Orcs avaient tué ou chassé tous ceux qui avaient encore des armes, et, alors même, ils étaient en train de saccager toutes les grandes salles et toutes les grandes chambres, pillant et détruisant ; mais les femmes et les jeunes filles qui n'avaient pas été brûlées ou tuées, ils les avaient entassées sur la terrasse située devant les portes, comme un troupeau d'esclaves devant être amené en Angband. Sur cette ruine et cette affliction tomba Túrin, et nul ne put lui résister ; ou ne voulut, bien qu'il abattît tout devant lui, et franchît le pont, et se frayât un chemin jusqu'aux captives.

§279. Et à présent il se tenait seul, car les rares qui l'avaient suivi avaient fui pour se cacher. Mais voyez ! A ce moment, Glaurung le cruel jaillit des Portes béantes de Felagund, et se posa derrière, entre Túrin et le pont. Alors soudainement il parla, par l'esprit maléfique qui était en lui, disant : "Salut à toi, fils de Húrin. Heureuse rencontre !"

§280. Alors Túrin se retourna promptement, et marcha contre lui, et le feu couvait dans ses yeux, et les bords de Gurthang brillèrent comme d'une flamme. Mais Glaurung retint son souffle, et ouvrit largement ses yeux de serpent et fixa Túrin. Et, sans peur, Túrin plongea son regard dans ces yeux, comme il brandissait son épée, et ô ! Il tomba immédiatement sous le terrifiant envoûtement du dragon, et se trouva comme pétrifié. Longuement se tinrent-ils ainsi immobiles, silencieux devant les grandes Portes de Felagund. Alors Glaurung parla de nouveau, brocardant Túrin. [Griffonné contre ce paragraphe : Car tant qu'il portait le Heaume du Dragon de Galion, il était capable de résister au regard de Glaurung. Alors le Ver, percevant cela (sic)]

§281. "Le mal a été présent où que tu allasses, fils de Húrin," dit-il. "Filleul ingrat, hors-la-loi, assassin de ton ami, voleur d'amour, usurpateur de Nargothrond, capitaine imprudent, et déserteur de ta race. [Enlevé : Combien de temps vivras-tu pour amener la ruine sur tous ceux qui t'aiment ?] Comme des esclaves, ta mère et ta sœur vivent-elles en Dorlómin, dans la misère et le besoin. Tu es en arroi de prince, mais elles vont en haillons. Elles se languissent de toi, mais tu ne t'en soucies guère. Content ton père pourrait-il être d'entendre qu'il a un tel fils, comme il l'apprendra." Et Túrin, étant sous l'envoûtement de Glaurung, prêta attention à ses paroles, et se vit comme dans un miroir déformé par la malice, et haït ce qu'il vit. Et, pendant qu'il était encore maintenu par les yeux de Glaurung dans une torture mentale, et ne pouvait remuer, sur un signe du dragon les Orcs emmenèrent le troupeau de prisonnières, et ils passèrent près de Túrin et traversèrent le pont. Et voyez ! Parmi elles se trouvait Finduilas, et elle tendit les bras vers Túrin, et l'appela par son nom. Mais jusqu'à ce que ses cris et les lamentations des prisonnières se fussent perdus sur la route du nord, Glaurung ne libéra pas Túrin, et il ne put même s'empêcher d'entendre cette voix qui le hanta par la suite.

§282. Alors Glaurung ôta soudainement son regard, et attendit ; et Túrin remua lentement, comme quelqu'un s'éveillant d'un rêve hideux. Alors, revenant à lui, avec un cri retentissant il se jeta sur le dragon. Mais Glaurung rit, disant : "Si tu veux périr, je t'occirais avec joie. Mais cela aidera peu Morwen et Niënor. Aucune attention n'as-tu prêtée aux cris de la femme Elfe. Dénieras-tu également ceux de ton sang ?"

§283. Mais Túrin, reprenant son épée, visa ses yeux ; et Glaurung, se retournant rapidement, se dressa au-dessus de lui, et dit : 'Nenni ! Au moins tu es valeureux. Au-delà de tous ceux que j'ai rencontrés. Et mentent, ceux qui prétendent que nous, de notre côté, nous n'honorons pas la valeur des ennemis. Vois ! Je t'offre la liberté. Rejoins tes parents, si tu le peux. Pars ! Et s'il reste un Elfe ou un Homme pour faire le récit de ces jours, alors sans doute aucun avec mépris il te citeront, si de cette faveur tu fais fi."

§284. Alors Túrin, étant encore désorienté par le regard du dragon, comme s'il traitait avec un ennemi qui aurait pu connaître la pitié, crut les paroles de Glaurung, et, se retournant, traversa le pont en hâte. Mais, comme il partait, Glaurung parla derrière lui, disant d'une voix cruelle : "Hâte-toi à présent, fils de Húrin, vers Dorlómin ! Ou il se peut que les Orcs arrivent avant toi, une fois de plus. Et si tu t'attardes pour Finduilas, alors jamais ne reverras-tu Morwen ou Niënor ; et elles te maudiront." [Griffonné dans la marge : Glaurung le raille avec le Heaume du Dragon.]

§285. Mais Túrin partit sur la route du nord, et Glaurung rit une fois de plus, car il avait accompli la mission que lui avait confiée son Maître. Alors il se consacra à son propre plaisir, et projeta son souffle, et brûla tout autour de lui. Mais tous les Orcs qui étaient occupés à saccager, il les mit en déroute, puis les chassa, et leur dénia le fruit de leur pillage, jusqu'à la plus petite des choses. Alors le pont brisa-t-il, et il le jeta dans l'écume du Narog et, se trouvant ainsi en sécurité, il rassembla tout le trésor et toutes les richesses de Felagund et les entassa dans la salle la plus profonde, puis se coucha dessus et se reposa un moment.

§286. A présent, Túrin courut le long des chemins menant au Nord, à travers les terres à présent désolées, entre le Narog et le Taiglin, [ajouté :] et l'Hiver Cruel tomba à sa rencontre ; car cette année-là la neige tomba avant que l'automne ne fût passé, et le printemps fut tardif et froid. / Il lui semblait toujours entendre, comme il allait, les cris de Finduilas, appelant son nom par forêt et colline, et grande était son angoisse ; mais, son cœur brûlant des mensonges de Glaurung, et voyant toujours dans son esprit les Orcs brûlant la maison de Húrin ou soumettant Morwen et Niënor au tourment, il tint ferme sa route, ne s'en détournant jamais.


    Il suit ici une section du texte, où l'écriture originelle fut abondamment corrigée, après quoi la majeure partie de la section fut enlevée et remplacée. Je donne en premier lieu la forme telle qu'écrite à l'origine. Pour les antécédents des Annales Grises (autres que les entrées concernant Tuor), à partir d'ici jusqu'à la fin du conte de Túrin (§349), voir le commentaire sur les §§287 et s.


§287. En fin de compte, las et affamé par de longues journées de voyage, comme le triste automne s'en allait il arriva aux sources d'Ivrin, où il avait auparavant été soigné. Mais elles étaient détruites et souillées, et il ne put y boire de nouveau. Un mauvais présage, cela lui parut.

§288. Ainsi il arriva en Dorlómin, à travers les passes, et, tout comme l'hiver tombait avec la neige du Nord, il retrouva le pays de son enfance. Dépouillé était-il, et triste. Et Morwen était partie. Vide se tenait sa maison, détruite et froide. Cela faisait plus d'un an qu'elle était partie à Doriath. Brodda l'Oriental (qui avait épousé Airin, la parente de Morwen) avait pillé sa maison, et pris tout ce qui était resté de ses biens. Alors les yeux de Túrin s'ouvrirent, et le sort de Glaurung fut brisé, et il eut conscience des mensonges par lesquels il avait été trompé. Et, dans son angoisse et son courroux pour les maux que sa mère avait subis, il tua Brodda dans sa propre demeure, et s'enfuit alors dans l'hiver, en homme pourchassé.

§289. Des nouvelles de la chute de Nargothrond parvinrent bientôt à Thingol en Doriath ; et [il fut révélé à présent que Mormegil était en effet Túrin, fils de Húrin >] la peur rôdait sur les frontières du Royaume Caché.

§290. Au cours de cette même année, Tuor, fils de Huor, fut conduit par les soins d'Ulmo vers un chemin secret qui venait de Mithrim, par un canal d'eau courant sous la terre, et ainsi arriva à une profonde gorge au sommet de Drengist, et passa hors de la connaissance des espions de Morgoth. Alors, voyageant seul aisément, descendant le long des côtes, il arriva par les Falas et les Havres en ruine, et ainsi atteignit à la fin de l'année les Bouches du Sirion. [Ajouté et puis enlevé : Au cours du printemps de cette année également, Handir de Brethil fut tué en combattant les Orcs qui rôdaient dans Brethil.]


496

§291. A présent, trop tard Túrin partit-il à la recherche de Finduilas, parcourant les bois sous l'ombre d'Eryd Wethion, sauvage et prudent comme une bête ; et il scruta toutes les routes qui partaient au nord vers les passes du Sirion. Trop tard. Car toutes les traces étaient anciennes, ou avaient disparu dans l'hiver. Mais ainsi fut-il que Túrin, passant au sud en descendant le Taiglin, tomba sur quelques gens du peuple de Haleth qui habitaient encore dans la forêt de Brethil. La guerre les avait à présent réduits à un petit peuple, et ils demeuraient secrètement pour la plupart à l'intérieur d'un camp sur l'Amon Obel, loin dans la forêt. Ephel Brandir était nommé cet endroit ; car Brandir, fils de Handir, était à présent leur seigneur car [Handir n'était pas revenu du champ sinistré de Tum-halad. >] Handir, son père, avait été tué. Et Brandir n'était pas homme à guerroyer, ayant été rendu boiteux par un accident au cours de son enfance ; et il était en outre d'humeur tranquille, préférant le bois au métal, et la connaissance de toutes choses poussant sur la terre à tout autre savoir.


    A cet endroit, la section rejetée de la narration, commençant au §287, s'achève. Le texte qui l'a remplacée appartient à l'époque de l'écriture du manuscrit.


§292. En fin de compte, fatigué par sa course et par la longue route (car il avait parcouru [quatre-vingts >] quarante lieues sans se reposer), il arriva avec les premières glaces de l'hiver aux sources d'Ivrin, où auparavant il avait été soigné. Mais elles n'étaient à présent qu'une fange gelée, et il ne put s'y abreuver de nouveau.

§293. Ainsi il arriva avec difficulté par les passes de Dorlómin, à travers les neiges cinglantes du Nord, et retrouva le pays de son enfance. Dépouillé était-il, et triste. Et Morwen était partie. Vide se tenait sa maison, détruite et froide, et aucune chose vivante ne demeurait à présent aux alentours.

§294. Il advint ainsi que Túrin arriva alors à la demeure de Brodda l'Envahisseur, et apprit d'un vieux serviteur de Húrin que Brodda avait épousé de force Airin, la parente de Húrin, et qu'il avait opprimé Morwen ; et que par conséquent, l'année précédente, elle s'était enfuie avec Niënor, nul hormis Airin ne sachant vers où.

§295. Alors Túrin marcha jusqu'à la table de Brodda, et, par des menaces, apprit d'Airin que Morwen était partie à Doriath pour rechercher son fils. Car Airin dit : "Les terres avaient alors été libérées du mal par l'Epée Noire du Sud, qui à présent est tombée, dit-on."

§296. Alors les yeux de Túrin s'ouvrirent, et les derniers lambeaux du sort de Glaurung l'abandonnèrent, et, par angoisse, et par colère devant les mensonges qui l'avaient leurré, et par haine pour les oppresseurs de Morwen, une rage noire le saisit, et il tua Brodda dans sa demeure, ainsi que d'autres Orientaux qui étaient ses invités, et alors il s'enfuit dans l'hiver, en homme pourchassé.

§297. Mais il fut aidé par quelques gens qui subsistaient du peuple de Hador, et qui connaissaient les chemins sauvages, et avec eux il s'échappa au travers de la neige tombante et arriva à un repaire de hors-la-loi dans les montagnes méridionales de Dorlómin. Puis Túrin quitta à nouveau le pays de son enfance, et retourna au val du Sirion. Son cœur était amer, car à Dorlómin il n'avait fait qu'amener une plus grande affliction encore sur le restant de son peuple, et ils étaient contents de son départ ; et ce seul réconfort avait-il : que par les prouesses de l'Epée Noire les chemins vers Doriath fussent restés ouverts à Morwen. Et il dit en son cœur : "Alors ces actes n'amenèrent pas le mal sur tous ! Et qu'aurais-je pu faire de mieux en faveur de mes chers parents, même si j'étais arrivé plus tôt ? Car si la Ceinture de Melian est brisée, alors le dernier espoir s'envole. Nenni, c'est mieux de la façon dont cela s'est passé. Car voyez ! Une ombre je jette où que j'arrive. Que Melian les garde ! Mais je les laisserai en paix, pendant un temps, sans ombre."


496

§298. Ici Tuor, fils de Huor, rencontra Bronwë des Noldor aux bouches du Sirion ; et ils entamèrent un voyage vers le nord, le long du grand fleuve. Mais, comme ils résidaient en Nan Tathrin, et s'étaient attardés en raison de la paix et de la beauté de cette contrée au printemps, Ulmo lui-même arriva sur le Sirion et apparut à Tuor, et le désir de la Grande Mer reposa toujours par la suite en son cœur. Mais à présent, sur l'ordre d'Ulmo il remonta le Sirion et, par le pouvoir qu'Ulmo fit reposer sur eux, Tuor et Bronwë trouvèrent l'entrée surveillée de Gondolin. Là-bas, Tuor fut amené devant le Roi Turgon, et prononça les paroles qu'Ulmo avait placées dans sa bouche, lui demandant de quitter et d'abandonner la belle et puissante cité qu'il avait construite, et de descendre vers la Mer. Mais Turgon ne voulut pas écouter ce conseil ; et [Meglin plus tard >] Glindûr, son fils-sœur, parla contre Tuor. Mais Tuor fut tenu en honneur à Gondolin, en raison du service rendu par les siens.


    Cette annale fut largement rectifiée et augmentée (et la date changée en 495), et alors (étant donné que le texte se trouvait à présent dans un état très confus) supprimée jusqu'à "lui demandant de quitter", et remplacée par la version suivante, sur une feuille détachée :


495

§299. A présent, Tuor, fils de Huor, avait vécu comme un hors-la-loi dans les grottes d'Androth au-dessus de Mithrim pendant quatre ans, et il avait causé de sérieux dommages aux Orientaux, et Lorgan mit un prix sur sa tête. Mais Ulmo, qui l'avait choisi comme instrument de ses desseins, le fit partir du pays de Dorlómin par de secrets chemins, de telle sorte que ce départ fût dissimulé à tous les serviteurs de Morgoth ; et il arriva à Nivrost. Mais là-bas, s'éprenant de la Mer, il s'attarda longuement ; et au cours de l'automne de l'année, Ulmo lui-même apparut à Tuor ; et lui demanda de partir, et de se rendre à la cité cachée de Turgon. Et il lui envoya Voronwë, le dernier des marins de Turgon, pour le guider ; et Voronwë conduisit Tuor vers l'est, le long des rigoles d'Eryd Wethion, jusqu'à Ivrin. (Et là-bas il virent passer Túrin, mais ne lui parlèrent pas.) Et en fin de compte, par le pouvoir qu'Ulmo fit reposer sur eux, ils arrivèrent à la porte surveillée de Gondolin. Là-bas, Tuor fut amené devant le roi, et donna le conseil d'Ulmo, demandant à Turgon [ce qui suit est le texte déjà donné au §298] de quitter et d'abandonner la belle et puissante cité qu'il avait construite, et de descendre vers la Mer. Mais Turgon ne voulut pas écouter ce conseil ; et [Meglin plus tard >] Glindûr, son fils-sœur, parla contre Tuor. Mais Tuor fut tenu en honneur à Gondolin, en raison du service rendu par les siens.


[496]

§300. A présent Túrin, descendant de l'Eryd Wethion, rechercha Finduilas en vain, parcourant les bois sous l'ombre des montagnes, sauvage et prudent comme une bête ; et il scruta toutes les routes qui partaient au nord, vers les passes du Sirion. Trop tard. Car toutes les traces étaient anciennes, ou avaient été lavées par l'hiver. Mais ainsi fut-il que, se dirigeant vers le sud en descendant le Taiglin, Túrin tomba sur quelques-uns des Hommes de Brethil, et les délivra des Orcs qui les avaient piégés. Car les Orcs fuirent à la vue de Gurthang.

§301. Il se nomma lui-même Homme Sauvage des Bois, et ils lui demandèrent de venir habiter avec eux ; mais il dit qu'il avait une mission encore à accomplir : rechercher Finduilas, la fille d'Orodreth. Alors Dorlas, le chef des forestiers, donna les douloureuses nouvelles de sa mort. Car les forestiers, aux Gués du Taiglin, avaient attaqué la troupe d'Orcs qui conduisait les prisonnières de Nargothrond, espérant les secourir ; mais les Orcs avaient sur le champ cruellement tué leurs prisonnières, et Finduilas, il l'avaient clouée à un arbre avec une lance. Alors elle mourut, disant à la fin : "Dites au Mormegil que Finduilas est ici." Alors ils l'avaient déposée dans un tertre non loin de cet endroit, et le nommèrent Hauð-en-Ellas.

§302. Túrin leur demanda de le conduire à cet endroit-là, et là-bas il sombra dans des ténèbres de douleur, et fut proche de la mort. Alors Dorlas, par son épée noire, dont la renommée avait atteint les profondeurs même de Brethil, et par sa quête de la fille du roi, sut que cet Homme Sauvage était en réalité le Mormegil de Nargothrond [ajouté :] (duquel la rumeur disait qu'il était le fils de Húrin de Dorlómin). Par conséquent les forestiers le soulevèrent, et l'emportèrent vers leurs demeures. Celles-ci étaient disposées en camp sur un haut lieu dans la forêt, Ephel Brandir sur Amon Obel ; car les gens de Haleth étaient à présent réduits par la guerre à un petit peuple, et Brandir, fils de Handir, qui les dirigeait, était un homme à l'humeur tranquille, et boiteux aussi depuis l'enfance, et il se fiait plus au secret qu'aux actes de guerre pour les protéger du pouvoir du Nord.

§303. Par conséquent il trembla devant les nouvelles que Dorlas apporta, et quand il vit le visage de Túrin, alors qu'il reposait sur le brancard, un nuage de pressentiment se posa sur son cœur. Cependant, étant ému par son agonie, il le prit dans sa propre maison et veilla sur lui ; car il avait des talents de guérison. Et, avec le début du printemps, Túrin chassa l'obscurité qui était en lui, et se porta de nouveau mieux ; et il se leva, et il pensa qu'il resterait en Brethil, caché, et laisserait l'ombre derrière lui, oubliant le passé. Il prit par conséquent un nouveau nom, Turambar, et demanda aux forestiers d'oublier qu'il était un étranger parmi eux, ou qu'il avait jamais porté un autre nom. Cependant, il n'abandonnerait jamais totalement les actes de guerre, car il ne pouvait supporter que les Orcs pussent venir aux Gués du Taiglin, ou passer près de Hauð-en-Ellas, et il en fit un endroit qu'ils redoutaient, de telle sorte qu'ils l'évitaient. Mais il laissa son épée noire de côté, et utilisa plutôt l'arc.

§304. A présent, de nouvelles informations arrivèrent à Doriath, concernant Nargothrond, car certains, qui avaient échappé à la défaite et au saccage, et qui avaient survécu au terrible hiver dans la nature, vinrent en fin de compte à Thingol, cherchant un abri. Mais leurs récits divergeaient, certains disant que Nargothrond était vide, d'autres que Glaurung s'était installé là-bas ; certains disant que tous les seigneurs et capitaines avaient été tués, d'autres que, nenni, le Mormegil était retourné à Nargothrond et y avait été fait prisonnier par l'envoûtement du dragon. Mais tous déclarèrent qu'avant la fin, il fut connu de beaucoup en Nargothrond que le Mormegil n'était autre que Túrin, le fils de Húrin. [Ajout au crayon : Et quand elle entendit parler du Heaume du Dragon, Morwen sut que c'était vrai.]

§305. Alors Morwen fut désemparée, et refusant le conseil de Melian, elle chevaucha seule dans la nature pour rechercher son fils, ou de véritables nouvelles de lui. Thingol, par conséquent, envoya Mablung après elle, avec de nombreux et solides gardiens des marches, et quelques cavaliers, pour la protéger et pour recueillir les informations qu'ils pourraient ; mais Niënor se joignit secrètement à cette compagnie, déguisée, car elle espérait que quand Morwen se serait aperçue que sa fille voulait l'accompagner dans le danger, si elle partait, alors elle voudrait retourner à Doriath et laisserait la recherche d'informations à Mablung. Mais Morwen, n'ayant plus sa tête, ne put être persuadée, et Mablung emmena les dames avec lui, contraint et forcé ; et ils partirent sur la vaste plaine et arrivèrent à Amon Ethir, une lieue avant le pont de Nargothrond. Là-bas Mablung établit une garde de cavaliers autour de Morwen et de sa fille, et leur interdit d'aller plus avant. Mais lui, ne voyant depuis la colline aucun signe d'un quelconque ennemi, descendit avec ses éclaireurs jusqu'au Narog, aussi furtivement qu'ils pouvaient aller.

§306. Mais Glaurung était informé de tout ce qu'ils faisaient, et il sortit, ardent de colère, et se coucha dans la rivière ; et une grande vapeur et une exhalaison immonde se levèrent, dans lesquelles Mablung et sa compagnie devinrent aveugles et se perdirent. Alors Glaurung partit à l'est, par delà le Narog.

§307. Voyant la charge de Glaurung, sur Amon Ethir les gardes cherchèrent à emmener les dames, et à s'éclipser le plus vite possible avec elles vers l'est ; mais le vent amena les brumes blanches sur eux, et leurs chevaux furent pris de folie par la puanteur du dragon, et devinrent incontrôlables, et coururent de ci de là, de telle sorte que certains furent précipités contre des arbres et tués, et que d'autres furent portés loin de là. Ainsi les dames furent perdues, et de Morwen, en vérité, peu de nouvelles fiables parvinrent jamais à Doriath par la suite. Mais Niënor, ayant été désarçonnée par son coursier, mais indemne, revint vers Amon Ethir à tâtons, pour y attendre Mablung, et arriva ainsi, au-dessus de l'exhalaison, dans la lumière du soleil. [Ainsi se retrouva-t-elle, seule, face à face avec Glaurung lui-même, qui avait grimpé de l'autre côté. >] Et, regardant à l'ouest, ses yeux plongèrent droit dans ceux de Glaurung, dont la tête reposait sur le sommet de la colline.

§308. Sa volonté lutta contre lui un moment, mais il mit en œuvre son pouvoir, et ayant appris qui elle était (comme en effet il l'avait parfaitement deviné), il l'obligea à le fixer dans les yeux, et répandit un sort d'obscurité et d'amnésie totales, de telle sorte qu'elle ne put rien se rappeler de ce qui lui était jamais arrivé, pas plus que de son propre nom, ni du nom d'aucune autre chose ; et durant de nombreux jours elle ne put en fait rien entendre, ni voir, ni se mouvoir par sa propre volonté. Alors Glaurung la laissa seule, debout sur Amon Ethir, et retourna à Nargothrond.

§309. A présent, Mablung qui, prenant de grands risques, avait exploré les halls de Felagund quand Glaurung les quitta, s'en échappa à l'approche du dragon, et retourna à Amon Ethir. Le soleil déclinait et la nuit tomba comme il escaladait la colline, et, à son grand désarroi, il ne trouva personne là-bas, sauf Niënor qui se tenait seule sous les étoiles telle une image de pierre. Aucun mot ne prononçait-elle ni n'entendait-elle, mais elle le suivrait, s'il prenait sa main. Par conséquent, en grand grief l'emmena-t-il, bien que cela lui parût vain ; car les deux semblaient destinés à périr, sans secours, dans la nature.

§310. Mais ils furent trouvés par trois des compagnons de Mablung, et lentement ils voyagèrent au nord et à l'est vers les barrières de Doriath où, près de l'endroit où confluait l'Esgalduin, se trouvait la porte secrète par laquelle ceux de son peuple qui revenaient de l'extérieur avaient coutume d'entrer. Lentement la force de Niënor lui revint-elle, comme ils se rapprochaient de Doriath et s'éloignaient de Glaurung, mais elle ne pouvait encore parler ou entendre, et marchait aveuglément alors qu'on la menait.

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MessagePosté le: 29 Sep 2006 12:41     Sujet du message: Répondre en citant

§311. Mais, alors même qu'ils se rapprochaient des barrières, elle ferma enfin ses yeux grands ouverts, et voulut dormir ; et ils la couchèrent et elle dormit ; puis ils se reposèrent également, car ils étaient extrêmement épuisés. Etant ainsi moins précautionneux qu'il n'était sage de l'être, ils furent assaillis par une bande d'Orcs, comme celles qui rôdaient souvent à présent aussi près des barrières de Doriath qu'elles l'osaient. Mais Niënor, en cette heure, recouvra l'ouïe et la vue, et, ayant été réveillée par les cris des Orcs, bondit, terrifiée comme une chose indomptée, et s'enfuit avant qu'ils pussent l'atteindre.

§312. Alors les Orcs donnèrent la chasse, et les Elfes après eux ; mais, bien qu'en fait ils dépassassent les Orcs et les tuassent avant qu'ils ne pussent lui faire du mal, Niënor leur échappa. Car elle s'était enfuie dans une peur affolée, plus rapidement qu'un cerf, et elle ôta tous ses vêtements en courant, jusqu'à se retrouver nue [mis plus tard entre parenthèses :] hormis juste un court jupon. Et elle passa hors de leur vue, courant vers le nord, et bien qu'ils la cherchassent longtemps, ils ne la trouvèrent point, non plus qu'une quelconque trace d'elle. Et en fin de compte Mablung, désespéré, retourna à Menegroth et fit part de toutes ses nouvelles. [Ajouté : Grandement affectés se trouvèrent Thingol et Melian ; mais Mablung partit et, pendant trois ans, il rechercha en vain des nouvelles de Morwen et de Niënor.]

§313. Mais Niënor courut dans les bois, jusqu'à l'épuisement, et alors elle tomba et s'endormit, puis se réveilla ; et voyez, c'était un matin lumineux, et elle prit plaisir à la lumière comme s'il s'agissait là d'une chose nouvelle, et toutes les autres choses qu'elle vit parurent nouvelles et étranges, car elle n'avait pas de noms pour elles. Elle ne se rappelait rien, si ce n'est une obscurité qui se trouvait derrière elle, et une ombre de peur ; par conséquent elle partit prudemment, comme une bête pourchassée, et devint affamée, car elle ne disposait d'aucune nourriture et ne savait pas comment la chercher. Mais, arrivant en fin de compte aux Gués du Taiglin, elle les franchit, cherchant l'abri des grands arbres de Brethil, car elle était effrayée, et il lui sembla que l'obscurité qu'elle avait fuie la submergeait à nouveau.

§314. Mais il y eut une grande tempête orageuse qui vint du Sud et, terrifiée, elle se jeta à terre à côté du tertre, Hauð-en-Ellas [griffonné en marge : Elleth], protégeant ses oreilles du tonnerre, mais la pluie la toucha et la trempa, et elle se coucha comme une bête sauvage à l'agonie.

§315. Turambar la trouva là-bas, alors qu'il arrivait aux Gués du Taiglin, ayant entendu une rumeur sur des Orcs rôdant à proximité. Et, voyant dans un flamboiement d'éclair le corps d'une jeune fille tuée (à ce qu'il semblait), reposant sur le tertre de Finduilas, il fut atteint [d'une peur soudaine >] au cœur. Mais les forestiers la soulevèrent, et Turambar la recouvrit de son manteau, et ils l'emmenèrent à une demeure toute proche, et la lavèrent et la réchauffèrent, puis lui donnèrent à manger. Et dès qu'elle regarda Turambar, elle fut réconfortée ; car il lui sembla qu'elle avait enfin trouvé une chose qu'elle avait longtemps recherchée dans ses ténèbres ; et elle posa sa main dans la sienne et ne voulut pas être séparée de lui.

§316. Mais quand il la questionna sur son nom et sur sa parenté, et sur sa mésaventure, alors elle se troubla comme un enfant qui perçoit que quelque chose est demandé, mais ne peut comprendre de quoi il s'agit. Et elle éclata en sanglots. Par conséquent, Turambar dit : "Ne sois pas troublée ! Il ne fait point de doute que ton récit est encore trop triste à raconter. Cela peut attendre. Mais un nom tu dois porter, et je te nommerai Níniel (jeune fille aux larmes)." Et à ce nom elle secoua la tête, mais dit Níniel. Ce fut le premier mot qu'elle prononça au sortir de son obscurité, et à jamais continua-t-il à être son nom parmi les forestiers.

§317. Le jour suivant, ils la portèrent vers Ephel Brandir, mais, aux chutes de Celebros, un grand frisson la parcourut (c'est pour cela que par la suite cet endroit fut nommé Nen Girith) et, avant qu'elle n'arrivât à la demeure des forestiers, elle fut atteinte de fièvre. Elle resta longuement étendue, dans son mal, mais fut guérie par les talents de Brandir et l'attention des guérisseuses de Brethil ; et les femmes lui apprirent le langage comme à un nourrisson. Avant que l'automne ne vînt, elle fut de nouveau sur pieds, et pouvait parler, mais elle n'avait aucun souvenir d'avant avoir été trouvée par Turambar. Brandir l'aimait tendrement, mais son cœur entier allait à Turambar. Toute cette année qui suivit la venue de Níniel, il y eut la paix à Brethil, et les Orcs ne dérangèrent pas les forestiers.


497

§318. Turambar resta toujours en paix et ne partit pas en guerre. Son cœur se tourna vers Níniel, et il la demanda en mariage ; mais à ce moment-là elle prit son temps, en dépit de son amour. Car Brandir avait un pressentiment, qu'il ne pouvait définir, et cherchait à la retenir, plus pour son bien à elle que pour le sien, ou à cause d'une rivalité avec Turambar ; et il lui révéla que Turambar était Túrin, fils de Húrin, et bien qu'elle ne reconnût pas ce nom, une ombre tomba sur son cœur. Ceci, Turambar l'apprit et fut mécontent après Brandir.


498

§319. Au printemps de cette année, Turambar renouvela sa demande à Níniel, et jura de l'épouser à présent, ou de repartir en guerre dans les terres sauvages. Et Níniel accepta avec joie, et ils se marièrent au milieu de l'été ; et les Forestiers de Brethil organisèrent une grande fête. Mais, avant la fin de l'année, Glaurung envoya des Orcs qui étaient sous sa coupe contre Brethil ; et Turambar resta assis chez lui, sans enthousiasme, car il avait promis à Níniel qui ne se battrait que si leur maison était attaquée. Mais les forestiers étaient débordés, et Dorlas l'accusa de ne pas vouloir aider le peuple qu'il avait pris pour sien. Alors Turambar se dressa et porta de nouveau son épée noire, et il réunit une grande force d'Hommes de Brethil, et ils infligèrent une sévère défaite aux Orcs. Mais Glaurung eut vent d'informations disant que l'Epée Noire se trouvait à Brethil, et il réfléchit à ce qu'il avait entendu, concevant un nouveau mal.


499

§320. Níniel tomba enceinte au printemps de cette année, et devint pâle et triste. Au même moment arrivèrent à Ephel Brandir les premières rumeurs disant que Glaurung était sorti de Nargothrond. Et Turambar envoya des éclaireurs au loin, car à présent il dirigeait les choses à sa guise, et rares étaient ceux qui prêtaient attention à Brandir.

§321. Et, alors qu'on se rapprochait de l'été, Glaurung arriva aux frontières de Brethil, et se posa près de la rive ouest du Taiglin, et alors il y eut une grande peur parmi les gens de la forêt, car il était à présent clair que le Grand Ver les attaquerait et dévasterait leur pays, et ne s'en irait pas, retournant à Angband, comme ils l'avaient espéré. Ils sollicitèrent donc le conseil de Turambar. Et il leur dit qu'il était vain d'aller à l'encontre du Ver avec toute leur force. Par les seules ruse et chance pourraient-ils le vaincre. Il se proposa par conséquent pour rechercher Glaurung aux frontières du pays, et demanda au reste du peuple de rester à Ephel Brandir, mais de se préparer à fuir. Car si Glaurung emportait la victoire, il se dirigerait en premier lieu vers les demeures des forestiers, pour les détruire, et ils ne pouvaient espérer lui résister ; mais s'ils s'éparpillaient alors partout au loin, alors de nombreux pourraient s'échapper, car Glaurung n'établirait pas sa demeure à Brethil et retournerait rapidement à Nargothrond.

§322. Alors Turambar demanda des compagnons volontaires pour l'aider dans le danger, et Dorlas se tint, ferme, mais nul autre. Alors Dorlas incrimina les gens, et railla Brandir, qui ne pouvait jouer son rôle d'héritier de Haleth ; et Brandir avait honte devant son peuple, et avait le cœur amer. Mais Torbarth [griffonné au-dessus : Gwerin], parent de Brandir, lui demanda l'autorisation de partir à sa place. Alors Turambar dit adieu à Níniel, et elle fut emplie de peur et de pressentiment, et leur séparation fut triste ; mais Turambar se mit en route avec ses deux compagnons, et se rendit à Nen Girith.

§323. Alors Níniel, étant incapable de supporter sa peur, et ne désirant pas attendre dans l'Ephel des nouvelles du sort de Turambar, partit après lui, et une grande foule l'accompagna. Devant ceci, Brandir fut plus que jamais empli de peur, [enlevé : mais elle ne tint pas compte de ses conseils] et il chercha à la dissuader, ainsi que les gens qui voulaient l'accompagner, de cette imprudence, mais il ne lui prêtèrent pas attention. Par conséquent, il renonça à son titre ainsi qu'à tout amour pour le peuple qui l'avait méprisé et, ne possédant plus rien que son amour pour Níniel, il ceignit une épée, et partit après elle ; mais étant boiteux, il tomba, loin derrière.

§324. A présent, Turambar arriva à Nen Girith au coucher du soleil et apprit là-bas que Glaurung était couché sur les bords des hautes rives du Taiglin, et semblait prêt à bouger, quand la nuit tomba. Alors il considéra ces nouvelles comme bonnes ; car le Ver était couché à [Cabad-en-Aras >] Cabed-en-Aras, là où la rivière courait dans une gorge profonde et étroite, qu'un cerf pourchassé pourrait franchir d'un bond, et Turambar estima qu'il ne chercherait pas plus loin, mais tenterait de franchir la gorge. Par conséquent, il envisagea de ramper au crépuscule, et de descendre dans le ravin sous le couvert de la nuit, et de traverser l'eau sauvage, et alors d'escalader l'à-pic se trouvant au-delà (qui était moins abrupt), et ainsi arriver jusqu'au Ver, à l'abri de son regard.

§325. Ce plan adopta-t-il alors, mais le cœur de Dorlas faillit quand ils arrivèrent sur le courant du Taiglin dans l'obscurité, et il n'osa pas tenter la périlleuse traversée, mais s'en retourna et se tapit dans les bois, sous le poids de la honte. Turambar et Torbarth, cependant, traversèrent en sécurité, car le bruyant roulement de l'eau couvrait tous les autres sons, et Glaurung dormait. Mais avant la mi-nuit le Ver se réveilla et, dans un grand bruit et un grand souffle, il projeta sa partie antérieure au-dessus du précipice et commença à faire suivre son corps. Turambar et Torbarth furent bien près d'être anéantis par la chaleur et la puanteur, alors qu'ils cherchaient en hâte une voie pour monter jusqu'à Glaurung ; et Torbarth fut tué par une grande pierre qui, délogée des hauteurs par le passage du dragon, le frappa à la tête et le projeta dans la Rivière. Ainsi finit le dernier des parents légitimes de Haleth, et pas le moins valeureux.

§326. Alors Turambar fit appel à toute sa volonté et à tout son courage, et escalada l'à-pic tout seul, et il planta Gurthang dans le ventre mou du Ver, jusqu'à la garde même. Mais quand Glaurung sentit sa blessure mortelle il hurla et, dans sa terrifiante convulsion, il souleva sa masse et se propulsa de l'autre côté du précipice, puis se coucha là, battant l'air puis se repliant sur lui-même dans son agonie. Et il incendia tout autour de lui, et laissa tout en ruine, jusqu'à ce qu'en fin de compte ses feux mourussent, et qu'il reposât, immobile.

§327. A présent, Gurthang avait été arrachée de la main de Turambar dans la convulsion de Glaurung, et enfoncée dans le ventre du Ver. Turambar, par conséquent, traversa l'eau une fois de plus, désirant récupérer son épée, et observer son ennemi. Et il le trouva allongé de tout son long, et tourné sur un côté ; et le pommeau de Gurthang se tenait dans son ventre. Alors Turambar saisit le pommeau et posa son pied sur le ventre puis cria, se moquant du Ver et de ses propos à Nargothrond : "Salut à toi, Ver de Morgoth ! Heureuse rencontre de nouveau ! Meurs, à présent, et que les ténèbres se saisissent de toi ! Ainsi Túrin, fils de Húrin, est-il vengé."

§328. Alors il arracha l'épée, mais un sang noir jaillit avec elle, et tomba sur sa main, et le venin la brûla. Et sur ces entrefaites Glaurung ouvrit les yeux et regarda Turambar avec une telle malice, qu'il lui infligea comme un coup ; et à cause de ce coup et de l'angoisse du venin, il tomba dans un sombre évanouissement, et resta allongé comme un mort, et son épée se trouvait sous lui.

§329. Les hurlements de Glaurung résonnèrent dans les bois et parvinrent aux gens qui attendaient à Nen Girith ; et quand ceux qui observaient entendirent le cri du Ver et virent de loin la ruine et l'incendie qu'il avait provoqués, ils pensèrent qu'il avait vaincu et qu'il était en train de détruire ceux qui l'avaient attaqué. Et Níniel s'assit et frissonna à côté de la chute d'eau et, à la voix de Glaurung, l'obscurité monta en elle de nouveau, de telle sorte qu'elle ne put bouger de cet endroit par sa propre volonté.

§330. Ainsi même la trouva Brandir, car il arriva en fin de compte à Nen Girith, claudiquant avec lassitude. Et quand il entendit que le Ver avait traversé la rivière et qu'il avait jeté à bas ses ennemis, son cœur soupira pour Níniel, de pitié. Toutefois il pensa aussi : "Turambar est mort, mais Níniel est en vie. Peut-être m'accompagnera-t-elle à présent, et je l'emmènerai, et ainsi nous échapperons ensemble au Ver."

§331. Après un moment, il se tint donc près de Níniel et dit : "Viens ! Il est temps de partir. Si tu le veux bien, je te conduirai." Et il prit sa main, et elle se leva en silence, et le suivit ; et nul ne les vit partir dans les ténèbres.

§332. Mais, alors qu'ils descendaient le chemin menant aux Gués, la lune se leva, et jeta une lumière grise sur le pays, et Níniel dit : "Est-ce là la voie ?" Et Brandir répondit qu'il ne connaissait aucune voie, sauf celle de fuir le Ver comme ils pouvaient, et de s'échapper dans la nature. Mais Níniel dit : "L'Epée Noire était mon bien-aimé et mon époux. Pour le chercher, seulement, je pars. Que pouvais-tu imaginer d'autre ?" Et elle se précipita devant lui. Alors elle arriva aux Gués du Taiglin et vit Hauð-en-Ellas dans la lumière blanche de la lune, et une grande peur la saisit. Alors elle se détourna avec un cri, jetant sa cape, et s'enfuit vers le sud le long de la rivière, et son habit blanc étincela dans la lune.

§333. Ainsi Brandir la vit depuis le flanc de la colline et tourna pour croiser son chemin, mais il se trouvait toujours derrière elle quand elle arriva à la ruine provoquée par Glaurung, près du bord de [Cabad-en-Aras >] Cabed-en-Aras. Là elle vit le Ver étendu à terre, mais ne lui prêta pas attention, car un homme reposait à ses côtés ; et elle courut vers Turambar et appela son nom en vain. Alors, voyant sa main qui avait été brûlée, elle la nettoya avec des larmes et la banda avec un morceau de son habit, et l'embrassa et lui cria une fois de plus de se réveiller. A ce moment-là Glaurung remua pour la dernière fois avant de mourir, et il parla de son dernier souffle, disant : "Salut à toi Niënor, fille de Húrin. Je te présente ton frère ! Sois heureuse de le rencontrer, et sache qui il est : Túrin, fils de Húrin, fourbe envers ses ennemis, déloyal envers ses amis, et [une] malédiction pour sa parentèle. Et envers toi, pire que tout, comme à présent tu dois le ressentir !"

§334. Alors Glaurung mourut, et le voile de sa malice la quitta, et elle se rappela toute sa vie ; et elle s'assit, stupéfiée, avec horreur et angoisse. Alors Brandir, qui avait tout entendu, se tenant, affligé, sur le bord de la ruine, se hâta vers elle ; mais elle bondit et courut comme un cerf pourchassé, et arriva à [Cabad-en-Aras >] Cabed-en-Aras, et là-bas elle se jeta depuis le bord, et se perdit dans l'eau sauvage.

§335. Alors Brandir arriva et regarda en bas, dans Cabad-en-Aras, et se détourna, horrifié, et bien qu'il ne désirât plus vivre, il ne put chercher la mort dans cette eau grondante. Et, à partir de ce moment-là, aucun homme ne jeta jamais plus un regard sur Cabad-en-Aras, et aucune bête ni aucun oiseau ne vint là, et aucun arbre ne poussa ; et ce fut nommé Cabad Naeramarth, le Saut du Terrifiant Destin.

§336. Mais Brandir entreprit à présent son chemin de retour à Nen Girith, pour ramener des nouvelles aux gens ; et il rencontra Dorlas dans les bois, et le tua (le premier sang qu'il versa jamais, et le dernier). Et il arriva à Nen Girith, et des hommes lui crièrent : "L'as-tu vue ? Ô ! Níniel est partie."

§337. Et il répondit, disant : "Si fait, Níniel est partie pour toujours. Le Ver est mort, et Turambar est mort : et ces nouvelles-là sont bonnes." Et les gens murmurèrent à ces paroles, disant qu'il était devenu fou. Mais Brandir dit : "Ecoutez-moi jusqu'au bout ! Níniel la bien-aimée est morte aussi. Elle s'est jetée dans le Taiglin, ne désirant plus vivre. Car elle a appris qu'elle n'était autre que Niënor, fille de Húrin, avant que l'amnésie ne la frappât, et que Turambar était son frère, Túrin, fils de Húrin."

§338. Mais, alors qu'il en finissait et que les gens pleuraient, Túrin lui-même se présenta devant eux. Car quand le Ver mourut, son évanouissement le quitta, et il tomba dans un profond sommeil de lassitude. Mais le froid de la nuit le perturba, et le pommeau de Gurthang glissa sur son côté, et il se réveilla. Alors il vit que quelqu'un avait pris soin de sa main, et il s'étonna fortement d'avoir été néanmoins abandonné, étendu sur le sol froid ; et il appela puis, n'entendant aucune réponse, il partit chercher de l'aide, car il était fatigué et malade.

§339. Mais quand les gens le virent, ils reculèrent de peur, pensant qu'il s'agissait de son esprit vagabond ; et il dit : "Nenni, soyez contents, car le Ver est mort, et je vis. Mais pourquoi donc avez-vous méprisé mon conseil, et vous êtes-vous exposés au danger ? Et où se trouve Níniel? Car je voudrais la voir. Et assurément, vous ne l'avez pas fait sortir de chez elle pour l'amener ici ?"

§340. Alors Brandir lui dit qu'il en était ainsi et que Níniel était morte. Mais l'épouse de Dorlas s'écria : "Nenni, seigneur, il est fou. Car il est arrivé ici en disant que tu étais mort, et appela cela de bonnes nouvelles. Mais tu vis."

§341. Alors Turambar fut courroucé, et crut que tout ce que Brandir avait dit ou fait l'avait été par malice envers lui-même et Níniel, enviant leur amour ; et il parla mal à Brandir, le nommant Pied-bot. Alors Brandir rapporta tout ce qu'il avait entendu, et nomma Níniel Niënor, fille de Húrin, et cria à Turambar les derniers mots de Glaurung, qu'il était une malédiction pour sa parentèle et pour tous ceux qui avaient pris soin de lui.

§342. Alors Turambar entra en fureur, et accusa Brandir d'avoir conduit Níniel à sa mort, et de répandre avec plaisir les mensonges de Glaurung (s'il ne les avait pas lui-même imaginés en fait), et il maudit Brandir et le tua, et s'enfuit dans les bois, échappant aux gens. Mais après un moment, sa folie l'abandonna, et il se rendit à Hauð-en-Ellas et s'assit là-bas puis réfléchit à tous ses actes. Et il cria à Finduilas de lui apporter un conseil ; car il ne savait pas à présent s'il causerait plus de mal en se rendant à Doriath pour rechercher sa parentèle, ou en les abandonnant pour toujours, et en cherchant la mort au combat.

§343. Et, alors qu'il s'asseyait là-bas, Mablung, avec une compagnie d'Elfes Gris, arriva par delà les Gués du Taiglin, et il reconnut Túrin et le salua, et fut content de le trouver en vie. Car il avait eu connaissance de la sortie de Glaurung, et que son chemin menait à Brethil, et dans le même temps il avait entendu dire que l'Epée Noire de Nargothrond résidait à présent là-bas. Par conséquent, il était venu pour avertir Túrin et aider en cas de besoin. Mais Túrin dit : "Trop tard arrives-tu. Le Ver est mort."

§344. Alors ils s'émerveillèrent, et le louèrent grandement, mais il n'y prêta aucune attention, et dit : "Ceci seulement je demande : donnez-moi des nouvelles de ma parentèle, car à Dorlómin j'ai appris qu'elles étaient parties pour le Royaume Caché."

§345. Alors Mablung fut abattu, mais il était indispensable de dire à Túrin comment Morwen s'était perdue, et comment Niënor avait été plongée dans un sort d'amnésie muette, et comment elle leur avait échappé aux frontières de Doriath et avait fui vers le nord. Alors Túrin sut enfin que le destin l'avait vaincu, et qu'il avait tué Brandir injustement, de telle sorte que les paroles de Glaurung s'était accomplies en lui. Et il rit comme un dément, criant : "C'est une amère plaisanterie en vérité !" Mais il demanda à Mablung de partir, et de retourner à Doriath, avec des malédictions à son encontre. "Et une malédiction aussi sur ta mission !" dit-il. "Il ne manquait que cela. A présent arrive la nuit !"

§346. Alors il leur échappa comme le vent, et ils furent stupéfaits, se demandant quelle folie l'avait saisi ; et ils le suivirent. Mais Túrin les distança largement, et arriva à Cabad-en-Aras, et entendit le grondement de l'eau, et vit que toutes les feuilles tombaient des arbres, sèches, comme si l'hiver était arrivé. Alors il maudit l'endroit et le nomma Cabad Naeramarth, puis brandit son épée, qui était à présent le seul de ses biens qui lui restait, et il dit : "Salut Gurthang ! Nul seigneur et nulle loyauté ne connais-tu, hormis la main qui te manie. Devant aucun sang tu ne reculeras. Prendras-tu par conséquent Túrin Turambar, m'occiras-tu promptement ?"

§347. Et de la lame se fit entendre en réponse une voix froide : "Si fait, je boirai ton sang avec contentement, qu'ainsi je puisse oublier le sang de Beleg, mon maître, et le sang de Brandir, injustement tué. Je t'occirai promptement."

§348. Alors Túrin posa le pommeau sur le sol, et se jeta sur la pointe de Gurthang, et la lame noire lui prit la vie. Mais Mablung et les Elfes arrivèrent et jetèrent un regard au Ver reposant, mort, et au corps de Túrin, et ils furent peinés ; et quand des hommes de Brethil arrivèrent par là, et qu'ils apprirent les raisons de la folie et de la mort de Túrin, ils furent effarés ; et Mablung dit amèrement : "Ô ! J'ai également été mêlé au destin des Enfants de Húrin et ainsi, avec mes nouvelles, j'ai tué quelqu'un que j'aimais."

§349. Alors ils soulevèrent Túrin et virent que Gurthang s'était brisée en morceaux. Mais Elfes et Hommes rassemblèrent alors une grande réserve de bois et firent un grand feu, et le Ver fut réduit en cendres. Mais Túrin, ils le firent reposer dans un grand tertre là où il était tombé, et les fragments de Gurthang furent posés à ses côtés. Et quand tout fut fini, les Elfes chantèrent une complainte pour les Enfants de Húrin, et une grande pierre grise fut disposée sur le tertre, et dessus fut gravé, dans les Runes de Doriath :


    Ici le manuscrit arrive à son terme, au pied d'une page, et le tapuscrit également. Plus tard, et probablement un bon moment après, puisque l'écriture est au stylo à bille, mon père ajouta dans la marge du manuscrit :


TURIN TURAMBAR DAGNIR
GLAURUNGA


    et en dessous il écrivit aussi :


NIENOR NINIEL


Mais elle ne se trouvait pas là, et on ne sut jamais de quel côté les eaux froides du Taiglin l'avaient emmenée. [Ainsi s'achève le Narn i Chîn Húrin : qui est le plus long de tous les lais du Beleriand, et qui fut écrit par des Hommes.]


    Il m'a toujours semblé étrange que mon père eut abandonné les Annales Grises là où il le fit, sans au moins noter l'inscription qui était gravée sur la pierre ; bien que le fait que le tapuscrit dactylographié s'achevât à cet endroit aussi, et le fait qu'il ajoutât l'inscription de manière grossière sur le manuscrit à une période plus tardive, semblent prouver que ce fut positivement le cas. J'ai trouvé dernièrement l'explication, que, pour des raisons que l'on verra, je déplace au début de la Troisième Partie (p.251).

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Dernière édition par Eru le 09 Nov 2006 9:52; édité 4 fois
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MessagePosté le: 11 Oct 2006 23:17     Sujet du message: Répondre en citant

COMMENTAIRE

Dans ce commentaire, les abréviations suivantes sont utilisées :

AV

Annales de Valinor (voir p.3)

AAm

Annales d'Aman (texte avec paragraphes numérotés dans le Vol.X)

AB

Annales du Beleriand (voir p.3). J'utilise la datation révisée des annales dans les AB 2 (voir [HoMe]V, p.124).

AG

Annales Grises (AG 1 ouverture abandonnée, AG 2 le texte final quand distingué des AG 1 : voir pp.3-4)

Q

Le Quenta (texte dans Vol.IV)

QS

Quenta Silmarillion (texte avec paragraphes numérotés dans le Vol.V)

NE

La dernière partie du Narn i Chîn Húrin, donnée dans les Contes et Légendes Inachevés (pp.104-46), et référencée aux pages de ce livre ; voir pp.144-5.


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Le jour est venu ! Ô, peuple des Eldar et vous, Pères des Hommes, le jour est venu !.


Dernière édition par Eru le 11 Nov 2006 16:34; édité 9 fois
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MessagePosté le: 12 Oct 2006 9:54     Sujet du message: Répondre en citant

§1. Ce paragraphe d'ouverture est absent de la version abandonnée, AG 1. Cf. l'orientation griffonnée sur l'ancien manuscrit des AB 2 (p.4), de "faire de celles-ci les Annales Sindarines de Doriath". Pour le commencement des Annales dans les AG 1, voir sous le §2 ci-dessous.

§2. Ceci est un récit beaucoup plus précis du développement du concept géographique du "Beleriand" que ce qui est trouvé dans les AG 1, où les Annales commencent ainsi :
    Le nom Beleriand est issu de la langue des Sindar, les Elfes Gris qui demeurèrent longtemps dans cette contrée ; et il signifie le pays de Balar. Car ce nom les Sindar donnèrent-ils à Ossë, qui venait souvent sur ces côtes, et qui se lia là d'amitié avec eux. Dans les jours anciens, avant la Guerre d'Utumno, ce n'était que le pays côtier situé au nord de la longue côte occidentale de la Terre du Milieu, se trouvant au sud d'Eryd Engrin (les Montagnes de Fer), et entre la Grande Mer et Eryd Luin (les Montagnes Bleues).

Ceci est de toutes façons malaisé à saisir, puisque le Beleriand, "dans les jours anciens", est défini comme n'étant "que" le pays côtier situé au nord de la longue côte occidentale de la Terre du Milieu, s'étendant encore au sud des Montagnes de Fer et de la Grande Mer aux Montagnes Bleues, une surface en fait bien plus vaste que ce qui est décrit dans les AG 2, dans son sens ultérieurement élargi. Ce dernier est conforme au récit sur le sujet dans QS §108, où "le Beleriand était délimité au Nord par Nivrost et Hithlum et Dorthonion".
Une explication possible du passage d'ouverture des AG 1 peut être trouvée, pourtant, par référence à la carte IV de l'Ambarkanta ([HoMe] IV, p.249), où il sera vu que "le Beleriand" pouvait bien être décrit comme n'étant "que le pays côtier situé au nord de la longue côte occidentale de la Terre du Milieu, se trouvant au sud des Montagnes de Fer et entre la Grande Mer et les Montagnes Bleues". La signification de l'ouverture des AG 1 peut se trouver, par conséquent, non pas dans le fait que sa description géographique était la référence originelle du nom "Beleriand", mais dans celui qu'avant la Guerre d'Utumno (quand Melkor fut enchaîné), le Beleriand n'était "que le pays côtier situé au nord de la longue côte occidentale de la Terre de Milieu", alors que dans la ruine provoquée par cette guerre, fut formé le Grand Golfe vers le sud (auquel il est fait référence dans les deux textes des AG, §6 ; voir la carte V de l'Ambarkanta, [HoMe] IV, p.251), après quoi le Beleriand ne pouvait plus être ainsi décrit.
Dans la Liste de Noms des années 1930 ([HoMe] V, p.404), "Beleriand" était présenté, comme dans les AG 2, comme ayant été à l'origine le "pays autour du Sirion méridional"; mais il est là présenté comme ayant été "nommé par les Elfes des Havres d'après le Cap Balar, et la Baie de Balar dans laquelle coulait le Sirion". Dans les Etymologies ([HoMe] V, p.350, racine BAL), Beleriand était apparemment dérivé de (l'île de) Balar, et Balar lui-même "probablement de *báläre, et nommé ainsi parce qu'Ossë rendit là visite aux Teleri en attente." A cette époque, Ossë était un Bala (Vala).
A propos de la forme plus tardive, Belerian, voir la note de mon père sur le Sindarin Rochand > Rochan (Rohan), dans les Contes et Légendes Inachevés p.318 (note 49 sur Cirion et Eorl).

§3. Cf. l'insertion dans l'annale pour l'Année 1050 des Valar dans les AAm, §40 ([HoMe] X, p.72, 77), concernant le départ de Melian de Valinor. Dans l'annale précédente dans les AAm, 1000-1050, il est dit que Varda "créa des étoiles plus nouvelles et plus brillantes".

§§3-5. La deuxième phrase de l'Annale 1050, et les annales 1080 et 1085, furent ajoutées subséquemment au manuscrit. Il est curieux qu'il n'y eût aucune mention de l'Eveil des Elfes dans les AG 1 ni dans les AG 2 telles qu'écrites ; mais au milieu des pages de brouillon grossier auxquelles il est fait référence p.4, figure en fait un passage substantiel commençant par : "A cette même époque, les Quendi s'éveillèrent près des eaux de Kuiviénen : sur lesquels, plus est dit dans les Chroniques d'Aman." Le texte qui suit dans ce brouillon est très proche – en grande partie, en vérité pratiquement identique – du long passage, interpolé dans les AAm (§§43-5), sur la peur qu'inspirait Oromë aux Quendi, sur leur capture par les serviteurs de Melkor, et l'engendrement des Orcs à partir de ceux qui avaient été capturés. Il n'y a, en substance, aucune différence entre ce texte et le passage des AAm ; et il est clair que ce dernier suivit celui, plus ancien, qui était prévu à l'origine pour une inclusion dans les Annales Grises, et fut basé dessus.
Dans les AAm, les mêmes dates sont données pour l'Eveil des Elfes (1050) et pour leur découverte par Oromë (1085) ; aucune date n'est donnée dans les AAm pour leur découverte par Melkor, mais il est dit (AAm §43) que c'était "quelques années avant la venue d'Oromë".

§6. Dans les AG 1, la phrase "et prit alors cette forme qu'elle conserva jusqu'à l'arrivée de Fionwë" se lit "… qu'elle conserva jusqu'à la Transformation du Monde", utilisant cette expression non pas en référence au Monde Devenu Rond lors de la Submersion de Númenor, mais plutôt à la destruction du Beleriand lors du renversement final de Morgoth, à la fin des Jours Anciens. Il était fait référence au Grand Golfe (montré et ainsi nommé sur la carte V de l'Ambarkanta, [HoMe] IV, p.251) dans le QS, §108: "Au-delà de la rivière Gelion, le pays se rétrécit soudainement, car la Grande Mer ouvrit un grand golfe atteignant presque le pied d'Eredlindon ..." Voir sous §2 ci-dessus.
Unique dans les Annales Grises est l'affirmation que, à cause du fait que les Valar avaient posé le pied sur les terres autour du Sirion, quand ils étaient venus d'Aman pour l'assaut contre Utumno, la croissance avait repris là son cours "alors que la plus grande partie de la Terre du Milieu dormait encore dans le Sommeil de Yavanna", et que Melian avait pris soin des "jeunes forêts sous les étoiles brillantes". Voir plus loin sous le §10 ci-dessous.

§7. Cette annale fut un ajout tardif au manuscrit ; la date fut au départ notée 1102, puis changée en 1102-5. Les AAm (§§54-6) ont des entrées concernant les trois ambassadeurs, leur départ en 1102, puis leur retour à Kuiviénen en 1104.

§8. Dans les AAm, les dates furent si souvent changées et devinrent si confuses, que dans le rendu du texte, je ne donnai que celles écrites en dernier (voir [HoMe] X, p.47-8) ; mais dans cette partie des AAm, toutes les dates se situaient en fait à l'origine 100 Années Valiennes plus tard - ainsi 1115, l'année pendant laquelle les Eldar atteignirent l'Anduin ([HoMe] X, p.82), était une correction de 1215. Dans les AG 1 déjà, les dates se situent dans les années 1100 dès la première écriture, montrant qu'elles venaient après les AAm, même si à un court intervalle. Mais il est curieux que dans les AG (les deux textes), l'arrivée des Vanyar et des Noldor à la Grande Mer soit placée en 1115 ; dans les AAm, la marche commençait en 1105, l'Anduin était atteint en 1115, et la Mer en 1125.

§10. Cette annale est en relation étroite, non seulement avec celle des AAm pour la même année (§65), mais aussi avec le passage dans la tradition du "Silmarillion" ([HoMe] X, p.172, §32).
Pour "les jeunes arbres de Nan Elmoth", cf. le changement opéré dans un des tapuscrits des AAm ([HoMe] X, p.91) de "les arbres de Nan Elmoth" en "les jeunes arbres de Nan Elmoth", bien que ceci ait été fait des années plus tard. Les "jeunes arbres" doivent sans aucun doute être connectés avec la phrase dans les AG 1, §9, "où par la suite se trouvèrent les forêts de Neldoreth et Region" ; et il semble clair que les arbres étaient tous jeunes car, comme il est dit dans les AG, §6, "ces terres situées sur chaque côté du Sirion n'étaient que ruine et désolation à cause de la Guerre des Pouvoirs, mais bientôt des pousses y apparurent, alors que la plus grande partie de la Terre du Milieu dormait encore dans le Sommeil de Yavanna, car les Valar du Royaume Béni les avaient foulées ; et il y avait là de jeunes forêts sous les étoiles brillantes."
L'idée qu'il y eût des arbres dans un monde seulement illuminé par la lumière des étoiles était une donnée de la mythologie (bien que, des années après l'écriture des Annales Grises, mon père le rejetât : "En aucun cas il ne pouvait y avoir des arbres et des fleurs, etc… sur terre, s'il n'y avait aucune lumière depuis la destruction des Lampes !", [HoMe] X, p.375) ; d'un autre côté, apparaît dans les AAm (§30) l'histoire, absente de la tradition du "Silmarillion", selon laquelle Yavanna "plongea dans le sommeil beaucoup des belles choses qui s'étaient éveillées en ce Printemps [i.e. avant la chute des Lampes], à la fois arbre et herbe et bête et oiseau, afin qu'ils ne vieillissent pas mais qu'ils attendissent le moment du réveil qui devait pourtant arriver." Dans l'autre tradition ([HoMe] X, p.158, §18), "Pendant que les Lampes brillaient, commença la croissance qui à présent était enrayée, car tout était de nouveau sombre. Mais les plus anciennes choses vivantes étaient déjà apparues : dans la mer les grandes algues, et sur la terre l'ombre des grands arbres ... Sur ces terres et dans ces forêts, Oromë chasserait souvent..."
La façon dont ces conceptions sont reliées l'une à l'autre est loin d'être claire, si l'on se fonde sur ces textes ; mais à présent, dans les Annales Grises (§6), la nature particulière du Beleriand est affirmée, en ce que la croissance reprit seulement sous les étoiles en raison du passage des Valar, en provenance d'Aman, et (§17) "que, bien que la Terre du Milieu reposât pour sa plus grande part dans le Sommeil de Yavanna, il y avait en Beleriand sous le pouvoir de Melian de la vie et de la joie et que les brillantes étoiles étincelaient comme des feux argentés."

§§11-12. Cette annale 1132 est très proche de celle des AAm (§66), en grande partie identique dans sa structure et proche dans sa phraséologie ; la seule caractéristique importante sur laquelle elle diffère est la référence à la légende selon laquelle une partie de l'île qui devint Tol Eressëa fut détachée et devint l'Île de Balar. Cette histoire apparaît dans une note de bas de page sur le §35 du QS ([HoMe] V, p.221, [HoMe] X, p.174).

§§13-15. Les annales 1149-50 et 1150 sont, une fois de plus, proches de celles des AAm (§§70-1), et furent, je pense, basées dessus (on peut noter que dans les AG 1, desquelles ici les AG 2 ne sont en majeure partie guère plus qu'une copie au propre, mon père écrivit tout d'abord dans le §15, "Les amis et familiers d'Elwë ne voulaient pas non plus partir", comme dans les AAm, mais changea les derniers mots dans ce qui avait été écrit, en "restèrent aussi").

§14. L'étendue globale de la région côtière partant vers le sud, du Golfe de Drengist jusqu'au Cap Balar, est ici nommée les Falas (cf. QS §109 : "la contrée des Falas (ou Côtes), au sud de Nivrost"), et ainsi Círdan devient le maître des terres côtières de Nivrost (plus tard Nevrast).
La dernière partie de l'annale 1149-50, concernant le fait que les Elfes des Havres ne traversèrent pas la Grande Mer (bien qu'il n'y eût aucune interdiction sur une tentative de leur part de le faire), ne figure pas dans les AG 1. Il s'agit en effet d'une réponse à une question qui n'était apparue dans aucun des écrits précédents – bien qu'elle devienne implicite dès l'apparition des elfes navigateurs des Havres (des Elfes persuadés par Ossë de rester sur les rivages de la Terre du Milieu ne sont mentionnés pour la première fois que dans le Q, [HoMe] IV, p.87).

§16. L'annale 1152 est en relation très proche avec celle des AAm (§74). La question est soulevée : pourquoi, si ces Annales étaient l'œuvre des Sindar (voir §1), devraient-elles avoir une affinité aussi évidente avec celles d'Aman ? Peut-être devrait-on supposer que ces deux séries d'Annales, telles que reçues, proviennent du travail éditorial de Pengoloð en Tol Eressëa.

§17. Il n'y a rien qui corresponde à l'annale concernée pour 1200 dans les AAm. Pour la référence au Sommeil de Yavanna et à la vie et la joie en Beleriand, voir plus haut sous le §10. Le pouvoir et la présence de Melian en Beleriand prennent à présent un sens plus grand – Ici niphredil apparaît, issu du Seigneur des Anneaux.

§18. L'idée de la "culture supérieure" des Elfes Sombres du Beleriand (les Sindar) renvoie à la toute première "Esquisse de la Mythologie" ([HoMe] IV, p.21) : "Dans le seul royaume de Doriath, dont la reine était de race divine, les Ilkorins égalèrent-ils les Koreldar" ; cette phrase, avec une légère modification, survécut, à travers le Q ([HoMe] IV, p.100), dans le QS (§85).

§19. Cf. le passage inséré dans l'annale 1250 des AAm (§84), une interpolation beleriandique par Pengoloð, contre laquelle mon père annota plus tard : "Transférer dans les A[nnales de] B[eleriand]" ([HoMe] X, p.102, note 7). Ce passage (très largement développé ici dans les AG) commence ainsi :
    En cette époque aussi, est-il dit parmi les Sindar, les Nauglath [écrit au-dessus : Naugrim] que nous nommons aussi les Nornwaith (les Nains) passèrent, à travers les montagnes, en Beleriand et devinrent connus des Elfes.

La présente annale démarre ainsi dans les AG 1 : "Au cours de cette année, est-il relaté parmi les Sindar, les Nauglath arrivèrent pour la première fois au Beleriand, traversant les montagnes. Ce peuple, les Noldor le nommèrent par la suite le Peuple Norn ...". Dans les AG 2, les mots "est-il relaté parmi les Sindar" sont absents, et Naugrim remplace Nauglath.
Dans le QS, §124, les noms Nains des cités en Eryd Luin étaient Gabilgathol (Belegost, la Grande Forteresse) et Khazaddûm (Nogrod, la Mine des Nains) ; Tumunzahar apparaît à présent pour la première fois (ainsi que dans le QS révisé, p.206, §7).

§20. Pour les exposés figurant dans le Lhammas et dans le QS au sujet des langues des Nains, voir [HoMe] V, p.178-9, 273. – Les phrases de conclusion de ce paragraphe ("Leur amitié fut toujours froide ...") sont très proches de ce qui est dit dans les AAm (§84).

§21. Cette vue prudente et sceptique de l'histoire de l'origine des Nains – l'attribuant entièrement aux Nains eux-mêmes – semble contraster avec des textes antérieurs, où elle est dite avoir été tirée des "sages en Valinor" ([HoMe] V, p.129, 273). – Le nom d'Aulë, Mahal, n'était jamais apparu précédemment.

§22. Enfeng, les Longuesbarbes de Belegost. Dans l'ancien Récit du Nauglafring, les Indrafangs ou Longuesbarbes étaient les Nains de Belegost, tandis que les Nains de Nogrod étaient les Nauglath (voir [HoMe] XI, p.247). Dans le Q, les Indrafangs étaient devenus ceux de Nogrod ([HoMe] IV, p.104), et ceci réapparaît dans le QS (§124) : "ceux qui demeuraient en Nogrod, ils [les Gnomes] les nommèrent Enfeng, les Longuesbarbes, car leurs barbes effleuraient le sol devant leurs pieds." Dans le passage dans les AAm (§84), les Longuesbarbes, comme ici, sont de nouveau les Nains de Belegost. – La conclusion de ce paragraphe est totalement différente dans les AG 1 :
    Car Melian leur fit acquérir une grande sagesse, (laquelle aussi ils recherchaient ardemment), et elle leur donna aussi le grand joyau, le seul qu'elle eût ramené de Valinor, œuvre de Fëanor [enlevé, mais alors signalé comme pour être maintenu : car il en donna beaucoup de la sorte au peuple de Lórien.] Une gemme blanche était-ce, qui captait la lumière des étoiles et la renvoyait en feux azurs ; et les Enfeng l'estimèrent plus qu'une montagne de richesses.

C'était une idée qui ne cadrait pas avec la chronologie, car Melian quitta Valinor en 1050, l'année de l'Eveil des Elfes, comme établi à la fois dans les AAm (voir [HoMe] X, p.77) et dans les AG (Fëanor naquit plus de cent années valiennes plus tard, AAm §78) ; et dans les AG 2 l'histoire de la grande perle Nimphelos fut substituée.

§§23-4. L'association ancienne de Thingol avec les Nains est mentionnée dans le QS, §122 (depuis leurs cités dans les Montagnes Bleues, les Nains "voyagèrent souvent dans le Beleriand, et furent admis parfois y compris en Doriath"), mais l'aide des Longuesbarbes de Belegost dans la construction de Menegroth n'apparut pas jusqu'à l'interpolation dans les AAm (§84). Cette brève mention est ici largement développée dans une description des Mille Voûtes ; cf. le Lai de Leithian ([HoMe] III, p.188-9, vers 980-1008), et pour la conception la plus ancienne – avant l'ascension plus tardive de Thingol en puissance et en majesté - voir [HoMe] II, p.63, 128-9, 245-6.

§§25-9. Dans les AG 1, le passage entier donné ici dans les annales 1300-50 et 1330 est placé sous 1320 : le véritable événement en 1320 était le discours tenu par les Nains à Thingol, concernant leurs craintes ("Au cours de cette année, toutefois, les Nains s'inquiétèrent ...", là où les AG 2 ont "Mais il advint que les Nains s'inquiétèrent ..."), et ce ne fut que "peu de temps après" que "des créatures du mal parvinrent jusqu'au Beleriand même". Dans une note sur l'année 1320 figurant dans le tapuscrit des AAm ([HoMe] X, p.106, §85), mon père ajouta : "Les Orcs apparurent en premier au Beleriand" ; dans les AG 2 (§26), l'événement est daté de dix Années Valiennes plus tard, en 1330.

§25. La haine et la peur des Nains pour la Mer n'avaient pas été mentionnées auparavant.

§26. Les AG 1 ont "franchissant des passes dans les montagnes, ou venant du sud où leurs hauteurs déclinaient": se référant probablement à la région du grand Golfe (Ambarkanta, carte V, [HoMe] IV, p.251).

§27. Ce paragraphe avait été ajouté aux AG 1, bien que peu de temps après que le texte primitif fût rédigé. Il s'agit du concept plus tardif, introduit dans les AAm (voir [HoMe] X, p.123, §127), selon lequel les Orcs existaient avant même qu'Oromë ne trouvât les Elfes, ayant été en effet engendrés par Morgoth à partir d'Elfes capturés ; la tradition la plus ancienne, voulant que Morgoth amenât les Orcs à la vie à son retour de Valinor en Terre du Milieu, subsista inchangée dans la forme définitive du Quenta Silmarillion (voir [HoMe] X, p.194, §62). Voir plus loin sous le §29 ci-dessous.

§28. Telchar de Nogrod n'est pas nommé ici dans les AG 1. Il remonte à loin dans l'histoire, apparaissant pour la première fois dans la seconde version du Lai des Enfants de Húrin ([HoMe] III, p.115), et dans le Q ([HoMe] IV, p.118) – où il est de Belegost, et non de Nogrod.

§29. Les haches étaient "les armes principales des Naugrim et des Sindar" : cf. le nom "Elfes aux haches" des Sindar, [HoMe] X, p.171. – Sur l'apparition des Orcs et d'autres créatures du mal en Eriador, et même en Beleriand longtemps auparavant (quelques 165 Années Valiennes), sur le retour de Melkor en Terre du Milieu et sur l'armement des Sindar par les Nains, il n'y avait pas de suggestion antérieure (voir plus haut sous §27).

§30. L'arrivée de Denethor en Beleriand est plus brièvement consignée dans une annale interpolée dans les AAm (§86) sous la même date, 1350 – une interpolation par Pengolod qui (comme celle à laquelle il est fait référence plus haut, sous le §19) fut signalée pour un transfert dans les Annales du Beleriand. Pour la mention de la halte des Teleri sur les rivages du Grand Fleuve, cf. le récit complet dans les AAm, annale 1115 (§§60-1). Dans les AG 1, le nom Nandor est interprété "Ceux qui font demi-tour" : cette expression se trouve également dans une note sur un des textes du Lhammas, [HoMe] V, p.188.
Il n'avait pas (bien sûr) été dit auparavant que l'arrivée de Denethor de l'autre côté des Montagnes Bleues était due à l'apparition des "bêtes cruelles du Nord". L'histoire et les divisions plus tardives des Nandor sont à présent décrites de manière plus complète : ceux qui "demeurèrent pendant tout un âge" dans les bois situés dans le Val de l'Anduin (les Elfes de Lothlórien et de Mirkwood, voir les Contes et Légendes Inachevés p.256), et ceux qui descendirent l'Anduin, dont certains s'établirent près de la Mer, pendant que d'autres passèrent par les Montagnes Blanches (la première mention d'Ered Nimrais dans les écrits concernés par les Jours Anciens) et entrèrent en Eriador. Ces derniers constituaient les gens de Denethor (au sujet desquels il est dit dans les AAm que "après de longues errances, ils arrivèrent en Beleriand par le sud", voir §86 et commentaire, [HoMe] X, p.93, 104).
Les mots "par la suite" dans "Dans cette région les forêts devinrent par la suite hautes et vertes", sont peut-être importants : l'association du vert avec les Elfes d'Ossiriand émergea après le lever du Soleil. Voir plus loin sous le §44 ci-dessous.

§31. Le passage correspondant à ceci dans les AG 1 est beaucoup plus bref :
    Sur les longues années de paix qui suivirent l'arrivée de Denethor, il n'y a aucun récit, hormis seulement qu'Oromë viendrait de temps à autre dans le pays, ou franchirait les montagnes, et que le son de son cor parcourrait les lieues d'une lumière d'étoile...

(conclusion comme dans les AG 2). Mais le passage dans les AG 2, concernant Dairon et ses runes provient largement d'un passage plus tardif dans les AG 1 (absent dans les AG 2), pour lequel voir p.20.
Le mot Cirth apparaît pour la première fois ici, bien qu'en tant qu'ajout ultérieur au manuscrit (peut-être à l'époque où mon père préparait l'Appendice E du Seigneur des Anneaux). Il est dit dans la note de bas de page relative à ce paragraphe que Dairon conçut ses runes "avant la construction de Menegroth" (commencée en 1300, d'après les AG) ; ainsi, dans les AG 1, également "Dairon ... avait déjà conçu ses Runes vers A.V. 1300". Une annale ajoutée au tapuscrit des AAm ([HoMe] X, p.106, §85) contient "1300 Daeron, savant de Thingol, invente les Runes." Pour une version antérieure de l'origine des Runes de Dairon (une invention des "Elfes Daniens d'Ossiriand", élaborée en Doriath), voir The Treason of Isengard, pp.453-5 ; là, le nom "Alphabet de Dairon" est simplement attribué à "la préservation dans cette écriture de quelques fragments des chants de Dairon, le ménestrel au funeste destin du Roi Thingol de Doriath, dans les œuvres sur les langues beleriandiques anciennes par Pengolod le Sage de Gondolin". Voir aussi l'exposé plus tardif de mon père concernant l'Alphabet de Daeron, au commencement de l'Appendice E (II) du Seigneur des Anneaux.

§33. Sur le grand cri de Morgoth, voir [HoMe] X, p.109, 296. Là où les AG 2 ont "peu d'entre eux surent ce qu'il augurait", les AG 1 ont "peu d'entre eux (hormis Melian et Thingol) surent ce qu'il augurait".

§34. De la même manière dans les AAm (§126) et dans le dernier texte du Quenta Silmarillion "De la Querelle des Voleurs" ([HoMe] X, p.297), Ungoliantë, après sa déroute contre les Balrogs, descendit dans le Beleriand et demeura en Nan Dungorthin (Nan Dungortheb), mais il n'est pas dit dans ces textes que le pouvoir de Melian l'empêcha d'entrer dans la Forêt de Neldoreth. Dans les deux, il est dit que cette vallée fut ainsi nommée à cause de l'horreur qu'elle fit naître là-bas, mais l'affirmation ici que les Montagnes de la Terreur en arrivèrent à être nommées ainsi après cette époque ne se trouve nulle part ailleurs. Qu'Ungoliantë partît pour le Sud du monde est aussi dit dans les AAm, mais dans "De la Querelle des Voleurs" ([HoMe] X, p.297) on a "de quel côté elle partit ensuite, aucun conte ne le dit".

§35. L'étape du développement, dans la tradition, de la forteresse de Morgoth est celle du QS et des AAm, dans lesquels Angband fut construite sur les ruines d'Utumno (voir [HoMe] X, p.156, §12). – Dans les AG 1, le nom Thangorodrim est traduit "les Tours Tyranniques" ; cf. la traduction postérieure "les Montagnes de l'Oppression" ([HoMe] X, p.298).

§§36 et s. Il s'agit là du premier récit complet de "la Première Bataille du Beleriand" (un terme précédemment appliqué à la Bataille-sous-les-Etoiles, qui à présent devient la Deuxième Bataille). Dans les textes pré-Seigneur des Anneaux, le premier assaut des Orcs sur le Beleriand avait été brièvement décrit ; ainsi dans la seconde version (AV 2) des Annales de Valinor, il était dit ([HoMe] V, p.114) :
    Thingol, avec son allié Denithor d'Ossiriand, repoussèrent longtemps les Orcs au Sud. Mais finalement Denithor, fils de Dan, fut tué et Thingol construisit ses profonds palais à Menegroth, les Mille Voûtes, et Melian tissa la magie des Valar autour du pays de Doriath ; et la plupart des Elfes du Beleriand se replièrent sous sa protection, hormis quelques-uns qui s'attardaient autour de havres occidentaux, Brithombar et Eglorest à côté de la Grande Mer, et les Elfes Verts d'Ossiriand, qui demeuraient encore au-delà des rivières de l'Est...

Dans le QS, § 115, le récit se déroule ainsi :
    Depuis longtemps le seigneur d'Ossiriand était Denethor, ami de Thingol ; mais il fut tué dans la bataille, quand il marcha pour aider Thingol contre Melko, dans les jours où les Orcs furent engendrés et brisèrent la paix étoilée du Beleriand. A partir de ce moment-là, Doriath fut ceint par enchantement, et nombre des gens de Denethor se rendirent à Doriath et se mêlèrent aux Elfes de Thingol ; mais ceux qui restèrent en Ossiriand n'eurent pas de roi, et vécurent sous la protection de leurs rivières.


§36. Entre Menegroth et le Thangorodrim, sur la deuxième carte du Silmarillion, (telle que dessinée : pas dans ma reproduction, [HoMe] V, p.409) la longueur est de 14 cm, et l'échelle est établie à 50 miles pour 3,2 cm. (la longueur des côtés du carré) ; la distance était par conséquent de 218,75 miles, ou juste un peu moins de 73 lieues (pour l'interprétation plus tardive de l'échelle par mon père, en pouces et non en centimètres, voir p.332, mais la différence n'est pas significative ici). La distance donnée ici de 150 lieues (450 miles), de Menegroth à la porte d'Angband, plus du double de ce qui est montré sur la deuxième carte, semble impliquer une grande extension de la plaine du nord. La géographie du Nord lointain est traitée dans le [HoMe] V, p.270-2 ; mais puisqu'il est impossible de dire comment mon père en vint à la concevoir, j'ai discrètement retiré toutes les indications sur les Montagnes de Fer et sur le Thangorodrim en provenance de la carte dessinée pour le Silmarillion publié.

§38. Les AG 1 ont ici :
    Par conséquent il fit appel à Denethor [enlevé : et aux Enfengs] et la Première Bataille des Guerres du Beleriand fut livrée. Et les Orcs furent mis en déroute dans l'est et tués en grand nombre, et alors qu'ils fuyaient devant les Elfes, ils furent pris en embuscade par les haches des Enfengs qui venaient du Mont Dolmed : peu retournèrent vers le Nord.

Dans les AG 2, "Region sur l'Aros" se réfère à cette partie de la Forêt de Region entre les rivières Aros et Celon (voir p.183, case F10). L'implication de cette phrase semble clairement être que ces Elfes prêtèrent allégeance à Denethor ; et ceci ne semble pas être cohérent avec ce qui est dit au §39, qu'après la Première Bataille nombre des Elfes Verts d'Ossiriand "gagnèrent le nord et entrèrent dans le royaume bien gardé de Thingol et se mêlèrent à son peuple". A côté de cette phrase, dans le tapuscrit des AG, mon père écrivit Orgol dans la marge, et "des Elfes Hôtes en Arthórien", marquant ces mots avec des signes pour indiquer que quelque chose devrait être dit à leur sujet. Dans les Contes et Légendes Inachevés, p.77, on trouve le passage suivant :
    Saeros... était un Nandor, l'un de ceux qui avaient cherché refuge au Doriath après la chute de leur seigneur Denethor sur l'Amon Ereb, lors de la première bataille du Beleriand. Ces Elfes vivaient pour la plupart en Arthórien, entre l'Aros et le Celon, à l'est du Doriath, et ils franchissaient parfois le Celon pour errer dans les solitudes au-delà ; et ils n'avaient pas d'amitié pour les Edain, depuis leur passage à travers l'Ossiriand et leur établissement en Estolad.

Ceci provenait largement d'une note isolée, très rapidement écrite et pas intelligible sur tous les points, se trouvant parmi les papiers du Narn, mais quelque peu réduite. Il est signalé dans cette note que "les Nandor étaient repartis, n'avaient jamais vu la Mer ou même Ossë, et qu'ils étaient presque tous devenus des Avari. Ils avaient aussi récupéré divers Avari avant de revenir à l'ouest en Ossiriand." De ces Nandor qui se réfugièrent en Doriath après la chute de Denethor, il est dit : "En fait ils ne se mêlèrent pas de bonne grâce aux Teleri de Doriath, et ainsi résidèrent pour la plupart dans la petite contrée d'Eglamar, Arthórien, sous leur propre autorité. Certains avaient le "cœur sombre", bien que cela n'apparût pas forcément, sauf en cas de tension ou de provocation." "Le Chef des "Elfes Hôtes", comme ils étaient nommés, bénéficiait d'un siège permanent au conseil de Thingol ; et Saeros (appelé en fait, dans cette note, Orgoph ou Orgol) était le fils du chef des Elfes Hôtes, et il avait longtemps résidé à Menegroth".
Je considère comme très probable que mon père ait écrit "Orgol" et "des Elfes Hôtes en Arthórien" sur le tapuscrit des AG à la même époque où il rédigea cette note.
Arthórien fut inséré dans la deuxième carte (p.183, case F10). L'accolement dans cette note de ce nom Eglamar à Arthórien est énigmatique (voir p.189, §57).
Il n'y avait précédemment aucune référence à l'intervention des Nains.

§40. Les mots "à moins que quelqu'un n'arrivât avec un pouvoir supérieur à celui de Melian la Maia", remplacés au moment de l'écriture – "à moins que peut-être quelque pouvoir supérieur aux leurs ne les attaquât". – Eglador : mon père écrivit ce nom au crayon sous Doriath sur la deuxième carte. (voir p.186, §14).

§41. A partir de la fin de ce paragraphe, les Annales d'Aman cessent de consigner les évènements des Annales Grises, et la comparaison s'effectue avec le QS ([HoMe] V, p.248 et s.), ainsi qu'avec la conclusion des AV 2 ([HoMe] V, p.117 et s.) et avec les AB 2 ([HoMe] V, p.125 et s.). De manière générale, je ne me réfère pas, dans ce commentaire, aux développements ultérieurs de la tradition du Quenta Silmarillion.

§44. Pour Eryd-wethrin, la valeur des Noldor, et Dagor-nuin-Giliath, les AG 1 ont Erydwethion, la valeur des Gnomes, et Dagor-nui-Ngiliath (comme dans le QS, §88, note en marge).
C'est la première apparition d'Ardgalen dans les textes tels que présentés ici, remplaçant Bladorion comme nom originel de la grande plaine septentrionale, avant sa dévastation. Il est remarquable qu' Ardgalen, "la région verte", soit expressément établi comme ayant été le nom à cette époque qui précéda le lever du Soleil ; cf. la modification apportée longtemps auparavant au passage du Q, décrivant la Bataille-sous-les-Etoiles (quand la Bataille était livrée sur la plaine elle-même, et non en Mithrim) : "encore jeune et verte (elle s'étendait jusqu'au pied des hautes montagnes)" > "encore sombre sous les étoiles" ([HoMe] IV, p.101, 103).
Les armées d'Orcs qui allèrent vers le sud, descendant le Val du Sirion, ne sont bien sûr pas mentionnées dans les comptes-rendus antérieurs de la Bataille-sous-les-Etoiles. L'attaque contre les Noldor en Mithrim est maintenant prise dans un assaut plus large venant d'Angband, et la victoire des Noldor mise en relation avec le concept nouvellement développé des Sindar assiégés.
Dans le compte-rendu de la destruction de l'armée occidentale des Orcs par Celegorn, figure la première apparition du Marais de Serech : celui-ci fut d'abord nommé, dans un ajout à la deuxième carte, le Marais de Rivil, subséquemment changé en marais de Serech (p.181, §3). Rivil était le flot qui, naissant à la Source de Rivil en Dorthonion, fit naître le marais en se jetant dans le Sirion.

§45. Dans les AV 2 ([HoMe] V, p.117) et le QS (§88), les Balrogs se trouvaient à l'arrière-garde de l'armée de Morgoth, et ce furent eux qui se retournèrent pour hurler. – Sur le sauvetage de Fëanor, les AG 1 (reprenant le QS) ont seulement : "Mais ses fils, arrivant avec force, secoururent leur père, et le portèrent, retournant à Mithrim." (voir sous le §46).

§46. L'histoire de Fëanor regardant le Thangorodrim au moment de mourir et maudissant le nom de Morgoth est apparue pour le première fois dans le Q ([HoMe] IV, p.101), où la Bataille-sous-les-Etoiles était livrée sur la plaine de Bladorion (Ardgalen). Dans les AV 1 et les AV 2 ([HoMe] IV, p.268, [HoMe] V, p.117), la bataille était livrée en Mithrim, et Fëanor était mortellement blessé après s'être avancé trop loin sur la plaine, mais il était ramené en Mithrim et mourait là-bas ; sa vision du Thangorodrim et sa malédiction sur le nom de Morgoth n'apparaissent pas. Dans le QS (§88), mon père combina les récits : Fëanor mourait en Mithrim, mais il est aussi dit qu'il "vit au loin les pics du Thangorodrim" en mourant, et "maudit trois fois le nom de Morgoth " ; les AG 1 reprennent cette histoire (voir plus haut sous le §45). Ce fut certainement la considération que le Thangorodrim n'était pas visible depuis Mithrim, à cause des hauteurs de l'Eryd-wethrin, qui conduisit à l'histoire dans les AG 2 selon laquelle Fëanor obligea ses fils à s'arrêter alors qu'ils commençaient à grimper au-dessus d'Eithel Sirion, et mourut à cet endroit.

§47. Le malentendu initial au sein des Elfes Gris, concernant le retour des Noldor, est un élément totalement nouveau dans la narration, comme l'est aussi la froideur adoptée par Thingol, voyant en lui une menace pour sa propre souveraineté. Dans les anciennes versions, sa froideur n'apparaît pas jusqu'à son refus d'assister à la Fête de la Réunion (Mereth Aderthad) en l'an 20 du Soleil, et naît plutôt de sa vision de ce que le futur pourrait apporter : "Thingol ne vint pas lui-même, et il n'ouvrirait pas son royaume, et ne retirerait pas la ceinture d'enchantement ; car, rendu sage par la sagesse de Melian, il ne croyait pas que la retenue de Morgoth durerait éternellement” (QS §99 et, de manière très similaire, dans les AB 2, [HoMe] V, p.126).


§49. La date 1497 est répétée par rapport au §36. – Les Balrogs, qui constituaient la force que Morgoth avait envoyée aux pourparlers dans le QS (§89 et commentaire), ont disparu.

§52. Comme dans les AAm, §§157-8, 163, la forme Endar ("Terre du Milieu") est claire, mais ici comme là-bas le dactylographe mit Endor (voir [HoMe] X, p.126, §157).

§53. Dans le manuscrit, le paragraphe commence avec une grande main pointée.

§§54-5. Dans ce passage, bien qu'il y ait des échos des textes antérieurs, l'écriture est en grande partie nouvelle, et il y a de nouveaux éléments, notamment le cri de Maidros sur le Thangorodrim.

§54. L'histoire de l'assaut de Morgoth sur Tilion est racontée dans les AAm, §179, où toutefois il se déroulait après que Soleil et Lune furent envoyés dans les cieux. Il est dit dans les AAm que "Tilion fut vainqueur : comme cela l'a toujours été, bien que les ténèbres poursuivantes le surprennent encore quelques fois.", de toute évidence une référence aux éclipses de la Lune.

§57. Sur l'emplacement de l'Hildórien, voir les AV 2 ([HoMe] V, p.120, note 13) et le QS, §82 et commentaire ; également pp.173-4. Sur le nom Atani, voir [HoMe] X, p.7, 39.

§§58-60. Si cette annale, pour la deuxième année du Soleil, est de toute évidence en relation étroite avec le QS, §§92-3, et en grande partie dérivée de celui-ci, elle contient toutefois de nouveaux éléments, comme la description plus explicite de la colère de Fingolfin contre les Fëanoriens, et aussi la repentance de nombre de ces derniers pour l'incendie des bateaux à Losgar.

§61. La référence au Quenta renvoie au compte-rendu beaucoup plus complet du sauvetage de Maidros dans le QS, §§94-7. Dans les AAm (§160), il est dit que Maidros était "à une époque un ami de Fingon, avant que les mensonges de Morgoth ne s'interposassent entre eux", et (§162) que lui seul se tint à l'écart lors de l'incendie des bateaux. – L'épellation Maiðros : dans des occurrences antérieures dans les AG, le nom est épelé Maidros, et Maidros apparaît à nouveau à la ligne suivante ; alors que dans le brouillon auquel il est fait référence p.29, la forme est principalement Maiðros (cf. la forme plus tardive Maedhros, [HoMe] X, p.177, adoptée dans le Silmarillion publié, voisine de Maedros [HoMe] X, p.293,295).

§§63-4. Le contenu de ce passage est en grande partie nouveau ; il n'y avait eu aucune mention préalable de la venue d'Angrod à Thingol et de son silence concernant divers sujets relatifs au Retour des Noldor. La nature concrète de la revendication de la suzeraineté par Thingol, par laquelle il "donna la permission" aux princes des Noldor de résider dans certaines régions, est à présent spécifiée (il est fait référence à l'acceptation par Fingolfin de la revendication de Thingol dans les formes plus anciennes de l'excursus linguistique des AG, pp.21, 25 ; cf. également les mots précédents, dans le §48, "les fils de Fëanor n’étaient pas enclins à accepter la suzeraineté de Thingol, et n'auraient demandé de permission ni pour s’installer ni pour circuler."). – La connection Telerine de la Troisième Maison des Noldor, par le mariage de Finrod (> Finarfin) et d'Eärwen, la fille d'Olwë, apparaît dans les AAm, §§85,156, et voir [HoMe] X, p.177.

§§65-71. Le contenu de cette annale pour l'an 7 est en grande partie nouveau, si ce n'est que dans le QS (§98) il est fait part de l'abandon, par Maidros, de la haute royauté des Noldor, et du désaveu secret de ceci, en fin de compte, parmi certains de ses frères ("avec ceci, tous ses frères n'étaient pas en accord en leur cœur"). Dans les AG, il n'est pas fait mention de ce qui est dit dans le QS, que "Maidros demanda le pardon pour la désertion en Eruman, et rendit les biens de Fingolfin qui avaient été embarqués sur les bateaux" (mais voir §83 et commentaire) ; d'un autre côté, nous avons connaissance ici du méprisant rejet, par les Fëanoriens, de la revendication de Thingol (sans aucune mention de son acceptation par Fingolfin, voir plus haut sous §§63-4), du tempérament féroce de Cranthir et de son discours insultant au conseil, du choix de Fingolfin comme suzerain des Noldor, de l'opinion selon laquelle Maidros était derrière le départ rapide des Fëanoriens vers les terres orientales (dans le but de diminuer les risques de conflit et de supporter l'impact du plus probable assaut), et de son amitié maintenue avec les autres maisons des Noldor, en dépit de l'isolement des Fëanoriens.

§67. Curieusement, le brouillon contient, ici et dans le §68, Caranthir (la forme plus tardive), alors que le texte final revient à Cranthir. Dans le brouillon initial, très grossier, des annales 6 et 7 (voir p.29), le fils de Fëanor qui était "le plus virulent et le plus prompt à l'emportement" était Curufin, changé en Caranthir. Sur la méprisante référence de Caranthir à Thingol comme "cet Elfe Sombre", voir ma note dans l'Index du Silmarillion publié, entrée Elfes Sombres. – Dans le brouillon, Caranthir dit "ne les laissez pas si vite oublier qu'ils étaient des Noldor !"

§72. Dans les AB 2 ([HoMe] V, p.126) et le QS (§99), Mereth Aderthad se tenait à Nan Tathren, le Pays des Saules. Les AG sont plus spécifiques concernant ceux qui y étaient présents que ne le sont les textes plus anciens : Maidros et Maglor ; Cirdan ; et Dairon et Mablung comme les deux seuls représentants de Doriath (sur l'indifférence de Thingol, voir §47 et commentaire).

§73. Le fait que les Noldor apprirent le Sindarin bien plus aisément que les Sindar n'apprirent le Noldorin avait déjà été affirmé dans la forme finale de l'excursus linguistique, p.26. Il est affirmé dans les trois versions de l'excursus que ce fut après Dagor Aglareb (en l'an 60) que le Sindarin devint le parler commun du Beleriand.

§74. Dans les AB 2 ([HoMe] V, p.126), Turgon découvrit le val caché de Gondolin au cours de la même année (50) que celle où Inglor Felagund découvrit Nargothrond – l'année de leur rêve.

§75. Il s'agit de la première mention (tels que les textes sont présentés) de Galadriel en Terre du Milieu dans les Jours Anciens. L'épellation Galaðriel est remarquable, induisant l'association de son nom avec galadh "arbre" (galað) : voir [HoMe] X, p.182 et Contes et Légendes Inachevés, p.267.
Dans les AB 2 ([HoMe] V, p.126) et le QS (§101), il n'est aucunement suggéré qu'Inglor Felagund ait été aidé par Thingol dans sa découverte des grottes où il fonda Nargothrond. Dans le QS "les Hauts Faroth" sont nommés, ultérieurement dans la narration, Taur-na-Faroth (voir le QS, §112 et commentaire). Les grandes et hautes terres à l'ouest du Narog étaient à l'origine nommées les Collines des Chasseurs ou la Contrée des Chasseurs ; voir [HoMe] III, p.88, [HoMe] IV, p.225, et les Etymologies dans le [HoMe] V, p.387, racine SPAR.
Le passage allant de "Ainsi Inglor arriva aux Grottes du Narog" jusqu'à "ce nom porta-t-il jusqu'à sa fin", fut ajouté au manuscrit, mais semble certainement avoir été rédigé au même moment que le texte original. Au vu de la relation étroite de cette annale avec le développement ultérieur de cette histoire dans la tradition du QS, où l'on trouve un passage très similaire, je pense que mon père le laissa simplement de côté de manière involontaire et qu'il remarqua immédiatement l'omission (voir pp.177-8, §101).

§76. Il est seulement dit dans le QS (§116) que Gondolin était "telle Tûn de Valinor". Cette idée remonte peut-être à loin : voir [HoMe] II, p.208.

§77. Dagor Aglareb, la Bataille Glorieuse, était à l'origine la Deuxième Bataille des Guerres du Beleriand (voir p.21 et note 6).

§78. Le Siège d'Angband "dura bien près de quatre cents ans" : de 60 à 455 (voir [HoMe] V, p.257-8).

§§79-81. Ce passage inséré, qui revient au texte original vers le début du §81, concerne le départ de Morgoth d'Angband et sa tentative de corruption des premiers Hommes dans l'Est, et présente un grand intérêt. Alors que dans le QS (§63) il était dit de Morgoth que "il n'était pas dans ses habitudes de quitter les profondeurs de sa forteresse", dans les AAm (§128, [HoMe] X, p.110) "tant que dura son royaume, jamais, hormis à une seule occasion, il ne quitta momentanément et secrètement son domaine dans le Nord"; mais il n'est pas dit dans quel but il partit, pas plus qu'il n'y est fait allusion. (Il convient de noter qu'un brouillon grossier du présent ajout dans les AG peut être trouvé sur la même page qu'un brouillon pour l'extension du passage dans les AAm, au sujet duquel voir [HoMe] X, p.121, note 10.)
L'insertion est rédigée soigneusement, dans le même style que le texte principal, et semble probablement appartenir très sensiblement à la même époque. Il est à remarquer que le verso de la page utilisée pour cela contient un brouillon de la forme finale de l'insertion dans les AAm (§§43-5), concernant la capture des Quendi par les serviteurs de Melkor dans les terres aux alentours de Kuiviénen (cf. les mots dans le §79, "Tout comme avant l'éveil des Quendi, ses espions furent vigilants"). Voir plus loin sous le §87 ci-dessous.

§79. "Ni lui-même, et il aurait pu partir": i.e., la glace et la neige n'auraient pas retenu non plus Morgoth lui-même, s'il avait voulu partir. – "En effet, nous apprenons à présent en Eressëa" : cf. la fin de la version finale de "l'excursus linguistique" (p.27) : "ces histoires furent conçues après la Dernière Bataille et la fin des Jours Anciens", ainsi que le paragraphe d'ouverture des Annales Grises (p.5).

§83. La référence au Quenta Noldorinwa (voir p.27 et note 12) concerne le Chapitre 9 "Du Beleriand et de ses Royaumes" du QS ([HoMe] V, p.258).
Dans le QS, §116, il est mentionné que "nombre des seigneurs" des chevaux de Fingolfin et de Fingon vinrent de Valinor. Les chevaux sont ici considérés comme ayant été "donnés à Fingolfin par Maidros en réparation de ses pertes, car ils avaient été amenés par bateau jusqu’à Losgar". Dans un passage précédent des AG (voir commentaire des §§65-71), la référence du §98 du QS, au retour des biens de Fingolfin qui avaient été embarqués sur les bateaux, est absente.

§85. Eredwethrin : plus tôt dans les AG, la forme est Erydwethrin (également Eryd Lómin, Eryd Luin) ; cf. plus bas sous le §113. – C'est la première occurrence du nom de rivière Nenning, remplaçant le précédent, Eglor (à l'embouchure de laquelle se trouvait le havre d'Eglorest), cité dans les AB 2 ([HoMe] V, p.128, 139) et sur la deuxième carte ([HoMe] V, p.408). Sur la carte, mon père retira par la suite Eglor et y inscrivit deux noms, Eglahir et Nenning, conservés tous les deux (p.187, §22).
Dans le QS (§109), il est dit que les Elfes Sombres de Brithombar et d'Eglorest "prirent Felagund, seigneur de Nargothrond, comme roi" ; voir le commentaire sur ce passage, [HoMe] V, p.267. Mon père semble avoir hésité quant au statut de Cirdan : dans une modification tardive du texte des AB 2 (le passage donné dans [HoMe] V, p.146, note 13), il écrivit que "aux Havres, le peuple des Falas était dirigé par Cirdan des Elfes Gris ; mais il fut toujours en amitié proche avec Felagund et son peuple" (confirmant ce qui est dit ici dans les AG), mais il substitua immédiatement par : "Et dans l'Ouest, Cirdan, le Charpentier des Navires, qui dirigeait les marins des Falas, prit aussi Inglor comme suzerain, et ils furent toujours en amitié proche."

§87. Les mots "la pensée [de Morgoth] se concentrant sur leur ruine, il ne manifesta que peu d'intérêt pour quiconque d'autre en Terre du Milieu" semblent difficilement s'accorder avec le passage inséré, concernant le départ de Morgoth d'Angband (§§79-80). Il peut être suggéré, toutefois, que ce passage concerne précisément la période précédant l'attaque sur le Beleriand au cours de l'an 60 (Dagor Aglareb) – qui fut retardée si longuement à cause des opérations de Morgoth dans l'Est, d'où il était revenu alarmé, devant "le pouvoir et l'union grandissants des Eldar" (§80).
En modification du passage original de cette annale, concernant la naissance des langues des Hommes, l'origine "Elfe Sombre" n'est ici prêtée qu'aux "langues occidentales". Je pense qu'il s'agit plus là d'une clarification que de l'apparition d'un nouveau concept. Il était déjà dit dans le Lhammas B ([HoMe] V, p.179, §10) :
    Les langues des Hommes étaient, dès le commencement, diverses et variées ; bien qu'elles eussent été pour la plupart dérivées de manière lointaine de la langue des Valar. Car les Elfes Sombres, diverses gens appartenant aux Lembi, se lièrent d'amitié avec des Hommes errants à des époques et en des lieux divers, pendant les jours les plus anciens, et leur enseignèrent tout ce qu'ils savaient. Mais d'autres Hommes furent également instruits, en totalité ou en partie, par les Orcs et par les Nains ; alors que dans l'Ouest, avant d'arriver au Beleriand, les belles maisons des plus anciens Hommes furent instruites par les Danas, ou Elfes Verts.

Le très intéressant ajout à la fin de l'annale est en rapport avec l'insertion concernant le départ de Morgoth dans l'Est. Il est dit là (§80) : "Mais qu'une certaine obscurité pesât sur le cœur des Hommes ... les Eldar le perçurent clairement, même au sein du beau peuple des Amis des Elfes qu'ils connurent en premier" ; mais le présent passage est la première affirmation précise du fait que les Hommes, dès le commencement, tombèrent en adoration devant Morgoth, et que les Amis des Elfes, repentis, fuirent vers l'ouest pour échapper à la persécution. Dans un long compte-rendu de ses travaux, écrit pour Milton Waldman en 1951, et donc appartenant très probablement à la même période, mon père avait dit : "La chute originelle de l'Homme ... n'apparaît nulle part : les Hommes n'entrent en scène que bien après tout cela, et il y a seulement une rumeur selon laquelle ils seraient tombés pendant un moment sous la domination de l'Ennemi et que certains s'en seraient repentis." (Lettres, n° 131, pp.147-8 ; voir [HoMe] X, p.354-5).

§89. La nouvelle histoire, dans la forme révisée de l'annale 64, selon laquelle Turgon ne conduisit à cette époque qu'une partie de son peuple – ceux qui étaient habiles dans ce genre de travail – à Tumladen, afin qu'ils commençassent la construction de Gondolin, est poussée plus avant dans une version largement enrichie de l'annale 116 : voir §§111-13.

§90. La Tour d'Ingildon : ce nom remplace l'ancien, la Tour de Tindobel (Tindabel), qui subsista dans le QS (§120) et dans les AB 2 ([HoMe] V, p.129) ; voir p.197, §120. Il n'est pas dit dans les AG, comme cela l'était dans le QS, qu'Inglor ait été le bâtisseur de la tour ; ceci doit peut-être être relié avec ce qui est dit au §85, que Cirdan était le seigneur des terres "à l'ouest de Nenning jusqu'à la Mer".

§91-107. Le contenu entier des annales 66 et 67 est nouveau. Hautement "inannalique" dans le style, avec son discours riche et superbement soutenu, cette narration est développée à partir du passage précédent dans les AG (§48) – ou plutôt révèle peut-être ce que mon père avait en tête quand il l'écrivit :
    Par conséquent, quand avant longtemps (par traîtrise et mauvaise intention, comme il sera dit plus tard), le récit complet de ce qui s’était passé à Valinor fut connu en Beleriand, il y eut plus d’inimitié que d’alliance entre Doriath et la Maison de Fëanor ; et cette amertume, Morgoth l’attisa ardemment par tous les moyens qu’il pût trouver.

Un texte complet de ces annales subsiste dans un brouillon préliminaire, mais la forme, dans les AG, suivait ce brouillon de manière très proche, et le développement fut presque entièrement stylistique. Quelques rares différences méritent d'être remarquées :
    §93. Après "non, bien qu'ils soient arrivés à l’heure exacte de notre nécessité", mon père ajouta au texte du brouillon : "Les nouvelles lumières du ciel ont été envoyées par les Valar, non par les Noldor, aussi puissants qu'ils soient", et ceci ne fut pas repris dans les AG.
    §95. Brouillon : "... sur la longue route depuis le Kalakiryan". – Après " 'Peut-être,' dit Galaðriel, 'mais pas de moi' ", le brouillon se poursuit :
    et, étant perplexe, et se rappelant soudainement avec angoisse les paroles de Caranthir, elle dit, avant de pouvoir maîtriser ses mots : "Car déjà les enfants de Finrod sont-ils accusés d'affabulation et de trahison à leur race. Pourtant, nous, au moins, sommes innocents, et nous avons nous-mêmes enduré le mal." Et Melian ne parla plus de ces choses avec Galaðriel.
    Ce passage fut mis entre parenthèses et, plus loin dans le brouillon, l'amertume du souvenir des paroles de Cranthir, soixante ans auparavant, apparaît dans la bouche d'Angrod, comme dans les AG (§104). Le brouillon contient Caranthir dans le premier passage, Cranthir dans le second ; voir plus haut sous le §67.
    §105. Dans le brouillon, Thingol dit : "car mon cœur brûle comme le feu de Losgar".
    §107. Après "les mots de Mandos se vérifieraient toujours", le brouillon a : "et la malédiction que Fëanor amena sur lui assombrirait tout ce qui serait réalisé par la suite."
    Pour l'épellation Galaðriel, voir plus haut sous le §75. Dans le §94, apparaît Galadriel ; le brouillon commence avec Galaðriel, mais évolue vers Galadriel. Cette distinction est toutefois probablement artificielle, puisque s'il s'agit simplement d'une question d'insertion ou d'omission de la barre du d, écrit dans les deux cas dans un même mouvement (un 6 inversé).


§107. Le remaniement à la fin de l'annale 67 repose sur l'histoire plus tardive selon laquelle la population de Gondolin n'était d'aucune manière exclusivement Noldorine, et ressemble à ceux effectués sur la version finale de "l'excursus linguistique" (voir p.26 et notes 9 et 10), conséquence du rejet de l'ancien concept selon lequel à Gondolin, et à Gondolin seulement, qui était peuplée par des Noldor et privée d'échanges avec tous les autres, la langue Noldorine resta d'usage courant ; voir §113 et commentaire.

§§108-9. Le contenu de cette annale, enrichi à partir de la phrase d'ouverture, qui consigne l'achèvement de Nargothrond (AB 2, [HoMe] V, p.129), est entièrement nouveau. Pour l'histoire plus ancienne, selon laquelle Felagund avait eu une épouse, et selon laquelle leur fils était Gilgalad, voir pp.242-3.

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Dernière édition par Eru le 10 Jan 2007 12:31; édité 15 fois
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MessagePosté le: 15 Oct 2006 16:24     Sujet du message: Répondre en citant

§110. D'après la chronologie des Annales Grises, Turgon quitta Nivrost au cours de l'an 64 (§88), et ainsi le chiffre ici de cinquante ans intervient par erreur, au lieu de cinquante-deux. L'erreur fut répétée, mais corrigée au début de l'annale révisée pour 116. Il est possible que mon père soit revenu, dans un oubli momentané, à la datation originelle, quand les années étaient 52 et 102 ([HoMe] V, p.127, 129). Voir commentaire sur le §111.

§111. La modification de la phrase d'ouverture de la nouvelle annale 116 repose sur l'annale révisée pour 64 (§89), d'après laquelle cette année-là Turgon ne quitta pas définitivement Vinyamar, mais commença la construction de Gondolin. Le chiffre erroné de cinquante ans, corrigé en cinquante-deux, écoulés depuis le début des travaux, fut probablement et simplement tiré de l'annale rejetée (voir sous §110).

§§111-12. L'apparition d'Ulmo à Turgon, à Vinyamar, à la veille de son départ, son avertissement, sa prophétie et son instruction à Turgon de laisser des armes dans sa maison pour que quelqu'un les trouve dans des jours à venir, sont totalement nouveaux (cf. [HoMe] II, p.208, où je suggère que le germe de ceci était déjà présent dans le conte originel de La Chute de Gondolin – "Ta venue était inscrite dans nos livres de sagesse"). Mais la prédiction d'Ulmo, selon laquelle Gondolin serait celle qui tiendrait le plus longtemps contre Morgoth, renvoie, à travers le Q ([HoMe] IV, p.136-7), à L'Esquisse de la Mythologie ([HoMe] IV, p.34).

§113. L'histoire plus tardive, selon laquelle il y avait de nombreux Sindar parmi les gens de Turgon, a conduit à divers changements, déjà rencontrés dans le texte des AG : voir le commentaire du §107. – Le retour à l'ancienne forme wethion, dans Eryd Wethion, est curieuse (voir commentaire du §44).
    Au bas d'une page contenant l'annale révisée pour 116, se trouve la note suivante, rapidement griffonnée :
    Mettre ceci plutôt dans le Silmarillion et y substituer un court récit :
    "Au cours de cette année, comme il est dit dans le Quenta, la construction de Gondolin fut achevée, et Turgon se dressa et partit là-bas avec tout son peuple, et Nivrost se trouva vidée de sa population, et demeura ainsi. Mais la marche de Turgon fut dissimulée par le pouvoir d'Ulmo, et nul, y compris parmi ceux de sa race, ne sut vers où ils étaient partis."

A côté de ceci, mon père écrivit "Négliger ceci" ; mais comme un nouveau chapitre fut inséré dans le Quenta Silmarillion, largement basé sur le présent rajout (voir pp.198-9), cette instruction a dû elle-même être négligée.

§114. La date de cette annale était au départ 154, qui était la date révisée pour la rencontre du peuple de Cranthir avec les Nains dans les Montagnes Bleues, dans les AB 2 ([HoMe] V, p.129, et cf. QS §125). Le passage décrivant les relations des gens de Cranthir avec les Nains est nouveau. Il était avancé dans les AB 2 ([HoMe] V, p.129-30) que l'ancienne route des Nains menant au Beleriand s'était trouvée désaffectée depuis les retour des Noldor et, dans une réécriture tardive de ce passage (précurseur de la présente annale), il est dit :
    Mais après l'arrivée des Noldor, les Nains ne vinrent plus que rarement au Beleriand par leurs anciennes routes (jusqu'à ce que le pouvoir de Maidros tombât dans la Quatrième Bataille [i.e. Dagor Bragollach en 455]), et tout leur commerce passa par les mains de Cranthir, et il s'adjugea ainsi de grandes richesses.

La signification est, par conséquent, qu'après la rencontre du peuple de Cranthir avec les Nains, ils recommencèrent à commercer avec les Elfes ayant franchi, depuis trois cents ans, les montagnes beaucoup plus loin au nord, dans les régions septentrionales de Thargelion, aux alentours du Lac Helevorn.

§115. La déroute de l'armée des Orcs qui partit d'Angband "dans le blanc nord" reste inchangée par rapport aux AB 2 ([HoMe] V, p.130) ; cf. le compte-rendu dans le QS, §103, et mon propos sur la géographie dans [HoMe] V, p.270-1.

§116. Glaurung apparaît ici à la place du précédent Glómund, en même temps que Urulóki "serpents de feu" : cf. le conte originel de Turambar et le Foalókë dans Le Livre des Contes Perdus (et "ce lókë (car ainsi sont nommés les vers de Melko par les Eldar)", [HoMe] II, p.85).
Dans le QS, §104, il n'était pas dit que Morgoth "goûta peu" que le dragon "se fût révélé trop tôt", mais au contraire que Glómund sortit d'Angband "sur l'ordre de Morgoth ; car il ne le voulait pas, étant encore jeune et seulement à la moitié de sa croissance."
Le contenu de cette dernière partie de l'annale n'a pas d'antécédents dans les anciennes versions. J'interprète les mots "les Noldor de sang plus pur" comme une désignation de ces Noldor qui n'ont pas connu, ou peu, d'amalgame avec les singularités des Elfes Sombres, ce qui implique peut-être qu'ils étaient plus fidèles à leur nature d'antan, telle qu'elle avait évolué en Aman.

§§117-20. L'histoire, ou plutôt l'existence d'une histoire concernant Isfin et Ëol, remonte à l'origine, et je décris brièvement ici ce que l'on peut en apprendre, qui date d'avant cette époque.
Dans le conte originel de La Chute de Gondolin ([HoMe] II, p.165, 168), Isfin apparaît en tant que sœur de Turgon, et il y est fait référence au "conte d'Isfin et Eöl", qui "ne sera pas raconté ici". Meglin était leur fils.
Dans le poème fragmentaire, Le Lai de la Chute de Gondolin, l'épouse et la fille de Fingolfin (Isfin) le recherchaient, quand Isfin fut capturée par Ëol "dans la forêt de Doriath" ; et Isfin envoya son fils Meglin à Gondolin ([HoMe] III, p.146).
Dans l'Esquisse de la Mythologie ([HoMe] IV, p.34-5), Isfin se perdit dans Taur-na-Fuin après la Bataille des Larmes Innombrables, et fut piégée par Ëol ; Isfin envoya Meglin à Gondolin (qui, à ce stade, n'était pas fondée avant la Bataille des Larmes Innombrables).
Dans le Q ([HoMe] IV, p.136), de manière similaire, Isfin se perdit dans Taur-na-Fuin après la Bataille des Larmes Innombrables, et fut capturée par Ëol ; en addition, il est dit que "il était d'humeur maussade, et avait déserté les troupes avant la bataille". Il est subséquemment dit ([HoMe] IV, p.140) qu'Isfin et Meglin arrivèrent ensemble à Gondolin, à une époque où Ëol s'était perdu dans Taur-na-Fuin.
Dans les AB 1 ([HoMe] IV, p.301), en l'an 171 (l'année précédant la Bataille des Larmes Innombrables), il est dit qu'Isfin s'aventura hors de Gondolin et fut prise pour épouse par Ëol. [Une erreur dans le texte imprimé des AB 1 peut être mentionnée ici : "Isfin, fille de Turgon" au lieu de "Isfin, sœur de Turgon".] En 192, "Meglin arrive à Gondolin et est reçu par Turgon comme un fils de sœur", sans qu'Isfin soit mentionnée. Ceci fut reconduit dans les AB 2 ([HoMe] V, p.136,139), avec un changement dans les dates (271, 292, plus tard > 471, 492), mais à présent il est expressément établi que Meglin fut envoyé à Gondolin par Isfin, et qu'il partit seul (revenant ainsi à l'histoire dans l'Esquisse de la Mythologie).
Le QS ne contient aucune mention de l'histoire.

§117. Dans les AG telles qu'originellement écrites, la disparition d'Isfin est toujours située dans l'année (471) précédant la Bataille des Larmes Innombrables, mais la raison introduite en est qu'elle quitta Gondolin par lassitude de la cité et par désir de voir son frère Fingon ; et elle se perdit dans Brethil et fut piégée par Ëol, qui avait vécu là "depuis la découverte du Beleriand" – ce qui signifie surtout qu'il s'était retranché dans le secret et la solitude quand les Elfes de la Grande Marche étaient entrés pour la première fois au Beleriand. L'implication des derniers mots, "il ne prit aucune part dans toute la geste de ceux de sa race", n'est pas décrite.

§118. Dans l'annale de substitution pour 316, quelque chose de plus est suggéré sur la nature d'Eöl, et apparaît l'élément selon lequel Isfin, négligeant la demande de Turgon, partit de Gondolin vers l'est, cherchant "le pays de Celegorm et de ses frères, ses amis d'antan en Valinor". Une description d'Isfin, sur une page d'un agenda d'Octobre 1951 (et appartenant ainsi à la même époque que les nouvelles annales des AG évoquées ici), fut rattachée au récit sur les princes des Noldor dans le QS (voir [HoMe] X, p.177,182), et dans ce récit il est dit qu'en Valinor, Isfin "aimait beaucoup partir à cheval et chasser dans les forêts, et se trouvait souvent là-bas en compagnie de ses parents, les fils de Fëanor". Il est dit plus loin, dans la nouvelle annale pour 316, qu'elle se trouva séparée de son escorte en Nan Dungorthin et qu'elle arriva à Nan Elmoth, où la demeure d'Ëol est à présent située. Elle quitte à présent Gondolin longtemps avant la Bataille des Larmes Innombrables.

§119. Le nom Fingol n'est pas écrit en fait avec une majuscule, mais il est précédé d'une lettre altérée que je ne peux lire (elle pourrait possiblement être interprétée comme un O). Telle que l'annale fut écrite, Glindûr (remplaçant le nom originel Meglin, qui subsista longtemps) était tout d'abord le nom du métal conçu par Ëol et, avec le changement ultérieur de Glindûr pour Maeglin, ceci resta vrai pour le nom Maeglin.

§120. L'histoire revient à présent à ce qui est dit dans le Q ([HoMe]IV, p.140) : Isfin et Glindûr (Maeglin) arrivèrent ensemble à Gondolin ; et les caractéristiques principales de la tragédie finale apparaissent à présent. Le texte original (voir pp.316 et s.) de l'histoire complète d'Isfin et Ëol et de leur fils (Chapitre 16 dans le Silmarillion publié, Maeglin) appartient à cette période, et en fait il existait déjà quand ces nouvelles annales furent écrites : elles en sont un résumé très condensé. (Pour l'annale rejetée dont celle-ci constitue le remplacement, voir §273 et commentaire.)

§121. La date de naissance de Bëor demeure inchangée par rapport à celle des AB 2 (telle que révisée : 170 > 370, [HoMe] V, p.130), tout comme les dates des annales suivantes.

§122-3. L'affirmation dans les annales 388 et 390, que Haleth et Hador naquirent en Eriador, ne figurait pas dans les AB 2.

§124. La référence au Quenta concerne le QS, §§126 et s. – Contre la première phrase de cette annale, mon père griffonna par la suite un X, avec une note au crayon : "C'est trop tard. Ce devrait être la date de l'invitation faite aux [? Pères] des Hommes de rejoindre l'Ouest". Ceci fut barré, à part les quatre premiers mots : ils constituent le premier indice de changements majeurs qui interviendraient plus tard dans la chronologie.

§125. Cette annale est une extension substantielle de celle des AB 2, où rien n'était dit de plus que "il y eut la guerre sur les Marches Orientales, et Bëor était là-bas avec Felagund".

§127. Galion remplace le Gumlin du QS, §127 (et des AB 2 telles qu'anciennement révisées, [HoMe] V, p.146 note 20 : à l'origine, dans ces textes, les noms des fils de Hador étaient en position inversée, Gundor étant l'aîné). Plus tard, le nom Galion fut remplacé par Gladder. Le changement pour "en Eriador" fut probablement fait pour cette raison : Hador entra au Beleriand en 420 ; donc Galion naquit pendant que son père se trouvait quelque part en Eriador, en 417, mais à l'époque de la naissance de Gundor, en 419, Hador se trouvait déjà dans les contreforts orientaux des Montagnes Bleues (§128).

§129. Le premier paragraphe de l'annale 420 est proche de celui des AB 2 ([HoMe] V, p.130-1), avec quelques ajouts : que Brethil n'avait jamais été habitée auparavant, au vu de la densité de la forêt, que Hador fut le plus prompt à s'installer à Hithlum "étant issu d'un peuple des terres du nord", et que ces terres de Hithlum se trouvaient "dans la contrée de Dor-Lómin". Dans la marge, contre ce dernier ajout, mon père griffonna plus tard : "[427 > 423 le peuple de Hador arrive en Dor-lómin", mais enleva ceci ; voir §136 et commentaire. L'ancienne vision du peuple de Hador, abandonnant sa propre langue en Hithlum, est conservée (voir [HoMe] V, p.149, annale 220).

§§130-2. Le contenu de la dernière partie de l'annale 420, et de l'ouverture de celle pour 422 est totalement nouveau : les rêves de Thingol concernant les Hommes avant leur venue, son interdiction quant à leur installation, hormis dans le Nord, et quant à l'entrée d'un seul Homme (même de la maison de Bëor) en Doriath, la prophétie de Melian à Galadriel, et la permission donnée par Thingol au peuple de Haleth de s'installer à Brethil, en dépit de son hostilité envers les Hommes en général, et de son décret leur prohibant toute installation sur des terres aussi loin au sud.

§133. Ce passage suit de près l'annale des AB 2 ([HoMe] V, p.131), mais avec l'ajout, intéressant, selon lequel le peuple de Hador partirait dans le Nord glacé pour exercer une surveillance.

§135. Pour la phrase, notable (ne figurant pas dans les AB 2), "Car les Noldor étaient réellement aussi grands que ne le sont dans les jours plus récents les hommes de grande puissance et de grande majesté.", cf. les références à la comparaison des tailles des Hommes et des Elfes, collectées dans les écrits les plus anciens, [HoMe] II, p.326. Dans les premiers textes, il était dit plus d'une fois que les premiers Hommes étaient plus petits que leur descendants, alors que les Elfes étaient plus grands, et qu'ainsi les deux races se retrouvèrent à être pratiquement de la même taille ; mais le présent passage n'est pas clair à ce sujet.
Telle qu'elle fut écrite à l'origine, l'avant-dernière phrase du paragraphe se lisait : "Blonds étaient-ils, et ils avaient les yeux bleus (tel n'était pas Túrin, mais sa mère était de la maison de Bëor), et leurs femmes étaient grandes et belles." Les mots "pour la plupart" furent ajoutés ; ils sont apparus dans un passage très similaire, au chapitre 10 du QS ([HoMe] V, p.276, §130).

§136. Le fait que le peuple de Hador se fût vu accorder des terres en Dor-lómin était mentionné dans l'annale 420, à laquelle mon père ajouta par la suite, mais enleva alors, "[427 >] 423 le peuple de Hador arrive en Dor-lómin" (commentaire du §129). L'implication est supposément que, durant quelques années, ils habitèrent dans quelque autre partie du Beleriand.

§139. La mère de Beren, Emeldir "Cœur d'homme", n'est pas nommée dans les textes précédents.

§142. Dans les AB 2, la naissance de Morwen avait lieu en 445. Quand, dans les AG, la date fut changée en 443, l'entrée fut déplacée.

§144. Tuor ne s'était pas vu précédemment donner le titre de "Béni".

§§145-7. Dans les AB 2 ([HoMe] V, p.131-2), la Bataille du Feu Soudain, consignée dans l'annale 455, "commença soudainement pendant une nuit de la mi-hiver" ; mais le passage commençant par "Fingolfin et Fingon marchèrent à l'aide de Felagund" a une nouvelle date, 456. J'avais suggéré ([HoMe] V, p.150) que ceci était dû au fait que la Bataille du Feu Soudain avait commencé à la mi-hiver de l'année 455, i.e. à la fin de l'année. Dans les AG, d'un autre côté, il est expressément établi (§145) que l'assaut en provenance d'Angand survint "au commencement de l'année", "dans la nuit de la mi-hiver" ; ainsi la nouvelle année commençait à la mi-hiver, et la bataille fut datée du premier jour de l'an 455. Voir commentaire sur le §147.

§145. Se trouve ici la première apparition des noms Dagor Bragollach (pour Dagor Vreged-úr dans le QS, anciennement Dagor Húr-Breged dans les AB 2) et Anfauglith (pour Dor-na-Fauglith).

§147. Dans le QS ([HoMe] V, p.282, §140), Hador, qui était né en 390, est dit être "âgé de soixante et six années" à sa mort, contrairement aux 65 ici (voir commentaire des §§145-7).

§§149-50. Ce passage, retiré plus tard du manuscrit, sauf en ce qui concerne la phrase d'ouverture du §149, restait très proche de celui des AB 2 ([HoMe] V, p.132), influencé quelque peu dans sa structure par l'histoire telle qu'elle était racontée dans le QS ([HoMe] V, p.288), exception faite d'une particularité importante : le compagnon de Húrin n'était pas, comme dans les AB 2 et dans le QS, Haleth le Chasseur lui-même, mais Handir, le petit-fils de Haleth, né la même année que Húrin. – L'histoire de Húrin à Gondolin réapparaît dans les AG, dans un long rajout à l'annale 458 (§§161-6).

§§151-2. Tel que ce passage, concernant les messagers de Turgon, fut écrit à l'origine, il suivait de près celui des AB 2 ([HoMe] V, p.132-3, et cf. la version du QS, [HoMe] V, p.288) ; tel que révisé, il introduit l'idée de l'incapacité des Noldor à construire des bateaux capables de tenir la mer, et celle de Turgon conservant malgré tout et secrètement, par la suite, un avant-poste et un endroit pour construire des bateaux sur l'Île de Balar.

§153. Dans les précédents récits (AB 2, dans [HoMe] V, p.132-3, avec notes 25 et 29, et QS, §141 et commentaire), l'histoire relatant comment Celegorn et Curufin arrivèrent à Nargothrond après leur défaite dans l'est, était mouvante et obscure, mais il n'était absolument pas suggéré qu'ils eussent joué un rôle quelconque dans la défense de Minnas-tirith sur Tolsirion. Mon père écrivit à cette époque une note sur le manuscrit des AB 2, suggérant un possible tournant dans l'histoire : Celegorn et Curufin étaient conduits à l'ouest et apportaient une aide vaillante dans le siège de Minnas-tirith, sauvant la vie à Orodreth : et ainsi, quand Minnas-tirith fut prise, Orodreth ne put faire autrement que de les accueillir à Nargothrond. Il enleva ceci, mais l'histoire fut à présent réintroduite et développée dans les Annales Grises.
La date de la prise de Minnas-tirith fut changée dans les Annales Grises. Dans les AB 2, la date était 457 (après la chute de Fingolfin en 456) ; ainsi, dans le QS également, §143, "Pendant près de deux ans les Gnomes défendirent-ils fermement la passe occidentale ... et Minnastirith contint les Orcs", et ce fut "après la chute de Fingolfin" que Sauron s'attaqua à Tolsirion. Dans les AG, le présent passage, décrivant l'assaut sur la Passe du Sirion, fut tout d'abord daté 456, mais la date fut enlevée, afin que ces évènements de déroulassent pendant l'Année Terrible, 455 ; et la chute de Fingolfin suit (toujours datée 456).

§154. La forme plus tardive, Tol-in-Gaurhoth (à la place de la précédente, Tol-na-Gaurhoth), apparaît à présent.

§§155-7. Dans les AB 2 ([HoMe] V, p.133), l'histoire de la mort de Fingolfin avait été réduite à quelques lignes. Introduisant un récit très élargi dans les nouvelles Annales, mon père se rapprocha grandement de l'histoire telle qu'elle était racontée dans le QS (§§144-7 et commentaire), se référant également au Canto XII du Lai de Leithian (sur lequel était largement basée la version du QS). Dans le contenu, les différences sont principalement de moindre importance, mais est introduite ici la grande chevauchée de Fingolfin à travers l'Anfauglith, sur son cheval Rochallor, ainsi que la fuite d'Angband du cheval, et sa mort à Hithlum. Dans les AB 2 (comme dans les AB 1 et dans le Q), c'était Thorondor qui élevait le cairn de Fingolfin, alors que dans le QS c'était Turgon (voir le commentaire sur le §147 du QS) ; dans les Annales Grises, l'édification du cairn est à présent attribuée aux "aigles".

§157. Le changement de "les gens de la cité cachée étaient, dans leur ensemble, des Noldor" en "en grande partie, les gens ... étaient des Noldor" résulte du développement selon lequel il y avait de nombreux Elfes d'origine sindarine à Gondolin : voir le commentaire sur le §107 et les références qui y sont données.
Dans l'ajout tardif à la fin de ce paragraphe (présent dans le tapuscrit des AG), apparaît le lignage de Gilgalad tel qu'adopté dans le Silmarillion publié ; voir plus loin pp.242-3.

§158. La forme Taur-nu-Fuin (à la place de la précédente, Taur-na-Fuin) apparaît à présent.

§159. Dans les AB 2 ([HoMe] V, p.133), et dans un passage très similaire du QS (§139), il était dit que les épouses de Baragund et de Belegund venaient de Hithlum, et que quand la Bataille du Feu Soudain commença, leurs filles, Morwen et Rían, séjournaient là-bas au sein de leur parentèle – de laquelle elles furent les uniques survivantes. Cette histoire est à présent remplacée et rejetée : Emeldir, la mère de Beren, fit partir les femmes et les enfants survivants du peuple de Bëor à travers les montagnes, à la suite de la bataille, et ce fut ainsi que Morwen et Rían arrivèrent à Dor-lómin (en passant par Brethil). Il n'est pas clairement établi que leurs mères fussent toujours des femmes de Hithlum.
Dans les AB 2, la liste complète de la bande de Barahir n'était pas donnée, avec la suggestion qu'on ne se souvenait que de certains noms, mais elle apparaît dans le QS (§139). Le seul nom qui diffère dans les AG est Arthad, pour Arthod. Radhruin, du QS, est ici écrit Raðhruin (Radruin par correction de Radros dans les AB 2, [HoMe] V, p.147 note 31), mais ceci peut ne pas être significatif.

§160. Ce paragraphe est tiré de l'annale 458 des AB 2 ([HoMe] V, p.133). Dans l'histoire, telle que racontée dans le QS (§152), Beleg arrivait au secours de Haleth "avec de nombreux archers" ; cf. AG, §29, "les magasins d'armes de Thingol étaient encore remplis de haches (les armes principales des Naugrim et des Sindar)", et le nom "Elfes aux Haches" des Sindar (pris aux Nandor), [HoMe] X, p.171. Pour le nom Eglath ("Les Oubliés"), voir [HoMe] X, p.85, 164, 170.

§161. Huor apparaît enfin à présent en tant que compagnon de Húrin à Gondolin, remplaçant Handir, petit-fils de Haleth, qui figurait dans le passage précédent, rejeté des AG (§149).
Haleth était le parent de Húrin et de Huor (comme noté dans un ajout tardif au manuscrit), à travers le mariage en 436 (§140) de Haleth, fils de Hundor, avec Glorwendil, fille de Hador et sœur de leur père Galion. Mais la généalogie fut développée plus avant dans l'annale 462 (voir §171 et commentaire) par le mariage de Galion avec la fille de Haleth, de telle sorte que Haleth était le grand-père de Húrin et de Huor ; et il semble très probable que ce fut la raison de l'ajout ici des mots "leur parent".
L'histoire devient à présent résolument différente de l'ancienne version dans les AB 2 et le QS, et toujours présente dans les AG telles qu'écrites à l'origine (§149) ; car Húrin et son compagnon (à présent son frère Huor) ne chassaient pas dans le Val du Sirion avant la Bataille de la Flamme Soudaine, mais l'adoption de Húrin (et de son frère aussi, à présent) au sein du peuple de Haleth est mise en relation avec la défaite des Orcs en 458 contre les hommes de Brethil, aidés par les Elfes venus de Doriath, trois ans après la bataille. Apparaît aussi à présent l'histoire selon laquelle Húrin et Huor furent emmenés par les Aigles à Gondolin. – Sur le gué de Brithiach, voir p.228, §28.

§§162-6. L'histoire atteint pratiquement à présent sa forme finale, incluant l'innovation majeure concernant l'hostilité de Maeglin envers les jeunes hommes, mais aussi l'autorisation qui leur fut donnée de quitter Gondolin en dépit de l'interdiction faite par le roi, et énoncée ici pour la première fois dans son absolue rigueur, à tout étranger qui serait arrivé là, de quitter la cité ; et cette permission fut accordée en raison du fait qu'ils ignoraient comment la trouver. (Les compléments à l'histoire d'Isfin et Ëol, §§118-20, furent écrits à la même époque que celui-ci.)

§165. Sur le changement de Glindûr en Maeglin, voir §119 et commentaire.

§166. Sur la copie carbone du tapuscrit des AG, mon père écrivit, à côté des mots "Mais bien qu'ils racontassent avoir résidé un certain temps avec honneur dans les salles du Roi Turgon" : "Il ne révélèrent pas le nom de Turgon." Voir p.169.

§170. "L'armée qui avait pénétré dans le Beleriand Oriental" doit se référer aux invasions de l'année 455 : cf. AB 2, annale 456 ; QS §142 ; et de nouveau dans les AG, §148, où dans tous ces textes la phrase "Loin dans le Beleriand Oriental" intervient. Dans les AB 2, dans les assauts renouvelés de l'année 462 ([HoMe] V, p.134), "l'invasion des Orcs prit Doriath dans une tenaille, à la fois à l'ouest en descendant le Sirion, et à l'est à travers les passes au-delà de Himling." De ceci, il n'est pas fait mention ici dans les AG (ni dans le QS, §156) ; mais il n'y avait pas eu non plus, avant le présent passage, de mention de la victoire de Thingol après Dagor Bragollach, ou en vérité de la totale destruction (à ce qu'il semble) de la force d'invasion de l'est, qui s'ensuivit.

§171. L'affirmation que "dans la guerre à l'est, [Morgoth] espérait recevoir incessamment une aide que les Eldar n'avait pas prévue" est une référence prémonitoire à la venue des Hommes au Teint Sombre ; cf. QS, §150, où il est dit que, juste avant leur entrée au Beleriand, Morgoth "envoya ses messagers à l'est, par-delà les montagnes", et que "certains étaient déjà secrètement sous la coupe de Morgoth, et répondirent à son appel". Dans les AG (§174, note de bas de page), il est dit que "il fut plus tard pensé que le peuple d'Ulfang était déjà secrètement au service de Morgoth avant son arrivée au Beleriand." Voir plus loin §§79-81 et commentaire.
De l'assaut sur Hithlum, rien de plus n'était dit dans les AB 2 ([HoMe] V, p.134), que "Morgoth s'attaqua à Hithlum, mais fut repoussé aussitôt" ; dans le QS (§156) ce fut Fingon, non Húrin, qui "repoussa à la fin [les Orcs] du pays, dans un grand massacre, et les poursuivit loin à travers les sables de Fauglith."
A la fin du paragraphe, en ajout ultérieur, se trouve la première référence à la courte stature de Húrin, et également au "double mariage" du fils de Hador, Galion, et de sa fille, Glorwendil, avec la fille de Hador (non nommée), et son fils, Hundor. Il semble probable que cette extension de la généalogie soit apparue ici, et qu'elle ait constitué la base de l'ajout de "leur parent" à l'annale 458, évoqué dans le commentaire sur le §161.

§172. Dans le QS (§156), il semble n'y avoir eu qu'un seul assaut sur Hithlum en provenance de l'est, de Fauglith, car il est dit que "les Orcs conquirent une grande partie des passes, et certains parvinrent jusqu'en Mithrim même". Dans la présente annale, il semble que Galion et son fils Húrin fissent échouer l'attaque en provenance de l'est, pendant que Fingon tentait de défendre Hithlum de celle en provenance du nord (l'intervention de Cirdan est bien sûr entièrement nouvelle). Sur la question compliquée de la configuration géographique du nord de Hithlum, voir [HoMe] V, p.270-1 (et cf. ce qui est dit dans les AG sur l'échec de l'attaque en provenance d'Angband au cours de l'année 155, §115 et commentaire). Le présent passage ne clarifie pas le sujet, bien que l'affirmation, selon laquelle les archers montés des Eldar avaient poursuivi les Orcs "jusqu'aux Montagnes de fer elles-mêmes", suggère possiblement que Hithlum fût, jusqu'à un certain degré, ouvert au nord. Ce serait en vérité fort surprenant, puisque cela ferait de Hithlum, et de loin, le plus vulnérable des territoires des Eldar, et Morgoth n'aurait pas grande nécessité de tenter de percer à travers les vastes défenses naturelles des Montagnes de l'Ombre. Mais ceci n'est que pure spéculation, et je n'ai connaissance d'aucune autre preuve pour étayer le sujet.


§§173-4. Les nouveaux éléments dans ce récit sur les Orientaux (cf. AB 2, [HoMe] V, p.134, et QS, §151) sont l'affirmation explicite qu'ils ne pénétrèrent pas au Beleriand en passant par les Montagnes Bleues, mais au nord de celles-ci ; l'avertissement des Nains à Maidros concernant leur mouvement vers l'ouest ; la diversité de leurs langues et leur hostilité mutuelle ; leurs demeures en Lothlann et au sud de la Marche de Maidros (dans le QS, il est seulement dit qu'ils "résidèrent longtemps dans le Beleriand oriental", §152). La forme Lothlann apparaît à la place de la précédente, Lothland ; on trouve Lothlann (Lhothlann) dans les Etymologies (racines LAD, LUS, [HoMe] V, p.367, 370).

§174. Au sujet de la première phrase de la note de bas de page concernant ce paragraphe, voir le commentaire sur le §171. Pour les remarques qui suivent, dans la note de bas de page, concernant les descendants du peuple de Bór en Eriador, au Deuxième Âge, cf. QS, chapitre 16, §15 ([HoMe] V, p.310-11) : "A partir de ce jour [Nírnaith Arnediad], les cœurs des Elfes se distancièrent des Hommes, hormis seulement de ceux des Trois Maisons, les peuples de Hador, Bëor, et Haleth ; car les fils de Bór, Boromir, Borlas et Borthandos, qui furent les seuls parmi les Orientaux à s'avérer loyaux en cas de nécessité, périrent tous dans la bataille, et ils ne laissèrent aucun héritier." Ceci suggère que le peuple de Bór n'entra plus dans aucun récit après 472 ; mais l'on peut, en tous cas, présumer que peut-être ces Hommes d'Eriador aient représenté une branche de ce peuple, qui n'entra jamais au Beleriand.

§§175-210. J'avais décrit, dans [HoMe] V, p.295, comment, après l'achèvement du Seigneur des Anneaux, mon père avait commencé (sur les versos vierges du manuscrit des AB 2) une "saga" en prose de Beren et Lúthien, conçue dans une large part d'après le Lai de Leithian, et de manière très proche, mais elle n'alla pas plus loin que la trahison de Dairon envers Beren, révélant à Thingol sa présence à Doriath. A moins que ce travail n'appartienne à une époque postérieure à l'abandon des Annales Grises, ce qui semble très improbable, les deux versions du conte qui apparaissent ici dans les Annales sont les dernières des nombreuses que mon père écrivit (pour un compte-rendu complet de l'histoire complexe des versions et des brouillons du QS, voir [HoMe] V, p.292 et s.).
Nous verrons que la Version I est un condensé ne contenant pas d'éléments nouveaux, ou alors des éléments incohérents avec la "tradition reçue", hormis la référence à Amárië (voir commentaire sur le §180). La Version II, si elle fut au départ conçue à une échelle plutôt large, se transforme de même bientôt en un autre condensé, toutefois plus complet que la Version I, et une partie de ce qui est raconté dans le texte définitif du QS ("QS II", voir [HoMe] V, p.292-3) n'est pas non plus présente, ou est traitée de manière bien plus sommaire : ainsi, par exemple, rien n'est dit dans les AG sur le fait que Húan comprenait le langage, ou sur celui qu'il parla trois fois avant sa mort, ni sur son destin (Le Silmarillion, pp.172-3), ni sur beaucoup d'autres choses qu'il n'est pas besoin de détailler ici. Mais la structure des deux narrations reste très proche.
Il est curieux d'observer que la relation entre les deux versions des AG est l'inverse de celle entre les deux versions que mon père rédigea pour le Quenta Silmarillion. La forme la plus complète de ce dernier ("QS I") était très clairement un élément constitutif du manuscrit du QS, tel qu'il se présentait, mais il l'abandonna et la remplaça par la forme plus courte, QS II, car (comme je l'ai dit dans [HoMe] V, p.292) "il vit que cela allait devenir trop long, déséquilibrant l'ensemble de l'œuvre. Il avait utilisé plus de 4000 mots avant d'en arriver au départ de Beren et de Felagund de Nargothrond". Dans le cas des Annales Grises, de l'autre côté, la forme la plus courte (Version I) faisait partie intégrante du texte, tel qu'écrit, alors que la forme la plus complète (Version II) était destinée à la remplacer (bien qu'elle ne fût pas achevée). Pour les passages du Silmarillion publié dérivés des Annales Grises, voir [HoMe] V, p.295-301.

§175. Eryd Orgorath : sur le tapuscrit des AAm, Ered Orgoroth fut changé en Ered Gorgorath ([HoMe] X, p.127, §126).
"Et il la franchit, tout comme Melian l'avait prédit" : voir les mots de Melian à Galadriel, §131.
Dans les AB 2 ([HoMe] V, p.135), Húrin épousait Morwen en 464, comme dans les AG, mais Túrin était né au cours de l'hiver 465, "sous de tristes augures". Cette insertion dans les AG place la naissance de Túrin dans l'année du mariage de ses parents. Voir plus loin le commentaire sur le §183.

§178. L'expression "prix pour épouser", désignant le Silmaril réclamé par Thingol, avait été utilisée par Aragorn lorsqu'il raconta l'histoire sur le Mont Venteux. [NdT : "bride-price". Dans la version française du Seigneur des Anneaux, c'est l'expression "présent de mariage" qui est utilisée : "…et prirent sur sa couronne l'un des trois Silmarils, le plus brillant de tous les joyaux, en guise de présent de mariage de Lúthien à son père Thingol". Je préfère utiliser l'expression "prix pour épouser", car il s'agit du prix réclamé par Thingol à Beren pour qu'il puisse épouser sa fille]

§179. Celegorm était la forme originelle, apparaissant dans les Contes Perdus ([HoMe] II, p.241). Le nom devint Celegorn au cours de l'écriture du QS ([HoMe] V, p.226, 289), et cette forme resta celle des AAm et des AG ; plus tard, elle redevint Celegorm ([HoMe] X, p.177, 179). Le changement ici du m en n fut effectué au moment de l'écriture de ce passage, ou très peu de temps après, et Celegorm n'était probablement qu'une erreur.

§180. Pour "[Felagund] demeure à présent à Valinor, en compagnie d'Amárië", cf. QS I ([HoMe] V, p.300) : "Mais Inglor marche avec Finrod, son père, parmi les gens de sa race, dans la lumière du Royaume Béni, et il n'est pas écrit qu'il soit jamais retourné en Terre du Milieu." Dans la Version II (§199), il est dit que "rapidement relâché de Mandos, il arriva à Valinor, et qu'il demeure là-bas, en compagnie d'Amárië." Il était dit dans l'annale 102 (§109) que "celle que [Felagund] avait aimée était Amárië des Vanyar, et il ne lui fut pas permis de l’accompagner dans l’exil."

§183. La naissance de Túrin ("sous de tristes augures") était située, de la même manière, pendant l'année 465 dans les AB 2. La présente entrée fut insérée seulement plus tard, je pense, car mon père l'avait omise de manière involontaire, alors qu'il se concentrait sur l'histoire de Beren et Lúthien. A la suite ici de l'instruction "Placer sous 464", un ajout au crayon fut fait, dans les deux versions, à l'annale pour cette année-là, (voir §175 et commentaire, §188).

§185. L'avant-dernière phrase de ce paragraphe laisse apparaître que l'union des Deux Races est attribuée au dessein d'Eru. Ceci ne figure pas dans le QS (I) (voir Le Silmarillion, p.184), ni dans la Version II de l'histoire dans les Annales Grises (§210).

§187. Pour l'extrait révisé, "peu après le milieu de l'hiver", cf. le commentaire sur les §§145-7.

§189. "[Thingol] répondit, en moquerie" : son ton est en effet moins sombre et moindrement méprisant que dans le QS (I) (Le Silmarillion, p.167). Dans le Lai de Leithian ([HoMe] III, p.192, vers 1132-3), les guerriers de Thingol "rient d'un rire long" quand il demande à Beren d'aller lui chercher un Silmaril ; voir mes remarques sur ceci, [HoMe] III, p.196.

§190. La particularité du regard échangé à cet instant entre Melian et Beren ne se trouve pas dans les autres versions.

§191. Les mots "comme il l'avait dit longtemps auparavant à Galadriel" font référence aux paroles prophétiques de Felagund, à Nargothrond, consignées dans l'annale 102 (§108).

§193. Le fait d'appeler Inglor "Finrod" n'était peut-être qu'une erreur sans signification ; mais au vu de l'occurrence de "Finrod Inglor, le Beau" dans un texte périphérique à la rédaction de l'histoire d'Aragorn sur le Mont Venteux ([HoMe] VI, p.187-8), il semble possible que mon père ait envisagé le déplacement des noms (par lequel Inglor devint Finrod et Finrod, son père, devint Finarfin) bien avant leur apparition dans l'impression de la Seconde Edition du Seigneur des Anneaux.

§193-4. Dans la version longue QS (I), qui s'achève à cet endroit, quand Felagund donna la couronne de Nargothrond à son frère Orodreth, "Celegorm et Curufin ne dirent plus rien, mais ils souriaient en sortant du palais" (Le Silmarillion, p.170). Les mots de Celegorn et de Felagund, qui suivent ici, sont un élément nouveau dans l'histoire.
La prophétie de Felagund est indubitablement voulue comme une prophétie véridique (comme toutes les prophéties de ce genre, bien que ce puisse être ambigu). Si l'on donne leur plein sens aux mots exacts utilisés par Felagund, alors on pourrait dire que la conclusion du QS ([HoMe] V, p.331), où il est dit que Maidros et Maglor regagnèrent chacun un Silmaril, durant une courte période, n'est pas contredite.

§198. Dans le QS (Le Silmarillion, p.174), il n'est pas dit que Sauron "laissa le Roi Elfe pour la fin, car il savait qui il était", mais seulement qu'il "projeta de garder Felagund pour la fin, car il percevait qu'il était un Gnome de grande puissance et de grande sagesse." Voir le Lai de Leithian, vers 2216-17 et 2581-2609 ([HoMe] III, p.231, 249).

§201. Il n'est pas raconté dans les autres versions que Húan ait ramené les prisonniers de Tolsirion à Nargothrond ; dans le QS, il est seulement dit que "un grand nombre d'Elfes prisonniers dans l'Île de Sauron y étaient revenus" (Le Silmarillion, p.176).

§203. La nouvelle année est située de manière légèrement plus tardive dans la narration de la Version I, §184. Dans les AB 2, toute la dernière partie de l'histoire de Beren et Lúthien, depuis leur entrée en Angband, fut placée sous l'entrée pour l'année 465 ([HoMe] V, p.135).

§204. L'absence de toute mention de l'histoire selon laquelle Húan et Lúthien se détournèrent de Tol-in-Gaurhoth, dans leur route vers le nord, et revêtirent l'habit de loup de Draugluin et la peau de chauve-souris de Thuringwethil, puis tombèrent sur Beren aux abords d'Anfauglith (Le Silmarillion, pp.178-9), est clairement et simplement due à une compression. Il n'était pas dit dans le QS (ibid. p.179) que "Húan demeura dans les bois" quand Beren et Lúthien le laissèrent, au cours de leur voyage vers Angband.

§207. Il n'apparaît pas clairement dans le QS (Le Silmarillion, pp.181-2) que ce furent les hurlements de Carcharoth qui réveillèrent ceux qui dormaient en Angband. – Pour les noms Gwaihir et Lhandroval, qui apparaissent à cet endroit dans le QS, mais pas dans le Silmarillion publié (p.182), voir [HoMe] V, p.301 et [HoMe] IX, p.45.

§211. Cette annale est très proche d'un passage du QS (Le Silmarillion, p.186).

§§212. et s. Le texte du QS cesse d'être le manuscrit soigné qui fut interrompu au moment d'être envoyé aux éditeurs en Novembre 1937, mais est constitué des textes intermédiaires que mon père rédigea pendant qu'il n'était plus en sa possession. Ceux-ci ont été décrits dans [HoMe] V, p.293-4 : un manuscrit grossier mais lisible, "QS(C)", qui complétait l'histoire de Beren et Lúthien, et qui s'étendait à travers tout le Chapitre 16 du QS, De la Quatrième Bataille : Nírnaith Arnediad, fut abandonné vers le début du Chapitre 17 (l'histoire de Túrin) ; et un second manuscrit, "QS(D)", qui commençait au milieu du Chapitre 16 et allait un peu plus loin dans le Chapitre 17, jusqu'à l'endroit où le Quenta Silmarillion, dans cette phase-là, arrivait à son terme en tant que narration continue. A partir du début du Chapitre 16, une nouvelle suite de paragraphes numérotés démarra, partant du §l ([HoMe] V, p.306).

§213. L'annale des AB 2, de laquelle est tiré ce paragraphe, est datée 468. La présente annale est bien plus explicite, au sujet du manque de sagesse de Maidros de révéler prématurément son pouvoir, que ne l'étaient les récits précédents. – Dans le QS (§3), il est dit qu'à cette époque "les Orcs furent chassés des régions septentrionales du Beleriand", ce à quoi il est à présent ajouté dans les AG que "même Dorthonion fut libéré pour un temps".

§214. La durée des secondes vies de Beren et de Lúthien était présentée, dans les brouillons du QS, comme ayant été longue, mais le texte final contient "que la durée de sa seconde vie eût été courte ou longue, cela n'est pas connu des Elfes ou des Hommes" (voir [HoMe] V, p.305-6, sur le développement du passage concernant le retour de Beren et de Lúthien, et sa forme dans le Silmarillion publié). Il semble possible que "[Lúthien] mourût vite en vérité", dans le présent texte, n'implique pas une courte vie de mortelle, mais une vie de mortelle par contraste avec celle des Eldar.
Le texte final du QS dit que Beren et Lúthien "prirent de nouveau leur forme mortelle en Doriath", mais ici le récit de leur retour vers Thingol et Melian, à Menegroth, est entièrement nouveau (comme l'est aussi, bien entendu, la référence à Elrond et à Arwen).
Le pays des Morts qui Vivent est nommé Gwerth-i-Cuina dans QS(B), et Gyrth-i-Guinar dans le texte final du QS ([HoMe] V, p.305).

§215. Dans les AB 2, la dernière partie de la légende de Beren et Lúthien, depuis leur entrée en Angband jusqu'à leur retour d'entre les morts, était placée sous l'année 465, alors que dans les AG cela apparaît sous 466, et la mort de Lúthien en 467 (§211). La naissance de Dior (dont le nom Aranel apparaît à présent) est ici décalée trois ans plus tard que la date figurant dans les AB 2, 467.

§216. Le mariage de Huor et de Rían était donné, dans les AB 2, dans l'annale 472, et il était dit à son sujet qu'il avait eu lieu "la veille de la bataille". Voir §218 et commentaire.

§§217 et s. Dans le très long compte-rendu de Nírnaeth Arnediad qui suit, mon père utilisa à la fois la tradition du "Silmarillion" et des "Annales", i.e. le Chapitre 16 du QS et le récit dans les AB 2. Le chapitre du QS fut lui-même largement tiré d'un entrelacement du Q et des AB 2 (voir [HoMe] V, p.313). – Une version plus tardive de l'histoire de la bataille, basée étroitement sur celle des AG, mais avec des modifications radicales, est donnée dans la Note 2, à la fin de ce commentaire (pp.165 et s.).

§218. Ce passage ne fut pas enlevé quand la consignation du mariage de Huor avec Rían apparut sous 471 (§216) ; le tapuscrit des AG ne contient toutefois que l'entrée 471 plus tardive.

§219. Nírnaeth Arnediad, précédemment la quatrième bataille des guerres du Beleriand, devient à présent la cinquième bataille : voir commentaire sur les §§36 et s. L'époque de l'année n'était pas établie dans les comptes-rendus antérieurs.
L'emplacement du passage concernant la Colline du Massacre découle des AB 2 ([HoMe] V, p.136) ; rejeté ici, il fut remplacé par un autre à la fin de l'histoire de Nírnaeth Arnediad dans les AG (§250) : cf. QS, §19. Sur le nom Hauð-na-Dengin, voir [HoMe] V, p.314, §19 ; ainsi que les AG, §§250-1.

§220. La nature effective des machinations d'Uldor n'était pas établie dans les récits antérieurs.

§221. "une grande compagnie en provenance de Nargothrond" : précédemment dans les AG (§212), il est dit que "peu d'aide provint de Nargothrond" (cf. QS, §5 : "seule une petite compagnie"). – L'ajout concernant la présence de Mablung, ne figurant pas dans les AB 2, provient du QS (§6), dérivant du Q ([HoMe] IV, p117) ; mais dans ces textes-là, Beleg ("qui n'obéissait à aucun homme", "que l'on ne pouvait retenir") arrivait aussi dans la bataille. La permission nuancée de Thingol à Mablung est nouvelle dans les AG ; dans la tradition du Quenta, cette permission était accordée par Orodreth à la compagnie de Nargothrond. – L'avènement de Hundor, à la mort de son père, Haleth le Chasseur, est consigné dans l'annale 468 (§212). (Bien plus tard, quand la généalogie du Peuple de Haleth fut transformée, Hundor fut remplacé par "Haldir et Hundar" ; sur ceci, voir p.236.)
Au sujet du récit insatisfaisant, dans le QS, de la sortie de Turgon de Gondolin, qui amalgamait les histoires incohérentes du Q et des AB 2, voir [HoMe] V, p.313-15. Dans les Annales Grises, il est remédié à la confusion. Turgon sortait de Gondolin avant que la bataille ne fût livrée (dans l'histoire des AB, seuls lui et sa troupe descendaient de Taur-na-Fuin, alors que la troupe de Fingon se repliait au sud, vers la Passe du Sirion, [HoMe] V, p.136-7), mais seulement peu de temps auparavant, et il était positionné dans le sud, surveillant la Passe du Sirion.

§222. L'histoire du début de la bataille, telle que racontée ici, diffère de celle du QS, §10 (d'après le Q), où Fingon et Turgon, s'impatientant devant le retard de Maidros, envoyaient leurs hérauts dans la plaine de Fauglith pour faire retentir leurs trompettes, en défi à Morgoth.

§§224-5. Apparaît ici, à présent, le lien final dans cet élément de la narration : le héraut capturé (voir commentaire sur le §222), massacré par provocation sur la plaine de Fauglith (QS, §11), disparaît et est remplacé par Gelmir de Nargothrond, le frère de Gwindor, qui avait été fait prisonnier dans la Bataille de la Flamme Soudaine. C'était son grief au sujet de Gwindor, son frère, qui l'avait fait sortir de Nargothrond contre la volonté d'Orodreth, le roi, et sa rage à la vue du meurtre de Gelmir qui était la cause de la charge fatale de la troupe de Hithlum. J'ai décrit cette évolution de l'histoire dans [HoMe] IV, p.180.

§226. Dans le §221, "la troupe de Fingolfin" est de toute évidence un glissement du stylo, pour "la troupe de Fingon", et ainsi probablement "les bannières de Fingolfin", ici aussi : le QS (§12) a "les bannières de Fingon".

§228. "à l'arrière-garde", enlevé dans les AG, se trouve à la fois dans les AB 2 et dans le QS (§13). – Il n'est pas dit, ni dans les AB 2, ni dans le QS, que la troupe de Hithlum était encerclée, mais seulement que l'ennemi arriva entre elle et Erydwethion, de telle sorte que Fingon fut forcé de battre en retraite vers la Passe du Sirion.
Il semble clair que Turgon ne sortit de la Passe que peu de temps avant que l'armée servant de leurre n'eût quitté Angband ; par conséquent, il n'avait pas encore de fait rencontré Húrin.

§230. Les Balrogs étaient toujours, à cette époque, conçus pour exister en grand nombre ; cf. AAm, §50 ([HoMe] X, p.75) : "[Melkor] envoya soudainement une armée de Balrogs" – à cet endroit, mon père nota sur le tapuscrit des AAm : "Il ne devrait pas être censé en avoir jamais existé plus de, disons, 3 ou au plus 7" ([HoMe] X, p.80).

§231. Dans les AB 2 et dans le QS (§15), c'était Cranthir, pas Maglor, qui tuait Uldor le Maudit. Il n'est pas dit dans ces textes-là que "une nouvelle force d'hommes mauvais, qu'Ulfang avait appelée et gardée cachée dans les collines à l'est, arriva", ni, bien sûr, que les Fëanoriens, s'enfuyant vers le Mont Dolmed, prirent avec eux un restant de Naugrim, car ce fut seulement avec les Annales Grises que les Nains en vinrent à prendre part à la bataille (commentaire sur le §212).

§232. Précédemment dans les AG (§22), les Enfeng sont les Nains de Belegost, mais il fut un temps (Q, QS) où ils étaient ceux de Nogrod (voir commentaire sur §22) ; ceci explique ici sans doute Nogrod, qui fut enlevé et remplacé par Belegost, aussitôt écrit. – Le paragraphe entier, avec tous ses détails, est un inédit des AG.

§233. Dans le QS (§17), les bannières de Fingon étaient blanches. Dans le récit des AG sur la chute de Fingolfin (§155), son bouclier est bleu avec une étoile de cristal, et son armement est d'argent ; on trouve cela également dans la version du QS (§144).

_________________
Le jour est venu ! Ô, peuple des Eldar et vous, Pères des Hommes, le jour est venu !.


Dernière édition par Eru le 11 Nov 2006 18:25; édité 7 fois
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MessagePosté le: 21 Oct 2006 16:32     Sujet du message: Répondre en citant

§§234-5. Les discussions entre Turgon, Húrin et Huor sont entièrement nouvelles. Dans le §235, on aurait pu attendre de Huor qu'il dît : "jamais plus je ne poserai les yeux sur tes murs blancs" (comme il le fait dans le Silmarillion publié, p.194), puisqu'il avait été à Gondolin, quarante ans auparavant ; mais voir p.169.

§§235-6. Presque toutes les modifications dans ces paragraphes furent effectuées à l'époque de l'écriture du manuscrit.

§237. Le nom Glindûr était apparu dans d'autres passages introduits dans le texte primitif : §§119-20, 165.

§240. Les détails propres aux AG sont la flèche empoisonnée perçant l'œil de Huor, et l'empilement des hommes morts de la maison de Hador, "comme un monticule d'or".

§241. Ce paragraphe est issu de passages du QS (§§15-16) qui apparaissent à un point antérieur de la narration ; mais il n'est pas fait mention des fils de Bór dans les AG (voir commentaire sur le §174).

§242. L'affirmation ici que "Tol-sirion [fut] reprise et ses terrifiantes tours rebâties", qui n'était pas faite précédemment, est clairement en nette contradiction avec ce qui était dit dans le QS ([HoMe] V, p.300) : "Ils ensevelirent le corps de Felagund sur le sommet de la colline de sa propre île, et elle fut de nouveau pure, et demeura par la suite toujours inviolée ; car Sauron ne revint jamais par là." Dans le Silmarillion publié, ce passage du QS fut modifié.

§243. "Círdan tenait les Havres", est bien sûr un ajout au passage du QS (§20), qui est ici fidèlement reproduit. – Les références à la peur particulière qu'inspirait Turgon à Morgoth, et à l'amitié d'Ulmo pour la maison de Fingolfin, qui méprisa Morgoth à Valinor, n'ont pas d'antécédents dans les textes antérieurs. On peut voir, à partir des lignes rejetées (grossières et comportant beaucoup de changements, dans le manuscrit), que mon père développait jusqu'à un certain point sa pensée pendant qu'il écrivait. Les mots "de Turgon lui viendrait la ruine" sont une référence à Eärendil et à son ambassade à Valinor.

§§244-9. La rencontre de Húrin avec Morgoth, telle que racontée dans les AG, est basée sur l'histoire du QS (§§21-3) et, dans sa plus grande part, la suit fidèlement, mais avec quelques développements : les mots de Morgoth concernant l'épouse et le fils de Húrin, à présent sans défense en Hithlum, la vision au loin de Hithlum et du Beleriand par Húrin, depuis son siège de pierre sur le Thangorodrim. Voir plus loin p.169.

§251. C'est à cet endroit de la narration que les manuscrits au brouillon, QS(C) et QS(D), ayant conclu le chapitre "Nírnaith" avec l'installation de Húrin sur le Thangorodrim, donnent un nouvel intitulé, dans QS(C) "De Túrin l'Infortuné", et dans QS(D) "De Túrin Turamarth ou Túrin l'Infortuné". Celui-ci, qui était destiné à être le chapitre suivant (17) du QS, commence avec la naissance de Tuor et la mort de Rían sur la Colline du Massacre (vers quoi les Annales Grises se tournent de même à présent) ; mais QS(C) va seulement jusqu'au départ de Túrin de Menegroth, partant combattre sur les marches de Doriath en portant le Heaume du Dragon, et QS(D) continue seulement, au-delà de ce point, jusqu'au moment où Túrin s'impose à lui-même de devenir un hors-la-loi, après le meurtre d'Orgof (AG, §259).
L'adoption de Tuor par les Elfes Sombres était consignée à la fois dans les AB 2 ([HoMe] V, p.137) et dans le QS (§24) ; rejetée dans les AG, apparaît ici, en lieu et place, la première mention d'Annael et des Elfes Gris de Mithrim (voir commentaire sur le §252). Il est fait référence à la mort de Glorwendil, par chagrin pour son époux Hundor, fils de Haleth, dans le cours de la narration de Nírnaith Arnediad, dans le QS (§13).

§252. Il était consigné, à la fois dans les AB 2 ([HoMe] V, p.138) et dans le QS (§19), que "les Elfes de Hithlum", ceux d'entre eux qui ne s'étaient pas échappés dans les terres sauvages, avaient été asservis dans les mines de Morgoth à cette époque, et l'on pourrait naturellement avancer que ceci se référait aux Elfes noldorins du peuple de Fingolfin – toutefois, la référence même à l'adoption de Tuor par des "Elfes Sombres" montre qu'il s'agissait d'autres Elfes de Hithlum, et "Elfes Gris" peut simplement être un terme plus tardif pour les Elfes Sombres du Beleriand ayant fait allégeance à Thingol. Dans son message aux nouveaux arrivants Noldor, par la bouche d'Angrod (AG, §64), Thingol ne suggérait pas en effet qu'il se trouvât, en Hithlum, quiconque ayant appartenu à son peuple (les Elfes Gris) : parmi les contrées où les Noldor pouvaient s'établir, il nomma Hithlum, ajoutant que "ailleurs se trouvent nombre de mes gens, et je ne pourrais restreindre leurs libertés, encore moins les chasser de leurs demeures."

§253. A la fin de ce paragraphe, mon père griffonna : "(septembre-déc.)"; ceci se réfère clairement aux mois du voyage de Túrin, de Hithlum à Doriath, dans la dernière partie de 472 (la Bataille des Larmes Innombrables fut livrée au milieu de l'été de cette année, §219). D'après la datation antérieure (§183), il était né au cours de l'hiver 465 ; ceci fut changé (§§175, 188) en 464, mais sans indication de l'époque de l'année. S'il était né au cours de l'hiver 464, il aurait toujours eu sept ans à l'automne 472.

§256. Le contenu entier de ce paragraphe est nouveau dans l'histoire. Dans la phrase "Des forgerons et des mineurs et des maîtres du feu", le Silmarillion publié (p.196), tiré de ce passage, contient "incendiaires" : il s'agissait d'une mauvaise lecture du manuscrit. [NdT : en anglais "masters of fire" et "makers of fire", d'où une confusion possible à la lecture]

§257. Il était dit précédemment dans les AG (§§151-2), qu'après Dagor Bragollach, Turgon envoya des Elfes de Gondolin aux bouches du Sirion et à l'Île de Balar pour tenter de construire des navires (se pose peut-être une question, pourquoi n'approcha-t-il pas Cirdan à cette époque ?), et qu'il "conserva toujours un refuge secret sur l'Île de Balar". Mais la phrase du présent passage, "et se joignirent là-bas aux avant-postes de Turgon", fut enlevée, et la subséquente, "quand Turgon en eut vent, il envoya de nouveau ses messagers aux Bouches du Sirion", suggère d'elle-même que l'idée d'un avant-poste permanent de Gondolin, sur Balar, avait été abandonnée.
Ici, dans une modification du texte, l'histoire de Voronwë est reprise et étendue, et il apparaît dans un nouveau rôle, en tant que capitaine du dernier des sept bateaux qui furent envoyés dans l'Océan de l'Ouest par Cirdan (il n'est pas dit qu'il était un Elfe de Gondolin). Dans des textes antérieurs, il n'a évidemment pas accompli une telle action. Dans le Q ([HoMe] IV, p.141), aux bouches du Sirion, Tuor rencontrait Bronweg (>Bronwë), qui faisait partie depuis longtemps du peuple de Turgon, et s'était échappé d'Angband. Pour les §§256-7, cf. l'histoire de Tuor dans les Contes et Légendes Inachevées, pp.34-5, et note 13.

§258. Si Túrin était né au cours de l'hiver 464 (voir commentaire sur le §253), il se serait trouvé dans sa dix-septième année en 481 ; il semble par conséquent que l'ancienne date de sa naissance (465) soit retenue. Les Annales, très sommaires, ne mentionnent pas les circonstances du départ de Túrin à la guerre (l'arrêt de toutes nouvelles en provenance de Hithlum).
La note au crayon, "Túrin se coiffa du Heaume du Dragon de Galion", ne figure pas sur le tapuscrit des AG. Le Heaume du Dragon remonte à l'ancien Lai des Enfants de Húrin, et il était décrit dans le Q ([HoMe] IV, p.118), par le fait que Húrin ne l'avait pas porté à la Bataille des Larmes Innombrables ; dans le Lai (pas dans le Q), le fait qu'à cette époque Túrin l'emmène à la guerre est mentionné ([HoMe] III, p.16, vers 377 : "lors le fils de Húrin met le heaume de son seigneur").

§259. C'est ici que le QS arrive à son terme, en tant que narration continue (voir [HoMe] V, p.321,323).

§260. Les deux premières phrases de cette annale proviennent du Q ([HoMe] IV, p.123) et des AB 2 ([HoMe] V, p.138) ; mais ces textes-là n'indiquent pas l'endroit du repaire de Túrin, qui est dit ici se trouver à Dimbar.

§261. La première partie de ceci suit les AB 2 (sur "l'arrivée à Hithlum" de Tuor, voir [HoMe] V, p.151), mais l'affirmation que Morwen et Niënor "avaient été emportées jusqu'à Mithrim" semble absolument aberrante.

§263. La forme finale de l'annale concernant Tuor, avec la date changée en 488 et son âge changé en seize ans, et l'apparition de Lorgan, chef des Orientaux, est probablement dérivée de l'histoire dans De Tuor et de sa Venue à Gondolin (Contes et Légendes Inachevés, pp.18-19) : dans le manuscrit de cette œuvre, la date 488 fut insérée contre un paragraphe commençant par "C'est pourquoi Annael amena son petit peuple ..." (p.18), et l'âge de Tuor fut changé de quinze en seize ans dans la même phrase. D'un autre côté, ce texte, tel qu'il fut écrit, contient "après trois années de servitude" (p.19), alors que dans les AG "trois" est une modification de "sept".

§264. Il s'agit de l'annale originelle pour 488. Quand le précédent passage, sur Tuor, se vit donner la date 488, l'entrée concernant Haldir de Nargothrond devint une continuation de cette année. Il est fait référence à cela dans le Lai des Enfants de Húrin ([HoMe] III, p.75, vers 2137-8), où le fils d'Orodreth était nommé Halmir ; Halmir, dans les AB 2, fut changé en Haldir ([HoMe] V, p.138 et note 38), qui est la forme dans les Etymologies (présenté comme signifiant "héro caché", racine SKAL1 [HoMe] V, p.386).

§265. Dans le Q, Blodrin était un Gnome, avec l'ajout ultérieur disant qu'il était un Fëanorien ([HoMe] IV, p.123 et note 5) ; l'histoire relatée ici, selon laquelle il était un des Orientaux loyaux qui devinrent des traîtres après leur capture par Morgoth, est un nouveau développement. Dans le Q, sa nature mauvaise était attribuée au fait qu'il avait "vécu longtemps avec les Nains", et ceci était tiré du Lai ([HoMe] III, p.32). – Sur la question griffonnée, concernant le Heaume du Dragon, voir le §266.

§266. Dans le Q, les messagers de Thingol entraient en scène parce qu'ils avaient été envoyés pour convier Túrin et Beleg à une fête ([HoMe] IV, p.123). – La tentative de développer l'histoire subséquente du Heaume du Dragon, et de la fondre dans l'histoire existante, était par essence très difficile. Ici, les questions surgissent immédiatement : (1) Pourquoi le Heaume du Dragon se trouvait-il à Menegroth ? On pourrait y répondre en supposant que, quand Túrin arriva à Menegroth pour la fête au cours de laquelle il tua Orgof (§259), il amena, de Dimbar, le Heaume avec lui, et qu'après le meurtre il s'enfuit, sans lui, des Milles Voûtes ; d'après cette hypothèse, le Heaume resta en Doriath durant les années qui suivirent (484-9). Mais, (2) en admettant cela, pourquoi Beleg le porterait-il à présent dans les terres sauvages, dans ce qui devait paraître, de manière quasi-certaine, une recherche vaine de Túrin, qui avait été capturé par des Orcs et traîné jusqu'à Angband ? Dans le travail plus tardif de mon père sur la légende de Túrin, il conclut finalement que Túrin avait laissé le Heaume du Dragon à Dimbar quand il était parti à Menegroth, pour la funeste fête, et que (dans l'histoire plus tardive et beaucoup plus complexe) Beleg l'amena de là-bas quand il se rendit à Amon Rûdh, dans la neige de l'hiver : partant de là, dans le passage (extrêmement artificiel) du Silmarillion publié, p.204, "il apportait [de Dimbar] avec lui le Heaume du Dragon de Dor-lómin".

§267. Dans le Lai, de la même manière, c'était Finduilas qui affirmait, contre l'incrédulité et la suspicion à Nargothrond, que c'était réellement Flinding (Gwindor) qui était revenu ([HoMe] III, p.69-71).

§268. Dans ce passage, un nouvel élément intègre l'histoire : Túrin se présentant sous un nom énigmatique, Iarwaeth (cf. le postérieur, Agarwaen "Souillé de sang", Le Silmarillion, p.210), et sa demande à Gwindor de taire son véritable nom, "à cause de l'horreur qu'il éprouvait d'avoir tué Beleg et de la peur que cela se sût en Doriath" ; et apparaît ici aussi la forme finale du nom de l'épée reforgée, Gurthang "Fer de Mort", à la place de l'ancienne, Gurtholfin > Gurtholf ([HoMe] V, p.139 et note 39) "Bâton de Mort" (Gurthang est une modification sur le manuscrit à partir d'un nom rejeté, que l'on ne pouvait lire : la seconde syllabe est tholf, mais la première n'est pas Gur, et la signification donnée est probablement "Bâton de Mort"). La forme Mormegil apparaît dans les Annales précédentes (AB 1), rectifiée en Mormael ([HoMe] IV, p.304 et note 52) ; le Q a Mormaglir, et les AB 2, Mormael.

§§269-72. La majeure partie de ce récit apparaît pour la première fois dans les Annales Grises : Gwindor révélant à Finduilas l'identité de Túrin, la mise en garde qu'il lui fait, et son affirmation que tout le monde en Angband avait connaissance de la malédiction qui pesait sur Húrin ; l'assurance donnée par Túrin à Gwindor, concernant Finduilas, et son mécontentement à son encontre, à cause de ce qu'il avait fait ; l'honneur fait à Túrin par Orodreth quand il apprit qui il était, et l'acceptation par le roi de ses conseils ; l'amour malheureux de Túrin pour Finduilas, le conduisant à vouloir échapper à son trouble par la guerre.

§271. cadeau de mariage : il s'agit du cadeau fait, par le mari à sa femme, le matin suivant le mariage. [NdT : en anglais "morrowgift", composé des mots morrow (matin, matin suivant) et gift (cadeau, avec un sens en anglais ancien qui est cadeau de mariage)]

§272. L'alliance des Elfes de Nargothrond avec Handir de Brethil renvoie aux précédentes Annales ([HoMe] IV, p.305) ; je ne sais pas pourquoi cet élément fut retiré de l'histoire. Voir plus loin le commentaire sur le §300. – Il n'est pas dit ici que le pont sur le Narog avait été bâti sur le conseil de Túrin, mais cela apparaît subséquemment (§277).

§273. Cette annale rejetée pour 492 colle à l'ancienne histoire selon laquelle Meglin fut envoyé par Isfin à Gondolin (toutefois, l'histoire plus tardive, selon laquelle Isfin et Meglin étaient arrivés ensemble à Gondolin, apparaissait bien avant dans le Q : voir §120 et commentaire), et il n'y a aucune trace de l'histoire de la poursuite d'Ëol, de la mort d'Isfin par le trait d'Ëol qui visait Maeglin, ou de l'exécution d'Ëol et de sa malédiction sur son fils, qu'il prononça en mourant.

§275. L'insertion un peu plus tardive, au début de l'annale, remplace l'affirmation figurant plus loin dans ce paragraphe, que Handir fut tué dans la bataille de Tum-halad, qui provient des AB 2 ([HoMe] V, p.139).
La suppression du passage de Glaurung à travers Hithlum, sur son chemin vers Nargothrond (consigné dans les AB 2), permet une grande amélioration des possibilités de la narration. – Eithil Ivrin : anciennement Ivrineithel ([HoMe] V, p.139), "Source d'Ivrin", source du Narog. Il s'agit de la première référence au souillage d'Ivrin par Glaurung.
Le site de la bataille n'est pas rendu clair. Dans le Q, c'était "sur la Plaine Surveillée, au nord de Nargothrond" ([HoMe] IV, p.126), et dans les AB 2 ([HoMe] V, p.139) "entre le Narog et le Taiglin". Dans un travail ultérieur sur le Narn, mon père écrivit dans une des séries d'ébauches narratives :
    Ils rencontrent l'armée des Orcs, qui est plus importante que ce qu'ils en savaient (malgré les éclaireurs de Túrin, qui s'en vantaient). Egalement, nul hormis Túrin ne pouvait résister à l'approche de Glaurung. Il furent repoussés et pressés par les Orcs jusqu'au Champ de Tumhalad, entre le Ginglith et le Narog, et confinés là. Là-bas, l'orgueil et l'armée de Nargothrond s'évanouirent de concert. Orodreth fut tué sur le front de la bataille, et Gwindor mortellement blessé. Alors Túrin vint à lui, et tous s'enfuirent devant lui, et il souleva Gwindor puis le porta hors de la bataille, et [plusieurs mots illisibles] il traversa le Narog à la nage et porta Gwindor vers [?une forêt] d'arbres. Mais Glaurung descendit à l'est du Narog, et se précipita [?sur ?dans] vers Nargothrond avec un grand nombre d'Orcs.

Il s'agit, je pense, de la première affirmation que le site de la bataille se trouvait entre le Ginglith et le Narog ; mais mon père ajouta au crayon, sur la carte, le nom Tumhalad entre ces deux rivières, vers l'endroit où elles se rejoignaient (p.182, case E5). Dans les AG, la fuite de Túrin avec Gwindor "jusqu'à une forêt" est mentionnée, mais pas sa traversée du Narog à la nage. C'est un détail curieux : on peut présumer qu'il traversa le Narog à la nage pour échapper à la bataille, et qu'il descendit le long de la berge est de la rivière, jusqu'au Pont de Nargothrond.
Mais il est difficile de savoir que faire de cette conception tardive du site de Tumhalad. Il semblerait que mon père imaginât à présent Glaurung et l'armée des Orcs comme étant arrivés d'Ivrin vers le sud, sur le côté ouest du Narog ; mais le texte affirme qu'ils "descendirent à l'est du Narog" vers Nargothrond, et par conséquent qu'ils avaient dû également traverser la rivière – en nageant, comme Túrin l'avait fait ? Dans le Silmarillion publié (pp.212-13), ainsi que sur la carte accompagnant le livre, j'étais probablement dans l'erreur en me servant de ce texte, rédigé très à la hâte et énigmatique, pour signaler, d'après lui, le site de Tumhalad. Mais en aucun cas je ne suis sûr que le site originel, la plaine à l'est du Narog, fût toujours présent dans les AG.
Au regard de la note griffonnée, "Túrin portait le Heaume du Dragon dans la bataille", le Heaume fut mentionné pour la dernière fois dans ces notes sur le sujet, figurant en marge, quand Beleg l'amena avec lui de Menegroth dans son périple pour retrouver Túrin, qui le mena à sa mort (voir §266 et commentaire). Mon père a dû supposer, par conséquent, que Gwindor et Túrin l'avaient emporté avec eux à Nargothrond. Ceci fait surgir le problème évident que le Heaume aurait immédiatement révélé l'identité de Túrin ; mais dans les Contes et Légendes Inachevés (pp.154-5), j'ai fait référence à un fragment de texte isolé, figurant parmi le matériau du Narn, qui "nous apprend qu'à Nargothrond, Túrin se refusait à porter le Heaume 'de peur de se faire connaître', mais qu'il s'en coiffa lorsqu'il alla combattre à Tumhalad." Le passage en question se lit :
    Beleg, cherchant le camp des Orcs [en Taur-nu-Fuin], trouve le heaume du dragon – ou fut-il disposé en moquerie sur la tête de Túrin, par les Orcs qui le torturaient ? Ainsi fut-il emporté jusqu'à Nargothrond ; mais Túrin ne voulut plus le porter, de peur qu'il ne révélât qui il était, jusqu'à la Bataille de Dalath Dirnen.

(Dalath Dirnen, la Plaine Surveillée, était la forme précédente ; le nom était ainsi épelé quand il fut inscrit sur la carte, mais y fut changé subséquemment, comme dans les textes, en Talath Dirnen (p.186, §17).)

§276. Contre la première ligne de ce paragraphe, mon père inscrivit une date : "13 oct." ; contre la première ligne du §278, il écrivit "25 oct." ; et contre la première ligne du §288, il écrivit "1er nov". Ces ajouts, très contraires à ses habitudes, doivent se référer aux dates effectives de l'écriture, en (comme je le suppose) 1951.
Dans les AB 2, tout ce qui est dit ici est que "Gwindor mourut, et refusa le secours de Túrin." Il était dit la même chose dans le Q ([HoMe] IV, p.126), et aussi qu'il mourut en faisant des reproches à Túrin : comme je l'avais remarqué ([HoMe] IV, p.184), "l'impression est donnée que les reproches de Flinding (Gwindor), en mourant, avaient pour objet Finduilas. Il n'y a ici, en effet, aucune suggestion qu'on se soit opposé, à Nargothrond, à la politique de guerre ouverte de Túrin". Ici, dans les AG, apparaît le motif, que Gwindor imputait à Túrin sa mort et la ruine de Nargothrond – ou plus précisément il réapparaît, puisqu'il figure de manière claire dans l'ancien Conte de Turambar ([HoMe] II, p.83-4). Les mots de Gwindor, dans les AG, concernant Túrin et Finduilas, sont totalement différents de ceux qui lui étaient attribués dans le Q, et apparaît à présent l'idée de l'importance suprême, pour Túrin, de son choix concernant Finduilas : mais il s'agit là de nouveau d'une réapparition, par rapport au Conte, où son choix est explicitement réprouvé ([HoMe] II, p.87).

§277. Le fait que le secours de Túrin à Gwindor permît à Glaurung et à sa troupe d'atteindre Nargothrond avant lui, est un élément nouveau dans la narration.
C'est un endroit adéquat pour décrire un texte dont la relation avec les Annales Grises est très curieuse. Le texte lui-même avait été donné dans les Contes et Légendes Inachevés, pp.159-62 : l'histoire de l'arrivée à Nargothrond des Elfes noldorins, Gelmir et Arminas, pour prévenir Orodreth du danger qui le menaçait, et de leur accueil brutal par Túrin. Il y a à la fois un manuscrit (basé sur une ébauche au brouillon, très grossière, écrite sur une feuille) et un tapuscrit, avec copie carbone, tapé par mon père sur la machine à écrire qu'il semble avoir utilisée pour la première fois vers la fin 1958 (voir [HoMe] X, p.300). Le manuscrit n'a pas de titre ni d'intitulé, mais commence (de même que le brouillon grossier et le tapuscrit) avec la date "495". L'original du tapuscrit a un intitulé, ajouté à la main : "Insertion pour la forme plus longue du Narn", alors que la copie carbone a l'intitulé, également ajouté à la main, "Insertion pour les Annales Grises", mais ceci fut modifié dans le sens de l'original.
La chose curieuse est que, alors que le manuscrit n'a pas de caractéristiques "annaliques", à part la date 495, le tapuscrit, lui, commence avec le mot annalique "Ici" (un usage issu de la Chronique Anglo-Saxonne) :
    Ici, Morgoth attaqua Nargothrond. Túrin commandait à présent toutes les forces de Nargothrond, et gérait tout ce qui concernait la guerre. Au printemps vinrent deux Elfes, et ils avaient pour noms Gelmir et Arminas ...

En outre, alors que le manuscrit ne va pas plus loin que le texte édité dans les Contes et Légendes Inachevés, se finissant par les mots "Car cela, au moins, des paroles d'Ulmo, ils avaient déchiffré correctement", le tapuscrit, lui, ne s'arrête pas là et continue :
    Ici, Handir de Brethil fut tué au printemps, peu de temps après le départ des messagers. Car les Orcs envahirent sa contrée, cherchant à sécuriser les gués du Taiglin, en vue de leur progression ultérieure ; et Handir leur donna à combattre, mais les Hommes de Brethil furent vaincus et repoussés dans leurs forêts. Les Orcs ne les poursuivirent pas, car ils avaient atteint leur objectif pour cette fois ; et ils continuèrent à masser leur force dans les passes du Sirion.
    Tard dans l'année, ayant [enlevé : rassemblé sa force et] accompli son dessein, Morgoth donna enfin l'assaut sur Nargothrond. Glaurung, l'Urulókë, franchit l'Anfauglith, et alors arriva dans les vals du nord du Sirion, et causa là un grand mal ; et, au bout du compte, il arriva sous l'ombre d'Eryd Wethian [sic], menant la grande armée des Orcs dans son sillage ...

Le texte se poursuit alors de manière presque identique à celle des Annales Grises, §§275-6, se concluant avec les mots de Gwindor, à la fin du §276 : "Si à elle tu faillis, lui ne manquera pas de te trouver. Adieu !" La seule différence significative avec le texte des Annales, est l'affirmation qu'à la bataille de Tum-halad, Túrin "se coiffa du Heaume du Dragon de Hador" ; ceci, toutefois, avait été dit dans une note en marge du §275 des AG.
Ceci est très intrigant. En prenant en considération le contenu du manuscrit originel de "Gelmir et Arminas", rien ne semble s'opposer à l'hypothèse que mon père l'écrivit comme une insertion aux Annales Grises et, en effet, en apparence comme dans le style de l'écriture, il pourrait provenir de l'époque où il travaillait sur elles, avant la publication du Seigneur des Anneaux. L'énigme repose dans la motivation de mon père à concevoir, des années plus tard, un tapuscrit du texte et à lui ajouter un matériau pris directement aux Annales Grises, qui renforçait spécifiquement la place de "Gelmir et Arminas" dans le contexte annalique – de même que l'incertitude, montrée dans les intitulés de la copie carbone, quant à la place qui devait réellement être la sienne. Subséquemment, il mit en effet entre parenthèses, sur le tapuscrit, la date et les mots d'ouverture, "495 Ici, Morgoth attaqua Nargothrond", et retira les mots "Ici" et "au printemps" au commencement du passage cité plus haut, supprimant ainsi les évidentes caractéristiques annaliques ; mais la conclusion incontournable semble être que, quand il réalisa le tapuscrit, il ait pu encore envisager les Annales comme élément de la tradition, consignée, des Jours Anciens. (On peut voir une curieuse relation entre une continuation des Annales, réalisée après que le manuscrit principal a été interrompu, et le commencement de l'œuvre tardive, The Wanderings of Húrin : voir pp.251-4, 258-60.)
Il serait bon de mentionner que certains noms figurant dans le texte, "Gelmir et Arminas", tel qu'imprimé dans les Contes et Légendes Inachevés, furent des modifications éditoriales effectuées dans un souci de cohérence : à la fois dans le manuscrit et dans le tapuscrit, Gelmir se réfère à Orodreth en tant que "fils de Finrod", changé en "fils de Finarfin" ; Iarwaeth fut changé en Agarwaen (le nom plus tardif, trouvé dans les papiers du Narn) ; et Eledhwen fut repris à partir du manuscrit (Eleðwen), au lieu de Eðelwen, du tapuscrit (la forme utilisée dans The Wanderings of Húrin).


§§278-85. Ce passage, décrivant la rencontre fatidique de Túrin et de Glaurung, développe de manière très importante la narration sommaire du Q ([HoMe] IV, p.126-7), mais, dans sa majeure partie, il n'est pas, essentiellement, en désaccord avec l'ancienne version et, à certains endroits, lui fait écho. D'un autre côté, il y a une différence importante dans le motif central. Dans le Q ([HoMe] IV, p.126), le dragon lui offrait la liberté "pour sauver son 'amour volé', Finduilas, ou alors pour accomplir son devoir et partir à la rescousse de sa mère et de sa sœur ... Mais il dut jurer d'abandonner l'une ou l'autre chose. Alors Túrin s'angoissa et, dans le doute, abandonna Finduilas à contrecœur ..." De l'autre côté, dans l'histoire des Annales Grises, Túrin n'a pas le choix : sa volonté était prisonnière de celle de Glaurung, quand Finduilas fut emmenée, et il était physiquement incapable de bouger. Le Dragon dit en effet à la fin : "Et si tu t'attardes pour Finduilas, alors jamais ne reverras-tu Morwen ou Niënor ; et elles te maudiront", mais il s'agit d'un avertissement et non d'un choix offert. Dans tout ceci, Glaurung apparaît comme un tortionnaire, avec un pouvoir total sur sa victime, aussi longtemps qu'il choisit de l'exercer, moralement supérieur et supérieur en savoir, sa corruption, sans pitié, lui permettant d'afficher un air presque bienveillant, de celui qui sait ce qui est le mieux : "Alors Túrin … comme s'il traitait avec un ennemi qui aurait pu connaître la pitié, crut les paroles de Glaurung".

§280. Ici, la note complémentaire au crayon, au sujet du Heaume du Dragon, qui indique que quand Túrin le portait, il pouvait résister au regard de Glaurung, peut être quelque peu développée. J'ai présenté, à la fin du commentaire sur le §275, une note sur la récupération du Heaume du Dragon, quand Túrin fut sauvé des Orcs en Taur-nu-Fuin, d'où il partit à Nargothrond. Cette note se poursuit avec un compte-rendu de la rencontre de Túrin avec Glaurung, devant les Portes de Felagund (voir Contes et Légendes Inachevés, p.155). Ici, il est dit que Glaurung désirait priver Túrin de l'aide et de la protection du Heaume du Dragon, et qu'il le railla, disant qu'il n'avait pas le courage de le regarder en face.
    Et, de fait, telle était la terreur qu'inspirait le Dragon, que Túrin n'osait le regarder droit dans les yeux, mais avait tenu baissée la visière de son heaume, de manière à se protéger le visage ; et, tout en parlant, il n'avait pas levé les yeux plus haut que les pattes de Glaurung. Mais ainsi mis au défi, dans son orgueil et sa témérité, il releva sa visière et regarda Glaurung droit dans les yeux.

En haut de la page, mon père nota qu'il faudrait dire quelque chose au sujet de la visière, "comment elle protégeait les yeux de toutes les flèches (et des yeux de dragon)". Ce texte, ou plutôt l'idée qu'il contient, est de toute évidence à l'origine de la note dans les AG, et les derniers mots de cette note, "Alors le Ver, percevant cela", auraient sans aucun doute amené une phrase induisant que Glaurung raillerait Túrin pour sa couardise, dans le but de le lui faire enlever (cf. la note en marge, au §284 – qui n'est pas vraiment à la bonne place). Une affirmation complémentaire, au sujet de la visière du Heaume, se trouve dans le Narn (Contes et Légendes Inachevés, p.75, un développement du passage du Chapitre 17 du QS, [HoMe] V, p.319) : "Il avait une visière (semblable à celles qu'utilisaient les Nains dans leurs forges pour s'abriter les yeux), et le visage de qui le portait jetait l'épouvante, mais restait, lui, à l'abri de toute flèche et de toute flamme." Il est dit ici que le Heaume fut à l'origine conçu pour Azaghâl, Seigneur de Belegost, et l'histoire, sur la façon dont il parvint à Húrin, est racontée.
Dans le Silmarillion publié (p.210), j'ai emprunté un passage à un autre texte, dans le vaste ensemble des papiers du Narn, qui raconte comment Túrin trouva, dans les armureries de Nargothrond, "un masque de nain, tout doré", et comment il le porta dans la bataille. Il semble probable que cette histoire soit apparue à un stade où mon père considérait le Heaume du Dragon comme perdu, et exclu de l'histoire (à la sortie de Dor-Cuarthol, le Pays de l'Arc et du Heaume, quand Túrin fut capturé par les Orcs), et j'ai étendu son utilisation par Túrin à la bataille de Tumhalad (p.212).

§§287 et s. De la Bataille de Tumhalad jusqu'à la fin du conte de Túrin, le texte des Annales Grises était pratiquement la seule source de la dernière partie du Chapitre 21 "Túrin Turambar" du Silmarillion publié (pp.213-26). Toutefois, apparaît à présent dans l'histoire un élément que je ne connaissais pas, ou plus précisément que j'avais mal interprété, quand j'avais préparé le texte du Narn pour la publication dans les Contes et Légendes Inachevés, et qui doit être clarifié. A cette époque, j'avais l'impression que la dernière partie du Narn (du début de la section intitulée Le Retour de Túrin à Dor-lómin, jusqu'à la fin, Contes et Légendes Inachevés, pp.104-46) était un texte relativement tardif, associé à tout les écrits du Narn qui (en termes de narration) le précèdent ; et j'ai supposé que l'histoire, dans les Annales Grises (avec laquelle la dernière partie du Narn est de toute évidence en relation étroite, malgré sa longueur, beaucoup plus importante), le précédait de quelques années, qu'il s'agissait en fait d'une élaboration de l'histoire des Annales.
Cette façon de voir est totalement erronée, et elle était due à mon échec dans une étude suffisamment stricte des textes (conservés dans des lieux différents) qui précédaient le texte final de l'histoire du Narn. En fait, il devient rapidement clair (comme on le verra dans le commentaire qui suit) que le long récit, dans les Annales Grises, était basé directement sur le texte final de celui du Narn, et était un condensé de ce texte, concordant avec lui sur presque tous les points. Le manuscrit de ce dernier est, en apparence comme dans le style de l'écriture, très similaire à celui des Annales d'Aman et des Annales Grises, et appartient sans aucun doute à la même période (supposément 1951). Ainsi, l'amélioration et le développement massifs de la tragédie finale, à Brethil, constitue encore une œuvre majeure de plus dans la période prolifique qui suivit l'achèvement du Seigneur des Anneaux (voir Morgoth's Ring, pp.vii et 3).
Le manuscrit fut intitulé (plus tard) "Les Enfants de Húrin : dernière partie" et, en haut de la première page, mon père écrivit "Partie des 'Enfants de Húrin', donnée dans sa pleine dimension". Je consacrerai une bonne partie du commentaire suivant pour montrer comment, en des occasions plus importantes, mon père développa la narration dans le Narn. Il faut se souvenir que la dernière version qu'il avait écrite était l'histoire, très résumée, du Quenta (Q) de 1930 ([HoMe] IV, p.127-30), derrière laquelle repose "le Silmarillion primitif " ou "Esquisse de la Mythologie" ([HoMe] IV, p.30-1) et, derrière cela, l'ancien Conte de Turambar et le Foalókë ([HoMe] II, p.88-112).
Je ne ferai pas de comparaison détaillée entre la nouvelle narration et les formes plus anciennes correspondantes, ni entre la dernière partie du Narn et les Annales Grises. Puisqu'il est, évidemment, hors de question de réimprimer la dernière Edition du Narn dans ce livre, je dois me référer au texte figurant dans les Contes et Légendes Inachevés, qui est très proche de la forme finale du texte dans le manuscrit, mais qui présente quelques modifications secondaires dans l'écriture ; l'utilisation de "vous" au lieu des "tu" et "toi" de l'original ; et quelques formes de noms plus tardives. Afin d'éviter toute ambiguïté, j'identifierai la dernière partie du Narn par les lettres "NE" (i.e. "Fin du Narn" [NdT : en anglais, NE = Narn End]), ainsi "NE p.132" doit être compris comme désignant le texte du Narn dans les Contes et Légendes Inachevés, à la p.132. Là où cela est nécessaire, je distingue le manuscrit, ou les manuscrits, en tant que tels, du texte imprimé. Il existe également un tapuscrit dactylographié du NE.

§290. L'ajout concernant la mort de Handir de Brethil, rejeté ici, réapparaît au début de l'annale 495 (§275).

§291. Les noms Amon Obel et Ephel Brandir apparaissent à présent pour la première fois ; ils étaient indiqués sur la deuxième carte (voir le nouveau dessin, p.182, case E7). Sur la correction, concernant Handir de Brethil, voir §275 et commentaire.

§292. L'ouverture du NE (p.104) est presque la même que celle de la section réécrite des AG, plus proche que de celle de sa forme originelle (§287). Ceci doit s'expliquer, je pense, par l'hypothèse que mon père travaillait (en tout état de cause ici) sur les deux versions en même temps. – Dans chacun des textes, "quatre-vingt lieues" fut changé en "quarante lieues" ; mesurée en ligne droite, la distance entre Nargothrond et Ivrin, sur la deuxième carte, était de 8cm, représentant 41,6 lieues (voir [HoMe] V, p.412).

§293. Contre Dorlómin, mon père écrivit dans la marge la forme Quenya, Lóminórë, mais il n'enleva pas Dorlómin.

§294. Il est rendu clair dans le texte plus tardif, duquel est dérivée la section du Narn, Le Départ de Túrin, que Brodda épousa de force la parente de Húrin, Aerin (forme plus tardive de Airin), avant que Túrin ne quittât Dor-lómin (voir Contes et Légendes Inachevés, p.69) ; dans les AG, Túrin apprend cela seulement à présent, sur son retour, et c'était certainement aussi le cas dans le NE. Airin devient à présent la parente de Húrin, et pas Morwen, comme elle l'était dans le Q et le QS, et l'est toujours dans la forme rejetée (§288) du présent passage.
On voit dans le NE (p.106) que l'histoire de l'amitié d'enfance de Túrin avec le boiteux Sador Labadal était déjà en gestation, bien qu'elle ne fût pas encore écrite (les parties du récit du Narn, précédant le NE, étant incontestablement plus tardives) ; dans les AG, cette histoire n'est aucunement suggérée, mais je considère comme certain que cela soit dû simplement à l'extrême condensation ici de la narration : la longue conversation, dans le NE, entre Túrin et Sador, et la "reconnaissance" de Sador, avant même que Túrin n'entrât dans la demeure de Brodda, sont réduites à quelques lignes dans les Annales. Dans cette conversation, et par la suite, le texte du NE utilise "tu" et "toi" tout du long, mais ensuite mon père les changea quelques fois en "vous", et quelques fois non. Il semble possible que, là où les changements furent opérés, ce fut en raison du fait que les interlocuteurs utilisaient le "pluriel de politesse" (comme Sador envers Túrin quand il découvrit qui il était) ; mais dans le texte publié, j'ai adopté "vous" tout du long. – Là où dans le NE (p.105), Sador parle de "Húrin, fils de Galdor", le manuscrit a "Húrin, fils de Galion". Galion étant encore à cette époque le nom du père de Húrin.

§§295-7. L'épisode complet, dans le NE (pp.106-9), venant après l'entrée de Túrin dans la demeure de Brodda, un développement massif des mots sommaires du Q ([HoMe] IV, p.127 et note 9), est de nouveau considérablement réduit dans ces paragraphes, et beaucoup y est omis : ainsi, il n'y a aucune mention de la rixe générale, d'Airin incendiant la demeure, ou d'Asgon, l'homme de Dor-lómin (qui réapparaîtra).

§298. Cette annale datée 496, qui concerne Tuor, reprend l'entrée évoquant son départ de Mithrim, à la fin de l'annale 495, dans la section rejetée du manuscrit (§290). Elle est basée sur celle des AB 2 ([HoMe] V, p.140), et colle toujours à l'ancienne histoire selon laquelle Tuor rencontra Bronwë (Voronwë) aux bouches du Sirion ; ainsi, elle fut rédigée avant que l'ajout au §257 ne fût réalisé, par lequel Voronwë devenait l'unique survivant des sept bateaux envoyés dans l'Ouest, et était jeté sur les rivages de Nivrost (voir le commentaire sur ce paragraphe).

§299. Tuor naquit en 472 (§251), fut asservi par Lorgan en 488, alors qu'il avait seize ans, et endura l'esclavage pendant trois ans, donc jusqu'en 491 (§263) et, en 495, avait vécu comme un hors-la-loi dans les collines de Mithrim pendant quatre ans.
Cette annale remplace les deux précédentes entrées concernant Tuor (§§290, 298). Ici, la très ancienne histoire, selon laquelle Tuor descendait vers les bouches du Sirion, est enfin abandonnée, et Ulmo apparaît à Tuor en Nivrost ; Voronwë, jeté sur les rivages de Nivrost, conduit à présent Tuor à l'est, vers Gondolin, le long des faces méridionales des Montagnes de l'Ombre. Apparaît ici également l'histoire selon laquelle ils virent Túrin à Ivrin, alors qu'il voyageait de Nargothrond vers le nord, et il se pourrait bien que ceci entre en compte dans le changement de date, de 496 en 495 ; mais il n'est pas fait référence à l'arrivée de Tuor à l'ancienne résidence de Turgon à Vinyamar, et au fait qu'il ait trouvé les armements abandonnés là longtemps auparavant, sur le conseil d'Ulmo.
Pour la demande d'Ulmo à Turgon dans le Q, où elle apparaît dans deux versions, voir [HoMe] IV, p.142, 146-7, et mes remarques [HoMe] IV, p.193-4. Dans les AG, il n'y a aucune allusion au conseil d'Ulmo, selon lequel Turgon devait se préparer pour une grande guerre contre Morgoth, et que Tuor serait son agent dans le regroupement, sous ses bannières, de nouvelles nations d'Hommes en provenance de l'Est.
Ailleurs dans les AG, la modification est toujours Glindûr > Maeglin ; Meglin > Glindûr dépend ici de l'époque de l'écriture car, pendant que mon père travaillait sur les Annales, les enchaînements devinrent Meglin > Glindûr > Maeglin.

§300. Le manuscrit ne comporte pas de date ici, mais il est clair qu'il devrait y en avoir une (il s'agit de toute évidence de 496, plus loin dans l'annale, où "avec le début du printemps, Túrin chassa l'obscurité qui était en lui", §303) ; dans la version rejetée du texte, la date 496 est donnée à ce point (§291), et dans le manuscrit du NE également. L'omission est due à l'entrée rejetée (la seconde), concernant Tuor (§298), qui avait été datée 496.
L'épellation Taiglin se trouve également dans le NE ; Teiglin, dans chacun des textes publiés, est une modification éditoriale vers une forme plus tardive (voir pp.228, 309-10).
L'histoire selon laquelle Túrin sauvait des hommes de Brethil d'une attaque d'Orcs, tirée du rapide récit de l'incident dans le NE (p.110), est un élément nouveau dans la narration. Toutefois, il doit être noté que, comme le NE fut écrit en premier, il n'y avait aucune mention à son sujet ; le texte originel dit seulement que, quand Túrin rejoignit quelques uns des gens de Haleth, en Brethil,
    ... les hommes qui virent Túrin lui souhaitèrent la bienvenue, et même ainsi, semblable à un vagabond sauvage, ils le reconnurent comme le Mormegil, le grand capitaine de Nargothrond, et ami de Handir ; et ils s'émerveillèrent du fait qu'il se fût échappé, puisqu'ils avait entendu que nul n'était sorti vivant de la forteresse de Felagund. Par conséquent, ils l'invitèrent à venir se reposer un temps parmi eux.

A la suite de ceci, se trouve un bref passage préliminaire, dans lequel le secours apporté par Túrin aux hommes de Brethil, contre l'attaque des Orcs, est introduit, et enfin le récit complet de l'incident, tel qu'il figure dans le NE. Ainsi, on voit clairement que cette histoire apparut au cours de l'écriture du NE, de même que le fait que les forestiers déduisissent que l'étranger était le Mormegil, après que Túrin tomba dans son évanouissement de tristesse. Chacun de ces éléments est présent dans la version des AG. Ceci est l'une des nombreuses preuves indiscutables que la dernière partie du Narn précéda les Annales Grises.
Il est dit également, dans le passage rejeté du NE, que quand Túrin parla aux forestiers de sa quête de Finduilas :
    ... ils le regardèrent avec tristesse et pitié. "Ne cherche plus !" dit l'un deux. "Car vois ! Les rares de nos hommes qui réchappèrent de Tum-halad nous ont avertis qu'une troupe d'Orcs venant de Nargothrond était parvenue aux gués du Taiglin, marchant lentement à cause du nombre de leurs prisonnières. ..."

Dans le texte final, l'affirmation que les forestiers combattirent à Tumhalad disparaît (et Dorlas dit, au sujet de leur embuscade sur la troupe d'Orcs de Nargothrond, "nous désirions apporter notre petite contribution à la guerre", NE p.111). Ceci doit être mis en relation avec l'information figurant dans les AG, et qui fut enlevée, selon laquelle les Elfes de Nargothrond "s'allièrent avec Handir" (§272 et commentaire), et Handir fut tué à Tumhalad (§275 et commentaire).

§§301-3. La narration (le condensé de celle du NE, pp.109-12) élargit grandement celle du Q ([HoMe] IV, p.127) : les nouveaux éléments sont "Homme Sauvage des Bois", Dorlas, et le Hauð-en-Ellas où Finduilas fut étendue, près des Gués du Taiglin, qui n'avaient pas été nommés auparavant ; Dorlas réalisant que l'étranger devait être le Mormegil, Túrin, fils de Húrin, selon la rumeur (dans le Q, il n'y a pas d'indication que les forestiers sussent qui il était avant la fin) ; le pressentiment de Brandir, quand il vit Túrin sur le brancard, et la guérison qu'il apporta à Túrin ; Túrin laissant de côté l'épée noire. L'ancienne histoire, dans le Q ([HoMe] IV, p.129), selon laquelle Túrin devint seigneur des forestiers, est à présent abandonnée : Brandir, comme il apparaîtra plus tard dans la narration (§323, NE p.132), resta le souverain en titre (et, dans le NE, p.129, lors du conseil qui fut tenu avant que Túrin se préparât à partir à la rencontre de Glaurung, il "s'assit en effet sur le haut siège du maître de l'assemblée, mais ne fut pas écouté").

§301. Hauð-en-Ellas : la forme plus tardive – Elleth fut griffonnée à la fois sur le manuscrit du NE et sur celui des AG, et Haudh-en-Elleth se trouve dans une trame d'histoire, au milieu des papiers plus tardifs du Narn (p.256) ; ce fut adopté à la fois dans le NE et dans Le Silmarillion. La traduction "Tertre de la Damoiselle Elfe", qui ne figure pas dans les AG, fut introduite dans Le Silmarillion, à partir du NE (p.112), et la comparaison des textes montrera un certain nombre d'autres occurrences, qui ne sont pas consignées ici, de cette association.

§302. Contre le nom Ephel Brandir, dans le NE (p.110), mon père écrivit, de manière peu claire, sur le tapuscrit dactylographié qui fut réalisé à partir du manuscrit : Obel Halad et "… du chef" ; le mot illisible pourrait être "Tour", mais il ressemble plus à "Ville". "Ville du Chef" est assez probablement l'interprétation correcte, si ville est utilisé dans son sens ancien, de "demeure ceinte" [NdT : en anglais, "Tower" et "Town", d'où la possible confusion. En français, la même explication peut être reprise pour le mot "ville" : du latin villa (maison de campagne) ; beaucoup de maisons de campagne latines étant à l'origine de villages, de bourgs, de cités, villa a, dans le français, pris le sens de ville.] (voir [HoMe] XI, p.292, et mes remarques sur le nom Tavrobel dans [HoMe] V, p.412). Pour Obel Halad, voir pp.258, 263.

§303. Dans les AG, le pressentiment de Brandir, concernant Turambar, lui vint après qu'il eut entendu "les nouvelles que Dorlas apporta" et, par conséquent, il savait qui était étendu sur le brancard ; alors que dans le NE (p.111), son pressentiment est plus prophétique, et moins "rationnel" (voir Contes et Légendes Inachevés, p.111 et note 21). Dans le NE, Turambar "laissa son épée noire de côté", en réponse à la mise en garde de Brandir (p.112), mais ceci a disparu dans les AG.

§305. La nouvelle narration est ici développée plus avant, à partir du Q ([HoMe] IV, p.128), où Thingol céda tant aux larmes et aux supplications de Morwen, qu'il envoya une compagnie d'Elfes vers Nargothrond pour rechercher la vérité. "Avec eux chevaucha Morwen ..." ; à présent, elle chevauche seule et les Elfes sont envoyés après elle. La raison pour laquelle Niënor se joignit, déguisée, aux cavaliers elfes, est à présent plus complexe ; et Mablung, totalement absent de l'histoire dans le Q (et dans les AB 2), apparaît dans la narration.
Il y a, dans les AG, un très grand condensé de l'histoire, élaborée, racontée dans le NE (pp.112-16), mais la structure narrative reste la même (la fuite de Morwen, suivie par la compagnie conduite par Mablung). Dans le NE, Thingol avait déjà l'intention d'envoyer une troupe à Nargothrond, indépendamment de la volonté de Morwen de partir.
Dans le Q, il semble certain que la présence de Niënor ne fut jamais révélée à la compagnie, y compris Morwen (voir mes remarques, [HoMe] IV, p.185). Le fait qu'elle ait été découverte au moment de passer les Lacs de l'Obscurité n'est pas mentionné dans les AG, mais qu'elle l'ait été à un moment donné est induit par les mots "Mais Morwen... ne put être persuadée" (i.e. par la présence de Niënor) ; et Niënor fut déposée, avec Morwen, sur la Colline des Espions. Le condensé, dans les Annales, de l'histoire du NE, occasionne ici une certaine opacité et, dans le passage du Silmarillion (p.217) correspondant à ce paragraphe, j'ai utilisé les deux versions (et également le Q), bien qu'à l'époque j'interprétasse mal leurs corrélations.
La référence, dans le NE (p.114), aux passages cachés des Lacs de l'Obscurité, non mentionnés ici, a disparu dans les AG. Dans le NE, la phrase "car par ce chemin des messagers seraient allés et venus, entre Thingol et sa parentèle à Nargothrond" se poursuit dans le manuscrit par "avant la victoire de Morgoth" (i.e. à Tumhalad), et ces derniers mots furent changés en "avant la mort de Felagund". Ceci fut omis dans le texte publié, dans la perspective de la référence ultérieure (Contes et Légendes Inachevés, p.153) aux proches relations d'Orodreth avec Menegroth : "Il [Orodreth] suivait en toutes choses les avis de Thingol, avec qui il échangeait des messages par des voies secrètes".
Ici apparaît (dans les deux versions) le nom elfique de la Colline des Espions (la Colline d'espionnage, NE), Amon Ethir, et également (dans le NE seulement) son origine, qui n'a jamais été donnée auparavant : "un tertre aussi grand qu'une colline que Felagund fit ériger avec force labeur, il y a longtemps, sur la plaine devant ses Portes". Dans les deux versions, elle est à une lieue de Nargothrond ; dans le Q ([HoMe] IV, p.128), elle était "à l'est de la Plaine Surveillée", mais Morwen put voir, depuis son sommet, la sortie de Glaurung. Sur la première carte (suivant la p.220, dans le Vol.IV), elle semble se trouver loin à l'est, ou au nord-est, de Nargothrond (bien que la "Colline des Espions" soit nommée sur la carte, sa position exacte n'est pas parfaitement claire, [HoMe] IV, p.225) ; sur la deuxième carte, elle n'est pas nommée, mais s'il s'agissait de l'élévation signalée dans la case F6 (p.182), elle semblait loin de Nargothrond (environ 15 lieues).

§306. "Mais Glaurung était informé de tout ce qu'ils faisaient" : là où le NE (p.117) dit de Glaurung que son regard "portait beaucoup plus loin que la vue acérée des Elfes", une forme rejetée du passage contient l'affirmation, notable : "En effet, ses yeux cruels voyaient plus loin que ceux des Elfes eux-mêmes (qui surpassaient de trois fois ceux des Hommes)." De même, là où il est dit, dans le NE, que Glaurung "allait vite, car c'était un ver énorme mais néanmoins souple et agile", le manuscrit se poursuit, mais ce fut mis plus tard entre parenthèses, par "et il pouvait aller aussi vite qu'un homme pouvait courir, et ne pas s'épuiser en cent lieues."

§307. "Ainsi les dames furent perdues, et de Morwen, en vérité, peu de nouvelles fiables parvinrent jamais à Doriath par la suite" : ainsi, de même plus loin dans le NE (p.121) : "ni alors ni jamais plus, en Doriath comme à Dor-lomin, on ne devait apprendre quoi que ce soit de certain sur son sort", mais contre ceci mon père inscrivit un X, dans la marge du tapuscrit. Dans le NE, le passage (p.118) décrivant comment un des cavaliers elfes la vit, alors qu'elle disparaissait dans les brumes, criant Niënor, remplaça ce qui suit :
    Au bout d'un moment, Morwen sortit subitement des brumes, et, tout près, se trouvaient là deux cavaliers elfes ; et, qu'elle le voulût ou non, son cheval la porta rapidement, avec eux, vers Doriath. Et les cavaliers la réconfortèrent, disant : "Sous notre garde, vous devez aller. Mais d'autres veilleront sur votre fille. Il est vain de s'attarder. N'ayez point de crainte ! Car elle a été mise en selle, et il n'est d'autre cheval qui se hâterait plus à échapper à la puanteur du dragon. Nous la trouverons en Doriath."

Ceci est un autre exemple de l'antériorité, dans l'écriture, du NE par rapport aux AG ; car ce texte rejeté suivait apparemment l'ancienne histoire du Q ([HoMe] IV, p.128), selon laquelle Morwen retourna en Doriath. – Dans le Q, Niënor, dont la présence n'avait jamais été révélée (voir commentaire sur le §305), ne se rendait pas à la Colline des Espions avec Morwen, mais rencontrait le Dragon sur les rives du Narog.
Dans le passage du NE (p.118) décrivant les yeux de Glaurung, quand Niënor se trouva face à face avec lui au sommet de la colline, les mots "c'étaient des yeux terribles, d'où dardait l'esprit maléfique de Morgoth, son Maître" contiennent une modification éditoriale : le manuscrit se lit "l'esprit cruel de Morgoth, qui l'engendra" (cf. [HoMe] IV, p.128). Mon père souligna les trois derniers mots au crayon, et il nota en bas de la page, de manière peu claire et difficilement lisible : "Glaurung doit être un démon [??contenu dans une forme de ver]." Sur l'apparition, à cette époque, de l'idée selon laquelle Melkor ne pouvait, de lui-même, rien concevoir qui possédât la vie, voir [HoMe] X, p.74, 78.

§§309-12. Dans ce passage, il y a un grand développement complémentaire (condensé à partir du NE, pp.119-21), à la suite de l'ensorcellement de Niënor. Apparaît à présent l'exploration, par Mablung, des halls abandonnés de Nargothrond ; sa découverte de Niënor sur Amon Ethir, à la tombée de la nuit ; la rencontre avec les trois autres Elfes de la compagnie de Mablung ; l'entrée secrète de Doriath, près de l'endroit où confluait l'Esgalduin ; leur attaque par des Orcs, alors qu'ils dormaient, et le massacre des Orcs par Mablung et ses compagnons ; la fuite de Niënor, nue ; et le retour de Mablung en Doriath, ainsi que sa recherche, qui s'ensuivit pendant trois années, de Morwen et de Niënor. Dans le Q, il n'y a rien de tout ça ; et c'était Turambar, avec un groupe de forestiers, qui tuait les Orcs qui poursuivaient Niënor ([HoMe] IV, p.128-9).

§310. Là où les AG ont "la porte secrète" de Doriath, près de l'endroit où l'Esgalduin rejoignait le Sirion, le NE (p.120) a "le pont surveillé". On s'attend plus, en effet, à trouver un pont qu'une porte, car la Marche occidentale de Doriath, Nivrim, se trouvait au sein de la Ceinture de Melian ([HoMe] V, p.261-2).

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Le jour est venu ! Ô, peuple des Eldar et vous, Pères des Hommes, le jour est venu !.


Dernière édition par Eru le 11 Nov 2006 17:56; édité 10 fois
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MessagePosté le: 26 Oct 2006 23:16     Sujet du message: Répondre en citant

§312. De manière similaire, dans le manuscrit du NE, après "tant et si bien qu'elle alla nue" (p.121), les mots "hormis le court jupon elfe, arrivant au-dessus du genou, qu'elle avait porté dans son déguisement" furent mis entre parenthèses, pour être exclus.

§317. Les Chutes de Celebros. Dans le NE, le passage commençant par "Le matin, ils portèrent Níniel à Ephel Brandir" (pp.122-3) remplaça un texte antérieur, comme suit :
    Au matin, ils portèrent Níniel jusqu'à Ephel Brandir. A présent, se trouvait sur le chemin un bel endroit, un parterre vert au milieu de bouleaux blancs. Là-bas un flot, dévalant en cascade d'Amon Obel, pour trouver son chemin vers le Taiglin, passait sur le rebord d'une roche usée, et tombait dans un bassin rocheux loin en contrebas, et l'air tout entier était empli d'une douce vapeur, dans laquelle le soleil se reflétait en de multiples couleurs. Par conséquent, les forestiers appelèrent ces chutes Celebros, et prirent plaisir à se reposer là un moment.

Le nom Celebros apparut pour la première fois dans le Q, "les Chutes du Bol d'Argent" > "les Chutes de Celebros, l'Argent d'Ecume", et les chutes se trouvaient dans le Taiglin (voir [HoMe] IV, p.129 et note 14). Dans les AG, les chutes sont toujours appelées Celebros, comme dans le passage du NE qui vient d'être cité, duquel celui-ci est tiré, mais, comme dans ce passage, mon père les avait à présent placées dans la cascade tombant d'Amon Obel et affluant vers le Taiglin.
Dans le manuscrit du NE, toutefois, le passage fut réécrit, et c'est le texte réécrit qui figure dans les Contes et Légendes Inachevés, pp.122-3 : "Le matin, ils portèrent Níniel à Ephel Brandir, et la route était raide, qui gravissait les pentes de l'Amon Obel, jusqu'à l'endroit où elle traverse un torrent tumultueux, le Celebros", etc. Ainsi, Celebros devient le nom de l'affluent et, dans la continuation de ce passage réécrit, les chutes elles-mêmes deviennent Dimrost, les Marches Pluvieuses. Ce changement ne fut pas porté sur le texte des AG, mais il fut intégré au Silmarillion (p.220).
Sur le sujet, curieux, de l'utilisation dans chaque version du nom Nen Girith, "Eau Frissonnante", comme s'il était dû au frissonnement ressenti par Níniel, quand elle arriva pour la première fois là-bas, plutôt qu'à la nature prophétique de ce frissonnement, dont la signification n'apparut pas jusqu'à ce que Turambar et elle mourussent, voir [HoMe] IV, p.186-7, où je traite de cela de manière complète.

§318. Dans le Q ([HoMe] IV, p.129), il était dit que Brandir céda le commandement des forestiers à Turambar (voir commentaire sur les §§301-3), et que "il fut toujours loyal à Turambar ; bien qu'amère fut son âme, quand il ne put pas gagner l'amour de Níniel." Ceci n'est pas dit dans les AG (ou dans le NE) ; mais, d'un autre côté, il n'y avait rien dans le Q sur le fait que Níniel retarda le mariage, ni sur le fait que Brandir chercha à la retenir, en se basant sur ses pressentiments, ni encore sur celui que Brandir lui révéla l'identité de Turambar – dans le Q, en effet, comme je l'ai mentionné (commentaire sur les §§301-3), rien n'indique que les forestiers aient connu son identité.
Dans le NE, suivant l'histoire dans le Q, le premier brouillon de ce passage commence par : "Turambar la demanda en mariage, et elle vint à lui avec joie, et au milieu de l'été furent-ils mariés, et les forestiers organisèrent une grande fête pour eux" (voir le NE, pp.124-5). Dans une deuxième étape, Brandir conseilla à Níniel d'attendre, mais ne lui dit pas que Turambar était Túrin, fils de Húrin : cela apparut avec une révision complémentaire du manuscrit. Les AG contiennent cette forme finale. Dans le NE (p.125), toutefois, le mécontentement de Turambar envers Brandir était dû à son conseil d'attendre : dans les AG, il était (apparemment) dû à la révélation de Brandir à Níniel, sur son identité. – La raison pour laquelle Níniel retarda le mariage remonte au Conte ([HoMe] II, p.102) : "elle le retint, ne disant ni oui, ni non, bien qu'elle-même elle ne sût pourquoi".

§§322-5. Dans le NE, après les mots (p.129) "le récit des éclaireurs qui l'avaient entrevu [Glaurung], avait fait le tour du pays, et non sans enjolivements", le texte, tel qu'écrit à l'origine, continuait :
    Alors Brandir, qui se tenait [devant sa maison, là où Ephel Brandir était ouvert >] tout près, parla devant eux et dit : "Je partirais volontiers avec toi, Capitaine Epée Noire, mais tu me raillerais. A juste titre. Mais

Ceci fut immédiatement changé dans la forme du texte imprimé, avec Dorlas criant son mépris à Brandir, qui était assis "pas écouté", "sur le haut siège du maître de l'assemblée".
Jusqu'à ce point, l'ébauche du manuscrit du NE est consistuée d'à peine plus que de feuilles griffonnées. A partir d'ici, néanmoins, il y a en fait deux manuscrits : l'un (auquel je ferai référence comme "brouillon du manuscrit") étant la continuation de l'original, qui devient si chaotique, avec réécriture, que mon père le recopia au propre par la suite. Le brouillon du manuscrit, dans cette partie de la narration, présente beaucoup d'intérêt, montrant le développement de l'histoire par mon père, à partir de la forme qu'elle avait atteinte dans le Q ([HoMe] IV, p.129-30).
Les mots prêtés, dans le NE, à Hunthor (Torbarth dans les AG), le parent de Brandir, furent tout d'abord ceux de Brandir, parlant pour sa propre défense :
    "Tu parles injustement, Dorlas. Comment peut-il être dit que mes conseils furent vains, quand ils n'ont jamais été suivis ? Et je te dis que Glaurung vient sur nous à présent, comme sur Nargothrond auparavant, parce que nos actes nous ont révélés à lui, comme je l'avais craint. Mais le fils de Handir ne demande à nul de prendre sa place au gré de sa nécessité. Je suis ici, et je partirai avec joie. Moindre sera la perte d'un boiteux sans épouse, que celle de nombre d'autres. Ne s'en trouvera-t-il point quelques-uns pour se tenir à mes côtés, qui ont également moins de préoccupations à abandonner ?"
    Alors cinq hommes vinrent et se tinrent à ses côtés. Et Turambar dit : "Cela suffit. Ces cinq-là, je les prendrai. Mais, seigneur, je ne te bafoue point, et quiconque le ferait serait un fou. Mais vois ! Nous devons partir en grande hâte…"

Ceci suit, en structure, l'histoire du Q, où "six de ses hommes les plus téméraires demandèrent à venir avec lui". Dans le brouillon du manuscrit, "Turambar et Dorlas, ainsi que leurs cinq compagnons, montèrent en selle et chevauchèrent en hâte vers Celebros" ; et, quand plus tard Turambar traversa le Taiglin (NE, p.133), "dans la nuit noire il compta ses hommes. Ils étaient quatre. 'Albarth est tombé,' dit Dorlas, 'et le Taiglin l'a pris irrémédiablement. Les deux autres, je pense, ont failli, et se tapissent plus loin à présent.'" Albarth, qui apparaît ici pour la première fois, semble avoir été écrit tout d'abord Albard.
Le brouillon du mansucrit se poursuit :
    Alors, après s'être reposés, ceux qui restaient escaladèrent pas à pas la pente escarpée devant eux, jusqu'à ce qu'ils arrivassent près du rebord. Là, si démente devint la puanteur que la tête leur tourna, et ils s'agrippèrent aux arbres du mieux qu'ils purent. La nuit se dissipait à présent, mais il y avait un rougeoiement au-dessus d'eux, comme de feux qui couvaient, et un bruit de quelque grande bête qui dormait ; mais si elle remuait, la terre tremblait.
    L'aube arriva lentement ; et sa lueur vint à Turambar alors qu'il combattait de sombres rêves d'angoisse, dans lesquels toute sa volonté se consacrait juste à s'accrocher et à tenir, pendant qu'une grande vague de noirceur aspirait et dévorait petit à petit ses membres. Et il se réveilla et regarda autour de lui, dans la pâle lumière, et vit que seul Dorlas était resté avec lui.
    "Sept blessures avais-je espéré lui infliger," pensa-t-il. "Bien, s'il n'en est que deux, alors profondes doivent-elles être."
    Mais quand le jour arriva, tout se passa vraiment comme Turambar l'avait espéré. Car Glaurung s'étira soudainement, et se dirigea lentement vers le bord du gouffre ; et il ne se détourna pas, mais se prépara à bondir avec ses pattes avant, pourvues de griffes, et alors à faire suivre son corps. Grande fut la terreur causée par son arrivée, car il ne commença pas sa traversée juste au-dessus de Turambar, mais de nombreux pas vers le nord, et, d'en-dessous, ils pouvaient voir sa tête hideuse et sa mâchoire béante, alors qu'il regardait attentivement par-delà le rebord. Alors il projeta un souffle, et les arbres devant lui se consumèrent, et les rochers tombèrent dans la rivière, et, là-dessus, il se projeta lui-même en avant et s'agrippa à l'autre bord et commença à se transporter au-dessus du gouffre étroit.
    Il fallait, à présent, grandement se hâter, car bien que Turambar et Dorlas eussent échappé au souffle, du fait qu'ils ne se tenaient pas précisément sur le chemin de Glaurung, ils ne pouvaient à présent l'atteindre, et bientôt tout le plan de Turambar fut sur le point de faillir totalement. Ne se préoccupant de rien d'autre à présent, il redescendit, et Dorlas le suivit. Alors il arriva promptement sous le Ver ; mais là, si mortelles étaient la chaleur et la puanteur, qu'il vacilla et se retrouva presque aveugle. Et Dorlas, à cause de l'exhalaison, ou faillissant en fin de compte, s'agrippa à un arbre près de l'eau, et ne voulut plus bouger [ ] tomba et reposa, comme évanoui [sic ; la phrase fut changée en :] Mais Dorlas fut terrassé, et en fin de compte sa volonté faillit, et il trébucha et tomba, puis fut englouti par les eaux.
    Alors Turambar dit à haute voix : "A présent et à la fin te retrouves-tu seul, Maître du Destin. Faillis maintenant, ou triomphe !" Et il fit appel à toute sa volonté, et à toute sa haine pour le Ver et pour son Maître, et grimpa, comme quelqu'un se découvrant force et habileté, au-delà de toute mesure ; et ô ! à présent les parties centrales du dragon passaient au-dessus de lui...

Je reprends ici mes remarques du [HoMe] IV, p.186 :
    Dans le Conte ([HoMe] II, p.106), le soir la bande des sept escalada la pente opposée du ravin, et resta là toute la nuit ; à l'aube du deuxième jour, quand le dragon se déplaça pour traverser, Turambar vit qu'il lui ne lui restait, à présent, que trois compagnons, et quand ils eurent redescendu jusqu'au lit de la rivière, pour remonter sous le ventre de Glórund, ces trois-là n'eurent pas le courage de continuer à grimper. Turambar tua le dragon à la lumière du jour... Dans le Q, les six désertèrent tous Turambar au cours de la première nuit ... mais il passa toute la journée qui suivit agrippé à la falaise ; Glómund se déplaça pour franchir le ravin au cours de la deuxième nuit (mon père voulait clairement faire que le meurtre du dragon ait lieu dans l'obscurité, mais le fit originellement en prolongeant le temps que Turambar passait dans la gorge).

Assez curieusement, dans le texte qui vient d'être donné, mon père revint, pour autant que l'échelle de temps soit concernée, à l'histoire du Conte, où Turambar passait la nuit entière dans le ravin, et où le dragon se déplaçait pour traverser au commencement du jour suivant (voir plus loin le commentaire sur les §§329-32).
Dans le récit condensé du Q, rien n'est dit sur la nécessité de longer la rivière, et de grimper alors de nouveau pour arriver sous le ventre du dragon ("Le soir suivant ... Glómund commença la traversée du ravin, et sa forme colossale passa au-dessus de la tête de Turambar"), et, ici aussi, il semble certain que mon père revint au Conte, là où la description se fait de manière très similaire au brouillon du manuscrit du NE. Dans le Conte, comme dans ce brouillon, il n'y a aucune suggestion que les hommes aient pris en considération la possibilité que le dragon pouvait ne pas traverser à l'endroit qu'ils avaient choisi (et par conséquent, dans la version finale, après avoir tenté l'escalade, ils retournèrent – comme il doit être supposé : ce n'est pas clairement établi – au fond du ravin et attendirent) ; dans les deux, ils escaladèrent le côté opposé de la gorge, et s'agrippèrent sous son rebord, d'où, de nouveau, ils durent descendre vers l'eau, quand le dragon se mit en branle. La défaillance de Dorlas, "à cause de l'exhalaison", quand Turambar et lui arrivèrent sous le dragon, dans le lit de la rivière, correspond à la défaillance des trois hommes dans le Conte, qui "n'osèrent grimper la berge à nouveau" car "la chaleur était si forte et la puanteur tellement infâme" ([HoMe] II, p.107).
Le comportement des compagnons de Turambar, dans les différentes versions, peut être présenté ainsi :

Le Conte

    Trois désertèrent pendant la nuit
    Les trois autres redescendirent avec Turambar pour se retrouver sous le dragon, mais n'osèrent pas grimper de nouveau

Le Quenta

    Tous les six désertèrent durant la (première) nuit (rien n'est dit sur la nécessité de changer d'emplacement)

Brouillon du manuscrit du NE

    Deux craignirent de traverser la rivière, et un (Albarth) fut emporté dans la traversée
    Deux de plus s'enfuirent pendant la nuit
    Le dernier (Dorlas) redescendit avec Turambar pour se retrouver sous le dragon, mais n'osa pas grimper de nouveau


L'histoire révisée et finale (NE pp.133-4) est de loin la meilleure (et, bien sûr, la version des AG, bien que très concise, est en accord avec elle). Vers cette époque, le passage dans lequel Brandir se défend lui-même contre Dorlas (p.152) avait été rectifié pour atteindre la forme finale (NE p.129), si ce n'est qu'Albarth (à l'origine, simplement un des cinq volontaires, mais nommé car il tomba et fut emporté par la rivière) était devenu le parent de Brandir qui réprimandait Dorlas. Turambar n'a, à présent, que deux compagnons, et Dorlas, le dur et vantard guerrier, devient le lâche, alors qu'Albarth est l'homme brave qui se tient aux côtés de Turambar, jusqu'à ce qu'il soit frappé par une pierre qui tombe. Le développement est un complexe particulier :


Brandir se défend contre la moquerie de Dorlas

Albarth défend Brandir contre la moquerie de Dorlas

Turambar prend six compagnons

Turambar prend seulement Dorlas et Albarth comme compagnons

Un de ceux-ci, Albarth, est
emporté dans la traversée ;
quatre s'enfuient ; seul Dorlas
reste avec Turambar

Dorlas s'enfuit
Albarth reste avec Turambar

Dorlas est emporté dans la rivière

Albarth est emporté dans la rivière



Un détail curieux de la forme finale de l'histoire mérite d'être remarqué. Dans le nouveau récit, il apparaît à Turambar qu'ils gaspillent leurs forces en escaladant le côté opposé de la gorge avant que le dragon ne se mette en mouvement. Il n'est pas dit qu'ils descendaient de quelque endroit qu'ils eussent atteint quand il en vint à réaliser cela, et le passage concernant son rêve "dans lequel toute sa volonté se consacrait à s'accrocher" réapparaît, à partir de la version antérieure (p.153). Mais, dans la nouvelle histoire, il n'y avait pas de nécessité pour eux de s'accrocher : ils auraient pu descendre au fond et attendre là, et l'auraient sûrement fait. En fait, il est clair que c'est ce qu'ils firent : il est dit (NE p.134) que, quand Glaurung se mit en mouvement pour traverser le ravin, ils ne se tenaient pas précisément sur son chemin, et que Turambar "s'élança le long de la rive" immédiatement. Ainsi, l'histoire révisée contient toujours un trait inutile de l'antérieure.
Une feuille de brouillon, pas entièrement lisible, montre mon père concevant la nouvelle histoire :
    Faire que Túrin tue le dragon à la tombée de la nuit. Il atteint Nen Girith alors que le soleil décline. Il les prévient que Glaurung bougera dans l'obscurité. Il esquisse son plan. Ils descendent jusqu'au Taiglin, mais là le cœur manque à ses hommes, et ils disent : "Seigneur, pardonne-nous, mais nous n'avons point le cœur assez vaillant pour l'aventure. Car [mots illisibles] la pensée de ceux que nous avons abandonnés."
    "Qu'en est-il de moi ?" dit Turambar. Il leur donna congé avec mépris.
    Il continue avec Dorlas et Albarth.

Il s'agit d'une étape intermédiaire : il y a d'autres "volontaires" aux côtés de Dorlas et d'Albarth, mais ils demandent à partir avant la traversée de la rivière. Ces autres-là furent abandonnés.
Ceci peut sembler beaucoup d'agitation pour un simple épisode, mais cela me paraît illustrer, à petite échelle, la complexe et subtile évolution que l'on trouve dans l'histoire des légendes en général. Il s'agissait également d'un épisode de grande importance : il y a peu de "monstres" pouvant rivaliser avec Glaurung, et mon père s'évertua à perfectionner le conte qui relatait comment Túrin gagna le titre de Dagnir Glaurunga.
Il reste à mentionner que dans le manuscrit final du NE, Albarth fut changé en Torbarth, le nom figurant dans les AG ; mais à chaque fois que Torbarth apparaissait dans le NE, il fut changé plus tard en Hunthor. Dans les AG, cette modification complémentaire ne fut pas effectuée (ce fut bien sûr adopté dans Le Silmarillion), mais, à la première apparition seulement (§322) de Torbarth dans les AG, mon père griffonna à côté Gwerin : sur ce nom, voir plus loin pp.163-5.

§323. Dans le Narn (p.132), il est dit que Níniel et les gens qui l'accompagnaient arrivèrent à Nen Girith "à la nuit close" mais, dans le brouillon du manuscrit, ils atteignaient les chutes "au premier souffle du matin" (voir commentaire sur les §§329-32). Dans le brouillon du manuscrit, également, Brandir ne marcha pas lentement après les autres, en boitant sur sa béquille, mais "prit le petit cheval amblant qui était entraîné à le porter, et il chevaucha vers l'ouest, après Níniel et ses compagnons. Et ceux, nombreux, qui le virent partir, eurent pitié, car en vérité il était bien aimé de beaucoup."

§324. Comme dans les AG, Cabad-en-Aras fut corrigé tout du long, sauf là où il fut omis par inadvertance, en Cabed-en-Aras dans le texte final du NE. Le brouillon du manuscrit avait Mengas Dûr, changé en Cabad-en-Aras au moment de l'écriture. Dans le NE (p.130), Turambar dit du ravin que "un cerf, dites-vous, franchit d'un bond, échappant ainsi aux chasseurs de Haleth", et plus tard (p.140) Brandir dit de Níniel que "au Saut-du-cerf elle a sauté".
Dans le NE (p.130), quand Turambar arriva à Nen Girith, au coucher du soleil, il jeta un regard au-delà des chutes et, voyant les colonnes de fumée, s'élevant près des rives du Taiglin, il dit à ses compagnons qu'il s'agissait là de bonne nouvelles, car il avait craint que Glaurung ne changeât de trajet et n'arrivât au Gués, "et ainsi à l'ancienne route du bas pays". J'interprète ceci comme désignant l'ancienne route du sud menant à Nargothrond, descendant de la Passe du Sirion et courant au travers des bordures occidentales de Brethil, sur son tracé vers les Gués ; mais le brouillon du manuscrit a, ici, "et ainsi le long de l'ancienne route menant à Bar Haleth", à côté de quoi mon père écrivit plus tard : "dans les profondeurs de Brethil". Bar Haleth fut écrit au-dessus de Tavrobel (enlevé), sur la carte (voir p.186, §19). Au-delà du fait que "Tavrobel" se situait à l'extrême est de Brethil, il n'est pas possible d'être certain de son emplacement. Bar Haleth fut rayé et enlevé à son tour. Il semble certain, par conséquent, que ce fut un nom de transition pour Ephel Brandir, lequel fut subséquemment indiqué au centre de Brethil ; et "l'ancienne route", dans le brouillon du manuscrit, distinguée de celle à laquelle il est fait référence dans le texte final.

§325. Dans le NE, il est dit (p.131) que, de Nen Girith, Turambar et ses compagnons empruntèrent le sentier menant aux Gués, mais "un peu en amont, bifurquèrent vers le sud, et empruntèrent une piste étroite", et se dirigèrent, à travers les bois au-dessus du Taiglin, vers Cabed-en-Aras. M. Charles Noad avait suggéré que mon esquisse de carte, dans les Contes et Légendes Inachevés, p.149, devrait être modifiée, et la piste montrée comme tournant de nouveau vers l'ouest, pour atteindre le Taiglin : ainsi "Les premières étoiles brillaient dans l'Est, derrière eux". Voir plus loin p.159, §333.
"Ainsi finit le dernier des parents légitimes de Haleth" : "parents légitimes" doit signifier "ligne directe". Mais Torbarth n'était pas le dernier, car Brandir, fils de Handir, fils de Hundor, fils de Haleth, vivait encore.

§§329-32. Le récit contenu dans ces paragraphes, tels qu'originellement écrits dans le NE, diffère en de nombreux points du texte final (pp.135-7, commençant par "Or les hurlements de Glaurung étaient parvenus jusqu'aux oreilles des gens qui guettaient à Nen Girith ..."), et je donne le texte antérieur (qui se trouve dans deux brouillons) ; pour l'échelle de temps, voir commentaire sur les §§322-5.
    A présent, quand les hurlements de Glaurung parvinrent aux gens se trouvant à Nen Girith, ils furent emplis de terreur ; et ceux qui observaient virent de loin la grande destruction et le grand incendie que le Ver avait provoqués dans ses convulsions, et pensèrent qu'il était en train de piétiner et de détruire tous ceux qui l'avaient attaqué. Alors, ceux qui avaient été très impatients de venir assister à d'étranges accomplissements furent très empressés de partir, avant que Glaurung ne les découvrît. Par conséquent tous s'enfuirent, soit de manière désordonnée dans les bois, soit retournant vers Ephel Brandir.
    Mais quand Níniel entendit la voix du Ver, en elle mourut son cœur, et l'ombre de son obscurité tomba sur elle, et elle s'assit, immobile, frissonnant à côté de Nen Girith.
    La matinée se passa, et elle ne bougea toujours pas de cet endroit. Ainsi fut-il que Brandir la trouva. Car il était enfin arrivé au pont, épuisé et excédé, ayant passé tout le long chemin à claudiquer seul, sur sa béquille ; et il se trouvait à sept lieues d'Ephel Brandir. La peur l'avait poussé en avant. Car il avait rencontré certains de ceux qui avaient battu en retraite, et entendu tout ce qu'ils avaient à raconter. "L'Epée Noire est sûrement mort, et tous avec lui," dirent-ils. Mais quand il découvrit que Níniel n'était pas avec eux, et qu'ils l'avaient abandonnée dans leur terreur, il les maudit et pressa le pas vers Nen Girith, pensant la défendre ou la réconforter.
    Mais à présent qu'il la vit, encore en vie, il ne trouva rien à dire, et ne fut d'aucun conseil ni d'aucun réconfort, et se tint, silencieux, observant son affliction avec pitié.
    Le temps s'écoula, et le soleil commença à passer à l'ouest, et ne parvenait là aucun son ni aucune nouvelle. Brandir, qui observait, ne vit plus aucune fumée sur le Taiglin. Et, soudainement, il pensa en son cœur : "Nul doute qu'il ait été tué. Mais Níniel est en vie." Et il la regarda, et son cœur la désira ardemment, et alors il prit conscience qu'il faisait froid en ce haut lieu ; alors il vint et l'enveloppa de son manteau ; mais elle ne lui dit rien. Et il resta là encore un moment, et il ne pouvait entendre d'autre son que la voix des arbres, des oiseaux et de l'eau, et il pensa : "Le Ver est sûrement parti, et a pénétré dans Brethil. Il abattra les infortunés se trouvant sur son chemin." Mais il ne les prit plus en pitié : des fous qui avaient dénigré son conseil. Pas plus que son peuple, qui attendait à Ephel Brandir : il l'avait rejeté. Glaurung se rendrait sûrement vite de ce côté-là, et il aurait le temps d'emmener Níniel et de s'échapper. Vers où, il ne le savait pas vraiment, car il ne s'était jamais aventuré au-delà de Brethil [premier brouillon uniquement : et bien qu'il ait entendu parler du Royaume Caché, il n'en savait guère plus que le fait que son roi n'aimait pas les Hommes, et que rares furent ceux à être jamais admis]. Mais le temps passait vite, et le soir arriverait bientôt.
    Alors il revint aux côtés de Níniel, et dit : "Il se fait tard, Níniel. Que veux-tu faire ?"
    "Je ne sais," dit-elle. "Car je suis terrifiée. Mais, dominerais-je mon frissonnement, que je me lèverais et partirais, et rechercherais mon seigneur ; bien que je craigne qu'il n'ait péri."
    Alors Brandir ne sut que répondre ; et il dit : "Tout est étrange. Qui lira les signes ? Mais s'il vivait, ne se rendrait-il point à Ephel Brandir, là où il t'avait laissée ? Et le pont de Nen Girith ne se trouve pas sur l'unique route, ou la plus directe, d'ici à l'endroit de la bataille."
    Alors Níniel s'éveilla enfin, et elle se dressa, criant :
    "Pour obtenir des nouvelles, je me rendis ici ; et pourtant de toutes nouvelles je manque ! Un sort a-t-il été jeté sur moi, que je m'attarde ainsi ici ?" Et elle commença à dévaler le chemin descendant du pont. Mais Brandir l'appela :
    "Níniel ! Ne pars point seule. J'irai avec toi. Tu ne sais point ce que tu pourrais trouver. Il se peut que d'un guérisseur tu aies besoin. Mais si le dragon se trouve là-bas, alors prends garde ! Car les créatures de Morgoth meurent difficilement, et sont dangereuses dans la mort."
    Mais elle ne lui prêta pas attention, et partit à présent, alors que pourtant son sang la brûlait ; lui qui auparavant était froid. Et bien qu'il suivît comme il put, elle le distança jusqu'à être hors de vue, car il boitait. Alors Brandir maudit son sort et sa faiblesse, mais il continua toujours à avancer.
    La nuit tomba et toutes les forêts étaient silencieuses ; et la lune se leva au-delà d'Amon Obel, et les clairières devinrent pâles. Et Níniel continua à courir ; mais, alors qu'elle arrivait vers la rivière, descendant des hauteurs, il lui sembla se rappeler l'endroit, et en eut peur.

Ainsi Níniel passa la journée entière à Nen Girith (dans cette version plus ancienne, elle était arrivée là, de même que la foule qui l'accompagnait, "au premier souffle du matin", commentaire sur le §323, et Glaurung était tué au matin) ; quand Brandir réalisa qu'il faisait froid et l'enveloppa de son manteau, c'était le second soir, alors que dans l'histoire finale cela se passait la nuit de la mort de Glaurung (et peu de temps peut s'écouler entre sa mort, l'arrivée de Brandir à Nen Girith, et la course de Níniel, descendant vers Cabed-en-Aras). Une divergence complémentaire, importante, parmi maintes autres différences dans les détails, se trouve être qu'avant, tous les gens s'enfuyaient de Nen Girith, laissant Níniel seule. Mais, à partir de ce point, le brouillon du manuscrit et le manuscrit final deviennent étroitement similaires.

§332. Dans le NE (p.136), tout comme à la fin de la version antérieure, donnée dans le commentaire sur les §§329-32, "la lune se leva au-delà d'Amon Obel". L'esquisse de carte, dans les Contes et Légendes Inachevés (p.149), n'est pas bien orientée : comme on le voit, à partir de révisions effectuées sur la deuxième carte (et reproduites telles quelles sur ma carte pour le Silmarillion publié), Amon Obel se situait presque directement à l'est des Gués du Taiglin.

§333. Il y a deux points de détail à mentionner dans le texte du NE, correspondant à ce paragraphe. Les mots concernant le sentier que Brandir emprunta pour conduire Níniel, "dévalait par le sud, à pic vers la rivière" (p.137), étaient une modification éditoriale du texte du manuscrit, qui contient "dévalait par l'ouest, à pic". La modification fut effectuée car il est expressément dit ici que c'était le sentier que Turambar et ses compagnons avaient emprunté précédemment : cf. p.131 "ils bifurquèrent vers le sud et empruntèrent une piste étroite" ; mais la suggestion de M. Noad, évidemment juste (voir p.157, §325), rend cette rectification inutile. En second lieu, dans les paroles de Glaurung à Níniel, à sa mort (p.138), "Nous nous rencontrons encore une fois avant le dénouement", "avant le dénouement" est une simple erreur, pour "avant notre fin".

§334. "[Elle] courut comme un cerf pourchassé, et arriva à Cabed-en-Aras" : le nom Cabed-en-Aras se référait au ravin du Taiglin lui-même, et (comme je le suggérais dans les Contes et Légendes Inachevés, p.150, note 27) il peut être supposé que le saut de Glaurung, précédant sa mort, l'avait emporté à une bonne distance au-delà de la falaise opposée, de telle sorte que Níniel eût à courir sur quelque distance vers le ravin. Le texte du NE est plus clair : "Elle parvint rapidement au bord de Cabed-en-Aras".

§335. Cabad Naeramarth : dans une forme plus ancienne de ce passage, dans le NE (p.138), le nom était Cabad Amarth "Saut du Destin". Dans les §§335, 346, Cabad ne fut pas corrigé.

§§336-7. Dans le Q, il n'était pas fait mention du fait que Brandir apporta des nouvelles aux gens qui attendaient. C'était dû à la compression du Q, car cela apparaît dans le Conte ([HoMe] II, p.110) ; et ses mots dans les AG (provenant du NE), "et ces nouvelles-là sont bonnes", font écho à ceux du Conte : "et cela est bien ; oui très bien" : dans les deux, ceux qui l'avaient entendu pensèrent qu'il était fou.

§§339-42. Le Q était ici extrêmement concis, disant seulement : "il demanda après Níniel, mais nul n'osa lui dire, hormis Brandir. Et Brandir, fou de chagrin, lui fit des reproches ; c'est pourquoi Túrin le tua ..." La scène complexe, dans le NE et dans les AG, remonte de manière générale au Conte ([HoMe] II, p.111) ; là aussi, Turambar nomme Tamar (Brandir) "Pied-bot", et c'est cela qui le mène (à ce qu'il semble) à dire tout ce qu'il sait, ce qui, à son tour, conduit Turambar à l'assassiner, pensant de lui qu'il mentait par malice.

§§346-7. Dans le Conte et le Q, la voix venant de l'épée ne parle pas de Beleg ou de Brandir. Dans le NE, tel qu'écrit à l'origine, Turambar les nomme lui-même en s'adressant à l'épée : "Devant aucun sang tu ne reculeras. Pas devant Beleg, tué par folie, pas devant Brandir, tué injustement. Ce fut un acte scélérat, toi, épée noire. Accomplis-en un meilleur à présent, et prends Túrin Turambar ! M'occiras-tu promptement ?" Et la voix sortant de la lame répliqua : "Ton sang je boirai, avec contentement. Car il est des meilleurs, et plus suave me semblera-t-il qu'aucun de ceux que tu m'as donnés. Promptement, je t'occirai !" – faisant écho aux mots de Gurtholfin dans le Conte, [HoMe] II, p.112 ; cf. également le Q, [HoMe] IV, p.130.

§349. L'épée n'était pas brisée dans le Conte ou dans le Q. – En haut de la page manuscrite, mon père écrivit hâtivement au crayon : "Túrin devrait se suicider sur la tombe de Finduilas" (cf. Contes et Légendes Inachevés, p.150, note 28).
La conclusion du NE (p.146), dans le manuscrit, se lit en fait : "Ainsi s'achève le conte des Enfants de Húrin [ajouté :] tel qu'il fut relaté dans le Glaer nia [plus tard > Narn i] Chîn Húrin, le plus long de tous les lais du Beleriand." La conclusion des AG, ajoutée par la suite, est ainsi presque identique à celle du NE, qui, toutefois, ne contient pas les mots "et qui fut écrit par des Hommes" ; pour ceci, cf. [HoMe] X, p.373.

_________________
Le jour est venu ! Ô, peuple des Eldar et vous, Pères des Hommes, le jour est venu !.


Dernière édition par Eru le 11 Nov 2006 18:15; édité 11 fois
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MessagePosté le: 09 Nov 2006 18:36     Sujet du message: Répondre en citant

NOTE 1
Formes alternatives de la fin du conte des
Enfants de Húrin

Il existe, tout d'abord, quelques textes de brouillon grossier qui esquissent des idées pour le dénouement de la tragédie ; il ne peut y avoir aucun doute sur le fait qu'ils furent tous abandonnés, en faveur de la fin effective du NE et des AG. L'un d'eux, commençant comme dans le NE, p.143, juste après le meurtre de Brandir, se lit comme suit :

    tantôt maudissant la Terre du Milieu et toute la vie des Hommes, tantôt appelant Níniel. Mais quand la folie le quitta enfin, il marcha, silencieux, dans les terres sauvages, courbé et défait, et considérant toute sa vie en pensée, et toujours l'image de Níniel se trouvait devant lui. Et à présent, avec des yeux ouverts il la vit, lui rappelant son père : là, sous forme féminine, se trouvaient sa voix et son visage et la courbure de ses sourcils, et ses cheveux tels de l'or, tout comme Túrin avait la chevelure sombre et les yeux gris, les [?joues pâles] et [mots illisibles] de Morwen, sa mère, de la Maison de Bëor. Il ne pouvait y avoir de doute. Mais comment cela avait-il pu arriver ? Où Morwen se trouvait-elle alors ? N'avaient-elles jamais atteint le Royaume C[aché] ? Comment avait-elles rencontré Glaurung ? Mais non, il n'osa jamais rechercher Morwen.


Je crois qu'il s'agissait d'une idée rapidement abandonnée, selon laquelle Túrin en arriva, à travers ses propres réflexions, à reconnaître que ce que Brandir avait dit était vrai. Elle fut supplantée par l'histoire de l'arrivée de Mablung aux Gués du Taiglin, et de sa rencontre, à cet endroit, avec Túrin.
Dans deux passages annexes, mon père entretint l'idée que Túrin rencontrât Morwen avant sa fin. Le premier est très bref :
    Et, alors qu'il était assis tel un mendiant près des Gués du Taiglin, une vieille femme s'approcha, courbée sur un bâton ; loqueteuse était-elle, et au désespoir, et ses cheveux gris volaient sauvagement dans le vent. Mais elle lui donna le bonjour, disant : "Et ceci est un bon jour, maître, car le soleil est chaleureux, et alors la faim ronge moins. Ce sont des jours funestes pour nos semblables : car à votre allure je vois que, comme moi et tant d'autres, vous avez connu des jours plus confortables. En été nous pouvons endurer nos vies, mais qui ose regarder au-delà de l'hiver ?"
    "Où allez-vous donc, ma Dame ?" dit-il, "car ainsi, ce me semble, fut-il coutume de vous nommer."
    "Vers nulle part," répondit-elle. "J'ai depuis longtemps cessé de rechercher ce que j'ai perdu. A présent, je ne compte sur rien, hormis sur ce qui me fera survivre à la nuit et me mènera vers la prochaine aube grise. Dites-moi, où mène donc cette verte route ? D'aucuns résident-ils encore dans la profonde forêt ? Et sont-ils aussi cruels que ne le content les récits des vagabonds ?"
    "Que content-ils ?" demanda-t-il.


Ceci est suivi, sur la page du manuscrit, par "tantôt maudissant la Terre du Milieu et toute la vie des Hommes" etc..., qui mène à un brouillon de la version finale, où Mablung apparaît aux Gués.
Le second de ces passages est plus long, mais seulement à peine lisible, et à certains endroits totalement illisible. Il commence de manière similaire à celui qui vient d'être présenté, mais la deuxième réplique de Morwen se termine à "Je ne compte sur rien, au-delà de ce qui me fera tenir dans la froide nuit, jusqu'à la prochaine aube." Alors Túrin parle :
    "Je ne recherche rien non plus," dit-il. "Car ce que j'avais est à présent perdu pour de bon, et a quitté la Terre du Milieu pour toujours. Mais que recherchiez-vous ?"
    "Que pourrait rechercher une vieille femme," dit-elle, "au-dehors, dans les terres sauvages, si ce ne sont ses enfants, même si tous disent qu'ils sont morts. J'ai cherché un fils, autrefois, mais il est parti depuis longtemps. Alors j'ai cherché ma fille, mais cela fait cinq ans qu'elle s'est perdue dans les terres sauvages. Cinq ans sont une longue période pour une jeune et belle personne – si le Ver ne l'a pas attrapée, les Orcs l'ont [illisible], ou la [?froide et ingrate] nature."
    Alors le cœur de T[úrin] s'arrêta soudainement. "Quelle était l'apparence de votre fille, ma Dame ? Ou quel pouvait être son nom ?"

La vieille femme lui dit que sa fille était grande, avec des cheveux d'or et des yeux bleus, aux pieds légers, une amoureuse de toutes choses qui poussent ;
    "... Bien qu'elle parlât un peu précipitamment, comme son seigneur et père le faisait également. Le nom de Niënor, fille de Húrin, vous aurait-elle donné, lui auriez-vous demandé. Mais peut-être n'évoquerait-il rien. Car le nom de Húrin fut grand [mots illisibles] Tous les royaumes [mots illisibles] sombrent et les mesquins ou les malfaisants sont seigneurs. Toutefois, vous êtes du peuple ancien, je pense. Je vois à ton visage que le vieux nom signifiait encore quelque chose pour toi."
    Túrin la regarda fixement, tel un homme voyant un fantôme. "Si fait," dit-il enfin, lentement. "Les noms de Húrin de Hithlum et de Morwen, fille de Baragund, m'étaient connus."

De la suite, je ne peux lire que des fragments :
    et Morwen et sa fille partirent pour le Royaume Caché [illisible], disent-ils en Hithlum." La vieille femme rit amèrement. "Et que disaient-ils d'autre ? Que Túrin arriva là en premier, et fut utilisé par le roi dans la guerre sur ses frontières, puis se perdit mais arriva à Nargothrond, et que Morwen partit à sa recherche, avec l'aide tardive de Thingol, mais [mots illisibles] par le grand dragon Glaurung. [mots illisibles] Alors elle se lamenta [mots illisibles]

Il s'agit clairement du commencement d'une autre piste de narration, par laquelle Túrin pourrait apprendre la vérité, pareillement abandonnée avant d'être développée. – Une note griffonnée montre la première apparition de "l'intervention de Mablung" :
    Mablung cherche et rapporte des nouvelles à Thingol, sur la sortie de Glaurung. Ceci coïncide avec la rumeur (parmi les orcs et les vagabonds) selon laquelle l'Epée Noire avait réapparu à Brethil. Mablung arrive à Brethil (sans ordres de la part de Thingol ?) pour prévenir Túrin et apporter des nouvelles de Niënor et de Morwen.
    Morwen devrait revenir vers Thingol, et alors partir comme mendiante dans les terres sauvages.


Enfin, et de manière très remarquable, on trouve le synopsis suivant de la fin de l'histoire, rédigé soigneusement sur une feuille, apparemment par dessus le même texte, ou un très similaire, écrit très grossièrement au crayon :

    Turambar part. Demande deux compagnons. Dorlas se porte volontaire, et manque de respect à Brandir. Gwerin, parent de Brandir, se porte volontaire. Brandir est aigri. Turambar demande à Níniel de rester à la maison.
    Après que T[urambar] est parti, Níniel insiste pour suivre. Brandir l'interdit mais elle n'en tient pas compte. Brandir se manifeste devant les Hommes de Brethil, mais ils ne lui obéiront pas – ils demandent à Níniel de rester, mais comme elle ne le fera pas, ils ne la retiendront pas de force. Les épouses de Dorlas et de Gwerin partent avec elle. Brandir part après elles.
    La mise à mort du Dragon devrait plus ou moins être racontée comme cela l'a déjà été. Mais quand Níniel atteint Nen Girith, le frissonnement la prend de nouveau, et elle ne peut aller plus loin. Les épouses ne souhaitent pas non plus continuer – car elles rencontrent les éclaireurs à Nen Girith, et apprennent combien proche se trouve le Ver..... [sic]
    Quand Túrin retire son épée du ventre de Glaurung, le sang de Glaurung brûle la main qui tient son épée ; Glaurung lui parle aussi, et dit que Níniel est sa sœur. Túrin sombre dans un évanouissement de chagrin et d'horreur.
    Le Dragon meurt. Níniel recouvre soudainement la mémoire, et toute sa vie passée lui est révélée. Elle s'assied, bouleversée. Brandir voit son angoisse, mais croit que cela est dû au fait qu'elle pense que Túrin a été tué – les cris terrifiants de Glaurung ont été entendus à Nen Girith. Níniel se lève pour fuir, et Brandir, pensant qu'elle va réellement partir à la recherche de Túrin (pendant que Glaurung est ailleurs) la retient, disant Attends !
    Elle se tourne vers lui, criant que ce fut toujours là son conseil, et que, à sa grande peine, elle ne l'a jamais suivi. Mais il donne peut-être ce conseil une fois de trop !
    Comme en effet ce fut le cas. Car à ce moment apparaît Túrin. Quand le Dragon mourut, son évanouissement le quitta également, mais l'angoisse du venin sur sa main persista. Il arriva par conséquent à Nen Girith pour chercher de l'aide, croyant que les éclaireurs étaient là. (Est-ce Túrin qui tue Dorlas sur le chemin ?)
    Alors que Turambar apparaît, Níniel pousse un hurlement, criant : "Túrin, fils de Húrin ! Trop tard nous rencontrons-nous. Les jours sombres sont partis. Mais après vient la nuit !" "Comment connaissez-vous ce nom ?" "Brandir me l'a dit, et voyez ! Je suis Niënor. Nous devons donc nous quitter." Et, là-dessus, avant que quiconque pût l'attraper, elle se jeta par-delà la cascade de Nen Girith, et finit ainsi, criant "Eau, eau, purifie-moi ! Lave-moi de ma vie !"
    Alors l'angoisse de Túrin fut terrible à voir ; et une folie furieuse le saisit, et il maudit la Terre du Milieu et toute la vie des Hommes. Et, se penchant au-dessus des chutes, il cria en vain Níniel, Níniel. Et il se tourna, en colère, vers tous ceux qui étaient là, contre son ordre ; et tous le fuirent, hormis seulement Brandir qui, par compassion et horreur, ne pouvait bouger. Mais Túrin se tourna vers lui et dit : "Contemple ton œuvre, diable boiteux ! Níniel serait-elle restée, telle que je l'avais laissée, et n'eusses-tu point prononcé mon nom, qu'il aurait pu être empêché qu'elle ne meure. J'aurais pu partir et l'abandonner, et elle aurait seulement eu à pleurer Turambar."
    Mais Brandir le maudit, disant que leur union n'aurait pu être celée ; et que c'était Túrin qui était à l'origine de toute cette douleur. "Et moi, tu m'as dépouillé de tout ce que je possédais, ou aurais pu posséder – car tu es irréfléchi et cupide !"
    Alors Túrin tua Brandir dans sa colère. Et, se repentant, il se tua lui-même (usant des mêmes mots avec l'épée).
    Mablung arrive avec des nouvelles, et est atteint au cœur. Les Elfes aident les Halethrim à élever un tertre, ou mémorial, pour les Enfants de Húrin – mais N[íniel] n'était pas là, et son corps ne put être retrouvé : il se peut que le Celebros l'ait porté jusqu'au Taiglin, et le Taiglin jusqu'à la Mer.

    Une simplification complémentaire serait de faire que Brandir veuille accompagner Níniel, pour la protéger – car il pensait que Túrin mourrait.


Cette dernière phrase se réfère sûrement à la tentative de Brandir d'empêcher Níniel de suivre Turambar à partir d'Ephel Brandir.
Il semble concrètement impossible d'établir à quel point de l'évolution de la légende ceci fut écrit, mais, quoi qu'il en soit, il est clair que c'est aussi tardif que la forme réécrite et finale de la dernière partie du Narn, en prenant en considération un détail comme celui que Celebros soit le nom du cours d'eau (voir commentaire sur le §317). Je pense que c'est en relation avec les autres passages donnés dans cette Note, en ce que cela représente une autre tentative, toutefois bien plus significative, de toucher au dénouement de la "reconnaissance" par Túrin – cette fois-ci à travers Niënor elle-même, qui a appris la vérité sans aucun intermédiaire, mais simplement par le fait que le sort pesant sur sa mémoire avait été retiré, à la suite de la mort du Dragon. Mais Mablung apparaît, bien qu'à présent après la mort de Túrin, et ainsi je suppose qu'il s'agit de la dernière de ces tentatives, et qu'elle a très probablement pu succéder à la forme finale du texte. Gwerin, en tant que nom du parent de Brandir (Albarth, Torbarth, Hunthor), est apparu une fois auparavant, griffonné au-dessus de la première occurrence de Torbarth dans les AG (§322).
Que mon père puisse même envisager, jusqu'au point d'ébaucher un synopsis, de briser si violemment le superbe enchaînement de la structure narrative, représenté par le texte final de la dernière partie du Narn, est extraordinaire et difficile à comprendre. A-t-il senti qu'il représentait, de manière trop évidente, une "structure" rendue trop complexe par l'entrelacement de ces mouvements, comptes-rendus, pressentiments, et hasards ? La note de conclusion ("Une simplification complémentaire serait ...") semble aller dans ce sens. Mais il me paraît plus probable qu'il fût principalement préoccupé par l'arrivée de Mablung (ou voire de Morwen) à cet instant précis, en tant que deus ex machina, le porteur de la preuve irréfutable, ce qu'il sentait être une sérieuse faiblesse.
Quoi qu'il puisse en être, et concédant qu'il n'est matérialisé que par un synopsis rapide, écrit d'une certaine manière, le résultat est à mon sens beaucoup plus faible ; et puisqu'il n'y en a plus aucune trace, à part peut-être le griffonnement du nom Gwerin dans les Annales Grises, il se peut que mon père ait pensé de même.



NOTE 2
Un récit complémentaire de la Bataille des Larmes Innombrables

Le texte du Chapitre 20 du Silmarillion publié fut tout d'abord dérivé de l'histoire figurant dans les Annales Grises, mais des éléments furent introduits à partir de l'ancien Chapitre 16 du QS ([HoMe] V, p.307-13), et également à partir d'un troisième texte. Il s'agit d'un tapuscrit réalisé par mon père et fait, selon toute apparence, ab initio sur sa machine à écrire ; il était explicitement envisagé comme un des composants de la longue prose du Conte de Enfants de Húrin (le Narn), mais il avait le manuscrit des Annales Grises en face de lui et, dans une grande partie de sa longueur, la nouvelle version resta si proche du texte des Annales qu'elle peut être considérée comme n'étant guère plus qu'une variante, quoique incontestablement bien plus tardive. Pour cette raison, mais aussi parce que certains de ses traits divergents (secondaires) avaient de toutes façons été intégrés au chapitre du Silmarillion, je l'ai exclue du Narn, dans les Contes et Légendes Inachevés (voir pp.65-6 et note 2 dans ce livre), sauf en ce qui concerne sa fin. Il y a toutefois une divergence majeure dans le récit du Narn, qui contredit totalement les versions précédentes, et c'est ici le bon endroit pour la consigner, avec quelques autres détails.
Le texte commence comme suit (le tapuscrit fut largement corrigé à l'encre, probablement très peu de temps, je pense, après avoir été réalisé, et j'adopte ces corrections sans les commenter, sauf dans certains cas).


Maintes chansons sont encore chantées, et maints contes encore relatés par les Elfes, sur Nirnaeth Arnoediad, la Bataille des Larmes Innombrables, au cours de laquelle tomba Fingon et se fana la fleur des Eldar. Si tout devait être à présent redit, une vie d'homme ne suffirait pas à l'entendre. Seront donc ici seulement racontés ces faits qui touchent au destin de la Maison de Hador et des enfants de Húrin l'Inébranlable.
Ayant enfin rassemblé toutes les forces qu'il pouvait, Maedros désigna une date, le matin de la Mi-été. Ce jour-là les trompettes des Eldar saluèrent le lever du Soleil, et dans l'est fut levé l'étendard des Fils de Fëanor ; et dans l'ouest celui de Fingon, Roi des Noldor.
Alors Fingon jeta un regard depuis les murs d'Eithel Sirion, et son armée était en arroi dans les vallées et les forêts des bordures orientales d'Eryd-wethion, bien dissimulée aux yeux de l'Ennemi ; mais il savait qu'elle était considérable. Car étaient rassemblés là tous les Noldor de Hithlum, et à eux s'étaient joints de nombreux Elfes des Falas et [enlevé immédiatement : une grande compagnie] de Nargothrond ; et il disposait d'une grande force d'Hommes. Sur la droite était disposée la troupe de Dor-lómin, et toute la vaillance de Húrin et de son frère Huor, et Hundar de Brethil, leur parent, était venu à eux avec un grand nombre d'hommes des forêts.
Alors Fingon regarda à l'est, et sa vue d'Elfe perçut, au loin, de la poussière et des reflets de métal, comme des étoiles dans la brume, et il sut que Maedros était sorti ; et il se réjouit. Alors il regarda en direction du Thangorodrim, et voyez ! un nuage sombre l'enveloppait, et une fumée noire s'élevait ; et il sut que la colère de Morgoth s'était embrasée, et que leur défi serait accepté, et une ombre tomba sur son cœur. Mais à ce moment-là monta un cri, porté de vallée en vallée par le vent du sud, et Elfes et Hommes élevèrent la voix, dans l'émerveillement et la joie. Car, sans avoir été appelé et de manière inattendue, Turgon avait ouvert la protection de Gondolin, et était arrivé avec une armée, forte de dix mille soldats portant des cottes de mailles brillantes, et de longues épées et de longues lances, semblables à une forêt. Alors, quand Fingon entendit au loin la grande trompette de Turgon, l'ombre passa et son cœur se souleva, et il cria haut et fort : Utulie'n aurë ! Aiya Eldalië ar Atanatári, utulie'n aurë ! (Le jour est venu ! Ô, peuple des Eldar et vous, Pères des Hommes, le jour est venu !) Et tous ceux qui, dans les collines, entendirent le grand écho de sa voix répondirent en criant : Auta i lómë ! (La nuit s'achève !)
Cela se passait peu de temps avant que la grande bataille ne fût déclenchée. Car Morgoth en savait beaucoup sur ce que faisaient et projetaient ses ennemis, et il avait assis ses plans en vue de l'heure de leur assaut. Déjà, une grande force sortie d'Angband se rapprochait de Hithlum, pendant qu'une autre, plus grande, était partie à la rencontre de Maedros afin de prévenir l'union des pouvoirs des rois. Et ceux qui s'attaquèrent à Fingon étaient tous vêtus de tenues roussâtres et ne laissaient aucun acier nu à la vue, et ainsi, quand leur approche fut connue ils avaient déjà largement franchi les sables.
Alors le cœur de Fingon devint ardent [> les cœurs des Noldor devinrent ardents], et il voulut attaquer [> leurs capitaines voulurent attaquer] leurs ennemis sur la plaine ; mais Húrin [> Fingon] parla contre cela.
"Prenez garde à la fourberie de Morgoth, seigneurs !" dit-il. "Sa force est toujours plus grande qu'elle ne le paraît, et son dessein autre que celui qu'il laisse entrevoir. Ne dévoilez point votre propre force, mais laissez l'ennemi consommer son premier assaut sur les collines. Au moins jusqu'à ce que l'on aperçoive le signal de Maedros." Car il était dans le dessein des rois que Maedros marchât ouvertement au-delà de l'Anfauglith avec toute sa force d'Elfes et d'Hommes et de Nains ; et quand il aurait amené, comme il l'espérait, les armées principales de Morgoth à répondre, alors Fingon arriverait dessus de l'ouest, et ainsi la puissance de Morgoth serait prise comme entre le marteau et l'enclume, et broyée ; et, pour cela, le signal constituait à mettre le feu à une grande tour, en Dorthonion.
Mais le Capitaine de Morgoth dans l'ouest avait reçu l'ordre de faire sortir Fingon de ses collines, par quelque moyen que ce fût.

Il est très remarquable que dans cette version du Narn il n'y ait aucune référence que ce soit au retard pris par Maedros à cause de la fourberie d'Uldor le Maudit ; alors que, d'un autre côté, se trouve ici l'affirmation, entièrement nouvelle, selon laquelle une deuxième force, plus importante, avait quitté Angband pour intercepter Maedros et "prévenir l'union des pouvoirs des rois" (contrastant avec le §222 des AG, où il est dit que Morgoth "confiait en ses serviteurs pour contenir Maidros et pour prévenir l'union de ses ennemis" – faisant bien sûr référence aux machinations d'Uldor). Plus tard, dans ce récit, le passage correspondant au début du §228 des AG se lit :

Alors, dans la plaine d'Anfauglith, au quatrième jour de la guerre, commença Nírnaeth Arnoediad, le chagrin que nul conte ne peut rendre entièrement. Sur tout ce qui s'est passé dans la bataille à l'est : sur la mise en déroute de Glaurung le Dragon par les Naugrim de Belegost ; sur la trahison des Orientaux et l'anéantissement de l'armée de Maedros, et sur la fuite des Fils de Fëanor, rien de plus n'est dit ici. Dans l'ouest, la troupe de Fingon se retira au-delà des sables ...

Ici, "la bataille à l'est" est évoquée comme si elle était totalement indépendante des combats livrés dans l'ouest : il n'est ici aucunement suggéré que l'armée de Maedros ait fini par arriver et qu'elle soit tombée sur l'arrière-garde de l'ennemi (AG, §229). Enfin, là où, dans les AG, la rencontre de Turgon et de Húrin, au milieu de la bataille, est suivie (§229) de l'arrivée de l'armée de Maidros, la version du Narn se lit :

Et il est dit que la rencontre de Turgon et de Húrin, qui se tenait à côté de Fingon, fut joyeuse au milieu de la bataille. Alors, pour un temps les armées d'Angband furent repoussées, et Fingon commença à se replier de nouveau. Mais, ayant vaincu Maedros dans l'est, Morgoth avait à présent de grandes forces en réserve et, avant que Fingon et Turgon aient pu se mettre à l'abri dans les collines, ils furent attaqués par une vague d'ennemis trois fois supérieure à toute la force qui leur restait.

Avec ces derniers mots, la version du Narn revient au texte des AG au §233. Ainsi, pour quelque raison, mon père avait éliminé la totalité de l'élément des "machinations d'Uldor" pour retarder Maedros, et avait modifié radicalement le cours de la Bataille des Larmes Innombrables, en introduisant la défaite et la déroute de l'armée de l'est, avant qu'une quelconque jonction des forces ait pu être effectuée.
Dans Le Silmarillion, j'ai conservé (inévitablement) l'histoire telle qu'elle est racontée dans les Annales Grises, mais j'ai incorporé certains éléments du Narn, comme il ressort d'une comparaison entre le commencement de ce dernier (pp.165-6) et Le Silmarillion, pp.190‑1 : le nuage et la fumée sur le Thangorodrim, le grand cri de Fingon, les "tenues roussâtres" de la force d'Angband qui se dirigea vers Hithlum. Quelques autres points mineurs peuvent être mentionnés dans ce passage. La "grande compagnie de Nargothrond" (voir §221 et commentaire) est rectifiée (p.166) ; et le nom du chef des hommes de Brethil, dans les AG Hundor, fils de Haleth le Chasseur, est changé en Hundar : plus loin dans le texte, son père est dit être Halmir – un aspect de la restructuration des généalogies extrèmement complexes des Edain, qu'il n'est pas besoin de faire apparaître ici (voir pp.236-8).
Dans les AG (§222), d'après le QS (§11), c'était Fingon qui était le seul à vouloir attaquer immédiatement la force d'Angband sur la plaine, et Húrin qui s'y opposait ; ceci fut repris dans le Narn, mais alors corrigé pour faire que ce soit Fingon qui s'oppose à l'inconscience de ses capitaines. Le changement fut peut-être effectué dans un souci de crédibilité : une telle prudence et une telle expérience de Morgoth devraient plutôt appartenir à Fingon, Roi des Noldor, qu'à Húrin, un Homme n'ayant que trente et un ans. – Húrin (> Fingon) insista pour que l'armée de l'ouest restât sur ses positions "au moins jusqu'à ce que l'on aperçoive le signal de Maedros". Dans les AG (§217), le signal de Maidros à Fingon (non identifié comme une tour de Dorthonion) devait être déclenché au moment où la force de Maidros, marchant ouvertement à travers Anfauglith, aurait incité l'armée de Morgoth à sortir d'Angband ; et, par la faute d'Uldor le Maudit, le signal ne vint pas. Dans le Narn, Fingon, avec sa vue perçante, avait réellement vu que Maedros était parti, et il est également dit que se trouvait, sur sa route, une grande force sortie d'Angband à sa rencontre ; mais il n'est pas dit que la tour fut incendiée.
D'autres caractéristiques de l'histoire, telle que racontée dans Le Silmarillion, qui ne se trouvent pas dans les AG, proviennent du Narn. Dans ce dernier, se trouve un récit plus détaillé de la confrontation entre les deux armées, et les cavaliers de Morgoth arrivent jusqu'aux murs de la forteresse d'Eithel Sirion (appelée ici Barad Eithel) : ainsi, alors que dans les AG Gwindor assistait au massacre de son frère Gelmir, "de l'autre côté de l'eau", dans le Narn il se trouvait "à ce moment-là aux avant-postes". Le récit de la bataille à l'ouest est véritablement très proche de celui des AG, mais la mort de Fingon est racontée de manière différente et plus complète (voir Le Silmarillion, p.193) : avec l'arrivée de Gothmog, "haut capitaine d'Angband", Fingon se trouva coupé de Húrin et de Turgon, qui avaient été poussés vers le Marais de Serech. Les répliques de Turgon, Húrin et Huor ont été à peine modifiées, par rapport à leur forme dans les AG (§§234-5), mais la modification nécessaire des paroles de Huor, en "jamais plus je ne poserai les yeux sur tes murs blancs", fut effectuée (voir le commentaire sur les §§234-5). Enfin, dans le Narn, il est dit que Húrin "prit la hache d'un capitaine Orc et la mania à deux mains", et Gothmog apparaît à nouveau (voir Le Silmarillion, p.195).
Dans le récit sur la Colline du Massacre, la version du Narn la nomme Haudh-en-Ndengin, subséquemment changé en Haudh-en-Nirnaeth.
Le texte du Narn se conclut avec un remarquable développement de la confrontation de Húrin et de Morgoth, sur la base des §§244-8 des AG, (eux-mêmes un développement des §§21-3 du QS) ; ce fut la seule partie du texte à avoir été incluse dans les Contes et Légendes Inachevés (pp.66-8). Tels que les dialogues furent tapés, ils étaient entièrement à la deuxième personne du singulier, "tu étais", "sais-tu", etc… ; mais mon père le reprit en changeant tous les "tu" et les "toi" en "vous", ainsi que les formes verbales correspondantes – et en changeant "Sais-tu" en "Est-ce que vous savez", plutôt qu'en "Savez-vous" (et aussi "fort" en "puissant"). Ce fut bien sûr sous cette forme que fut imprimé le texte dans les Contes et Légendes Inachevés.



NOTE 3
Un récit complémentaire de la venue
de Húrin et de Huor à Gondolin

Comme dans le cas de l'histoire de la Bataille des Larmes Innombrables, décrite dans la Note 2 ci-dessus, il existe aussi une version de celle de Húrin et de Huor à Gondolin, qui se trouve être une des composantes du Narn. Celle-ci est encore plus étroitement basée sur l'histoire figurant dans les Annales Grises, §§161-6 : bien qu'il y ait nombre de petites variations dans la formulation précise, presque aucune ne concerne à aucun moment la narration, sauf à la fin où une différence significative apparaît. Cette histoire ne fut pas incluse dans le Narn, dans les Contes et Légendes Inachevés, mais son existence fut notée : p.146, note 1. Avant la fin, le seul point méritant d'être mentionné est que les mots de Maeglin (AG, §165) sont ici beaucoup plus fiers : "La grâce qui vous est accordée par le roi est plus grande que vous ne le pensez ; et d'aucuns pourraient se demander pourquoi la rigoureuse loi tombe ainsi, en faveur de deux vils enfants des Hommes. Il serait plus sûr qu'ils n'aient point d'autre choix que de résider ici comme nos serviteurs, ce jusqu'à la fin de leur vie."
En accord avec l'histoire figurant dans les AG, Húrin et Huor dirent, à leur retour en Dor-lómin, "avoir résidé un certain temps avec honneur dans les salles du Roi Turgon", même s'ils ne voulurent rien dire d'autre. A côté de ceci, mon père inscrivit sur le tapuscrit des AG (p.127, §166) : "Ils ne dévoilèrent pas le nom de Turgon" ; et, dans la version du Narn, ils refusaient catégoriquement de dire, même à leur père, où ils avaient été. Cette version fut adoptée dans le Silmarillion publié (p.159), avec un seul changement, à la fin. Ici, le texte du Narn a :
Alors Galion [> Gladder] ne les questionna plus ; mais lui et nombre d'autres devinèrent la vérité. Car le serment de silence, ainsi que les Aigles, désignaient tous deux Turgon, les hommes pensèrent-ils.

La conclusion du passage, dans Le Silmarillion ("et avec le temps l'étrange aventure de Húrin et de Huor parvint aux oreilles des serviteurs de Morgoth") fut tirée de la version des AG.
Pour ces deux textes (par ailleurs très étroitement similaires) de l'histoire, voir plus loin, p.314.




Pour toute question, remarque ou commentaire, c'est par .

HoMe XI se poursuit avec la deuxième partie du Quenta Silmarillion tardif.



_________________
Le jour est venu ! Ô, peuple des Eldar et vous, Pères des Hommes, le jour est venu !.


Dernière édition par Eru le 10 Jan 2007 11:17; édité 1 fois
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